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interview

GEORGES ROLAND : MES RECITS SONT DES DIVERTISSEMENTS

Publié le par christine brunet /aloys

http://georges-roland-auteur.wifeo.com/images/photogeorges.jpgMon premier contact avec Georges Roland fut lors de sa présentation sur le forum des auteurs de Chloé des lys... Un court texte plein d'allant truffé de mots que je ne comprenais pas... Piquée au vif, j'ai voulu en savoir plus sur ce personnage atypique qui, en guise de perruque, porte sur sa photo une perruche ... En dérogeant un tant soit peu de la trame habituelle de mes interviews, je lui ai demandé de se présenter...


 Né à Bruxelles au sortir de la deuxième guerre mondiale, je suis un parfait bâtard belge, tiraillé entre cultures flamande et francophone. Et je n'aime ni les caricoles, ni la gueuze.


Qu'est-ce que tu dis en bas de ça, fieu ? 


Tu peux dire que je suis un Brusseleir récalcitrant et mangeur de poulet, un kiekefretteranar, en quelque sorte.


Révérence parler, mon sabir belgicain vaut bien l'english pidgin qu'est devenue la langue française, ce qui ne m'empêche nullement de la défendre contre l'invasion mondialiste. Je dis nonante-neuf au lieu de quatre-vingt-dix-neuf, je mange des pistolets, du cramique, et bois de la kriek et de la faro. À mes yeux, cela vaut mieux que d'utiliser des raccourcis anglo-saxons et de se ruiner l'estomac avec des chiens chauds rebaptisés, en guise d'assujettissement à la tendance.


http://georges-roland-auteur.wifeo.com/images/nivelles.jpgJe suis chauve, mais pourquoi se couvrir la bille d'une perruque, alors qu'une perruche, en plus, est capable de chanter et de parler ? J'orne donc ma calvitie d'une calopsitte.

 

Qu'est-ce que je vous disais ? Je présume que pour un Belge, ce vocabulaire coule de source... Mais pour une pauvre provençale exilée en Auvergne, c'est "une autre paire de manche"... De toute façon, j'ai ouvert un dictionnaire bruxellois/français sur internet... je suis au point !

Tu as une bibliographie importante... Depuis quand écris-tu et quelles sont tes sources d'inspiration ?


À dix-sept ans, je m'imaginais mélange : un tiers de Hendrik Conscience, un tiers de Victor Hugo, un tiers de Paul Verlaine, et surtout, un grand tiers de Albert Camus.


On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.


L'appel de la scène fut un déclic, je m'investis dans des interprétations, des mises en scène, et enfin, l'écriture. Je montai des pièces pour enfants, pour adultes, initiai des adolescents à la magie du théâtre. J'écrivis des textes de chansons, des nouvelles, des romans. Tout le bataclan, quoi ? 


Quand on aime, pourquoi s'embarrasser plutôt que de s'embraser?

 

Tes histoires sont très ancrées dans le terroir...   Pourquoi ?

Je suis avant tout belgo-bruxellois.


Bruxelles et la province de Brabant apparaissent dans tous mes romans. Ils en sont les décors récurrents. Certains auteurs sont voyageurs impénitents, avides de découvrir la Terre. Moi, je reste sur place, chez moi, avide de connaître MA terre. C'est un peu comme si je voyageais autour de ma chambre.http://georges-roland-auteur.wifeo.com/images/BROL1.JPG

 

Est-ce que je n'ai pas intérêt à sortir de chez moi ? J'ai passé mon existence entre les USA, l'Eire et la Belgique. Ma fille habite Madrid, a épousé un Argentin de Buenos Aires. J'ai vu des villes merveilleuses, des villages inoubliables, Istanbul, Montevideo, El Djem, Colonia de Sacramento... et tout cela me ramène à Bruxelles, au Brabant. Pourquoi faire partir mes personnages de par le monde, alors qu'il se passe tant de choses dans la rue à côté ?


Tes récits jouent avec les mots, les attitudes comiques, loufoques... Pourquoi ce choix ?

 
 La farce et l'auto-dérision sont les mamelles de la bruxelloise attitude. C'est ce que nous appelons la zwanze. Notre langage est sans vergogne, criblé de rires, dégoulinant de bières incroyables, et sans doute imbuvables pour un étranger (Baudelaire a comparé la faro à de la bière deux fois bue) ; de plus, il ne faut jamais perdre de vue que notre emblème est un... Manneken Pis !


En tous temps, la fiction l'emporte dans mes récits. J'adore les fruits capiteux de l'imagination, et l'ivresse de commander le destin de mes personnages. J'aime cette phrase de Victor Hugo dans Océan : « La raison, c'est l'intelligence en exercice, l'imagination, c'est l'intelligence en érection.» Elle est le fil rouge de mon écriture. L'imagination, qui manque tant à notre époque de chroniques biographiques et de télé réalité au goût amer de déjà vécu. Créer des personnages-reflets d'êtres réels, mais sublimés par l'imagination, mis dans les circonstances les plus dramatiques, les plus loufoques, les plus tendues, par un auteur-marionnettiste, voilà où je trouve ma plénitude. Plus que de moi-même, j'ai besoin de ces gens ―non pas des héros, des anti-héros, des super-héros, simplement des ectoplasmes de l'imagination, qui me suivent partout, se trainent ou galopent dans les rues de mes délires. Ils sont conscients de vivre dans une pièce de théâtre, dans un roman, et ne se privent pas de le dire au lecteur, au spectateur. Car l'imagination doit friser le délire, elle doit être outrancière, décalée, nettement distincte de la réalité, puisqu'elle en est issue.

http://api.ning.com/files/8-p3w3RQ5y5KYJfc37d3*3kG*0B-Py-c3vt30Mf*cI6Z7tV6TUYLx*qe-8WRk2gbz6XlmWwHX8menjbewKMV*bLACNdwG0Ml/clercrecto.jpg?size=173&crop=1:1Mes récits sont des divertissements, non des compte-rendus, des dépliants de voyage ou des témoignages sur le vif. Ils sont, justement, la déraison, sans oublier que «Ex nihil, nihilo» rien n'est issu de rien, les personnages, les situations, les décors qui glissent le long de ma plume vers le clavier de l'ordinateur, sont il est vrai, bien réels, tout juste transformés.


C'est le lot du surréalisme.


J'ai laissé tomber depuis un moment mon dictionnaire bruxellois/français, happée par les mots de Georges Roland... Et je me surprends à imaginer ses ectoplasmes de l'imagination qui peuplent  des décors rocambolesques...


Le texte qui va paraître chez CDL est-il de la même veine?CDR-couv24.jpg

 

Justement... Je veux insister sur le fait que le récit (roman anarchronique) qui va paraître chez CDL est écrit en "bon français" et que je n'utilise le dialecte bruxellois que dans certains romans (entre autres la suite de polars humoristiques "Roza et le commissaire Carmel"). Un peu (en toute humilité) comme Pagnol avec sa trilogie. Je te signale que César- Fanny- Marius lui ont été inspirés par une pièce jouée en bruxellois, et qui a eu un succès considérable (on la joue toujours chaque année à Bruxelles) "Le Mariage de Mademoiselle Beulemans".


A une époque où il faut un dictionnaire anglo-saxon pour comprendre sa propre langue, il me paraît rassurant d'apprendre qu'il existe aussi sur Internet un dictionnaire de bruxellois (bien que, souvent, il soit composé par un non-zinneke(né à Bruxelles) et donc erroné).


Cart1eR.jpgJe dois ajouter que ma langue maternelle est le Flamand, que j'ai appris le Français à l'école, et que c'est sans doute pour cela que je la révère tant.

 

Un nouveau tournant dans ton processus de création?

Je te déçois tout de suite, il ne s'agit PAS DU TOUT d'une évolution dans l'écriture, plutôt une trajectoire parallèle.

 


Textes comiques, humoristiques, surréalistes mais aussi poèmes... Toute une panoplie qui permet à Georges Roland d'exprimer librement son ressenti, de jouer avec le style et les mots pour donner une autre dimension à ses textes et proposer au lecteur un univers aux sensations plurielles...

Auteurs, musiciens, sculpteurs (...) ne sont-ils pas amenés  à multiplier peu à peu les formes d'expression pour atteindre le plein épanouissement de leur passion créatrice ?

 

Il ne reste plus qu'à lire ses textes... avec ou sans dictionnaire... parfois avec un petit sourire aux lèvres en laissant notre imagination faire le reste.

 

C'est tout ce que je demande à un auteur: me faire rêver, me faire voyager... Pas vous ?

 

Allez à la rencontre de Georges Roland sur son site link

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

Publié dans interview

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Philippe Desterbecq: 'L'écriture invente un monde, la photographie le fixe pour l'éternité"

Publié le par christine brunet /aloys

Philippe D. ... Voilà comment j'ai fait sa connaissance. En apprenant qu'il avait écrit un conte pour enfant, ma curiosité a fait le reste... voilà un genre qui m'a toujours attiré, peut-être parce que toute mon enfance a été baigné de contes que je relisais en boucle jusqu'à les connaître par coeur. Plus grande, je me suis toujours demandée comment naissaient les ogres, les sorcières et les chats parlants...

 

Aujourd'hui, j'ai l'opportunité de croiser la route et les mots avec l'un de leurs concepteurs... Alors je m'arrête et je le questionne, bien évidemment.
http://www.bandbsa.be/contes2/etoilemagiquerecto.jpgDepuis quand écris-tu ? Quoi et pourquoi ? Un déclencheur ?

Je serais tenté de dire que j’écris depuis toujours : des poèmes, une histoire d’indiens que j’ai illustrée en découpant des photos dans des magazines. Mais je me suis arrêté d’écrire dans mon adolescence à part un journal intime que je cachais bien de peur qu’il ne soit lu.

J’ai retrouvé l’envie d’écrire vers 20 ans, seul en vacances à l’étranger, pour passer le temps d’abord, par goût retrouvé ensuite.

N’ayant pas trouvé d’éditeurs pour mes trois  premiers romans, j’ai encore abandonné l’écriture me disant « à quoi bon ? » jusqu’au moment où j’ai découvert les concours de nouvelles en 2001. Le genre me convenait (j’avais peu de temps pour écrire, une nouvelle est vite bouclée).  Je n’ai plus arrêté d’écrire depuis cette année-là.

Dernier genre littéraire : les textes de slam. J’en suis aux balbutiements.


Décris ton univers littéraire

Je lis beaucoup essentiellement des romans. La plupart du temps, la poésie me laisse dedester1.jpg marbre mais je me soigne. J’en lis, j’espère toujours qu’elle me touchera au fond de moi.

Je lis des polars, des romans d’amour, des récits historiques, des romans du terroir et d’autres écrits susceptibles de me toucher.

Citer mes auteurs préférés serait trop long. Quand je découvre un auteur, je lis toutes ses œuvres. Ma bibliothèque gémit et pleure ; elle crie « stop, je craque ! » mais je n’ai aucune pitié pour elle. Les livres continuent à s’entasser.

De par mon métier, je découvre aussi la littérature enfantine. Là, je peux vous citer mon auteur préféré : « Yaël Hassan ».


 Ton rapport à l'écriture : comment écris-tu ? Ordi, papier, la nuit, le jour ?

J’écris quand je suis seul et quand j’ai le temps c’est-à-dire pas souvent.  J’écris essentiellement sur papier. Je ne tape pas assez vite à l’ordi pour coucher toutes les idées qui me viennent. Les mots défilent dans ma tête. Si je ne les note pas à la vitesse où ils viennent à moi, ils m’abandonnent lâchement.


Comment tes proches appréhendent-ils ton côté auteur ?

J’ai peu de discussions avec mes proches au sujet de mes écrits. On dirait qu’une certainetextes-et-nouvelles-de-moi.jpg pudeur nous empêche d’en parler.  Par contre, mes collègues sont très contents pour moi et me le font remarquer.


Beaucoup de corrections ?

Je vais sans doute t’étonner mais je ne corrige presque rien lors de la relecture de mon texte. Quelques mots, quelques répétitions , lorsque je tape mon histoire, un temps mal employé mais c’est à peu près tout. Mais j’ai un correcteur : mon père qui, même s’il me fait rarement un commentaire sur le fond, surveille la grammaire et l’orthographe.


Où puises-tu tes idées ?

Je trouve rarement une idée toute seule. En général, je pars sur un thème donné, une phrase de départ.  Dans les concours de nouvelles, le sujet est rarement libre.

Une idée m’arrive parfois comme ça sans que je m’y attende. Il faut alors que j’écrive le texte tout de suite ou que je note le sujet sinon il risque de s’envoler pour ne plus revenir.

