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l'invite d'aloys

L'invité d'Aloys ? Awa Ba avec un livre sur la polygamie

Publié le par christine brunet /aloys

L'invité d'Aloys ? Awa Ba avec un livre sur la polygamie

J'ai rencontré cet auteur à Massy lors d'une séance de dédicaces. de fil en aiguille, nous avons échangé au sujet de l'écriture. Une rencontre que j'ai voulu vous faire partager.

Qui êtes-vous ? Awa Ba née à Dakar, Sénégal, dernière d’une fratrie de 8 enfants; j’ai grandi dans une famille polygame.

Je suis arrivée en France en 1992 pour rejoindre mon mari. Je suis mère de 3 enfants.

Je suis auxiliaire de puériculture en milieu hospitalier et j’entame actuellement des études sur la diététique.

Pourquoi vous exprimer via l'écriture ?

Pour moi, l’écriture est un moyen de s’exprimer, d’informer,et d’échange sans voix.

Ce qui m’a poussé à écrire cet ouvrage ? C’est la mort de ma sœur après un mariage polygame qu’elle n’a jamais pu supporter jusqu’à en mourir. J’ai voulu briser ce silence et de démontrer le cortège de souffrances que englobe cette union.

Que représente l'écriture pour vous ?

Pour moi la définition de l’écriture est simple : c’est une représentation graphique ou visuelle d’une langue au moyen d’un signe inscrits ou dessinés sur un support et qui permet l’échange d’information sans utiliser la voix.

Pourquoi avoir écrit un livre ?

Il s’agit de démontrer le cortège de souffrances, psychologiques et physiques qu’engendre la polygamie.

La femme est alors considérée comme un sous être, du bétail à qui l’on ne demande que d'être toujours prête à coucher et à accoucher.

Le témoignage de certaines femmes montrent également que cette union, barbare et archaïque, se traduit par des mariages forcés accompagnés de scènes de violence.

Mon ouvrage est à la fois une biographie mais également un recueil de témoignages.

Vous abordez un sujet difficile, souvent tabou : n'a-t-il pas été compliqué de l'écrire et de livrer votre expérience au public ?

Pas toujours facile de se livrer et surtout de parler de la polygamie qui est un sujet évidemment tabou et ancré dans les moeurs mais peu importe ! J’ai voulu briser ce silence qui engendre souffrance jusqu’à la mort.

Merci pour ce court interview !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans l'invité d'Aloys

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L'invitée d'Aloys ? Sylvie Godefroid : "Qui suis-je ? Je viens du verbe et j’y retournerai"

Publié le par christine brunet /aloys

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Sylvie Godefroid... C'est avant tout un visage et une voix entendus dans Actu TV: souvenez-vous, elle nous parlait de la SABAM en 2013... et en février dernier, elle nous présentait son nouveau roman "L'anagramme des sens" paru aux Editions Avant-Propos.

Son approche, son dynamisme et, il faut bien l'avouer, la superbe couverture de ce roman, m'ont amenée à lui demander une interview... bouclé en deux petits jours ! Il faut dire qu'elle répond du tac au tac, avec précision.

Allez, on commence !

 Sylvie, qui êtes-vous ?

Il est difficile de répondre d’emblée à une question aussi vaste que celle de l’identité. Qui suis-je ? Il me semble impossible de définir qui je suis. Même si le verbe m’attire et me séduit. Ce sont les autres, à travers leurs idées, leurs expériences, leurs ressentis, qui peuvent le mieux me définir. Tout comme je me sentirais plus habile à définir d’autres sensibilités qui me touchent qu’à vous parler de la mienne. Cet exercice m’a néanmoins été demandé, tout récemment, pour une anthologie dont je ferai partie. Il était question d’identité. Je leur ai répondu « Je viens du verbe et j’y retournerai ». Voici le texte en question :

 

« Qui suis-je ? Je viens du verbe et j’y retournerai

 

Je m’appelle Ana et je ne m’aime pas. Née sous le couvert d’une sensibilité exacerbée, quelque part à l’ombre des terrils, dans les poussières charbonneuses du Pays Noir. Née à l’automne 1973, un dimanche de novembre, un dimanche sans voitures. Je m’appelle Ana, je ne suis pas encore femme mais je m’y emploie. Je le deviens, verbes après larmes, dans ce quartier populaire et étonnant d’une ville adoptée avec passion, après avoir écumé pendant près de vingt ans les sentiers fortifiés d’une petite métropole historique, Philippeville. Je m’appelle Ana, je suis lucide en ce prélude de février 2014, à l’heure d’apprivoiser l’audacieux discours de l’identité définie, consciente de ma déraison de femme à la lisière de mes quarante ans, éveillée sur les chemins de traverse qui m’attendent encore, joueuse à les entrevoir s’emmêler à mes prudentes exhalaisons d’artiste.

Je ne m’étais pas encore posée la question de l’identité. A n’être pas encore vraiment née, comment s’interroger sur ma naissance ? Mais oui ! Souvenez-vous, je ne suis pas encore femme. A l’école de la vie, je suis une élève peu douée mais appliquée. Du plus loin qu’il m’en souvienne, je suis née dans un verbe. Dans un verbe métissé d’origines flamandes par maman, wallonnes par mon géniteur. J’ai aimé à l’ombre des superlatifs, je suis tombée sous les adverbes, relevée grâce aux impératifs, affinée sous la fenêtre d’un anagramme des sens.

Je ne sais pas d’où je viens mais je sais ce que je laisserai à ceux que j’ai tant aimés. A Lyna, ma fille, née de l’union et de la tendresse de deux épouvantables contraires, le 12 août de l’année 2003, je laisserai ma plus belle traversée du désert. Je lui laisserai la fougue qui m’habite à creuser les terrains les plus arides pour y planter des mots simples ; je lui cède l’enivrement d’avancer au devant d’une inspiration poétique qui, au fil des années, prend possession de l’être et le définit. Je lui accorde les larmes affables qui affinent le territoire de la féminité apprivoisée, les nuits blanches à entendre les cigales vanter les mérites de l’été, les pages noircies de rêves à inventer, les angoisses de ne pas toujours comprendre l’enfant qui pleure. De ne pouvoir le rassurer d’un clignement de l’œil, d’un verbe affamé sur le déclin d’une respiration. Je lègue à ma fille l’apaisement de la femme. Qu’elle puisse faire sa route dans ces allées tracées pour elle à l’ancre de ce qui nous unit, qu’elle comprenne qu’une mère ne peut faire que de son mieux et qu’à travers elle, j’ai grandi.

A mon fils, Yacine, né d’un amour profond et incompris, le 20 octobre de l’année 2000, j’offre le bouquet odorant des fleurs de nos vies. Chaque texte écrit de ma plume porte une pièce du puzzle de son existence. « La Verve Assassine », roman épistolaire paru en 2005 à Paris, n’est autre que la pièce maitresse de l’héritage qu’il reçoit aujourd’hui. Il y trouvera les clefs de sa naissance, celles de l’histoire de son père, homme atypique et paradoxalement riche par essence. En s’investissant dans la lecture, du roman cité et de tous ceux qui suivent, mon fils aura le choix d’ouvrir, ou pas, les portes d’un langage onirique qui se délient inlassablement sur des fenêtres derrière lesquelles vibrent des paysages. Un monde l’attend. Son monde à lui, le patrimoine que je lui laisse. Je lui lègue aussi mes premiers combats de mère aux portes des envahissants océans de tendresse déguisée ; la première adolescence émergée en douleur des entrailles de l’enfance ; le cap d’amour à maintenir en toutes circonstances. Je lui cède mes premiers naufrages étourdis, mes découragements amènes, mes remontées enthousiastes sur le cheval de ses printemps. Je lui lègue par-dessus tout la boussole et la barre de ce navire qui emporte sa sœur, Nora, vers demain. Qu’il veille toujours sur elle avec la bienveillance que j’ai interminablement semée aux quatre vents de notre nid. Puissent-ils, tous les deux, poursuivre l’aventure et s’aimer infiniment au-delà des clivages, des pensées, des modes d’exister, d’être, de croire, de ne pas croire, de devenir…

A leur père, affolant baroudeur des terres en friche de ma vie, je lègue tout ce que nous n’avons pas su construire, de nos plus tendres nuits inachevées à ces multiples ruptures inabouties. Je lui lègue le sceau de mes vingt-deux ans, les promesses fragiles, les mensonges colossaux, les châteaux en Espagne, le souvenir de notre rencontre, les premières contractions annonçant l’enfant, l’incommensurable peur d’un corps qui craint de s’ouvrir pour donner la vie. Au-delà de tout ce qui nous a séparé, je lègue au père de mes enfants la puissance et la blancheur du pardon, la feuille vierge de toute rancœur sur laquelle il peut recommencer à s’écrire, au pied du lit d’une autre histoire…

Je m’appelle Ana, amoureuse éternelle sur l’estrade de la vie, passionnée rebelle et à jamais inassouvie. Ana qui ne s’aime pas, qui n’est pas encore femme. Ana qui à l’heure d’écrire ces lignes ne sait pas avec précision d’où elle vient mais sait où elle va.

Je viens d’un verbe, mes amis, et c’est à ce verbe que je retournerai »

 

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On vous a découverte sur ACTU TV dans l’émission de février avec votre livre. Vous m’en parlez ? Est-ce le premier ?

L’Anagramme des Sens est le cinquième roman que je publie. Ce roman marque une étape importante dans ma carrière d’auteur en herbe. Il marque un tournant, on sent qu’il « se passe quelque chose ». En effet, ce texte a, avant tout, reçu la confiance d’un éditeur pour lequel j’ai une grande admiration, Hervé Gérard (Ed. Avant Propos). Je voulais vraiment travailler avec lui, ce roman a rendu les choses possibles. Et enfin, il a séduit Cathy Thomas, Directrice du FOU RIRE (Théâtre à Anderlecht), et celle-ci le porte à la scène cet automne, les 25, 26 et 27 septembre.

