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interview

Jacques DEGEYE : "j'écris toujours contre"

Publié le par christine brunet /aloys

Jacques Degeye

 

 

 

« Ce soir-là, il faisait froid. Glacial.

Et si personne ne mettait le nez dehors ?

Le premier entra. Du baume au coeur : je ne serais pas seul !

La salle se remplit.

Les lecteurs n'étaient pas engourdis.

Mieux : ils répondaient à mon appel.

J'allais leur donner des raisons d'espérer. »

 


Ce jour là ? C'était le 10 décembre à Rochefort... Une présentation de son livre "Délivrance" devant les lecteurs/auditeurs de la bibliothèque communale.

Il va y parler de sa démarche d'auteur et du sujet du livre : la mort volontaire.

J'aurais bien aimé y être...

Allez, je m'imagine les lieux, les gens, l'ambiance... Le suicide... Drôle de sujet qui met mal à l'aise... Alors, je me concentre et je cherche à comprendre. Il arrive et les conversations cessent. Il se présente brièvement puis commence par répondre à une question que tout le monde se pose...

Pourquoi avoir choisi un sujet si noir alors que l'on vit dans un mode si troublé ?

 

 En premier lieu, je veux lutter contre l'oubli.

 

            Le suicide n'a plus mauvaise presse. Il ne suscite plus ni la réprobation générale ni la honte. Mais méfions-nous de l'eau qui dort ! En vérité, le suicide continue de nous déranger et de nous choquer. Pourquoi ? Parce qu'il contredit une de nos valeurs de base : la vie. La vie en elle-même est une valeur et une valeur précieuse, chacun le sait. La mort sous toutes ses formes nous fait horreur, et c'est bien naturel. La mort volontaire, davantage encore, parce qu'elle est considérée comme une chance perdue, un gâchis.

 

            De plus, nous assimilons un homme ou une femme qui se suicident avec leur geste fatal. Et si nous ne réagissons pas de cette manière, à tout le moins nous donnons un sens à leur vie et même à leurs réalisations ou à leurs écrits en fonction de l'acte final. Le suicide devient alors leur signature.

 

            C'est cette tendance que j'ai entrepris de combattre, en partie dans Meurtre en Ardenne et entièrement dans Délivrance. Je veux garder la mémoire de toutes ces personnes qui n'ont pas démérité, qui ont beaucoup donné, qui ont souffert et qui se sont estimées souvent incomprises.

 

            Je dédie cette présentation à la mémoire d'un proche – un collègue qui s'est donné la mort, il y a quelques années. Je la dédie également aux autres désespérés. Je la dédie enfin aux centres de prévention qui sont à leur écoute et qui essaient de leur rendre des raisons de vivre.

 

 En deuxième lieu, ce livre et les précédents, Le monde de Jonathan et Meurtre en Ardenne, témoignent de mon affection pour mes personnages.


 

            Rien d'original à cela, me direz-vous ! Tout auteur a de la tendresse pour ses personnages. À cette différence près qu'ici, il s'agit de personnages dont la douleur, à un moment donné, fut très aiguë. De personnes victimes de compulsion, d'anorexie mentale, d'angoisses, frappées d'une solitude extrême, atteintes dans leur honneur. De personnes qui sombrent dans un alcoolisme suicidaire ou dans d'autres addictions fatales. Victimes d'elles-mêmes, de leur famille, de leur clan, voire de la société.

 

            L'existence de ces personnes et des personnages de fiction  qui finissent par sehttp://www.bandbsa.be/contes2/delivrancerecto.jpg confondre, tant la vie est un roman – reste une énigme. Un roman ou des nouvelles n'expliquent rien. Ce n'est pas leur mission. Ils décrivent, tracent des portraits, posent des questions.

 

            Tous mes personnages sont des êtres débordant de désirs et de talents, des êtres pleins de vie. Ce sont également des êtres complexes et leur comportement est souvent ambivalent. Il y a ceux que vous connaissez, mais que vous découvrirez autrement : Romain Gary, Romy Schneider, Marilyn Monroe, Diane Arbus, Ernest Hemingway, Virginia Woolf, Vincent Van Gogh... et bien d'autres. Il y a ceux que vous ne connaissez pas encore : mes personnages de fiction : Alexia, Alban, Stephen George, Patty Schoenberg, Michael Appelbaum, John Middleton, etc... Enfin, ceux qui se situent entre fiction et réalité.

 

            Vous les découvrirez à travers leur langage propre. Délivrance privilégie le style direct, celui du théâtre et des romans.Avec humour et ironie. Rien de mortifère donc.

 

3- L'écriture requiert d'avoir tous les sens en alerte. Le premier est la vue. Mais c'est plus que la vue.


             Plus que la vue, c'est la visionplus exactement une vision. En d'autres termes,une façon de percevoir le monde.

 

            Deuxièmement, c'est une représentation imaginaire, une hantise, celle d'un monde qui est à la croisée des chemins et qui pourrait chavirer. C'est le sens de ma dernière nouvelle. Il y a dans cette nouvelle, qui s'intitule Patty Schoenberg, du nom de son héroïne, tout à la fois la description d'un monde en perdition et des raisons d'espérer.

 

            Ici, j'associe des personnages historiques à des personnages de fiction. Peut-être est-ce ma marque de fabrique ? Celle d'un romancier qui n'en demeure pas moins historien.

 

            Cette mixité-là, que j'assume, s'accompagne d'une mixité des genres : nouvelles, poésie, roman. La littérature est hybride. C'est une richesse plutôt qu'un appauvrissement.

 

            Enfin, il y a une continuité entre les histoires racontées dans le présent recueil. Cela signifie que des personnages réapparaissent dans d'autres parties du livre et qu'ils nous apportent d'autres éclairages.

 

4- "Le pourquoi du pourquoi" : les causes premières des suicides.

 

 

            À la lecture des écrits intimes de Marilyn MONROE, qui viennent d'être publiés en octobre dernier dans 14 pays (les Éditions du Seuil pour le monde francophone), on devine comment l'actrice en est venue à se suicider. À moins, bien sûr, que l'on penche pour la thèse du meurtre, ce que d'aucuns défendent non sans arguments.

 

            Quelques mois avant sa mort, le 8 juin 1962, Marilyn avait quitté le tournage deSomething's Got to Give, un film de George Cukor, qui est resté inachevé à la suite de la mort de l'actrice.

 

            Marilyn a gardé les stigmates de son enfance, une enfance sans père et la plupart du temps sans mère, une enfance triste. Elle s'était mariée à l'âge de 16 ans pour échapper à l'orphelinat. Elle est restée cette enfant peureuse, angoissée.

 

            Son autre face, ce sont ses rôles au cinéma. Elle a tout donné dans l'interprétation de ses personnages. Pour se perfectionner, elle qui était une autodidacte, elle a suivi les cours privés de Lee Strasberg et ceux de l'Actors Studio de New York. C'est justement Lee Strasberg qui avait tenu les propos suivants en sa présence : « il n'y a que la concentration entre l'acteur et le suicide. » Or Marilyn perdait toute concentration lorsque la caméra entrait en action : « Alors je me sens comme si je ne faisais plus du tout partie de l'humanité », (Fragments, p. 217.), écrit-elle à Lee au début de l'année 1956.

 

            Perdant sa concentration et désertant les lieux de tournage (le travail comme anti-dépresseur puissant), prisonnière de son enfance malheureuse, prisonnière d'elle-même, Marilyn ne pouvait que sombrer. Ce fut la nuit du 5 août 1962. Elle avait 36 ans.

 

            Marilyn n'était donc pas que cette blonde magique, cette femme sulfureuse qui fait  fantasmer les hommes. Elle s'interrogeait sans fin sur elle-même. Elle lisait. Elle écrivait aussi, ce que beaucoup ignoraient. Ses textes révèlent sa vision poétique du monde, sa grande lucidité sur elle-même, jusqu'à la mésestime... et sa fragilité.

 

            André MALRAUX écrit très justement dans La Voie royale : « Celui qui se tue court après une image qu'il s'est formée de lui-même : on ne se tue jamais que pour exister. » Image de soi, soif de reconnaissance, recherche incessante de sa liberté.

 

Voilà, sa présentation s'arrête, les questions naissent... J'aurais bien aimé être présente, ce jour-là, à cette séance... Du coup, je lui pose trois petites questions qui me trottent dans la tête... Je me lance, je lève le doigt, il me donne la parole...

Pourquoi avoir choisi la nouvelle et la poésie plutôt que le roman, par exemple ?

Le genre littéraire de LA NOUVELLE a beaucoup évolué. Ce n'est plus seulement un petit roman en condensé. " Délivrance " suit certains personnages d'une nouvelle à l'autre, parfois à plusieurs nouvelles de distance, de telle sorte que l'inconvénient de la nouvelle, à savoir d'être un roman en raccourci et donc de frustrer le lecteur, n'en est plus un. Alors, pourquoi la nouvelle et pas un roman, me diras-tu ? Simplement, dans le cas de Délivrance , la nouvelle s'est imposée à moi.
 
LA POESIE s'est également renouvelée. En réalité, elle est en perpétuel mouvement ! Et associer la poésie à la nouvelle m'a semblé être une bonne chose.

Pourquoi écris-tu ?

 
POURQUOI J'ECRIS : pour moi, c'est toujours un combat.
J'écris toujours " CONTRE ".
Ce n'est pas bien, n'est-ce pas ? Mais c'est ainsi ! A noter que je n'ai pas écrit contre le suicide, dans le cas présent ! Mais CONTRE l'idée que nous nous faisons du suicide et surtout des suicidés, même sans le vouloir.
Je n'ai plus rien à ajouter... Je baisse le doigt... Il ne me reste plus qu'à enter à pieds joints dans "Délivrance"...

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
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www.aloys.com

 

 

Publié dans interview

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Jean-Jacques Manicourt : " La poésie relève de la trouvaille, du mot d'enfant." "

Publié le par christine brunet /aloys

 9782874593253_1_75.jpgPourquoi devient-on écrivain et pas peintre ou musicien ? Le talent, me direz-vous... Un talent différent... Vraiment ? 
 L'un aime le mot, s'en sert comme le sculpteur se sert d'un ciseau ou le peintre d'un pinceau... L'amour de la matière première... Voilà le catalyseur de tout acte créatif... Mais il y a ce petit plus invisible, insaisissable mais que l'on ressent en filigrane... 
 
 Jean-Jacques Manicourt est l'auteur chez Chloé des lys de "(Amour) Haine" et "Lettre à Renée"... Il accepte de répondre à mes interrogations... 
 
 Depuis quand écris-tu ? 
 
 J'écris depuis mon premier chagrin d'amour, ce qui laisse à penser que l'écriture, pour le coup, était une sorte de travail de deuil. Ou, pour le dire autrement, parce que les femmes m'y conduisent. Il y a là un réel indicible, un roc incontournable. Etre conduit en écriture par le désir, la beauté, la chair et le sang, c'est, je crois, ce qu'il y a de plus vivant dans l'existence. En somme, écrire c'est continuer à vivre, à désirer. Voilà un premier élément de réponse ; mais je pourrais très bien prétendre demain que les femmes n'y sont pour rien ! 
 
 Ta réponse est plus que concise ! Voyons... Parle-moi de ton univers littéraire. Comment définirais-tu ton style ? 
 Ah, la concision ! J'aime faire court ; au moins quand il s'agit d'écrire l'os de ce que je veux dire. 
 
 Espérant qu'il ne va pas s'arrêter en si bon chemin, je lui repose ma question... Alors, ton univers littéraire ? 

Tu me demandes l'impossible. Je m'explique : mon univers littéraire est presque aussi vaste que l'univers des particules: j'aime lire, et ce depuis fort longtemps. Si on ajoute à cela que j'ai connu la TV noir et blanc....

Mais, tu as raison. Précisons.

