Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

concours

Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... texte 7

Publié le par christine brunet /aloys

 

« Et guili guili, et que je te caresse la tête, que je te gratouille derrière les oreilles ! Qu’est-ce qui lui prend à bobonne aujourd’hui. Voilà un siècle et demi qu’elle ne m’a plus touché ! Quant à moi, toutes mes tentatives d’approche se sont soldées par des échecs cuisants. Mes mains en brûlent encore ! J’ai vite abandonné pour me donner vers d’autres plaisirs solitaires. Quoi ? Non ! N’allez pas imaginer des choses ! Des plaisirs solitaires, j’en connais des masses comme la lecture, par exemple. Ma vie est un roman que je n’écrirai jamais, donc, je lis la vie des autres, même si ce ne sont que des personnages fictifs, parfois sortis d’un cerveau malade. Et voilà que ça  recommence : les gratouilles, les chatouilles, les papouilles,… Ah ! J’avais oublié ces sensations ! Je m’étire, je bâille, je miaule.
Quoi ? Je miaule ? Qu’est-ce qui m’a pris ? J’ouvre les yeux. Où suis-je ? Dans les bras de bobonne carrément ! Comment peut-elle me tenir ainsi sur sa poitrine, une poitrine qui m’a fait tant fantasmer pendant des années et que je n’ai plus vue depuis des lustres ?

Mais c’est pas possible ! En une nuit, je suis devenu aussi poilu que… que… mais oui que ce satané matou qui dort, chaque nuit, au pied de notre lit, quand ce n’est pas sous les draps, côté bobonne évidemment ! Dites-moi que je rêve ? Et qui est cet homme qui dort dans le lit conjugal ? Il ronfle comme un cochon, la bouche ouverte. Mais qu’il est laid ! Mais c’est moi ! Ce n’est pas possible ! Je ne peux pas me voir couché dans le lit ! Où est le miroir ? Je rêve. C’est ça, je dors et je rêve que…que je suis un chat ! Il faut que j’en aie le cœur net ! Je dors ou je suis réveillé. Je vais me pincer. Mais je n’ai plus de doigts. Mes membres (je n’ose pas dire mes pattes) sont terminés par des coussinets tout doux et des griffes rétractiles. Je m’amuse à les faire sortir de leurs cavités et de les rentrer. Ce sera un peu ma gym du matin. Tiens, si j’essayais ça ? Allez, il y a longtemps que j’en rêve ! J’y vais ? Vous le feriez, vous ? Peut-être pas, mais vous ne dormez pas avec une mégère à vos côtés depuis un deux siècles, si ? Allez, je sors mes griffes et je les enfonce bien profondément dans le cou bien gras de Louise-Marie. 

Ah ! Quelle jouissance, ce cri d’horreur ! J’avais oublié qu’on pouvait jouir de cette façon ! Bon, ce qui suit ne me fait pas jouir, car me voilà projeté en l’air comme une crêpe le jour de la chandeleur. Un chat retombe toujours sur ses pattes, vous le savez, donc non, je ne subis aucun dommage. Je m’examine. Tout est intact, je suis entier. Louise-Marie m’insulte, mais ça j’en ai l’habitude, pas sous ce costume, mais avec elle, les noms d’oiseaux volent. Tiens, parlant d’oiseaux, j’m’en ferais bien un pour mon déjeuner. Coco, dans sa cage dorée recouverte d’un drap qui le tient au chaud dans une douce obscurité n’a qu’à bien se tenir. Faire disparaître cet idiot de perroquet que bobonne adule autant que ce félin débile, j’en rêve depuis un siècle ! Oui, ça vit longtemps, les psittaciformes (répétez-moi ce terme cent fois de plus en plus vite) ! Qu’est-ce que j’ai souhaité lui tordre le cou à cet imitateur de mes deux ! 

Louise-Marie se lève tout en continuant à m’invectiver ! C’est la première fois que son chat lui fait un coup pareil ! Alors que moi, la griffer, la faire saigner, sucer son sang, j’en rêve depuis - oui, vous le savez- un siècle et demi ! C’est chose faite par l’intermédiaire de l’idiot de matou. 

