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interview

Philippe Desterbecq nous parle de son nouveau roman pour enfants "Le livre magique"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Philippe, qui es-tu ? Je sais que tu diriges un blog littéraire très actif http://phildes.canalblog.com.

Mais à part ça ?

Je suis instituteur depuis 32 ans maintenant et de plus en plus épuisé. L'heure de la retraite n'a pas encore sonné puisqu'on la repousse sans cesse et je me demande comment je vais atteindre la ligne d'arrivée. 

Mes passions sont les mêmes depuis des années : les voyages, les balades dans la nature et bien sûr la lecture et l'écriture. Malheureusement le temps me manque pour les assouvir complètement. 
 
Mon tout premier livre était un recueil de nouvelles publié aux éditions Elzévir à Paris. Tu parles, je suppose, de mon premier conte pour enfants intitulé "L'étoile magique". C'est l'histoire de Pierrot, un petit garçon, un peu espiègle, comme il en existe tant. Sa passion est l'astronomie. Un jour, il a la chance de découvrir une étoile inconnue, une étoile à 7 branches qui lui permettra de réaliser 7 voeux. Il se sert de son nouveau "pouvoir" pour s'amuser sans se rendre compte qu'il nuit à certaines personnes. Quand il prendra conscience de son erreur, il devra tout réparer...
 
Un nouveau livre vient de paraître, si je ne m'abuse ? Je dois avouer que je l'attendais depuis longtemps... Un livre pour ados ? Pour enfants ?
 
Le livre qui vient de paraitre est une suite de "L'étoile magique" mais peut être lu indépendamment, du moins je le pense. Il s'intitule "Le livre magique". Le lecteur y retrouvera Pierrot ainsi que son amie Heidi, rencontrée à la fin du premier tome. 
C'est un livre pour enfants, bien sûr, comme le premier, mais celui-ci s'adresse plus à des enfants qui aiment lire et qui ont, peut-être, une certaine connaissance de la littérature enfantine. 
Pierrot et Heidi rencontrent, par exemple,  Momo, un des héros de Yaël Hassan (une auteure jeunesse que j'apprécie beaucoup) en chair et en os. Le Petit Prince y fait aussi une apparition ainsi qu'une certaine sorcière chère à Roald Dahl. 
 
Est-ce la suite de l'Etoile magique ?
 
Une suite, oui, dans la mesure où on y retrouve certains personnages connus. 
 
Toujours les mêmes héros ?
 
En plus de Pierrot et de sa nouvelle copine Heidi, le lecteur retrouvera Nestor, jardinier de l'école et grand-père d'Heidi. Les parents de Pierrot et Lulu, son petit frère, sont également présents. 
 
Comment crée-ton pour des enfants ? Est-ce que ton métier t'aide ?
 
Je pense qu'il vaut mieux côtoyer des enfants pour écrire pour la jeunesse. Il est bon de se renseigner sur ce qu'ils aiment lire, d'utiliser un peu leur vocabulaire ou leur façon de s'exprimer. Il faut toujours avoir à l'esprit que le futur lecteur est un enfant. 
L'enfant ne réagit pas du tout comme un adulte. Il abandonne très vite une lecture qui ne lui plait pas. Par contre, quand il accroche à la lecture, il est très enthousiaste ! 
 
Où trouves-tu l'idée de départ ?
 
 Je réfléchis et ne trouve rien pendant des semaines voire des mois. Et puis, tout à coup, ça me semble comme une évidence. Je sais de quoi je vais parler. Je me lance...
 
 
Tu écris comment ? Je veux dire, est-ce que tu construis un scénario ? Est-ce que tu te laisses porter par ton histoire ?
 
 Je me laisse totalement porter par mon histoire. J'ai trouvé les personnages, l'intrigue principale ou le sujet du livre, mais c'est tout. Les personnages vont vivre en moi et "me dicter leur histoire". Je ne sais, en général, pas à l'avance, ce qu'ils vont devenir. C'est une surprise pour moi. 
Dans "L'histoire d'une histoire", Pierre Gripari place l'histoire sur l'épaule de l'écrivain. Elle lui souffle à l'oreille les mots qu'il doit écrire. Je m'y retrouve totalement ! 
 
Est-ce que tu testes tes histoires sur des enfants ? Pas du tout ?
 
Oui, tout à fait. Je ne suis jamais sûr que ce que j'ai écrit va plaire aux enfants. Je leur lis donc mes écrits pour voir leurs réactions. Les enfants ne trichent pas. Ils ne rigolent pas pour faire plaisir à l'adulte. S'ils se marrent, c'est que l'histoire les fait rire. S'ils essuient une larme, c'est que l'émotion est là, dans le bouquin. J'écoute même leurs remarques et je peux changer certains éléments du récit après les avoir écoutés. Les enfants sont vrais ! 
C'est un public difficile à satisfaire ! S'ils sont contents, c'est gagné ! 
 
Merci Philippe pour cette présentation... Ton livre m'attend... A suivre donc !
 
Christine Brunet
www.christine-brunet.com

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Nikos Leterrier : "L'écriture ouvre sur un monde infini, comment la définir? "

Publié le par christine brunet /aloys

Nikos Leterrier : "L'écriture ouvre sur un monde infini, comment la définir? "

Nikos Leterrier nous a déjà présenté son recueil et son univers. Il nous a proposé plusieurs extraits qui m'ont donné envie d'en apprendre un peu plus à son sujet... Je vous livre un interview surprenant !

Tu es un nouvel auteur Chloé des lys... Mais es-tu l'auteur d'un premier roman ou es-tu un auteur "confirmé" ?

"Le temps d'exister avant le froid" est mon premier recueil de poésie, mais j'ai écrit deux romans, trois nouvelles et une pièce de théâtre.

L'une de ces nouvelles a d'ailleurs été publiée en 2000 chez Fleuve Noir. Donc j'imagine que je me situe plus dans une catégorie d'auteur "confirmé", puisque j'écris depuis une vingtaine d'années. En revanche, pour ce qui est de la valorisation et de la publication de de travail,

je reste un novice.

Vis-tu de ta plume ?

Non, évidement.

Pourquoi CDL ?

J'avais une proposition d'une autre maison d'éditions pour ce recueil, mais j'ai été très touché par les commentaires du comité de lecture de CDL. De plus, toute la démarche de CDL me plaît, par exemple l'absence de ligne éditoriale, si ce n'est de publier les textes qui vous semblent intéressants, ou le recours au bénévolat. J'apprécie beaucoup votre approche authentique et éclectique. Au vu de mes échanges avec l'équipe de CDL (que je remercie encore au passage), j'ai pu voir que je ne m'étais pas trompé.

OUF ! Soulagée ! Tu écris quoi ?

Essentiellement de la poésie et des romans. J'ai commencé par des nouvelles à titre d'exercice, pour apprendre à maîtriser la poétique d'Aristote : le début, le milieu et la fin, si nécessaire à l'écriture des romans. Mais ce n'est pas mon mode d'expression favori.
La pièce de théâtre était un travail ponctuel, dans le cadre d'un projet avec une troupe de théâtre amateur.

As-tu ta propre troupe de théâtre ? Travailles-tu sur commande, par exemple ?

J'ai en fait fait partie de trois troupes différentes de théâtre amateur en tant qu'acteur, et auteur à l'occasion, lorsque la troupe dont je faisais partie était en recherche d'un texte. J'ai ainsi participé à l'écriture d'une pièce collective, qui a été montée, et j'en ai écrit seul une autre, qui en revanche n'a pas plu aux autres acteurs à l'époque. Mais j'aimerais la mettre en scène une fois que j'aurai achevé mon troisième roman en cours.

Il m'est arrivé de travailler sur commande. J'ai écrit deux nouvelles sur commande et des chansons.

Tu nous parles de ton livre

"Le temps d'exister avant le froid" rassemble 25 poèmes, accompagnés de dessins que j'ai réalisés pour donner un relief différent au texte. Il me semble que la poésie étant à l'origine un art oral, le texte est comme une partition, à laquelle manque la présence d'une personne pour dire le poème et lui donner justement son éclat, son relief, sa forme finale. Pour combler cette lacune, il m'a semblé que le dessin pouvait être intéressant.

Que dire de ces poèmes? Tout d'abord que chacun d'entre eux a été pour moi indispensable. C'est ce que j'essaie d'ailleurs d'exprimer dans le premier poème : "Ce n'est pas un jeu". La poésie est pour moi une ardente nécessité, et l'unique vecteur par lequel je puisse partager certaines pensées ou émotions. Ces poèmes sont tous très personnels. Ils parlent d'amour, de colère, de solitude, de perte, parfois même de cauchemars. Je ne les vois pas ainsi, mais on les juge souvent sombres, voire violents.

J'ai rassemblé dans ce recueil tous ceux qui témoignent à mon sens d'un désir de vivre libre, au moins en pensée, et d'être pleinement soi-même durant le temps qui nous est imparti : le temps d'exister en somme... "avant le froid". De mon point de vue, c'est un ouvrage plein d'espoir, mais qui se penche au-dessus de l'abîme jusqu'à en avoir le vertige.

Existe-t-il dans ce recueil un fil rouge ou, au contraire, aimes-tu promener le lecteur d'un thème à l'autre, au gré de ton ressenti ?