 

L’histoire ? Ana approche la quarantaine. Inévitablement. Elle le sait, elle n’évitera pas le naufrage. Sur le pont de sa féminité muette parce que trop sage sonne l’urgence. L’urgence de se raconter, de s’affirmer, de devenir femme. De jouir. D’exulter enfin. De se libérer du poids de ce qui est raisonnable et politiquement correct. La femme abandonne les nattes de l’enfance pour poser sur ses lèvres offertes le rouge du désir assumé. Doucement. Au fil des pages, Ana lève le voile sur les coulisses de son être torturé. Sa vie passe sous le scalpel de son introspection. La femme serait-elle en passe d’accepter son imperfection, son corps à géométrie variable, ses fragilités amènes ? 

 

Un éditeur français dira de L’Anagramme des Sens : « Un roman à la fois divertissant et empreint de sensibilité qui met à l'honneur la femme dans son épanouissement, dans l'acceptation de son physique et du temps qui passe ainsi que dans ses déboires de tous les jours. Une écriture de qualité qui mélange esthétisme et langage moderne »
 

Pour vous, que représente l’écriture ? Donnez m’en une définition.

L’écriture est mon essentiel. Dans ma vie, l’écriture est une respiration, une urgence. Elle est ma plus belle histoire d’amour, d’humour. Elle est ma nourriture, mon sommeil, mon soleil. Elle prend toute la place. Elle dirige mes pensées, mes gestes. Me vivre sans me lire ne serait pas me connaître.

 

Définissez votre style.

Vous aimez les définitions, vous ! Moi, j’aurais tendance à les fuir car elles enferment. Difficile de vous donner une définition de mon style sans pécher par excès d’humilité ou de vantardise. Je n’ai aucune idée de la façon dont vous parler de mon écriture. Je vous dirais « j’écris donc je suis ». J’écris comme je suis. Mon écriture n’est pas cérébrale, elle est intuitive. Elle est de l’école de l’émotion et du ressenti.

 

La couverture est superbe. Qui l’a concue ?

Christophe Toffolo est le photographe de la couverture de L’Anagramme des Sens. Un artiste talentueux qu’il convient de rencontrer. Pourquoi pas une interview de lui ? Christophe promène une sensibilité incroyable et tout ce qu’il regarde devient œuvre d’art. Je suis fière d’avoir eu la chance de retenir son attention. La couverture de ce livre est magnifique et c’est bien à lui que nous le devons.

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Au travers de la SABAM, vous avez choisi de vous investir auprès des artistes et des auteurs. Pourquoi ?

Pourquoi pas, aurais-je envie de vous répondre ! Je me suis approchée de la SABAM pendant mes études de communication. Amoureuse des mots depuis toujours, fascinée par la scène, bousculée par la musique, émerveillée par la photographie, séduite par les peintures… Il me fallait un univers professionnel où mes sens pouvaient être titillés. J’ai rencontré à la SABAM une mentalité forte et l’envie d’une équipe de soutenir et d’accompagner les artistes de Belgique dans leurs parcours. Je me suis reconnue dans l’ambition de cette société où la dimension humaine n’est pas qu’un slogan vendeur d’image. J’y suis depuis 18 ans et je consacre ma carrière à défendre, soutenir, accompagner, les auteurs qui ont envie de nous faire confiance. Je ne pouvais rêver d’un plus beau métier !

Votre écriture est intuitive… Ecrivez-vous au fil de la plume ? Ou structurez-vous vos récits en amont ?

Mon écriture vient du ventre, de ce lieu incroyable qui se serre à l’écoute d’une chanson de Brassens ou de Barbara. Elle vient d’une urgence. D’un besoin de coucher sur l’écorce d’une page à remplir l’émotion qui guide ma vie. Je suis d’une sensibilité pathologique. Une éponge à ressentir. J’ai souvent le cœur en bord de mer, le tsunami aux portes des paupières. C’est ainsi que je suis, c’est ainsi que j’écris. Mes romans n’en sont pas vraiment, pour tout vous dire. Je ne suis pas une narratrice. Je n’ai pas le talent de l’histoire à raconter. Je suis une tricoteuse d’émotions. Mes textes s’en ressentent, je fais des portraits d’émotion. Pour vous répondre clairement, je n’établis pas de structures préalables. Tout part d’un vertige auquel j’associe un titre. Une fois le titre installé, un personnage féminin se dessine. Il me faut lui donner un prénom. Ce prénom évoquera – et c’est très personnel ! – l’idée que je me fais du personnage. Et l’histoire guidera ma plume. J’ai parfois cette sensation un peu dingue d’être seulement l’instrument d’une dictée.

 

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On sent qu’il se passe quelque chose : étayez !

Encore une fois, nous sommes dans l’ordre du ressenti. Je travaille avec une équipe incroyable, une équipe à dimension humaine. Avant tout, mon « agent littéraire », le capitaine du voyage des mots : Laurence Vanmechelen. Elle cumule les compétences professionnelles et les qualités de cœur. Elle s’occupe de développer l’image de l’auteur, d’organiser des événements, de placer le livre en librairie etc. Ensuite, nous avons Aurélien Karim Marcel, un slameur, un humeuriste, un touche-à-tout de la plume. Lui s’occupe des interviews publiques, de la scénographie, des lectures. Artiste lui aussi, il a choisi l’arrière de la scène, il a choisi de mettre en scène Ana. Je mesure vraiment la chance que j’ai de travailler avec cesdeux-là. Après, il y a l’éditeur, et aussi tout ce qui « tourne autour », comme la directrice de ce théâtre bruxellois.

Quand je dis « on sent qu’il se passe quelque chose », c’est dans le retour que m’en font les gens. On me parle beaucoup de ce livre. A la Foire du Livre, des personnes m’ont arrêtée dans les allées du verbe pour me dire qu’ils avaient lu le livre et qu’ils étaient touchés par Ana. Dans le tram aussi, une personne m’a interpellée me demandant si j’étais l’auteur de L’Anagramme des Sens. Ghislain Cotton a aussi fait une très belle chronique de ce roman. On sent, mon équipe et moi, qu’Ana touche à quelque chose de profond, de sincère.

 

Dans quel genre littéraire vous sentez-vous plus dans votre élément ? En tant qu'auteur intuitif, la poésie est un genre qui vous attire ?
La poésie est le chemin par lequel je suis passée toute jeune… J’écris une dizaine de poésies chaque jour. Je me sens à l’aise partout où le verbe peut se poser. Pour l’heure, en dehors de la poésie quotidienne, j’écris aussi des chansons avec Nathalie Delattre à la composition. Et je suis occupée sur l’adaptation d’un texte de théâtre de Mohammed Bounoura. Il fera sans doute l’objet d’une création en 2015. Peut-être avant si j’ai de la chance…

 

 

Pourriez-vous nous mettre l’eau à la bouche en nous proposant un extrait de votre texte ?

Voici la préface, rédigée par un artiste qui me touche, Jacques Mercier.

 

« Sylvie respire l’écriture, Jacques Mercier

C'est d'abord une surprise, puis un plaisir, ensuite un bonheur et une volupté de lecture. L'écriture de Sylvie Godefroid est le reflet de son âme et – mieux ! – des frémissements de son âme. Ce livre nous raconte avec un talent fou une femme, Ana, qui est « la » femme qui vit aujourd'hui, maintenant, avec ses forces et ses timidités, ses libertés et ses pudeurs.

La forme donnée au livre est magique : Ana se raconte et ses courtes séquences sont titrées et datées : « Tentations », « Confusions », « Luxure » ou « Un mercredi en terrasse ». Ses amours s'appellent des « saisons » : elles sont réelles, anciennes, virtuelles ou si présentes ! Entre elles apparaissent les points de vue sur Ana, au fil des personnes croisées : entre Johan et Laurent, on découvre Zohra, Ben, Nathalie, Kyriaki... Chacun exprime ce qu'il a compris de cette femme rencontrée, aimée, quittée parfois. Cela donne, grâce à ces morceaux de soie colorés, une magnifique tapisserie humaine !

Cet ouvrage est ancré dans le temps et dans l'espace et nous retrouvons avec une volupté rare Bruxelles, la Bourse, la terrasse du Métropole...  « Je m'appelle Ana. Je pourrais être un chat » sont les premiers mots. Mais Ana s'explique dans chaque chapitre : « Je m'appelle Ana. Je ne m'aime pas », « Je n'aime pas les trajets en autocar », « Je n'aime plus les certitudes. Elles sont trop fragiles… »

L'auteure propose une réflexion sur la féminité, d'une voix si vraie, émouvante toujours « Je suis roseau dans le marais de son indifférence », et peut-être avant tout sur la création littéraire : « L'écriture est ma compagne. Cela me permet d'encaisser les coups de la vie. » Elle fait dire à un des témoins qu'Ana n'est pas une femme comme les autres, tant elle se couvre de vêtements littéraires. Un autre lui dit, très justement « Écris, ta vie est un roman » et il y a surtout cet ami auteur qui déclare : « Ana respire l'écriture » !

N'en doutez pas, Sylvie Godefroid est une auteure, une créatrice jusqu'au fond de son être, une narratrice magnifique. Pour elle, les mots, les phrases sont ce qui lui permet de vivre. « Les mots des souvenirs fondent en moi comme sous la pression d'un soleil ardent », écrit-elle. Ailleurs, parlant de la pièce où elle écrit sous le ciel gris de Bruxelles : « Je caresse souvent les nuages quand l'écriture m'emporte et m'étreint. » Elle accepte aussi, comme Ana, de payer le prix de la dictée ! Elle connaît déjà la solitude d'écrire autant que son partage.