Mais j’y pense, si j’ai, par je ne sais quel miracle, intégré le corps du félin, lui doit être dans le mien. Justement voilà l’homme, moi, enfin le corps humain couché dans le lit, qui se réveille. Tu parles ! Comment aurait-il pu continuer à dormir avec les cris de goret qu’on égorge de ma chère épouse ? Le voilà qui se lève d’un bond et se dirige vers la salle de bains. Il se précipite sur le miroir. Il a compris ! Je le vois dans son regard effaré. Eh eh ! C’est à lui à partir au boulot, à subir les remontrances d’un chef de service de mauvais poil, les moqueries de collègues tous plus cons les uns que les autres et à retrouver une femme frigide en rentrant exténué par un travail bêtifiant ! Eh oui, sale bête, c’est à toi à faire bouillir la marmite maintenant. Quant à moi, je vais ronronner, dormir au coin du feu, manger mes croquettes au poulet et … regarder comment ouvrir cette fameuse cage qui encombre le living. J’en salive déjà…

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 6

Publié le par christine brunet /aloys

 

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Camille. Une drôle de petite fille née avec une fleur à la place du cœur. Comme le jour triomphe de la nuit, dès les premiers rayons du soleil, la frêle tige renaissait immanquablement en pleine poitrine. Minuscule, presque inexistante, dépourvue de feuilles et de pétales, jusqu’à ce que sa mère et ses deux sœurs déposent les baisers du matin sur ses joues. Une rosée de tendresse. Et puis, le soleil. La pluie. Le vent. La vie. Le rire des amies en récréation. Les louanges de la maîtresse. Alors forcément, la fleur ne pouvait s'empêcher de se faire vaillante. A nouveau. Belle comme une étoile aux mille promesses. 

Belle, mais fragile. Si fragile dans le noir.

A l’heure où la plupart des paupières sont closes, dans sa chambre, seule, Camille voudrait s’évanouir. Laisser la nuit à d’autres. Ne vivre que le jour. A quoi sert l’obscurité quand on a une fleur à la place du cœur ? Mais déjà, dans le couloir, des bruits de pas. La porte qui s’entrouve. Un homme à l’amour fétide. Une main sur la bouche. Puis partout. Les larmes qui coulent. Les pétales qui tombent. En silence, la belle et délicate fane, disparaît, pour n’être plus qu’une minuscule graine tapie dans une terre d’effroi. La porte se referme et Camille finit par s’endormir. 

A la lueur de l’aube, elle se réveillera. Doucement. Et laissera sa peau de nuit au fond de son lit.

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

Emoji point d’interrogation

 

Vous pouvez pas imaginer ce qui m’arrive. Moi-même, j’hésite. Je me pince. Suis-je moi, je me demande parfois. Combien de temps je resterai ici, aucune idée. Jamais je n’ai bossé autant. Les horaires, je les connais pas. À chaque heure du jour ou de la nuit, je suis appelé. À croire que les fuseaux horaires ont dégouliné à cause du réchauffement climatique, et dans quelles gouttières, ça je sais pas, parce qu’ici… C’est dans une espèce de chambre noire que je crèche à présent, appelons un chat, un chat. Ça clignote sans cesse et des lumières de toutes les couleurs me brouillent la vue, je demanderais bien pitié, parfois. Vous croyez que j’ai l’air cool comme ça. Pas du tout. Que voulez-vous que je fasse ? Je sais même pas pourquoi j’ai atterri dans cette embrouille de merde. Oui, j’ai un contrat de travail. Aucune importance de toute façon, je ne vois personne à part ces emojis. J’oubliais de vous dire, je suis lanceur d’emojis pour un seul réseau, Facebook. Vous comprenez le boulot et les horaires ? Parce que là derrière votre clavier, c’est fastoche. Mais moi ? Vous imaginez ? C’est là, derrière votre azerty que je survis depuis, depuis…, je sais même plus. Non, je ne circule pas sur toute la planète du Net. C’est uniquement un contrat de travail lié à Facebook, vous captez ? Oui c’est ça, de jour comme de nuit et sur toute la planète Terre. Ah à certaines heures, c’est l’embouteillage total. Y’a des cons qui postent pour un oui ou un non et les autres qui commentent. Une déception amoureuse, hop, on poste. Le chien qui pisse de travers, hop, on poste. Le voisin gueule trop fort, hop, on poste. Ah, la meuf revient, hop, on reposte. Alors pour moi le boulot démarre. Emoji clin d’œil, emoji cœur rouge, emoji ceci, emoji cela. Et quand nous vivons une période préélectorale, vas-y les emojis verts, rouges, bleus. Orange ! Oh c’est pas toujours si facile, on croit que mais non non. Vous, vous cliquez sur un emoji que vous avez choisi. Mais ici c’est tout un boulot. Imaginez, des tas d’imbéciles caressent en même temps le même emoji. Vous voyez l’embrouille ? Ben oui des centaines de commentaires sont postés en même temps. Et qui n’a pas envie d’un petit emoji pour appuyer ses dires hein MDR ? Comptez les phrases qui se terminent normalement par un point, un point d’interrogation ou un point d’exclamation, LOL. Je vous le dis, dix pour cent à peine. Et donc nonante pour cent demandent leur petit emoji emoji clin d’œil. J’ai l’air de rire comme ça, mais non emoji clown. Je vis l’enfer moi ici emoji bouche qui dégueule du vomi tout vert. Et comment retrouver une vie normale à présent emoji mine triste ? Alors je bosse emoji tête qui dégouline de sueur. Et j’attends la panne de courant qui me sauvera emoji paire d’yeux exorbités.