Alors je cite en vrac (mais dans le sens noble du terme, comme si je me rendais dans une épicerie fine et non dans une hyper surface):

Michel Tournier - Vendredi ou les limbes du Pacifique
Gustave Flaubert - Madame Bovary
Italo Calvino
Italo Svevo
Daniel Pennac
Donatien Marquis de Sade
Jacques Lacan
Monpassant
Verlaine
Rimbaud
Appolinaire
Molière
Skakespeare
Christian Bobin

Il me faut arrêter là ; la liste est longue et son énumération peut ennuyer. L'univers littéraire, on baigne dedans, comme dans les signifiants avant de se mettre à parler.manicourt-lettre-a-renee-1.jpg
C'est probablement parce que j'ai pris de bons bains de romans, de poésie, de mots singuliers, de phrases à pleurer, à se tordre de rire, à mourir, qu'un jour, je me suis surpris à écrire comme on se surprend à parler après avoir babillé. Paf, en un éclair !!!

Ce que j'aimerais écrire, et qui constituerais mon univers littéraire, si tant est que j'en possède un, c'est un roman dont l'érotisme en filigrane serait insupportable pour qui le lirait. Pour le moment, je babille...

Par ailleurs, tu as vu juste. J'aime ce qui est concis. Le mot avec toute sa chair, saignant. Le mot du désir, pas moins. Ce mot relève de la trouvaille. La vie exige un effort de poésie ; je m'y emploie. En fait, je préfère ma poésie à ma prose.


Tu ne m'as pas parlé de ton rapport avec tes héros... Comment tu les construis, conçois... Y es-tu attaché ou pas du tout. Facile de mettre le point final ou pas ?


Mes personnages se construisent petit à petit, au fil de l'écriture. Selon mon humeur aussi, je suppose. Ils prennent corps dans le rapport qu'ils entretiennent avec le lien social. Si, à un moment donné de l'écriture, je ne les aime plus ou ne les considère plus, c'est une indication pour cesser d'écrire (raison pour laquelle, il y a quelques débuts de roman dans mes tiroirs). En outre, le roman exige du souffle ; il faut que les personnages tiennent la distance. Parfois, je les aime au point de ne plus les quitter, même après le point final. Parfois, je les quitte sans remords sans que je sache pourquoi. 

Qu'est-ce que permet la poésie et ne permet pas le roman et vice versa... Pourquoi préfères-tu la poésie ?

La poésie est plus proche d'une production de l'inconscient. Justement, je m'intéresse aux mots d'esprits, aux rêves, aux lapsus, à tout ce qui achoppe.  J'ai écrit, il y a de cela quelques années, un petit poème qui témoigne de cela

Mon désir courtise tes chairs
Fugace, y loge l'objet précaire
Dans un trou, vaille que coûte
Peu chère, ton image m'envoûte

Mais l'Autre du désir nous aliene
Et la petite bébête, du preste con
 Jusqu'au cerveau lent nous enchaîne
Insuffle à nos corps, les démons.

Je crains déjà de trop expliquer. Au fond, je ne peux pas dire que je préfère la poésie à la prose. 

Je n'ai jamais encore rencontré quelqu'un qui me réponde aussi rapidement ! Du coup, je liste les questions de peur d'en oublier et de tarir sa "confession".

1/ Pourrais-tu me donner une définition... TA définition de l'écriture. Tu as déjà abordé, parlé du sujet, mais j'aurais besoin de quelque chose de plus... concis et de plus précis.

2/ Pourquoi t'intéresser à l'inconscient au travers de la poésie, justement. Dans ton extrait, (prose) tu traites de l'évolution psychologique de ton personnage dans une sorte de monologue. est-ce que la poésie traite de ton état psychologique ?

3/ D'où viennent tes personnages ? Du quotidien, de ton entourage ? Purs produits de ton imagination ?

lettre-a-rene.jpgJe n'ai jamais encore rencontré quelqu'un qui me pousse à en dire plus. Enfin si, une collègue de travail !!!  Elle a raison....le plus souvent.

Définition de l'écriture : effort singulier d'un sujet pour poétiser la vie. 

Je ne peux faire plus concis, et plus con aussi.

 Ce n'est pas que je m'intéresse à l'inconscient à travers la poésie, c'est que la poésie est la manifestation de l'inconscient. 

Alors oui, ma poésie a pour objet l'objet de mon désir.

D'où viennent mes personnages ? De là où je les ai rencontrés. Pour cela, je fais le tour du monde imaginaire, réel et symbolique.
Ainsi Sarkozy dans l'homme qui tua Sarkozy, je ne le connais que par le biais de ses discours (préservez-moi), de ses prestations à la télé (supprimons-la).
Ainsi Renée dans "Lettres à Renée", je l'ai vraiment rencontrée, aimée et haïe; mais ce qu'elle est devenue au fil de l'écriture ne ressemble en rien à ce qu'elle fut réellement.
C'est ce que permet l'écriture: une grande liberté qui confine à celle dont est dotée l'enfance.

Je ne pouvais pas répondre plus vite.

"Ce n'est pas que je m'intéresse à l'inconscient à travers la poésie, c'est que la poésie est la manifestation de l'inconscient. 
Alors oui, ma poésie a pour objet l'objet de mon désir."

Est-ce que tu peux développer, s'il te plaît ? Pourquoi la poésie et pas la prose ?

La poésie relève de la trouvaille, du mot d'enfant. Picasso disait : "Je ne cherche pas, je trouve."   Je crois que la poésie a pour objet cette trouvaille qui se saisit entre un temps d'ouverture un peu miraculeux et un temps de fermeture, d'évanescence. On ne la chercheportrait.jpg pas cette trouvaille, on la trouve avant qu'elle nous échappe. Peut-être qu'être poète, c'est être disponible à ces trois temps.
La prose relève davantage de la construction, même si, à l'occasion, elle peut revêtir les habits de la poésie. Bon, j'ai le sentiment de théoriser quelque chose qui ne doit pas l'être.

C'est un élément de réponse, mais je dois bien t'avouer que, pour n'y avoir jamais songé sous cet angle-là, je suis en peine d'en dire davantage. Pour le moment.....

Travail de l'auteur, des textes, des mots... Travail ou instinct ? L'auteur sent-il lorsque la poésie doit prendre le pas sur la prose et vice versa ? 
Jean-Jacques, ton avis en guise de conclusion ?

Je lui propose donc mon premier jet et voilà sa réponse et voilà sa conclusion qui sera donc la mienne également...

Déjà le premier jet me convient ; c'est en même temps assez proche de ce que je pense et en même temps un peu étranger. Je pourrais  presque dire en guise de conclusion qu'il y a un écart entre l'énoncé et l'énonciation :  de là où j'énonce, c'est précisément là où je suis (un peu) écrivain. Cela ressemble à un aphorisme, et je sens que tu pourrais me demander de développer...


Sûrement, il y a tant à dire... Mais c'est dit, je m'arrête là... pour cette fois...
Vous pouvez retrouver Jean-Jacques Manicourt sur facebook .... http://www.facebook.com/profile.php?id=100000630643817&v=wall


Christine Brunet
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Un interview d'Adam Gray...

Publié le par christine brunet /aloys

Un pseudo qui en dit long sur celui qu'il cache, une citation en figure de proue qui nous propose un peu de son univers et une vidéo...

 
Il ne m'en a pas fallu plus pour demander à Adam Gray un petit interview très indiscret... Toujours mes sempiternelles premières questions... 

Depuis quand écris-tu ?
 
Depuis l'âge de treize ans.

 
Pourquoi ?
 
Mais pour exister, pour reprendre le titre d'un très joli film de Richard La Gravenese avec Hilary Swank (Ecrire pour exister, "Freedom Writers" en VO).

 
Un déclencheur ?
 
Pour être foncièrement honnête, si je n'avais pas découvert l'écriture, je ne répondrais peut-être pas à ces questions, aujourd'hui. Au risque de répéter ce que j'ai écrit dans mon recueil, ... Euphoriques & Désespérées, après une enfance réellement heureuse, dans un vrai cocon, j'ai connu une adolescence2B.jpg
catastrophique, l'isolement, le dégoût de soi, quelque peu inculqué par les autres, et, appelons un chat un chat, le viol. Même terrassé, j'ai eu le courage, ou la bêtise, de tout garder pour moi, parce que je voulais protéger les miens. Je n'ai rien dit. Je n'ai rien dénoncé. Mais j'ai souffert le martyre, à l'intérieur. Après un énième affront, me réfugiant chez moi pour écouter, de nouveau, le premier album de Mylène Farmer, Cendres de Lune, et plus spécialement sa chanson Plus Grandir, dans laquelle je me retrouvais, je découvris l'effet salvateur des mots. Je me suis dit cela, que je pouvais, moi aussi, traduire mes maux par les mots.

 
Même si la citation de Blaise Pascal porte en elle une partie de la réponse, je pose ma réponse malgré tout... Que t'apporte l'écriture ?
 
C'est ma meilleure amie. C'est aussi simple que ça...

 
Une réponse trop laconique à mon goût... Je la laisse de côté un instant pour me rapprocher de l'univers littéraire d'Adam.
Dis-moi... Pourquoi la poésie et pas le roman, par exemple ?
 
En réalité, j'ai deux romans, de style fantastique, en préparation. Mais... pourquoi la poésie? J'avais un rêve, vous savez. Un rêve engendré par mon adolescence et ma jeunesse volées. J'avais le sentiment que je ne méritais pas d'être aimé, que je n'étais rien, que je n'existais pas. Quand j'ai découvert l'écriture, Adam-Gray-N-B.jpgl'écriture de chansons, de poésie, j'ai voulu devenir, plus grand... chanteur, malgré une voix à mille lieues de celle d'un Patrick Fiori. Un chanteur, on l'aime. Tout le monde l'aime. J'étais bien inconscient... Cela me fait sourire, aujourd'hui. Mes chansons, je les ai mises de côté pendant des années (j'en écrivais toujours un peu, de temps en temps quand même). Et, un jour, la nostalgie m'a fait relire mes textes, et ça m'a fait mal au coeur de me dire que tout cela me suivrait "dans la tombe", dans l'indifférence la plus totale. Alors, j'ai pensé les réunir dans un recueil, et peut-être trouver une maison d'éditions... Vous connaissez la suite. 

 
Qu'est-ce que tu ressens en écrivant ?
 
Tellement de bonheur... Je parle, là, de mes romans. Le passé est le passé, et je ne le laisserai plus jamais me faire souffrir. J'ai mis des années à suturer mes blessures mais, aujourd'hui, croyez-moi, je suis gonflé à bloc! J'ai la foi... C'est une renaissance. J'écrirai toujours des chansons, de la poésie, mais c'est écrire des romans qui me pousse, aujourd'hui. J'écris et je pense au bonheur à partager, plus tard, avec mes lecteurs... J'ai tellement de projets, des débuts d'histoires au brouillon...

 
Tes autres passions...
 
L'écriture ne me laisse plus beaucoup de temps, à vrai dire, car il y a aussi les recherches à faire, qu'elles soient historiques ou de simples anecdotes. Cela dit, même si j'y vais de moins en moins, et je le regrette, j'adore le cinéma, en particulier le cinéma américain dit à grand spectacle, et le cinéma anglais. Je suis très séries TV, également. Ca va des Experts: Manhattan à The Vampire Diaries en passant par Dexter, Doctor House ou Supernatural, sans oublier les séries anglaises cultes Doctor Who et Torchwood. LaGustave-Dor--Lucifer-dans-le-Paradis-Perdu-.jpg musique, bien sûr, et là mes goûts sont des plus éclectiques. Et puis, l'avouerais-je ou non? Je suis resté un grand enfant... J'adore les dessins animés, aussi bien les Walt Disney que ceux de ma génération: Les Maîtres de l'Univers, Les Mystérieuses Cités d'Or, Goldorak, Cobra j'en passe et des meilleurs... Je suis heureux d'avoir été un enfant dans les années 1970 / 1980.


Comment définirais-tu ton univers littéraire, ton style ?
 
