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Louis Delville nous propose une nouvelle "Une vengeance"...

Publié le par christine brunet /aloys

 

UNE VENGEANCE


 

Il est 12 heures 14. Je suis parfaitement à l'heure. À midi, à la radio, ils ont émis le message : "le ragondin s'est noyé ce main"…
 

C'est donc le grand jour pour moi. L'avenir du pays dépend de moi ! Tu parles ! Moi, le minable, celui qu'on ne remarque pas, je serai peut-être le héros demain. Nos enfants sont loin d'ici et ils seront fiers de nous.
 

J'ai ma casserole sur les genoux, je l'ai glissée dans un vieux sac de Marie, ma femme, celle qu'ils ont fusillée il y a trois mois. Moi, ils ne m'ont pas eu !
 

Ils vont le payer ce crime. Deux kilos d'explosif, de quoi faire sauter le quartier général de la Zecret Polizs.
 

Depuis l'invasion de notre pays, certains ont décidé de résister. Marie et moi avons de suite proposé nos services. Diable, résister cela nous connaît dans la famille. En 14 et en 40, nos grands-parents et nos parents nous ont montré la voie.
 

Le tram va me déposer juste face à l'immeuble, je vais entrer pour faire viser mon laisser-passer et là… Boum ! A l'heure du repas, cela va faire du dégât !
 

Merde, j'ai oublié mon bol de café sur la table ! Tant pis.


 

***


 

Lettre adressée à mes enfants ce matin même :


 

Chers enfants,
 

Si vous lisez cette lettre, c'est que vous savez…

Votre mère et moi, nous nous sommes engagés à lutter contre l'envahisseur. Ce fut un combat destructeur, immense, enthousiasmant mais inégal. Certes, nous l'avons payé de notre vie, mais nos ennemis sont désorganisés pour longtemps !
 

Marie a été arrêtée sur la dénonciation d'un vieux bonhomme un peu fou. Il l'a surprise en train de distribuer un tract et sans y faire trop attention, il a cité son nom devant un officier ennemi. Elle a été arrêtée et fusillée sur place. On raconte qu'elle a crié vos prénoms au moment ultime. Elle n'a pas souffert.
 

Quant à moi, ce jour-là, après avoir entendu le message à la radio, je suis parti en tram de la station "Mystère" jusqu'à l'immeuble de la police secrète. Je suis entré et j'ai déclenché la bombe que je transportais dissimulée dans un vieux sac.
 

Le reste appartient à l'histoire avec un grand "H" et vous aurez le temps de peaufiner les détails de notre histoire familiale pour que vos enfants et leurs descendants soient fiers de ce que nous avons fait.


 

Restez unis et aimants.


 

Maman et Papa



 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

 

Publié dans Textes, Nouvelle

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Albert Niko nous propose la seconde partie de son texte "bleu nuit, hôtel social"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Il n'y avait qu'une seule façon de me tirer de cet asile c'était de décrocher un boulot, rapidement, et si possible un CDI. J'aurais alors de bonnes chances d'obtenir un HLM.

Mes vieux m’ont alors dégotté un boulot tout cuit par l’entremise d’une amie. La vraie planque, c’était. Pour autant, j’aurai pas tenu plus de quinze jours. Je me demande à quoi ça tient. J’avais rien de bien méchant, surtout du classement et un peu de saisie. Et pour être le seul homme du service, j’échais chouchouté par ces dames…

Je démarrais tôt et un matin j’ai envoyé bouler le réveil. J’allais me libérer. J’ai rassemblé de quoi me rouler un joint au pied de mon lit, puis j’ai attendu l’heure d’ouverture des bureaux en pensant : eh bien, on y est. Quelques deux heures et un second joint après, je composai leur numéro.

- Allo ? Oui, bonjour madame. Je m’appelle Éric Bernicot, je travaille dans vos services.

- Oui ?

- Je vous appelle parce que je ne vais pas être en mesure de venir travailler aujourd’hui. D’ailleurs, je démissionne.

- Vous démissionnez ?

- C’est ça.

- Alors il faut nous envoyer un courrier au plus vite.

- Ah ! Pourtant je pensais que ça ne serait pas nécessaire si j’étais toujours en période d’essai…

- Le fait d’être encore à l’essai vous dispense d’un préavis, mais vous devez nous prévenir par écrit de votre démission.

- Très bien. Je vous envoie ça dans la journée.

Je me recouchai sitôt après avoir raccroché et entrepris de me confectionner un nouveau joint.