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

EFFETS INDÉSIRABLES



 

Sushi et champagne, quoi rêver de mieux pour passer le cap ? J'avais bu du champagne, un peu trop de champagne, sans doute. J'avais mangé des sushi, un peu trop aussi sans doute, mais pourquoi m'en serais-je privée ?  Pas plus que mon invité, je ne devais pas reprendre la route. Cela se passait dans mon kot, situé dans le même immeuble que celui de mon hôte. Je n'avais pas à tricher, je pouvais être moi-même, exprimer ce qui me passait par la tête. Ce n'était pas l'une ou l'autre plaisanterie de mauvais goût qui aurait pu gâcher l'atmosphère. 

Pour arroser mes vingt ans, j'étais seule avec Pierre-Antoine, un copain de la faculté, un garçon très cultivé, aux habitudes assez désuètes avec lequel je partageais volontiers mes impressions les plus intimes et révisais à l'occasion certaines matières. Il faisait des études de biologie, quant à moi je me consacrais à la sociologie. Nous étions simplement des amis. Il n'y avait pas de sentiments amoureux entre nous. Nous avions l'habitude de partager nos soucis, nos joies, nos réflexions, de nous entraider. 

C'était un mercredi. Il m'était impossible de fêter mes vingt ans en famille. La grande réjouissance familiale  était prévue pour le vendredi soir, le samedi  étant consacré à la soirée avec les copains. Il avait donc été convenu avec Pierre-Antoine que nous célébrerions l'événement en tête-à-tête. 

Pierre-Antoine me dit : "Je t'ai offert du champagne parce que je sais que tu adores ça. Je crois aussi que tu apprécies le kir royal. Je t'invite à goûter ceci si tu le permets, c'est meilleur que l'habituelle crème de cassis et à peine plus alcoolisé. Tu m'en diras quelque chose." Pierre-Antoine sortit une petite fiole de la poche intérieure de sa veste et demanda : "Je peux ?" J'acceptai. Il versa quelques gouttes d'un liquide rose dans mon verre ainsi que dans le sien. J'y goûtai. C'était d'une saveur fort comparable à celle d'un kir. 

Nous nous mîmes au travail. Je relus le brouillon d'une analyse réalisée pour mon cours d'anthropologie. Pierre-Antoine fit quelques commentaires et j'apportai les corrections utiles. 

Pierre-Antoine s'en alla, me laissant la bouteille de champagne aux deux tiers vide et la petite fiole. Après son départ, je bus encore un fond de champagne puis rangeai bouteille et fiole dans le frigo. 

Bientôt, je me couchai. Mon sommeil fut plutôt agité. J'avais très chaud. J'attribuai cela à l'excès d'alcool. Mais lorsque je me levai pour me rendre aux toilettes, je me sentis vaseuse. Je constatai que mon corps était recouvert de quelques poils blancs. Je pensai que ma couette, dont l'intérieur contenait des plumes, était peut-être trouée et ne m'en inquiétai pas. La fatigue était telle que je replongeai rapidement dans les bras de Morphée.

Je connus plusieurs phases de réveil qui ne durèrent que quelques secondes. Chaque fois, j'éprouvai de légères douleurs, courbatures et élancements un peu désagréables sans plus. Il me sembla aussi qu'au fil des heures je rapetissais de plus en plus. Progressivement j'occupais moins de place dans mon lit et ma couette vint à me recouvrir entièrement. Quand mon réveil sonna et que je m'étirai, je dus me rendre à l'évidence : mes mains n'étaient plus des mains, elles étaient de simples et insignifiants doigts. Difficile d'éteindre mon réveil, je n'eus d'autre solution pour l'arrêter que de le faire tomber d'un coup de patte. Mon corps avait nettement moins de volume. J'étais devenue une petite chose ! 

