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Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : UN DE TROP dernier texte... n° 7

Publié le par christine brunet /aloys

Catastrophe : Un de trop

Un mariage, voici ce à quoi je ne m’attendais plus guère, pas plus que Madame ma Mère, qui n’a plus ouvert la bouche depuis que je lui ai annoncé ce merveilleux évènement il y a trois mois à peine. Père est encore matériellement parmi nous, mais pour le reste, il est loin, très loin, et m’a joyeusement félicité d’un « Mais quelle bonne idée, Marie-Agnès, que cette fancy-fair ! ». Sauf que moi je suis son fils, le Comte Serge de la Plumauvent, et qu’il s’agit de mon mariage, le premier célébré au château depuis son propre mariage il y a 50 ans. J’épouse Charlène, née Laetitia Boerenbond, 16 ans. 

J’ai dû pour l’occasion quelque peu rafraichir les règles du savoir-vivre pour Charlène, qui ne l’avait d’ailleurs jamais lu, pas plus que son frère Kevin. Chez les Boerenbond on a le verbe haut, le coude levé en permanence, le teint animé d’avoir descendu de la piquette. Mais j’assume, j’assume. Ces braves gens ne sont pas responsables de leur milieu. D’autre part, il fallait bien que je répare, en gentilhomme que je suis, le fait que j’ai défloré la pauvre enfant, sans m’en apercevoir d’ailleurs. Mais alors qu’elle nous livrait – par la porte de service qu’ensuite elle dit avoir été porte de sévices – les œufs pour la semaine, j’ai eu, m’a-t-on dit, un raptus et ai abusé de ses charmes sur la table de la cuisine. C’est vrai que j’ai un faible pour Le facteur sonne toujours deux fois, j’avoue… Je ne sais ce que je faisais dans la cuisine où d’ailleurs la cuisinière en chef m’interdit de mettre pied, mais voilà… ce raptus m’y conduisit, et je m’y conduisis en rustre. On me l’a assuré, les parents Boerenbond ont accouru armés de fourches et faucilles dès le soir, brandissant la culotte ensanglantée de l’innocente enfant, m’expliquant par le menu mon ignoble conduite. Ma foi… j’ai été assez surpris d’avoir pu faire autant de dégât à moi tout seul, et encouragé par cette virilité enfin triomphante – moi qu’on surnommait Serge molle – et ai tout de suite offert de réparer. Que voulaient-ils, ces braves gens bien agités ? Réparation, le mariage !

Ma foi pensais-je, Charlène avec ses 16 innocentes et virginales années, j’aurais pu tomber plus mal, par exemple si j’avais eu ce raptus face à celle qui livre le petit bois d’allumage, elle a un eczéma chronique autour des paupières, doit avoir l’âge de Mère, et porte toujours des sandales été comme hiver, d’où jaillissent d’énormes orteils velus comme des oursins de mer. 

Ceci dit, la cérémonie nous a coûté non seulement beaucoup d’argent mais aussi nos amis et relations. Charlène n’avait jamais bu de vrai champagne, et une fois la cérémonie terminée, ne fut plus vue qu’une flute à la main et une autre coincée entre les deux seins jaillissant d’un décolleté dont les coutures sous les bras commençaient à céder. « C’est pour la route ! » expliquait-elle en recevant les invités d’une voix perçante, le timbre ralentissant au fil des minutes. « Beurk, vous avez les mains moites, Monsieur le Marquis, et la Marquise n’a pas bien fait sa moustache aujourd’hui ! » Et hop, elle vidait une flute et hurlait « Kééééévinne ! Kééévinne, tu m’en rapportes une pour la route ? ». Kevin accourait, le verre à bout de bras, le front reluisant comme une sardine à l’huile. « Tiens ma Cocotte ! ». Monsieur et Madame Boerenbond, qui avaient amélioré leurs prénoms pour faire distingué, avaient-ils précisé, devenant Phyllis et Daffodil, s’efforçaient de se faire de nouveaux amis. « Madame la comtesse, laissez-moi vous présenter ma bourgeoise, la mère de la jeune Comtesse de Plumauvent, Phyllis. Phyllis, fais donc un baise-main à Madame ! » et Phyllis de déposer une belle couche de foie gras sur la noble main tremblante d’horreur. 

Je suivais tout du regard, perplexe. Mère s’était évanouie et Daffodil, chevaleresque, s’était rué sur elle pour lui faire un bouche-à-bouche qui aurait achevé un orang-outang. En ouvrant les yeux elle avait à nouveau sombré dans une inconscience rassurante, pour en être tirée par l’empressement de Phyllis qui déboutonnait son corsage en criant : « Faut la laisser respirer, lui faire un massage coeurdiacre ! » exposant une poitrine en très mauvais état. Père errait, demandant à chacun s’il désirait faire un tour en carrousel, d’un air extrêmement aimable. 