Lorsque je me mets à écrire, j’ai l’impression qu’un être posé sur mon épaule me souffle les phrases. Ce n’est pas vraiment moi qui écris. Quand je relis un texte bien des années après lêtre posé sur mon épaule me souffle les phrases. Ce n’est pas vraiment moi qui écris. Quand je relis un texte bien des années après l’avoir écrit, je me dis souvent :  « Ce n’est pas possible, ce n’est pas moi qui ai écrit ça ! »


Comment parviens-tu à te glisser dans la peau de tes jeunes lecteurs ? Pas compliqué pour un adulte ?

C’est sans doute très compliqué pour un adulte, beaucoup moins pour un instituteur. Je sais ce qui plait aux enfants. Je sais, par expérience, qu’ils aiment  mon « Etoile magique » et je sais aussi que cette histoire ne plait pas nécessairement aux adultes ; du moins à ceux qui ont fini de rêver et qui ne savent plus entrer dans les contes.


Justement, ton rapport aux lecteurs. Pour toi, instit, aller vers les enfants, ce doit être desterbecq3.jpgun exercice facile... Ecris-tu pour eux ou avant tout pour toi ?

J’ai écrit pour moi, uniquement pour me faire plaisir. Ensuite j’ai testé mon histoire en la lisant à mes élèves sans leur dire que j’en étais l’auteur. Devant leur réaction enthousiaste, je me suis dit qu’elle mériterait peut-être d’être éditée. L’aventure a commencé comme ça.

 

Tu me donnerais une définition... ta définition de l'écriture, s'il te plait ?

photo-phD1.JPGL'écriture est un voyage dans un autre temps, une plongée dans un monde imaginaire, irréel où on peut s'amuser avec les personnages et prendre avec eux toutes les libertés qu'on désire. On peut transformer quelqu'un en monstre poilu ou en montgolfière (ce que j'ai fait dans "L'étoile magique"), lui casser une jambe ou même le trucider sans autre forme de procès. L'écriture est donc la liberté des mots, le vent qui nous entraine là où on le désire (même si les personnages semblent jouer leur propre rôle).

Tu as une autre passion, la photo à laquelle tu dédies un blog... Tu m'en parles ? 

J'aime énormément la nature et le seul moyen de la garder intacte, c'est dephotoD3.JPG l'immortaliser sur une photo. Une fleur est bien éphémère, un paysage devant lequel je tombe en extase s'évanouit bien vite. La photographie est un moyen de les immortaliser.
J'aime les voyages qui sont une fuite, un saut en dehors de la réalité, du quotidien et qui me permettent de découvrir le monde. Les souvenirs s'effacent vite. La photographie me permet de les retrouver.
Je ne suis qu'un simple amateur, je n'ai aucune connaissance photographique.

Crois-tu qu'il existe un lien entre l'écriture et la photo ?

Je n'en vois pas. L'écriture invente un monde, la photographie le fixe pour l'éternité.

 

Difficile de conclure après pareille phrase... Tiens, du coup, je vais mettre un extrait de L'étoile magique", choisi par les élèves de Philippe... Juste quelques phrases pour réveiller votre âme d'enfant...

 

" Lulu, qui se levait toujours dès la première sonnerie, accourut dans la chambre de son frère.

Lève-toi, il est l’heure pour …

Mais il s’interrompit aussitôt et fit demi-tour.

Où es-tu ? cria-t-il.  Maman ? Tu n’as pas vu Pierrot ?

Je suis ici idiot ! répondit l’aîné.

Lulu ouvrit à nouveau la porte de la chambre.  Son œil scruta les quatre coins de la pièce mais il ne vit rien.

Où te caches-tu ? lança le petit.

Mais je suis ici, juste devant toi ! Tu es aveugle ou quoi ?

Pierrot comprit alors immédiatement la situation.  Il courut vers son miroir mais son image ne s’y refléta pas.

Lulu ?

Maman, j’ai peur ! hurla le petit.

Que se passe-t-il encore ? cria maman de la cuisine.  Dépêchez-vous ou vous serez à nouveau en retard.

Ne bouge pas, dit Pierrot à son frère et surtout, ne dis rien.  Je suis là.  Avance ta main et touche-moi.  Tu me sens ?

Lulu hocha la tête sans ouvrir la bouche.

Je suis invisible, continua l’aîné.  Tu ne peux pas me voir mais je suis bien là et tu peux m’entendre.  C’est l’étoile, tu comprends ? Je lui ai demandé … Allons, ne pleure pas ! J’ai besoin de ton aide.  Tu vas dire à maman que nous n’avons pas faim, qu’il est tard et que nous partons tout de suite.  Dis-lui que je suis déjà sur le chemin et que je t’attends.  Ne lui dis surtout rien d’autre. O.K. ?

Lulu hocha à nouveau la tête sans mot dire.  Il n’était toujours pas rassuré.

Pierrot ne prit même pas la peine d’ôter son pyjama et descendit l’escalier en prenant bien garde de ne pas faire grincer les marches.  Il attendit son frère sur le chemin.

 

Pierrot et son frère arrivèrent à l’école dix minutes après huit heures.

Eh, les copains, vous êtes là ? cria Pierrot.

Ah ! Enfin ! répondit la voix de Jojo.  Nous sommes tous là sauf Luc.  Il a dû lui arriver quelque chose.

Je suis là, répondit celui-ci mais il faut absolument qu’on redevienne visibles.

Tu es fou, intervint le petit Michel.  On n’a pas encore commencé à s’amuser !

Moi si, dit Charles le gros.  Je me suis réveillé très tôt ce matin, il faisait encore noir.  Je me suis levé pour aller aux toilettes et, stupeur, je n’avais plus de corps ! Enfin, je n’avais plus de reflet dans la glace.  Je me suis alors recouvert d’un drap blanc et j’ai réveillé mes frères et sœurs.  C’était la première fois qu’ils voyaient un fantôme.  Ils ont eu la trouille de leur vie ! Ce que je me suis marré ! Je vous jure que je me suis bien vengé de toutes ces années où ils se sont moqués de moi et de mon embonpoint !

Moi, c’est pas si drôle, l’interrompit Luc.  Ma mère, ne me voyant pas dans mon lit ce matin, a averti la police.  Ils ont lancé un avis de recherche.

Mes parents croient à une fugue, dit Fred.  Ils ont dit qu’ils avertiraient la police si je n’étais pas rentré ce soir.

Les miens se disputaient tellement fort qu’ils n’ont rien remarqué, dit Charles le mince.

Ecoutez les gars, on sonne, coupa Jojo.  Il paraît qu’on a un nouveau prof.  Allons lui faire sa fête !

 

Les enfants s’installèrent à leur place. 

Mes enfants, je m’appelle Monsieur Cournebuche, dit l’instituteur étirant légèrement les lèvres du côté droit ; je suis le remplaçant de Monsieur Ansiau.

Monsieur Tournebouche ? lança Marco qui se trouvait à l’extrême droite de la classe.

Des rires commencèrent à fuser.

Silence ! tonna le nouvel enseignant.  Je vous prie de lever le doigt pour demander la parole.  Et je rectifie, je m’appelle Monsieur Cour-ne-buche, articula-t-il.  Qui a parlé ?

Tous les regards se tournèrent vers le côté droit du local mais personne n’était assis de ce côté-là.

Monsieur Tournebouche ? lança Fred assis à l’extrême gauche de la classe.

Les regards se tournèrent de ce côté.  Mais là encore, ils ne rencontrèrent que le vide.

Qui a parlé ? demanda l’instituteur rouge de colère.

Aïe ! cria Géraldine, la fille assise au premier banc.

Que se passe-t-il mademoiselle ?

On m’a pincée, monsieur !

Petite sotte ! Comment pouvez-vous donc dire une chose pareille ? Il n’y a personne à côté de vous.  Si c’est pour distraire vos camarades, je vous préviens que …

Il ne put terminer sa phrase.  Une craie venait d’atterrir sur son bureau.

Qui a lancé ce projectile ? demanda-t-il.

Cette craie a bougé toute seule, monsieur, dit Géraldine.  Je l’ai vue se déplacer.  Elle était dans la rainure du tableau.  Tout à coup, elle s’est soulevée et … Regardez !

Géraldine montrait du doigt le frotteur qui se soulevait lentement.

Monsieur Cournebuche se retourna et vit le frotteur tomber sur le sol.

Ce frotteur était mal placé, c’est tout ! dit l’enseignant intrigué.

Mais je vous assure qu’il s’est soulevé ! répondit Géraldine.

Je l’ai vu aussi, dit Julien, le frère jumeau de Géraldine.  Nous sommes dans une école hantée.  Vous ne le saviez pas ?

Taisez-vous, je ne crois pas aux …

A ce moment, toutes les lampes s’allumèrent et s’éteignirent d’un coup.

C’est un faux contact, assura Monsieur Counebuche.  N’ayez aucune crainte !

Il fut interrompu par un cri.  C’était Lucie, la première de classe, la plus sage et la plus attentive, qui se débattait avec un agresseur invisible.  Celui-ci lui défaisait son chignon si bien placé sur sa tête.

Mais que faites-vous mademoiselle ? demanda l’instituteur.

Mais je vous assure, monsieur, que …

Et elle tomba dans les pommes.  Monsieur Cournebuche se précipita pour la relever mais, au moment où il fit le premier pas, un pied invisible le fit trébucher et il s’étala de tout son long.  Les rires retentirent dans toute la classe.

L’instituteur se releva et se planta devant le tableau.  Tout rentra dans l’ordre.  Monsieur Cournebuche commença sa leçon.  Il prit une craie, écrivit au tableau mais, au fur et à mesure qu’il copiait, ses écrits s’effaçaient.  Il n’avait pas le temps d’écrire une ligne complète que celle-ci disparaissait mystérieusement.

Le pauvre homme ne se laissa pas démonter.  Il était décidé à percer le mystère.

Prenez votre cahier de dictées et copiez : « L’automne.  L’automne est ma saison préférée, … ».

A ce moment, la porte extérieure s’ouvrit toute grande ; un vent froid s’engouffra dans la classe, amenant avec lui une grande quantité de feuilles mortes qui recouvrirent quelques bancs.

C’est l’automne qui entre, cria une voix venant de la cour.

L’instituteur se précipita dehors mais il ne vit pas une âme.  La porte claqua dans un grand fracas et des forces invisibles la maintenaient fermée.  Il avait beau pousser de toutes ses forces, elle ne cédait pas.  Tout à coup, il entendit une voix qui disait : « Lâchez tout ! ». La porte s’ouvrit d’un coup et Monsieur Cournebuche se retrouva le visage contre terre… "

 

Philippe Desterbecq, "L'étoile Magique", Editions Chloé des lys, 2011

 


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Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

www.aloys.me

www.passion-creatrice.com

 

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Marie-Claire George : pourquoi écrire ? C'est une vie en plus...

Publié le par christine brunet /aloys

Marie-Claire George, auteur de L'ange gardien, édité aux Editions Chloé des Lys... Une fiche qui serait restée anonyme si... Oui, parce qu'il y a deux "SI"...

9782874595103_1_75.jpgSI je n'avais pas remarqué le drôle de petit objet en première de couverture... Vous ne l'avez pas encore vu? Qu'à cela ne tienne, n'est-ce pas...

Voilà une bonne entrée en matière pour l'interview: un objet mystère. J'interroge alors l'auteur à ce sujet:

La couverture de l"L'ange gardien" a été réalisée par une amie, Roseline Deback. Elle a photographié un petit objet à suspendre au sapin de Noêl, qui représente un ange aux traits sud-américains. Il va comme un gant à la première nouvelle du recueil, celle qui donne son titre au livre. Il y est en effet question d'un ange gardien qui ne trouve plus de protégé à son nom chez nous et s'en va chercher en Colombie. J'étais ravie !

Mais je vous ai parlé de deux "SI"... le second, c'est le petit résumé qu'elle m'envoie. Elle y parle voyages et, une fois de plus, je ne peux résister...

Pourquoi tous ces voyages dans mes nouvelles ? Je n'y avais jamais réfléchi mais c'est vrai, mes personnages bougent beaucoup  ! Les voyages, je les ai toujours aimés même si les circonstances aujourd'hui ne me permettent plus de courir le monde. Ce qui m'attire dans un voyage, ce sont les ambiances dépaysantes, les gens, un quotidien souvent bien éloigné du nôtre mais des aspirations qui au fond se ressemblent. Je suis fascinée aussi par des personnalités intrépides qui bravent les difficultés matérielles et le qu'en dira-t-on pour aller à la découverte des autres... et ainsi d'eux-mêmes.

Il ne reste plus qu'à faire plus ample connaissance... Je vois que son "Ange gardien" est un recueil de nouvelles. je prends alors mon interrogatoire à l'envers...

Pourquoi as-tu choisi d'écrire des nouvelles ?