Je voulus passer la main sur mon visage, mon tronc, mes membres. Cela me fut impossible. Je tentai de me rassurer. Je conclus d'abord que je faisais une sorte d'allergie qui perturbait mes sens. Par la suite j'envisageai que j'avais probablement été droguée et que tout cela n'était qu'illusion.  Peut-être aussi étais-je en proie à une crise de delirium tremens ? 

Je sortis du lit : dans le miroir de ma garde-robe, je vis un chat, un chat sacré de Birmanie, à la robe blanche, gracieux, très beau. Je bougeai une patte et le mouvement se refléta dans le miroir. Ce chat, c'était moi…

J'avais deux oreilles, deux yeux, un nez, quatre pattes, une queue, un corps dodu. J'avais de joies courbes, mais je n'étais plus celle que j'avais été. J'aurais voulu savoir ce qu'il s'était passé. J'aurais voulu me rendre chez Pierre-Antoine. Quand je me trouvai devant la porte d'entrée de mon kot, je remarquai qu'elle n'était pas tout à fait fermée. J'aurais donc pu me déplacer dans l'immeuble. Mais soudain j'avais honte, honte d'être ce que j'étais. J'étais aussi terrorisée. Une idée s'imposa à moi : un chat vit moins d'années qu'une femme, allais-je bientôt mourir ? 

Paniquée, je voulus boire et manger un peu, pour tenter de réparer le mal qui m'avait été fait et qui en première analyse pouvait sans doute avoir été causé par le kir royal et les sushis. Dans un premier temps, je bougeai dans tous les sens pour rétablir un semblant de normalité. Cela fut sans effet. Ensuite, je cherchai de quoi me restaurer.

Je lapai un fond de café resté dans un bol près de l'évier. J'avalai quelques chips. Je bondis sur le canapé et m'y allongeai. Je m'y rendormis. À mon réveil, je sortis de mon kot pour me rendre chez Pierre-Antoine. C'est alors que, sur le palier, je vis un autre chat sacré de Birmanie. Il miaula en m'observant… Je crûs saisir dans les sons qu'il émit un mot qui revint plusieurs fois : "dea…ler, dea…ler".  Je choisis de rentrer chez moi et l'autre chat me suivit. 

Deux jours plus tard, on affichait des avis de recherche concernant ma disparition et celle de Pierre-Antoine. Bien malin qui aurait pu nous retrouver !

 

-----------------------------------

 

"Si aucun éditeur n'accepte ton manuscrit, c'est que quelque chose cloche vraiment. Cesse de t'acharner", me dit Jean-Marc lorsque je lus à haute voix la lettre des Éditions Hardiesses m'annonçant que mon manuscrit ne correspondait pas à leur ligne éditoriale. Ce n’est qu’au bout de la quatrième réflexion de Jean-Paul, que j'avais deviné qu'il ne cherchait qu'à me décourager, à m'empêcher de faire ce à quoi j'aspirais le plus et que m'était revenue en mémoire une des phrases favorites de Papa." "Un pas à la fois, un jour après l'autre, on construit son savoir, son succès, on approche du but.".

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Réveil sans retour !

 

Tap ! Tap ! Tatatap…

Des coups sourds résonnent dans mes oreilles, m’obligeant à entrouvrir les paupières. A travers les tentures, le jour filtre à peine et je me rends compte qu’on frappe à la porte.

   ─ Qui essaie de m’extirper de mon sommeil à cette heure matinale ?

Pieds nus et chancelante, je me précipite pour ouvrir à l’impatient qui tambourine à présent avec fracas. Inutile de réveiller toute la maisonnée !

D’étranges soldats m’empoignent aussitôt en m’intimant l’ordre de les suivre. Un curé en soutane se tient en retrait et me tend une bible, en se signant.

   ─ C’est aujourd’hui, Madame, que vous devez expier vos fautes et Dieu vous accompagne dans cette épreuve.

Je balbutie, hébétée et mon regard affolé balaie les hommes qui me menottent. Leur uniforme me semble incongru avec leurs tricornes, leurs bottes hautes et leurs vestes à queue de pie bleues et blanches.

Des hurlements montent en crescendo de la rue, des mots chargés de haine et de colère :

   ─ A mort l’Autrichienne ! Bon voyage avec le diable, madame Déficit !