Quand Charlène descendit sa 15è flute de champagne après avoir fait un cumulet sur la table d’honneur, je sentis que c’était trop. Là… c’était la flute de trop. Je sentis bouillir en moi le sang d’une longue lignée de Plumauvent, et élevai la voix, fermement : « Charlène, vous irez vous coucher sans dîner, et ce tout de suite. J’ai dit ! ». 

 

Publié dans concours

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Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : UN DE TROP texte 6

Publié le par christine brunet /aloys

L’intrus.

- Mais c’est pas possible ! Y en a un de trop ! s’exclame madame Virginie. 

- Qu’est-ce que tu racontes ? lui demande sa collègue, Isabelle. 

- On est bien partis ce matin avec 45 gosses quand même ! 

- Ben, toi, t’en a 23 et moi 22, ça fait bien 45 ! 

- J’ai beau les compter et les recompter, j’en compte 46 ! 

- Attends, je vais vérifier ça. Ne bouge pas, je reviens. 

Madame Virginie se ronge les sangs. Ils ont quitté l’école ce matin avec 45 élèves pour se rendre au parc de Mariemont, cet arboretum situé à Morlanwelz dans le Hainaut. La journée s’est bien passée. Les enfants se sont comportés plus ou moins correctement, les guides étaient sympas, la météo avec eux et puis là, catastrophe ! Il y a un gosse de trop dans le bus ! 

Madame Isabelle revient bien vite auprès de sa collègue. 

- Alors ? demande celle-ci anxieuse. 

- 46 ! Mais comment s’est possible ? On a kidnappé un enfant sur le parking du parc ? Ça veut dire qu’il y a quelque part un ou une instit qui cherche désespérément le gosse qui manque à l’appel ! J’imagine dans quel état se trouve ce pauvre collègue inconnu ! Attends, je vais faire un appel au micro pour retrouver l’intrus. 

Isabelle s’empare du micro du chauffeur qui, écouteur dans les oreilles, ne fait absolument pas attention à ce qu’il se passe dans le bus.

- Les enfants, une minute d’attention, s’il vous plait, dit-elle. Y a-t-il dans le bus un enfant qui ne fait pas partie de l’école des frères de Soignies ? 

Aucune réaction de la part des gamins ! 

- Bon, on va faire autrement. Je vais citer vos noms et prénoms. Dès que vous reconnaissez votre nom, vous levez le doigt ! D’accord ? demande-t-elle en s’emparant de la liste des élèves présents. Je commence. Kevin Albert ? Marjorie Audebert ? Coralie Baleux ? David Delorme ? 

Un à un, madame Isabelle cite le nom de tous les enfants. Quand elle arrive au bout de la liste, tous les gosses ont le doigt levé ! C’est vraiment la cata ! Un enfant n’a forcément pas été cité ! Il devrait avoir le bras baissé ! 

- Je n’y comprends rien, dit Isabelle à sa collègue. On fait quoi ? 

- Je vais passer près de chaque enfant et cocher son nom sur la liste, répond Virginie. Un des enfants interrogés n’aura forcément pas son nom sur la liste…

- Bonne idée ! Vas-y. J’attends avant de téléphoner à la directrice pour lui exposer le problème…

Isabelle parcourt donc toutes les rangées et coche au fur et à mesure les noms cités par les enfants eux-mêmes. Arrivée à la dernière banquette sur laquelle cinq enfants sont assis, il reste quatre noms à barrer sur sa liste. La solution est proche. 

A ce moment, un des cinq gosses se lève et se dirige vers le chauffeur. 

- Papa, on arrive bientôt ? demande-t-il au chauffeur qui enlève ses écouteurs pour répondre à son fils. 

 

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Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : UN DE TROP texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

Un rouage de trop !



 

Fred, excellent bricoleur, se sort toujours des situations complexes. Or, cette fois-là, après avoir remonté la pendule du salon, il lui restait un rouage de trop. L’horloge semblait pourtant fonctionner correctement… Mais après vingt-quatre heures, elle avançait de cinq minutes.

Dépité, Fred la démonta à nouveau et tenta un remontage sans faille. Peine perdue, la pièce ne s’insérait nulle part. Néanmoins, le mécanisme générait son tic tac rassurant… Il devait forcément y avoir un endroit prévu pour ce disque ! Mais après une troisième tentative infructueuse, il déposa le rouage dans une boîte métallique qu’il rangea dans sa table de nuit. 