J'aime beaucoup lire et écrire des nouvelles. C'est un genre qui exige de la concision, l'économie de mots, qui oblige donc à suggérer et laisse ainsi une part active au lecteur, surtout si la fin est ouverte. Pour cela, il faut beaucoup travailler : cerner rapidement le cadre et les personnages, ne pas laisser de temps morts dans le déroulement de l'histoire, choisir le terme exact, la phrase qui porte, amener une chute... Mais j'aime faire tout cela ! C'est aussi l'art de l'élagage : "less is more" !
Et maintenant un roman. L'idée m'est venue de plusieurs personnes qui avaient lu une de mes nouvelles et s'étaient déjà attachées aux personnages. Le danger de se baser sur une nouvelle pour écrire est roman est de tomber dans le délayage et de finir par lasser le lecteur. Mais pour une fois, les circonstances que vivaient mes héros leur ouvraient grand la porte sur une vie peu banale et je me suis lancée... sans savoir où ils allaient me mener.Tournai-la-page-MC-George.jpg Ecrire un roman, c'est une entreprise !  Il faut accepter que les personnages vivent leur vie et nous mènent où on ne l'imaginait pas. Cela oblige aussi à tenir une chronologie stricte des événements, à se renseigner sur les lieux où se déroulent l'histoire, éventuellement le mode de vie à l'époque (cela va de la façon de faire ses courses ou de manger à la dispositition d'une maison, aux moyens de transport, aux expressions locales...) C'est beaucoup de recherches, il ne faut pas être pressé, mais beaucoup de plaisir aussi ! J'espère que, quand il sera fini, il procurera aussi un bonheur de lecture !
Pour moi, la nouvelle et le roman sont deux genres différents qui n'ont en commun que de proposer une histoire complète. C'est une autre écriture et je me fais plaisir en passant de l'une à l'autre !

Puisque tu parles depuis un moment de tes personnages, quels sont tes rapports avec eux ?
 Je les crée volontiers à partir d'une photo que j'observe attentivement. Photo choisie dans une revue, un album, ... Je dispose ainsi de caractéristiques physiques (que je modifie évidemment parfois), j'imagine leur personnalité, leur cadre de vie habituel, les circonstances qui entourent le moment de la photo. Je peux aussi tomber sur une réflexion, dans mes lectures, dans la vie ou dans mes cogitations, et l'imaginer dans la tête ou dans la bouche de quelqu'un. Après quoi, je pense à leur créer un entourage. Une famille, des voisins. Et souvent, les choses viennent alors toutes seules : un drame dans leur existence, une faiblesse, des aspirations... L'aventure commence ! Du moins pour un roman. Pour les nouvelles, c'est différent. Je pense plutôt à un thème et je collecte des mots, ou je choisis au hasard une phrase dans un livre et qui me sert d'incipit.

        Je serais tentée de dire que mes personnages n'ont rien de moi. Je me refuse en effet aux textes autobiographiques, ce n'est même pas une tentation. Pourtant, on glisse forcément une part de soi-même dans ses écrits : dans le thème, le comportement de certains personnages, le cadre choisi pour l'histoire, dans la façon d'écrire aussi...

        Je n'ai pas encore beaucoup d'expérience : je n'ai encore publié que des nouvelles et je suis seulement en train de terminer mon premier roman, mais j'ai déjà le début de deux autres sur papier. Pour celui que j'achève, oui, les personnages me sont proches : voilà un an et demi que je vis avec eux ! J'aurai en effet du mal à les abandonner ! Ce que j'espère, c'est que les lecteurs s'attacheront à eux autant que moi !

Est-ce que tu crois qu'écrire crée-t-il des liens ?
Je ne compte plus les bonnes relations et les amis que je me suis faits depuis que je me mêle d'écrire ! Partager la même passion nous met facilement sur la même longueur d'ondes. On se comprend, on fait part de ses doutes, on échange des impressions, des conseils, des tuyaux... Internet facilite les échanges mais on a aussi plaisir à se rencontrer en vrai, c'est même parfois l'occasion de voir du pays !

Quel est le regard des autres sur ta passion d'écrire ?
Positif, à cent pour cent. Même si au départ je sentais un peu de condescendance de la part de certaines personnes, je crois que tous ceux qui les ont lues ont pris plaisir à découvrir les nouvelles de mon "Ange gardien". Etre éditée est aussi une "reconnaissance publique". Et puis, je ne me présente pas comme candidate au prochain Goncourt : j'ai du plaisir à écrire, je veux le partager donc j'écris "de mon mieux". Et les lecteurs lisent mes écrits pour ce qu'ils sont : sans prétention mais je l'espère, intéressants (à l'un ou l'autre titre) et bien tournés.

Est-ce que que ça veut dire que tu écris avant tout pour toi ou pour être lue ?

   D’abord pour moi, je n’avais jamais pensé à publier mes nouvelles jusqu’à ce qu’un ami m’y incite. Mais il est évident qu’être lue est une satisfaction, une reconnaissance. Et qu’il faut respecter le lecteur en ne lui balançant pas n’importe quoi. Il ne faut pas le décevoir, donc pour moi cela implique de lui offrir une histoire intéressante, de susciter chez lui une émotion (le rire, la peur, la tendresse, le chagrin, ...) et de mettre mon écriture au service de tout cela. Je travaille beaucoup mes textes mais j’espère que cela ne se voit pas.

Tu parles de faire passer tes émotions à tes lecteurs... Comment ? Définis ton style...

  Classique. Ce n’est pas moi qui figurerai un jour dans les anthologies pour avoir expérimenté de nouvelles formes d’écriture ! Pour moi, ce qui compte ce n’est pas le style en soi, mais le style au service de l’histoire. Mais classique ne signifie pas banal, j’espère, et j’ai le souci de le rendre vivant et agréable.

  

Ton univers littéraire ?

  J’admire les grands auteurs du XIXe siècle : Balzac, Zola, Maupassant, ... Bien sûr, l’époque a changé et tout doit aller plus vite, mais voilà des gens qui savaient raconter. Plus proches de nous, je citerai Henri Troyat, Bernard Clavel, Jeanne Bourin, Isabel Allende, Thrity Umrigar (« Tous ces silences entre nous »), Khaled Hosseini (« Les cerfs-volants de Kaboul »), Irène Nemirovsky (« Suite française »), Eric-Emmanuel Schmitt, Françoise Chandernagor, Catherine Hermany-Vieille, Anny Duperey, ... Mais je m’en veux de ne pas lire assez...

Retravailles-tu beaucoup tes textes ?


 Je travaille beaucoup mes textes, oh oui ! Même en écrivant le premier jet, je rature déjà beaucoup ce qui fait que je n'avance pas vite. Je me dis qu'à ce stade, je ne devrais pas me préoccuper de détails mais c'est plus fort que moi. Puis, par la force des choses (mes droits d'auteur ne me permettent pas encore d'engager une gouvernante pour prendre en charge les viles tâches ménagères), le texte se repose et quand je le relis, les défauts m'apparaissent mieux : répétitions inopportunes, longueurs, manque de vivacité du récit, ... C'est aussi une partie du travail que j'aime bien, me corriger, et je peux revenir dix, quinze, vingt fois sur un texte pour en changer un détail. Certaines personnes (celles qui n'écrivent pas, ou peu) estiment que le premier jet a nécessairement plus de force qu'un texte retravaillé. C'est loin d'être mon avis. Je pense à ces mannequins faussement débraillés qui semblent sortir de leur lit mais dont le négligé est le résultat de bien des heures de travail pour une équipe de maquilleurs, coiffeurs,... Que de travail pour donner l'illusion du naturel !

        Pour la trame de l'histoire, je n'y pense pas vraiment au départ. Ou si j'ai l'une ou l'autre idée, je m'en éloigne fatalement au fil de l'écriture. Ce sont les personnages qui vivent leur vie, c'est à moi de les suivre et il peut arriver tellement d'"accidents" que bien malin est celui qui peut prédire leur évolution, en tout cas pas moi. J'ai l'impression (mais d'autres conçoivent les choses autrement, il n'y a pas qu'une recette) que si je prévois tout des personnages dès le début, il n'y aura jamais de surprise et l'histoire sera sans intérêt.

        Ca, c'est mon travail... Il faudra juger sur pièces du résultat !

A présent, la question que je pose toujours au début, celle que j'avais oubliée et qui, pourtant, est sans doute la plus importante : pourquoi écris-tu ?

J’ai toujours aimé écrire, à l’école j’adorais les rédactions : elles me valorisaient davantage que le système métrique ou les démonstrations de géométrie ! A l’école primaire, j’ai d’ailleurs remporté deux concours insignes : l’un sur les biscuits Delacre, l’autre sur le drapeau belge... Puis j’ai enseigné et me suis davantage penchée sur la prose de mes élèves que sur la mienne, avec le souci de leur donner le goût de la lecture et de l’écriture. Bref, je n’ai plus rien écrit pendant des années jusqu’au jour où j’ai appris l’existence d’un cours par correspondance de créativité écrite organisé par la Communauté française. Un révélateur ! Ces cours, très bien conçus, variés et progressifs, m’ont permis de renouer avec le plaisir d’écrire et aussi de mieux me connaître au point de vue littéraire. J’ai alors participé à quelques concours où je ne me suis pas montrée mauvaise.

Alors, pourquoi écris-tu ? 


   C’est surtout pour me faire plaisir. Plaisir d’inventer une histoire, des personnages, d’essayer de les faire vivre. ; c’est pour moi une vie en plus. Mais aussi plaisir de chercher la phrase la plus percutante, le mot le plus juste, le ton le plus efficace, les sonorités les plus adéquates ou les plus harmonieuses. Et aussi plaisir d’être lue, de partager quelque chose avec le lecteur. Ecrire crée aussi des liens d’amitié !


            Je ne suis pas poète, même si j’ai le goût des images et des sonorités. Jusqu’ici, j’ai surtout écrit des nouvelles et des contes. Je préfère être dans la fiction et dans l’action, qu’il se passe quelque chose. Je suis d’ailleurs en train de terminer un roman, mon premier. Depuis un an et demi que j’y travaille, je me suis attachée aux personnages que j’ai créés. J’espère qu’un éditeur voudra bien d’eux et que les lecteurs les aimeront....


            Un déclencheur ? Je ne dirai pas qu’écrire est pour moi un besoin irrépressible, qu’une journée sans écriture est une journée manquée. Il y a d’abord la vraie vie avec les autres et, même si cela me manque, je reste parfois une ou deux semaines sans écrire une ligne (sauf à mes amis, la correspondance tient une grande place dans ma vie.) Je cherche donc ces déclencheurs : un atelier d’écriture, une proposition de concours, une exposition, une photo. Ou bien j’ouvre un livre au hasard et j’y choisis une phrase qui me sert d’incipit...
 
J'ai commencé par la première de couverture, je termine logiquement par la quatrième... 

Marie-Claire George a longtemps enseigné le français, en Afrique et dans la région du Centre. 

Elle se consacre aujourd’hui à l'écriture, mêlant dans ce recueil des textes aux tonalités variées dont la tendresse est le fil conducteur.

"A votre âge, Arthur, vous pouvez prendre vos responsabilités. Je vous laisse quarante-huit heures pour découvrir une nouvelle vie à accompagner. Hâtez-vous, nous n'avons que faire d'anges oisifs. Le monde est aujourd'hui d'un danger ! Croyez-moi, il y a de l'ouvrage pour tout le monde au paradis !"

 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

www.passion-creatrice.com

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Olivia Billington : l'écriture fait partie de moi, impossible d'y résister, impossible de me cacher, elle me débusquera toujours !

Publié le par christine brunet /aloys

http://storage.canalblog.com/49/77/684498/58842624.jpgPour moi, Olivia Billington, c'est une couverture de livre, celle d'"Elle, une autre", une vidéo... dont nous reparlerons, forcément, et un blog, "Désir d'histoires". Etes-vous déjà allés y jeter un oeil ? Non ? desirdhistoires.canalblog.com...

 

Olivia, tu nous en parles en guise d'introduction ?

Mon blog, Désir d'histoires, est avant tout axé sur l'écriture : des petits textes que je rédige au jour le jour, car je participe à des ateliers d'écriture sur la toile; et un carnet de bord via lequel j'informe mes lecteurs à propos d'Elle, une autre et des romans à venir. J'y confie parfois mes coups de cœur livresques, musicaux, de peinture et de cinéma.

Des mots, une histoire est parti d'un jeu auquel je me livrais lorsque j'étais petite : je piochais des mots dans le dictionnaire et je rédigeais un texte à partir de ces vocables. A présent, chaque mardi, j'invite les lecteurs de mon blog à me laisser en commentaire un mot, un seul. Je clôture la récolte le mercredi à minuit et le vendredi le texte comprenant ces mots est publié. D'autres blogueurs se sont joints à moi et participent à ce défi. C'est très sympa de voir ce que nous inspirent les mêmes mots.