Je pense que le fil rouge est assez bien résumé dans le titre. Chaque poème évoque un aspect différent d'une même volonté d'exister au-delà des peurs, au-delà des vides creusés par la perte d'êtres chers, au-delà des renoncements, au-delà des injonctions implicites de notre environnement, des commandements morbides inscrits en nous par nos douleurs enfantines.
Le recueil est ma promenade à travers les illusions et les cauchemars pour retrouver mon chemin vers ce qui est réel et important. Je n'attribue pas à ce voyage une portée mystique (le second poème : "A ceux qui ne croient pas en Dieu" est au contraire une affirmation de mon athéisme), mais le vois plutôt comme une modeste et personnelle déclinaison du "Connais-toi toi-même" de l'Oracle de Delphes. À chaque fois, il y a l'amorce d'un dialogue avec le monde, en fonction des impressions qu'il laisse en moi.

Depuis quand écris-tu ?

De manière sérieuse depuis mes 20 ans environ.

Qu'est-ce qui t'a décidé de proposer un texte à l'édition ?

Mon épouse, qui m'a gentiment poussé à le faire, elle-même ayant également publié

un recueil de poèmes de son côté ("Lune et l'autre" aux éditions La Bartavelle).

Tu écris comment, quand... et pourquoi, tiens !

J'écris parce que cela me rend heureux, mais aussi lorsqu'il me semble que je peux dire quelque chose qui - à ma connaissance - n'ait pas encore été écrit. J'écris à peu près n'importe quand, si une idée passe par là. En ce qui concerne la poésie, j'écris toujours à la main sur un carnet qui ne me quitte que lorsqu'il est plein, à la manière des croquis que je fais sur un autre carnet. Me sentant toujours parmi mes semblables comme un explorateur venu d'une planète lointaine, je perpétue à ma manière la tradition des grands voyageurs de naguère, qui tenaient un journal illustré de leurs découvertes. C'est d'ailleurs souvent en voyage que je suis le plus productif.

Définis, stp, le mot "écriture"

L'écriture ouvre sur un monde infini, comment la définir? Plus sérieusement, je pense que c'est finalement ce que représente l'écriture pour moi : étendre l'univers des possibles et donner sa pleine mesure à l'imagination. La langue est un creuset merveilleux. Un écrivain est un orfèvre du langage. L'écriture s'apparente pour moi à une forme d'artisanat de ce point de vue.

Comment vois-tu ton futur d'écrivain ?

Je suis en train de finir un troisième roman, et un second recueil de poèmes illustrés se constitue

peu à peu. C'est mon avenir d'écrivain à court terme... Voire à plus long terme, car ces choses-là prennent du temps.

J'aimerais évidemment les publier également.

Un grand merci ! Il ne me reste plus qu'à découvrir ta plume !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Un interview de Didier Fond pour son nouveau roman "La ballade des dames à poussette"

Publié le par christine brunet /aloys

Un interview de Didier Fond pour son nouveau roman "La ballade des dames à poussette"

Ce quatrième roman publié chez CDL ne ressemble vraiment pas aux précédents. Ces derniers pouvaient passer pour des ouvrages « sérieux », avec une intrigue solide, des secrets à découvrir, etc. Je ne veux pas dire que l’intrigue de La Ballade est inexistante ; il y en a une mais peut-être est-elle un peu moins rigoureuse et s’efface-t-elle plus volontiers derrière le comportement, les réflexions et les idées véhiculées par les personnages.

Un roman didactique, La Ballade des dames à poussette ?

Certainement pas. Déjà rien que le titre vous montre que l’on entre dans un univers qui n’est pas vraiment sérieux ou qui ne veut pas se prendre au sérieux, malgré les dérapages malhonnêtes de ces dames…

Le titre, justement. Comment un roman peut-il être une « ballade », ce genre poétique hérité du Moyen-Age ?

Evidemment que ce n’en est pas une au sens strict du terme. Mais je me suis beaucoup amusé à structurer le roman comme une ballade, c’est-à-dire qu’il y a trois « strophes » (en fait, 3 parties), un refrain entre chaque « strophe » et à la fin, un « envoi ». Au niveau de la forme, je fais référence aux poètes du Moyen-Age, Villon par exemple. Mais la ressemblance s’arrête là.

Car le contenu, lui, n’a rien à voir avec la poésie ?

« Rien à voir » c’est le moins qu’on puisse dire. Ne cherchez aucune trace de poésie là-dedans, vous n’en trouverez pas. Ou alors, vous avez une idée une peu particulière de la poésie. En fait, le contenu n’est pas toujours « politiquement correct ». On peut même le trouver parfois très provocateur mais l’avertissement qui ouvre le récit permet d’une part de prendre une certaine distance par rapport à ce qu’on va lire et d’autre part de choisir son camp : soit c’est la condamnation de la cupidité, soit c’est l’apologie de la malhonnêteté. Au lecteur de décider.

Elles sont donc si atroces, ces dames ? Pourtant, la couverture les représente en train de danser, elles semblent pleines de joie de vivre…

… Et de fric car si vous regardez bien, vous verrez qu’elles dansent sur un tapis de pièces d’or… Car l’argent est le moteur de leur existence. Et elles sont prêtes à tout pour « gagner plus » ; elles peuvent même aller jusqu’au meurtre. Elles sont redoutables quand on a le malheur de se mettre en travers de leur route, les voisins vont vite s’en apercevoir, ces malheureux qui les jalousent et passent leur temps à les espionner.

Finalement, elles sont bien moins sympathiques qu’elles le paraissent.

Je serais plus nuancé à leur égard. C’est vrai qu’au début, ce sont des dames fort respectables mais qui montrent vite qu’elles n’ont aucun scrupule ; il ne faut pas chercher à savoir ce qu’elles font avec leurs poussettes. Mais honnêtement, je n’arrive pas à trouver mes dames antipathiques, bien que je sois féroce avec elles… Pour preuve, la fin, qui va surprendre plus d’un lecteur et me faire peut-être taxer de totale immoralité…

Mais le roman ne se limite pas à présenter des dames peu fréquentables. Le personnage de Maurice, par exemple, se charge de faire passer quelques critiques plus générales qui révèlent peut-être la pensée de l’aueur ?

Oui et non. Encore une fois, l’avertissement est là pour dire « attention, il s’agit d’un roman, le trait a été forcé, le personnage peut dire des horreurs mais l’auteur ne partage pas son extrêmisme et, disons le mot, sa misogynie. Par contre, il peut partager son avis sur des comportements que l’auteur a observé dans la rue ou dans les transports en commun. » En fait, la question fait allusion au vieux problème qui se résume en une phrase : l’auteur est-il son personnage ? Réponse : évidemment non, nous sommes dans la littérature, pas dans la réalité et pas non plus dans l’autobiographie, même si certaines critiques sont communes à l’auteur et au personnage. Donc on peut également sans problème trouver mes dames amusantes et pas si odieuses que ça.

La Ballade, si l’on en revient à la forme, c’est aussi un roman polyphonique ?

Tout à fait. Je m’étais déjà essayé à cette forme un peu partiulière dans La Maison-Dieu. Mais il n’y avait que trois voix et elles n’étaient pas vraiment caractérisées. Là, c’est très différent. Dans La Ballade, on entend huit voix différentes en alternance : quatre personnages parlent au « je » et ont chacun leur façon de s’exprimer ; les quatre dames à poussette, elles, ne font pas entendre directement leur voix et c’est un narrateur qui prend le relais : leurs interventions sont donc au « il » mais j’ai introduit pour chaque dame un mot, une expression récurrente. Par exemple, pour France, c’est le terme « adorable » qui revient sans cesse. Elles ont donc chacune un tic de langage qui les caractérise, sauf une, Lydia. C’est la plus intelligente, la plus énergique, celle qui échafaude tous les plans pour éliminer les obstacles ; j’ai voulu la différencier des autres, montrer qu’elle n’avait pas en elle ce snobisme sous-jacent qui se révèle dans les tics de langage. Cela n’a pas été facile à faire, je le reconnais, et je ne sais pas si le résultat est concluant.

D’où l’idée d’écrire un roman comme celui-ci t’est-elle venue ?

Je n’en sais strictement rien. En fait, j’ai pris un stylo, une feuille de papier, j’ai écrit les noms des personnages, leurs caractéristiques, et puis j’ai commencé à rédiger, sans savoir où j’allais. L’intrigue s’est construite petit à petit, d’où les nombreuses rectifications qu’il a fallu faire. Ce n’est pas du tout ainsi que je travaille d’habitude : j’ai besoin d’un canevas solide et détaillé pour pouvoir écrire un roman. Là, tout s’est fait tout seul, au gré de l’inspiration, si j’ose dire. Cela vient peut-être du fait que je trouve ce roman moins « sérieux », comme je l’ai dit auparavant, que les précédents ; je me suis énormément amusé en l’écrivant, et j’espère que les lecteurs s’amuseront aussi. Il y a longtemps que je voulais écrire un roman « léger », où les personnages feraient un peu n’importe quoi. C’est fait.

Le mot de la fin ?

Il est évident : mes dames ont besoin de lecteurs. Courez vite acheter leur roman.