 

Le carillon de l’horloge marquait correctement les heures, mais gagnait cinq minutes par jour… Chaque soir, Fred reculait la grande aiguille afin qu’elle marque l’heure juste. Aimant l’exactitude, il s’appliqua à ce réajustement, plusieurs semaines d’affilée, jusqu’au jour où des embarras professionnels lui emplirent la tête de soucis plus sérieux. Il oublia alors son geste quatre jours de suite…  

Le lendemain matin, abruti de fatigue, il n’entendit pas la sonnerie de son réveille-matin, réglé sur sept heure. Et il dormait toujours lorsque l’horloge murale, carillonna huit fois avec ses vingt minutes d’avance ! Fred émergea au dernier gong, et simultanément, il lui sembla entendre vibrer le rouage relégué dans sa table de nuit. Intrigué, il l’empoigna, se prépara en hâte et le fourra dans sa poche. Il courut vers l’arrêt d’autobus. C’était la première fois qu’il empruntait la ligne à cette heure tardive, et de ce fait, tous les navetteurs lui étaient inconnus. 

 

C’est pourtant ce jour-là, parmi ces visages étrangers, à cette heure improbable, que sa vie de célibataire changea… Lorsqu’il la vit, il fut subjugué ! S’il avait été une pendule, le rouage, au fond de sa poche, lui aurait été utile pour relancer le mécanisme de ses battements de cœur… Une fois son aplomb retrouvé, il la suivit, sans trop savoir où ça le mènerait. De toute manière, sa journée de travail était foutue et les événements de la matinée lui rappelaient la relativité du temps, ainsi que l’enchaînement aléatoire des instants décisifs d’une vie. C’est avec la pièce métallique dans la main, en guise de talisman, qu’il l’aborda, bafouilla, lui sourit de la manière la plus béate qui soit… Et contre toute attente, elle tomba sous le charme ! Ce fut le début de leur histoire… 

 

L’idylle de Sophie et Fred semble bien partie pour durer. Chez eux, l’horloge avance toujours de cinq minutes chaque jour… Et lorsque Fred assemble ou répare un meuble, un appareil, une bicyclette où quoi que ce soit, il s’arrange volontairement pour garder une pièce de trop, en guise de porte-bonheur. Et l’élément rejoint le rouage de trop dans le coffret de la table de nuit. 

 

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Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : UN DE TROP texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

SÉBASTIEN ET MAMAN

 

Nos regards se sont rencontrés une première fois dans le petit parc près du lycée. J'étais assise sur un banc, j'attendais Maman. C'était un jour ensoleillé et triste, car j'allais rendre visite à ma grand-mère hospitalisée dans une clinique privée proche du centre-ville.  Je m'en rappelle précisément et évoque souvent cet instant, car c'est l'un de ceux qui sont devenus les plus belles parures de ma mémoire. 

Sébastien, lui aussi, se rappelle de la magie de la première fois où nous nous sommes croisés. C'était un jour ensoleillé et heureux du mois de mai. Il avait obtenu une excellente note à un contrôle de mathématiques, il avait été félicité par son professeur. Il venait aussi  de recevoir un avis positif pour un job d'étudiant. 

Nous étions deux adolescents. Il était un peu plus âgé que moi. Nous étions élèves dans deux établissements différents. Il m'a regardée, il m'a souri parce que j'étais, paraît-il, si jolie, parce que le monde semblait lui appartenir, que c'était une semaine de chance. J'ai répondu à son sourire parce qu'il y avait quelque chose de joyeux dans son attitude, dans sa démarche, dans son visage et que j'étais ravie qu'il me partageât  son euphorie. 

Il a dit "salut". J'ai répondu "salut". Nous avions de nouveau souri. 

J'ai vu Maman qui s'approchait. Je me suis levée et me suis dirigée vers elle. Maman a bafouillé : "Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes, Charline…" 

Il a poursuivi sa route, il avait escompté entamer une petite conversation, mais c'était devenu  impossible. Il savait juste que je m'appelais Charline et que je me préparais à recevoir de mauvaises nouvelles…

Il a pris l'habitude de faire un détour par le petit parc. Il aspirait à me revoir. Quand il passait près du banc, il observait les environs. Il espérait. Un jour, je me suis trouvée de nouveau là. Il m'a regardée, il m'a souri. J'ai répondu à son sourire, mais il y avait, m'avouera-t-il plus tard, quelque chose de différent dans ce deuxième sourire que je lui ai adressé, une sorte de retenue. Il a dit : "salut, ça va ?". J'ai répondu :  "pas trop…" J'ai pleuré, il est venu près de moi. Il ne savait pas encore pourquoi j'étais en pleurs, mais je le lui ai expliqué maladroitement. Il a entendu : mamy, au plus mal, incertain. Mon chagrin lui a fendu le cœur. Il m'a touché l'épaule, il me l'a  caressée. Il ne m'a pas lâchée. C'était notre premier contact physique, notre premier échange verbal. Pourquoi des instants colorés de chagrin sont-ils aussi parfois illuminés d'une telle tendresse ? 

Ma mère s'est rapprochée puis s'est tenue devant moi, mais, enfermé dans sa bulle émotionnelle, Sébastien ne l'a pas remarquée. Maman a demandé d'un ton plutôt sec : "Charline ! Tu viens ?" Les paroles l'ont atteint de plein fouet. Il s'est détaché. Il s'est éloigné après avoir pris congé d'un signe de la main et d'un hochement de tête. 