Une nouvelle vie s'ouvre sous nos yeux, celle d'une femme de lettres, comme on disait si joliment, et je vous engage vivement à la découvrir, à la faire lire autour de vous. Ne doutons pas qu'avec la communication actuelle, ce livre aura la large résonance qu'il mérite ! Ana écrit : « Il serait temps de repeindre toutes les portes de l'appartement en blanc », comme la page blanche sous sa plume ! » 

Jacques Mercier 

 

Et voici un extrait de L’Anagramme des Sens, choisi au hasard :

« Je n’aime pas les toiles trop sages. Aux cimaises de mes préférences, le surréalisme d’un Magritte et la palette curieuse des couleurs fauves. Des couleurs d’automne, de terre et de braise. Des couleurs en fusion, des coulées de lave bouillonnante dans les tranchées trop discrètes de ma vie. Je n’aime pas les toiles en méditation stupéfaite de réalisme exacerbé. Ni les espaces virtuels clandestins. Les secrets m’embrouillent et me désarçonnent. D’ailleurs, avant la comète de Gallé, jamais je ne m’étais laissée envahir, même furtivement, par les vibrations interdites d’une saison irréelle. Jamais je n’avais laissé ma peau s’étonner du regard gourmand d’un homme. Je n’aime pas les toiles raisonnables de mon identité figée comme un fossile sur la pierre de la moralité.

Je m’appelle Ana qui ne s’aime pas. Je suis, à l’école maternelle de la féminité, une élève appliquée, mais peu douée. Un avis de tempête circule, affolé, sur mes parcelles discrètement immobiles. Ma conscience, autorité compétente de mes complexes mécanismes, hisse désormais tous les drapeaux d’alerte. Les phares clignotent en l’océan d’Ana et rappellent au port les marins qui ont pris le large avec elle. Trop tard. Ana est en cours de crise. Une crise existentielle digne des plus turbulents gamins de seize ans. Une crise terrible que je n’ai pas faite à l’heure où les cadrans de mes instants l’autorisaient. Je n’aimais déjà pas les montres. Je n’aimais pas les rébellions. Parce que j’étais déjà responsable et que je le suis toujours aujourd’hui. J’ai toujours été si grande. Si adulte. Je n’ai jamais fait de bêtises. J’en paie fondamentalement le prix aujourd’hui : ennui, lassitude, tempêtes. Je tousse ma raison. Je vomis ma sagesse. Je n’ai jamais fumé, pas même de l’herbe. Je n’ai jamais bu, jamais noyé mon chagrin dans le vin. Je n’ai jamais triché aux cartes ou si peu. D’ailleurs, je ne sais pas jouer. Je suis raisonnable, presque toujours soignée. Jamais vulgaire ou je n’en ai pas conscience. Je n’écoute jamais ce que me dicte mon ventre à voix basse. Je l’enfouis sous des tonnes de serments moralisateurs. Je n’ose pas.

Je m’appelle Ana. J’aurai trente-sept ans, bientôt, en novembre prochain. Suis-je déjà la proie de ce démon taquin de la quarantaine comme certains aiment à l’évoquer ? Une certitude m’ébranle dans l’immédiat : j’ai envie de faire peau neuve. Le chat mue. Le papillon survit à sa coquille de granit et d’acier. Chaque matin depuis plusieurs lancinantes semaines, la même réflexion existentielle s’impose à moi : « Il serait quand même temps de repeindre toutes les portes de l’appartement en blanc. »

 

 

Photos présentées dans cet interview sous copyright  © Hatim Kaghat.

 

Je vous laisse juges.

 

Mais les phrases courtes, qui clachent, retiennent l'attention du lecteur, le surprennent.  Il s'accroche au fil des mots. Et vous, qu'en pensez-vous ?

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

www.aloys.me

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Georges Roland en invité d'Aloys avec une fiche de lecture d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

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LES CONTES DE LUCI

                     par Georges Roland

 

Onze Nouvelles d’ «onze» Georges, de quoi appâter à la fois l’amateur de ce genre littéraire et le fan des écrits « Rolandesques » que je suis.

LES CONTES DE LUCI… ce sont onze satanées Nouvelles puisque LUCI n’est autre que LUCIFER.

Comme mise en appétit, un premier récit mené tambour battant à travers la faconde et l’humour insoupçonné du plus célèbre des démons. On apprend ainsi, de la bouche même de l’intéressé, que LUCI est un joyeux plaisantin adorant faire des blagues. Dès lors, il n’est guère étonnant de le voir faire… l’épître !

Cette épître de Luci aux terriens, truffée de jeux de mots, est savoureuse par l’ironie et le ton inédit qu’elle dégage. Voilà un premier set bien enlevé.

Coline est une « gentille petite fille » partagée entre une maman ne supportant pas le moindre gramme de poussière et un papa qui doit sûrement avoir des actions au Brico Center du coin. Dès lors, la vie n’est pas toujours rose à la maison. Mais aujourd’hui, c’est différent, papa et maman font la grasse matinée. Et Coline est tranquille… elle peut regarder la pluie tomber dans la gouttière…

Vacances en armesDurant les vacances, des gamins jouent à la guerre après la guerre… Les endroits dévastés sont des terrains de jeux idéaux. Chaque coin est à « conquérir ». Le Rolle, Louis et Pol ont l’instinct de revanche bien ancré en eux. Leurs ennemis ? Les frères Crombé, des vraies terreurs…

Alain et GabrielAmour brûlant, amour troublant, amour destructeur entre un homme de 42 ans (Alain) et un jeune homme de 17 ans (Gabriel). Les Verlaine et Rimbaud des temps modernes.

Aline Certains sont prêts à tuer père et mère pour hériter de beaucoup de sousous ! Et même, croyez-moi ou non, à tuer leur sœur !...

Le cauchemar de Valérie Le « Il arrive » de maman à papa met la petite Valérie dans tous ses états. Qui donc arrive ? Quel danger risque de rompre le bel équilibre existant entre Valérie et ses parents ?

La viciationVoilà le type même de Nouvelle dont je raffole; « l’affrontement » entre un personnage (mis à la première personne du singulier) et une petite bêbête (araignée) qui monte, qui monte. Tout l’art consiste à tenir le lecteur en haleine à partir d’une situation somme toute banale. Toutes les phases psychologiques par lesquelles passe le personnage donnent la force et le rythme à ce genre de récit. Bravo Georges, tu fais mouche (même s’il s’agit d’une araignée…)

La Marlière Une Nouvelle qui fait froid dans le dos. Par la canicule ambiante, elle est la bienvenue. De l’horreur pure et dure racontée de manière très cinématographique. Je peux vous dire qu’il s’en passe des choses dans les milieux de la « Haute ». Et c’est pas joli, joli…

De l’Alsace au TonkinRodolphe Speisse est français, d’origine alsacienne. Embrigadé, il se retrouve avec une mitraillette dans les mains dans une plaine brûlante d’Indochine. Il combat au nom de la France alors que son grand-père, Georg, avait été embrigadé dans les troupes du Kaiser. Durant la guerre 14-18, l’Alsace appartenait au Reich. Il en a trucidé des soldats français, grand-père Georg… et une absurdité de la guerre, une de plus !

Petit Charles provoque un trouble intense auprès du vicaire à qui il est confié pour suivre de cours de catéchisme. Lutte intense et profonde entre le bien et le mâle.

Cètètotan   Placée dans un home, une dame, d’un âge vénérable, ne se souvient plus… ou ne veut plus se souvenir… que de la Belle Époque, quand elle a connu son compagnon, Constant. Elle fait l’impasse sur tout le reste… même sur ses enfants et ses petits-enfants.

Et puis, cette nouvelle se termine sur une dédicace de l’auteur… à ma mère.            

 

Une plume de plus à mettre au chapeau (même s’il ne porte que des « mouches » ou casquettes pour les non (John) initiés) de Monsieur Georges !

Un livre paru aux Editions Bernardiennes qui peuvent s’enorgueillir de posséder en Georges Roland un auteur de très grande qualité.

 

 

Alain Magerotte 

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Publié dans l'invité d'Aloys

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Stéphanie Bénoliel est l'invitée d'Aloys... "Les mots surgissent souvent à l'improviste"

Publié le par christine brunet /aloys

img130.jpgStéphanie Bénoliel est le prototype de l'auteur passionné qui sait jouer avec son écriture. POète de nombreuses fois primée, elle se frotte à présent à l'univers du fantastique. Pourquoi ?

 

 Stéphanie, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Née en 1971, je vis entre Martigues où j'ai grandi et établi ma profession de présentatrice événementielle, et L’Ardèche où j'ai installé mon foyer.

La passion de l'écriture m'a capturée très jeune. Pendant longtemps je me suis consacrée à la poésie, puis je me suis essayée à la nouvelle... L'écriture d'Entre deux mondes ( mon premier roman ) a commencé il y a quelques années. Déjà bien avancé à l'époque ( environ 18 chapitres) il a été totalement perdu en même temps que mon ordinateur et que mon seul exemplaire papier... J'ai mis du temps avant de m'en remettre et de trouver le courage de le recommencer. Mais ma passion a survécu et la deuxième version a enfin vu le jour, d'abord en version numérique sur amazon.fr, puis en version brochée. La suite est en cours d'écriture ainsi qu'un autre roman et quelques nouvelles...

img107.jpgPourquoi avoir commencé avec la poésie ? Pour vous, est-une un genre plus simple ? ou qui vous correspond mieux, peut-être ?