C'est un peu, je crois, la question redoutée par bon nombre d'écrivains, non? Car définir, quelque part, c'est limiter, et c'est quelque peu frustrant, pour ne pas dire... dérangeant. Je peux vous dire que j'écris du fantastique, essentiellement, avec une touche d'éléments historiques; j'appelle ça du "fantast'historique". Il peut y avoir de l'horreur, de la violence, du sexe... des sentiments, toujours, et uneSouvenirs-du-thtre.jpg notion de fraternité presque omniprésente. Je parle, là, de la "liaison" entre deux êtres. Mon style est à la croisée du très moderne et du très passéiste. Il y a cette dualité, en moi. J'apprécie mon époque, Internet, tout ça, mais demandez à mes proches... Certains vous diraient que j'aurais dû vivre au 18ème siècle, avec les costumes et tout le toutim! Cette image m'amuse car, oui, je suis quelqu'un de très nostalgique, de mon enfance, surtout, des réunions de famille, des Noëls, et mon écriture s'en ressent forcément.

 
Des sources d'inspiration ? 
 
Plein ! Mais je vais surtout citer la grande Anne Rice, auteur des Chroniques des Vampires, puisque l'un des deux romans sur lesquels je travaille a pour héros des vampires. C'est en découvrant d'abord le film, Entretien avec un Vampire, que j'ai découvert l'écrivain, et là, ce fut LA révélation. Les vampires me fascinaient dès mon plus jeune âge, déjà; les Christopher Lee passaient sans arrêt à la TV, et j'adorais ça. Anne-Rice--1-.jpgAvec Anne Rice, les vampires ont atteint leur apogée. Elle a réinventé le mythe. Aujourd'hui, elle est LA référence. Avec cet écrivain, tout devenait plus profond, plus compliqué, plus sensuel. Sexuel, même. Les méchants n'étaient pas nécessairement les méchants, ni les gentils de vrais gentils. C'était gothique, baroque et audacieux à la fois. J'ai échangé quelques e-mails avec Anne Rice, et je peux vous dire que c'est une femme merveilleuse, vraiment très, très proche de ses fans. Je pourrais vous citer les frères Grimm, également, Edgar Poe, Graham Masterton (pour ses romans d'horreur, en particulier Le Portrait du Mal, qui m'a terrifié) ou Oscar Wilde. Mais un fait divers, aussi, peut très bien être source d'inspiration. Comme l'Histoire, que j'aime assez... "remanier".


L'écriture, refuge, existence... N'as-tu pas peur de t'éloigner de la réalité en écrivant ?
 
Pas du tout, non. Ni fuite ni amalgame. J'ai les pieds bien sur terre. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas de rêves, bien au contraire... Mais, quand on est écrivain, pour aller un peu plus loin que le sens premier de votre question, la jouissance extrême n'est-elle pas de s'en éloigner, de ladite réalité? Citons J.M. Barrie et son Peter Pan, Lewis Carroll et son Alice au Pays des Merveilles, J.R.R. Tolkien et son Seigneur des Anneaux...

 
Une définition de l'écriture ? (une chance ?...)
 
Une chance oui, très certainement. Une porte ouverte. Un échange.


Ta façon d'écrire
 
De façon très cinématographique. J'ai besoin de cette dynamique. Imaginer des scènes avant de les traduire sur "papier", créer mes personnages d'après tel ou tel acteur, telle ou telle actrice... Et j'essaie de ne pas noyer mon écriture sous des tonnes de descriptions, surtout. Je trouve ça lassant, en tant que lecteur. Il faut un juste milieu. 

Je comprends sa démarche... Laisser le lecteur à la barre de son imagination en le guidant simplement vers cet ailleurs que l'auteur lui propose... Lui donner la possibilité de s'approprier le texte, les personnages pour mieux vivre l'histoire et sans doute mieux l'apprécier...
Un rêve ?
 
Tu sais, avec... Euphoriques & Désespérées, je rêve que, dans un futur plus ou moins proche, des artistes chantent mes textes... Je rêve, je te l'ai dit à l'instant ! 
 Tiens, je te dis tu, du coup... Tu ne m'en veux pas? 
 Mais il y a déjà, dans mon recueil, des textes, écritsDavid-Hallyday.jpg en pensant à certains artistes (Emmanuel Moire, Axelle Red, entre autres); et puis il y a des artistes pour lesquels j'adorerais écrire comme David Hallyday...

L'écriture, remède, l'écriture prolongement des rêves... Un moyen pour vivre pleinement, pour se jouer du destin et tenter de se réaliser...

L'écriture passion, obsession, refuge... mais aussi domaine de liberté et d'accomplissement...

"L'écriture a ceci de mystérieux qu'elle parle" disait Claudel... Elle parle de nous avant de parler des autres... Elle nous parle et nous amène vers des cieux insoupçonnés... Laissons-nous porter...

Venez partager l'univers d'Adam Gray sur son blog adam-gray.over-blog.com link 
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et sur...
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Christine Brunet
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Louis Delville interviewé... cela donne ça... 2ème partie

Publié le par aloys.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes2/delvilletete.jpg

 

Si j'en crois la quatrième de couverture, c'est le livre des pourquoi ? Pourquoi ce thème ?

Comment t'arrivent toutes ces explications plus ou moins farfelues ?

Marie-Odile, une personne rencontrée sur le net et devenu amie

 

Mes contes commencent souvent par une question. C'est là un moyen d'accrocher l'attention de mes auditeurs.

Les explications ne sont pas farfelues, elles sont vraies et c'est là tout l'art du conteur de le laisser penser et d'en convaincre les autres…

Je suis ainsi les préceptes de mon bon maître, Paul Fauconnier, qui dit toujours que le conteur sait tout et qu'il est le seul à connaître la suite de son histoire. Je me souviens avec délice d'un conteur amateur qui avait entièrement changé la fin d'un conte traditionnel que j'avais travaillé quelques semaines auparavant et que j'ai mis à mon répertoire. J'en suis resté sans voix… Un grand bonheur !

Après chaque phrase, le spectateur doit poser la question "et alors ?" et le conteur doit y répondre ! J'essaie de me montrer digne de ces conseils judicieux !

 

 

***

 

 

Quand aura-t-on le plaisir de découvrir ce nouveau chef d'œuvre ?

J'ai pu constater que Micheline aime préparer des bonnes recettes de cuisine en y ajoutant régulièrement une bonne dose de poison. Je suis curieuse de découvrir ton propre style et tes méthodes...

D'où vient ce désir, ce besoin d'écrire et de partager son écriture ?

Régine, auteure de chez CdL, libraire et amie

 

La grande question ! Je n'en sais fichtre rien mais j'espère que ce sera avant la mi-mars pour me permettre d'aller le cœur léger et le stylo plein de dédicaces à la Foire du Livre de Bondues (en France).

Comme je l'ai écrit par ailleurs, je tue rarement. Jusqu'à présent en tout cas ! Mais il ne faut pas désespérer, un jour j'y arriverai et alors… Je crois bien que Micheline s'est spécialisée dans ce genre de meurtre par plaisir de concocter des recettes. Lorsqu'elle lit un de ses textes, elle salive vraiment à la seule lecture des intitulés de plats ! J'ai l'impression que cela arrive aussi à ses lecteurs !

Partager, oui ! Mais surtout faire plaisir au lecteur. Le conteur n'est content que lorsqu'il voit des petites étoiles dans les yeux de celles et ceux qui l'écoutent. Comme tout le monde n'a pas la possibilité de m'écouter…

Le plus beau compliment qu'on m'ait fait à propos d'un de mes textes, c'est qu'en le lisant, on m'entendait !

 

 

***

 

 

Quel est le pourcentage d'écrits qui te vient de ta propre vie, de ton expérience ?

Eduardo, un de mes anciens coachs d'impro

 

Dans les histoires proprement dites, vraiment très peu de choses viennent de ma vie. Par contre des éléments nombreux de culture générale jalonnent mes contes et mes nouvelles. Je m'arrange souvent pour que certains détails que je donne soient parfaitement historiques (je m'aide pour cela d'une encyclopédie ou de Google) : Quand je cite une date, par exemple, je donne souvent le jour de la semaine qui y correspond ! Comme je l'ai dit dans ma réponse à Marie Odile, cela permet de laisser croire que l'histoire que je raconte est authentique. Et plus les gens semblent y croire, plus je suis heureux !

 

 

***

 

 

Y mets-tu en scène des choses que tu as toujours rêvé de faire ou des choses qui t'amusent ?

Karine, une conteuses amie

 

Vous y trouverez des contes de mon répertoire, des nouvelles écrites au cours du temps, des textes divers, des contes écrits pour le concours de Surice et qui n'ont pas été retenus…

Le seul dénominateur commun est que j'aime chacun de ces textes pour différentes raisons : ils sont appréciés du public, je les ai écrits avec amour, ils me rappellent de bons moments de ma vie soit par leur sujet, soit par leur histoire.

 

 

***

 

 

Tu es le mari d'une écrivaine qui a déjà publié de nombreux ouvrages. Ceci sera ton premier mais as-tu l'intention d'en faire autant qu'elle ? Qui a commencé à écrire en premier ? Est-ce que vous travaillez ensemble (idées, relectures, publications) Dans quelle mesure l'émulation, la motivation voire la compétition est-elle présente entre vous ? Est-ce que tu achètes les bouquins de Micheline ? Elle te les dédicace ? Tu penses qu'elle achètera le tien ? Quelle sera ta dédicace pour elle ?

Isabelle, une conteuse amie

 

Je suis bien incapable d'écrire autant que Micheline. Mon livre comporte quinze textes et c'est presque l'entièreté de ce que je considère comme publiable aujourd'hui !

Micheline écrit depuis son enfance et chaque jour, elle a au moins une nouvelle idée… J'en arrive parfois à me demander si je suis normal !

En ce qui concerne les livres, la politique de notre éditeur nous oblige à travailler ensemble puisque c'est l'auteur qui est responsable de la maquette, de la couverture… Micheline s'occupe de la partie "littéraire" et je gère la partie "technique" : mise en page, présentation… Nous avons la chance d'avoir un ami qui corrige nos maquettes et croyez-moi, quand il est "passé" sur un texte, les fautes ne repoussent plus !

Contre Micheline, il n'est pas question de compétition, elle sera toujours première !

L'émulation est vraiment à sens unique. C'est elle qui me pousse. Elle voudrait que je continue à écrire sur mon blog tous les jours, elle m'oblige à mettre sur papier des récits présentés oralement…

Quant à l'achat et la vente de nos livres respectifs, c'est non ! Il n'y a jamais de question d'argent entre nous. Les cadeaux, c'est bien aussi, non ?

Pour la dédicace, je crois que ce serait quelque chose dans le genre : "Pour Micheline qui m'a poussé à écrire, voici le résultat de ton obstination ! " Elle doit assumer ses choix ! Mais j'ajouterais une seconde phrase sûrement avec les mots "amour" et "merci" !

 

 

***

 

 

Trois mots, je te demande trois mots qui te viennent à l'esprit quand tu penses à cette prochaine publication... Substantifs, adjectifs, qu'importe ! Trois mots !

Carine, auteure de chez CdL et amie

 

Une très bonne question, comme je les aime. J'y réponds rapidement pour avoir les mots de la spontanéité qui conviennent :

TRAVAIL, AMOUR, PLAISIR.

TRAVAIL, parce que réaliser un livre avec mon éditeur, ce n'est pas de la tarte ! Il faut tout faire, penser à tout, attendre, faire de la pub, vendre et même penser au livre suivant ! Notez que grâce à Micheline, je n'en étais heureusement pas à mon coup d'essai. Je maîtrise la confection d'une maquette comme un vrai pro.

AMOUR, parce que tous les textes que vous lirez sont des textes que j'aime. Cela a d'ailleurs été mon seul critère de choix.

PLAISIR, parce que j'ai un plaisir fou à écrire certaines choses, à jouer avec l'imagination des lecteurs comme j'espère jouer avec l'imagination de mes auditeurs.

 

Mais j'aurais pu dire aussi :

IMAGINATION, ILLUSTRATIONS, BLEU

IMAGINATION, la mienne, peu importante par rapport à celle du lecteur qui pourra rêver grâce aux textes mais aussi aux dessins.