Il ne savait pas encore qu'il avait fait un geste de trop, un geste dont ma mère ne se priverait pas de parler régulièrement dans des circonstances diverses, sans que ces situations aient parfois le moindre rapport avec l'événement de départ. 

Jamais Maman ne décrira  précisément la conduite qu'il avait adoptée. Elle se contentera d'évoquer un contact tactile, un effleurement, une familiarité, une étreinte cordiale, un laisser-aller. 

Sébastien ne prendra conscience de ce geste de trop que plus tard quand il sera devenu mon petit ami et qu'il se rendra régulièrement à la maison. 

À diverses occasions, Maman ne renoncera à lui tenir des propos comme ceux-ci : "Je t'apprécie, Sébastien mais j’ai l’impression que tu es trop entier, trop sentimental  Tu ne prends pas suffisamment de distance avec les problèmes des gens. Cela risque de te jouer de vilains tours dans la vie. C'est dangereux quand on envisage de travailler dans le social comme tu le comptes faire. Crois-moi je suis assistante sociale et je sais ce que c'est. Les clients et les inconnus fragilisés ne sont pas des copains. Pour aider vraiment, il faut le recul nécessaire." 

C'est ainsi que j'ai pris conscience du côté moralisateur de Maman. À présent, chaque fois que cherchant à réconforter quelqu'un je m'apprête à poser la main sur son épaule, son bras ou sa main, les commentaires de ma mère me reviennent à l'esprit et j'hésite alors un instant avant de le faire. 

 

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Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : UN DE TROP texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Un de trop…

 

Rrr…Zzz ! Rrr…Zzz !

Un roucoulement bizarre m’oblige à entrouvrir des paupières à demi paralysées par un doux ensommeillement. Sans doute, le ronronnement asthmatique de mon vieux matou … Mes doigts engourdis tâtent mes cuisses à la recherche du contact soyeux de son pelage fauve et ils se raidissent aussitôt au toucher du tissu de crétonne.

Je sursaute en posant les yeux sur les murs qui m’entourent et leur couleur d’écaille d’œuf  impose la triste réalité de ma vie actuelle.

Ma chambre !

Mon cadre de vie, subi comme une catastrophe quotidienne depuis qu’on m’a placée dans cette maison de repos. 

Un nouveau sifflement sourd m’agace.

Certainement ma voisine qui perturbe ma sieste de ses ronflements sonores.

Cette vieille garce ferait tout pour m’importuner : j’ai envahi son territoire depuis quelques semaines à peine et elle me le fait payer jour après jour.

Est-ce ma faute si le médecin a décidé que je ne pouvais plus vivre seule dans ma maison ?

Si j’insupporte ma compagne, elle me dérange tout autant. Dans cette unique pièce dépourvue d’intimité, il y en une personne de trop : elle… ou moi !!

Réduire l’espace des gens active leur sentiment de propriété exclusive. 

 

Je me lève pour l’invectiver de vive voix :

─ Arrêtez votre mécanique : vos ronflements sont pires qu’une scie à métaux !

 

Le silence me répond et son regard vitreux se colle au mien comme une matière gluante qui glisse lentement. Un sourire narquois sur ses lèvres sèches dévoile un dentier mal soigné et ses cheveux épars affichent une teinte terne dont le blanc sale réclame l’urgence d’un shampoing. 

Comment cohabiter avec une sorcière perfide dont la conversation se limite à des propos d’une banalité déprimante ?

Elle me dévisage encore et encore… 

La haine accentue le plissement de ses traits ridés. 

Ma colère gronde et mon poing se dresse, menaçant.

Paaf ! Craac !

 

Je regarde ébahie ma main ensanglantée et les débris du miroir qui gisent sur le sol.

J’ai frappé mon propre reflet !

Un râle caverneux s’échappe de mes bronches enflammées et réactive ma mémoire l’espace d’un instant : je suis une dame âgée et ma seule compagnie est la maladie d’Alzheimer.

 

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Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : UN DE TROP texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Déjà parmi nous

— Tony, pourquoi donc ? Tu avais promis, plus jamais de dérapage m’avais-tu affirmé, tu ne pouvais pas jouer ça en solo ! Comment as-tu osé ?

— C’était bien trop tentant, tu me connais, Zack. Et puis, il n’y a que toi et moi qui connaissons l’embrouille. Eux, là, tous ceux-là, répond-il en montrant le mur B, celui sur lequel sont suspendus des dizaines d’écrans allumés et qui dévoilent des images d’êtres humains qui s’agitent aux quatre coins de la planète, tous ceux-là ignorent tout de cette manigance. Jusqu’à présent.