 

Sans doute, oui... et les résultats sont parfois étonnants. Tiens justement, et si nous 50commencions l'interview à proprement parler ?


Olivia, depuis quand écris-tu ?
Depuis que j'ai 8 ans. Oui, c'est précis. J'ai gardé les quatre petits textes rédigés à l'époque. Mon premier recueil de nouvelles a vu le jour lorsque j'avais 12 ans. Un premier roman est né de ma plume à 14 ans. "Elle, une autre" fut rédigé lorsque j'avais 15 ans, je l'ai bien évidemment remanié avant publication. Depuis, j'ai écrit deux recueils de nouvelles, quelques romans et plus récemment, des acrostiches en rimes.

Un auteur précoce. Pourquoi écris-tu ? et comment (ordi, stylo, le soir, la journée...)
Par besoin, par envie. Parce que j'aime écrire, tout simplement. J'écris un premier jet à l'ordinateur. Impression, relecture, corrections au stylo : j'aime le contact du papier, la pointe du stylo qui gratte sur la feuille, les mots barrés, les petits dessins griffonnés dans les marges, je peux ainsi voir que le récit avance, se construit petit à petit. Et je recommence le processus. Avant, corriger était ardu pour moi, j'avais tendance à esquiver. Maintenant, j'aime ce travail, j'apprécie de travailler sur la musicalité du texte, je relis des passages à haute voix. Je fais également des recherches, pour Elle, une autre, j'ai été en contact avec un Inspecteur Principal de Police. J'écris dès que j'ai un moment de libre.

Il s'agit donc d'un besoin ?
Oui, l'écriture fait partie de moi, impossible d'y résister, impossible de me cacher, elle me débusquera toujours !

Un déclencheur ?
Tout et n'importe quoi. J'écris quand je dors, j'écris quand je pense, j'écris quand je mange, j'écris par réflexe.

Quel est ton univers littéraire ?
Du noir, du noir, du noir, avec une touche de rose en ce qui concerne mes lectures. Et je me plonge volontiers dans d'autres genres.
Pour l'écriture, je reste très proche de mon univers de lecture.

Pourrais-tu définir ton style... Pourquoi avoir écrit un policier ? Que t'apporte la poésie et ne peut pas t'apporter la prose (et vice-versa)?
Pour reprendre le commentaire d'une lectrice, "un style qui allie recherche et simplicité". Je désire que mes phrases coulent de source, sans être banales pour autant. Pourquoi un policier ? Pour exorciser mes doutes, mes peurs, peut-être. Tant poésie que prose m'apportent du bonheur, du réconfort. Je dirais que ma prose est plus cynique, mes poèmes sont plus légers. 

Parle-moi de ta relation avec tes personnages : as-tu du mal à les lâcher ? du mal à mettre le point final ? Comment les construis-tu ? à partir de personnes réelles ? ont-ils un peu de toi ?
Mes personnages vous diront que je les hais, puisque je leur fais subir d'ignobles choses, mais ce n'est pas vrai : j'éprouve de la tendresse pour eux. Je n'ai pas de mal à les lâcher, car mes personnages, une fois inventés, ont leur vie propre. Je n'ai aucun mal à DSC00222.JPGmettre le point final. Je ne prends pas de modèle, du moins pas consciemment. Je n'ai jamais vraiment réfléchi à la manière dont je les construis, ils me viennent, tout simplement, c'est une rencontre entre eux et moi. Par contre, pour la suite d'Elle, une autre, j'ai dressé des petits tableaux des personnages, car j'ai envie que ce roman soit plus peuplé et le passé des personnages encore plus fouillé. Je suppose qu'ils ont un peu de moi, mes proches pourraient répondre à cette question...

As-tu d'autres passions ?
La lecture, bien évidemment.

 

Revenons à ton livre... Pourquoi avoir choisi d'écrire un polar ?

Parce que je lis énormément de polars, de romans noirs, même si je me promène avec bonheur dans d'autres styles. J'ai l'air calme, réservée, douce... Je n'ai pas envie que le côté sombre empiète sur ma vie personnelle, alors je le couche sur papier. C'est un peu une délivrance. Je peux alors rédiger des textes plus joyeux, pour revenir à des récits plus ténébreux par la suite.

N'y a-t-il pas opposition entre le petit jeu sur ton blog et l'écriture de plus longue haleine d'un roman ? 

Pas du tout. J'écris des nouvelles - courtes ou longues, des romans, des acrostiches, des chansons,... Ecrire me suffit, peu importe le résultat. J'aime mener plusieurs projets de front, pour ne pas me lasser de l'un ou l'autre récit. Le petit jeu sur mon blog me donne une satisfaction immédiate, le texte est écrit en quelques minutes et je m'amuse beaucoup. Oui, bien sûr, un roman est un travail de plus longue haleine, on développe une intrigue, des personnages mais après tout, un roman naît à partir d'une simple idée, je pense que je pourrais développer des petits textes pour en faire des récits bien plus longs. Il n'y a pas de réelle opposition. Cela dit, je ne me sens pas capable d'écrire un roman fleuve.

Nous avons parler de ton bouquin, de ton blog, de l'écriture et toi... Tu me raconterais la façon dont ta vidéo est née, comment tu l'as construite ? qu'est-ce qui t'a poussée à faire pour ton roman une promo visuelle ?

 

C'est un autre auteur de Chloé des Lys, Florian Houdart, qui a initié le mouvement. Puisque ma meilleure amie est camerawoman, je n'ai pas hésité une seule seconde. J'avais une idée bien précise de ce que je voulais voir dans ce clip de présentation. Outre les plans du roman proprement dit, je devais parler devant la caméra. Et là... ne s'improvise pas présentateur qui veut : je n'ai pas calculé le nombre de prises ratées, pour cause de rires,http://external.ak.fbcdn.net/safe_image.php?d=4574afe31af51977118e1e8b6366e12d&w=90&h=90&url=http%3A%2F%2Fstorage.canalblog.com%2F28%2F34%2F684498%2F59281096_p.png de "j'ai oublié mon texte", de mots avalés, de "mince, je me suis plantée", de roulages d'yeux, de blancs lorsqu'il n'en fallait pas... De quoi se taper le crâne avec un rouleau à pâtisserie ! Heureusement, je me suis améliorée (si si !) et les dernières séquences étaient bonnes. De longues heures de travail et au final, une heure de rush.
Nous avons passé une autre soirée au montage. Près de cinq heures de travail pour monter trois petites minutes ! Oui, tant que cela ! Pourquoi ? Parce que la camerawoman est une pro, tout simplement, et perfectionniste, avec ça !
Mettons en scène :
- Là, ton regard a légèrement dévié, il faut supprimer ceci.
Moi, interloquée :
- Où ça ?!
Ah tiens, oui, pendant une nano seconde, mes prunelles n'ont plus regardé la caméra. Mais l'oeil de la pro l'a repéré !
- Flûte, la caméra a bougé.
Moi, comme précédemment, étonnée :
- Euh, où ça ?
Ah tiens oui, petit mouvement d'un millimètre vers le haut, bon, on coupe et on vire.
Sans compter les "bon, là, cette séquence va mieux avec celle-ci, oh, mais attends, celle-là ne serait pas mal, on essaye", pour passer par "on remet la première pour comparer" et "on refait avec l'autre" pour finir par "en fait, c'était mieux la première". N'oublions pas les "ici, tu vois, la voix de la chanteuse s'arrête trop tôt par rapport à l'image, il faudrait une image qui finisse en même temps, voyons voir..." et les "un fondu-enchaîné ou une autre transition, alors on essaye les deux, on verra, et pourquoi pas celle-ci, tiens ?". C'est du chipotage ! Faire et défaire... J'avais un peu l'impression d'être un hamster en train de cavaler dans une roue. J'avoue qu'après cinq heures à regarder et écouter mon double audio-visuel, j'avais envie de me flanquer des baffes !

Une nouvelle soirée a été consacrée à refaire les voix-off car nous n'avions finalement pas utilisé les plans face caméra et à changer quelques petites choses. Je trouvais l'un des passages fort long, j'ai pensé à lire quelques petits extraits de Elle, une autre, en chuchotant. La camerawoman a eu l'idée d'en superposer deux, l'effet est vraiment sympa!
J'ai choisi, comme bande-son, une chanson d'un duo musical, The Good Darlings, dans laquelle la voix de la chanteuse est 'double'. Ceux qui ont déjà lu Elle, une autre comprendront. Le duo a d'ailleurs trouvé que j'avais fait le bon choix.

Voilà comment est né mon clip de présentation !

 

Une aventure en soi, cette vidéo par ailleurs prenante qui donne envie de découvrir le livre et l'univers d'Olivia... 
Je vais laisser le mot de la fin à Olivia... La connaissant, je pense qu'elle me réservera une surprise... Voilà sa fin à elle... je vous laisse déguster...

Ecrire, noircir les pages
Créer un monde, des personnages
Rédiger une nouvelle, un roman
Inventer des paroles, des serments
Taper sur le clavier à toute vitesse
Unir violence et tendresse
Raconter les larmes, le rire, le sang
Ecrire pour vivre, tout simplement

Olivia BILLINGTON

desirdhistoires.canalblog.com



Christine Brunet

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Karl Chaboum : "je crée et véhicule la musique des mots"

Publié le par christine brunet /aloys

Donne-moi une définition de l'écriture.

La brouette jpg


Définis ton style d'écriture. Définis ton univers littéraire...

Je n’en ai pas. Je peux rire ou faire pleurer, selon ce qu’il y a dans ma peau, mes tripes. Je ne force jamais la note pour sortir de mon enclos. Je suis. Je ne fais pas l’extravagant pour me faire remarquer. Mon but n’est jamais de me faire remarquer. Comme c’est écrit sur l’endos de mon livre « Le sol à l’envers » : Chaboum n’y va pas de main morte quand il a quelque chose à dire. Quand il n’a rien à dire, il n’écrit pas. Il n’y a pas de clôture dans l’univers, il n’y en a pas non plus dans ma tête. Quand  j’ai envie d’écrire un alexandrin, j’en écris un, mais je ne me cantonne pas dans des rimes qui sont plus que souvent des clôtures. Écrivain ludique est une étiquette qui me va sur mesure. Je ne me prends pas au sérieux mais je suis sérieux en faisant sourire.

 
La scène... Une autre passion, je suppose... Qui est le complément de l'autre ? écriture, complémentaire de la scène ou scène complémentaire de l'écriture?

Comme je suis implanté cochléaire, je suis un solitaire. Je me vois sur scène en solo, entouré de techniciens sympathique comme semble l’être l’équipe de Chloé. J’ai servi des cours d’improvisation à l’Université de Montréal : j’étais comme un poisson dans un aquarium. J’ai publié quelques livres; des centaines nagent dans mon aquarium. C’était parhttp://www.bandbsa.be/contes2/solenversrecto.jpg défaut. Me voir offrir la scène où se mêleraient textes, visuel et improvisation feraient mon bonheur : je ferais barrer les portes pour garder l’auditoire jusqu’à la fin (si je répète, c’est pour que cela entre dans le subconscient de mon futur public).


Ecris-tu pour toi, pour les autres ? le regard des autres sur ton univers littéraire.

J’écris toujours pour les autres mais c’est toujours pour moi et moi, dans le sens que mon écran ne m’a jamais embrassé pour me dire qu’il aimait mes textes. Si je me présente devant un public, je m’attends à être embrassé par plusieurs, sinon c’est moi qui irai les embrasser.


Comment choisis-tu tes sujets d'écriture... Pourquoi illustrer tes petits textes ?

À partir de mon vécu, qui peut reculer à loin en arrière, à loin en avant. Mon cerveau est toujours allumé, les synapses me conduisent à Balzac, La Fontaine. Je n’ai pas de recette préconçue. L’illustration est une nouveau dans mon monde d’écrivain. Quand j’ai entendu parler Robert Paul il y a quelques jours d’un nouveau style d’écriture, le stichou, en cinq lignes courtes, et que monsieur Paul nous a mis au défi d’en écrire, l’idée m’a boucoup plus. J’en ai huit d’écrits, tous imagés. Illustrés ? Parce que cela parle, un va et vient entre texte et illustration.


Comment écris-tu ? Impromptu, sur un coin de table ? Tu retravailles beaucoup tes textes ? développe...

Parfois j’arrête de conduire sur le bord de la route et j’écris, toujours d’un jet, après y avoir pensé pendant des jours parfois, mais généralement j’ai une idée en tête et je plonge. Je ne choisis mon titre qu’à la toute fin, rarement au début. Je retravaille avec letrottier-tete-chaboum.pngdictionnaire; il y a tellement de y et de rr, ll, nn; je me demande qui a inventé ça. Es espagnol… peut-être qu’ils ne donnent pas de dictée. Ma devise : cela doit toujours couler : s’il y a en trop un et, mais, pour, j’efface.