Extrait

CHRISTIAN SPECTATEUR

Le trottoir d’en face est de plus en plus à la masse. Passons sur le fait que Sophie se balade à dix heures du soir en pantoufles dans la rue, ce n’est qu’une excentricité de plus. Encore que venant d’elle, c’est quand même étonnant.

J’sais pas (pardon : je ne sais pas) si la confrérie des niaises a avalé un tombereau de piles électriques, mais elles sont d’un surexcité ! Et je te promène mon gamin dans tous les sens, à n’importe quelle heure, et j’te fais (oh zut, je te fais) trois fois dans la matinée le trajet villa - jardin des Treilles, le regard vissé à terre au cas où un éléphant échapperait à ma vue, tout ça en comptant le nombre d’enjambées qui me sépare du parc et de ma piscine, ou de mon jacuzzi… Quant aux papotages, ils ont pris une dimension cosmique. Elles n’arrêtent pas de se chuchoter des âneries (cela peut-il être autre chose ?) à l’oreille. Avec leurs poussettes à la con, elles vont finir par créer un embouteillage dans la rue à force de passer, repasser, s’arrêter, discutailler, etc.

Ce qui est un indice encore plus sérieux qu’il y a quelque chose de bizarre, c’est que France ne sort plus son quatre-quatre. D’habitude, il lui sert à aller chercher sa baguette de pain à la boulangerie du coin. Maintenant, elle utilise ses jambes. Je rêve. Et le mieux, dans tout ça, j’le dois (oh, fait chier ! Je le dois) à la curiosité de Sylvie. Est-ce qu’elle ne s’est pas mis en tête de surveiller tout ce beau monde histoire d’occuper son temps libre ? Elle ferait mieux de consacrer ses loisirs à autre chose, à moi par exemple, mais je reconnais qu’elle fait des découvertes intéressantes.

Pour avoir une idée de l’atmosphère délirante qui règne dans les rangs de ces tapées, il faut examiner le cirque auquel elles se livrent dans le jardin des Treilles. Elles essaient tour à tour tous les bancs, se font des p’tits signes (putain ! des petits signes), semblent poser des jalons ou faire du repérage. Mais repérage de quoi ? A peine une est-elle installée qu’elle se lève d’un bond, comme si elle s’était enfoncé une punaise dans le cul, regarde autour d’elle, agite la main en direction des autres, éparpillées aux quatre coins du parc ; on lui répond par des grimaces et puis tout le monde se lève, on prend sa poussette et on passe sur le banc d’à côté. Nouveau cinéma : l’une fait « non » de la tête, l’autre « oui », l’autre sans doute « chais pas » (connerie ! Je ne sais pas) et ça recommence.

Ra-va-gées, les petites mères.

Sylvie prétend qu’elles ont trouvé un nouvel amusement pour attirer les regards sur elles. Elles devaient penser que l’admiration du quartier s’essoufflait et qu’il fallait inventer un nouveau truc chicos-tendance pour en mettre plein la vue aux voisins. Jouer les débordées actives. Se montrer des mères comme on n’en voit plus, avec un M majuscule. Outre leur nouvelle manie de tester tous les bancs du jardin, il paraît qu’elles passent leur temps à se pencher sur leur poussette pour remettre la couverture en place, tripoter le gamin, faire semblant de glisser quelque chose sous les draps… On jurerait, d’après Sylvie, qu’elles répètent un rôle.

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Jean-Claude Texier nous propose une présentation originale de son nouveau roman

Publié le par christine brunet /aloys

Jean-Claude Texier nous propose une présentation originale de son nouveau roman

Chloé des Lys :

Jean-Claude Texier, trois ans après la publication de votre premier roman, L’Élitiste, quelles sont vos impressions de nouvel auteur ? Diriez-vous qu’être publié et lu constituent chez une personne, une étape cruciale de sa vie, avec un avant et un après ?

Jean-Claude Texier :

Absolument. Écrire, c’est naître une seconde fois. Comme le disait Balzac, c’est faire concurrence à l’État-Civil en ce sens que l’on crée des personnages qui n’ont jamais existé et auxquels on prête vie par la magie de la littérature.

Mais c’est aussi devenir soi-même quelqu’un d’autre. Même si vous ne choisissez pas un nom de plume, votre identité est liée à la qualité d’écrivain. Vous êtes devenu romancier, un créateur de mythes. Vos personnages vous habitent, vous hantent, prennent possession de vous et s’imposent comme des créatures autonomes peu concernées par les intentions de l’auteur. Bien souvent, j’ignore jusqu’où ils me mèneront.

CDL :

Qu’est-ce que cela change dans votre relation à autrui ?

JCT :

On dit qu’un écrivain est reconnu quand il est accepté par un grand nombre de lecteurs comme quelqu’un qui mérite ce titre. Dès que votre livre est publié, vous entrez dans la catégorie des candidats à la notoriété, et vous êtes proposé comme tel à l’étalage des libraires. Vous êtes remarqué ou passez inaperçu. On parle de vous, ou l’on vous ignore.

Le plus étrange, c’est que ce phénomène se reflète aussi dans votre entourage et vos relations. Certains vous félicitent, se réjouissent de votre nouveau titre comme d’une nouvelle naissance, d’autres vous traitent comme si votre bébé n’existait pas. Ils accueillent les louanges ou les critiques vous concernant avec la même impassible indifférence. Il faut dire, cependant, que se présenter comme écrivain vous honore aux yeux de la majorité, et vous montez dans l’estime des gens.

CDL :

Comment L’Élitiste a-t-il été reçu ?

JCT :

Bien, dans l’ensemble. Mais il eut aussi de fervents détracteurs, non pas en raison de sa valeur littéraire, mais de sa connotation politique, bien que je me défende de tout parti pris. Le récit se déroule durant la campagne présidentielle de 2OO7 et décrit ses répercussions sur la vie interne d’un lycée de banlieue. Revivre cette époque, c’est aussi agiter les passions, exacerber les rancœurs et attiser les préjugés. Mais ce que certains ressentirent comme un défaut s’avéra chez d’autres une qualité. Ils y virent un document saisissant de l’état d’une société en période de changement électoral dans un milieu rarement décrit de l’intérieur. Les lecteurs qui l’apprécièrent le mieux furent sans doute ceux qui ignoraient tout de l’Éducation nationale, et découvrirent les rouages d’un monde clos et refermé sur lui-même, avec ses codes et ses rites. Ce fut le cas, en particulier, de lecteurs étrangers francophones.

CDL :

Loozie Anna, le volume 2 de l’Élitiste, exploite la même veine ?

JCT :

Loozie Anna est un roman très différent. Bien qu’il se déroule dans le même milieu et que l’on retrouve quelques-uns des personnages du premier livre, il en introduit de nouveaux et se situe à une époque antérieure à 2007. Il raconte la vie d’une héroïne romantique dont l’aventure sentimentale illumine la banalité de son quotidien. L’ascension du proviseur élitiste du lycée Édith Cavell accompagne les péripéties qui orientent le destin d’Adélaïde. Ici, le mythe n’est plus politique mais personnel et se trouve lié au théâtre. Parce que son père a souhaité qu’elle joue le rôle d’un personnage historique un jour de carnaval, lorsqu’elle était enfant, elle s’identifiera à ce rôle et incarnera deux fois son personnage, d’abord en 1989, lors du bicentenaire de la Révolution française, et trois ans plus tard pendant le Mardi Gras à La Nouvelle-Orléans. C’est aussi pour réaliser un vœu de son père qu’elle s’évertuera à jouer en soliste le concerto pour violon de Tchaïkovski. Son destin sera donc déterminé par l’enfant qu’elle a été et qui survit en elle.

CDL :

Votre héroïne est enseignante et L’Élitiste raconte l’histoire d’un lycée français. Pourriez-vous écrire sur un autre monde ?

JCT :

C’est un milieu que je connais bien pour y avoir vécu la majeure partie de ma vie. Je crois que l’univers qui vous est familier est d’une inépuisable richesse. L’enseignement est très proche de l’écriture en ce qu’il requiert un don total de soi à la jeunesse, comme l’écrivain se voue entièrement à son œuvre pour la faire vivre chez ses lecteurs. Adélaïde est une linguiste obsédée par les mots, car c’est par eux qu’elle communique avec ses élèves. C’est une passionnée, en quête perpétuelle d’elle-même et une assoiffée d’amour. Comme la plupart d’entre nous, elle a besoin des autres pour se construire et son évolution personnelle sera aussi professionnelle, dans une voie tout à fait inattendue.

CDL :

Voilà qui est très intéressant et donne envie de lire Loozie Anna. Quel autre projet préparez-vous ?

JCT :

La suite, évidemment.

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L'interview des deux blogueuses passionnées à la barre du blog "Univers livresques": http://univers-livresque.blogspot.fr/

Publié le par christine brunet /aloys

http://univers-livresque.blogspot.fr/

http://univers-livresque.blogspot.fr/

Les blogs littéraires foisonnent sur la toile et je suis toujours à l'affût de commentaires justes et passionnés. Lorsque j'ai découvert la fiche de lecture dédiée au nouveau thriller de Bob Boutique, j'ai immédiatement demandé un interview à Émeline et Maryline qui m'ont toutes les deux répondu rapidement et avec beaucoup de gentillesse.