— Tony, c’est bien plus qu’une manigance, c’est un complot ! La F.D.E.L. nous subside pour cette mission et toi tu as fait chavirer l’expérience. Aux ordres de qui es-tu soumis ? Je ne parle même pas des tunes qu’on t’a versées ! Non, aux ordres de qui es-tu soumis et surtout pourquoi as-tu acté cela ? Tu pensais sans doute que je n’y verrais que du feu, moi ton meilleur ami depuis tellement d’années ! Nous avions enfin réalisé notre rêve, Tony ! Nous étions les responsables de ces recherches ultra confidentielles, des dossiers classés top secrets ! Réponds-moi, Tony ! Qui et pourquoi ?

— Zack, tu me connais tellement bien… Et d’ailleurs, comment as-tu deviné ? 

— Je t’ai observé, Tony. Mais explique-moi deux ou trois choses, avant que je ne t’explose le crâne avec l’arme que voici, lâche-t-il en sortant un révolver de la poche interne de son blouson.

— Que je crève n’a aucune importance. Et lorsque le monde entier sera bouleversé par cette … information et ce sera même pire qu’une information crois-moi, tu t’en voudras de… 

— Tu n’es qu’un salaud, Tony ! 

Tony affiche un sourire ironique et rive son regard sur les écrans. Il s’attarde sur l’écran XD2. 

— Putain ! s’exclame Zack, le XD2 ! Le XD2, c’est Bruxelles, la capitale de l’Europe. J’en étais sûr ! 

— Tu en connais des choses, Zack. Ben oui, tu connais exactement les mêmes dossiers que moi. Mais dépêche-toi, Zack. Il te reste très peu de temps pour mettre fin à tout ça. Tu te souviens de ma grande passion, n’est-ce pas ? Eh bien, ce contact avec Alpha-Terra, il a bien eu lieu.

— Tony, ressaisis-toi, t’as pas fait ça quand même ? Et tu t’es servi de tout le matos de notre base pour cette expérience-là !

— Pourquoi pas ? Et c’est plus qu’une expérience. Si j’avais refusé, quelqu’un d’autre l’aurait fait à ma place. Toi peut-être ! Car ce cent-quarante cinquième élément, tu l’as identifié voici au moins une semaine ! 

— Au début je n’en étais pas certain. J’ai pensé à une erreur de notre part et puis j’ai compris. Le gouvernement a financé cent quarante quatre clones répartis sur toute la planète. Mais toi, tu ne faisais que regarder et manipuler les claviers de cet écran-là, le XD2. Alors forcément, il y avait une embrouille. Et quel est le lien avec Alpha-Terra et ce cent quarante cinquième clones, Tony ? Tony, parle ! 

— Trop tard, Zack. Le compte à rebours a commencé. Dans cinquante-neuf secondes le cent-quarante cinquième clone explosera quelque part dans la capitale de la Belgique, Bruxelles. Personne, je dis bien personne ne s’en apercevra, murmure-t-il en braquant ses yeux sur l’écran qui affiche l’heure. De ce clone jailliront des Alpha-Terriens, invisibles durant quelques jours. Et lorsqu’ils seront visibles, ils seront aux commandes de tous les gouvernements de la planète. À ce moment précis, Zack, les Alpha-Terriens sont parmi nous. Et il n’y a que toi et moi qui connaissons cette vérité, celle du plus grand complot mondial de toute l’histoire de l’humanité.

 

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MARS... ce mois-ci sera le mois des concours !!!

Publié le par christine brunet /aloys

 

Ce mois-ci est entièrement réservé aux concours organisés pour la Revue "Les petits papiers de Chloé".  Un groupe d'auteurs s'est frotté aux thèmes imposés pour la revue n°21 mais également pour le hors-série ! Merci pour leur participation active et les textes de qualité qu'ils nous proposent de découvrir et pour lesquels vous devrez voter sur le dernier post de chaque thème... Vous aurez, pour cela jusqu'à 20h.

=>  "Un de trop"

=> "Terreurs nocturnes"

=> "Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille"

=> "Je me réveille dans la peau d'un autre" (programmation pour ce thème ouverte encore jusqu'au 15 mars inclus)

 

BONNE LECTURE !

 

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Résultats du concours "Les petits papiers de Chloé" : "Miroir, mon beau miroir"

Publié le par christine brunet /aloys

Les auteurs qui ont participé !

 

Texte 1 : Micheline Boland

Texte 2 : Antonia Iliescu

Texte 3 : Séverine Baaziz

Trois votes, tous pour le 3e texte : bravo Séverine !!! 

 

 

 

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Texte 3 et dernier pour le concours de la Revue. Vous devez voter avant demain soir 17h !

