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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

La Colère des Etoiles 

 

  Dans la nuit noire, sous le regard silencieux de la lune, des étoiles de colère volèrent en éclats. Gigantesques et difformes, pareils à des feux d'artifices aveuglants et dégoulinants dans l’obscurité. Le ciel tonna si fort et si longuement que toutes les pierres du village d’Alghadiba se mirent à trembler. Du plus bel édifice à la plus petite chaumière. Les anciens implorèrent la clémence des cieux. Les plus jeunes se précipitèrent, apeurés, dans les couches parentales. C’est ce que fit le petit Aziz, élevé seul par son père, dans un appartement perdu au septième étage d’un immeuble sans ascenseur.

  - Papa, papa, c’est quoi tout ce bruit, j’ai peur ! 

  - Mais non, ne t’inquiète pas, je suis là.

Le cœur de l’enfant battait si vite qu’il en perdait le souffle.

  - Tu sais, mon chéri, on pourrait croire que le vacarme se joue au-dessus de nos têtes, mais non. C’est bien plus loin.

  - Loin comment ?

  - Très loin. Au moins à trois villages d’ici.

- Ah bon ? Comment tu le sais, papa ?

- Ah, ah… Pour tout te dire, je sais même ce qui se passe précisément, mais c’est un secret. 

- Dis-moi, papa ! S’il te plaît, dis-moi !

- Bon d’accord, mais tu dois me promettre de ne rien dire à personne. Même pas à tes camarades de classe.

- Promis !

- Alors, voilà : un film est en train d’être tourné dans notre beau pays. Te rends-tu compte, mon chéri ? Un film de science-fiction, à grand spectacle, et je peux même te dévoiler le titre, si tu veux.

  - Oh oui, dis-moi, papa !

  Le père tourna la tête à gauche, tourna la tête à droite, follement suspicieux, puis s’approcha de l’oreille de son fils, et chuchota :

  - La Colère des Etoiles.

  - Pour de vrai ?

  - Bien sûr, pour de vrai.

- Est-ce que ça ressemblera à la Guerre des Etoiles ?

- Un peu, mais en bien plus incroyable. Mais souviens-toi, tu m’as promis...

  Un tonnerre assourdissant interrompit la conversation, fit trembler la fenêtre de la chambre et, en ricochet, le corps du petit garçon.

- N’aie pas peur, mon chéri. Tu sais, quand le tournage sera terminé, nous serons tous invités à l’avant-première. Je le sais de sources sûres, et ce sera formidable, tu verras.

  Dans la douceur du mensonge et les bras de son père, le petit Aziz finit par s’endormir.

 

  Aux premières lueurs du jour, plus rien. Comme si tout n’avait été que le songe d’une mauvaise nuit d’été. Comme un coude-à-coude entre guerre et paix. 

A la faveur du cessez-le-feu, chacun continuait à travailler et étudier. Vivre. Presque normalement. Mais une fois le soleil au crépuscule, les bombes ressurgissaient, plus proches et menaçantes au fil des nuits. 

Une semaine après les premières détonations, un homme toqua à la porte du père de famille attendant que son fils rentre de l’école. Il avait le visage blême et la voix chevrotante. 

- Mon ami, à partir de ce soir, nous n’avons plus le choix, il faut que nous passions nos nuits au sous-sol. 

Un défilé de matelas et de couvertures emprunta l’escalier étriqué jusqu’à l’abri supposément protecteur. Une ampoule solitaire éclairait la pièce. Les regards se perdaient dans la peur et le silence. 

  Au bout d’une heure, à pas de souris, le petit Aziz s’approcha de son père et, les deux mains en accolade, pour que personne ne l’entende, il l’interrogea :

- Papa, tu crois pas qu’on peut le dire maintenant, le secret ? Regarde, ils s’inquiètent tous pour rien.

  Et sur un ton plus feutré encore, le père répondit :

- Surtout pas, mon chéri. S’ils apprennent pour le tournage, tous se rueront sur le plateau, des centaines puis des milliers de personnes, et dans la foule, inévitablement, certains seront bousculés, piétinés, voire pire. Tu comprends, mon chéri, qu’il ne faut surtout rien dire ?

- Bon, d’accord.

  Aziz tint parole le premier soir, mais le deuxième, il se confia à Youssef qui la nuit suivante se confia à Louna qui la nuit suivante se confia à Mehdi. Et ainsi de suite, jusqu’à constituer une unité bien soudée. L’ensemble des enfants. Tous chuchotaient, imaginaient des scènes homériques, maniaient des sabres laser et commandaient des robots déjantés. Dans leurs yeux, l’innocence de l’enfance brillait à nouveau.

Mais la réalité approchait. 

Une nuit d’orage parmi tant d’autres, la porte de l’abri fut forcée.

Quatre hommes en tenue militaire, cagoulés et armés de fusils d’assaut. 