L'interview des deux blogueuses passionnées à la barre du blog "Univers livresques": http://univers-livresque.blogspot.fr/L'interview des deux blogueuses passionnées à la barre du blog "Univers livresques": http://univers-livresque.blogspot.fr/

 

Pourriez-vous vous présenter, svp ?

E : Je m'appelle Émeline, j'ai 28 ans et j'ai 2 adorables enfants. Nous sommes tous les 3 des mordus de livres.

 

M : Et moi, c'est Maryline, j'ai 33 ans, je suis assistante maternelle et j'ai 2 enfants de bientôt 8 et 4 ans.

 

2/ comment est né cette idée de créer un blog littéraire ?

E : J'ai décidé de créer ce blog pour partager mes lectures et échanger autour de celles-ci. Au début, c'était comme ça, tout simplement, je n'y croyais pas vraiment.

 

M : De mon côté, j'en avais envie depuis bien longtemps mais je ne suis pas une pro de l'informatique et j'avais peur de faire n'importe quoi. Du coup, je me suis mise à chercher une partenaire. Et je suis tombée sur Emeline, j'ai tout de suite aimé son blog et nous avons sympathisé.

 

3/ Vous êtes deux à le tenir : est-ce que ça veut dire que vous avez des goûts littéraires différents ? Deux visions ? Deux approches ?... ce qui expliquerait, en fait, le titre de votre blog...

 

E : Oui, nous avons des goûts littéraires différents, même si sur certaines lectures on se retrouve et là nous avons des visions bien à nous. Nous sommes deux parce que nous nous complétons et que c'est aussi notre force.

 

M : Nous sommes deux pour plusieurs raisons :

- parce que c'est difficile de gérer un blog seul avec tous les partenaires, il faut pouvoir assurer derrière.

- parce que ça ouvre plus de genre littéraires à nos lecteurs. En effet, nous avons des goûts plutôt différents en matière de lecture et ça nous permet de nous ouvrir plus aux partenaires.

 

4/ Combien de livres lisez-vous par an ou par semaine ou...

E : Il me semble qu'on n'avait fait le compte l'année dernière mais je ne me souviens plus. Je dirais que je lis une vingtaine de livres par mois tous genres confondus (Enfant, ados, adulte)

 

M : De mon côté, je dirais entre 120 et 150 livres à l'année en ne comptabilisant que les livres adultes/ados. Je lis une histoire tous les soirs à mon fils mais je ne les note pas.

 

5/ Quel genre privilégiez-vous ? Peut-être aucun ?

E : Avant l'ouverture du blog, uniquement du Fantastique, et puis le blog m'a offert la possibilité de voir autre chose. Depuis je me laisse surprendre.

M : je suis plus tournée vers le thriller, le policier... Mais je lis de tout, j'aime découvrir de nouveaux genres, de nouveaux auteurs... Et je pense que le fantastique, au contraire d'Emeline, est le genre que j'apprécie le moins.

 

6/ Que vous apporte la lecture, le livre...

E : La lecture pour moi est un moyen d'être ailleurs, de ne plus penser au quotidien et de me détendre. La lecture m'a apportée beaucoup dans le passé et encore aujourd'hui...

 

M : la lecture me rend paisible, calme. Je vis à 100 à l'heure donc j'ai besoin de me poser de temps en temps... C'est vraiment vital pour moi la lecture, il me faut toujours un livre à portée de mains!

 

7/ Que cherchez-vous à partager au travers de votre blog ?

E : Tout simplement mon amour pour les livres et la lecture.

 

M : Oui, pareil. Si je découvre des merveilles, je veux en faire profiter les autres... Et les lecteurs nous font partager leurs découvertes aussi et ça, c'est génial. Et puis j'avoue que j'ai rencontré des auteurs formidables, des lecteurs super sympas...Bref, ça me permet de rencontrer des gens que je n'aurais jamais rencontrés si je n'avais pas le blog!

 

8/ Est-ce que vous écrivez aussi ?

E : Oui, j'écris car j'en ai besoin, mais je ne pense avoir aucun talent.

 

M : oui, j'ai toujours écrit, et je pense que j'écrirai toujours... C'est important pour moi l'écriture, j'écris tout le temps. J'ai déjà gagné des concours de nouvelles, ça m'avait fait tellement de bien. Mais je suis loin de devenir une romancière, j'écris parce que ça me fait du bien.

 

9/ Vos auteurs préférés ?

E : Aucun en particulier, chaque auteur est différent et m'apporte quelque chose de différent. Cependant, récemment j'ai découvert une Auteur éditée que j'apprécie beaucoup et qui a un talent fabuleux : Sonia Dron. J'en profite pour lui faire un petit clin d’œil.

 

M : Je suis une fan de Musso, Lévy, Legardinier, Thilliez ou encore Coben. Mais récemment, j'ai découvert Constantine et Ledig et j'avoue que j'en suis devenue fan! Et encore plus récemment, une nouvelle auteur est arrivée dans ma vie : Elina Sorbier. Et je suis déjà fan!!!

 

Autre question : comment lisez-vous ? (dans n'importe quelles conditions, le soir, etc.)

E : je lis la journée quand j'ai le temps, mais surtout le soir, je ne peux m'endormir sans lecture. Le principal c'est que je sois au calme.

 

M : j'ai la chance d'être à la maison par mon métier (assistante maternelle), donc j'ai du temps pour lire la journée. Je lis partout et tout le temps, dès que j'ai un moment, même 5 min. Je suis capable de lire dans n'importe quel endroit, l'important c'est que j'ai mon livre sur moi à tout moment (toilettes, file d'attente, voitures, embouteillage...). Quand je suis chez moi, j'adore est dans mon transat ou mon canapé, et le soir je lis au lit.

 

Donnez-moi une phrase qui définirait le mieux votre blog.

E : un endroit simple et convivial où chacun peut découvrir un nouvel univers

 

M : "le partage permet l'ouverture"

 

Comment voyez-vous évoluer votre blog ?

E : je suis quelqu'un de simple et sans prétention et e n''ai jamais réfléchi à la question. Je me laisse porter par les rencontres et on verra où ça me mène...

 

M : on ne peut jamais prévoir l'avenir comme ça, surtout quand on n'en est pas maître. Ce sont nos lecteurs qui font vivre le blog, sans eux, il n'est qu'une page. Dons on va faire en sorte de les satisfaire toujours plus chaque jour.

 

Au fait, qui a choisi le visuel ???

E : le visuel a été conçu par Alex,un ami, mais sinon nous les validons à 2.

 

M : oui, nous nous concertons pour savoir comment faire évoluer le blog au niveau du visuel, et Alex nous aide et et il conçoit.

Publié dans interview

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"PLURIEL ET MULTI-FACETTES: BOB BOUTIQUE AU SERVICE DE LA PASSION", un interview signé Sylvie Godefroid pour la SABAM

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.sabam.be/fr/sabam/pluriel-et-multi-facettes-bob-boutique-au-service-de-la-passion

http://www.sabam.be/fr/sabam/pluriel-et-multi-facettes-bob-boutique-au-service-de-la-passion

"PLURIEL ET MULTI-FACETTES: BOB BOUTIQUE AU SERVICE DE LA PASSION", un interview signé Sylvie Godefroid pour la SABAM

PLURIEL ET MULTI-FACETTES: BOB BOUTIQUE AU SERVICE DE LA PASSION

Bob Boutique est un touche-à-tout. Un homme multi-facettes dont le dénominateur commun n’est autre que la passion. L’auteur s’enflamme, s’anime, pousse des portes ouvertes, bouscule et bascule mais s’investit dans ce qu’il entreprend. Et si vous ne me croyez pas, il vous suffit de lire le résumé d’une rencontre où la langue de bois n’a pas sa place.

Qui est Bob Boutique en quelques qualités et en quelques défauts ?
« Un petit libraire de Schaerbeek (Bruxelles) qui a décidé comme ça, sans raison particulière, qu’il pourrait lui aussi se mettre à écrire comme tous ces auteurs qu’il vendait dans les rayons de son magasin (inutile de commenter avec des jeux de mots sur mon nom qui n’est pas un pseudo, je les entends depuis des décennies...). A cette époque, je n’avais aucune idée de ce qu’était l’édition et mon entourage à qui j’avais annoncé ma décision s’est gentiment marré. Comme quoi, la persévérance finit toujours par payer. Donc : obstiné, têtu et bosseur. Côté défaut et je comprends que cela puisse parfois agaçer certains : passe son temps à enfoncer des portes ouvertes et à faire beaucoup de vent ! Pas très policé non plus. Peu mieux faire »

Après deux recueils de contes bizarres et un premier roman, tu te lances dans un thriller. 2401, c’est quoi ?
« « Les dix petites négresses » était déjà une sorte de thriller, mais limité à 150 pages. Ici, j’ai enfin osé publier un vrai grand thriller comme ceux qu’on voit en tête de gondole dans les grosses librairies, mais je ne pourrai pas te le résumer, hélas ! Le moindre mot, la moindre indication risquerait de déflorer l’histoire très très spéciale ! La seule question qu’on puisse poser « est-ce vraiment possible » ? Une seule réponse : « Oui, ce l’est ! » Faut lire. Vous verrez, c’est surprenant »