 

***

 

J'avais un ami qui avait le chic pour se faire lourder en un rien de temps des places qu'il s'était vu contraint d'accepter. Sauf que ça faisait quelques mois déjà qu'il languissait chez un concessionnaire de prestige où la plupart des gens se contentaient de passer devant la glace pour le frisson. Quand les gars avaient de la ressource, ils préféraient jouer sur les volumes en optant pour un quatre-quatre, et lui se traînait dans son musée de berlines comme un fantôme neurasthénique en multipliant les allers et venues entre la fontaine à eau et son bureau.

Et alors qu'il était en train de battre son record de longévité, j'ignorais que j'étais, moi, sur le point d'établir le record inverse.

Quand je me suis pointé dans ce futal bleu et cette chemisette écarlate, il m'a tout de suite demandé pour qui je courais et j'ai commencé à parader devant son bureau comme si j'étrennais ma dernière tenue de majorette. Je démarrais dans une demi-heure – à la pompe. Je voulais juste lui montrer la dégaine.

Le plus drôle c'est qu'une fois là-bas tout allait trop vite pour moi, les clients qui affluaient, qui tiraient la gueule, et je pigeais rien à cette caisse, alors j'ai accroché le regard du directeur qui avait laissé sa porte entrouverte et ça disait “continuez sans moi”. Je leur rendrai la tenue le lendemain, que j’ai fait.

Le plus drôle, c'est qu'en me voyant revenir moins d'une heure après, mon fantôme avait retrouvé des couleurs et le soir venu, on est allés dans un self qui venait d'ouvrir. Je me suis aligné cinq sangrias sur mon plateau, plus une montagne de piémontaise dans une petite soucoupe qui virait à la Tour de Pise sous le nez de la caissière...

 

 

En licenciant mon ami peu après suite au dépôt de bilan, son patron valida ce faisant son record de longévité dans un emploi – dix mois.

 

ALBERT NIKO

Publié dans Textes, Nouvelle

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Albert Niko nous propose une nouvelle en deux partie : "bleu nuit, hôtel social"

Publié le par christine brunet /aloys

 

bleu nuit, hôtel social

 

Le poste avait disparu mais il y avait encore tout ce qui se trouvait autour, et pour peu qu'il vous reste un fond de super, vous pouviez toujours vous suspendre à l'idée de vous projeter comme une bille de flipper dans les allées quasi désertes à l'heure de la fermeture et en ressortir moins de cinq minutes après avec une bouteille de vodka et deux cartons de jus d'ananas

(Satie, qui vous suivait partout, devait être l'un de ces moineaux rasant les luminaires au plafond)

pour tracer dans la foulée, votre soirée à vos côtés dans une poche en plastique, en laissant une à une les Six Lettres De Leur Empire Lumineux basculer dans le rétroviseur...

 

Dans une chambre de neuf mètres carrés vous pouviez toujours retourner un verre et le remplir avec un fond de Satie pour la sonorité du glaçon.

 

***

 

J'accrochais particulièrement sur sa 3ème Gnossienne. Alors, le morceau terminé, je le rembobinais pour le renvoyer. Il y avait aussi l'album de Mark Hollis et le quintette en ut mineur de Mozart. Par le hublot de ma fenêtre, le halo d'un réverbère draguait l'angle de la déchetterie. Fée Électricité, soeur blafarde, le flash au bout de ta seringue... Suivant une espèce d'accord tacite, je n'allais pas déranger mes voisins plus qu'eux ne cognaient à ma porte. La médiocrité de nos existences ne pouvait se mesurer à la musique – question de niveau, de hauteur. Je roulais mon joint en regardant par le hublot. Le réverbère n'allait pas s'éteindre, ni s'éclipser la déchetterie. Nous-mêmes occuperions cette piaule encore un bon moment...

 

***

 

Pour parer à l'éventualité qu'une voix vous appelle dans la nuit, ils avaient branché la ventilation au maximum.

 

***

 

Il y en avait eu un pour prendre la tangente. Celui créchant dans la dernière chambre au fond du couloir, et le seul à avoir jamais disposé un paillasson devant sa porte. Marrant ça, quand on y songe. Comme un signe avant-coureur.

C'était un ancien éducateur reconverti dans le démarchage à domicile que sa nana avait foutu dehors.

On sentait à l'écouter qu'il y avait urgence, et ses yeux vous harponnaient littéralement comme si vous étiez le dernier à pouvoir l'écouter après que tous les autres se le soient refilés, et j'avoue ne pas avoir mieux fait.

Et un matin, le vieux deux chambres plus loin avait dû le sentir venir, car il a trouvé sa porte verrouillée et personne ne répondait. Les gars du SAMU s'y sont mis à plusieurs pour l'en extraire. Cachetons plus alcool, m'a dit le vieux, dégoûté. Ces enculés avaient noté mort naturelle au lieu de suicide.