Le plus grand s’avança d’un pas et ordonna :

- Si Mamoud Maloudi est l’un de vous qu’il se dénonce, sinon vous serez tous exécutés.

- C’est moi.

  Le père du petit Aziz ne s’appelait pas Mamoud Maloudi, mais il se leva. 

Avant de quitter la pièce, il s’agenouilla devant son fils et lui offrit un dernier secret : 

C’est juste un rôle pour le film, mon chéri, et je suis heureux de pouvoir l’avoir.

 

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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Au secours ! Les Aliens débarquent ! 

- Les Aliens vont débarquer dimanche soir ! 

C’est ce que mon père a dit à ma mère en raccrochant le téléphone. 

- Quoi ? Mais c’est pas possible ! a répondu ma mère en levant les bras en l’air, ce qui n’était pas pour me rassurer. 

Catastrophe ! Moi, j’ai peur de tout depuis tout petit : des araignées qui tissent leurs toiles pour engluer leurs proies, des souris qui grignotent tout ce qu’elles peuvent se mettre sous la dent dans le grenier, des avions qui traversent le mur du son en faisant un boucan d’enfer, de l’orage qui éclate parfois sans prévenir et même de mon institutrice, madame Lenfer. Mon frère m’appelle le couillon ; il me traite de peureux, de couard, de poltron, c’est vous dire si tout le monde sait que tout me fait peur. Je n’en peux pas, je suis né comme ça. Il parait que je pleurais à chaque fois que ma grand-mère voulait me prendre dans ses bras quand j’étais bébé. C’est surtout sa barbe qui me faisait peur, en fait ! 

Que voulez-vous ? Je suis comme ça ! On ne change pas ! Je manque de courage, c’est comme ça ! Un simple regard peut me foutre la frousse comme celui que me lance parfois Lenfer. A l’école, je fais bien attention de ne pas faire de bêtises pour ne pas attirer ses foudres sur moi. 

Mon copain, Mohammed, se paye souvent ma tête. Il me raconte des histoires inimaginables de monstres, de sorcières, de vampires ou d’extraterrestres. Ça, c’est ma pire crainte : que des êtres venus d’ailleurs nous envahissent ! Je les imagine avec six yeux globuleux, deux antennes, une trompe, une couleur hideuse, quatre mains aux doigts crochus, avec leurs armes intergalactiques telles que me les décrit Momo, fan du jeu vidéo Fortnite. Rien que d’y penser, j’en tremble ! 

Aux jeux vidéo violents j’ai toujours préféré les livres. Oh ! Pas n’importe lesquels ! Pas les mangas avec leurs affreuses images ! Pas les livres de contes avec leurs sorcières, leurs fées parfois maléfiques, leurs loups qui dévorent les grand-mères ou leurs pommes qui empoisonnent les jeunes filles. Moi, ce que j’adore, ce sont les histoires d’amour. Oui, je sais, je n’ai que huit ans, mais je pique à ma mère des romans qui racontent l’amour. Elle en est folle. Des histoires d’amour à l’eau de rose, comme dit mon père en se moquant d’elle. J’ai lu une bonne partie de la collection Harlequin, mais ça, maman ne le sait pas ! 

Comme j’adore lire, papa m’achète souvent des livres. J’ai presque toute la collection des « Chair de poule ». Je n’en ai lu aucun ! Je chiffonne un peu les pages pour que papa s’imagine que je les lis, ses livres d’horreur. Lui, il adore Stephen King et Maxime Chattam ! Jamais un de ces auteurs ne fera irruption dans ma chambre ! Je le jure ! 

Mon frère, lui, il dévore toutes les histoires d’extraterrestres. Il n’attend que ça, lui, que les aliens débarquent chez nous. Moi, à la rigueur, j’accepterais de cacher ET dans ma chambre, c’est un extraterrestre gentil, lui, même si son aspect physique me fait peur, mais c’est tout. Mon frère m’a emmené voir les Gremlins au cinéma, soi-disant que personne ne peut manquer ce chef-d’œuvre du cinéma ! Quelle horreur quand ces gentils nounours se transforment en monstres sous l’effet de l’eau ! J’en ai fait des cauchemars pendant des mois ! 

Yvan, mon frère, lui, vous pouvez être sûr que le débarquement des aliens dimanche, ça va le réjouir ! Il est prêt à les affronter depuis tant d’années ! 

Moi, je vous le dis, dimanche, je ne serai pas là. Je vais me cacher là où personne ne pourra me trouver ! Il faut que je me trouve une cachette sûre, un endroit que les aliens ne visiteront pas. Pas le grenier à cause des souris, pas la cave à cause des araignées. Pas dans le chêne centenaire du jardin. Il y a sûrement des hiboux qui hantent ces lieux la nuit. 

A bien y réfléchir, je ne peux pas me cacher dans un endroit sombre. J’aurais trop peur du noir qui me tomberait dessus (je dors avec une veilleuse, autre sujet de moquerie de mon cher frère). 