Quelles sont tes influences littéraires ? Comment et pourquoi te lances-tu dans un projet d’écriture ?
« Stephen King sans hésiter, mais aussi ma grande copine Christine Brunet qui devient, à mes yeux, une des rares femmes spécialisées dans le thriller en France. J’ai toujours aimé raconter des histoires, d’ailleurs mes textes ressemblent plus à du journalisme et du langage parlé qu’à ce qu’on considère généralement comme de la littérature »

Te considères-tu comme un écrivain ? Quand l’est-on vraiment ?
« Avec mes bientôt six années d’expérience dans le monde de l’édition, je puis te répondre oui, sans hésitation. Pour moi, un écrivain ou une écrivaine, c’est quelqu’un qui publie chez un vrai éditeur (donc qui a passé le cap d’un comité de lecture) et bosse, c'est-à-dire, publie un livre chaque année, comme un artisan. Le reste, qu’il soit connu ou reconnu, apprécié ou non des cénacles, vendeur ou pas, c’est moins important et de toute façon subjectif. Un seul critère ne ment jamais : celui du lecteur qui a aimé ou pas et recommande le livre suivant. Ou pas »

Libraire, administrateur des Editions Chloé des Lys et fondateur d’ACTU-tv, tu as une vie artistique chargée. Quelle est la casquette sous laquelle tu te sens le plus à l’aise ?
« Les trois, sauf que je ne vais plus tenir cette librairie très longtemps. Un, parce que ce n’est plus vraiment nécessaire et deux parce que cela me bloque dans la « boutique » six jours sur sept de sept à sept et que ça commence à bien faire. Mais bon, c’est elle qui nous a permis d’en sortir plus ou moins bien dans la vie et je ne regrette rien. Chloe des Lys est une expérience passionnante qui m’a permis de rencontrer des gens passionnants et je compte bien continuer, pas du genre à lâcher au premier ennui, quant à ACTU-tv, nous l’avons créé parce que personne à la télé (la grande) ne s’intéressait à nous, tout simplement. On s’est dit : « puisqu’ils n’ont pas envie de nous voir, on va la faire nous-même cette télé » ! Et là aussi, la persévérance finit par payer puisqu’on tourne désormais entre 12 et 15.000 podcasts par émission. Quand je pense qu’il y avait douze téléspectateurs pour notre première émission en février 2010 »

La SABAM vient d’ouvrir, en 2015, des bourses d’aide à la création et à l’édition. Quel regard portes-tu sur cette forme de soutien ?
« Franchement, je n’y crois pas trop, disons que c’est le mot « bourse » qui m’énerve. Chacun doit réussir avec ses propres forces, on peut être aidé bien sûr et prendre conseil, mais pas recevoir de l’argent. Je vais me faire des ennemis, mais je n’aime pas trop les subsides qu’ils viennent de l’état ou d’un organisme comme le vôtre. Il y a dans le monde artistique trop de glandeurs qui comptent sur ces aides pour créer des œuvres. Je suis de la vieille école : si tu veux obtenir quelque chose, commence par donner et si tu es un artiste, prouve-le. On coupe, on coupe pas ? »

Quel regard portes-tu sur l’édition professionnelle aujourd’hui ?
« Positif. Avec ACTU-tv j’ai rencontré des dizaines d’éditeurs belges. Une partie d’entre eux s’en sortent parce qu’ils sont retraités ou ont d’autres moyens de subsistance mais d’autres réussissent à en faire une profession, comme Luce Wilquin par exemple. Parce qu’ils sont prudents, savent gérer et ont une vraie exigence de qualité. C’est un monde qui change très vite ! Je sais que cela ne va pas plaire, mais je crois que l’édition numérique va finir par prendre le pas sur le livre papier et que l’avenir de l’écrit passera par un Amazone à la belge, avec des fichiers ou des livres imprimés à la commande. En clair, le livre n’existe pas encore avant qu’il ne soit commandé. La SABAM pourrait, selon moi, jouer un rôle important dans cette évolution, plutôt que d’offrir des bourses car les grandes librairies n’arriveront pas à travailler de concert pour arriver à un tel résultat. Enfin, c’est mon impression. Si vous êtes intéressés je suis prêt à vous offrir mes services ! Chez Chloe, nous sommes parvenus à créer le processus de A à Z, avec nos propres forces et sans l’aide de bureaux d’ingénieurs informatiques, donc pour 0 euro et 0 cent ! Actuellement on vend très peu par ce canal, mais l’outil est là et fonctionne. Un autre job que la SABAM devrait prendre en main, c’est la création d’une vraie présence littéraire belge à la Grande Foire de Bruxelles de Tour et Taxis. Les éditeurs belges sont trop indépendants et occupés pour le faire. Je ne parle pas d’un stand SABAM, à mon avis peu efficace, mais d’un véritable espace interprofessionnel. Bon, facile à dire ! »

Quels sont tes projets à moyen et long terme ?
« Ben ça tombe sous le sens, continuer à écrire, essayer de le faire savoir et pousser, pousser et encore pousser, pour qu’ ACTU-tv s’installe sur la place médiatique littéraire du pays. Nos auteurs en ont vraiment besoin »

Un nouveau texte en préparation ?
« Evidement, un écrivain, ça doit écrire et si une année c’est un peu moins bon, on veillera à ce que l’année suivante ce soit au top. J’en suis la phase documentation en espérant que le comité de lecture de Chloe des Lys l’accepte, car jusqu’à présent tous mes manuscrits ont été refusés dans un premier temps pour fautes d’orthographes et je ne parle pas d’une coquille ci et là, non d’une catastrophe »

Et avec la SABAM ? Tout va bien ?
« Poser la question, c’est y répondre et je me demande vraiment pourquoi tous les écrivains du pays ne s’affilient pas, que ce soit chez vous ou chez vos concurrents moins importants mais tout aussi sérieux. Quand je pense que j’ai payé une seule fois voici quatre ou cinq ans trente-trois euros et que depuis je touche chaque année un chèque appréciable pour mes droits de reprographie… c’est renversant. La SABAM,, vu de l’ extérieur, ça ressemble à une grosse administration mais une fois les formalités passées, on y trouve de vraies personnes, pas des fonctionnaires qui parlent comme des répondeurs téléphoniques mais écoutent, proposent et dynamisent. Et là, je suis admiratif, car comme on dit dans les ministère : bien faire son boulot et même un peu plus, ça ne change rien à la paie de la fin du mois. Donc, oui, tout va bien. Merci »

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"2401", le nouveau thriller de Bob Boutique : un interview à l'image du titre...

Publié le par christine brunet /aloys

Qui ne le sait pas encore ? Bob BOutique vient de publier son secont roman, un thriller au titre biscornu... non étrange qui ne peut qu'interpeller "2401"... Ne me demandez pas ce qu'il cache, j'ai juré le secret à Bob... Donc, motus !

Bien entendu, on ne présente plus Bob Boutique ! Ses "Contes bizarres", son "Dix petites négresses" ont connu un beau succès. Je tiens le pavé entre mes mains et j'en observe la première de couverture, tout aussi mystérieuse que son titre.

J'ai lu le roman de plus de 400 pages, dévoré devrais-je plutôt dire. Un second roman policier (je vous rappelle que "les 10 petites négresses" en était déjà un), mais différent dans son écriture et son approche.

Du coup, j'ai demandé quelques précisions à Bob qui, une fois n'est pas coutume, s'est fait tirer l'oreille... Aurait-il pris le virus du mystère ?? En tout cas, certaines de ses réponses ont été laconiques (c'est le moins qu'on puisse dire) !

Bob, ma première question sera très claire... "2401" est-il un nouveau recueil de contes très bizarres ou un roman policier ???

Un thriller.

Les recueils de contes bizarres, c’est fini. Ca m’a beaucoup amusé et ça m’a surtout permis d’apprendre mon métier… J’ai encore cinq ou six contes dans les tiroirs qui sortiront peut-être un jour ou l’autre, histoire de ne pas gâcher, mais comme ça… sans ambition particulière.

La vérité est que je n’étais pas certain de pouvoir écrire un roman. Avec « Les dix petites négresses » qui totalisent quand même 150 pages, je suis arrivé à me convaincre que si.

Alors j’ai foncé, j’avais un scénar pas possible dans la tête, je me suis assis devant l’ordi et  j’ai tapé, tapé, tapé jusqu’au mot fin pour constater avec étonnement que j’avais rempli 430 pages.

Bon pour être tout à fait honnête, ça été un peu plus compliqué que ça puisque je t’ai envoyé mes épreuves et que tu m’as fait recommencer des chapitres entiers. Mais pas pour modifier l’histoire, non uniquement parce que, ici et là, y avait des trucs trop longs ou pas clairs… je dois avouer que ça m’a parfois cassé les pieds, mais en fin de compte, je reconnais que tu avais presque toujours raison.

Je précise « presque toujours », car tu as voulu modifier ma dernière page et que là,  j’ai dit non. On demandera au lecteur ???

Si tu veux mais cette fin... Enfin, l'auteur crée, il décide pour ses héros, n'est-ce pas ! 

Une cover de plus en plus noire... voulu ?