Pour mettre une boucle à tous ces mots de Chaboum, le vers solitaire est fait pour le poète inconnu; j’en suis à la phase de brouette souhaitant aller sur les planches, pas rester dessous.

 

Que t'apporte l'écriture et que ressens-tu quand tu écris ?

Elle m’emporte. C’est le jeu des synapses : incroyable ! Je n’ai pas besoin d’être membre du Circle du Soleil pour en faire le cercle, l’étirer, lui faire embrasser la lune dans un long baiser sombré. Je suis vraiment une brouette Christine. Je suis en train de découvrir un pan de Voltaire avec Micromégas dont Voltaire décrit la hauteur : « Il avait huit lieues de haut : j’entends, par huit lieues, vingt-quatre mille pas géométriques de cinq pieds chacun. »

Ludisme de haute voltige, et il n’arrête pas. Je m’en nourris, comme un veau tête sa mère.


Tu es, à l'évidence, un auteur ludique (ta propre définition et je le pense également): qu'apporte cette approche que n'apporterait pas le sérieux de vers purement satiriques, par exemple.

L’an dernier, deux éditeurs français, un belge, huit québécois ont refusé mon manuscrit que plusieurs ont aimé (sic). Pourquoi ? Parce qu’ils avaient une tonne de livre à fouiner dedans (je coule moins dans ces cas-là). Un Français m’a dit : « La poésie ne se vend pas en France. » Avec tout ce que j’ai lu, je comprends – tu peux prendre un autre de mes carte-chaboum.pngpseudonymes pour me protéger des poètes). On ne voit pas les couilles – écrire en plus petit si tu veux), on  ne soit pas la souffrance, ou si on la voit, ça n’en finit plus. La lecture est là pour ressourcer l’humain. Quand je n’aime pas ce que j’écris, je le jette aux poubelles. Je suis de nature pince sans rire, on me compare souvent à Louis de Funès. Quand j’écris, je m’éclate de rire – pas chaque fois quand même . Vu que mon public est moi-même, il faut que j’aime ça.  J’ai aussi des périodes crues, sensuelles, petite dose grande dose. Ce n’est pas pour tout de suite le temps du dévoilement.


Penses-tu que ces petites strophes ainsi que ton approche de l'écriture se rapprochent d'un univers un peu particulier de l'écriture qui est celui des chansonniers ? " Je ne me prends pas au sérieux mais je suis sérieux en faisant sourire": n'est-ce pas, justement, le propre du chansonnier de faire passer par le jeu des mots, de la physionomie parfois, des messages plus caustiques...

Christine, mon désir est d’apprendre à poser ma voix. J’ai enregistré un vidéo, ce que je referai bientôt, La conscience de Victor Hugo. Caïn poursuivi par un œil immense, à en devenir dément. J’en frissonnais de vivre la peau du premier meurtrier de la race humaine. Je laisse la chanson aux chansonniers. Un spectacle solo avec support visuel, musique appropriée – avec La conscience c’est le Boléro de Ravel en crescendo, de quoi perdre ses cheveux-, un mentor pour que je passe plus mon temps à tout et rien faire, cela ferait mon affaire.


Tu expliques l'affiche avec tous tes masques ? (fallait bien que je te pose la question ! )

« Les masques tombent » furent pour moi un délice à présenter devant des amis. Des maîtres du XIX’sièce comme Victor Hugo, La Fontaine, Jacques Prévert, Edmond les-masques-chaboum.pngRostand : un texte de chacun avec un masque pour chacun. En deuxième partie, Karl ChaBOUM, sans masque, avec ses textes (cette semaine, un ami de longue date m’a dit : Tu t’appelleras dorénavant ChaBOUM – je vais faire du ménage dans tout ça, je reviens à l’ordre). J’ai mangé du XIX’ pendant… un siècle. J’ai vu, et transmis, l’actualité de ces hommes qui s’adressaient au peuple. Je suis un vulgarisateur Christine. Conférencier pendant 20 ans je m’adressais aux enfants… leurs parents comprenaient.


Pourquoi multiplier les noms ? tentes-tu de te cacher derrière des mots ?

C’est certain, tout comme la majorité des humains se cachent derrière leur mutisme chronique. Balzac avait une panoplie de personnages, il leur faisait dire ce qu’il voulait, ilhttp://www.bandbsa.be/contes2/trottiezbarbu.jpg se cachait derrière un, derrière l’autre. Pourquoi pas ? Quand une femme se teint le cheveux et passe du noir au blond, que fait-elle ? Elle veut attirer, se faire remarquer. Quand je porte une grosse barbe et qu’aujourd’hui je suis chauve, non seulement je ne me cache pas, je me révèle plutôt. Carl du Toit a été crée en souvenance de Charles Dutoit, grand chef d’orchestre  de réputation internationale qui a passé plusieurs années à Montréal. Je crée et véhicule la musique des mots, ce qui explique Mots + Art = MotzArt.


Comment t'es venue l'idée du site acrostiche ?

B atifoler est ta marque visagesque : tu es un contagieux professionnel.

O rchestrer est de ton calibre, sans chercher les fausses notes comme des puces.acrostiche-chaboum.png

B ombeur tu mets ta griffe partout. Si c’est trop, tu cloé la porte en liste.


Ce que je viens de pondre. De nombreux psaumes écrits il y a trois mille ans par le roi David étaient des acrostiches écrits en hébreu. Tout au long des siècles des acrostiches ont été écrits.

Une vague de prénoms/cartes de souhaits ont inondé le marché. Puis sont disparu. Saturation. B comme dans « belle » - C comme dans « courageuse ». Etc comme dans etc. Cela me sortait par les oreilles, redondant. Un grossiste en cadres m’a encouragé à écrire une collection, ce que j’ai fait avec 6-8 dictionnaires autour de ma table. Nous avons rompu. Ma tête n’est pas rompette à relever le défi : j’ai une banque de 275 prénoms ainsi que l’offre de service d’écrire n’importe quel prénom de n’importe nationalité – style Bichnouwa – en français.


J’ai vidé mon sac Christine. Tu avais de bonnes questions.

 

 


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Lunessences : "Ma passion ne me rapportera jamais rien matériellement, mais elle m'enrichit tous les jours."

Publié le par christine brunet /aloys

visage-lunessences.jpgIl est des interviews qui sont plus compliqués à mener que d'autres... celui-ci en est un. Pourquoi ? Parce que Lunessences est du genre hyper dynamique et multifacettes. Poète, photographe, créatrice de photomontages originaux, novelliste, et bientôt romancière... Sa passion est partout et donc difficile à cerner... au début... Mais vous allez pouvoir le constater, l'univers créatif de lunessences, certes éclectique, est surtout très homogène... Un paradoxe ? Jugez-en plutôt... 

Tu es une artiste auteur : comment te définirais-tu ? plus artiste? plus écrivain, plus poète ?
Première question difficile pour répondre, mais ni une chose ni une autre, je suis une femme qui essaie de traduire comme elle peut donc avec des outils différents tout ce quiIMGP2854.JPG lui passe par le coeur. La poésie est une arme à double tranchant elle est faite de mots qui en disent bien plus qu'on ne le voudrait parfois, mais c'est aussi le plus sûr moyen de toucher l'humanité de chaque être.
L'écriture, c'est très difficile alors j'écris très peu de nouvelles, j'essaie pour l'instant de mettre en forme un essai, une réflexion sur l'amour et le sentiment d'attachement.
Artiste je ne sais pas, par la photo, je veux capter éternellement l'instant...
  

Depuis quand écris-tu et pourquoi ? Un déclencheur ? Mêmes questions pour la photo.
Décembre 1999 exactement, puis 2000 a été une année qui a tout déclenché, c'est la meilleure façon que j'ai trouvé pour dire à l'homme combien la femme peut aimer, combien sa sensibilité est grande. Je voulais que l'homme sache que l'Amour d'après la femme est un don de soi et que la douleur d'aimer existe même si le couple est heureux. Le déclencheur fut l'impossibilité de croire et d'être prise au sérieux dans ma relation amoureuse. Le deuxième déclencheur a été mes enfants, je voulais leurs laisser quelque chose par peur qu'ils m'oublient. C'est bête hein !! Mais c'est comme ça !
La photo c'est autre chose, quand je regarde un paysage une personne j'ai envie de faire partager la beauté que je vois, beauté qui peut parfois être différente selon la vision et les filtres (critères d'éducation, de culture, d'environnement) que l'individu utilise pour voir. Quelquefois, je réussis à montrer la beauté telle que je la vois...

Penses-tu qu'il existe une interactivité entre ces deux processus créatifs ? ou bien dualité ?
emotionsessence.jpgPour moi c'est complémentaire, mais toujours dans ce que je veux transmettre. Quand je n'arrive pas à montrer en photo, je le dis en mot.
Exemple, j'ai vu un arbre l'autre jour tout nu, normal en hiver, mais pour moi il sortait du lot, on aurait dit qu'il avait froid, alors je l'ai écrit, un autre avait l'air d'avoir eu la peur de sa vie, il me le montrait par son tronc et ses branches s'enfuyant vers le ciel de façon très régulière, et il y a une grande folle de saule pleureur, qui parfois ne se peigne pas le matin, c'est rigolo, mais des choses comme ça parfois ne peuvent pas se montrer mais se dire, c'est pourquoi pour moi photo et écriture sont complémentaires.

Donne-moi ta définition de l'art... et ta définition de l'écriture.
Je n'en ai pas ou je pense déjà l'avoir exprimé dans les réponses précédentes. Honnêtement je n'ai pas de définition, sauf une, peut-être, l'art est une façon autiste d'exprimer le trop plein de sentiment humain.

Tes créations sont éclectiques: photos, photo-montage, poésies, nouvelles... est-ce que chacune de ces "catégories" correspond à une émotion particulière ? pourquoi le photo-montage ?
 
Le photo-montage pour permettre à mes yeux de regarder ce que j'aime. Il existe tellement de belles choses autour de nous que les réunir sur une même photo me ravie l'esprit. Exemple, j'aime l'océan et ses couleurs au lever du jour, mais j'aime aussi les cités médiévales, et je ne connais aucun endroit réunissant les deux , pas de château sur laemotions2.jpg plage, alors je l'ai crée!
Mais c'est aussi pour faire vivre mes rêves d'enfant, les fées, les dragons, le bien le mal, tout est réunis en un seul cliché. J'ai aussi besoin de montrer des contrastes, actuellement je travaille sur une photo de rue à New-york avec des ordures répandus c'est un cliché fort de la négligence humaine, de son irresponsabilité, je vais donc la transposer sur une beauté naturelle ! Effet choc que j'espère donner pour frapper fort dans la connerie des gens, leur insolence, etc... Beaucoup de colère dans mon coeur par rapport à ça ! Pourtant je ne suis pas une engagée écolo !
Et pour te répondre,  toutes les émotions passent par tout ce que je fais, la colère contre ceux qui manient la langue de bois, l'hypocrisie, la méchanceté, la pédanterie, sont très difficiles alors pour traduire ça j'écris.
Je ne suis peut-être pas tendre, et surtout pas obséquieuse, les courbettes, les flatteries ne sont pas dans mon humanité, mais j'essaie d'être moi.

Fleur d'huitreTu es une artiste passionnée: c'est ce qui ressort de tes premières réponses. L'écriture est un genre qui demande beaucoup de travail et de relectures : ces relectures ne tuent-elles pas la passion ?

La relecture m'agace parfois, mais elle ne tue en rien ma passion au contraire, je veux exprimer le mieux possible, au plus près de ce que je veux faire ressentir alors parfois les mots me semblent faibles et pour cela je dois ajouter de la couleur de la force, c'est pour cette raison que la relecture est nécessaire, pour cette raison aussi que cela m'agace, j'aimerai tellement être parfaite la première fois

D'où une autre question : comment écris-tu ? beaucoup de ratures, de travail sur ton écriture ? Du premier jet ?

Du premier jet parfois, mais c'est très rare, c'est un peu comme faire une pâte à crêpe parfois elle est trop lourde et il faut rajouter un peu d'eau.
Mes écrits sont des plats de pâtes à crêpes qui ne sont jamais parfaites, mais tout de même pas si mauvaises que ça !


Tu es en train de travailler sur un roman: il s'agit d'un travail de longue haleine : n'est-ce pas opposé à l'approche de la photo (vision immédiate, tangible), opposé également à faire perdurer une passion ?