Où vais-je donc pouvoir me réfugier lorsque ces monstres attaqueront ? Je n’ai, en tête, aucun endroit où je me sentirais en sécurité ! 

J’entends maman qui téléphone. A qui parle-t-elle ? Au ton qu’elle emploie, elle parle à sa mère, vous savez celle qui me fait peur avec ses poils au menton. 

« Tu te rends compte ? Les Aliens ! Ici ! Mais que vais-je bien pouvoir leur préparer comme repas ? »

Elle est devenue folle, ma mère ou quoi ? Elle compte les nourrir, ces monstres ? Pourquoi ne pas en faire l’élevage tant qu’elle y est ! Je voudrais bien la voir en train de préparer du couscous (le seul plat qu’elle réussisse plus ou moins) sous les six yeux d’insectes de ces envahisseurs ! Elle pense peut-être les amadouer avec sa semoule de blé dur arrosée d’un bouillon aux légumes terrestres ! 

Une chose est sûre, elle a l’air paniquée. Elle griffonne sans cesse sur un carnet posé là, exprès, près du téléphone, pour les conversations stressantes. 

Papa, lui, comme à son habitude, est cool de chez cool. Il lit « Un bébé pour Rosemary ». Je m’approche pour lire le nom de l’auteur : Ira Levin, je ne connais pas. Un feel good ? Ça m’étonnerait que mon père lise ça ! A moins qu’il ait piqué un roman à ma mère…

Est-ce que j’oserais lui parler des aliens et de ce qui va se passer dimanche soir ? Sûr qu’il va encore se moquer de moi et me traiter de ballot, de crétin ou de nouille. Je vais plutôt lire les infos sur Internet. Si des extraterrestres ont décidé d’envahir la planète ce week-end, toutes les chaînes doivent en parler. Eh bien ! Figurez-vous que je ne trouve aucune trace de cette info ! C’est donc un canular ? Pourtant, maman a l’air d’y croire dur comme fer et n’a pas l’air rassurée. Elle gesticule comme un pantin en parlant à sa mère au téléphone. 

Tiens, voilà Yvan qui rentre. Depuis quelque temps, il sort souvent et rentre de plus en plus tard. Les week-ends, c’est à peine si on le voit. Je le soupçonne d’avoir une nouvelle petite amie bien qu’il s’en défende. 

Mon père lâche son livre et s’adresse à mon frère : « Mon gars, je te préviens, dimanche soir, pas question que tu sortes ! Et tu enlèveras tes piercings, tu cacheras les tatouages de tes bras avec des longues manches et tu mettras le costume qu’on t’a acheté pour le mariage de ton cousin, pas ce jeans troué que tu as dû trouver dans une poubelle ! »

- Pourquoi ? l’interrompt mon frère. Il y a un événement particulier dimanche ? Vous fêtez vos noces d’or ?

- Pire que ça ! répond mon père en regardant Yvan droit dans les yeux. Les Aliens débarquent ! 

- Mais papa ! s’écrie mon frangin. Tu sais bien que je déteste tes patrons ! Monsieur et Madame Aliens sont les pires monstres qui existent ! 

 

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Résultat concours "Je me suis perdu(e)"...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Texte 1 : Philippe Desterbecq

Texte 2 : Micheline Boland

Texte 3 : Christian Eychloma

Texte 4 : Gabriel Rasson

Texte 5 : Carine-Laure Desguin

Texte 6 : Séverine Baaziz

Texte 7 : Edmée de Xhavée

Texte 8 : Claude Colson

 

Et l'auteur gagnant est... 

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Dernier texte de notre concours ! Vous avez jusqu'au 24 juillet pour voter sur cette page. Résultats sur cette page le lendemain !

Publié le par christine brunet /aloys

Dernier texte de notre concours ! Vous avez jusqu'au 24 juillet pour voter sur cette page. Résultats sur cette page le lendemain !

Je ne me sentais pas bien dans cette rue sombre. Jamais je n’étais venu dans ce quartier. Il était sale, très mal éclairé et une odeur pestilentielle régnait à la ronde. Des rats couraient dans le caniveau. Un nuage passa et cacha la lune ; l’obscurité devint presque totale ; j’avais vu les silhouettes des SDF presque se ruer sur une personne qui m’avait précédé avant de disparaître à toutes jambes.