ILLUSTRATIONS, Là, j'ai été bluffé par mes amis rémois ! J'ai beau les connaître, certains de leurs dessins sont vraiment extraordinaires et "collent" parfaitement aux bêtises que j'écris…

BLEU, comme la mer et l'eau qui sont bien présentes tout au long du livre, comme la couverture, comme le ciel de mes histoires et surtout bleu qui est ma couleur préférée. Vous en doutez encore ? Regardez mes foulards, mes chemises et mes yeux…

 

 

***

 

 

Échangerais-tu le paradis des lettres contre l'enfer des bulles ?

Échangerais-tu deux Sand contre une Boland ?

Et, selon que tu répondes oui ou non à la deuxième question, emploies-tu un goûteur à l'heure des repas ?

Étienne, ami libraire

 

La seule BD qui a sa place dans ma bibliothèque (ou plutôt sur le petit morceau d'une planche concédé par Micheline !), c'est Tintin. Pour mes 50 ans, je me suis "ré-offert" la collection complète que je relis toujours avec passion. Souvent, je retrouve des petits détails qui avaient échappé à mes yeux d'enfant. J'estime être un tintinophile honnête et averti (qui en vaut bien deux !). J'ai une très bonne mémoire visuelle et je pense que ce qu'on a appris étant gamin, cela reste en soi pour toujours !

Quant à choisir ou à échanger, je préfère ce que j'ai à ce que je pourrais (ne pas) avoir !

Et puis après 37 ans de mariage, on a pris des habitudes…

Un goûteur n'est pas nécessaire à la maison, puisque c'est moi qui cuisine ! Néanmoins, par politesse (croit-elle), je la laisse toujours entamer son assiette la première. On n'est jamais trop prudent !

 

 

***

 

 

Même si toute fiction a un fond de vérité, je suppose que ton livre sera surtout un produit de ton imagination, de ta créativité.

Peux-tu me proposer une ou plusieurs (vraies) photos qui pourraient illustrer ton livre ?

Jean-Marie, mon frère aîné

 

Je reconnais bien là une certaine subtilité familiale !

En relisant la table des matières, je dirais dans le désordre, une photo de :

Guernica de Picasso, en hommage à Pablo !

Le jardin de notre grand-père à Esneux avec les pommiers, en souvenir des pommes neige !

Un orgue à parfums, comme celui sur lequel j'ai travaillé plusieurs fois au Club Med d'Opio, pour faire le pendant au parfum N° 5 d'Aldébaran !

La première case de la page 31 de Tintin au Congo, en comparant l'accoutrement du méchant sorcier !

La Catedralde Santa María de la Sede de Séville, puisque c'est là que se trouve le tombeau de Christophe Colomb.

Mais comme cette interview va se retrouver sur le net, pour éviter des ennuis, je vous laisse le plaisir de trouver vous-mêmes les photos… D'ailleurs si vous en aviez une du jardin de notre grand-père, je suis preneur !

Tout bien considéré, les dessins de Maryvonne et de Jean-Pierre sont encore plus explicites et il y en a deux par texte !

 

 

Pour retrouver Louis Delville, son Blog

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 

http://www.bandbsa.be/contes2/noelouis.jpg

Publié dans interview

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Louis Delville interviewé... cela donne ça... 1ère partie

Publié le par aloys.over-blog.com

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Souvent on regrette que les questions que l'on vous pose à propos de votre livre soient toujours les mêmes !

 

Ici, j'ai fait confiance à des personnes qui me connaissent bien en leur demandant de m'envoyer LA question qu'ils ou elles rêvaient de me poser.

 

J'ai répondu le plus honnêtement possible en tenant compte de leur sensibilité et des idées sous-jacentes que je devinais…

 

Merci à eux d'avoir joué le jeu ! Et maintenant que le spectacle commence…

 

 

Louis, mars 2011

 

 

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Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Dominique, auteure de chez CdL et amie

 

Un jour j'ai rencontré une personne qui m'avait entendu conter et qui aurait voulu avoir une copie écrite de mon conte. Je me suis aperçu que je ne l'avais jamais écrit !

Il m'a fallu plus de deux jours pour écrire un nouveau conte que je viens de mettre à mon répertoire et que j'ai déjà présenté devant public. Dans ce cas, j'ai vraiment l'impression d'écrire dans une autre langue. Comme si je devais traduire quelque chose de connu !

En général, j'écris peu. Je me souviens de réunion de travail où j'étais chargé de rédiger le rapport et pour lequel, je notais quelques idées sur un quart de feuille ! Et pourtant le rapport sortait complet, le lendemain !

Sans incitant, comme on en reçoit lors d'un atelier d'écriture ou d'une formation, je laisse deux ou trois mots sur un papier et je ne m'en occupe plus.

J'ai donc dû attendre d'avoir assez de textes pour constituer mon livre !

Comme j'avais envie d'avoir des illustrations, j'ai attendu l'acceptation du manuscrit par le comité de lecture de Chloé des Lys pour le confier à Maryvonne et Jean-Pierre, deux fins dessinateurs de Reims qui m'ont ravi par l'interprétation des histoires à leur manière.

Je n'ai pas eu l'audace de départager leurs œuvres… Il y a donc deux superbes dessins par texte !

 

 

***

 

 

Penses-tu tremper ta plume dans un peu de curare de temps à autre comme ta douce épouse qui sait si bien tuer avec le sourire ? Ou n'as-tu, toi, aucun bonheur dans le crime ?

Edmée, auteure de chez CdL et amie

 

J'avoue n'y avoir jamais pensé mais je suis plutôt dans le "gentil", Si un jour, je me décidais à aborder le genre, je crois que j'aurais de bonnes idées… D'ailleurs de temps et temps, c'est moi qui incite Micheline au meurtre… Mais c'est elle qui trouve toujours la bonne méthode !

 

 

***

 

 

Ma question concerne ta couverture. Elle n'est pas commune, mise sur les couleurs vives, le collage. Qu'as-tu cherché à faire passer au futur lecteur ?

Christine, auteure de chez CdL et amie

 

J'ai laissé carte blanche complète à mon ami Dominique Brynaert pour réaliser la couverture. Ma seule demande était la couleur bleue, ma préférée !

Dominique connaissait le conte sur Noé pour l'avoir entendu et apprécié plusieurs fois. Le résultat a dépassé mes espérances les plus folles et je lui en suis très reconnaissant.

J'espère que cela va attirer le regard des futurs lecteurs lorsque mon livre sera sur les rayons d'une librairie ou d'une bibliothèque.

 

 

***

 

 

À quand un livre à quatre mains avec Micheline ?

Le petit Belge, un compatriote rencontré sur le net et devenu ami

 

Il est très rare que nous travaillions ensemble. Micheline écrit vite, je suis très lent. Elle est plutôt "passive" et n'aime pas trop l'action, je suis un conteur "actif et passionné" !

Très souvent, je relis ses textes et l'oblige à préciser des choses, à expliciter un point précis. J'ai toujours adoré jouer ce rôle de "Candide". C'est probablement ma formation technique qui explique ce souci de précision. J'imagine la scène, je la vois et je veux que le lecteur ne soit pas pris d'un doute…

 

 

***

 

 

Tu n'as pas failli te décourager d'attendre, d'attendre et encore attendre que ton livre sorte chez CdL ?

Nathalie, auteure de chez CdL et amie

 

Oh que si ! Ce n'est pas tant l'attente qui me pèse mais plutôt le manque de réactivité de tous les acteurs. Ceci est dû à la lourdeur de l'administration de mon éditeur chéri !

Très souvent, je trouve qu'un simple coup de fil serait bien plus efficace que le "système mail à CdL Barry" ! J'en reparlerai avec Laurent Dumortier lors d'une prochaine rencontre !

Depuis 2004 et le premier livre de Micheline, j'ai eu le temps de m'habituer à cette lenteur mais je comprends que les nouveaux auteurs soient inquiets !

Parfois j'éclate et alors, malheur à qui est devant moi ! Je suis capable des pires colères avec des conséquences mortelles… Mais en général, je suis "soupe au lait" et cela retombe aussi vite ! Heureusement pour certains de mes contemporains qui se reconnaîtront facilement, puisqu'ils sont encore en vie !

"Je vis avec", comme on dit et je me défoule sur ma tendre épouse ! Merci à elle de me soutenir dans ces épreuves !

 

 

***

 

 

Comment cela se passe t-il dans le couple depuis que tu essaies de voler la vedette à Micheline ?

Vos styles sont 'un peu' semblables... est-ce Louis qui était le nègre de Micheline ou Micheline qui est la négresse de Louis ?

Qu'y a t-il dans la grande sacoche de celle dont on ne prononce pas le nom, à part des foulards de rechange ?

Bob, auteur de chez CdL et ami

 

Je crois bien que ma politique de vente sera différente de celle de Micheline et que je serai sûrement plus "mordant" qu'elle ! Ceci dit, cela ne pose pas de problèmes de couple insurmontables !

J'espère qu'à la lecture de mon livre, mes lecteurs verront quand même une différence entre nos styles.

Quant au nègre ou à la négresse, j'ai toujours beaucoup de plaisir à lire la prose de Micheline et vice-versa. Nous nous complétons bien et son sens littéraire m'est très utile. Quant à moi, j'apporte un peu de rigueur aux millions d'idées de la psychologue…

La sacoche de Micheline est suffisamment grande pour les choses indispensables à un couple de retraités en goguette ! On y trouve tout ce qui, au cours des années, a un jour été utile et qui pourrait toujours servir… J'ai renoncé à en faire l'inventaire ! La seule concession qu'elle a faite est d'avoir plusieurs sacoches en fonction des circonstances !

Au cours des années, les foulards sont devenus une marque de fabrique, un accessoire indispensable et en plus, ça fait jaser les jaloux !

 

 

***

 

 

Deux écrivains de talent peuvent-ils cohabiter ensemble sans qu’une forme de jalousie s’installe entre eux ?

Alain, auteur de chez CdL et ami

 

Très facilement ! La jalousie est un sentiment que je ne connais pas. Que se passera-t-il quand mon livre sera sorti ? Je n'en sais rien mais je suis sûr que nous resterons comme nous sommes : unis pour le meilleur et pour le pire. Depuis 37 ans, c'est le meilleur qui l'emporte et de loin !

Comme je l'ai dit plus haut, lorsque mon livre sera paru, je vais quand même essayer de le promouvoir plus que Micheline ne le fait pour les siens. Mais comme je me connais, si j'ai une belle opportunité, elle en profitera aussi !

 

 

***

 

 

L'impro peut-elle être une démarche qui mène à la rédaction d'un livre ?

L'inspiration est-elle venue en lisant et corrigeant les premiers essais de Micheline ?

Alors que tu étais très porté à réécrire l'histoire de Belgique (façon humoristique) et de ses personnalités marquantes, pourquoi se borner à écrire des contes ?

La sortie de ce livre est-ce la raison du retard ou du manque de mises à jour de ton blog ?

Qui critique ton œuvre ? Micheline n'est-elle pas trop gentille, est-elle suffisamment critique avec toi ?

En dehors de Micheline, quelles sont tes sources d inspiration ? (commerces, banquier, médecin...) ?

Donato, un ancien collègue

 

Au niveau du livre, l'impro n'y a aucun rôle. Maintenant, lorsque je conte une histoire, il est sûr que certains réflexes d'impro reviennent et quand j'improvise, j'ai tendance à être un peu trop "conteur". Mon coach actuel me le reproche d'ailleurs ! N'est-ce pas Corinne ?

L'inspiration vient chez moi par petits morceaux et l'accouchement d'un texte est souvent long ! Sauf si j'ai un incitant. Alors, je fonce et très souvent, je n'écris pas l'entièreté de l'histoire, j'improvise en faisant semblant de lire un texte bien structuré !