Ben c’est voulu, et tu en sais quelque chose puisque c’est toi qui me l’a créée ! Le sujet est tellement étonnant et inattendu qu’il fallait trouver une photo qui ne donne pas le moindre indice, sinon qu’il s’agit d’un thriller et qu’on sera, par conséquent,  très loin d’une séquence des télétubbies.

Ceci dit, mes polars ne seront jamais tout à fait noir comme dans tes bouquins et ce pour deux raisons…

Un, je n’arrive pas à écrire dix pages sans glisser une connerie au passage, un peu comme Magerotte. Rien à faire, impossible de rester tout à fait sérieux… "2401" grimpe en intensité et finit un peu comme l’enfer de Dante, mais mes personnages trouveront toujours au passage, même dans les pires moments, une blague pourrie à partager… C’est comme ça.

Deux, je m’attache à mes personnages car ils sont rarement des super héros. Ni d’ailleurs des super méchants… même s’ils font ou participent à des choses horribles, je n’oublie jamais qu’il furent un jour, bons comme mauvais, de petits bébés qui riaient aux éclats dans les bras de leur maman.

Un "rousseau-iste" en quelque sorte… L’homme est bon par nature ??? Donc tu es un optimiste forcené ! Mais tes personnages te ressemblent-ils ? J’en doute ! Ils sont vils, mesquins, intéressés, meurtriers… Ils furent « propres » sur eux jusqu’à ce que tout bascule et révèle leur véritable nature…

L’ homme n’est ni bon ni mauvais par nature. C’est la vie et les circonstances qui en font ce qu’il devient.  Ce n’est pas une source qui s’écoule par gravité de manière automatique et irréversible vers le bas. NON, je crois que nous avons tous un contrôle sur notre devenir…  même s’il existe des atavismes pesants.

Ceci dit, je crois effectivement que chacun de nous peut être parfois vil, mesquin, intéressé, voire meurtrier, oui, et j’ajouterai même qu’il doit forcément y avoir quelque chose de moi dans mes personnages…

Allons jusqu'au bout : roman policier ? Thriller ? Est-ce que ça fait peur ? 

Les deux.

Roman policier, car il y a, dès la première page, une enquête à mener, d’abord pour le lecteur puis par la police… Mais thriller aussi, car plus ça avance, plus ça devient inquiétant, voire limite…. Si je pouvais résumer sans lâcher la moindre info, je dirais « est-ce qu’une telle chose est vraiment possible ? Ben oui, ça l’est ! »

C’est pourquoi je demande instamment, à genoux et les mains jointes, à toutes celles et ceux qui l’auront lu, de ne rien dévoiler à leurs proches et amis, même pas à demi mots… pitié !

Ben il est vrai que ce serait dommage de révéler le scénario tant il est surprenant et… prenant !

 

Comment tu expliques cette évolution littéraire entre "Contes bizarres" et "2401" ?

J’explique pas sinon que j’ai voulu faire comme toi. A force de lire tes thrillers je me suis demandé si je serais capable d’en faire autant. Un peu de jalousie peut-être…

Je crois plutôt que tu aimes relever les défis…

 

Tu me donnerais quelques infos sur l'histoire (parce que ta 4e de couverture ne dit rien du tout) ? D'ailleurs, tu crois que c'est une bonne chose de ne rien livrer aux lecteurs en 4e alors que, justement, les lecteurs choisissent d'acheter un bouquin en lisant le synopsis ?

Non, pas question. Un seul mot, une seule allusion et le lecteur risquerait de perdre le plaisir inattendu du livre… tout ce que je veux bien effleurer, c’est que ça commence mezzo mezzo  dans un petit village des Ardennes, tout ce qu’il  y a de plus mignon, gentil et touristico-convivial…après…2.401 ça peut être le nombre de centenaires belges, le code de la valise samsonite que j’emporte en voyage… faut lire.

Allez, essaie ! Quelques lignes pour émoustiller le lecteur, lui donner ENVIE de lire 2401…

Bon, un seul mini indice : apprenez à calculer.

 Je vous l'avais dit !!! Impossible de lui tirer les vers du nez ! D'accord, donc... Parle-moi des personnages ? Possible ?

Impossible. C’est un roman  choral. Au début, il y a beaucoup de monde qui s’agite, puis ça se décante petit à petit… Toutes et tous sont des gens comme toi et moi, ni plus ni moins et puis… quand ça commence à se corser, chacun réagit comme il peut. C’est dans le chaos que les gens se révèlent.

 

Là, franchement, Bob, tu exagères !

Voyons... 2401 est-il un thriller classique ? Fantastique ? Pour toi, que doit proposer un roman policier ou un thriller aux lecteurs ? 

Classique ?  Probablement pas. Fantastique ? Oui et non car je maintiens… tout ça reste possible. Pour le reste, je ne me pose pas du tout ce genre de questions…  j’ai une imagination débridée et souvent elle fout le bordel dans ma tête… Alors, j’essaie de la tancer, de la modérer… Mais comme c’est une femme, c’est toujours elle qui gagne. Au fond,sous mes dehors de matamore,  je suis une petite chose fragile.

Mouai…Si tu le dis... 

Quelle différence entre les 10 petites négresses et 2401 ? Le rythme ? L’ambiance ? L’écriture ? (le nombre de pages, ok, c’est dit…)

 

Ben, réflexion faite, il n’y en a pas en dehors du nombre de pages… (Pas d'accord : ce roman est encore plus abouti, le rythme plus rapide, plus original que le précédent) le mystère plane sur le bouquin du début jusqu’à la fin et ce n’est que dans le dernier chapitre qu’on commence à deviner l’incroyable… Si vous feuilletez la fin avant de commencer, laissez tomber. Ce livre n’aura plus aucun intérêt.Je suis d'accord, là... Avis aux lecteurs impatients : franchement, ce serait dommage...

Pour le reste, le rythme, le style, l’ambiance… ben c’est moi. Avant d’être un écrivain je suis un conteur et j’écris comme on parle, comme si je te racontais cette histoire à table devant un steak au poivre tout en versant de l’eau minérale… Rien à voir avec Proust ou Marguerite Yourcenar.

Je fais de grands gestes quand j’explique, comme les gens du sud, et je joue toutes les émotions sur mon visage comme un acteur… Suis un peu cabotin, j’aime bien capter l’attention et gaffe… Bien capable ce faisant de renverser ton verre de vin sur ta nouvelle robe ! 

Ca, je n'en doute absolument pas !!!!

 

Pour ceux qui voudraient retrouver l'univers de Bob Boutique en dehors, bien entendu du site d'Actu-TV, un nouveau site est en cours d'élaboration : http://www.bob-boutique.com

Merci, Bob, pour toutes ses précisions ! A te lire encore et encore parce que je sais que tu en as déjà un autre en tête ! 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans interview

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La patate bouquine, le blog d'une passionnée !

Publié le par christine brunet /aloys

Supprimé pour causes techniques

Publié dans interview

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Didier Fond présente son nouveau roman "La maison-Dieu"

Publié le par christine brunet /aloys

Didier Fond présente son nouveau roman "La maison-Dieu"

Le titre m’intrigue : La Maison-Dieu, c’est quoi ? Un couvent ?

Ca l’a été, bien avant le début de l’histoire. Mais ce n’est à présent qu’une grande maison bourgeoise construite sur les ruines de l’ancien couvent et située en haut d’une falaise. Apparemment, elle n’a rien d’inquiétant si ce n’est effectivement son nom.

Je sais que c’est le nom de la seizième lame du jeu de tarots. Mais pourquoi avoir choisi ce nom ?

Parce que sa symbolique correspond parfaitement à ce qui se passe dans le roman : destruction d’une famille, destruction d’une personnalité et d’un psychisme… Tout cela n’est pas bien gai, c’est sûr. Si on regarde attentivement la carte, on s’aperçoit que la signification est claire : le dessin représente une tour foudroyée par un éclair venu du ciel. Deux personnages apparaissent, l’un en train de chuter du haut de la tour décapitée par l’éclair et l’autre gisant au pied de l’édifice. Une pluie de ce qui pourrait être des grêlons, ou des charbons ardents accompagne le cataclysme.

J’y vois une référence à l’Apocalypse décrite par Saint-Jean, l’anéantissement par Dieu du monde terrestre. Il n’est pas difficile après de passer de ce macrocosme au microcosme qu’est l’univers de Camille, l’héroïne, univers qui se délite petit à petit autour d’elle jusqu’à la catastrophe finale.

D’où t’est venue l’idée de ce troisième roman ?

En ce qui concerne l’idée même, franchement, je n’en sais rien. Je crois que c’est une conjonction de plusieurs influences de romans lus dans ma jeunesse dont l’un était La Terrasse des Bernardini de Suzanne Prou. En fait, le tout premier jet remonte à 1976 : il y avait déjà la falaise, la maison isolée et un mystère qui planait sur ses trois occupantes. Mais l’histoire était d’une incroyable complexité, avec des éléments invraisemblables, bref, cela ne valait pas grand-chose. J’ai mis mon petit cahier dans un tiroir puis quand j’ai déménagé, je l’ai jeté. Mais je n’avais pas oublié ce décor un peu étrange et mes personnages. Bien des années plus tard, j’ai imaginé la trame de La Maison-Dieu en reprenant ce décor et en transformant complètement les personnages.