Publié le par christine brunet /aloys

Les deux pieds sur la chaise

 

J'avais déjà les deux pieds sur la chaise quand on a frappé à ma porte. Au-dessus de ma tête, la corde pendouillait en attendant mon cou. Elle restait muette, mais je la devinais impatiente. Quelle corde ne l’est pas ? Ce n'était donc vraiment pas le moment d'une visite.
J'ai attendu un instant en espérant que l'imprévisible passe son chemin, sauf qu’il a frappé plus fort. Trois coups. Puis trois autres. Encore plus fort. J’ai fait comme si je n’étais pas là, mais l’imprévisible est une chose qui ne veut rien savoir. Ensuite, un visage s’est collé à ma fenêtre et a fouillé du regard un peu partout. Je n’avais donc plus le choix. Fallait que ma priorité du jour soit mise en suspens de quelques minutes.
J’ai entrouvert la porte et la factrice m‘a tendu un colis. Pas très grand. Pas très lourd. Mais surtout, elle m’a regardée comme si je descendais de Mars, alors que je descendais simplement de ma chaise un peu bancale. Il faut dire qu’on ne doit pas souvent lui ouvrir à neuf heures du matin en tenue de soirée. Mais que voulez-vous, je ne suis pas du genre à me laisser mourir comme je suis. Question de savoir-vivre.

J’ai claqué la porte. La factrice est partie avec son étonnement accroché au visage.
Ma corde avait de plus en plus hâte d’en finir.
Je suis donc remontée sur ma chaise un peu bancale, avec ma tenue de soirée, mes cinquante ans et mes idées pleines de désespoir. Parce que, voyez-vous, sans ces dernières, je ne serais pas là. Je veux dire que si tout allait bien dans mon existence, je ne serais pas debout sur ma chaise, prête à me pendre.
Tout a basculé le jour où Paul-Henri m’a quittée pour sa secrétaire. Classique, je vous l’accorde. Mais pas moins douloureux pour autant. Depuis, mon coeur bat sans savoir pour quoi, pour qui, et tout a foutu le camp. L’odeur d’après-rasage, les chaussettes en boules, la petite monnaie dans le fond des poches. Même les briquets qui pourtant traînaient partout. J’ai plus rien. Je suis plus rien.

J’en étais là de mes constatations quand soudain, l’imprévisible a refait surface. D’un coup d’un seul, comme d’habitude sans prévenir, alors que je m’apprêtais à envoyer le fichu colis valdinguer par terre, je me suis aperçue qu’il ne m’était pas destiné. Pour Joséphine Paquin, qu’il était écrit. Je n’étais ni Joséphine, ni madame Paquin. L’imprévisible faisait vraiment n’importe quoi. Nous aurions pu en rester là, mais comme plus rien ne tournait rond, je me suis mise à ouvrir le paquet.
Au milieu d’un emballage en polystyrène trônait un petit miroir. Plat, pas plus grand qu’une brosse à cheveux, avec un manche tout aussi plat. Habillé de nacre rose. Un bien bel objet. Et un mot.
Enfin, quelques mots.

 

Ma douce Joséphine,
Mon beau miroir est tout à vous.
Demandez-lui ce que bon vous semblera.


Sur le moment, je me suis dit que l’imprévisible ne manquait pas de ressources. Avec tout ça, j’étais totalement perdue. Ce miroir venait s’ajouter à ma tenue de soirée, mes cinquante ans, mes idées pleines de désespoir, ma chaise un peu bancale, ma corde et tout ce qui avait foutu le camp. C’était trop.
Fallait que je me pose. Je suis descendue et je me suis assise.
Sur le canapé.
J’ai mangé les restes de la veille, une quiche au thon, j’ai bu, sans pouvoir vous dire combien, plusieurs verres de Chardonnay et je me suis endormie jusqu’au lendemain en espérant qu’il soit moins compliqué.

Au réveil, malheureusement, ça n’allait pas fort. En plus du miroir, de ma tenue de soirée, de mes cinquante ans, de mes idées pleines de désespoir, de ma chaise un peu bancale, de ma corde, et de tout ce qui avait foutu le camp, j’avais untambour dans la caboche. Bam, badam, badam boum boum, qu’il faisait. Bam, badam,  badam boum boum. Non ! Bam, badam, badam boum boum. Bam, badam, badam boum boum. Non ! Au milieu de tout ce vacarme, des mots. Ceux de la veille. Ceux glissés dans le colis. Douce. Miroir. Ce que bon vous semblera. C’est là que je me suis mise à hurler une phrase que je n’aurais jamais cru prononcer un jour :
“miroir, mon beau miroir, débarrasse-moi de mon mal de crâne !” Eh bien, croyez-le ou pas, mais sitôt dit, sitôt fait. Oh mon Dieu ! ai-je pensé très fort. 
C’est comme ça que mes souhaits ont commencé à se réaliser. 

 

Depuis, pas mal de choses ont changé. Ma chaise n’est plus bancale, je n’ai plus vraiment cinquante ans et Pierre-Henri ne me manque vraiment plus. Personne n’est finalement irremplaçable. Dire que je pensais ne plus rien attendre de l’existence.
Pardon, mais je vais devoir vous laisser. On toque à ma porte.