 

A l'adolescence, la poésie s'est imposée à moi. Elle me permettait de gérer ma sensibilité exacerbée, avec des mots qui venaient tout seul, dans une écriture automatique et spontanée. Mes poèmes à peine rédigés, je les abandonnais à ma mère qui se chargeait de les faire concourir et qui m'a permis d'être primée de nombreuses fois. La majorité de mes écrits de l'époque ont été conçus d'une traite, le premier jet rarement ou très peu retouché. Les textes s'imposaient sous forme de ballades, avec toujours le bon nombre de pieds et les rimes, comme s'ils avaient mûris dans mon esprit avant d'en sortir. J'ai également écrit à l'époque quelques nouvelles et l'ébauche d'un scénario.

 

Définissez le mot "écriture" 

 

Pour moi, l'écriture est synonyme de création, d'évasion, de passion... C'est un moyen de partager une histoire, de distiller les émotions à travers l'univers de son choix.

 

couverture-actualisee.jpgQuel genre de poésie écrivez-vous ? classique, avant-gardiste ? 

 

Ma poésie reste classique et traite de thèmes d'actualité et de sentiments ; c'est entre 13 ans et 18 ans que j'ai composé le plus grand nombre de mes poèmes. L'amour, la délinquance, la menace nucléaire, la drogue, la trahison, la maternité, l'au delà et d'autres sujets m'ont inspirée.

Vous avez écrit également un roman fantastique... un changement de style, de genre, pourquoi ?

Si j'ai commencé à écrire essentiellement des poèmes, il m'arrivait de rédiger desbonne-couverture.jpgnouvelles et de commencer un scénario ou un roman. Mon goût pour le fantastique est arrivé avec la découverte d'auteurs ou de romans qui m'ont marquée. « La nuit des temps » de Barjavel pour commencer, puis James Redfield, Bernard Werber, Anne Rice, Karen Marie Monning...

Vous nous en parlez un peu ?

 

Entre deux mondes reste une fiction humaniste, qui invite à se questionner sur le potentiel de  l'humanité, et sur les choix qu'elle a fait. C'est aussi un livre d’aventure où les surprises et le suspense côtoient le fantastique et l'amour. J'aime faire flirter la fiction et le plausible, trouvant que cela ouvre la porte des possibles. On découvre une version de l'humanité dotée de capacités extraordinaires, un peuple qui s'est appliqué à améliorer certains talents à travers les siècles, alors que les autres hommes les oubliaient. Le choc des mondes, tome 2 de ma série mondes parallèles, réintroduit les sentiments, négligés par cette élite. L'écologie y a aussi sa place... La version brochée est prévue pour le premier trimestre 2014. Si tout va bien...

 

photo--14-.JPGParlez-nous de vos personnages : comment les créez-vous ? Ont-ils des modèles dans votre entourage ? Qui sont-ils ?


Cassandra, le personnage principal m'est apparu il y a des années, comme le lien entre les

 

deux mondes dont elle est issue, les humains et les Atlans. Je la voulais forte et fragile,

 

belle et solitaire, luttant contre ses doutes et appréhensions avec courage. Elle frôle la

 

perfection qu'elle n'atteindra jamais, victime de ses sentiments et de ses pulsions qui la

 

rendent faillible. Mes personnages sortent tout droit de mon imagination, sans références

 

aucunes avec des personnes réelles.

  • Définissez votre style. Comment et quand écrivez-vous ? Des rituels ? 

Mon style de prédilection reste le fantastique, bien que je reste ouverte à d'autres genresinvites-2244.jpg qui m'inspirent, lors de l'écriture de nouvelles ou de poésie.

 

Les mots surgissent souvent à l'improviste, lors de mes fréquents trajets en voiture, mon

 

dictaphone me suit partout et m'aide à sauver ces phrases de l'oubli. Je peux écrire à tout

 

moment de la journée, comme très tard le soir, je m'adapte au temps dont je dispose,

 

mais j'en manque souvent et ne parvient à exprimer totalement ma créativité débordante.

 

Dès que j'aurai terminé le volume 2 de la série mondes parallèles, je me consacrerai aux

 

deux autres romans, qui ne demandent qu'à s'extirper de mon imagination pour prendre

 

vie.

 


Comme je suis très curieuse et que m'avez mis l'eau à la bouche, pourriez-vous nous proposer le synopsis de votre saga ? 

Lorsque Cassandra, une jeune femme brillante à qui tout réussi découvre ses origines, la fuite reste la seule solution. Kaïla, sa défunte mère était issue d’une haute lignée d’un peuple secret qu’elle avait abandonné pour vivre avec son père, un homme comme les autres.

Cette civilisation inconnue des hommes, leurs ancêtres communs, a évolué d’une manière totalement différente de la nôtre.

Une sélection génétique drastique alliée au développement poussé des capacités humaines a créé un peuple brillant, exploitant depuis des centaines d’années d’autres richesses que celles du reste de l’humanité.

Depuis toujours, ce peuple d’Atlans a été dirigé par les plus puissants d’entre eux. Un don spécial reçu à la naissance en fait les seules personnes capables de régner sur  cette puissante société secrète et leur donne le titre royal accompagné d’un pouvoir absolu. Pour la première fois, Fadès leur roi actuel recherche un héritier doté des capacités nécessaires pour continuer à coexister avec le reste de l’humanité, sans céder à la tentation d’intercéder, voire de  dominer le monde des hommes.

Seul ce don unique qu’il n’a transmis qu’à Kaïla sa fille disparue, confère la sagesse indispensable pour lui succéder. Il est prêt à tout pour retrouver Cassandra et découvrir si elle a hérité des capacités de sa mère, lançant à sa poursuite Yole son plus fin limier qui fait de surprenantes découvertes.

Mais les instincts rattrapent les êtres les plus évolués de la terre, leur rappelant que la nature de l’homme reste vaste et complexe.

 

Je vais abuser... Vous nous découvririez les premières lignes de votre prologue?

Prologue

 

Le monde dans lequel vous allez être entraîné est le monde réel, tel que vous le connaissez, ou plutôt le méconnaissez...

 

Une part de vous, sans doute la plus ancestrale va reconnaître et comprendre tout ce qui va vous être narré.

Une autre, la plus pragmatique, va continuer à nier cette évidence dérangeante selon laquelle l'humanité telle que nous la connaissons ne serait pas l'élite de cette planète, sur laquelle l'homme règne depuis si longtemps en maître incontesté.

Vous allez penser que ce n'est pas possible ! Aucun individu ne peut détenir ce genre de pouvoir !

 

Aucune partie de la surface de cette planète n'a plus de secret pour l'homme !

 

Et pourtant... Tant de choses de nos jours demeurent inexplicables... Ou inexpliquées...

Et si les plus grandes richesses et le plus grand des pouvoirs ne se trouvaient pas là où on le croyait...

Et si l'humanité s'était fourvoyée, avide de richesses extérieures et aveugle de ses ressources intérieures les plus précieuses ?

L'évolution de l'homme depuis ses plus lointaines origines, ne démontre-t-elle pas une faculté d'adaptation hors du commun, à laquelle l'homme moderne a sacrifié sa part intuitive et instinctive ?

Notre cerveau pourrait être sous exploité, la partie non utilisée représentant des zones oubliées.

Les premiers hommes avaient certainement la capacité de trouver l'eau source de vie, comme tous les animaux, leurs sens étant bien plus affûtés que les nôtres.

Certaines de nos facultés ne s'éteignent-elles pas parce négligence ?

Les faits sont là ! Devant nos yeux qui ne veulent pas voir et notre technologie derrière laquelle nous nous cachons.

La vérité que Cassandra va découvrir deviendra bientôt la vôtre...

 

Bienvenue au royaume des Atlans !

 

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de repondre à mes questions !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Alain Magerotte est l'invité d'Aloys avec "Les Epargnés", 2e partie

Publié le par christine brunet /aloys

Absurde

 

Le bonhomme s’explique aussitôt sur ce que j’ai pris pour de l’agressivité :

« J’ai été contremaître dans une usine. Mon travail consistait à surveiller les cadences, chrono en main. Je ne m’exprimais qu’à coups de sifflets ou par borborygmes. Jamais de phrases complètes. Un jour, la Direction a estimé que je me ramollissais; mes ordres étaient moins tranchants et j’oubliais parfois de siffler. Depuis que je suis ici, cela fera un an mardi prochain, j’ai découvert le plaisir du langage, de construire des phrases, d’enrichir mon vocabulaire. Je ne cesse de m’améliorer; le ton est parfois encore un peu sec...     

- Je comprends, Monsieur Lapêche… heureuse reconversion pour vous, parce que, passer son temps à se croiser les bras, ça «craint» plutôt… non ?... » La réponse est fulgurante.   

« Vous entendez par là, je suppose, que «le contexte dans lequel vous allez évoluer risque d’être pénible en raison d’une non activité pourtant, je vous le rappelle, reconnue, légalisée ?»... A votre guise, Monsieur Rémy. Si une envie d’agitation permanente vous brûle, si un désir ardent de mouvement perpétuel vous titille, il vous est encore loisible d’intenter un recours pour revoir votre dossier. Sans pour autant obtenir gain de cause, je précise. Je ne connais aucun cas allant à l’encontre d’une décision prise par l’Office de placement des épargnés

- Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire, Monsieur Lapêche…

- Vous avez une fâcheuse tendance à vous exprimer de façon approximative, Monsieur Rémy. Pourtant, la langue est riche en termes précis pour définir une chose, un acte, une situation ou que sais-je encore.

- Je voulais savoir à quoi vous passiez vos journées…

- Parfait, voilà qui a le mérite d’être clair, aussi, je vous réponds… à ne rien faire du mieux que je peux !