Qui a dit qu'une passion était obligatoirement éphémère? J'ai une grande passion que je nourris tous les jours et cela depuis plus de 30 ans, et une autre depuis 5 ans qui se nourrit toute seule au fil des jours qui passent.
Écrire un roman est extrêmement dur pour moi non pas à cause du temps que cela peut prendre, mais tout simplement parce que les idées sont trop nombreuses et les mettre en place est un véritable travail de titan


J'aimerais que tu me parles de ton rapport aux lecteurs (crées-tu pour eux ou pour toi avant tout). Est-ce que ce rapport est le même avec les fans de photos et photomontages que tu crées ?

Tous les "artistes" sont des gens égoïstes avant tout, ils créent pour eux, mais garder leurs créations au secret rimerait à rien, alors que l'on soit auteur, peintre, photographe nous créons tous pour nous d'abord, pour les autres ensuite. Mais ceux qui vivent de leurs arts sont des "hommes d'affaires" qui se sont donnés l'opportunité de vivre avec leur temps et de répondre  à la demande pour pouvoir un jour ne créer que pour eux .

Voilà, c'est tout sauf que j'aimerais te laisser le mot de la fin... Ta vie et ton/tes passions artistiques...

IMGP3018.JPGMa passion ne me rapportera jamais rien matériellement, mais elle m'enrichit tous les jours. Chaque instant qui passe même lorsque je répond à ces questions, j'apprends à connaître de plus en plus l'humain, car l'humain est ma passion. Ses défauts, ses qualités, le pourquoi des émotions qui l'assaillent et le tenaillent.
Ces sentiments qui le font réagir. Voilà ma passion...
J'ai intitulé mes deux recueils "Émotions essences de vie" car c'est l'émotion, le sentiment qui rend vivant, si un jour l'humain arrive à vivre sans émotion, il ne sera plus ma passion.
Pour retrouver Lunessences sur son blog lunessences.unblog.fr et sur son site http://www.conjugaisonsdarts.fr/... Soyez curieux !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com

Publié dans interview

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Béatrice Bertieaux : La poésie. Un jardin. Pas si grand. Un mouchoir de poche

Publié le par christine brunet /aloys

 

Béatrice Bertieaux était d'accord pour un interview... Je lui ai posé mes questions... J'étais loin de m'attendre à sa réponse...

 

Je vous livre son texte sans rien y ajouter... que le plaisir de le relire encore...

 

 

 

 

http://www.bandbsa.be/contes2/bertieaux2.jpg

 

 

 

 

 

Depuis quand écrivez-vous?

 

Ce pourrait tout aussi bien être hier comme pas encore.  Lorsque j'écris, je suis cette autre.

La Poésie. Un Jardin. Pas si grand. Tout juste. Un mouchoir de poche. Rattrapé au P'tit Bonheur d'un recueil. Au hasard d'allées et venues de paroles. De départs et de retours. De lits de fleurs. De baisers. Du lilas de la glycine. De chardons et d'orties.

 

De peines à en mourir.

 

Ce pourrait tout aussi bien être un cagibi. L'on est la page. Un froncement de sourcils. Des embruns sur la couverture d'un livre.

 

Un songe. Celui d'un autre.

 

Ce pourrait tout aussi bien être. Mon atelier. Des dizaines de carnets éparpillés sous une armoire. Dans quelques tiroirs. Collés au plafond. Derrière un masque. Sur le front de ma poupée. Une boîte de feutres colorés. Des monticules de brouillons surchargés.

 

Des fourmis travailleuses. Des cahiers qui se feront oublier.

 

 

 

Pourquoi?

 

La Poésie s'enlove par le vent rassurant d'hiver. Ces soirs si froids. Quand la rêverie est si pleine. Quand  l'on est décidément cette autre.

 

 

Ce pourrait tout aussi bien être ces p'tits papiers de comptoir. Le rinforzando des silences. Des lettres rouges écrites sur un poignet. Des p'tits bonshommes maigres dessinés à même la paume pour se souvenir. Se souvenir des petits cœurs. Tous ceux-là s'éclairent à la lueur des bougies, au feu dans l'âtre. Dans ma maison tout là-bas du bord du lac.

 

 

Tu la connais, dis? Cette intimité? C'est ici que je te reçois lorsque tu me lis.

 

 

 

Un déclencheur?

J'écris de long en large. Multitudes insectes de tracés. D'arabesques. De ratures pour ne garder que l'essentiel. Le silence intuitif. Une pensée. Qui déjà n'est plus tout à fait la même. Ni tout à fait une autre.

 

 

 

Des poèmes? Des romans? Des nouvelles?

Ce pourrait tout aussi bien être un souffle. La rive d'une larme. Le bord d'une ligne. Une illusion. Comme un enfant qui sait mais qui fait semblant. Et même qu'à force de faire semblant …


 

Que vous apporte l'écriture?

Une poignée de sourires. Une étreinte de cœurs. Un lien entre étranges étrangers. Ces toujours inconnus. Une ivresse. L'abandon dans sa nudité ardente.

 

 

 

Décrivez-moi votre univers littéraire …

CHRISTIAN BOBIN en grand, en majuscules !!!: "Il n'y a rien dans l'attente, que la vie seule, nue et pauvre. (…) Elle nous apprend que l'amour est impossible et que, devant l'impossible, on ne peut réussir ni échouer, seulement maintenir un désir assez pur pour n'être défait par rien.

 

(…) Et cependant l'on écrit: c'est bien qu'il y a encore quelque chose à donner, mais on ignore ce que c'est. On le donne pour savoir ce que c'est. "(Lettres d'Or)

 

René Char: "J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté: la tache pure au-delà de l’encre souillée."

"N’ayant rien à contempler (cela m’ennuie), je me tends et me détends dans l’encoignure des braises."

"Nous nous unirons sans avoir à nous aborder, à nous prévoir, comme deux pavots font en amour une anémone géante."

 

"Les enfants et les génies savent qu’il n’existe pas de pont. Seulement l’eau qui se laisse traverser."


Cioran: Le Livre des Leurres : "(…) On ne revient pas de la poésie, de la musique et de la mystique à la philosophie. Un poète, un compositeur ou un mystique philosophent seulement dans des moments de fatigue, qui les forcent à revenir à une condition inférieure. (…) "

 

Baudelaire: Les Fleurs du Mal:

"(…) J'entends le crâne à chaque bulle

Prier et gémir:

- Ce jeu féroce et ridicule,

Quand doit-il finir?"

 

Arthur Rimbaud et ses Illuminations

"Veillées – C'est le repos éclairé, ni fièvre, ni langueur, sur le lit ou sur le pré. C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami. C'est l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée. L'air et le monde point cherchés. La vie.

Etait-ce donc ceci?

Et le rêve fraichit."

 

"Angoisse – (…) Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer; aux supplices, par le silence des eaux et de l'air meurtriers; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux."

 

 

 

Et puis, tant et tant que je ne puis tous les citer … Le Livre du Saphir de Gilbert Sinoué, le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, …  Styron, Whitman, Fante,  …

 

 

 

A ce jour, rien ne nous permet de dire que l'univers soit, soit fini, soit infini ….

 

 


 

Béatrice BERTIEAUX

 

http://beillaboheme.blogspot.com/

 

 

Publié dans interview

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Walter Macchi : "L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. "

Publié le par christine brunet /aloys

a-un-detail-pres.jpgWalter Macchi est auteur chez Chloé des lys... un romancier… A un détail près est un polar, son polar.

Un point commun qui m’interpelle, bien évidemment. Des tas de questions se bousculent dans ma tête : comment conçoit-il son récit, son intrigue, comme crée-t-il ses héros… tout cela pour répondre à une seule question : y a-t-il un seul processus d’élaboration pour ce genre très particulier de littérature ? Plusieurs ? Un état d’esprit à part ou non ?

J’espère que Walter Macchi parviendra à répondre à toutes ces questions… et, peut-être, à me donner les clés qui me manquent.



Walter, depuis quand écris-tu ?
Je suis traducteur de formation et j'ai toujours écrit dans le cadre de ma vie professionnelle. J'ai eu la chance de travailler pendant une vingtaine d'années dans une mission diplomatique, dont les dix dernières au sein du service de presse. Quand je ne traduisais pas, je composais ou corrigeais des textes, des discours. Le reste du temps, je lisais les journaux le matin, et tout ce qui me passait sous la main le reste de la journée. C'était une expérience vraiment enrichissante.

Pendant toutes ces années, j'ai maintes fois repoussé le projet d'écrire un roman parce que le boulot prenait tout mon temps mais au fond de moi-même, j'ai toujours su que ce rêve, qui ne m'a pas quitté depuis l'enfance, allait devenir réalité. Cela a été le cas peu après la quarantaine.

Un événement déclencheur ?
Je faisais toutes les semaines la navette entre Genève et Bruxelles et passais beaucoup de temps dans les avions et les aéroports. L'idée de base du premier roman a germé pendant ces voyages. L'histoire s'est construite petit à petit et s'est bien vite imposée comme une évidence.

Que t'apporte l'écriture ?
L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. Parce qu'écrire, c'est créer.

L'écriture me permet également d'aborder les thèmes essentiels de l'existence, la vie, l'amour, la confiance, la trahison, l'argent…

Pourquoi l'écriture est-elle un moyen d'évoluer ?
walter1.jpgMes principales sources d'inspiration sont l'observation et la lecture. L'écriture est un moyen d'évoluer parce c'est un apprentissage constant qui nécessite beaucoup de rigueur et me pousse à me remettre sans cesse en question. Comme les voyages, elle me permet de découvrir d'autres horizons et de m'ouvrir aux autres et au monde qui m'entoure.


Tu as peut-être d’autres passions ?
Je suis un touche à tout, curieux de naissance. Je me suis donc essayé dans pas mal de domaines mais il y en a trois qui sont une constante : la photographie, les voyages et l'actualité internationale avec, de temps à autres, une passion qui prend le pas sur les autres, au gré de mes envies.

Comment écris-tu ? directement sur ordi ou sur le papier ? la nuit, le jour, tout le temps?
J'écris directement sur ordinateur, dès que j'ai un moment, dans la journée ou la soirée. La nuit j'essaye de dormir, parce que le sommeil – ou son absence - est également une source inépuisable d'inspiration. J'ai un petit enregistreur qui depuis peu me permet de capter les idées au moment où elles prennent naissance, sans risque de les perdre.

Jusque là, rien ne distingue Walter Macchi d’un romancier de roman historique ou contemporain, par exemple… Ma curiosité s’accentue.

Pourquoi avoir choisi le genre policier pour t'exprimer ? Le suivant en est-il également un?
Les policiers sont mes romans de prédilection, C'est le genre qui titille le plus mon imagination. C'est à mon avis le type de roman le plus exigeant et le plus compliqué à mettre en œuvre pour que l'histoire tienne la route et soit crédible, un de ceux qui demandent le plus de recherches et une documentation riche, parce que tous les éléments sont importants, l'intrigue, les personnages et leur environnement, le style…
Mon premier roman, un thriller dont l'intrigue se déroule dans le monde des affaires, de la parfumerie de luxe et de la photographie de mode, est en partie basé sur une expérience personnelle.

Le second est un roman plus classique, qui a néanmoins représenté un défi et un véritable exercice de composition. Il a fallu d'abord d'entrer dans la peau d'une jeune personne de l'autre sexe, et mettre ensuite deux histoires en parallèle : celle de l'adolescente racontée par elle-même, et celle d'une famille, originale et avare, que le goût pour l'argent fera sombrer.

Pourquoi avoir changé de genre de roman ?
L'approche entre un polar/thriller et un roman est différente. Dans un polar, on est beaucoup plus dans l'action et dans les changements de lieux. Pour cherches leswalter2.jpg indices, pour enquêter, il faut bouger.
Changer de style et écrire un roman a été une démarche intéressante qui m'a obligé à aller puiser plus profondément en moi pour faire sortir les émotions, les sentiments
et arriver à les mettre en mots.


Je vois… Quelle serait ta définition perso de l'écriture et définis ton style...
L'écriture pour moi est un formidable moyen d'expression, avec l'envie sous-jacente d'intéresser un plus grand nombre possible de lecteurs. Mon style est assez direct, sans fioritures et très visuel.


Comment construis-tu ton récit ? Ecris-tu au fil de la plume, avec un canevas ? un plan ?
Pour les romans policiers en particulier, j'essaye de bâtir un canevas de scénario solide autour d'une idée directrice. C'est un peu moins vrai pour le second roman où j'ai plus laissé libre cours à mon imagination et à ma plume. Lorsque j'écris, il m'arrive cependant de modifier le scénario en cours de route, parce que j'ai eu un flash ou parce que mes "conseillers" m'ont suggéré une autre voie. Je connais souvent des "moments de grâce", où les mots et les idées se bousculent à un tel point que j'ai parfois du mal à suivre.