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Texte 2 pour le concours de la Revue...

Publié le par christine brunet /aloys

Le miroir vif

 

Youri, dit Argès à cause du troisième œil sur le front, était né à Tchernobyl, six mois après l’accident nucléaire de ‘86. Son père (russe) et sa mère (indienne) avaient travaillé tous les deux comme techniciens à la centrale ; en conséquence, ils furent en première ligne lors de la catastrophe et moururent de leucémie, peu après la naissance de Youri.


Le petit orphelin fut confié à ses grands-parents, en Inde. Vieux et pauvres, ils le placèrent aussitôt
dans un centre d’adoption, sous la protection de Mère Theresa de Calcutta. En deux semaines
seulement elle trouva des parents désireux de l’adopter. « C’est un enfant miraculé, il a l’œil de
Vishnou, oui, oui, il sera un grand sage, vous verrez » avait-elle dit, en leur confiant le bébé. Trois
jours après, elle rendait son âme. C’était sa dernière œuvre caritative sur cette terre.
Il n’avait ni frères ni sœurs et habitait une fermette à Coutisse. Sans amis, il passait ses journées à
regarder les fleurs, à parler aux abeilles et aux papillons. Sa faim de savoir, jamais rassasiée, le
poussait à demander chaque jour à ses parents un nouveau livre. Ainsi, à 5 ans il avait déjà « mangé » quelques œuvres d’Aristote, Platon, Kant et Schopenhauer, de Darwin et celles de la mythologie hindoue Mahabharata et Ramayana. Pourtant, tous les enfants du village se moquaient de lui :

  • Dis-moi, tête de cyclope, qu’est-ce que tu vois avec ton œil ?
  • D’abord, sache que je ne suis pas un cyclope, je suis un garçon comme toi et comme tous les autres. À part ça, je vois comme tout le monde et encore plus.
  • Ça veut dire quoi « encore plus » ?
  • Je vois tout en toi. Je suis une sorte de miroir qui absorbe tout : la beauté et la laideur, le bien et le mal. Assure-toi, je vois tes qualités et tes défauts, tes craintes et tes angoisses, ton passé et ton futur. Je
    sais aussi quand tu mens et quand tu es jaloux. C’est ton aura qui te trahit ; elle noircit.
  • Waouh ! C’est vrai ça ?
  • Oui, c’est vrai. Mais… faut pas le dire. Je ne suis pas encore prêt. Promis ?
  • Promis.
     

Qui peut garder un pareil secret ?

Une heure plus tard tout le village ne parlait que de ce garçonnet étrange qui voyait tout : « il vient d’une autre planète », « il est un saint », « ah, non, c’est le diable en chair et en os ». Les écoles s’en méfiaient elles aussi : « Comment intégrer un tel spécimen au sein de notre communauté ? Que diront les parents des enfants normaux ? Il est un monstre. S’il voit tout…
c’est très dangereux ». Ses parents adoptifs (des gens instruits), n’ayant pas d’autres choix, décidèrent d’assurer eux-mêmes la scolarité du petit. L’école à la maison l’avait bien préparé pour ses études universitaires, la preuve était là : à ses vingt ans Argès était docteur en médecine psychiatrique et parlait neuf langues. Il méritait bien le surnom de « génie de Coutisse » et ce génie, outre son œil bleu du front d’une beauté ahurissante, avait aussi un grand cœur. Nul être sur terre n’exprimait aussi bien que lui l’adage « l’œil est le miroir de l’âme ».
Dans son cabinet installé au premier étage de la maison parentale il reçut un jour une femme d’une trentaine d’années qui avait aménagé depuis peu dans le village.

  • Vous avez un problème de cœur, Anna. Cœur, je veux dire âme… Votre mari n’est pas celui qu’il vous faut. Quittez-le vite !

(Son franc-parler la laissa perplexe. Elle fronça les sourcils) :

  • Comment sais-tu, jeune-homme, tout ça ? Où est ton papa, le docteur ? J’ai pris rendez-vous avec lui.
  • Faux. Vous avez pris rendez-vous avec moi. C’est moi le docteur et c’est à moi de vous guérir.

Au début, Anna le regardait incrédule « il est bizarre, ce jeune homme ». Elle examina furtivement sa peau aux nuances violacées qui irradiait de la chaleur, son visage souriant et son grand front de poète. Tout lui inspirait confiance sauf l’œil du front, aussi brillant que percutant, qui la mettait mal à l’aise. Elle avait l’impression d’être un insecte sous une loupe à travers laquelle une autre personne, d’un autre monde, la regardait en même temps que le docteur. En dodelinant de la tête sous l’effet des ondes douces qui lui baignaient le corps, elle parla :

  • Vous savez… J’ai un fils d’un premier mariage. Mon actuel mari ne nous aime pas, surtout moi. Il
    me trouve laide… (Fermant les yeux, elle se vit devant son miroir où chaque soir elle lui posait la même question : « miroir, mon beau miroir, pourquoi suis-je si laide ? »). Vous avez tout deviné d’un
    seul regard. Comme c’est étrange… J’ai l’impression qu’une immense force me possède.
  • N’ayez pas peur de cette force, Anna, c’est mon œil du front. Regardez-le sans crainte, allez-y, entrez
    dedans ! (Une gouttelette de ciel se glissa instantanément sous sa paupière).