As-tu rencontré des difficultés pour écrire le roman ?

La difficulté a été de choisir un mode de narration. J’ai opté finalement, sur les conseils d’une amie, pour une alternance de points de vue. On pourrait dire que c’est un roman polyphonique dans la mesure où trois voix se font entendre : celle de Camille, l’héroïne, celle de sa grand-tante Henriette et celle du narrateur omniscient. Les deux premières demandaient une caractérisation de leur voix ce que j’ai grosso modo fait, en essayant de leur trouver un style à elles ; ce n’est toutefois rien comparé au roman qui va suivre La Maison-Dieu et qui, lui, est vraiment polyphonique. Mais on verra ça quand il aura été référencé à son tour…

On peut quand même connaître le titre de ce quatrième roman ?

La Ballade des dames à poussette…. Ou « comment devenir encore plus riche qu’on ne l’est en jetant sa morale par-dessus les moulins »… Je crains que tout le monde n’apprécie pas ce genre d’humour…

Finalement aucun de tes ouvrages ne ressemble au précédent ?

C’est exact. J’aime bien varier les sujets et les atmosphères sinon le genre. Grand-père va mourir se concentre sur les conséquences d’un événement survenu dans la jeunesse du héros, L’Annonciade est un roman policier sans enquêteur, et La Maison-Dieu est plutôt la peinture d’une personnalité qui se déconstruit peu à peu sous l’influence du passé, sans la nostalgie que l’on trouve dans Grand-père va mourir. Je crois que cette diversité correspond à la fois à mes goûts littéraires et à ma propre personnalité. Après tout, je suis né sous le signe des Gémeaux, signe double et signe de la mobilité par excellence, voire de la double personnalité.

Après les cartes, l’astrologie… Aurais-tu un petit côté irrationnel ?

Un peu, je l’avoue. Je ne crois cependant pas dur comme fer aux cartomanciennes et aux astrologues, loin de là. Les français sont réputés pour être cartésiens, ne l’oublions pas ; de plus, nous sommes les enfants des Lumières, donc supposés être très rationnels. Mais finalement, il n’est pas plus absurde de croire que les astres nous influencent que de croire en un Dieu dont strictement rien ne prouve l’existence… Ce n’est qu’une question de foi et de recherche d’explication à des problèmes dont la solution nous dépasse encore. Et puis les gens totalement matérialistes et rationnels deviennent ennuyeux, à la longue… Il leur manque un petit coin d’ombre que je trouve très attirant.

En guise de conclusion ?

C’est évident : courez vite acheter La Maison-Dieu avant que le livre ne soit en rupture de stock…

Extrait des premières pages :

C'était un joli petit village, aux toits colorés, blotti à l'ombre d'une falaise au pied de laquelle coulait une rivière. En été, seul un mince filet clair, qui permettait à peine de se mouiller les pieds, se prélassait paresseusement sur son lit de cailloux bruns. Mais au printemps, l'eau descendait furieusement des lointaines montagnes, impétueuse, torrentueuse, et le courant charriait parfois des branches arrachées aux arbres qui bordaient les rives. La rivière grondait comme un animal en colère et se ruait à l'assaut de la falaise, ennemi séculaire qu'elle s'obstinait à vouloir vaincre, mais qui la repoussait, invulnérable, forte de son implacable détermination. Quelquefois, la fureur des eaux était si intense qu'elles parvenaient à arracher à ce mur vertigineux et presque lisse quelques pierres qui s'effondraient avec un bruit clair dans le torrent. Le rugissement qui accueillait cette semi victoire faisait froncer les sourcils des habitants du village. Tiens, des rochers viennent de dégringoler. Constat banal, qui n'émouvait personne. La blessure n'était jamais profonde. En aucun cas, même dans ses pires moments de démence, l'eau n'était capable de menacer la vie de son adversaire. La falaise gardait cependant des cicatrices de ces combats antérieurs, acharnés mais inutiles. La rivière devait s'avouer vaincue, et tout en hurlant d'une rage impuissante, contournait cet obstacle et s'élançait vers les gorges des Roches Noires, toutes proches, dans lesquelles elle s'engouffrait avec un bruit effrayant. Très étroites, les gorges renvoyaient l'écho de ce pandémonium qui se déchaînait entre les parois sombres et sinistres. La rivière atteignait ici le summum de sa puissance et de sa folie. Nul être vivant, bête ou homme, n'aurait osé s'aventurer dans les Roches Noires et braver les clameurs de cette armée de démons. Quelques kilomètres plus loin, à la sortie des gorges, le courant s'apaisait enfin, l'eau, épuisée, se calmait ; au tumulte précédent succédait un murmure reposant tandis que la rivière s'étalait dans son lit, large, profond, et se dirigeait vers la ville toute proche.

Le village n'avait jamais été menacé par les colères du torrent. Il était bâti sur sa rive gauche et en surplombait le cours. Au moment des grandes crues, seule la route qui montait à la Maison-Dieu était coupée. Mais comme il y avait des années que plus personne n'habitait cet ancien couvent, la vie quotidienne n'en était en aucune façon bouleversée. Chaque année, le pont qui enjambait la rivière et permettait ainsi de s'engager sur le chemin qui menait au sommet de la falaise subissait des dommages plus ou moins importants. Un jour, il va finir par s'effondrer, disait-on, indifférent à ce futur cataclysme. Qui pouvait avoir envie de grimper là-haut à part quelques touristes, ceux que le village voyait débarquer à partir du mois de juin ?

Ce petit bourg comptait environ deux mille cinq cents âmes (nettement plus pendant l'été), et il étirait ses maisons autour de la place centrale, toute ronde. Il avait été construit en cercles concentriques et chaque rue transversale ramenait les promeneurs sur la place, véritable cœur et poumon du village. Il y avait peu de commerçants, suffisamment cependant pour permettre aux habitants de se nourrir et de verser leurs économies sur leur compte au Crédit Agricole dont l'agence, flambant neuve, se trouvait dans la Grande Rue, qui s'ouvrait à la gauche de la papeterie bureau de tabac et, tournant le dos à la falaise, s'élançait vers la plaine, devenant, une fois les dernières maisons franchies, une route tortueuse qui descendait à la rencontre de la nationale, celle qui permettait, après bien des efforts, d'atteindre la vallée du Rhône.

Du haut de la falaise, quasiment verticale, un à pic profond de près de cent mètres plongeait vers la rivière, sans offrir la moindre prise pour s'accrocher en cas de chute. On se souvenait encore de l'accident qui avait eu lieu cinq ans auparavant : deux malheureux touristes avaient perdu l'équilibre et s'étaient écrasés en bas, sans avoir eu une seule chance de salut. Ce drame avait vivement ému le village ; il avait été question de ceinturer le haut de la falaise d'une barrière, pour empêcher que de telles tragédies se renouvellent. Et puis, on avait eu d'autres soucis, d'autres problèmes à régler, et on s'était contenté de planter une pancarte indiquant que les bords du gouffre étaient dangereux à cause de leur instabilité, et qu'il ne fallait pas s'approcher trop près. On avait estimé que l'avertissement était suffisamment clair, et qu'après tout, si les gens ne voulaient pas le lire, ils étaient bien libres de finir en cadavres sanguinolents au fond de l'abîme.

Didier Fond

fonddetiroir.hautetfort.com

Didier Fond présente son nouveau roman "La maison-Dieu"Didier Fond présente son nouveau roman "La maison-Dieu"

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Jana Rehault : "Quelqu’un a dit qu’il n'y a pas trente-six façons d’écrire, il y en a trente-six mille. Je pense que c’est aussi valable pour la définition de l’écriture."

Publié le par christine brunet /aloys

Janna Rehault, une voyageuse, une auteur de SF, une auteur qui titille notre imagination et notre curiosité depuis plusieurs mois avec des extraits de son roman "La vie en jeux". Même le titre surprend. Je ne pouvais que lui demander de répondre à quelques questions ce qu'elle a fait avec rapidité, réactivité et... créativité !

 

Tu te présentes succinctement ?

Je suis Janna ; j’ai 35 ans, je viens du Kazakhstan (l’ex-URSS). Ça fait 12 ans que je vis en France. J’ai fait des études en Sciences Po. Je travaille essentiellement dans l’humanitaire ; sinon, je fais de la traduction et donne des cours de russe.

 

Tu voyages beaucoup : est-ce que ton écriture et ton univers s'en ressentent ?

Je dirais que mon écriture s’en ressent indirectement, dans le sens où je ne parle pas des voyages dans ce que j’écris (mais je compte le faire dans mon prochain roman) ; ça serait plutôt l’expérience de vie que j’ai acquis en voyageant - la rencontre avec d'autres cultures, la connaissance des modes de penser et de vivre différents – qui a influencé mon écriture.

 

Ecrirais-tu différemment si tu étais restée dans ton pays natal ?

Je crois que j’aurais le même style ; par contre, les sujets et les personnages ne seraient pas tout à fait les mêmes. Et certainement, mes points de vue sur beaucoup de questions seraient très différents de ceux que j’ai aujourd’hui. Je pense que j'ai vraiment la chance d'avoir deux cultures : cela a beaucoup élargi ma vision des choses.