Ils faisaient tinter leur sébile, en quête de quelque obole. Je frissonnais, mais ne pouvais plus faire demi-tour. Soudain la lune reparut et je vis à cinquante mètres de moi un de ces pauvres bougres me tendre ses mains, sur les paumes desquelles était écrit FAIM et PAIN. J’étais interloqué. Pourquoi ne parlait-il pas ? Peut-être était-il muet ? Je n’avais pas trop envie de lui donner mon argent quand déjà les silhouettes de ses compagnons d’infortune approchaient. Une sorte de panique monta en moi ; j’avalais ma salive et un goût âcre m’emplit la bouche. L’odeur perçue tout à l’heure venait de ces gens, il n’y avait pas de doute. L’hygiène leur était inconnue ou plutôt impossible. La sueur commençait à me glacer le dos ; j’étais en mauvaise posture. Mon corps était comme paralysé. J’essayais de lutter contre l’inévitable terreur qui allait s’emparer de moi.

Personne à la ronde. Toutes les fenêtres, soigneusement closes, ne laissaient filtrer aucune lumière. Je songeais à mon épouse qui devait se demander pourquoi je n’étais pas rentré à cette heure. Je m’apprêtais à frapper l’homme aux mains tendues pour me dégager et filer droit devant, lorsque je sentis deux manches crasseuses me saisir par les épaules. Mon heure était venue. L’odeur était intenable.

Je me retournai et vis un gars en loques qui me souriait ; Monsieur, dit-il, en arrivant vous aviez les mains dans les poches et en les sortant votre montre bracelet s’est détachée de votre poignet. Vous ne pouviez pas entendre car elle est tombée juste sur une grosse merde de chien. Je l’ai nettoyée comme j’ai pu, ce n’est pas parfait, mais la voici ! Vous ferez mieux chez vous.

J’étais sidéré ; ces misérables me venaient en aide. La honte me gagna aussitôt. Dire que j’aurais préféré leur refuser la moindre piécette ! j’étais devenu un salaud à mes propres yeux. Heureusement la nuit cacha le rouge qui m’était monté au visage.

Je les remerciai, ouvrit mon portefeuille et leur donnai les cinquante euros qui s’y trouvaient, regrettant de ne pouvoir faire plus pour eux, mais je me promis de repasser régulièrement ici pour prendre de leurs nouvelles et renouveler mes dons.

Je repartis confus mais heureux de cette leçon de vie qu’ils venaient de me donner ; je me promis d’être dorénavant moins con.

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 7...

Publié le par christine brunet /aloys

Catastrophe - Je me suis perdue

 

On m’avait bien dit que si j’épousais Albert – dit Bébert – je serais sur la bonne voie. Moi il ne me disait rien du tout, je le trouvais encore plus laid que les autres membres de sa famille, et dans le village on les surnommait Les repoussants. Il était le plus repoussant, et pour qu’on me lise jusqu’au bout, je ne veux écœurer personne en le décrivant. 

 

Mes parents n’ambitionnaient que ça : s’unir avec la famille des repoussants, car s’il y avait une chose qu’ils ne repoussaient pas, c’était l’argent. Et quel parent ne rêve de voir sa fille le derrière dans le beurre ? Ses petits-enfants nés avec la cuiller d’argent dans la bouche édentée ? De faire un tour en voiture avec le jeune couple certains dimanches, le chauffeur amidonné jusqu’aux coudes et fleurant l’after-shave souriant avec distinction en refermant la portière ? 

 

Donc je me suis retrouvée auprès d’Albert devant l’autel, heureuse de ce que mon voile épais me dissimulait un peu son visage évoquant la lune : couvert de cratères, déserté du moindre poil (qui aurait eu le mérite d’en cacher une abondante moitié…), avec deux globes rougeâtres gélatineux entourés de cils couverts de croûtes. Il n’y avait eu aucune « cour », aucun bouquet de fleurs, juste un accord soulagé des deux parties : caser leur monstre d’un côté, et gonfler les finances de la descendance de l’autre. Peu s’étaient souciés d’imaginer que je devrais, pour assurer cette bienheureuse descendance, vivre une rencontre plus effroyable que s’il s’était agi du minotaure.

 

Trouver ma voie… là j’étais tout à fait perdue. Sois une maîtresse de maison irréprochable, insistait sagement ma mère. Et je recevais la gentry locale, leur offrais des pastilles de menthe ou Rennie quand je les voyais pâlir à la vue d’Albert curant dans son nez ou ses oreilles avant de leur offrir une dragée. Je laissais une puissante eau de Cologne dans le cabinet de toilette pour que les dames aient la sensation de se désinfecter après son baise-main vorace. J’augmentais le volume musical pour couvrir les pétarades de ses flatulences et rots. Bref, j’étais perdue. 

 

Mes enfants… les pauvres, le petit Octave avait hérité des pustules paternelles, et Angélique, elle, bénéficiait de tout le système pileux que son père n’avait pas. Si un jour on voulait la marier il faudrait épiler ses sourcils du front aux joues et sa moustache à la tondeuse. 

 

J’étais vraiment perdue. 