Anna se laissa mollement sur le dossier de la chaise, en plongeant malgré elle dans l’immensité de l’œil bleu. Un nouvel horizon s’ouvrit devant elle. C’était la porte vers un autre monde rempli de mystère et d’une bonté infinie.

Perdue dans ce miroir vivant et sans limites, elle fit les premiers pas dans un pays nouveau auquel elle avait tant rêvé depuis qu’elle était gamine. Comme elle se sentait légère, bercée par cette larme protectrice… Toutes les douleurs disparurent comme par enchantement quand des centaines de papillons blancs, issus de nulle part, lui caressèrent le visage. Oubliés les coups reçus au fil des années, effacés les bleus sur son corps, disparus les cernes sous ses yeux. Les yeux fermés, elle murmurait des mots bizarres, incompréhensibles. De temps en temps sa petite voix implorait l’œil du ciel : « miroir, mon bleu miroir, apporte-moi la paix… ».

Combien de temps s’était écoulé depuis son entrée dans le cabinet ? Une heure ? Un mois ? Un
siècle ? Un claquement de doigts et l’effet de l’hypnose disparut.

Anna, un peu étourdie, vit Argès toujours là, auprès d’elle. Il regardait paisiblement son visage harmonieux, devenu tout à coup celui d’une gamine. Une transformation plus que spectaculaire. Quelle différence entre la femme d’il y a une heure et celle de maintenant…

  • Docteur… Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi fort dans sa faiblesse et d’aussi profond dans son enfantillage. Car vous n’êtes qu’un gamin après tout. Quel âge avez-vous ?
  • J’ai vingt ans terrestres, mais j’en ai beaucoup plus. C’est difficile à expliquer…
  • D’où vient cette force en vous ?
  • C’est la différence qui fait toute la différence. J’ai été fait pour guérir les gens. C’est l’œil, Son Œil.Vous comprenez ? Vous étiez très malade.
  • De quoi étais-je malade ?
  • D’indifférence… Personne ne vous regardait plus depuis longtemps, personne ne vous disait plus des mots vrais, venant du cœur. Même vous, vous vous détestiez pour votre soi-disant laideur qui n’était que le reflet d’un miroir déformant : votre mari. Il vous a inculqué le sentiment d’infériorité pour que lui se sente fort, supérieur. Votre âme souffrante criait au secours sur une île de désolation : votre famille. Vous étiez une morte vivante, comme la plupart des gens de nos jours. Maintenant allez en paix et soyez heureuse. Vous êtes guérie.

Anna rejoignit la rue d’un pas léger. Son mari, un type lombrosien bourré d’alcool, l’attendait nerveux dans la voiture.

  • Qu’est-ce qu’il t’a fait celui-là ? Il y a aussi un centre de beauté là-bas ? T’as beaucoup dépensé, hein ?
  • Qu’est-ce qu’il m’a fait ?... Il m’a regardée, c’est tout. Et il a tout vu. Tout ! Sache qu’il n’a pas voulu de mon argent. La bonté se donne, elle ne se vend pas ; c’est ce qu’il m’a dit.
  • Ah, oui ?...

(L’homme, devenu tout rouge, transpirait la haine. Ses yeux exorbités pulsaient au rythme de sa colère) :

  •  Je le tue, tu m’entends ?! Je tuerai ce monstre venu d’ailleurs pour s’emparer de nos femmes. Il n’est qu’un petit charlatan pervers.
  • Tu as tort. C’est un homme très honnête. C’est un saint. S’il te plait, ne lui fais pas de mal. Il est aussi puissant que fragile. Il ne fait que du bien, pourquoi le haïssez-vous tous ? Pourquoi ?!
  • Parce qu’il n’est pas comme nous, voilà pourquoi ! Hm… Un œil qui voit tout… Qu’il s’en aille, ce cyclope qui se prend pour un Dieu.
  • Il est différent, c’est vrai. Mais je préfère mille fois sa différence à ton indifférence.

À cet instant même, des centaines de papillons blancs venus de nulle part envahirent la voiture, en chantant de leurs ailes : « Quitte-le, quitte-le ! ».
Sans hésiter, elle claqua la porte de la voiture et se mit à courir vers ce pays nouveau qu’elle
connaissait à peine : le pays de l’œil bleu.

Publié dans concours

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