 

Définis le mot écriture (ta déf, hein)

Quelqu’un a dit qu’il n'y a pas trente-six façons d’écrire, il y en a trente-six mille. Je pense que c’est aussi valable pour la définition de l’écriture. Pour moi, elle dépend surtout des raisons pour lesquelles on écrit. Ça peut aller d’un simple  plaisir d’inventer des histoires à une sorte de thérapie libératrice. On n’écrit pas tous pour les mêmes raisons. Pour certains c’est une façon de fuir la réalité ou de se créer son propre monde, pour d’autres  - une possibilité d’exprimer leurs idées ou de faire partager leurs expériences, ou encore un moyen de mieux comprendre soi-même. Et évidemment, la chose que nous avons tous en commun c’est la pulsion créatrice.

 

Définis ton style

Je dirais que mon style est assez minimaliste, dans le sens où je ne donne pas de longues descriptions des lieux ou des aspects visuels des choses. Par contre, j’ai une fâcheuse tendance à plonger dans les réflexions soi-disant « philosophiques ».  J’aime bien argumenter en faveur des points de vue différents, voire opposés, et en général, j’évite de donner un jugement définitif. Je préfère laisser le lecteur construire sa propre opinion.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’ai commencé par compléter ou changer la fin des histoires que je lisais ; j’avais 8 ou 9 ans. Mais pour écrire mes propres histoires, il a fallu que j’atteigne 13 ou 14 ans.

 

Un déclencheur ?

Ma crise d’adolescence. Comme beaucoup, je l’ai  assez mal vécue. Donc, c’était en quelque sorte une échappatoire.

 

Que lis-tu ?

En ce qui concerne la littérature, je lis surtout les classiques du 20ème siècle. Sinon, je lis beaucoup sur l’Histoire, l’art et la philosophie.

 

Un grand merci, Janna, pour ce partage !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

Jana Rehault : "Quelqu’un a dit qu’il n'y a pas trente-six façons d’écrire, il y en a trente-six mille. Je pense que c’est aussi valable pour la définition de l’écriture."

Parle-moi de ton livre

C’est un roman ; le titre est « La vie en jeux ». C’est une sorte d’anti-utopie. L’action se déroule dans les années cinquante du 21ème siècle dans la Fédération Européenne.  A première vue il s’agit d’un meilleur des mondes qu’on peut s’imaginer selon nos aspirations d’aujourd’hui : la violence est minimisée ; les crimes ne se font pratiquement plus ; la vie humaine et les droits de l’homme sont sacralisés ; les maladies sont vaincues par l’ingénierie génétique ; ceux qui subissent une mort non naturelle « ressuscitent » grâce au clonage ; ceux qui subissent des chocs psychologiques se font libérer de leurs traumatismes grâce à la modification de mémoire,  etc. Pas de totalitarisme, ni d’asservitude des hommes par les robots.

En même temps, les gens voient leur vie se déplacer progressivement dans les espaces virtuels dont les prototypes sont des métavers d’aujourd’hui. C’est là que se vit la vie sociale, professionnelle, sentimentale. La plupart des résidents des métavers ne quitte le monde virtuel que par nécessité, pour satisfaire le minimum de leurs besoins vitaux. Ils identifient leur personnalité à leurs avatars dans le métavers, la soi-disant « e-identité », pendant que leur être du monde réel se considère plutôt comme une enveloppe matérielle, un support de leur existence virtuelle. Le non-vivant devient l’objet des affections de l’homme et, grâce aux substituts tels que jeux vidéo, télé réalité, feuilletons, etc., on ne vit que par procuration.

 

Tes personnages ? D'où sortent-ils ?

Certains sont tirés de l’imagination ; d’autres sont inspirés de personnes réelles que j’ai connues. Par ailleurs, beaucoup de mes amis qui ont lu mon roman m’identifient avec mon héroïne principale. Je ne suis pas tout à fait d’accord ; mais il est vrai que c’est surtout à travers elle que j’exprime mes pensées.

Jana Rehault : "Quelqu’un a dit qu’il n'y a pas trente-six façons d’écrire, il y en a trente-six mille. Je pense que c’est aussi valable pour la définition de l’écriture."

Pourquoi avoir choisi un roman qui se déroule dans le futur ? L'anticipation, la SF sont-ils des genres qui ont ta préférence ?

 

  • Oui, j’aime beaucoup les romans d’anticipation. Par contre, je n’ai pas choisi le contexte futuriste par pure passion pour la science-fiction. C’est plutôt un moyen « technique » qui permet de pousser à l’extrême les tendances de la société d’aujourd’hui afin de les remettre en cause.

Quelles idées veux-tu véhiculer via ton roman puisque tu parles "débats philosophiques"

  • Par exemple, l’une des controverses gravite autour de la modification de la mémoire, servant à éliminer les souvenirs traumatisants chez les individus. Son objectif peut paraître judicieux : libérer l’homme des souffrances du passé. En même temps, effacer les souvenirs négatifs n’équivaut-il pas à rétrécir ou réduire sa personnalité ? De même, en ce qui concerne les criminels : dans mon roman on ne les punit plus, on leur modifie la mémoire. On a abolie la tradition carcérale considérée comme inhumaine et inefficace. Cependant, est-ce tellement mieux d’enlever de force les souvenirs à un homme et ainsi l’obliger à être « gentil » ? Le discernement moral ne doit-il pas rester dans le cadre d’un choix libre de l’individu ?
  • D’autres « débats philosophiques" portent sur le clonage et le droit au suicide, sur la réalité virtuelle (est-elle capable de rendre l’homme heureux et remédier à tous les problèmes ?) ; sur l’art (vaut-il tous les sacrifices ? peut-on qualifier d’art celui créé par des machines ?), etc.

Parle-nous de tes personnages : si j'ai bien compris, tu as une héroïne ?

  • Oui, la principale héroïne est Alexandra, une jeune fille qui, suite au clonage de son frère, commence à remettre en question les phénomènes de la société dans laquelle elle vit. En même temps, elle est aussi le produit de cette même société ; et son conditionnement fait qu’elle se perd dans les spéculations purement intellectuelles au lieu de chercher des solutions plus simples et plus directes.
  • Un autre personnage important est son meilleur ami Max. C’est un jeune intellectuel qui se veut profondément humaniste mais qui reste le défenseur le plus ardent de cette société. Défendant les visions complétement opposées, ces deux protagonistes mènent tout au long du roman un duel idéologique. Alexandra dénonce ce qu’elle qualifie de nécrophilie sociale, en parlant de la société où le virtuel ou mécanique devient l’objet des affections de l’homme. Quant à Max, il n’attache pas beaucoup d’importance au mode de vie des gens ; pour lui l’essentiel est qu’ils se plaisent dans leur monde (peu importe, réel ou virtuel) et que rien ne les fasse souffrir.

Pourquoi avoir mis dans ton titre le mot "jeu" au pluriel ?

  • C’est un jeu de mots. Comme les gens dans mon roman passent leur vie dans un monde virtuel, on peut dire qu’ils ne vivent plus, ils ne font que jouer la vie. Par conséquent, la vie réelle se trouve rétrécie, et l’essence même de la vie est en jeu.

Allez, pour la conclusion, tu nous livres le synopsis de ton roman ?

  • Comme je l’ai déjà dit, c’est une sorte d’anti-utopie qui a lieu dans les années cinquante du 21ème siècle.
  • Plusieurs actions se déroulent simultanément. L’une d’elles commence par la participation de la principale héroïne Alexandra au mouvement des biophiles. Ce mouvement rassemble des jeunes « rebelles » autour d’un suicidaire Ruud qui réclame un droit de ne pas être cloné en cas de suicide. Or dans ce monde, le clonage d’un être humain est obligatoire s’il meurt d’une mort non naturelle. S’en suivent des manifestations, des débats télévisés, un procès et, au final, une décision de tribunal.
  • Une intrigue parallèle concerne la relation d’Alexandra avec son meilleur ami Max dont elle est secrètement amoureuse. Max crée une femme virtuelle qui incarne son idéal féminin et dont il tombe follement amoureux. Jalouse au début, Alexandra apprend que pour créer son idéal, Max s’est servi d’elle comme d’un modèle, c’est-à-dire il l’a programmé en se basant sur le physique et le caractère d’Alexandra. Une question s’impose : pourquoi au lieu de tenter la vraie relation avec la vraie Alexandra, Max préfère-t-il sa copie numérique ? Par timidité ? Ou bien, parce qu’il est incapable d’aimer une femme réelle, et ne peut s’attacher qu’aux entités virtuelles?
  • En même temps, le frère d’Alexandra (avec qui elle est extrêmement proche) se fait cloner après sa mort survenue suite à un accident. Alexandra se voit partagée entre l’amour pour son frère et une animosité envers son clone. Elle ne parvient pas à accepter ce dernier en tant que frère mais s’accroche à l’espoir que son frère continue à exister à travers son clone. La barrière psychologique qui les sépare depuis, l’empêche d’aborder le problème directement et l’incite à chercher des moyens détournés. C’est donc dans l’espace virtuel que leurs retrouvailles devraient avoir lieu.

Publié dans interview

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