Ce qui n'empêchait pas les meilleurs de rester, comme la voisine de la chambre contiguë qui lâchait son rire gras, éraillé, de vieille pocharde que la mort elle-même aurait jugé incommodant, laquelle l'aurait rayée pour passer au nom suivant, ce qui lui augurait d'un répit non négligeable, et autant de bouteilles avec.

Ou son fils qui sortait de cabane, et qui, à la rue, profitait de l'absence de sa mère en journée pour récupérer devant les séries américaines en boucle de M6. Et je commençais à comprendre pourquoi Satie martelait certains accords.

Ou encore le voisin de l'autre chambre dont l'ex passait régulièrement sous sa fenêtre pour lui rappeler les quelques factures qu'il lui avait laissée en suspens avant de partir (dont une de téléphone, gratinée, qui revenait à chaque coup.) Elle savait qu'il était là, qu'elle gueulait. Mais un de ces quatre, elle finirait par lui tomber dessus avec quelques potes – et la suite que l'on imagine, parsemée de quelques bons jurons (comme l'éventualité de lui éclater ses litchis…) Mais à raison de trois ou quatre fois la semaine, il était difficile de ne pas se répéter et hormis un bon volume, le reste virait aussi aigre qu'un dépliant révolutionnaire.

Il devait arriver que la fenêtre soit ouverte, et je l'imaginais comme moi, derrière, qui attendait que ça s’arrête.

Je me dressais un mur en forme d'accords plaqués à la Satie, comme dans ses Ogives. Toutes ces loucheries sur la prétendue folie des artistes dans un monde comparativement plus sain n'y voyaient pas la réaction d'un être original baignant au cœur d'une aliénation généralisée.

 

(A suivre)

Publié dans Textes, Nouvelle

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Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle


 

Qu'allait-elle y faire sur cette route ? Partant de Namur, Jacqueline a suivi les coquilles dorées placées en rue et très vite, les bords de Meuse se sont révélés bien agréables. Le pâle soleil belge lui donnait des ailes et les kilomètres succédaient aux kilomètres. La France était en vue.


 

Les pèlerins qu'elles rencontraient se plaisaient à lui raconter leurs exploits passés mais aussi futurs. La traversée des grandes plaines semblait lui convenir. Elle parcourait en un jour ce que d'autres faisaient en deux ou trois étapes.


 

Un entraînement d'enfer ! Depuis deux ans, elle marchait de plus en plus. Elle en était arrivée à dégoûter tous les compagnons qui voulaient aussi la défier !


 

En moins de trois semaines, Jacqueline était en Espagne !


 

Chaque soir à l'étape elle téléphonait à son ami François, resté en Belgique. Elle lui décrivait les chemins emprunté, les villages traversés et lui, à l'autre bout du fil, prenait consciencieusement note de son récit et le retranscrivait sur son ordinateur.


 

Le dernier soir, elle ne téléphona pas et il commença à s'inquiéter. Peut-être une panne de téléphone, se dit-il pour se rassurer… Le lendemain, toujours rien ce qui commença à inquiéter François.


 

Où était Jacqueline ? La police avertie, on commença les recherches. Pourtant le chemin qu'elle avait dû emprunter était facile et sûr. Quelques témoins l'avaient vue approchant de la basilique. Elle s'était évaporée en quelques minutes.


 

François décida de se rendre sur place en avion et en dépit de ses efforts, il revint en Belgique complètement désespéré par cette disparition.


 

Pendant ce temps-là, au Couvent des Dominicaines Cloîtrées de Saint-Jacques de Compostelle, on préparait l'intronisation de la nouvelle mère supérieure Sœur Jacqueline, venue de Belgique.


 


 

Louis Delville

 

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Deux nouveaux textes signés Albert Niko !!

Publié le par christine brunet /aloys

 

Mon oncle

monta sur Paris lorsqu’il fut en âge de travailler, où il fut employé dans une poissonnerie et trouva l’amour (qui lui fit l’effet d’un programme à 90° avec triple essorage)

d’où il rentra rincé à vie dans sa Bretagne natale

perçut rapidement une pension d’invalidité

qu’il ne fit plus que boire au bar

sans que lui soit donné le temps de jamais venir à bout de son ardoise

(la prise multiple de psychotropes combinée à une alcoolisation régulière le conduisant prématurément au cimetière

où ses frères durent se cotiser pour lui payer un enterrement décent.)