Je ne me contente pas des contes… Le livre comprend aussi des nouvelles mais rien de semblable à ce que j'ai pu écrire dans les mille articles de mon blog, des petits billets d'humeur sans lendemain. Je me suis expliqué sur l'arrêt de mon blog, non pas par manque de sujets mais plutôt par envie de changement. J'écris encore de temps en temps… Peut-être des choses un petit peu moins superficielles que ce que mon banquier, mon boucher ou l'administration me suggèrent !

Personne n'a le droit de critiquer mon œuvre, sauf moi et je ne m'en prive pas ! Plus sérieusement, Micheline apporte souvent le détail qui manquait et n'hésite guère à donner son avis. Je ne prends pas tout ce qu'elle dit pour argent comptant mais j'en retire toujours un petit quelque chose qui améliore mes écrits.

Mon inspiration ? Quelle inspiration ? J'aime la fantaisie et je suis un peu iconoclaste. Rien ne m'est plus agréable que de "jouer" avec l'Histoire (avec un grand H). Dernièrement, je me suis permis, à la grande joie de mes auditeurs, de faire envoyer un SMS par un samouraï japonais du XVIe siècle. Merci l'impro ! Mon seul problème c'est que j'ai eu cette idée lors d'une formation au conte philosophique et qu'à l'entraînement hebdomadaire d'impro, j'en manque souvent !

 

Pour retrouver Louis Delville, son Blog

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 http://www.bandbsa.be/contes2/noelouis.jpg 

 

Publié dans interview

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Christine Brunet interroge JOSY MALET-PRAUD, l'auteur de "Un, Deux, Trois, Soleil"

Publié le par christine brunet

 

Portrait-crayon.jpgJe vais commencer, une fois n'est pas coutume, par une digression... inspirée par ce croquis crayon de Josy Malet-Praud... Quel talent, non? L'artiste y a fait passer tant de choses...

 

Un croquis de toi, Josy ?

Non, il n'est pas de moi (pas assez douée pour ça...). Il est lié à une rencontre. L'année dernière (comme tous les ans quand c'est possible), j'ai séjourné quelques semaines sur l'île de Saint Martin, aux Antilles. Un soir, à la sortie d'un concert de Gospel donné dans l'église de Grand Case qui est le point de ralliement des artistes de l'île, j'ai été abordée par une jeune femme équipée de ses crayons, fusains, pastels, etc... Elle m'a demandée si elle pouvait faire mon portrait. J'ai dit oui... elle avait moins de vingt ans, elle me semblait un peu paumée et "sur la brèche"... J'ai proposé un dîner dans un "lolo" (ce sont les équivalents des paillottes corses, implantés sur les plages) et tout en mangeant et en discutant... elle a fait ce portrait. Que j'ai gardé, bien sûr. Une rencontre étonnante, émouvante, des échanges humains authentiques. J'espère que cette jeune femme réussira.

 

Ce que j'aimerais interviewer cette jeune artiste... parce que je crois qu'elle a su retranscrire à la fois son propre ressenti et l'âme de son modèle... et on ne parvient pas à un tel résultat sans s'ouvrir aux autres... 

 

Je crois que c'est là toute la difficulté de l'artiste, quel qu'il soit. Poètes ou romanciers sur la même longueur d'onde que peintres ou musiciens ? Sans aucun doute... Il suffit de lire les textes de Josy pour en être convaincu...(link

 

Alors, dis-moi, depuis quand écris-tu ? lui ai-je demandé dès qu'elle a accepté de répondre à mes éternelles questions.
Depuis un certain nombre d’années. Je n’ai plus vingt ans, ni même trente, ni même quarante… J’ai eu le temps de m’y mettre ! Premiers écrits « matérialisés » et reliés : à l’âge de quatorze ans, j’ai écrit mes mémoires. Il faut dire que j’ai parfois des idées saugrenues : j’étais alors convaincue de ne pas passer le cap des dix-sept ans. Une bonne centaine de pages quand même ! J’avais des choses à dire ? En tout cas, j’avais déjà un passé. Dense. Passé la date fatidique, j’ai continué…
 
Surprise... amusée aussi, j'ai continué sur ma lancée et vous livre à présent, sans plus intervenir, ses réponses à mes questions...


Pourquoi écris-tu ? Un déclencheur ?
Curieuse incurable, j’écris comme on pousse la porte d’un magasin, pour aller voir ce qu’il y a derrière la vitrine, comme on perce la surface d’un lac gelé pour découvrir ce qu’il y a sous la surface. Ni contemplative ni voyeuse, je suis plutôt poussée par la volonté de comprendre. Mieux connaître les autres, ceux qui me ressemblent et surtout ceux qui ne me ressemblent pas, comprendre comment ils fonctionnent, pourquoi ceci est comme cela, ce que sont les différences quand elles existent. J’écris d’abord pour moi, c’est ma façon de prendre le monde à bras le corps, de lui faire face, de l’aimer ou pas, de ne pas me contenter de regarder passer les trains et mes semblables, de toucher du doigt d’autres univers, fussent-ils imaginaires. J’écris aussi pour le plaisir et le besoin de la création…Les mots, c’est comme les pièces d’un jeu de Lego. J’ai le goût de la construction, des univers à bâtir.

 
Que
 t'apporte l'écriture ?Visuel Auteur - PDNA
C’est un espace où j’ai des ailes, l’occasion d’une aventure toujours mystérieuse, un périple qui s’avère parfois dangereux. Ecrire, c’est se découvrir soi-même, c’est se dévoiler aux autres, s’exposer, prendre le risque d’être vu. C’est un bonheur qui paradoxalement peut faire mal aussi. L’écriture me rend heureuse et me fait parfois souffrir. Mais jamais au point de m’en écarter…
 

Comment écris-tu? d'un jet, en relisant fréquemment ?...
J’écris sur une impulsion, à partir d’une sensation, de bribes de souvenirs qui se rattachent à un événement, une situation parfois très banale et c’est autour de cela que se construit le récit (quand il y en a un). Parfois, quand j’ai besoin de –vider mon sac- d’un trop plein présent ou lié au passé, il n’y a pas d’histoire ou bien seulement une histoire-prétexte…J’utilise alors les mots comme des symboles, des codes pour mes émotions, mes sentiments. Les phrases sont ici des lignes à haute tension où chaque mot transporte une charge. Positive, quand c’est possible. Oui, positive car je suis une femme positive.


Que
 ressens-tu quand tu écris? Du stress, une urgence, un plaisir ?
C’est toujours l’urgence qui ouvre le bal. Celle de fixer sur le papier l’idée, l’événement avant qu’ils ne s’évaporent. L’inspiration, c’est comme un feu follet, éphémère et capricieux. Ou comme une expression sur un visage : il faut l’attraper sur l’instant, avant qu’elle ne disparaisse. Du coup, j’ai toujours dans mon sac, mes poches et sur mon bureau des théories de petits bouts de papier couverts de mots-clés….


verso-ISBN-9782874594731.jpgEnsuite, ce sont les heures du stress, oui… Quand après l’ébauche qui n’est qu’une armature incomplète, il faut creuser, déterrer, combler, cimenter, ériger, équilibrer les choses. Du stress et de l’angoisse à mi-parcours : toujours cette idée négative que je ne parviendrai pas au bout, que ce sera mauvais, que ce ne sera pas le juste reflet de ce que j’ai imaginé, rêvé, pensé, senti… Le reflet de ce qui a été d’abord écrit dans ma tête. J’écris plutôt bien….dans ma tête. J’y suis toujours beaucoup plus à l’aise…Les phrases et les séquences s’enchainent facilement. C’est lorsque qu’il faut les saisir au grand jour que les mots se rebiffent ou se défilent !


Le plaisir, enfin, intervient quand je n’ai plus qu’à nettoyer l’ensemble du superflu, de l’inutile, à rechercher un mot plus fidèle, plus juste, à remanier l’ordonnancement, à embellir l’écriture. Et le bonheur suprême : c’est lorsque c’est terminé et qu’il m’arrive d’être à peu près satisfaite. Je dis à peu près, car je ne le suis jamais vraiment tout à fait. Et dans tous les cas, jamais longtemps… Je suis un auteur qui doute, avant, pendant, après. Une idéaliste consciente des limites et des illusions attachées à ses idéaux. Je n’ai jamais de certitude, en rien. CQFD : je ne suis jamais en situation de contentement absolu. Ecrire, c’est accepter et supporter de vivre les hauts et les bas des montagnes russes, non ?


Que
l rapport as-tu avec l'écriture, tes personnages, ton récit ? As-tu du mal à mettre le point final à une histoire ?
J’entretiens un rapport plutôt passionnel avec l’écriture, un peu obsessionnel aussi, ça va de paire. De toute façon, c’est ma nature… Au fil du temps, écrire est devenu une forme d’addiction. Ce sont surtout les personnages qui m’intéressent : leurs comportements, leurs différences, leurs univers, leur courage, leur lâcheté, leur exemplarité et leur banalité. Ce sont –mes piliers- dans l’écriture. Je m’y attache très fort, à tel point que je les sens vivre…si ce n’est pas le cas, c’est loupé, je jette. Le récit est important bien sûr, mais il ne prend forme qu’après. Ce sont les personnages qui m’inspirent une histoire. Et l’histoire qui imposera un décor propre à la mise en scène des personnages. J’aime aussi particulièrement creuser les ambiances, dessiner des images, mettre des couleurs et des sons. Un peu comme dans la vie. Et si possible, avec simplicité, ce qui est finalement le plus difficile. Je n’aime pas trop les textes compliqués, les écritures alambiquées, pédantes, ronflantes. Gonflantes. Derrière ces vitrines surchargées de guirlandes et de dorures, il y a trop souvent un désert. Je préfère de loin une phrase un peu bancale au sens académique mais qui –a des tripes-, à un modèle académique sans substance. Je suppose qu’un écrivain digne de ce nom réunit les deux : les tripes et l’académie…123soleil.jpg


Comme tu l’auras compris, je n’écris jamais d’un seul jet ou bien seulement quelques fragments qui viendront s’incorporer ensuite dans un ensemble. Exigeante, je suis. Un récit abouti est le résultat de trois, quatre versions précédentes, parfois plus. Je n’ai pas trop de difficulté à placer le mot fin, mais seulement quand j’ai coupé les rameaux morts…En gros, c’est au feeling : je sens quand c’est prêt… un peu comme en cuisine.

 

As-tu des difficultés à lâcher tes personnages ?

  Non. Je m'explique : soit ce sont des acteurs qui n'ont aucune liaison avec moi (passée ou présente), auquel cas, je ne les oublie pas, mais nos routes se séparent. Soit, ils sont liés d'une façon ou d'une autre à ma vie, à mes expériences, ils sont donc -importants-. Cependant, dans ce cas, je n'ai pas non plus de peine à les "lâcher" à la fin de l'histoire, car ils ressurgiront à coup sûr sous une autre identité et dans un autre récit... Nous nous retrouverons. Ils ne font que s'absenter un moment.

 

Le livre terminé, la page était-elle irrémédiablement tournée ? 

Là encore, je dois faire la distinction entre ce qui est écrit dans le cadre d'une fiction totale, très -à distance de ce que je suis- et ce qui résulte d'une expérience familière. Dans le premier cas : la page est tournée. Dans le second : l'histoire, en tout ou partie, certaines situations sont ou ont été suffisamment marquantes pour qu'inévitablement, j'y revienne un jour, sous une autre forme, dans un autre cadre...Mais j'y reviens, c'est certain. Parce que l'événement à l'origine de la "semi-fiction" est de ceux qui m'ont structurée ou déstructurée parfois. Je suis ce que je suis grâce ou à cause d'eux : je ne peux pas faire l'impasse, consciemment ou pas.
 