 

Instruis-toi, me conseilla mon père, ça te changera les idées

 

Alors je m’instruisis. Et je me perdis encore plus, mais alors là, sur des voies enchantées qui me parlaient de libération, de jours radieux. Je lisais les recueils de recettes d’empoisonneuses célèbres (le petit guide culinaire de La Montespan étant excellent, bien que l’omelette à la Violette Nozière m’ait attirée presqu’irrésistiblement…). En m’égarant dans ces rêveries toxiques, il me semblait bien retrouver un chemin qui me « déperdait ». Le chemin de l’espoir. Albert et moi resterions ensemble jusqu’à ce que la mort nous sépare, oui, mais je pouvais inviter la mort à notre table. Octave et Angélique pleureraient bien un peu au début, c’est vrai, mais les enfants, c’est ingrat, et ça a la mémoire courte. 

 

Après m’être exercée avec les chiens de chasse de Bébert, et puis cette petite idiote de Fanchon qui cassait toutes les porcelaines de Saxe en époussetant – sa famille est même venue la chercher pour l’enterrer dans son village, bien plus pratique que pour les chiens que j’ai dû enterrer de nuit dans les marais, laissant Bébert les appeler pendant des jours – ma technique était au point, et j’ai préparé un vol-au-vent aux amanites phalloïdes pour un petit repas servi en tête à tête dans le bureau de mon époux boutonneux, annonçant que je me contenterais d’un simple verre de vin car je n’avais pas d’appétit. 

 

Vous vous égarez, Marie-Philippine, vous vous égarez. Ces champignons ne sont absolument pas des girolles et morilles, mais des amanites phalloïdes. Vous n’y connaissez vraiment rien à rien, comme je le supposais depuis longtemps déjà. Je m’en vais donc commander en cuisine un repas plus sain. Mais que ça ne vous retienne pas de boire votre coupe de vin, je l’ai fait monter de la cave spécialement pour vous… 

 

Bisque ! Bisque ! Rage ! Bon, je m’y reprendrai mieux la prochaine fois. Un dessert, peut-être… L’arsenic a un goût qui se mêle parfaitement aux desserts, c’est une bonne idée. Oh ciel que la perspective de ne plus subir les assauts de Bébert, de ne plus avoir le museau embué de son haleine septique… quoi de plus beau à l’horizon ? J’ai bu avec plus d’entrain qu’habituellement, et ai trouvé le vin râpeux, trop corsé. Un peu de fumée s’est formée devant ma bouche, et j’ai encore eu le temps de m’indigner : il m’a offert un vrai pique-rate, Bébert ! 

 

Bébert s’arrête à l’entrée du petit bureau, et lâche un rot méphitique, se gratte le bas du dos et sourit. Une fumerole monte de la bouche tordue de son épouse au sol, dont les lèvres sont carbonisées. Voilà ce qui arrive aux sottes qui se perdent dans des rêves trop grands pour elles. L’argent ne suffisait pas, il lui fallait ce qu’elle appelait le sex-appeal, le glamour, les manières de la haute. Toujours ce petit rictus écœuré en me regardant, ou en tenant nos magnifiques enfants dans ses bras. 

 

Non mais… 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 6...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Ton sourire, ton visage et tes yeux ébahis,

Tes pieds qui gigotent et l’éclat de tes rires.

Ta peau douce couleur café

Et ta voix d’ange qui disait papa.

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Les souvenirs, les regrets, les prières et les vœux,

L’attente et l’espoir, la douleur et l’angoisse.

Et cet avion qui décolle sans moi,

Mon enfant, mon amour, ne t’en va pas.

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Je deviens fou, seul et perdu dans la foule.

Dans cette aérogare de gens qui s’étreignent,

Qui se retrouvent et qui s’aiment.

Mais toi, ma fille, es-tu là ?

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Où es-tu ? Que fais-tu ? 

Sais-tu que tu manques à ton père ?

Sais-tu que chaque jour est un cri que je lance à la mer,

Derrière ces vitres poussiéreuses sans horizon,

Mon Dieu, dis-moi qu’un jour sa mère lui parlera de moi

Et que mon enfant reviendra.

 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 5...