- Comment faîtes-vous pour éviter des désagréments du genre «pied qui dort» ou «bras qui s’ankylose» ?  

- Ce sont des problèmes relevant du degré de résistance à l’inactivité de chacun. Un problème individuel en somme. Vous apprendrez ainsi à bien connaître votre corps. Cependant, ne négligez pas pour autant votre esprit… au fait, Monsieur Rémy, que faisiez-vous avant de venir ici ?

Product manager, une fonction appartenant au domaine du marketing et de la vente. Mon rôle était la gestion de la ligne du produit… mais, je ne vous ai pas donné le nom de la firme, je travaillais pour…

- D’accord, je ne veux pas en savoir davantage. Tout cela appartient désormais au passé…

- Vous avez raison, Monsieur Lapêche… euh, serait-ce indiscret de vous demander de me parler des autres épargnés ?… Vous les connaissez tous, je suppose ?

- Pfff… oui… des liens affectifs se sont tissés avec certains, une forme d’indifférence s’est installée avec d’autres.

- Quels sont les plus intéressants ?

- Mes critères ne sont pas forcément les vôtres… 

- Tu l’as dis, bouffi, songeai-je… citez-moi les plus sympas, j’irai leur faire un petit coucou…

- Je ne vous le conseille pas, Monsieur Rémy. Le Directeur n’apprécie guère de surprendre un nouvel arrivé en plein bavardage dans un bureau autre que le sien. 

- Monsieur Lapêche, le fait de bavarder n’est pas synonyme d’occupation, si c’est à cela que vous faîtes allusion.

- Niez-vous l’expression «occupé à bavarder» ?

- C’est ce qu’on fait en ce moment, tous les deux… ah ! Ne dîtes pas le contraire, Monsieur Lapêche !

- Nous sommes dans le même bureau, donc nous ne bavardons pas mais nous communiquons. La communication est axée sur l’essentiel, donc utile. A l’opposé, le bavardage est superficiel, donc futile.

- Admettons… mais le Directeur n’est peut-être pas aussi pointu… enfin, je veux dire, il n’est sûrement pas un virtuose du mot comme vous l’êtes…

- Ce n’est pas seulement une question de mots, mais plutôt de fait, d’action définie dans un cadre précis. Sachez, Monsieur Rémy, que le Directeur éprouve des difficultés à ne rien faire. En réalité, nous ne devrions pas avoir de Directeur, mais la transition pour le pauvre homme aurait été si forte, qu’il n’aurait pu la supporter. Plus que n’importe quel dédommagement, si plantureux eut-il pu être, le Directeur désirait garder une partie de lui-même, c’est-à-dire une partie de son titre. Car cet homme, Monsieur Rémy, avait été Président Directeur Général d’une Multinationale ! Celle-ci a fusionné. Conséquence : les inévitables charrettes. L’Office de placement des épargnés a opté pour une solution en douceur vis-à-vis d’un homme qui a tant sacrifié pour la Nation. Il l’a nommé Directeur. Directeur de pacotille, certes, mais Directeur quand même. Il y a trois ans que cet homme a été parachuté ici et il ne parvient toujours pas à se mettre dans la peau d’un épargné lui qui, dans sa glorieuse époque n’épargnait personne. Vous l’aurez constaté; il n’arrête pas de triturer des papiers vierges, de peloter des dossiers vides et s’attend à chaque instant à recevoir un coup de téléphone important. Il furète beaucoup, aimant rendre des visites à l’improviste dans les bureaux, il prend donc son rôle de Directeur au sérieux… alors, pour un homme de cette trempe, la différence entre communiquer et bavarder prend toute son importance. Méfiez-vous, il pourrait vous balancer à l’Office de placement des épargnéscomme inadapté… 

- Quel prétexte grossier… sans fondement…

- Je vous le concède, Monsieur Rémy. Cependant, au risque de me répéter, ne tentez pas le diable. Les places, ici, sont chères. Vous ne voulez pas, je suppose, vous retrouver dans la peau d’un chômeur que l’on traque nuit et jour ?

- Bien sûr que non, Monsieur Lapêche.

- Plutôt que d’aller bavarder, songez à vous trouver un pôle d’intérêt. Les autres y sont arrivés, vous y arriverez aussi. Par exemple, prenez, Mireille, la femme du secrétariat… sa peau ! Ah, sa peau, c’est quelque chose ! Pour l’observer à la loupe durant des journées entières, elle a réussi à obtenir une peau saine, parfaite. La barrière d’hydratation est intacte et la structure de soutien en parfait état. Elle maintient son équilibre en huile et en eau à la perfection et son renouvellement cellulaire est constant. Pour la préserver, elle effectue un nettoyage approprié deux fois par jour suivi d’une exfoliation douce et d’une hydratation adaptée. Et Eric, le type de l’accueil… le bâillement !… Le bâillement, Monsieur Rémy, n’est pas une simple ouverture de la bouche, mais un mouvement d’étirement musculaire généralisé, des muscles respiratoires et des muscles de la face et du cou. Moindre audition, paupières fermées, sensation de plénitude corporelle, concourent à une relative perte de contact avec l’environnement. Le bâillement est perçu comme une jouissance, un bref bien-être, ressemblant aux satisfactions des tiqueurs. Eric y associe souvent l’étirement. L’association des deux se nomme pandiculation. Il y a encore Monsieur Callez, le digne successeur de Joseph Pujol...

- Joseph Pujol ?

- Oui, Joseph Pujol a été une vedette de grande renommée au début du siècle passé. Il était célèbre pour sa remarquable maîtrise de ses muscles abdominaux qui lui permettait de lâcher des gaz à volonté; il pouvait ainsi jouer Au clair de la lune avec un flutiau, et éteindre les lumières de la scène. Il s’est même produit au Moulin - Rouge  

- Un art difficile à supporter pour son ou sa collègue…

- Vous pensez bien, Monsieur Rémy, que Monsieur Callez est seul. Son bureau est irrespirable pour autrui. D’ailleurs, je l’évite. Encore une question ? Ce sera la dernière car bien que mon temps de parole s’allonge au fil des semaines, je dois encore m’octroyer des plages de silence afin de récupérer. Il ne faut pas brûler les étapes. Un jour, je serai capable de parler une journée entière. Je viens de loin, rappelez-vous.  

- La soupe ? A qui doit-on cette bonne odeur de soupe ?   

- A Madame Bardin. Elle n’hésite pas à mélanger, avec un bonheur certain, différentes substances végétales odoriférantes, appelées aromates, pour le plus grand plaisir de notre sens olfactif. Chez elle, ce doit être un véritable laboratoire gastronomique expérimental.

- Chez elle, vous voulez dire, dans son bureau ?

- Non, Monsieur Rémy, ici, ce serait assimilé à du travail ! Ce qui m’amène à vous conseiller d’amener vos tartines, nous n’avons pas de réfectoire, vous en connaissez la raison, à présent. »

Lapêche se laisse alors glisser sur son siège afin de prendre la position de celui qui se prépare à une bonne sieste, me faisant ainsi comprendre que la conversation est finie jusqu’à demain.

Cette attitude m’incite à gamberger sur ma nouvelle situation. Tout compte fait, je ne me plains pas de mon sort. La perspective de ne rien faire de mes journées ne m’effraie point même si une période d’adaptation sera nécessaire. Comme disait Lapêche, les autres y sont arrivés, j’y arriverai aussi. Le Directeur doit être une exception... trois ans déjà ! C’est dire si ce gars-là était «pourri» jusqu’à l’os. Va-t-il y arriver un jour ?

Et maintenant, je vais m’adonner à une séance de pandiculation. Après quoi, j’examinerai par le menu, dans la glace des toilettes, ma tronche afin d’y déceler les signes avant-coureurs d’un homme nouveau, d’un homme qui va, enfin, prendre le temps de vivre. Dois-je me réjouir de ce qui m’arrive ? Cette fois, je dirais oui…

 

Le restant de la journée, j’humerai l’odeur de la bonne soupe de Madame Bardin, j’imaginerai que les pets de Monsieur Callez sont moins dangereux pour la couche d’ozone tout en me tournant les pouces… tiens, voilà une idée à creuser… un passe-temps intéressant à développer…

 

 

Alain Magerotte

Des nouvelles de l'absurde

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Alain Magerotte est l'invité d'Aloys avec "Les Epargnés"

Publié le par christine brunet /aloys

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LES  ÉPARGNÉS

 

Je m’appelle Jean Rémy. Durant des années, j’ai fait partie des rouages du système pervers, de l’engrenage infernal, qui sévit à l’extérieur. J’ai apporté mon écot à une société sacrifiée à la productivité, devenue vérité première. Produire, entreprendre, construire… encourager sans relâche le développement des énergies en vue de l’accélération dans les différents domaines de la production, faire grimper sans cesse la courbe des graphiques, veiller sans faiblesse à la rotation, au renouvellement des stocks. La technologie de pointe, la statistique au jour le jour, l’étude de marché, les coûts de production, les balances boni/mali, le renforcement de l’industrie, la consolidation du commerce, l’augmentation sans répit de l’accroissement de la puissance du pays, voilà les seules réalités de l’extérieur. Des réalités assénées au quotidien à grand renfort de publicité, de discours à sens unique. Un univers entièrement consacré aux opérations concrètes, excluant sans vergogne tout ce qui est dénué d’utilité pratique.

D’après un rapport circonstancié de l’Office de placement des épargnés, j’ai atteint le seuil d’usure. C’est-à-dire vingt-cinq ans de service crédités d’un rendement en courbe descendante. Je suis ainsi devenu un épargné ! Mon salaire est diminué de 30% par rapport à celui perçu lors de ma dernière activité.

