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CARINE-LAURE DESGUIN... SOUS TES SEMELLES DE VENT

Publié le par aloys.over-blog.com

http://idata.over-blog.com/3/65/07/04/_-34-recadre-3.jpg NOUVELLE AFRICAINE...

 

 

Sous tes semelles de vent, aux parfums capiteux de la savane et de liberté essentielle, toute la sagesse de la terre africaine marche avec toi, le voyageur sans fatigue, sans tristesse et sans valise.

La « Croix du Sud » t’a soufflé de t’arrêter ici, entre nos clochers d’églises désertées, nos cultures occidentales, et nos villes sans famine.

Tu es venu nous démasquer, toi qui viens de contrées où les masques dansent…

Tu es venu simplifier et débroussailler nos pensées, toi qui viens d’un pays de brousse et d’animaux sauvages…

Tu es venu nous évangéliser, n’est-ce pas, toi qui viens du continent sur lequel des visages blancs et sans masque ont, voici plusieurs dizaines d’années, enfilé chapelets et paraboles …

La première fois que tu as parlé devant notre assemblée, notre ignorance perlait jusque dans le cœur de la nef et tes mots de simplicité – à l’africaine – ont touché nos volcans éteints .

Tu es un homme grand, fort, au visage sans secret. Ta peau couleur d’ébène, c’est un bouclier de paix sans cérémonie ; ton sourire est large de sincérité, tes yeux tout remplis de bienveillance décodent nos interrogations et déposent dans le panier de nos innocences les noyaux véritables du cœur de l’univers.

L’histoire, c’est une route montagneuse, insolite et ironique…En uniformes, des blancs médaillés diplômés et hiérarchisés ont émaillé des kilomètres, traversé des brousses chaudes, ramé entre des gueules de crocodiles. Ils ont estampillé de leurs paroles épiphaniques des tribus d’hommes sages, des dogons qui lisaient dans les étoiles, des sorciers de village qui savaient les contes wabe

Aujourd’hui, habillé d’une soutane, tu vis et respires au milieu de notre peuple. Ta réussite est saine, elle perpétue les lumières de l’univers que les ancêtres de tes ancêtres t’ont soufflé, traversant les fleuves de la tradition orale depuis des centaines d’années de soleil et de brousse, de vents allumés et de forêts humides.

Cadeaux de la vie, les poussières d’étoiles que sont tes mots de sagesse, se déversent comme des poissons ailés, au milieu de nous, blancs de l’occident, troupeaux de gens rivalisant entr’ eux et oscillant entre plus et surplus.

Toi, le septième jour des quatre lunes, tu nous apprends non pas à avoir ; tu nous apprends à être. Tes mots de vérité, remontés des puits de la « Grande Vérité » résonnent entre les colonnades et nous raisonnent, nous, petits élèves aux mains ouvertes vers toi.

Tu nous racontes le dernier voyage du peuple des éléphants, tout près de la rivière Sankourou. Et tu nous siffles pourquoi la « croix du sud » se nomme dans certaines contrées « constellation kamala nkotsi ». Tu nous parles des grands arbres de la forêt vierge, ceux qui se moquent des petites lianes rampantes ; aujourd’hui, accrochés aux longues branches de leurs frères, elles grimpent, chevaleresques, vers le ciel tout grand de bleu.

Et le jeune homme, changé en antilope après avoir bu l’eau de la fontaine, savez-vous ce qu’il est devenu ? Nous, nous le savons ! Et savez-vous pourquoi ? Nous, nous le savons !

Et cet oiseau troglodyte, aux petites plumes malicieuses cachées dans les plumes de l’aigle au bec renversé, connaissez-vous sa destinée ? L’autruche, la « Reine des oiseaux », en rougit de satisfaction ! Quoiqu’en pensent l’albatros et le cormoran !