Publié le par christine brunet /aloys

L’histoire rocambolesque du lecteur piégé

J’avais lu tous ses bouquins et du personnage principal de ses enquêtes, l’inspecteur Julos Greatmay, je connaissais tous les tics et les tocs. Alors, lorsque Dany Paun s’est excusé lorsqu’il me bouscula dans les chiottes du Salon du Livre de Paris, je lui ai dit, Je vous en prie, c’est un plaisir pour moi. Du coup, le célèbre écrivain a stoppé net sa trajectoire et m’a dévisagé, On se connaît ? m’a-t-il demandé. Pas vraiment, j’ai lu tous vos best-sellers et depuis, Julos Greatmay, c’est devenu un pote, j’ai répondu du tac au tac. Ah très bien très bien, venez m’expliquer tout ça, m’a-t-il lâché, vous m’intéressez. J’étais stupéfait de cette réaction. La conversation a continué à deux pas des toilettes, devant les vestiaires. Et donc les réactions et toutes les stratégies de Julos Greatmay n’ont plus de secret pour vous ? Ah j’ai dit ça comme ça, vous savez, j’ai répondu. J’irai droit au but … monsieur ? Manu Bakker. Eh bien monsieur Manu Bakker, je vous attendais ! Vous savez, j’aime les expériences et depuis quelque temps, une idée me trotte dans la tête. Je ne voulais pas lancer des appels sur les réseaux ou encore dans la presse. Aussi, voulez-vous expérimenter mon prochain manuscrit ? Je restais perplexe et Dany Paun a continué comme si cette situation était banale. Je m’explique. Je vous raconte les premières scènes de l’histoire et puis je vous mets en situation réelle et là, c’est vous qui déciderez de la suite des évènements, vous mènerez la barque. Puisque vous connaissez les réactions de Julos Greatmay face à l’une ou l’autre situation, vous pourriez les anticiper, non ? C’est-à-dire que … Dany Paun ne m’a pas laissé achever ma phrase et il m’a fixé un rendez-vous, Sonnez demain vers 10 heures trente au numéro 9 de la rue Hermel. Le majordome vous ouvrira et vous conduira dans la chambre bleue. Une fois sur place, vous comprendrez, j’en suis certain. 

Tout s’est déroulé au quart de poil comme l’avait imaginé Dany Paun. Le majordome m’attendait et avec solennité m’a gratifié d’un Bonjour monsieur le commissaire Julos Greatmay. Émouvant ! Du rôle de lecteur voici que j’endossais celui d’acteur principal ! Une fois entré dans la chambre bleue, là, ce fut … comment dire, vraiment inattendu. Sur le lit, une femme étendue, inerte. J’ai supposé qu’elle jouait le rôle du cadavre. Une enquête suit souvent un meurtre, je n’inventais rien. J’ai bredouillé, Bonjour Madame, vous faites vous aussi partie de cette histoire ? Aucune réponse. Voilà quelqu’un qui prenait tout ça au sérieux. Pas de confiture sur les draps, c’était un empoisonnement. Pas de verre ni de tasse sur la table de nuit. Ce serait sans doute une strangulation. Je me suis penché au-dessus du corps de la victime. Je m’apprêtais à vérifier le cou lorsque j’ai entendu la porte de la chambre claquer violemment. Alors espèce d’ordure, que faites-vous là ? C’est pour les diams sans doute ? Mais… mais, a continué Dany Paun, vous l’avez tuée ! Oh nooooon ! Vous êtes perdu pauvre imbécile ! 

Les flics ont débarqué une minute plus tard. L’écrivain manipulateur a engoncé avec aisance le rôle du mari éploré, prenant dans ses bras sa femme inerte et hurlant à qui voulait l’entendre que la vie, sans elle, il ne pouvait vraiment pas l’imaginer.

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 4...

Publié le par christine brunet /aloys

Letizia et la bête

Alors que je pensais à Letizia, je le vis. Au fond de la coupe, il me regardait, alerté déjà. Je dressai lentement le fusil, avant de réaliser qu’il n’était pas armé. « Clac » et le dix-cors a déguerpi.

Je peste en mon for intérieur, Letizia est envahissante, elle me distrait et je fais des erreurs de débutant. C’est sûr, je ne m’en vanterai pas auprès des copains (ils se marrent déjà).

Sur un coup de tête, je décide d’y aller. Je n’ai rien à perdre et qui sait ? Les jours précédents, il a plu et aujourd’hui, il fait sec : une occasion idéale pour lire les traces. Je suis réputé pour mon décryptage des empreintes.

Deux heures déjà que je suis sa trace, bien nette sur le sol humide. La profondeur et la taille des ovales confirment que l’animal est très grand.  Le temps devient long, j’éprouve de la fatigue et je commence à avoir mal aux pieds, malgré mon habitude de l’exercice.  Je ne connais pas ce coin de la forêt, mais qu’importe. L’endroit est désolé, je me sens ailleurs, étranger. Il n’y a pas de réseau. Bientôt, cela grimpe et s’éclaircit, j’arrive sur le dessus d’une carrière abandonnée. A perte de vue, des arbres et du ciel, beaucoup de nuages. Le sol est caillouteux et je perds la piste. Dépité, je regarde autour de moi, scrutant à trois cent soixante degrés. 

Il est là soudain, tête dressée qui me fixe, la ramure bien découpée sur le ciel gris. Il n’est pas près, mais je peux tenter de le tirer.  Je me concentre et vise décidé, l’index sur la gâchette, il est à moi enfin. C’est mon tour. Et puis, dans le viseur, je vois le sourire de Letizia et ses cheveux, ses épaules et sa main toute fine, ce que je préfère chez elle. Mon doigt se relâche et complètement vidé, je baisse l’arme pour regarder le cerf. Il descend la côte lentement, hautain et indifférent, avant de s’évanouir dans la futaie.