Les épargnés sont versés dans des bâtiments occupés jadis par les administrations. Ils n’ont pas à se plaindre puisqu’ils bénéficient du semblant d’humanisme que se donne le système et ne sont donc pas assimilés aux chômeurs, victimes, eux, d’une chasse impitoyable. Ce statut d’épargné sert surtout à maquiller les chiffres du chômage. Parce que tout va bien dans une société de consommations en progrès constants…

 

Dois-je me réjouir d’être un épargné ? Je ne sais pas encore très bien…

Habitué à m’entendre dire, durant des années, que j’étais un rouage essentiel au bon fonctionnement de la Multinationale qui m’employait, me procurait, je l’avoue, une grande satisfaction. Et puis, un jour, patatras, une décision de l’Office de placement des épargnés vient me retirer ce qui était ma raison de vivre, mon boulot !

Afin d’éviter la déprime, je me suis forcé à prendre du recul, à relativiser en me disant que, finalement, je m’en sortais sans trop de casse. Le seuil d’usure, que j’avais soit disant atteint, montrait un homme aux facultés mentales et physiques pas trop entamées. J’étais certes un peu émoussé face à la résistance à l’effort soutenu ou plus lent à la réflexion devant un problème ardu. Mais j’aurais pu, je pense, rendre encore quelques bons services si on m’avait versé dans un secteur moins astreignant.

Tant pis. J’en prends mon parti, aussi, est-ce presque serein que je pénètre dans le bâtiment aux hauts murs gris. Ma convocation à la main, je me dirige vers le bureau d’accueil derrière lequel un type en blazer bleu foncé, en pantalon de la même couleur, et en chemise blanche, bâille aux corneilles. Il s’étire en prenant le papier officiel que je lui tends. Il y jette un coup d’œil rapide et dit :

« Deuxième étage ! »

Alliant le geste à la parole, il forme, de sa main droite, le chiffre deux à l’aide de l’index et du majeur. Merci, je ne suis ni sourd, ni crétin.

« Les ascenseurs sont devant vous » ajoute-t-il en étouffant un bâillement.

O.K., il faudrait être miro pour ne pas les voir. Des coups de klaxons et de crissements de pneus parviennent de l’extérieur. Un choc indique un tamponnage entre des véhicules pressés… des bruits qui appartiennent désormais, pour moi, à un autre monde. Tiens, curieuse réflexion que celle-là… me suis-je déjà glissé dans la peau d’un épargné ?   

J’appuie sur le bouton d’appel. Les portes s’ouvrent aussitôt; l’ascenseur est désert. Je l’envoie au second étage où j’atterris d’abord dans un sas. Il y fait lourd. Le sol est recouvert d’un tapis-plein fatigué de couleur grise. Une odeur de soupe flotte dans l’air. Je trouve cela plutôt sympa.

Un long et étroit couloir conduit vers le secrétariat où une femme au visage sévère et au teint frais se regarde dans une petite glace ronde. Je me présente; elle me dit de m’asseoir et d’attendre. Je m’exécute.

Histoire d’engager la conversation, je demande l’heure du déjeuner car je suis, ajoutais-je, alléché par l’odeur de la soupe.

« De la soupe au quoi ? » insistais-je faussement intéressé.

Le haussement d’épaules et le silence qui suivent m’indiquent que la femme au visage sévère et au teint frais trouve mon propos stupide ou ma question déplacée.            

Enfin, au bout de quelques minutes, elle dépose la petite glace ronde et daigne s’occuper de mon cas. Elle prend le cornet du téléphone et forme un numéro sur le cadran.

« Monsieur le Directeur, Monsieur Rémy est arrivé… bien, Monsieur le Directeur. »

La femme au visage sévère et au teint frais me dit :

« C’est par là, Monsieur le Directeur vous attend. » Elle accompagne ses paroles d’un hochement de tête ensuite, elle reprend la petite glace ronde et se laisse aller à une nouvelle séance de narcissisme.

Je frappe à la porte. De l’autre côté, une voix agacée crie :

« Entrez ! »

Là, je découvre un singulier personnage au crâne dégarni, au nez en bec d’aigle, aux sourcils épais et aux yeux bleus. L’œil de droite est atteint d’un tic, il cligne sans arrêt.

Les mains à plat sur le buvard d’un large bureau accentuant sa petite taille, le Directeur m’invite à m’asseoir et me souhaite la bienvenue. Le ton est sec, nerveux, et le restera tout au long de l’entretien. 

« Monsieur Rémy, c’est bien cela ?

- Oui…

- Oui qui ?

- Oui, Monsieur le Directeur.

- Bien. Monsieur Rémy, ça va ?

- Ça va… Monsieur le Directeur.

- Monsieur Rémy… nous y arrivons… Monsieur Rémy, disais-je, l’Office de placement des épargnés m’a prévenu de votre venue… ce n’est donc pas vraiment une surprise de vous voir ici… nous y arrivons… Monsieur Rémy, apprenez ceci… »

Il s’interrompt et se met à déplacer, de droite à gauche, un paquet de feuilles vierges puis, il ouvre et referme un dossier vide, répétant ce geste à plusieurs reprises avant de poursuivre la conversation.

«… Où en étions-nous ?... Nous sommes constamment interrompus… nous y arrivons… le téléphone !... N’a-t-il pas sonné ? »

- Euh… non, Monsieur le Directeur.

- Suis-je bête, il a sonné pour m’avertir de votre arrivée. Mais depuis, plus rien… tant pis ou tant mieux, devrais-je dire… Monsieur Rémy, sachez ceci pour votre gouverne… tant que je vous surprendrai à ne rien faire, vous n’aurez pas d’ennui… c’est bien cela, non ?... Vous permettez ? »

Il plonge la main dans la poche de son veston pour en extraire un tube d’aspirine, catapulte deux cachets dans un verre d’eau, hésite, ajoute un troisième, attend qu’ils se dissolvent, ensuite, hop, il avale le liquide d’un coup.

«… Nous y arrivons… ceci étant clair, je pense, rien ne vous empêchera, face au temps largement imparti, de développer… non, ça fait «usine» … de cultiver… non plus, ça fait «agriculture»… ne nous énervons pas, nous y arrivons… ah, voilà ça y est… de vous découvrir un passe-temps… car, en ce qui me concerne, j’éprouve du mal à… non, je m’égare… excusez-moi, mais ainsi nous n’y arriverons pas… bon, assez parlé maintenant… allez-y ! » 

Je lui dis que je suis prêt à y aller mais où ? Dans quel bureau vais-je devoir me croiser les bras ?

« Question pertinente, en effet ! Un bon point pour vous mais ce point ne servira à rien, je préfère vous prévenir » marmonne-t-il.

Le Directeur sort d’un tiroir une feuille barbouillée de lignes dans tous les sens, de flèches pointées vers des petits rectangles portant chacun un numéro.

Au bout d’une cogitation intense, l’homme se libère soudain.

« Eurêka ! Comme dirait Archimède, je sais dans quel bain vous lancer... voyons, le bain, Archimède… nous y arrivons ? » insiste-t-il en me fustigeant du regard; courroucé, à l’évidence, de ne point me voir réagir à son humour éléphantesque.

J’esquisse alors un rictus et juge opportun de préciser, usant d’une dégoulinante flatterie, qu’un homme alliant à la fois culture, humour et humanisme, soit plutôt denrée rare de nos jours.

Mon message de faux-cul fait mouche car le Directeur rosit de satisfaction. Du coup, il prend l’initiative de me conduire lui-même sur les lieux de mon affectation.

Nous empruntons le long et étroit couloir dans le sens inverse. Evitant le sas, nous bifurquons à droite pour aboutir dans un plus long et plus étroit couloir aux flancs garnis de portes numérotées. Chiffres pairs d’un côté, chiffres impairs de l’autre. Nous nous arrêtons devant le numéro 205.

« Nous y arrivons ? » questionnais-je sur un ton moqueur. Aïe, la gaffe ! Le capital sympathie qui part en vrille.

Le Directeur s’affuble aussitôt du masque dur et froid du reproche; sourcil gauche levé en accent circonflexe. Je m’attends à essuyer une volée de bois vert, conséquence de mon effronterie. Rien ! Mais, la minute de silence qui tombe, telle une chape de plomb, m’invite à ne pas récidiver. Ici, il y a comme un relent de ce qui se passe à l’extérieur; on ne se moque pas d’un Directeur ! Du moins en sa présence, pensais-je.

Quant il eût pris sur lui, une fois les 60 secondes écoulées, il lâche :

« Nous y arrivons en effet, entrez… »       

Je veux lui rendre la politesse mais il me colle une main ferme dans le dos et me pousse devant.

La pièce est meublée de deux bureaux recouverts chacun d’une fine pellicule de poussière ainsi que d’une armoire ouverte aux étagères vides. Et c’est tout. Le type avec lequel je vais passer huit heures par jour est affalé sur son siège.           

« Monsieur Lapêche » fait le Directeur en désignant celui-ci.

« Enchanté, dis-je en tendant la main, moi c’est Rémy… Jean Rémy. »

L’autre ébroue à peine un mouvement de la tête de bas en haut en conservant un air absent. A cet instant, un nouveau pic de bruits assourdissants provient de l’extérieur. Des sirènes de police hurlent.

« Vous devriez vous entendre » lance le Directeur avant de tourner les talons.

Je m’installe face à Lapêche, à nouveau perdu dans ses pensées. Il ne semble pas désireux de lier connaissance. Peut-être est-il resté seul trop longtemps ?

« Euh… je pense que nous allons passer d’agréables moments ensemble » dis-je, essayant d’engager la conversation.