Je marche en titubant entre mes kidnappeurs, éberluée de me voir attifée d’une longue chemise de nuit en coton blanc. 

   ─ Ne m’étais-je pas endormie dans une tenue plus sexy : nuisette de satin rose coquin ?

Des bras puissants me hissent sur une charrette et les cahotements me donnent le vertige.

Des bouches hideuses m’invectivent tout au long du trajet. Des femmes, les cheveux enserrés par une coiffe blanche me dévisagent avec mépris, des hommes vêtus de pantalons moulants et chaussés de sabots crachent sur mon passage.

Et puis, je la vois !... Une horrible machine à tuer sortie de l’histoire ! Une guillotine trônant sur un échafaud !

Aucun son ne sort de mes lèvres mais le bourreau cagoulé de noir me prend la main en murmurant :

   ─ Ce sera rapide, votre Majesté !

Une image me gifle soudain en explosant dans ma mémoire.

Ne me suis-je pas endormie dans une chambre d’hôtel consacrée à Marie-Antoinette, la dernière reine de France, épouse du roi Louis XVI ?

En quête d’originalité, mon mari m’avait offert un week-end dans un ancien château décoré selon les critères du 18ème siècle. Notre chambre « l’autrichienne » était dédiée à cette malheureuse monarque au destin tragique et je me revois un verre de champagne à la main… un verre de trop… narguer le portrait emprunté de cette gente dame. 

Déjà détestée par ses sujets à cause de ses origines germaniques et de ses excès financiers, elle n’a pas apprécié ma fanfaronnade.

Avant de m’abandonner à l’étreinte du sommeil, j’ai lancé un dernier clin d’œil à la royale silhouette. Ses lèvres affichaient un rictus moqueur et ses yeux me fixaient sournoisement. 

Mes paupières engourdies se sont fermées jusqu’à ce martèlement sur ma porte.

Marie-Antoinette s’est bel et bien vengée en m’aspirant dans son époque.

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé" dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

Catastrophe – Dans la peau de Jeannette

 

Hier soir on a fêté les 90 ans de grand-mère en chantant, dans la meilleure des humeurs, de vieilles chansons de son temps. On levait nos verres et entonnait une autre, un autre verre et une autre chanson, un verre de plus et une comptine encore, le dernier verre et l’ultime ritournelle. Grand-mère a cassé cinq coupes de cristal en battant la mesure du tranchant de son couteau, l’ambiance était chauffée à blanc. Grand-mère sera DJ dans la prochaine vie…

Ceci-dit… ce matin, tout est bien étrange. La couche est douillette et pourtant c’est mon tour d’aller couper des joncs. Je bâille jusqu’à m’en aérer la glotte. Où sont mes Louboutin ? Zut. Mes pieds sont bien sales et petits, là… Courage Jeanneton, prends ta faucille larirette, larirette… C’est pas une vie pour une gamine d’aller aux joncs de grand matin, mais je prends ma faucille larirette larirette et descends vers la rive. Mon ami Pierre, deux ans de plus que moi, déjà du poil sur la lèvre et la voix qui couaque, me regarde par la fenêtre de leur ferme, et larirette larirette je lui fais un signe de ma menotte.

En chemin je rencontre quatre jeunes et gros garçons, larirette larirette, qui rient bêtement. Le premier est timide, je lui lance un regard noir mais ça ne freine pas sa main potelée de me caresser le menton. Le second, larirette larirette… est plus rond encore et plus lourd, et j’ai beau lui envoyer un jet de salive noire – je suce un bâtonnet de réglisse – sur le museau, il m’entraine dans un buisson. Arrive le troisième, un laideron qui sent le suint, et est si boutonneux – larirette larirette – qu’on dirait le chapeau d’une amanite tue mouche. Lui, il soulève mon jupon qui n’a plus rien de blanc. Ce que voulait faire le quatrième, larirette larirette, ne sera guère dit dans la chanson car mon ami Pierre a surgi, s’est emparé de ma faucille et ne se demandant que faire, il trancha dans le lard des quatre jeunes et gros garçons qui s’enfuirent en couinant comme des porcelets à l’abattoir. Larirette larirette, mon Pierre m’avait sauvée, et le bas de mon jupon ensanglanté je lui offris mon cœur et lui promis, à sa demande, d’être son épouse quand nous serions un peu plus grands…

Hélas, la bravoure de mon ami Pierre le porta dans la geôle du village, pour avoir haché menu à coups de faucille le fils secret du curé et ses trois amis : le fils secret du notaire, de l’apothicaire et du frère de sa mère. 