Où puises-tu tes idées? Dans la vie courante ?. 
C’est une question qu’on m’a déjà posée plusieurs fois ces derniers temps. Les personnes qui ont eu la gentillesse de lire mes petites histoires ont parlé d’une « grande diversité », et je l’ai pris comme un compliment. A tord, peut-être (sourire) ?
Je ne « puise » nulle part. Je ne me dis jamais : -tiens, qu’est-ce que je pourrais bien écrire aujourd’hui- ? Je me mets au clavier (ou je saisis mon Waterman fétiche) lorsque quelque chose remue en moi…s’agite. Un souvenir qui refait surface, une conversation qui fait tilt, une situation qui me touche, un visage qui m’accroche, un fantôme qui flotte à l’horizon…. C’est n’importe quand, et n’importe où. Dans la rue, au ciné, en lisant, en dormant, en veillant, sous la douche … Je ne cherche pas. Tant mieux : j’aime les surprises. L-Equipage-017.jpgL’aspect désagréable de la chose, pour les autres, c’est qu’il m’arrive fréquemment de me mettre à planer au beau milieu d’une conversation : je ne suis plus là ; ça déroute un peu, mais mes proches s’y font…ou pas (clin d’œil !).

 

Dernière question, si tu veux bien... Comment réagit ton entourage face à ta passion de l'écriture ? 

J'ai le sentiment d'être vraiment soutenue, encouragée, mais comme pour tout ce qui m'est "exclusivement personnel", qui ne concerne pas directement -ma tribu-, les réactions varient selon que cette passion, mise en pratique, dérange ou ne dérange pas le petit monde qui est le nôtre, celui de -la famille-. Bref, -les miens- m'encouragent, c'est vrai, semblent aimer ce que je fais... mais il arrive néanmoins qu'il y ait quelques petits grincements de dents (à peine audibles, mais j'ai l'ouïe fine...) quand -la mère- et/ou -l'épouse- que je suis impose sa passion au détriment du confort de chacun. Raison pour laquelle...je travaille surtout le soir, et très souvent, tard dans la nuit, voire jusqu'au petit matin. Quand ma tribu dort et n'a plus "besoin" de moi. Ce n'est ni très original ni vraiment nouveau : toutes les femmes, qu'elles écrivent ou pas, ont quelque chose de la femme-orchestre et doivent déployer des trésors d'ingéniosité et de patience pour parvenir à conjuguer le -Nous- et le -Moi-... Question d'habitude ...et d'endurance ! (sourire) 

 

Que tu as donc raison ! Que de fois ai-je entendu "A quoi tu penses?" ou "Qu'est-ce que tu fais avec ce stylo à la main ?" alors que l'un ou l'autre de "mes hommes" (petit et grand) cherchait à me tirer vers autre chose... C'est alors de grand matin que je noircis le papier... Un instant à moi que je n'échangerais pour rien au monde...

 

Justement, c'est cet univers un peu en retrait, ce jardin plus tout à fait secret puisqu'il sera partagé qui construit son auteur.

Il s'agit là d'un juste échange de bons procédés... L'un bâtit, façonne le temps de quelques pages ou d'un dessin, l'autre abreuve son créateur d'un plaisir rare... Il lui insuffle la passion... 

 

Venez partager l'univers de Josy Malet-Praud sur son site http://www.lascavia.com/  !!!!

 

 

 

 

 

Photo Christine Brunet  Christine Brunet

 

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Nadine Groenecke : il faut faire vivre le texte...

Publié le par christine brunet /aloys

PIC 1509 nad Notre besoin de créer vient bien de quelque part... Il trouve naissance au fin fond de nos entrailles, grandit jusqu'à devenir un besoin absolu, vital.

Ses racines ? La question n'est pas nouvelle.

Je cherche... Moi, j'ai ma réponse... Mais moi... C'est moi... Nadine, et toi ? Ton livre,Trop plein, est très différent du mien... Tes références doivent êtres différentes, sûrement... 

 

C'est alors qu'un passage de l'une de ses nouvelles me revient en mémoire : " Nous débarquons. Oh, non! Ce n'est pas possible! le panneau indique "Ile de Ré" et non "Ile dorée". désappointée, je regarde Mémé; elle me sourit. il n'y a donc pas d'erreur! je n'avais pas compris les mots prononcés par les adultes. Quelle désillusion! C'était tellement plus magique une île "dorée" et plus conforme à mes lectures d'enfant: le Club des Cinq, le clan des sept, Michel, Alice et tutti quanti." (Le crabe, Trop plein, Ed. Chloé des lys, 2009)

 

Non, finalement, peut-être pas... "Michel", je ne connais pas, mais les autres, oh que oui... des histoires qui ont bercées toutes mon enfance et qui trônent à présent, très écornées, sur le bureau de mon fil... Néanmoins, je persiste dans mon envie d'explorer l'univers de Nadine Groenecke qui répond directement à ma première question :


Pourquoi écris-tu ? 

 

Je ne peux pas parler de l’écriture sans évoquer la lecture. Les mots me font rêver depuis toute petite. Grâce aux nombreux livres que je dévorais à mes heures perdues, mon esprit s’évadait vers des contrées lointaines ; je m’identifiais aux personnages de la collection de la bibliothèque rose, puis verte, vivant page après page le rythme trépidant des aventures du Club des cinq ou d’Alice. Je me souviens aussi de cet oiseau nommé Tipiti qui illustrait mon livre de lecture à l’école primaire et avec qui, chaque jour, je m’envolais vers de nouvelles histoires. Je vouais une admiration sans bornes à tous ces auteurs qui illuminaient mon quotidien et je pensais alors que le métier d’écrivain était le plus fabuleux qui puisse exister. Très vite, j’ai laissé de côté les mathématiques pour privilégier le français et en particulier les rédactions dans lesquelles je pouvais laisser libre cours à mon imagination débordante.


Aquarelle marais poitevinL’envie et le besoin de lire ne m’ont plus jamais quittée. Le livre, c’était et c’est toujours pour moi une porte ouverte sur le monde, un grand moment d’évasion. J’aime la phrase de Jules Renard : Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux.

 

Et puis, après la lecture… vint l’écriture. Parce que j’y songeais depuis longtemps et que ma première expérience en la matière a été une révélation.

 

Que t’apporte l’écriture ?

 

photo couverture nadCe n’est qu’en 2004 que je me lance dans l’écriture par le biais d’un concours grâce auquel mes premiers écrits sont publiés dans un recueil collectif. Tout de suite l’exercice me séduit : la quête du mot juste pour équilibrer une phrase un peu lourde ou d’un synonyme pour ne pas se répéter, la mise en place des idées, la recherche documentaire, indispensable également. Je me prends au jeu et réalise en même temps que l’exercice n’est pas une tâche facile, comme le souligne avec brio Bernard-Henry Levy dans « Ennemis publics » Et puis écrire, juste écrire, passer des nuits, des jours, encore des nuits, sur mon établi de mots, à faire que la pâte lève, que la forme vienne et mes petites colonnes de signes tiennent à peu près debout… Un véritable travail de construction en effet.

Il ne suffit pas d’enrober des mots dans de belles phrases, il faut faire vivre le texte pour le rendre séduisant et cohérent. C’est cette démarche créative qui me plaît. Le dessin et la peinture que je pratique également me procure les mêmes sensations. Mêler les mots ou les couleurs jusqu’au moment où on se dit : « ça y est, j’ai réussi à faire quelque chose de pas trop mal ! » et tout recommencer avec une autre histoire ou un autre tableau, une formidable aventure à chaque fois.

 

Comment écris-tu ?


Selon les périodes, l’écriture peut se révéler lente et laborieuse ou au contraire fluide etd-apres-Carabain.JPG coulante comme un ruisseau de montagne. Dans le premier cas, je manque d’idées, alors je construis de belles phrases en attendant l’inspiration. Dans le deuxième cas, c’est l’ « état de grâce » qui survient généralement lorsqu’une idée nouvelle émerge sans crier gare, le soir dans mon lit ou à n’importe quel moment de la journée, lorsqu’un événement, une personne, un reportage m’ont marquée. Si je n’ai pas la possibilité de m’atteler dans la foulée à l’écriture, je prends des notes, craignant que les idées ne s’envolent aussi vite qu’elles sont apparues. Et, dès que possible, je les couche sur l’écran de l’ordinateur, en « jet », juste pour emprisonner les idées, être sûre de les avoir à portée de main avant de débroussailler tout ça par la suite et de retravailler le style.


Donc, tu retravailles tes textes...

 

photo-magazine-1.JPGOui, je reviens sans cesse dessus. Quand je débute une nouvelle je peux passer des heures rien que sur le premier paragraphe. Et quand l’histoire est bien lancée, je la relis inlassablement, recherchant le mot juste, le rythme approprié, la sonorité exacte... Parfois je laisse passer quelques jours pour avoir un œil nouveau sur le texte. De gros changements peuvent alors intervenir, tant au niveau de la forme que du contenu. Quand j’ai le sentiment que ma « création » tient enfin debout, je la soumets à quelques amis, fidèles relecteurs, qui traquent les inévitables fautes et qui me donnent leur avis en toute franchise.

 

Tu parles expérience... J'ai l'impression que tu abordes le travail d'écriture, de création comme un chimiste aborderait une préparation en vue d'extrapoler une expérience inédite... Faux ou faux ?

 Oui parce que chaque nouvelle (puisque j’écris surtout des nouvelles) me conduit vers des horizons nouveaux. Je donne naissance à des personnages à chaque fois différents qui évoluent dans un univers particulier que je dois m’approprier. Par exemple, j’ai participé l’an dernier à un concours qui m’a amenée à découvrir le golf. Je n’y connaissais rien à ce sport, il a donc bien fallu que je me documente sur le sujet pour employer les termes adéquats afin d’être crédible. Mes personnages, quant à eux, vont prendre corps au fil des pages et parfois me surprendre, m’emmener là où je ne m’y attendais pas. Quelquefois, j’ai déjà la chute en tête dès le départ mais il m’arrive aussi d’en trouver une autre en cours d’écriture. D’autres fois, je pars à l’aveuglette en me demandant si je vais réussir à la trouver et puis, petit à petit, tout s’imbrique et la chute dégringole, si je puis dire, comme une évidence. Une expérience, une aventure donc, dont je ressors comblée lorsque j’ai pu aller jusqu’au bout, ce qui est généralement le cas.

 

Est-ce que tu ne crois pas que trop de travail sur le texte et les mots tue l'histoire et les émotions (les tiennes, ton ressenti vis à vis de tes personnages, de ton récit)?

 

Il faut juste savoir s’arrêter à temps. La nouvelle impose de la rigueur (dans les concours, le nombre de pages est souvent limité) et n’autorise pas la lourdeur. Le texte doit rester fluide et donc ne pas s’embarrasser du superflu.

 

Parle-moi de tes personnages, de tes sources d'inspiration... Un univers littéraire en particulier?

 

Comme tout auteur je me nourris de mon environnement et de mon vécu mais, avant d’écrire, je pensais naïvement que les auteurs imaginaient presque tout ce qu’ils écrivaient ! En fait, ce sont des voleurs, toujours à l’affut d’un regard, d’une phrase, d’un fait divers… Ils capturent tout ce qui les interpelle et transforment ensuite cette matière première, servie sur un plateau, au gré de leur fantaisie. Je suis donc une voleuse…

Mitsou.JPG Je lis beaucoup et je ne me limite pas à un genre en particulier. J’aime bien découvrir de nouveaux auteurs tout en continuant à lire ceux que j’affectionne.

 

Que ressens-tu quand tu écris ?

 Je suis dans un autre monde. Les heures s’écoulent sans que je m’en rende compte. Seules les contractures liées à la station assise m’obligent à prendre une pause. Lorsque j’ai des périodes fortes d’écriture, je soulage mon dos en marchant beaucoup, ce qui me permet aussi de continuer à réfléchir à la suite de mon histoire.d-apres-Michel-Ange.JPG

 

Quel est ton style d’écriture ?

 C’est difficile de définir son propre style. Vif et alerte, d’après mes lecteurs. Au début, j’avais peut-être tendance à trop vouloir en faire, à surcharger les phrases avec des mots recherchés. Au fil du temps, je crois que mon écriture s’est allégée. Je  viens même d’écrire une nouvelle tout en argot. Une expérience intéressante.

 

 

Un même déclencheur, mais une approche très différente de l'écriture...