- Si vous le dîtes…

- Ce n’est pas moi qui le dit mais le Directeur…

- Le Directeur n’a pas dit «vous allez» mais «vous devriez», la nuance est d’importance... parce que dans le premier cas de figure, il aurait certifié que l’entente serait bonne entre nous; en disant «vous devriez», il suppute, il subodore une éventuelle bonne entente entre vous et moi… suis-je clair ? »

Plutôt pointu Lapêche… et teigneux avec cela ! Probablement est-ce dû à son désoeuvrement. Cela promettait ! 


La suite ? Demain !

 

Alain Magerotte

Des nouvelles de l'absurde

Publié dans l'invité d'Aloys

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Georges Roland en invité d'Aloys avec ses Traminots

Publié le par christine brunet /aloys

01BRL-couv.jpgJe suis un enfant de Bruxelles. Né à Bruxelles, mais pas à saint-Pierre. J’ai habité Bruxelles, mais pas dans les Marolles. Mon enfance a été bercée par un dialecte tellement fleuri qu’il m’est resté gravé dans la mémoire. C’est le paradoxe de mon écriture : le ket des beaux quartiers rencontre le petit peuple de la plèbe.

Mes personnages sont des figures que j’ai connues dans les années 1950, et que j’ai ramenées au XXIe siècle. Dans ces romans, les nostalgiques du Congo Belge côtoient des buveurs de gueuze d’après-guerre et des keums d’aujourd’hui.

Je me fiche de la vraisemblance, je raconte des histoires, des flooskes, des traminot-polars zwanzés :

C’est le brol aux Marolles (Édilivre)

Cahots dans le métro (Édilivre)

Cartache ! (Bernardiennes)

Manneken Pis ne rigole plus (Bernardiennes)

 

***

Un traminot-polar zwanzé ?

Wadesma da veui eet ? Qu’est-ce donc cela ?

 

« Il s’agit d’une approche cybernétique et transcendantale, quasi oulipienne, de la desserte ferroviaire subjacente en milieu urbanisé. »

Ça, c’est une zwanze, tu comprends ? Mais une de technocrate avec une barbe, une épée04CAHOTS-couvred.jpg et un chapeau à cornes et que tu rencontreras pas sur le trottoir gauche en descendant la rue Saint-Ghislain ou dans un caberdouche de la rue des Prêtres.

Un traminot-polar zwanzé, c’est net la même chose, sauf que c’est juste le contraire ; c’est un roman policier humoristique qui se passe à Bruxelles.

Tu rencontres là-dedans des tronches colorées au lambik racontées par Roza, une rame de métro qui a sa langue bien pendue avec un accent qui ne vient pas du vieux Nice, ça tu as déjà compris, newo.

Le commissaire Carmel qui boit de la gueuze comme toi tu bois du Cacolac, sa fille Arlette adepte de sports de combat, et madame Gilberte qui va kocher les rames au dépôt et qui cause avec ses copines de comptoir de la brasserie Pill de madame Bertha où-ce qu’il y a des anciens et des nouveaux colons du Congo qui viennent se frotter la panse en dégustant un stoemp au moambe et saucisses arrosé de faroet de pékèt. Entre-temps, il y a quelques morts et une enquête de police un peu déjantée. Tout ça dans les rues de Bruxelles.

À la fin du livre, tu trouves un lexique pour si tu es né à Villeneuve-Loubet ou bien que tu habites à Houte-Si-Plou et que tu ne comprends rien à tout ce bazar. Juste net comme ici en-dessous. Ara ! 

 

09MAN-couv.jpgRoza-la-Rame : Je peux aussi te dire quelque chose ?

Un traminot-polar, qu’il dit que c’est, le Georges ! Un traminot-polar ! Moi, je te pose une fois la question : ses histoires, est-ce que ça a quelque chose à voir avec le tram ? Rien du tout, que je te dis. Il sait quamême raconter des carabistouilles quand il s’y met, celui-là !

C’est pas traminot-polar, mais métro-polar, qu’il doit dire, ce zievereir. Ou bien comme ma copine Fred, pour faire chic : un métro-pol. Tu ne trouves pas que ça sonne mieux ? Un métropole. Tu vois tout de suite les madames chichi avec leur chienchien qui viennent chichi-roter un thé de Chichine à la terrasse pour qu’on les voie bien.

Un métro-pol, ça j’aime, dis ! Moi, je suis une rame de métro de Bruxelles, et je n’ai pas une langue en bois, je te préviens. Je raconte des histoires de crimes et de fafouleries des hommes (mais aussi un peu des femmes, tu sais) qui montent dans mes wagons. Parfois, je sors dehors prendre la température, et ça, mon cher ami, c’est pas de la barbe à papa ni des smoutebolles, mais c’est quand même comme ça un tout petit peu la foire du Midi, newo ?

Tu as le commissariat où ça tourne comme dans la roue de la mort, et puis la brasserie Pill où-ce que ça ressemble à un fritkot de luxe, et de temps en temps, il y a un peï qui se met à tirer dans le tas, juste comme toi sur les pipes en plâtre de chez Buffalo Bill, et des castars qui se battent comme des veuivechters, ou des grandes gueules, c’est comme tu veux.

 Les personnages, non plus, c’est pas du tout-venant de chez Nounkel Ware. Qu’est-ce que tu veux, c’est des gens avec un genre. À Bruxelles on dit avec un jââre, ça fait plus vrai.

Quand tu vas t’asseoir dans un café, ça s’appelle « Chez Méï Moeyal » ou « Chez les bons amis de Pitje Schaveiger », tu commandes une demi-gueuze et tu regardes autour de toi. Je te garantis pas que c’est la salle de lecture de la Bibliothèque Royale ou le dôme de l’Institut, mais tu entends parler une langue universelle. Un mélange de flamand, de français, de lingala, de roumain, d’italien, d’espagnol et des tas d’autres que je ne connais même pas comment on les appelle. Quand tu sais plus dans une, tu continues dans l’autre, et tout le monde se comprend. La demi-gueuze, ça aide à la comprenure ; au plus que tu en bois, au mieux que tu deviens polyglotte. Ça ils ne te diront pas au journal tévé, car ils sont payés par Cacolac au lieu des brasseurs bruxellois.

Tu as déjà compris que je raconte des flooskes. Allez, de la fiction, si tu préfères. Une11CART-couv01.jpg rame de métro qui t’explique qu’elle sort de son tunnel et qui va regarder les gens, c’est pour du rire. Va pas en faire une cause pour ton avocat, il cause déjà assez.

Même la police sort du Grand Guignol. Tu vois très bien le commissaire Carmel avec un bicorne, qui reçoit des coups de balai sur son dos, et un ket avec une pinnemouch qui rigole dans un coin, juste sous une fresque montrant l’agent 15 de Hergé.

Bon, on va commencer, va chercher une bouteille de gueuze dans le frigo, enlève le bouchon et mets-toi seulement à lire en buvant un coup de temps à autre. Ça va te faire du bien, tous les deux, mais pas le bouchon.

 

 

LEXIQUE :

 

flooskes :              inventions

zwanze :                blague à la Bruxelloise

caberdouche :           bistrot

lambik :                bière bruxelloise

newo :                  n’est-ce pas ?

kocher :                nettoyer

stoemp :                purée de légume

faro :                  bière bruxelloise

pékèt :                 genièvre wallon

Ara !:                  voilà !

zievereir :             radoteur

fafouleries :           vantardises

smoutebolles :          beignets au sucre

fritkot :               friterie, baraque à frites

castars :               mecs

veuivechters :          cherche-misère

Nounkel Ware :          Oncle Édouard

Meï Moeyal :            mêle-tout

Pitje Schaveiger :      Pierre le Ramoneur

ket :                   gamin, équivalent de Titi ou de Gone 

 

Georges Roland

http://www.georges-roland.com

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Kate Milie en invitée avec Noire Jonction

Publié le par christine brunet /aloys

100 0787 

 

Dès la première page, l’intrigue est lancée. Un drôle de type ce Tony. Il mate une fille, griffonne des trucs sur son carnet. La fille, c’est Marie, la guide que nous connaissons bien puisqu’elle était au cœur de l’enquête de « L’assassin aime l’art déco » (180° Editions, 2012).

 

La ville de Bruxelles est en effervescence, c’est le soixantième anniversaire de la jonction Nord-Midi. Marie est contactée par un certain Bart, un gars plongé dans la réappropriation de la ville par l’art et l’écriture qui pour l’occasion forme une association, le Collectif Art/Jonction. Le rôle de Marie est d’organiser au mieux un programme digne d’une telle manifestation. Gunnar Berg, un célèbre auteur suédois est invité, il devrait écrire un roman noir. Autour de ce Collectif, des animateurs, des plasticiens, des photographes…

 

A savoir, cette jonction avait à l’époque éventré la ville, 1500 habitations furent détruites, ce qui fit 13000 mécontents.

 

Marie organise donc ces jours festifs. Avec Gunnar Berg, elle visite la capitale et retrace avec lui le Bruxelles d’avant la jonction. Des bars à textes sont mis sur pied, qui drainent pas mal d’écrivaillons de tout bord. Et puis surgissent les événements, des poupées pleines de sang sont découvertes à l’entrée d’un tunnel…Attentat artistique ? Les intervenants autour du Collectif Art/Jonction représentent quand même quelques personnes. Il y a Yvan et Myriam, Bella et Tatiana…Il y a aussi ce mystérieux Frère Guillaume, qui aurait fait vœu de silence. Mais pourquoi donc ? Et puis ce drôle de type, ce Tony qui remonte de temps en temps à la surface. Tout le monde suspecte tout le monde et voilà Tatiana qui est mise hors de cause. On vient de découvrir son cadavre…Ah oui, il y a aussi cette écrivaine, cette Kate Milie qui met son grain de sel et qui, c’est une intrigue de plus, connaît le Frère Guillaume.