Trois ans plus tard on m’appelle Jeannette, comme une vraie jeune fille. Mes parents me voient trop souvent pleurer et tourmenter mes boutons d’acné. Il faut la marier avant qu’elle tourne au rance, dit mon père. Ne pleure pas Jeannette, tralalalalala, nous te marierons avec le fils d’un prince ou celui d’un baron tralalala me répètent-ils, mère frottant le linge sur la planche en bois et père s’arrachant les cals des pieds avec le couteau à pommes de terre. Je ne veux pas d’un prince et encore moins d’un baron. Tralalalala. Je veux mon ami Pierre, qui est en prison ! Rouges et indignés, père se blessant le gros orteil et mère se tordant le poignet, ils s’écrient que je ne n’aurai pas mon Pierre que l’on va d’ailleurs pendouiller bientôt, tralalalala. Qu’on me pendouille aussi, na ! Tralalala. Eh bien c’est parfait, dit mère, qui a encore mes trois sœurs à caser et regarde père en souriant, une dot de moins ça ne se refuse pas, on vous pendouillera tous les deux à la plus haute branche et un rossignol, tralalalala, viendra faire l’animation musicale ! 

Tout ça est quand même un peu rude, je me tortille sous la couette en protestant. Pierre, mon époux, frappe à la porte et entre, un plateau avec croissants et café et même une rose dans un vase entre les mains. Mes Louboutin sont là. Ma chérie, tu es remise de ce mémorable anniversaire chez Grand Maman Jeanne ? Tu entends le chant du rossignol dans le cerisier ? 

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

CATASTROPHE !



 

Réveil en trance, terreur nocturne 

Je me redresse en tremblant, 

Sombre matin, éclat de lune. 

Il fait si froid, mon corps transpire

Sous mon pelage couleur rouge sang

Mon cœur s’emballe, ma peau s’étire. 

Queue de scorpion, trois rangs de dents, 

Je me sers un verre de whisky, 

Mon corps de lion rugit douc’ment. 

Il est cinq heures, Bruxelles s’éveille

L’alcool brûle tout sur son passage, 

Un autre verre, puis la bouteille. 

Le tonnerre gronde, la foudre éclate

Un souffle d’air froid me transperce

Le jour se lève, ciel écarlate. 

Mister Hike, une fois encore

La nuit m’a métamorphosé 

En bête féroce, en manticore, 

Anthropophage, j’ai tell’ment faim

Manger devient une obsession

J’ai soif de sang, de cœurs, de reins. 

Les heures s’enchainent, les verres se vident

Déjà la nuit vient à tomber

Une dernière goutte, douceur liquide. 

Et dans mon lit, je ris soudain

La folie me berce lentement

Je ferme les yeux, viv’ment demain ! 

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : "Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille" : les résultats !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Quatre auteurs se sont frottés à la citation de Tristan Bernard "Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille".

 

Texte 1 Carine-Laure Desguin   1 vote

Texte 2 Philippe Desterbecq      2 votes

Texte 3 Micheline Boland          1 vote

Texte 4 Christian Eychloma        3 votes

 

Les lecteurs ont plébiscité le texte n° 4. ... ;-)

 

Bravo Christian et merci aux participants !

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : "Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille" : dernier texte, le n°4

Publié le par christine brunet /aloys

La tante d’Amérique

 

Tom ne comprit que vers ses treize ans la nature du « voyage » d’Adèle. 

Depuis qu’il était en âge de poser des questions, il s’était toujours entendu répondre que cette tante avait, peu après le décès de son mari et pour en oublier le traumatisme, rejoint un mystérieux correspondant en Amérique du Sud. Bon… « traumatisme » et « correspondant » n’ayant probablement pas été les mots utilisés au début !

Il avait appris à l’école que l’Amérique, même limitée à l’Amérique du Sud, c’était grand. Très grand. Pourtant, chose un peu surprenante, ses parents ne lui avaient jamais révélé où précisément elle s’était établie, ni avec qui, bien qu’elle leur fît parvenir des nouvelles de temps en temps.  Sa mère, la sœur de tante Adèle, née Dupuis, lui lisait régulièrement des lettres assez brèves dans lesquelles  cette dernière parlait sobrement d’une vie de rêve dans un environnement exotique. 