 

***

 

C’était il y a une bonne quinzaine d’années, j’avais alors 28 ans et je descendais mes premières pistes blanches de rmiste. Pour lui, ça faisait déjà quelques mois qu’il ne payait plus le loyer, et itou pour l’électricité ou le téléphone – ça c’est pour l’algèbre parce que côté géographie on pensait à un choc des plaques tectoniques à voir comme chaque objet paraissait avoir été projeté ça et là comme suite à un typhon. L’évier de la cuisine, avec ce qu’il contenait, figurait la réplique cubiste d’un plein aquarium de poissons morts – et le sol était tellement graisseux que vos pieds collaient où que vous marchiez. Au point où il en était arrivé, il n’y avait plus grand chose à faire, et je le voyais fouler son champ de bataille comme un général à qui il incomberait de reconnaître et dénombrer les pertes – ce qui était bien évidemment trop pour un seul bonhomme ; alors avant de s’enliser totalement il rassembla quelques affaires et alla s’installer dans un camping.

L’idéal pour maintenir le contentieux à distance tout le temps de la belle saison, avant de trouver une nouvelle solution.

Je sais pas ce qu’il est devenu comme j’ai quitté la région peu après mais j’imaginais qu’il avait dû faire le tour de ses amis.

J’ai espéré qu’il en comptait de sûrs.

 

 

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"Trajectoire sans frontières", un texte signé BRUNE SAPIN

Publié le par christine brunet /aloys

Trajectoire sans frontières


 


 

Ça commence par un rêve comme tout ce qui vit. Tout commence dans un halo brumeux et songeur. Et pourtant y-a-t-il un début ? Ce serait une restriction perturbante, et qui fourvoierait le semblant de sérénité.

 

Sans régner, ça a tendance à proclamer un trouble paisible et universel.

 

Ça naît sans commencer. C’est plus net à la base qu’au sommet. C’est loin. Ça fait souvenir. Ça existe. C’est.

 

Il n’y a pas de frontières car elles, elles n’existent pas. Tout est vrai – tu es vrai – tu mens vraiment – et je doute de tout sauf de toi. Ça n’est ni beau, ni moche, ni triste, ni un gouffre envoûtant. C’est.

 

C’est l’idée abstraite et conceptuelle de l’impossible là où j’observe que tout est possible et peut être exprimé.

 

Pour les théories : la mort, la disparition totale, le manque, l’absence, le déni, la non expérience, la non mémoire, et d’avantage que la mort, la non vie, il s’agit de creuser l’inimaginable dans le processus enclenché. A partir du rien, arriver à quelque chose – ou pas – de l’ordre de la fuite – ou pas – qu’il n’en reste rien – ou pas.

 

Ça ne peut pas se nommer mais ça se dit. C’est trop dense, trop touffu – je suis perdue – il semblerait que l’on s’y perde tous. Je capte des décalages. On compte une perte ce matin et sans le savoir concrètement je crois qu’on pleure pour ça. Il s’agit de ça, et ça amène là – tout ça pour ça.

 

Mais puisqu’il n’y a pas de finitude – puisque je la rejette de front – personne n’est en cendres ni ne le sera. J’ai faim, et soif, je nous aime et vice versa. Je respire et évidemment je ne vieillis pas – on se trompe : vieillir est le contraire d’un privilège – dans le meilleur des cas ça rassure – mais la plupart du temps ça tue.

 

Brune Sapin

1er Mars 2018

 

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Si les yeux s'ouvraient, une nouvelle signée Louis DELVILLE

Publié le par christine brunet /aloys

 

Si les yeux s'ouvraient


 

Si les yeux s'ouvraient, si mes yeux s'ouvraient, si nos yeux s'ouvraient…


 

Que de "si" pour un geste tellement simple. Ouvrir les yeux, voir le monde tel qu'il est. Voir les autres et voir que, malgré tout, il y a des choses qui vont bien.


 

Depuis plus de soixante-dix ans, nous vivons en paix. Notre pays n'est pas trop mal fichu et notre climat est, comme on dit, "maritime tempéré".


 

Ouvrons quand même nos yeux aux misères des autres, aux pays en guerre ou frappés par les catastrophes naturelles.


 

Mais ouvrons aussi les yeux sur les enfants qui jouent, sur les gens qui rient, sur les trains qui arrivent à l'heure ou sur la naissance d'un petit d'homme accueilli avec amour.


 

Ouvrir les yeux sur l'actualité et comme disait je ne sais plus qui : "Le jour où il n'y aura que des bonnes nouvelles à la une des journaux, cela signifiera que c'est l'exception."