En fin de compte, est-ce que le travail incessant sur le texte, les mots entrave le ressenti du lecteur ? Non, bien sûr... Tout au contraire parce que les textes courts ont besoin de rigueur et de précision pour amener en quelques pages le lecteur où l'auteur a décidé de le conduire...

 

Chaque genre permet à l'écrivain d'envisager une autre façon d'écrire : un poète construit-il ses vers de la même façon qu'un nouvelliste ou un romancier travaille ses textes ? Franchement, je ne crois pas... Et vous, qu'en pensez-vous ?

 

Pour en apprendre plus sur l'univers de Nadine Groenecke, allez jeter un oeil sur son blog... Ici: link

 

 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com


http://passion-creatrice.com

http://aloys.me

 

Publié dans interview

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Christine Brunet interroge SOPHIE VUILLEMIN, auteur de " C'EST QUOI, TON STAGE ?"

Publié le par christine brunet /aloys

Vide-atelier-6-Juin-2010-021-copie.jpgLorsque j'ai demandé à Sophie Vuillemin de me parler de son univers d'auteur, je m'attendais à de la fantaisie...


J'ai reçu son texte et j'ai immédiatement souri... J'ai envie de vous le livrer tel quel, une fois de plus... histoire de vous plonger sans gros préambule dans la sphère créatrice de l'auteur.

 

Je lui ai posé les mêmes questions-socle... Et voilà comment Sophie y a répondu... certes, avec un peu d'aide... Merci Pierre!!!


 Pst, c’est moi, Pierre, le héros du roman de Sophie Vuillemin. Cette semaine, Christine l’a contactée afin qu’elle lui parle de sa passion créatrice, de ce qui la pousse à écrire.

C’est mal connaître l’auteure…La voilà rosissant de timidité à l’idée de se dévoiler.

- Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ?

Elle m’a appelée à la rescousse. Que voulez-vous, depuis que j’ai brillamment  survécu à quinze jours de stage dans une maison de retraite, je fais figure de héros et cultive mon image de sauveur de la veuve et l’orphelin !

Je suis le Saint Bernard de l’auteur en détresse.

C’est bon, je vais l’aider, la guider.  Mon altruisme me perdra.

Mais je suis maître à bord, je choisis les questions et aucune remarque ne sera tolérée.

 

 Pourquoi est-ce que tu es là, assise derrière ton bureau, à griffonner au lieu de conquérir le monde ?

 

Il commence fort, Pierre !

Je vais essayer de répondre honnêtement :

- Parce que mon armure est rouillée ?

- Parce que j’aurais préféré bosser en équipe mais j’ai perdu les coordonnées téléphoniques de Jeanne d’Arc ?

- Surtout, parce que j’aime inventer, raconter des histoires. En lire aussi. Un bon livre a sauvé plus d’un lecteur de la mélancolie du soir.

 

 Comment tu m’as fabriqué ? Comment tu as eu l’idée ?

Ecrire part souvent, chez moi, d’une émotion forte (un événement qui m’interpelle, une sensation qui surprend). Je voulais parler des personnes âgées et, un jour, j’ai pensé à toi. A cet âge incroyable de l’adolescence où tout est révolte et où les êtres sont en devenir.  J’ai pensé que t’envoyer en maison de retraite serait l’occasion de rencontres percutantes.

 

   Merci du cadeau ! Enfin, je m’en suis bien sorti, n’est-ce pas ?  Pourquoi t’as rajouté une fille ?

Si tu poses la question, Pierre, c’est que tu ne me connais pas vraiment !

L’amour, c’est ma raison de vivre ! Je suis une pure GUIMAUVE !sophie vuillemin

 

Pierre se penche vers l’auteure. Il se laisserait gagner par l’émotion. Enfin, un peu, il reste un homme…

 

 Est-ce que c’était difficile d’écrire un livre ?

Le plus délicat est de trouver L’IDEE, celle qui tient la route,  émeut, amène un sourire et fait rêver.  C’est beaucoup demander !

Je démarre avec un plan général, pas très précis. Seules les premières scènes sont construites dans ma tête. J’écris par séquences, un peu à la manière d’un scénario. Il m’arrive d’insérer des  morceaux  dans le récit. J’effectue ensuite des retours en arrière afin que les différentes parties s’imbriquent entre elles. Un vrai patchwork. Et je lie par une « sauce ».

A la fois maçon, chef cuisinier, et responsable créatif, c’est un travail complet !

 

Ma façon d’écrire, d’appréhender l’exercice, évolue sans cesse. Au gré de mes émotions sans doute.

J’essaie aussi différentes « recettes » : si je buvais du thé ? Si j’écoutais de la musique ? Si je tapais directement le texte au lieu de poser les mots sur le papier ?

Quand j’ai peur de ne pas y arriver, que je suis face à une impasse de l’intrigue ou une page blanche, je construis un maximum. Je fais des plans très détaillés avec plein de tirets

 

 Est-ce que tu pourrais arrêter d’écrire ?

Tu en as déjà assez de mes histoires ?!

Sérieusement,  tu me surprends avec ta question, je n’y avais jamais réfléchi.

Je crois que, oui, je pourrais m’arrêter un temps. Un peu comme on prend une longue respiration. Je cesserais d’écrire et un puis, un jour, le bout des doigts me démangerait et je reprendrais la plume.

 

  Dernière question, est-il difficile de mettre un point final à une histoire ?

Je vais te décevoir, Pierre : non, il ne m’a pas été difficile de cesser de conter tes fantaisies.  Je voyais venir la fin de l’histoire, j’étais prête.

 

Pauvre Pierre! Moi, j'aurais eu bien du mal à le quitter... Mais Sophie laisse la porte ouverte... Voilà qui me rassure...

 

J’espère, cher Pierre, avoir répondu à tes interrogations.

Mais notre collaboration est loin d’être terminée… poursuit-elle. 

 

Ouf!!! Me voilà rassurée ! Toi aussi, Pierre, n'est-ce pas?

 

Un héros, partie prenante de l'univers de son créateur... Un être à part entière qui naît avec sa verve, son caractère, une personnalité, une histoire, une pensée à lui... non... une pensée-reflet de son auteur... L'espace d'un roman, les deux mondes ne font qu'un: l'auteur vit au rythme de ses personnages et ceux-ci vivent au gré des humeurs de leur créateur... Jusqu'où va cette interaction? 

 

A vous de me le dire...

 

En tous cas, qui n'a pas envie, à présent, d'entrer à pieds-joints dans la vie de ce cher Pierre, hein?

 

Venez rejoindre en un petit click Sophie Vuillemin sur son blog   link      http://sophievuillemin.over-blog.com/

 

 

 

 

Photo Christine Brunet  Christine Brunet

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Carine-Laure Desguin : l'écriture, c'est chez moi comme des vents qui déboulent... Un interview de Christine Brunet

Publié le par christine brunet

image-1
Chaque artiste met un peu de lui-même dans son oeuvre: un lieu commun, me direz-vous...

Mais l'écrivain n'est-il pas un créateur à part dans le paysage créatif?

A priori, je dirais que la littérature est plus abordable pour le commun des mortels (là, je ne parle pas de Spinoza ou de Nietzsche...) que la peinture ou la sculpture qui, au-delà du jugement instinctif (j'aime ou pas), demande plus de référentiels. L'écrivain prend le lecteur par la main et l'entraîne dans un univers qui lui ressemble finalement beaucoup... En cela, l'écriture et la musique se rejoignent.

Je vois d'ici mes amis peintres, musiciens ou sculpteurs se dresser, le regard outré. Chacun aura son droit de réponse!

Alors... Vrai ou faux?

Afin de répondre à cette question, j'ai fait appel à Carine-Laure Desguin... Auteur de Rue Baraka, paru chez Chloé des Lys...

Un drôle de personnage... Toujours de bonne humeur... Une optimiste... 

Une bonne humeur qui explose dans son blog... et, au-delà, au fil de son texte... Tellement éloigné des textes que j'écris que j'ai voulu savoir où elle puise son inspiration et, surtout, quel est son processus de création.

Lorsque j'ai demandé à Carine-Laure de m'expliquer un peu sa vision de l'écriture, je pensais qu'elle jouerait la carte de l'instinctif... Les jours passent et elle peaufine sa réflexion, aiguise ses mots... Elle veut faire mouche, être précise... Pas simple d'expliquer ce qui se passe dans sa tête lorsqu'on éprouve le besoin  irraisonné de créer... Voilà ce que je pensais avant d'avoir reçu son texte... et son commentaire...

 

"Hé hé", m'écrit-elle avec sa bonne humeur habituelle, " y'a rien que je ne veuille ... Sauf peut-être ajouter que tu n'as pas attendu la fin de l'article because "perfectionnisme " mais parce que j'attendais le souffle d'Eole ...LA vérité quoi !"

 

Et bien , la vérité de Carine-Laure, la voici, la voilà !!!!

 

Alors, à la question: "c'est quoi, l'écriture"? Carine-Laure Desguin répond...

image2" L'écriture, c'est chez moi comme des vents qui déboulent et qui soufflent tellement fort que rien ne leur résiste!".

Quelle  première phrase magnifique qui résume à elle seule tout ce que je ressens...

Je me plonge alors avec un mélange de curiosité et d'impatience dans son explication... D'ailleurs plus un texte, une instrospection qui colle parfaitement à son auteur...

Je vous le livre tel quel...



"J'aime dire que je ne choisis pas l'histoire, c'est elle qui me choisit !

Me choisit-elle parmi une floppée d'auteurs, de scribouilleurs des temps modernes, je l'ignore. A présent, j'ai vécu le recul suffisant pour dire que chaque texte a son histoire et qu'à chaque fois, je me surprends ! Pour moi qui aime les choses inattendues, les cadeaux de la vie qui sonnent à votre porte ou qui déferlent par la cheminée sans attendre le 24 décembre à minuit,  se surprendre soi-même, c'est un comble ... En quelque sorte, l'histoire de l'arroseur arrosé !

 
Mon regard balaie tout ce qui m'entoure et comme je circule sans cesse, ça crée des mouvements, des repérages, de la matière première, me direz-vous ! Oui, vous avez raison...

desguin


L'autre jour, une amie se fracture le sacphoïde, un petit os du pied situé tout près de l'astragale; je lui dis, par boutade et pour la distraire de son manque d'autonomie momentané tu sais, on connaissait l'astragale d'Albertine Sarrazin et bien maintenant, il y aura le scaphoïde de XXX !

Quelques jours plus tard, je m'éveille en pensant à cette Albertine Sarrazin, ce petit oiseau d'Alger aux envols malmenés... Vers quatorze ans, j'avais lu  "L'astragale "... ça faisait longtemps, très longtemps..Mais je me souvenais que l'histoire m'avait plu; lire le récit d'une cavale d'adolescentes dans un Paris aux rues incertaines, quoi de mieux...

Donc, ce matin-là, je file à la bibliothèque et je demande tout tout tout au sujet d'Albertine Sarrazin; je reçois biographies, romans... Et Carine-LAure passa son jour de repos - car hé oui mes enfants le hasard voulut que ce jour-là, je fus en repos - à potasser une biographie de cette rebelle à la naissance infortunée, à l'enfance faussement ouatée...
Les jours qui ont suivi ? me demandez-vous ? Et bien, j'ai composé un long texte ...Je voyais dans ma tête comme un film, celui de la vie d'Albertine ...Ces images s'imposaient à moi et me demandaient de noter tout ce que je voyais...Une espèce de fièvre m'envahissait et je percevais que contrarier mes idées ne servirait à rien.

Alors laisser aller le crayon était la seule solution. Il m'emmena dans les rues d' Alger, j'ai marché à côté de la maman d'Albertine, juste avant qu'elle ne dépose le bébé dans cette maison de l'assistance publique... et je l'ai vue repartir, vide et alourdie d'un fardeau plombé... Et puis de cette rebelle, j'ai entendu les mots... Je ressentais un très vif contentement, celui de faire revivre en quelques mots une femme d'exception qui aujourd'hui, si elle avait survécu aux indélicatesses humaines, serait citée parmi les plus grands auteurs de langue française..
 