 

Crois-tu qu’on écrit un polar comme un autre roman, avec le même état d’esprit ? D’où la question qui en découle… Tout auteur peut-il devenir auteur de roman policier selon toi?

Non, comme je l'ai dit précédemment, on aborde un polar avec un état d'esprit bien particulier. La trame est constituée par une intrigue, un événement mystérieux qui débouche sur une enquête avec des indices, des pistes, de l'action.
http://www.waltermacchi.com/images/stories/images/articles/la%20vieille%20cover%20reduced.jpg
Connais-tu dès le début la réponse à toutes les questions induites par l’intrigue ? Sais-tu qui est le coupable dès le début ? Si c’est le cas, qu’est-ce qui te passionne dans le processus du polar ? Le jeu avec les lecteurs ? la déclinaison des indices ?

De façon générale, avant de me mettre à écrire, j'ai un scénario de base, qui peut s'étoffer, se corser en cour de route. Mais je sais dès le début où je veux amener mes lecteurs.
Ce qui me passionne dans le processus du polar c'est justement le jeu qui s'installe entre l'auteur et le lecteur, et qui consiste selon moi à créer un suspense, une tension qui accrochera ce lecteur de façon suffisamment efficace pour qu'il ait hâte d'en connaître la chute.


Voilà une différence de taille entre nos deux approches de la conception d’une intrigue… Je crois qu’il vient de me donner la réponse que j’attendais. Pourtant je poursuis
l’interview, pour comprendre jusqu’où vont ces différences.

Tes personnages ont des personnalités bien marquées. Comment les construis-tu? Quel rapport as-tu avec eux ? facile ou compliqué de mettre un point final à tes
histoires ?
4e-a-un-detail-pres-001-copie-1.jpgPour mon premier roman, mes personnages sont nés d'observations personnelles, sur place à Genève et dans la vie quotidienne. J'ai essayé de les construire avec rigueur et me suis parfois identifié à eux, dans ce qu'ils avaient de plus humain, dans leurs qualités mais également leurs défauts. Je les aime bien et y suis attaché, même lorsqu'ils sont antipathiques pour les lecteurs. Je n'ai pas vraiment de problèmes à mettre un point final à mes histoires. J'éprouve parfois un sentiment de nostalgie ; c'est quelquefois à regret que je mets un terme à leurs aventures.

Certains construisent leur roman à la première personne… Toi, tu te choisis de te mettre dans la peau d’une femme dans ton second roman… Pas commun… Comment
entre-t-on dans la peau d'un personnage d'un autre sexe ?
Quand il écrit, un auteur fait immanquablement référence à une vision très personnelle des choses. Il peut parfois essayer de brouiller les pistes mais c'est un peu de lui-même qui transparait dans ses personnages.

 
Pour mon second roman, j'ai voulu sortir de mon enveloppe "masculine" et me contraindre à penser autrement, à voir la réalité sous un autre angle. L'aspect psychologique m'a demandé énormément d'efforts. Je réalise à présent, à quelques mois de la sortie officielle du livre, combien cette tentative est périlleuse et délicate.
J'ignore même si j'y suis parvenu. L'avenir me le dira…

Lorsqu’on te lit, une chose frappe immédiatement le lecteur, c’est le côté visuel de ton récit, un peu comme si tu l’avais construit autour d’un scénario développé au fur et à mesure, étoffé pour en faire un roman. Pourquoi le visuel est-il si important ?
Je réalise en répondant à tes questions combien mes passions se rejoignent, l'écriture, la photo ou le cinéma, les voyages. Toutes ces passions, qui sont autant de plaisirs, me permettent de partager des émotions, de capturer l'instant ou le vécu, que ce soit par les mots ou l'image. Mon premier roman A un détail près est très visuel, au point que j'aimerais bien parvenir à en faire un film. Je suis actuellement en train de travailler sur son scénario.



Est-il facile ou compliqué d'être lu pour toi ? Comment tes proches voient-ils cette passion ?
walter3.jpgPlutôt compliqué d'être lu par le plus grand nombre et d'obtenir ainsi des avis contrastés qui me permettent d'évoluer. En règle générale, mes proches voient cette passion de deux façons, avec étonnement pour certains, avec enthousiasme pour d'autres, parfois avec un brin d'envie, mais rares sont ceux qui réalisent vraiment la solitude de l'auteur face aux difficultés et aux injustices du monde de l'édition...


Quel est ton univers littéraire ?
Auparavant, je lisais presque exclusivement des romans policiers et des thrillers. Mais ces dernières années, mon univers littéraire s'est beaucoup diversifié. A présent, je lis essentiellement des romans mais tous les genres m'intéressent. J'avoue avoir un peu plus de mal avec la poésie et les romans historiques, mais rien ne dit que je ne m'y mettrai pas un jour. Mes lectures ne connaissent pas de frontières, avec toutefois une nette préférence pour les écrivains francophones, anglo-saxons et italiens bien sûr. J'ai découvert quelques perles dans les auteurs italiens contemporains qui gagnent à être connus (F. Volo, F. Moccia, P. Giordano, entre autres). Dommage qu'ils ne soient pas tous traduits en français.

J’aimerais que tu termines non pas par un extrait de ton roman mais par une autre définition… A ton avis, qu’est-ce qui fait un bon roman policier ? Tu parviendrais à me donner ta définition du roman policier ?
C'est une question à laquelle il m'est difficile de répondre. Il serait réducteur de dire qu'il n'existe qu'une seule définition tant les genres de romans policiers sont diversifiés.
Un bon roman policier est un roman dont le lecteur se dit, après avoir tourné la dernière page, que l'intrigue était tellement bien ficelée qu'elle en était géniale et qu'elle l'a captivé jusqu'à son dénouement inattendu.

Je ne peux qu'approuver... L'inattendu, l'intrigue forte, bien ficelée... la recette d'un bon polar... la recette de "A un détail près"... vous n'y croyez pas ? Lisez...
Pour retrouver l'univers de Walter macchi, un site... www.waltermacchi.comlink
Christine Brunet

www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com

Publié dans interview

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Reine Bale : "Je n'ai pas besoin d'admirateurs, mais de lecteurs"

Publié le par christine brunet /aloys

Reine Bale... Avant tout un nom pas courant, une intervention remarquée sur le forum Chloé des lys et une première de couverture... Quoi ? Vous ne l'avez jamais vu ? Pas possible ! Et bien sachez qu'elle est sans doute à l'origine de cet interview... Pourquoi ?http://www.bandbsa.be/contes2/agederaison.jpg Parce qu'elle est tout sauf banale, tiens !

 
Reine Bale, une petite présentation ?
Reine Bale : nom d'auteur. Mon vrai nom ? Je le garde pour moi. La raison : je suis aussi prof de lettres et ne souhaite pas que mes élèves sautent sur les scènes croustillantes de mes romans pour me tailler une réputation. La création est une liberté qui n'admet pas l'auto-censure. Quant à me présenter intimement, je pense que mes livres le feront mieux que moi. Ou d'autres personnes. Mais pas moi..

Je suppose que ce nom de plume a une histoire... Tu nous la racontes ?
Ce nom de plume est mi-fabrication, mi-héritage : Reine, mon second prénom est le prénomhttp://www.bandbsa.be/contes2/balereine.jpg legs de ma grand-mère. Après tout, chez un écrivain plane l'esprit des ancêtres et il se trouve que ma grand-mère était une femme que j'adorais. Endosser son nom, c'est un hommage mais aussi un défi, une invitation à "accroître sa puissance d'agir" pour paraphraser Spinoza. Et puis il y a "Bale", une combinaison de syllabes de mon nom marital et de mon nom de jeune fille. Ce nom croise ainsi toutes les identités, passées et présentes qui se sont fixées en moi. Ah ! j'oubliais...J'aime bien le côté désuet de ce pseudonyme.

Depuis quand écris-tu? Pourquoi ? Un déclencheur ?

Il n'y a pas eu un déclencheur du type catastrophe ou événement révélateur ; la littérature, j'ai grandi avec et je ne peux pas dire comment ni pourquoi il s'est avéré indispensable d'écrire à mon tour. C'est une histoire d'émancipation intellectuelle par rapport à des modèles littéraires particulièrement révérés. C'est venu à l'adolescence, à l'âge de la révolte et des métamorphoses physiques.
 
Lesquels ? Ceux que tu cites plus bas ? Pourquoi ceux-là ?
Ceux cités plus bas (Philip Roth, Saul Bellow, Tolstoï...) sont effectivement ceux avec lesquels je dialogue quand j'écris. Ils me rappellent à chaque fois ce qu'un roman contemporain peut être : une prise de liberté dans le ton et la narration (comme les Face-FS86-Ngen3-Yael2.jpgdigressions de P. Roth dans Portnoy, ou bien les réflexions qui, écrites en italiques dans Herzog de Saul Bellow, imitent le désordre et la spontanéité de la pensée au coeur de l'événement), une fine observation des milieux à un instant de l'Histoire (guerres napoléoniennes dans Guerre et Paix, voir le dialogue qui ouvre le roman) et ce que ces modifications historiques (sociales, économiques, techniques) génèrent chez les individus (dans leur façon d'appréhender le monde de façon très intime).

Donne-moi une définition de l'écriture :
L'écriture est, à mon sens, ce qui fait le lien entre le corps et l'esprit. Les mots forment un univers physique de sons, et de sensations tout en convoquant ce qu'il y a de plus immatériel chez l'homme : sa pensée, son imaginaire.
 
Définis ton style :
Le style que j'ai adopté est celui qui tente sans cesse de mettre la fiction au service de la réflexion ; ce n'est pas une écriture directe, (faite simplement du premier degré de l'écriture, à savoir dire pour déverser sentiments ou émotions). Non, je souhaite parvenir, en général au terme d'un travail important de correction et de re-écriture à dessiner -au-delà de la phénoménologie- une fiche d'identité des grandes problématiques de la société contemporaine. Une fois que l'idée est claire, je laisse à la spontanéité le soin d'offrir une carnation à mon propos.
 
Je n'ai pas encore lu ton livre mais... Tu sembles parler d'engagement au travers de l'écriture ou plutôt de reflet de notre société... Pourquoi choisir cette approche et pas une approche plus détachée, moins sociologique ?
D'engagement, non. Je n'imagine pas détenir une vérité qu'il faudrait absolument que je transmette ! Je laisse aux fous le soin d'évangéliser leur monde de leurs paroles insensées100_2704.JPG ! J'essaie simplement d'atteindre une forme de justesse "typologique" si l'on veut. Un roman met en place des personnages qui doivent être, pour n'importe quel lecteur, reconnaissables : à mon sens, il est important de respecter le critère de vraisemblance qui permet l'identification. Pour dresser des portraits fins et surtout justes, échapper à la caricature ou au contraire traduire la caricature quand c'est "vrai", il faut bien un peu observer, s'intéresser, s'informer ! Il y a ce que l'on connaît (certes, c'est une base), ce que l'on sent et ce qu'il manque à notre connaissance pour éviter les lieux communs. Par exemple, en ce moment, j'achève un roman dont le personnage est une très vieille dame qui finit sa vie en maison de retraite ; il m'a tout de même paru indispensable de me déplacer dans des maisons de retraite pour tenter de répondre à la question importante dans nos sociétés contemporaines : qu'est-ce que finir sa vie quand on l'achève dans une maison de retraite ? Vue d'ici, la réponse aurait pu être "c'est horrible, quelle horreur..."; bien sûr, on découvre cet aspect des choses. Mais quand on va voir de plus près, on s'oblige à nuancer. On rencontre des personnes aux parcours variés et qui n'ont pas toutes la même vision de ce qu'elles vivent. A partir de ces données contrastées, je fais une synthèse et c'est comme ça qu'un personnage de roman prend forme.
 

Du coup, j'aimerais savoir comment tu construis tes personnages, s'ils sont le reflet de ton environnement et, au-delà, de notre société. T'attaches-tu à tes personnages ? As-tu du mal à les quitter après le point final ? Peut-être ne sont-ils que des moyens de reproduire ton environnement ?
Un personnage n'est jamais qu'une synthèse fictive ; je n'en suis plus au stade où je crois que l'on brûle avec sa création ! (adolescente, j'imaginais l'artiste en proie à d'horribles tourments...Bon, on grandit, on travaille et on quitte la version romantique de l'écrivain en fusion avec son sujet.) Empathie, oui ; schizophrénie, non ! Un personnage est lié à l'auteur puisqu'il en émane ; il nous révèle inconsciemment. Mon effort est celui de dépasser le "je" pour atteindre un "on" ; que les traces de la société soient visibles sur le personnage. 
 