 


 

Louis Delville

 

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L'homme en noir, une nouvelle signée Micheline BOLAND

Publié le par christine brunet /aloys

 

L'homme en noir


 

C'est un petit homme maigre habillé d'un costume noir et d'une chemise blanche. Sa seule fantaisie vestimentaire ce sont les petits pois multicolores qui décorent sa cravate noire. Cheveux noirs, fine moustache noire impeccablement taillée, monture de lunettes noire, chapeau noir, mocassins noirs fort bien cirés, il parcourt la ville d'un pas rapide. Nul ne sait où il habite. Mais chacun sait où il va le plus souvent. Il se rend chez le bourgmestre, chez l'évêque, chez le gouverneur, chez des hommes politiques de tous bords et chez le directeur du centre culturel. Bref, il rend visite à des personnalités chez lesquelles il reste généralement moins de deux heures !


 

Les gens se demandent qui il est, ce qu'il fait. Certains émettent des hypothèses… Pour les uns c'est un financier de l'ombre, pour les autres, un détective privé qui vient rendre des comptes, pour d'autres encore, un parent ou un ami de jeunesse, vous savez il y a parfois de ces coïncidences ! Pour quelques-uns encore, c'est peut-être le diable.


 

Maria fait le ménage chez le bourgmestre et chez l'évêque. Elle, elle espère un jour savoir de quoi il retourne. Elle s'en vante même auprès de ses voisins : "Je saurai, je saurai… Les murs ont parfois des oreilles." Malheureusement, l'opportunité de le croiser chez ses patrons ne se présente pas de sitôt. Alors Maria patiente. À un moment ou l'autre, elle en est certaine, le sort lui sera plus favorable.


 

Un jour, le petit homme vêtu de noir se présente chez le bourgmestre qui, hélas, s'est absenté pour une urgence.


 

"Attendez là ! Mon mari sera de retour dans une petite demi-heure", annonce l'épouse ! Là, c'est le salon. Après avoir nettoyé le hall, Maria se hasarde dans le salon. "Excusez-moi Monsieur, des bibelots et des meubles à épousseter."


 

L'homme est plongé dans une revue, mais cela n'empêche pas Maria de tenter d'amorcer une conversation :


 

"Beau temps n'est-ce pas, Monsieur !"


 

"En effet…"


 

"Vous devez avoir beaucoup de travail en cette saison ?"


 

"Il n'y a pas de morte saison…"


 

"C'est comme moi ça. Mais vous c'est quand même différent…"


 

"Disons ça comme ça…"


 

"C'est quoi au juste votre boulot ?"


 

"Un peu de tout…"


 

"C'est comme moi aussi ça. Mais laver les vitres ça me semble le plus exigeant… Et pour vous le plus exigeant, c'est quoi ?"


 

"Cela dépend…"


 

Des réponses floues le bonhomme en donne tant et plus. Lorsque le bourgmestre est de retour, la curiosité de Maria est loin d'être satisfaite. C'est on ne peut plus frustrant ! Elle se dit qu'elle aurait dû y aller plus franchement. Demander au bonhomme s'il voulait bien l'aider. Quels genres de clients il préférait ou depuis quand et à quelle occasion, il avait connu Monsieur le Bourgmestre ?


 

Et le temps passe. Et la curiosité de Maria ne s'éteint pas…


 

Un jour, l'évêque lui semble particulièrement enjoué…


 

"Bonjour Maria ! Pas de nettoyage aujourd'hui. Demain, je reçois ma famille pour goûter. Les enfants vont sûrement salir. Alors faites-moi, je vous prie, le fameux gâteau aux noix que vous aviez préparé l'autre jour. Si vous en avez l'occasion faites aussi un cake aux pommes, un autre aux poires et caramel, des galettes, quelques religieuses, des pets de nonne et un délicieux saint-honoré. . Heureusement que vous êtes aussi bonne cuisinière que femme de ménage, Maria ! Une remarque ? Une question ?"


 

"Monseigneur si j'osais… Je vous demanderais… qui est ce petit homme moustachu habillé de noir que vous recevez parfois… Est-ce un de vos parents ?"


 

"Un parent ? Qu'est-ce que vous allez chercher là… C'est un ami, un ami très précieux, précieux comme l'êtes Maria…"


 

"Oui, mais qu'est-ce qu'il fait, Monseigneur ? "


 

"C'est personnel, Maria…"


 

"C'est votre tailleur, n'est-ce pas…"


 

L'évêque se met à rire et s'en va… Maria y voit là une sorte d'acquiescement.