Courtes missives toujours très commentées, d’autant plus qu’elles se trouvaient parfois agrémentées d’une photo d’Adèle prise devant un paysage à couper le souffle. Trop jeune à l’époque où elle était partie pour pouvoir se souvenir de ce à quoi elle ressemblait, ces photos étaient tout ce qui lui permettait de se la représenter. Sans surprise, elle était visiblement plus âgée que sa mère que ses grands-parents avaient eue « sur le tard », comme on le lui avait dit.

On en discutait souvent à table et, au fur et à mesure que les années passaient, Tom trouvait les explications de sa mère de plus en plus indigentes, celle-ci revenant sans cesse sur les mêmes observations enthousiastes  tout en éludant les questions trop précises. Quant à son père, Tom trouvait qu’il participait trop peu, se contentant en général d’approuver ce que disait sa mère. Sans parler de ces allusions énigmatiques et de ces fréquents sous-entendus qui l’excluaient de fait de la conversation. 

A onze ans, Tom se mit à collectionner les timbres.  Et demanda tout naturellement à voir l’enveloppe lorsque le facteur déposerait dans la boîte une lettre de tante Adèle. Il lui sembla alors remarquer, sans y faire trop attention, l’air gêné de son père. Une semaine après, pourtant, celui-ci lui tendit avec un grand sourire une « enveloppe par avion » décorée tout autour d’un liseré bleu, blanc, rouge du plus bel effet, avec leur adresse à l’encre violette et un magnifique timbre de Rio de Janeiro. Même pas oblitéré ! Tom sauta de joie.

Les lettres de tante Adèle continuèrent à rythmer la vie de la famille, provoquant les commentaires habituels à l’heure du repas. Le timbre, toujours brésilien mais toujours différent, n’était jamais surchargé d’un tampon de la poste, ce qui finit par intriguer Tom qui, trop heureux de pouvoir enrichir sa collection, se garda d’en faire la remarque. Un peu comme il avait préféré faire semblant, à six ou sept ans, de croire encore au père Noël…

Un dimanche, au salon avec ses parents, il fut surpris de les entendre échanger très vite quelques mots en anglais, une étrange manie qu’ils conservèrent par la suite. Un anglais qui ne leur était certes pas naturel, qui ne ressemblait pas vraiment à celui que son professeur avait commencé à lui enseigner dans sa classe de sixième.  Mais dont la prononciation lui parut du même coup bien plus claire ! Devinant que l’objectif était de faire en sorte qu’il ne comprît pas, il décida de prêter discrètement l’oreille. 

Un mot par ci, un mot par là… « Go », par exemple, ne présentait pas de difficulté, ce qui était rarement le cas. Il finit tout de même par remarquer que « health » revenait souvent et se demanda bien pourquoi. Il questionna alors son professeur pour savoir ce que « health » pouvait bien signifier. Celui-ci, s’étonnant d’abord de la question,  lui épela le terme en suggérant que, s’il avait bien compris,  ceci se traduisait par « santé ». Santé ? 

Plus il y réfléchissait, plus cette bizarrerie l’intriguait. Et puis un jour, ses parents, radieux, brandirent une lettre dans laquelle sa tante annonçait son intention de rentrer au pays. De rentrer sans tarder. D’abord réjoui par cette nouvelle inattendue, il fut quelque peu surpris de cette décision soudaine. Remettant à plus tard les questions, il se saisit de l’enveloppe pour aller en décoller le timbre. 

Même s’il ne comprit pas pourquoi il n’avait pas réagi plus tôt, ce fut à ce moment précis qu’il commença à réaliser qu’on lui racontait des histoires. Des histoires à dormir debout, forcément destinées à lui cacher un truc qu’il ne devait pas savoir. Ces timbres non oblitérés, cette écriture ressemblant tellement à celle de sa mère, ce langage codé, ces sourires en coin, la pâleur du visage de tante Adèle, pourtant photographiée devant une nature tropicale exubérante… Ou du moins un décor le suggérant ! On l’avait pris pour un imbécile… Il en fut mortifié. 

La pâleur d’Adèle… Il se souvint de cette allusion revenant régulièrement dans les brefs échanges de ses parents lorsqu’ils ne souhaitaient pas qu’il puisse comprendre.   « Santé », c’était ce que lui avait traduit son professeur, mot dont il avait par la suite confirmé le sens dans le dictionnaire… Un banal problème de santé, alors ? Une maladie dont aurait souffert Adèle ? Mais auquel cas, pourquoi tant de mystère ?