Je reprends mes esprits, après une absence. Il va falloir rentrer et je suis éreinté, déboussolé. Déjà l’ombre recouvre la cime des hêtres. 

Deux jours plus tard, un forestier m’a trouvé assis sur une souche, hagard, cramponné au fusil. Comme j’étais complètement déshydraté, j’ai été évacué en hélicoptère et ce n’est qu’après un passage à l’hôpital que j’ai pu rentrer chez moi. Lorsque j’ai émergé, Letizia lisait dans un fauteuil près du lit « La dernière harde » de Genevois ; elle m’a souri. C’est elle qui m’a tout raconté, car j’ai perdu le fil la seconde nuit de mon errance. Lorsque j’ai raconté que quelqu’un avait multiplié la forêt, ajoutant des arbres aux arbres, au gré de mes avancées, j’ai vu des moues dubitatives. 

Les mois ont passé et le printemps est revenu. Je vois Letizia deux fois, trois fois par semaine. Elle embellit de jour en jour, je trouve. 

J’ai remisé mon fusil, sans doute restera-t-il dans l’armoire, mais ce n’est pas encore déterminé. De loin en loin je l’ouvre, pour respirer l’odeur du bois et du plomb.

Je reviendrai flâner en forêt, il le faudra bien, mais je ne sais pas quand, je crains d’avoir peur. Je demanderai à Letizia de m’accompagner.

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 3...

Publié le par christine brunet /aloys

Malencontreuse escapade

 

Allez, pour une fois, une aventure vécue ! Si, si…

« Au temps de ma jeunesse folle », comme aurait dit l’ami François Villon, je n’avais encore ni « maison » ni « couche molle » mais, loin de m’en soucier, faisais par monts et par vaux de la prospection sismique dans la région de Berne pour le compte d’une compagnie française de géophysique et de ses clients suisses.

Bon, très vite, juste pour planter le décor : j’étais alors chargé, en gros, de l’utilisation et de l’entretien d’un laboratoire d’enregistrement numérique monté à l’arrière d’un camion tout-terrain. Je dis bien : tout-terrain… 

En quoi consistait plus exactement mon boulot ? Eh bien, le géologue de la société cliente, généralement fort désireuse de découvrir du pétrole dans son sous-sol, prenait une longue règle, la posait bien à plat sur la carte de la région et traçait au crayon gras un grand trait rectiligne.  Et le long de ce « trait », mon équipe et moi avions pour mission d’aller planter des sismographes à intervalles réguliers, puis de faire péter à chaque fois une charge explosive  préalablement descendue au fond d’un trou bien rebouché, le but étant d’ébranler le sol et de recueillir les ondes réfléchies par les diverses couches à différentes profondeurs.

Arrêtons là les explications techniques ! Vous avez déjà deviné que, « la carte n’étant pas le territoire », il y avait souvent entre les desiderata du client et l’accès à son tracé idéal comme un petit… hiatus. À quiconque pourrait nourrir un doute, je conseille une promenade dans le canton de Berne.

Alors voilà, nous avions ce jour-là, assez tôt le matin, réussi à installer le labo sur une pente pas trop raide, en lisière de forêt. Il faisait exceptionnellement beau, le travail avait bien avancé et nous profitions d’une pause casse-croûte bien méritée.  Et à l’issue de ce déjeuner bucolique, histoire de mieux digérer et de me vider un peu la tête avant la reprise du boulot, l’envie me prit d’aller faire un petit tour en pleine nature. Ben oui, comme ça…

Si quelqu’un doute qu’il soit facile de se perdre en forêt, je l’invite tout de suite à aller, par exemple, cueillir des champignons dans un coin bien boisé qu’il ne connaît pas… En lui conseillant de bien mémoriser l’endroit où il laisse sa bagnole !

En tout cas, pour ce qui me concerne, au bout d’une bonne heure, je compris que j’étais bel et bien paumé ! Impossible de retrouver le petit sentier que j’avais emprunté avant de m’enfoncer plus profondément entre les arbres. Perdu dans mes pensées, j’avais négligé de prendre le moindre repère. Quel repère, d’ailleurs, rien ne ressemblant autant à un sapin qu’un autre sapin ?

Je m’arrêtais pour réfléchir et faire taire le début de panique qui me gagnait. Qu’allaient penser les gars de mon équipe en voyant les heures tourner sans me voir revenir ? M’attendraient-ils patiemment jusqu’à la fin de l’après-midi avant de prévenir de ma disparition mon responsable de mission ? 

Je décidais que le mieux à faire était de continuer à grimper et d’escalader au besoin un sapin pour espérer apercevoir l’orée de la forêt, et donc la bonne direction à prendre pour me sortir de ce mauvais pas. Ce que je réussis à faire au bout d’un moment, avec le soulagement que l’on imagine, repérant même une petite route descendant vers un lointain village. Sauvé !