 

Mais un jour le bourgmestre envoie Maria aider le personnel d'entretien du centre culturel en vue de la visite du Ministre et là, Maria y aperçoit le petit homme en noir. Le directeur s'isole avec lui dans son bureau et Maria qui a de bonnes oreilles a pu entendre le petit homme qui disait : "Le bonheur est de laisser chanter la vie à travers les arts…" et le directeur répéter après lui "Le bonheur est de laisser chanter la vie à travers les arts…". Puis de nouveau le petit homme qui intervenait : "Plus posément, Monsieur. Pensez à bien respirer, à bien articuler. Soyez plus détendu. Encore une fois…"


 

D'un coup, Maria sut… Et les sermons ampoulés de Monseigneur, les discours passionnés du bourgmestre n'eurent plus de secret pour elle !


 

(Texte finaliste au concours "Fais-moi un conte de Surice en 2016)


 


 

Micheline Boland

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Marie-Noëlle Fargier nous propose une nouvelle...

Publié le par christine brunet /aloys

Marie-Noëlle Fargier nous propose une nouvelle...

Les poules aux œufs d’or- version XXI ème siècle de Marie-Noëlle Fargier


 

Il était une fois un aiglon au plumage brillant, très attentif à une apparence soignée que ce soit pour sa personne ou son environnement ; l’œil vif, il était toujours affamé de chair fine et délicate. Sur son rocher il faisait les cent pas, la tête penchée vers la terre, il réfléchissait. Une question le hantait « Comment puis-je parvenir à me rassasier et faire un monde plus propre ? » Un sourire se dessina sur son bec impérial. Son plan s’élaborait.

Le jeune aigle partit à la rencontre des poules aux œufs d’or. Souriant, convivial, bienveillant et séduisant dans son brillant pennage, il se fit ami avec les plus notables poules. Ces dernières avaient bien remarqué son insatiable appétit et plutôt que devenir sa proie, lui donnèrent un œuf, puis deux, puis trois…L’aigle aux manières affables accepta ces présents. Cependant il voulait comprendre comment cette alchimie pouvait s’opérer. Doté d’un grand sens de l’observation et stimulé par sa passion aurifère, il comprit et maîtrisa le noble matériau. Fort de son savoir et de son pouvoir, il leur demanda :

  • Merci mes chères amies de ne pas caqueter à droite et à gauche et de garder notre secret. Nous sommes les seuls à pouvoir en faire bon usage. Comme vous l’avez compris, je suis un sage et ma parole doit être entendue ! Puis, s’adressant aux coqs un peu vexés de se sentir délaissés, l’aigle poursuivit :

Vous, les majestueux coqs, vous jouez un rôle primordial en réveillant les habitants et en les informant de la levée du jour. C’est pourquoi, à partir de ce jour, je vous charge d’user de vos coquericos en annonçant mes vertus.

Ainsi chaque matin, les fiers mâles de la basse-cour, flattés, le cou tendu, proclamaient les qualités exceptionnelles de leur nouvel idole.

La diffusion quotidienne des capacités de ce jeune aigle eut un retentissement sur chaque classe des plumages.

Les poules lui donnèrent toute leur confiance, persuadées que leur secret serait protégé par les griffes du rapace. De plus, ses larges ailes héréditaires pouvaient conquérir tous les royaumes et ainsi faire fructifier leur trésor.

Les oies et les paons, gardiens efficaces furent les premiers volontaires à proposer leurs services, convaincus que les éclats d’or, dont ils bénéficiaient jusqu’à présent, allaient se métamorphoser en lingots.

Les canards, eux, vivotaient des poussières d’or mais espéraient que ce puissant aigle, motivé par une belle idéologie, leur offrirait quelques éclats pour nettoyer leur mare, lustrer leur beau duvet en se nourrissant correctement.


 

Seuls quelques passereaux, avec à leur tête l’oiseau-lyre, ne partageaient pas cet enthousiasme. Leur chant, leur musique, leur parade irritaient déjà le prétendant au trône qui leur ordonnait d’aller faire leur sérénade plus loin.


 

A l’unanimité l’aigle fut nommé roi du monde des plumes.


 

Au début de son règne, il fit bâtir un beau palais d’or sur les hauteurs de la montagne. Il y logea sa famille et tous ceux de sa race. En dessous, un palace, plus petit mais tout aussi éblouissant, accueillait les poules qui pondaient à volonté. Les autres restèrent dans la plaine.


 

Le souverain, proche de son peuple, se promenait fréquemment à travers la plaine, saluant de ci de là les oies, les paons et les canards, ravis de cet honneur. Sans oublier de leur rappeler qu’ils devaient retrousser les manches pour acquérir une vie meilleure. Il voulait s’assurer que sa nouvelle organisation fonctionnait bien. En effet les canards, désignés tâcherons, transformaient l’œuf en lingot. Les paons et les oies avaient été promus à l’encadrement des canards afin que la production ne faiblisse pas, ainsi parfois le généreux roi leur offrait quelques lingots. Certains canards ambitieux s’acharnaient à accomplir un travail fructueux, ainsi parfois le généreux roi leur offrait quelques éclats d’or.