 

Le décor est planté ! J’ai commencé ce livre dans le train de 7 heures 05 à la gare du Sud de Charleroi et je n’ai pas décroché ! Bon Dieu, qui tue ces poupées ? Qui a tué Tatiana ?  A 12h05, je bouscule un brave type dans le porche de l’église Saint-Nicolas et j’ai l’audace de sursauter, il ressemblait à ce Tony ! A 14 heures 30, du côté de la rue des Alexiens, je me sens trahie. Jamais je n’aurais songé à un tel dénouement !

 

Kate Milie réussit à merveille ce troisième opus. Pas évident pourtant, un tel imbroglio dans cette jonction…Avec un vocabulaire qui saute les barrières et qui vous entraîne dans un véritable polar, Kate Milie affirme ici son style et s’installe dans un créneau qui lui colle à merveille : une intrigue policière nouée à part entière avec l’architecture de la capitale et les beaux bâtiments de la Belle Epoque. Aujourd’hui, ce sont les gares du XIX ème que Kate Milie, en quelque sorte, reconstruit. Et demain ? Je suis certaine que tous les lecteurs attendent comme moi la prochaine enquête qui mettra encore en scène cette charmante guide, cette Marie. A moins que …Oh non ! Non !

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

enfantsjardinr 

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Georges Roland en invité d'Aloys avec une fiche de lecture d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.georges-roland.com/images/c/cou/couv.LOUIS01.jpg
LOUIS BLANC-BIQUET
Par Georges Roland

 

Georges Roland m’énerve ! Ce type est à l’aise dans tout : le traminot-polar zwansé, le roman grave, le roman humoristique, la chronique rurale, le roman historique, le roman rural, la chronique historique, la chronique romancée, le roman chroniqué. Y paraît que Môssieu excelle même dans la poésie, dixit Barbara Flamand, une épée dans le genre !

Tiens, je n’ai pas encore lu de Nouvelles de lui, mais, mais, mais… c’est prévu… car Môssieu Georges a aussi, tout récemment, «commis» un recueil de Nouvelles ! 

Bon, soit. J’ai lu «Louis Blanc-Biquet» et j’ai A-D-O-R-É ! Louis Blanc-Biquet, wie is dat ? C’est le grand-père du «génie littéraire». Louis de witten bikker est appelé comme ça à cause de la blancheur de sa chevelure et de la vie trépidante qu’il a menée dans les milieux bourgeois de la ville. Louis Blanc-Biquet ou la trajectoire d’un fils de bourgeois devenu paysan (fin du XIXème siècle).

Cela dit, chapeau ! Il faut une fameuse dose de courage pour quitter l’insouciance de la vie universitaire et retourner au village pour apprendre le dur métier de fermier. Je connais quelqu’un qui m’est très très proche, donc très très cher, qui a beaucoup guindaillé mais qui, après, a opté pour la profession nettement moins rude de fonctionnaire.

Louis rencontre son petit-fils (onze Georges) et raconte la trajectoire de chacun de ses gosses (11 au total !). Mais, attention ! Louis est un conteur né, difficile donc de dissocier la réalité de la fiction. Qualifions dès lors ce récit de réalité romancée.

Cette belle grande famille vit dans le village de Neerijse (Brabant flamand). Et, dans la première moitié du XXème siècle, il n’y a pas la télé, Internet ou les GSM. Un des plaisirs consiste à se rassembler à la veillée, après une dure journée de labeur, pour écouter le pater familias raconter des histoires ou des légendes comme celle du Lodder, ce grand chien noir qui hante notamment la côte du Rood Hoof.

A cette époque, les traditions sont rigoureusement respectées comme celle, par exemple, consistant à sacrifier un enfant à Dieu et un autre au pays. Louis n’y déroge point; l’une de ses filles entre au couvent et un de ses fils s’engage à l’armée. Ce dernier, le pauvre, va même se retrouver caserné au bout du monde… à Neufchâteau !

Et puis, une autre de ces demoiselles, Marie-Joséphine (Merée), monte à Bruxelles pour trouver un emploi de bonne chez un notaire. Quelle expédition, zeg ! La ville avec ses bruits, ses voitures, ses maisons collées les unes aux autres, sans jardin, sans vache, sans poule, sans cochon… Et quand, de temps à autre, elle revient au bercail faire un petit coucou, Madame «joue les fières» et s’habille comme une princesse !... c’est ce que pense sa sœur Justine, un chameau !

Merée sera bientôt rejointe à Bruxelles par son frère Miel (Emile, le futur père d’onze Georges).

Un livre divertissant à souhait avec ses passages cocasses (le vélo de Gust, l’incendie de Bram, la soupe trop chaude ou encore la mésaventure du curé sur la planche des toilettes) mais également un témoignage poignant sur la première guerre mondiale (la rencontre de Louis avec les Uhlans, l’invasion de Neerijse en 1914, la vie sous l’occupation… et puis ces soldats flamands obligés d’obéir aux ordres émis en français par leurs Supérieurs…).

De la première à la dernière page, ce fut un savoureux moment de lecture. Ce «Louis Blanc-Biquet», je le recommande prestement.

Merci Georges de m’énerver autant !


 

Alain Magerotte. 

http://www.bandbsa.be/contes3/bizarreries.jpg

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Claude Colson en invité d'Aloys avec son dernier roman "La fin, les moyens"

Publié le par christine brunet /aloys

 

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La fin, les moyens  -   Claude Colson

 

 

 

Cette fiction traite d'un avatar du féminisme naissant.

 

 

La quatrième de couverture :

Fin des années 70 :

Vous êtes un homme, en France : la société vous suggère un rôle, une place.

Cette dernière est tout autre si vous êtes une femme : discriminée.

Certaines d'entre elles, déterminées, ne s'en accommodent pas et passent à l'action,

Quelle qu'elle soit !

Un combat à l'issue incertaine...

 

Présentation :

 Un roman court, coup de poing, pour retracer, dans l'action, une dérive ponctuelle et de pure fiction du  combat mené par les féministes au début de leur mouvement, ici en 1978, époque trouble en Europe de l'Ouest. 

Un roman historico-moralo-politico-social sur le thème :  jusqu'où peut-on aller pour défendre une cause ?

110 pages grand format 17 X 25, ISBN 978-2-35866-518-6 , éditions du Banc d'Arguin, 16 euros 

 

Résumé : un juge à la retraite veut libérer sa conscience et revient sur une affaire ancienne qu'il a eue à traiter.

Trois copines ont  vaguement côtoyé à la fac. expérimentale de Vincennes des groupuscules terroristes ; elles s'intéressent, elles, davantage aux débuts du mouvement féministe qui vient de s'intensifier, en France, après l'adoption de la loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse en 1975.

Un incident à l'Assemblée Nationale va mettre le feu aux poudres et elles décident de réagir afin de bousculer une société qu'elles estiment sclérosée. Coup de sang, relative impréparation de l'action, enchaînement fatal et la machine  est en marche qui ne les laissera pas indemnes.

 

Au lecteur de conclure et de porter le jugement qu'il souhaite, mais le juge donne une piste, sa propre vision des choses.

 

Extrait :

( plutôt au début du roman)

 

…   En 1971 le mouvement pour la libération de l’avortement s'est créé et les trois femmes ont participé activement aux groupes de soutien qui, çà et là, essayaient de s’organiser, en particulier à Paris.

   Improvisées au dernier moment dans des cafés, les assemblées voyaient les « grandes gueules » s'imposer. Parfois quelques hommes, en particulier des étudiants progressistes, s’y aventuraient et s’y faisaient acclamer, pour peu que leurs propos aillent dans le bon sens, c'est à dire contre la société sclérosée de l’après-gaullisme !

   Ce soir-là, Annie se heurte à un étudiant de Vincennes.

La discussion roule sur les inégalités homme-femme. Pierre déclare :

 

  Ok, on sait bien qu'il ya beaucoup à changer, mais on ne peut pas tout vouloir bouleverser en même temps !

 

  Dis, donc, ça t'arrange, toi, ou quoi ? Nous on veut tout, y'a pas de raison que pour le même boulot on gagne moins que vous, et pas qu'un peu, hein les filles ?

 

Une clameur d'approbation monte, se détachant du brouhaha général. Pierre tente encore :

 

  Si on se concentrait plutôt sur sur la liberté de la contraception et de l'avortement, on obtiendrait sûrement...

 

Il ne peut finir sa phrase tant le chahut devient général ; il doit abandonner le terrain sous les huées des femmes : "macho, bourge à la solde...".

Il regagne son coin et tâche de se faire tout petit, de disparaître dans la masse. Nadia reprend la parole :

 

  Ne nous arrêtons pas  en chemin, il faut aussi que les prostituées soient reconnues, Après tout elles méritent ; elles devraient être subventionnées par la Sécu au lieu d'être traquées par les flics, car elles remédient aux souffrances des pauvres mâles malheureux en ménage. Elles guérissent les névrosés, z'êtes d'accord ?

 

Un tonnerre d'applaudissements ponctue son intervention.

Une autre fille tente d'imposer le silence pour s'exprimer, tandis que les trois amies décident que quitter momentanément les lieux pour aller s'en jeter un dans un endroit où au moins elles pourront entendre ce qu'elles ont à se dire.

 

   C'est à cela que ressemblaient alors pas mal de leurs soirées.

Dans l'agitation intellectuelle post-soixante-huitarde, les trois amies accueillent favorablement l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing, un homme jeune, à la Présidence de la République en 1974. Le programme commun de la gauche les effraie , d'autant que la droite agite l'épouvantail communiste en ces temps de fin de guerre froide.../


http://claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans l'invité d'Aloys

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