Et, pour Christine, je vais lâcher une confidence... Mon second roman "les enfants du grand jardin " est, en fait, le troisième...Comment cela se peut-il, me demanderez-vous, curieux lecteurs que vous êtes ?

Durant l'écriture de mon second roman "MAdemoiselle Lucas ", je m'aperçus que mon style d'écriture changeait... Ne m'en demandez pas plus...Je terminais l'écriture du roman et un dimanche après-midi, il me prend l'envie de me rendre à une fête villageoise, une de ces fêtes rurales qui s'étend dans des vertes vallées, où les gens rigolent, grillent des saucisses et boivent de la bière; seule, je m'aventure donc dans ces contrées et j'arrive dans cette fête; des artisans présentaient leurs créations, des tableaux, des ouvrages au tricot, des produits fermiers locaux... Je respire là deux ou trois heures parmi ces gens généreux dans une campagne ensoleillée et chaude.

Le lendemain soir, une histoire commençait à cogner dans ma tête. Cogner, je dis bien. Cogner. 

Les enfants du grand jardin
 se bousculaient et je sentais que du texte nouveau vivrait bientôt. En effet. Les jours qui suivirent, un stylo et un cahier m'accompagnaient dans la voiture et je devais m'arrêter pour noter l'histoire qui se proposait...Elle s'écrivait toute seule, dans le style que j'avais pressenti quelques jours auparavant ! 


 " Rue Baraka", mon premier roman, c'est une autre histoire... En refermant le roman de Michel Cyprien ( édité chez Julliard ) vieillir sans toi, l'envie d'écrire se rappela à moi et, presque sans réfléchir, des personnages se présentèrent , un à un ! Un casting !... Et je le répète, je ne choisis pas grand'chose...

Tarek, le vieux peintre et Clara prirent rapidement leur place et commencèrent leur pertinent dialogue; le décor fut planté chez un peintre car durant cette période, je me souviens que je me plongeais chaque soir au milieu de nos amis les peintres de Montmartre :  Toulouse-Lautrec , Van Gogh , Utrillo,  Picasso, Valandon ... Tarek , lui,ressemble à s'y méprendre à un jeune turc que j'avais rencontré lors d'une escapade à Antalia, il a ses beaux yeux verts et ses cheveux bouclés...Le peintre et sa compagne Clara sont nés comme ça, juste pour m'accorder un menu plaisir ! Depuis longtemps mûrissait chez moi l'envie d'écrire un roman dans lequel une personne jeune et une plus âgée se renverraient les balles. Nous avons tellement à apprendre de nos aînés et nous leur laissons trop peu souvent la parole ! Et comme le peintre et sa compagne sont des créateurs d'ambiance, ils ont invité.... ça je ne vous dirai pas ! L'intrigue me direz-vous ? Un message peut-être ? Oh, " Rue Baraka" , ce n'est ni un thriller ni un roman fantasy...Non, la vie nous offre parfois des rencontres, des hasards heureux , des coïncidences... Ce roman nous laisse croire que l'impossible peut devenir possible, même pour un jeune garçon aux rêves escamotés. Et ça, ce vieux peintre, rencontré par hasard,  il a le chic pour les lancer, les rêves ...et le secret des secrets pour leur donner l'image de la réalité... 

 Bientôt, "Rue Baraka" sera disponible en librairie. Quelques amis ont lu mes premiers exemplaires, ceux que la maison d'édition " Chloé des lys" met à disposition des auteurs, en avant-première, si j'ose dire ! Leurs avis m'étonnent et me touchent...
- Allô, Carine-Laure
- Oui..
- Ah, c'est A.M., tu as cinq minutes ?
 - Heu oui, dix si tu veux !
- Je viens de terminer la lecture de "Rue Baraka" !
- Déjà ! Nous sommes jeudi, tu l'as eu mardi !
- Oui , tu sais que je lis vite ...
- Ah c'est certain !
- Et bien ton livre - tu vois je frissonne, rien qu'à en parler- est arrivé dans ma vie au moment où j'en avais le plus besoin !
 - ....
- Et je peux te dire que demain matin, en me regardant dans la glace, je ne serai plus la même ..
- Ah..
- Non, je me trouverai jolie ...  

Croyez-moi, quand vous écrivez et que votre première lectrice prend la peine de vous contacter d'une ligne fixe vers un gsm ( ! ) et vous raconte entre deux pleurs les impressions ressenties, ça touche !   A ce moment-là, les horizons n'existent plus et l'impossible devient possible. Rendre heureuse une seule personne me laisse penser que le vieux peintre n'a pas perdu son temps, que son secret vivra toujours et, qu'à l'instar de Tarek, il suffit de déposer sur l'écran de ses pensées les quelques mots du livre bleu ...
"

Le mot de la fin, déjà... Tout est dit, n'est-ce pas? Plutôt, avec Carine-Laure, tout est ressenti... Tout est dans le perceptif et la relation avec l'Autre...

Carine-Laure prend le lecteur par la main, l'entraîne et lui fait partager un univers , reflet de ses acquis, de sa personnalité, de son âme.

Pour en savoir plus sur l'auteur, cliquez surlink

Un autre avis sur "Rue Baraka"? link

Et laissez-vous surprendre...
Christine Brunet

Cet interview est paru sur le blog "recreaction" le 19/03/2010...

http://recreaction.over-blog.org
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Bob Boutique: j'suis pas un écrivain, j'suis un conteur !

Publié le par christine brunet /aloys

bobclin.jpgJ'ai beaucoup hésité avant de demander à Bob de me raconter sa manière  d'écrire...  J'ai lu les critiques de son bouquin, l'interview donné pour Monde du Livre... Je l'ai regardé interroger avec brio des auteurs pour l'Actu TV... link

 

On sent son regard affûté. Son site est éclectique... Un regard particulier sur le monde de la culture qu'il développe avec toute l'équipe enthousiaste de l'Actu TV...link

 

Un humour à fleur de peau, piquant, déstabilisant qui intimide... 

 

J'ai tergiversé et puis le titre du livre, la personnalité de Bob m'ont convaincue... Contes bizarres...  J'aime les contes, tous les contes... J'avais donc envie de les lire mais un peu peur aussi... Le monde de Bob me paraissait si... bizarre...

 

Et voilà, c'est fait: pas déçue un instant ! J'en ai encore le sourire aux lèvres en repensant aux textes que j'ai dévorés, aux héros qui les traversent comme une claque à l'uniformité ! Et dans la foulée de l'enthousiasme, j'ai osé... Je ne lui ai pas posé des dizaines de questions, juste trois...

 

Je vous livre texto ses réponses... Rien à ajouter... Enfin, pas encore...http://www.bandbsa.be/contes/actu.jpg

 

« Tu gères ton texte comme tu veux », qu’elle m’a dit la p’tit Brunet. Je l’ai jamais vue, ni même entendue, rien que des mails échangés, mais j’ai sa photo et ma foi… elle est plutôt jolie. Une auvergnate qui vient en réalité d’Aubagne, le pays de Pagnol.

 

Moi je suis de Belgique, avec des parents hollandais. C’est très différent. Mais on a quand même un point commun. On adore les voyages. J’ai pas mal bourlingué avant de devenir « sache comme une imache » . Qui sait ? P’têt que je l’ai croisée sur un sentier de l’Everest ou au détour d’une piste kenyanne ?

 

Bon, c’est pas tout ça.

 

http://www.bandbsa.be/contes2/actutvcarre.jpg« J'aimerais que tu me parles de ta façon d'imaginer tes histoires et de les écrire. Comment t'est venue l'envie, où tu prends ton inspiration… » et tous ces trucs qu’on raconte dans les conférences de presse pour faire l’important.

 

Mais qu’est-ce que j’en sais Christine ? Quand j’entame un conte bizarre, je ne sais même pas comment il va se terminer. Et pour commencer, j’écris pas… je raconte. J’suis pas un écrivain, mais un conteur. J’ai une copine qui habite près de new-York et publie des textes que tous on peut les lire dans le grand auditoire de l’université, même qu’il faut prendre des notes pour en discuter après. Elle aligne deux mots, et elle a le prix Concours.

 

Moi, j’ai une image qui me saute aux yeux, comme ça, un truc qui m’émeut… et zou… c’est parti. J’en fais une histoire et je papote et je papote, comme on raconte un truc qui vient de vous arriver, à table à des amis, entre la poire et le fromage.

 

La syntaxe en prend un coup bien sûr, le vocabulaire aussi, car lorsque je ne trouve pas le mot qu’il faut, je l’invente et puis, comme j’ai commencé ma vie en allemand et en flamand, de temps en temps, je dérape et je mélange. Mais en général, on comprend. Voilà.

 

On comprend, c'est sûr... On s'amuse, on apprend... On fronce parfois les sourcils, on relit et on sourit un peu plus à l'humour fin, presqu'ironique du conteur...

 

« Je me demande pourquoi tes histoires finissent toujours mal... » qu’elle insiste mon interviouweuse… comme si j’étais le mec ravagé qui répand sa bile et son fiel autour de lui. 

 

(Ni bile, ni fiel, Bob... un juste retour des choses lorsque les méchants 's'en prennent un coup derrière les oreilles', comme on dit chez moi!).

 

Faux mam’selle. Faux. Mes contes sont plein de mecs tordus, de crapaudes et de pauv’types… mais je les aime tous, tous, parce qu’ils sont lamentables comme la plupart d’entre nous… parce que le monde est un univers de fous qui n’est lucide que quelques jours par an, pendant la période du carnaval ! Même que c’est dans ma préface.

 

Et tac, dans les dents ! pensais-je... J'entends la petite voix de Bob m'avertir qu'il faut toujours lire les préfaces... Bon... Mais je préfère sauter à pieds joints dans les textes, sans les avertissements de l'auteur... Son univers, je veux le découvrir seule pour le savourer tout à loisir... 


cover.gifMon monde à moi,- poursuit-il, c’est celui de Breugel ou mieux … celui de Bosch, avec des tas de personnages ridicules qui gigotent comme des marionnettes au bout de leurs fils et tout au fond du tableau, dans le lointain, tout petit, un berger immobile au milieu de ses moutons, qui observe en s’appuyant sur un long bâton.

 

Non, non, je ne suis pas le berger… moi, je danse avec les paysans et les madames aux gros seins et je suis (du verbe suivre)  leur procession qui mène tout droit vers l’enfer. M’en fous, j’y crois pas.

 

Des histoires qui finissent mal ?  Mon petit vieux qui tchate avec une gamine de treize ans ne l’a jamais agressée que je sache… et la jeune folle qui s’envole vers la Suède pour y rejoindre un correspondant du net… bon je vais pas tout dévoiler, mais… ça finit… bon vous verrez bien. Et le grand connard qui rate son suicide…

 

D’accord. Parfois mes personnages s’énervent un peu et assassinent ou se flinguent. Mais jamais gratuitement, par folie, par désespoir, par vengeance…  et tous iront au paradis comme dans la chanson de Polnareff, car tous (sans exception) ont été des petits bébés à leur maman avant de virer adultes. Je vous interdis de les juger.

 

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Sur ce, j’ vais me faire un p’tit café. Elle m’a énervée la Brunet…

 

ça va, Bob, je m'incline devant la force... même si je n'ai pas encore dit mon dernier mot... 

 

 

 

Vrai que tes personnages, on ne peut que les aimer, les plaindre, les comprendre... Moi, je les trouve profondément humains, complexes... et très modernes... tellement éloignés des caricatures de Breugel ou de Bosch, trop restrictifs à mon sens... 

 

 

Situations cocasses, grinçantes, cruelles se succèdent au fil de tes contes dans un délire éminemment humain  qui tire les personnages hors de leur statut d'êtres sensés. C'est sans doute ça, l'art du conteur ! Non ?

 

Mais je vous laisse seuls juges...

 

Christine Brunet


www.christine-brunet.com

www.aloys.me

www.passion-creatrice.com

Publié dans interview

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