Chaque matin, après le chant du coq qui louait toujours les mérites de l’aigle, sa majesté aimait planer au-dessus de son royaume. Un dimanche, alors que les paons, les oies et les canards travaillaient à la mine, il remarqua une nouvelle mare où paressaient des canards multicolores. Aussitôt il atterrit sur la plaine. Quelques tâcherons sortaient de la mine, il les interpella :


 


 

  • Bonjour, mais qu’est-ce cela ? demanda-t-il aux ouvriers d’un ton sec et d’un air dédaigneux en désignant la nouvelle mare. Impressionnés par cette nouvelle attitude de leur messire, l’un d’eux plus courageux osa répondre :

  • Ils sont arrivés hier, ce sont des canards sauvages, ils sont épuisés, ils ont dû faire un long et pénible voyage.

  • Mais enfin, ils ne peuvent rester ici !

  • Je crois, mon Roi, qu’ils sont si maigres qu’il est impossible pour eux de voler à nouveau. Ils doivent se reposer et reprendre des forces.

  • Je veux bien en garder quelques-uns, par exemple les plus vigoureux pour vous prêter main forte à la mine et ainsi vous pourriez avoir un jour de repos. N’est-ce pas ?

  • Comme vous êtes généreux, mon Roi, lui répondirent les tâcherons en chœur. Nous pourrions partager notre pâtée avec eux pour qu’ils recouvrent la santé.

  • Non, mes chers amis, je ne veux pas que vous vous priviez pour eux et peut-être sont-ils contagieux ? De plus, votre étang est déjà petit et je vous souhaite le plus de confort possible. Cette mare empiète sur votre étang. Je vais trier ces migrateurs, voir ceux qu’on garde et ceux qu’on renvoie !

  • Mais les renvoyer de quelle façon ? demanda le tâcheron un peu plus audacieux.

  • On prendra des éventails en papier pour les faire partir.


 

Sa majesté commença à sélectionner deux ou trois canards multicolores pendant que les paons, les oies et les canards sortis de la mine, unis, chassaient à l’aide d’éventails en papier la majorité de ces pauvres oiseaux migrateurs.


 

La vie reprit son cours. La mine d’or, en activité permanente, offrait au tout-puissant, à sa cour et aux poules une vie luxurieuse. La montagne était un vrai paradis. L’or scintillait. Le monarque ne manquait jamais une occasion pour se rendre dans la plaine. Quelquefois le rapace magnanime proposait à son peuple des petites fêtes pour étouffer les quelques doléances d’un paon, d’une oie, d’un canard effronté. Dans son plus bel apparat, il se rendit au bal qu’il avait organisé, toujours soucieux du bonheur de son peuple. Toutes les petites plumes voltigeaient, dansaient, regardées des gradins par les autres rapaces et les poules. L’aigle, à l’œil toujours vif, observa quelques oies, paons et canards avec le plumage vieilli, les ailes ralenties. Il distingua aussi des estropiés qui ne pouvaient danser. Soucieux, il convoqua le lendemain son assemblée de rapaces et de poules. Il leur exposa le problème. Qui sont ces déplumés et que faire d’eux ? L’assemblée et le souverain libérèrent sur leur sort pendant des heures. L’aigle, fatigué de cette perte de temps, trancha :


 

  • Oh ces gueux n’ont pas ou si peu de besoins. Ils sont inactifs et donc mangent peu, l’état de leurs ailes ne leur permet pas de sortir, ils sont déjà si moches que même les plus beaux habits ne peuvent changer leur apparence. Je suggère de diminuer leur poussière d’or ! Nous avons déjà bien assez gaspillé d’or pour eux ! Je ferai bâtir un abri en bois pour les loger tous ensemble. Je demanderai à leurs familles de contribuer, je leur ai tant donné d’éclats ou de lingots d’or ! Il est légitime qu’ils participent !

  • Mon Roi, si je peux me permettre, allez-vous étendre ces habitations à notre montagne ? intervint une poule d’âge mur.

  • Bien sûr que non ! Nous avons tant besoin de la connaissance de nos anciens que ce soient les rapaces ou les poules ! Et puis, je ne sais pour quelle raison, mais il faut constater que nous ne vieillissons pas de la même façon ! répondit-il dans un éclat de rire, en se mirant dans une glace.

Aux mots du plaisantin, toute l’assemblée s’esclaffa, puis le congratula sur sa beauté et sa sagesse.