Tu nous racontes les paroles sacrées, celles qui descendent des chariots de feux et qui s’étoilent en toute innocence parmi nos assemblées de fidèles et d’infidèles. Sur l’autel de nos différences, tu superposes des étals aux couleurs de l’arc-en-ciel et les vitraux nous renvoient des images d’oranges , de citrons, de manioc, de riz, d’ignames pilés, de la sauce gombo, d’arachide ou de tomates ; les vendeurs engoncés dans leurs longues gandouras bleues , jaunes vantent leurs produits au milieu des musiques assourdissantes …

Les lumières et les senteurs des traditions orales de tes terres africaines colorent de partage de compréhension et d’écoute les cristaux de nos doutes et nos écumes litigieuses.

Avec simplicité, tu nous entraînes vers la confiance, la vraie, la grande, celle qui baptise tous les peuples des terres et des mers ; et qui hisse au-dessus des nuages les oriflammes et les calices des fraternités universelles .....

 

 Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

Retrouvez Carine-Laure le 10 juin pour un texte poétique "Albertine Sarrazin"...



 

 

 

 

 

Carine-LAure Desguin

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"Le pot de terre", un texte signé Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LE POT DE TERRE

 

"J'ai gagné !"

Je n'en crois pas mes oreilles quand j'entends ces mots ! Lui le petit, lui le faible, il a gagné ? C'est qu'un pot de terre est rarement gagnant ! "

Allez, raconte-moi, lui dis-je…"

"Eh bien voilà… Tu sais que j'ai été fabriqué par Jérémie, un vieil artisan africain. Il faut dire que la terre de son pays est bonne pour nous, les pots de terre. Jérémie s'y connaît comme pas un pour fabriquer des pots solides et en plus, il les décore de mille et un motifs. Nous sommes donc beaux et comme toutes les belles choses, on fait attention à nous, ce qui nous garantit une longue vie."

Il continue : "En Afrique, nous sommes soumis à bien des aléas. Si la chaleur ne nous fait pas peur, sauf quand Jérémie nous fait cuire, nos ennemis sont les cailloux de la rivière qui nous menacent chaque fois que quelqu'un vient puiser de l'eau en nous utilisant. Les animaux aussi font peu attention à nous, les pots. Quel chien peut se vanter de n'avoir jamais cassé ou, suprême insulte, de n'avoir jamais levé la patte sur l'un d'entre nous ?"

Il est intarissable le pot de terre : "Moi, j'ai eu de la chance. Je suis arrivé chez Caroline par la grâce d'un voyage de vacances. Dès qu'elle m'a vu, elle m'a voulu, elle m'a payé à Jérémie et me voilà en Belgique, un pays de cocagne pour les pots ! Dès mon arrivée chez elle, j'ai été chouchouté, nettoyé, dépoussiéré et mis dans une vitrine. Une vraie vie de star !"

"De temps en temps, on ouvrait la vitrine et une main délicate me prenait pour que l'on puisse m'admirer de tout près ! Quand un visiteur arrivait avec des fleurs, Caroline me prenait comme vase et crois-moi, un bouquet, ça change la vie d'un pot !"

Je l'ai encouragé à continuer.

"Or donc, il y a quelques jours, Caroline fêtait ses quarante ans et elle a reçu un immense bouquet bien trop grand pour moi seul. J'ai donc dû partager les fleurs avec à mes côtés un pot en étain. Un jeune pot, mince et élancé. Il n'a pas tenu le coup longtemps le gamin ! Une tulipe qui s'est penchée vers moi pour m'admirer l'a fait tomber. Adieu le pot en étain, intact certes mais déclaré inapte au service et désormais relégué dans le fond d'une armoire !"

Le pot de terre a continué son histoire en me demandant : "Et toi, qu'est-ce que tu deviens ?"

J'ai bredouillé n'importe quoi mais en moi-même je me suis inquiété de mon sort futur, moi le pot de fer !

 

Louis Delville

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