Ton univers littéraire :
mon univers littéraire est fait d'auteurs américains (P.Roth, S
aul Bellow), d'auteurs russes (Tolstoï surtout).
Tiens... Tolstoï est, sans doute, l'auteur russe de cette époque le moins engagé et le plus formel... j'aurais cru que ton approche de l'écriture t'aurait plutôt rapprochée de Dostoïevski... : pour Tolstoï, il y a méprise, je pense. C'est un des rares auteurs qui a tenté de mettre en pratique ses idées (et on sait à quel prix ! au prix de presque deshériter ses propres enfants, d'éloigner sa femme au nom du renoncement à ses richesses...) Et quand on lit Anna Karénine, il y a certes le portrait d'un adultère maiscouvreine-bale.jpg aussi avec le couple Kitty/Lévine (qui reproduit les idées de Tolstoï) la mise en place d'une émancipation de la condition paysanne maintenue jusqu'alors dans le servage. Justement, Tolstoï me plaît parce qu'il avait des idées ! Quant à Dostoiëvski, il y a un côté "mystique religieux christique" qui me dérange par moments. 

Et il y a également les auteurs français qui ont érigé le roman en oeuvre d'art aboutie (Flaubert, Proust, Balzac) et puis de tous ceux qui n'ont pas relégué le roman à la tentation du divertissement ou à la plus abrupte théorie.
Donc, pour toi, le roman, c'est quoi, exactement? et surtout, que doit-il être ?
Soyons clair : je ne veus pas m'ériger en théoricienne du roman. Néanmoins, beaucoup de gens écrivent des romans. Beaucoup, beaucoup...Certains confondent "roman" et "déversoir"; "roman" et "fabulette", "roman" et "objet de distraction" (remplaçant avantageusement une émission de télé sur la plage). A ce train-là, c'est gentil un roman, ça se lit comme on se fait un bon resto...Bon, d'accord, c'est une possibilité. On peut aussi envisager les choses autrement : l'art est exigeant ; il réclame du travail, des connaissances, et le plaisir de l'effort. Il réclame, pour ne pas être confondu avec le reste des productions écrites, une signification et au minimum, de la part du créateur de s'être interrogé un peu : qu'est-ce que je veux dire ? pourquoi écrire ? quelle réflexion j'amène ...?
 
Ton rapport avec tes lecteurs : difficile d'être lue? Pas du tout ? Ecris-tu pour toi, pour les autres? Explique...
ll n'est pas difficile de me lire parce que je déteste ennuyer. Je tente (et j'espère y parvenir) donner à chaque passage de mes romans une matière à sentir, à penser, à rire, à se révolter. C'est pourquoi, je corrige beaucoup. L'action (psychologique ou évènementielle) doit être savamment dosée pour permettre à la lecture de ne pas s'enliser. Ensuite, il y a l'écriture elle-même : j'aspire à atteindre une sorte de sobriété formelle où les mots, assemblés avec fluidité, retentiraient comme des évidences. Est-ce que cette intention est ressentie par les lecteurs ? Cette question, je ne peux y répondre : on m'accuserait de forfanterie ou de fausse modestie. Mais j'attends beaucoup de la publication de mon roman : il me permettra, je l'espère d'élargir, la base de mes lecteurs et donc d'obtenir (peut-être) des retours contrastés. Ce serait intéressant. J'aime que le livre soit l'occasion d'un échange : l'écriture est quand même un acte de communication au sens le plus noble du terme.
 
L'écriture n'est-elle pas, avant tout un moyen très personnel de s'exprimer, de se dévoiler ? (le pourquoi de ton nom de plume, par exemple). Quant à l'acte de communication, il faut qu'il y ait retour du lecteur, sinon il ne reste que dans un seul sens... ce retour est loin d'être systématique, parfois même pauvre... Non ? L'écriture sera-t-elle alors aussi satisfaisante ?
Dans le fond, en tant que lectrice passionnée, je n'ai pas besoin que Tolstoï soit à mes côtés pour lui parler...Le livre établit une communication si profonde qu'elle peut se faire en l'absence de la personne physique. Quand je parle de communication, je parle...allez, osons le mot, de lien spirituel. Je n'ai pas besoin d'admirateurs, mais de lecteurs. J'espère simplement en avoir quelques uns car on écrit pour être lu. Pas forcément un grand nombre. Ni de très bavards. Quelques uns au-delà de mon cercle à moi.
Vous désirez en lire un peu plus au sujet de Reine Bale ? http://reinebale.canalblog.com/link

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com
  
  

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Patrick Benoit : L'écriture n'est pas une passion, mais une souffrance inéluctable pour exprimer l'inexprimable.

Publié le par christine brunet /aloys

JosephRootsstraat01.jpg" Je, tu, il ":  Genre hermaphrodite où les mots s'enchaînent et se multiplient pour écrire une histoire de lettres. Ni masculin, ni féminin, juste une illusion d'avoir écrit quelque chose pour donner l'illusion au lecteur d'avoir lu quelque part.

 

Drôle de définition pour un texte, vous ne trouvez pas ? En tout cas, cela m'a interpellé et j'en ai demandé un peu plus à Patrick... "Un peu beaucoup plus"... Et l'interview généralement bien réglé est vite devenu un jeu de questions/réponses rapides qui m'a amenée bien plus loin que je ne l'aurais voulu...

 

Première question, anodine, s'il en est, mais qui a tout déclenché... depuis quand écris-tu ?

Depuis mes primaires. J'ai appris des règles que je respecte, et je tente de les détourner en les respectant. Je me sens esclave des mots et je veux m'en libérer. Dès lors j'essaye de jouer avec eux pour qu'ils me donnent leur sens.

 

Tu me donnes un exemple ?

"Je n'ai jamais pas écrit."

 

D'accord... Et que veux-tu faire passer avec cette double négation ?  

Ce n'est pas une double négation, car "pas" est la démarche des pieds pour avancer (comme quoi la langue est perverse).

 

Ah, je vois... Mon interview commence bien... Un déclencheur ? 

 Mon déclencheur ? Ne pas savoir peindre ni dessiner, car le peintre et le dessinateur ont la capacité d'aller au-delà des mots.

 

PatrickBenoit2 Est-ce que les mots ne permettent pas à l'écrivain d'aller au-delà de sa réalité, de créer autre chose comme des émotions ?

Oui, bien sûr. Mais le problème, c'est qu'on veut toujours comprendre les mots, leur donner un sens. Alors qu'on est tout à fait capable de regarder un tableau sans vouloir nécessairement l'expliquer.

 

 Ton univers littéraire ?

Dans le désordre : Marguerite Duras, Albert Camus, Alice Ferney, Boris Vian, Maxence Fermine, Arthur Rimbaud, Shan Sa, André Schmitz et tous ceux que j'oublie. En fait, je n'ai pas d'univers littéraire, juste des envies de lire. Des romans à la rose quand j'offre des fleurs, des intrigues quand je me promène la nuit, de la science-friction quand je regarde les étoiles, des poèmes quand je suis seul...


Donne une définition de l'écriture. 

Savoir pourquoi et comment on fait des fautes d'orthographe. L'écriture est éternelle car écrite, mais éphémère car oubliée.


Peux-tu expliquer cette dernière phrase ?

Alors qu'une sculpture ou une peinture est exposée, un livre est rangé dans une bibliothèque et prend les poussières.


Des peintures oubliées dans un coin, ce n'est pas ça qui manque... Non  ?

Une peinture pourra toujours être exposée, alors qu'un livre jamais (sauf dans les habitations des "grands écrivains" où montrer son fauteuil, son stylo et son manuscrit n'ont quelque part aucun intérêt).


D'autres passions ?
 

L'écriture n'est pas une passion, mais une souffrance inéluctable pour exprimerJosephRootsstraat03.jpg l'inexprimable.

 

Pourquoi s'infliger pareille souffrance? Puisqu'elle permet d'exprimer l'inexprimable, elle permet donc de transcender le mot, la règle ? Vrai/faux ?

 

Tellement vrai, à part qu'il est inévitable de devoir se raccrocher à un dictionnaire pour se faire comprendre.

 

Tu m'expliques ? Tu travailles chaque mot en explorant toutes ses facettes, c'est bien cela ? N'as-tu pas peur d'en devenir hermétique ?

 

 Plutôt herméneutique, car le langage nous est sacré pour dialoguer et se faire comprendre. 

 Autre passion ? la photographie que je ne pratique plus depuis quelque 15 ans. Mais j'y repense...

  

Un rapport entre la photographie et l'écriture ? Aucun ?

 Oui, très certainement. L'écriture utilise la réalité des mots et la photographie, la réalité visuelle.


Comment écris-tu ? D'un seul jet, en raturant, en retravaillant le texte quelque temps plus tard ? Le soir, tout le temps ? Où puises-tu votre inspiration ? Tu es ordi ou papier?

 

J'écris avec discipline. A chaque jour suffit sa peine. Je retravaille très peu plus tard, car je retravaille sans cesse lors de l'acte d'écrire une page. L'écriture n'a pas JosephRootsstraat06d'horaire, ni de lieu. Ce premier récit, écrit entre 1987 et 1989, a été écrit à la main, puis tapé à la machine à écrire et retranscrit sur ordinateur pour satisfaire les besoins de présentation aux éditeurs. Aujourd'hui, je ne pourrais plus me passer d'un ordi... encore que : rien n'est possible, tout est impossible.

 

Pourrais-tu développer cette dernière remarque, s'il te plaît ?

 

 Si l'homme recherche sans cesse le plaisir, la reconnaissance, la jouissance, il n'en reste pas moins tiraillé entre la loi du moindre effort et l'instinct de survie. Dès que quelque chose paraît impossible, l'instant d'après cette chose devient possible.

 

Pourquoi persister dans l'écriture qui ne semble pas te satisfaire pleinement et ne pas reprendre la photo, par exemple ?

 

Je ne pense pas avoir persisté dans l'écriture, puisque je n'ai plus vraiment écrit depuis 1989 (excepté bien sûr des textes publicitaires, des communiqués de presse, etc., soit des textes "commerciaux"). L'écriture me satisfait pleinement, car après l'effort, il y a de la réjouissance et de la félicité. Je me suis toujours réfugié derrière le manque de temps pour ne plus écrire. Je vais faire du temps mon allié, et donc reprendre l'écriture et la photo.


Que penses-tu de l'écriture laboratoire ?

Je ne sais pas de quoi il s'agit, même si je peux l'imaginer.


 Il s'agit de l'utilisation du mot non par son sens mais par sa forme, par exemple, par les associations, les sonorités. En travaillant trop les mots, ne perd-on pas une partie de l'émotion que doit véhiculer l'écrit ?

 Un écrit doit-il toujours raconter une histoire ? 


Tu développes ?

 

JosephRootsstraat02Illustration : L'Homme Atlantique de Marguerite Duras. Il ne s'y passe rien, sauf de la ponctuation qui donne du volume et de la consistance au rien.


Ecris-tu pour les lecteurs ou seulement pour toi ?

 Pour ceux qui me liront !


Ecriture: reflet de toi, de tes états d'âme à un moment donné ? Vrai ou faux ?
 

 Vrai et faux à la fois. Je ne pense pas qu'on puisse écrire sans y mettre un peu de soi ou y projeter le soi qu'on voudrait être. Par contre l'écriture n'est pas un reflet, car la page blanche n'est pas un miroir. Il faut la briser pour y voir quelque chose.

 

 Voilà l'instant où j'ai envie de reprendre la définition du début... 
 
" Je, tu, il ": Genre hermaphrodite où les mots s'enchaînent et se multiplient pour écrire une histoire de lettres. Ni masculin, ni féminin, juste une illusion d'avoir écrit quelque chose pour donner l'illusion au lecteur d'avoir lu quelque part.
 
 L'écriture n'est-elle vraiment qu'illusion ? 
  L'écriture est illusions, au pluriel. 
 
Cover-avant-patrick-Benoit.jpg
 Illusion  
 
 pour l'écrivain qui pense maîtriser les mots  
 pour raconter une histoire, exprimer des sentiments,  
 séduire ses lecteurs. Or c'est un leurre puisqu'il est condamné à utiliser des mots que l'histoire lui impose.  
  En ce sens l'écrivain est un manuel qui a acquis l'art  
 d'agencer les mots pour construire quelque chose  
 comme une maison bulle dans laquelle il espère enfermer ses lecteurs. 
 
Illusion
  pour le lecteur qui se projette dans le récit en se l'appropriant quelques 
  instants comme une réalité qu'il veut ou ne veut pas vivre. 
 
L'écriture
  comme illusions est alors la manifestation d'un rêve éveillé, d'une liaison  
  intime entre l'écrivain et le lecteur qui s'ignorent. 
 
 Voilà bien l'essentiel... Voilà pourquoi j'écris... pourquoi nous écrivons tous... 
 Christine Brunet 
 www.christine-brunet.com 
 
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 www.passion-creatrice.com 

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