 

La vie reprit son cours. Le vieux cabanon en bois abritait les plumes âgées, estropiées et malades qui devaient se suffire à eux-mêmes. Il recouvrait une grande surface de la plaine, sa majesté par son immense bienveillance ne voulait pas que son peuple finisse dans la rue qui se devait de rester propre. En réalité la cabane n’était jamais remplie et même plutôt vide, beaucoup de ses résidents « choisisissaient »…un départ définitif.

Ainsi, la population demeurait jeune et travaillait. L’aigle pendant ce temps continuait d’œuvrer pour son royaume. Son palais recevait les grands rapaces de ce monde. Ils échangeaient leurs œufs d’or, se jalousant les plus beaux, les plus purs. L’aigle n’hésitait pas à voler pendant des jours pour rechercher un or encore plus fin. Et lorsqu’il l’avait trouvé, il y établissait son empire fait d’oies, de paons, d’un grand nombre de canards et de quelques poules.


 

Les années passèrent. Un matin le monarque se leva en colère. Les jeunes disparaissaient de son royaume. La motivation n’était plus là ! Les oies et les paons ne parvenaient plus à faire respecter la cadence aux canards. Ces derniers n’avaient plus un jour de repos. Les deux ou trois canards migrateurs avaient été chassés à coups d’éventails en papier. Trop âgés, ils n’étaient plus utiles. Usés et de moins en moins productifs, les canards ne bénéficiaient que de restes de poussière d’or ; les oies et les paons sous la pression du maître du royaume, associée à la paresse des canards, ne recevaient plus de lingots, même les éclats qui leur revenaient se raréfiaient. Les tâcherons mouraient jeunes, les canetons se faisaient exceptionnels, enfin quand ils arrivaient à atteindre l’âge adulte ! Pour pallier à ce manque de main d’oeuvre, le sire imposa aux oies et aux paons de renforcer les rangs des tâcherons. Adieu les éclats d’or ! Les oies et les paons, incapables de s’adapter à cette vie dure et misérable, perdaient la raison avant de périr. Tous ces survivants devaient se satisfaire des restes de poussière d’or et encore à la bonne volonté du roi et des poules dont les besoins ne faisaient qu’accroître. Pour chasser sa colère et trouver une solution, le rapace plana dans les airs de longues heures. Revenu dans son palais, une idée lui vint. Il désigna quelques canes et canards encore assez jeunes et les engagea comme procréateurs. Ainsi la courbe démographique se rétablit et les tâcherons, en nombre défini par la volonté royale, rendirent l’or immortelle.


 

L’aigle pensa à assurer sa descendance. Il eut un fils. En âge de bien voler, le père l’amenait chaque matin pour survoler son royaume. Il lui enseignait ses valeurs. Observant son fils adoré, au chant du coq… il lui demanda :


 

  • Tout va bien mon fils, tu ne remarques rien de particulier ?

  • Non père, le monde que vous avez créé est le meilleur des mondes !


 

Moralité

Un oiseau-lyre, le dernier survivant des passereaux, juché sur un arbre d’or, chante une fable de la Fontaine et me voyant passer m’interpelle :


 

  • Eh Noëlle, tu charries complètement ! Commencer ton texte comme une fable et finir par « le meilleur des mondes » !

  • Ben oui, une fable qui fait parler des animaux ! Bah ! On est bien loin de ce passé où la personnification était obligatoire ! Et puis ce serait donner une âme aux animaux, quelle idée ! Pour ce qui est de finir par de la science-fiction, laisser croire qu’on pourrait devenir des robots ! Bah ! On est bien loin d’un tel avenir !

 

Marie-Noëlle FARGIER

 

Publié dans Nouvelle

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Une seconde, une minute, une heure, un texte court signé Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

Une seconde, une minute, une heure


 

Une seconde ! Voilà bien une expression galvaudée. Le commerçant pressé qui vous dit : "je suis à vous dans une seconde" ou "une seconde, j'arrive" et cela dure des heures…


 

Une minute, une belle unité de mesure pour les sociétés de téléphonie.

Taxation à la minute, dit-on. Taxation à la seconde, réclament les consommateurs.

Une minute pour dire tant de chose à l'être aimé ou une minute de silence, le onze novembre…


 

Une heure pour le repas de midi, une heure de sommeil, une heure d'attente à l'hôpital. Je me demande toujours si ces toutes ces heures sont identiques. À l'école, il existe même des heures de cinquante minutes, c'est vous dire…


 

Une seconde, une minute, une heure ? Qu'importe, j'ai tout mon temps !


 


 

Louis Delville

 

Publié dans Nouvelle

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