Ce fut en regardant un téléfilm policier qu’il eut soudain comme une révélation. Et si Adèle avait passé toutes ces années bien plus près d’eux que ce qu’on lui avait fait croire ? Ce qui expliquerait du même coup les absences répétées de sa mère qui avait toujours fermement insisté pour ne pas être accompagnée. 

Il fut persuadé d’avoir enfin décrypté l’essentiel de ces messages codés et découvert le pot aux roses, mais décida néanmoins de mener sa petite enquête. 

Peu de temps après, à l’heure du repas, il posa triomphalement au milieu de la table un journal local ouvert à la bonne page. Une page où un gros titre indiquait qu’une certaine Adèle Dupuis, condamnée à une lourde peine de prison et incarcérée à la Santé pour le meurtre de son mari,  allait être mise en liberté conditionnelle.

À la Santé… Eh oui ! Quoi de plus merveilleux qu’un long séjour à la Santé ? 

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours pour la Revue, Les petits papiers de Chloé : "Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille" : texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

LE REPAS DU PREMIER MAI



 

Premier mai. Traditionnel repas de famille. Auberge espagnole à midi chez Mamy Juliette et Papy Pierre. Ces agapes sont le principal pilier de la cohésion familiale. 

Les règles sont tacites : on ne parle ni argent, ni religion, ni politique. Oui, ici comme ailleurs, il y a des sujets tabous. Quoi de plus simple que de les éviter ? Durant quelques heures, chacun met entre parenthèses son esprit critique. On présuppose que tout le monde est beau et tout le monde est gentil. Bien sûr, chacun est conscient qu'il y a des sujets sur lesquels certains ne s'accorderont jamais. Tout le monde le sait et par conséquent tout le monde les contourne.  

Les petits plats apportés par les uns et les autres sont jugés parfaits avant même d'y avoir goûté. Les liens qui les unissent tous ce sont des liens familiaux, des souvenirs alimentés par Papy et Mamy. 

Qui parmi les cousins seraient devenus de vrais copains ? Dans un autre cadre, ils auraient à peine échangé quelques mots et n'auraient pas sympathisé. 

Parfois, Marie, l'aînée des filles, se dit que quand Mamy Juliette ne sera plus là, ce sera à elle de prendre le relais. Mamy n'avait-elle pris le relais de Tante Simone, sa sœur unique, célibataire endurcie, morte sans descendance et soucieuse de rester attachée à ses racines ? Tante Simone tenait tant à ce repas du premier mai instauré après la disparition des parents dans un accident de la route l'année des quatre-vingts ans de leur père. Tante Simone vivait encore avec ses parents, son grand chagrin l'avait portée à croire à la magie réparatrice des liens familiaux.  

Marie, Thérèse et Lise, l'épouse de leur frère Claude, prennent de plus en plus les choses en main au fur et à mesure que le temps passe. Ce sont elles qui achètent les nappes et les serviettes en papier, ce sont elles qui sortent assiettes, couverts et verres de l'armoire, qui dressent la table et qui rangeront la vaisselle ainsi que les sièges à la fin du repas. 

Marie, Thérèse, Lise et Claude veillent au bien-être de Papy et Mamy. Ils prennent en charge certaines réparations et certaines tâches que ne peuvent effectuer l'aide-ménagère et son mari.   

Papy Pierre et Mamy Juliette adorent le premier mai. Des photos de ce repas mémorable sont prises par Claude. Papy et Mamy sont ravis de la présence de toute cette tribu. Ils sourient, ils racontent des anecdotes mille fois évoquées précédemment. Ils sont à l'affût du moindre fait amusant, du moindre bon mot qui pourra enrichir leur boîte aux souvenirs.  

Papy et Mamy font comme si aucun mensonge n'avait été commis, comme si le commerce de Thérèse et de son époux était vraiment florissant, comme si Paul ne fumait pas de joint, comme si Marie n'avait pas dû changer de boulot suite à des erreurs répétées, comme si Lise et Claude ne vivaient pas au-dessus de leurs moyens. 

Ces choses-là, Papy et Mamy n'en ont eu connaissance que par une cousine éloignée, commère bien informée qui leur rend visite le premier janvier et le 15 août.

Mamy sent les larmes monter aux yeux quand elle entend de tels ragots, c'est pourquoi elle se force à ne pas y croire. Si c'était vrai, cela lui serait un crève-cœur ! Elle préfère se voiler la face plutôt que d'y ajouter foi. Sa famille n'est-elle pas une famille modèle où l'on se régale de petits plats succulents, où l'on s'entraide lors de la rencontre du premier mai ?  

 

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>