Bon… pas encore complètement. Parce que je ne reconnaissais pas du tout le paysage, et le village en question n’était pas celui près duquel nous nous étions provisoirement installés et dont, miraculeusement, je pouvais encore me rappeler le nom compliqué. 

Après une bonne demi-heure de marche forcée, transpirant à grosses gouttes, j’arrivai dans le bled où je m’arrêtai pour essayer de demander mon chemin. Essoufflé, la gorge sèche, après avoir réussi tant bien que mal à me faire comprendre, je faillis tomber sur le cul en apprenant que j’aurais encore une dizaine de kilomètres à me taper à pieds pour revenir à mon point de départ ! Et le temps passait…

Je remerciai poliment et, un peu découragé quand même, me remis péniblement en route. 

Au bout d’une dizaine de minutes, une  voiture, arrivant derrière moi, s’arrête à ma hauteur. « Kann ich Sie irgendwohin bringen ? » me demande une gentille dame en baissant sa vitre. 

Chouette, je crois piger qu’elle me propose de me prendre à bord. Je dis « je crois », parce que le dialecte qui se pratique dans le pays, ce n’est pas vraiment le Hochdeutsch, hein ! 

C’est le moment de déstocker mon allemand des grandes occasions…

« Sehr gern, vielen Dank, ich habe mich verloren ! » lui dis-je,  prenant soin de préciser que je me suis perdu afin de l’encourager à persister dans ses bonnes intentions. En espérant m’être bien exprimé…

Mon schleu approximatif a dû l’amuser car elle me répond en français avec un large sourire. Ouf…c’est parti pour aller beaucoup mieux !

« Montez, montez, je vais vous ramener là-bas ! C’est à mon mari que vous avez demandé votre chemin, il ne parle pas français et n’était pas très sûr que vous aviez compris ses explications ! » Brave dame…

Fourbu et terriblement embarrassé, j’ai donc finalement retrouvé les copains vers cinq heures de l’après-midi. Pas trop « paniqués » pour la plupart, assis à l’ombre en sirotant une bière ou, allongés sur le dos, chapeau sur les yeux, en train de mâchonner un brin d’herbe. Savourant visiblement cette longue pause inattendue. 

Mais mes deux meilleurs potes, se doutant de ce qui avait dû se passer, s’étaient décidés à partir à ma recherche, et je pouvais en entendre un m’appeler au loin. Alors, avec le risque de tourner en rond, il a fallu aller récupérer ceux-là avant de pouvoir plier bagage, ce qui prit encore un certain temps, comme on pourra s’en douter… 

La journée n’avait certes pas été très productive, mais tout s’était bien terminé et j’avais appris à mes dépends à ne pas être trop « tête en l’air ». Ceci pour le côté positif.

Le soir même, tranquillement attablé dans un « Gasthaus », commentant en rigolant ma mésaventure (car après coup, il est évidemment beaucoup plus facile d’en rire), j’appris qu’il y avait dans ce coin-là un ravin très dangereux au fond duquel avait été retrouvé mort, bien après sa disparition, un jeune touriste victime d’une chute.

Heureusement que je n’étais pas là pour faire du tourisme !

 

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Publié le par christine brunet /aloys

DÉSORIENTATIONS

 

Delphine, une participante à l'atelier récit de vie, avait déménagé. Elle m'avait annoncé que l'appartement qu'elle avait acheté se trouvait dans une résidence construite dans un parc, à une dizaine de kilomètres tout au plus de son ancien logement. Selon elle, à partir d'un certain carrefour il suffisait de tourner quatre fois à droite. Je n'avais donc pas pris la peine de programmer mon GPS, d'autant plus que le temps passant, il se montrait de plus en plus capricieux. Je comptais me fier aux quelques repères fournis par Delphine : un feu de signalisation, une publicité concernant un restaurant, une clinique privée, un autre feu tricolore, un petit bois,  des champs…  Grossière erreur ! 

J'étais seulement parvenue à repérer le premier feu et la publicité relative au restaurant. Les panneaux indicateurs se faisaient rares au fil de la route et aucun n'avait indiqué le fameux Villers où je devais me rendre. 

Je pensai alors téléphoner à Delphine qui m'avait invitée à sa pendaison de crémaillère. Après une brève tentative, je ne dénichai pas mon portable dans la poche de ma veste où j'ai l'habitude de le mettre. 

Je me garai donc sur le bas-côté de la route et commençai à chercher mon téléphone portable. Je le trouvai finalement dans mon sac, mais il n'afficha aucune barre de réseau. Comme j'avais écrit la nouvelle adresse de Delphine sur un papier glissé dans la pochette extérieure de mon sac à main, je me résignai à tenter d'utiliser mon GPS. Hélas, il résista une fois de plus à mes tentatives d'utilisation. Tout cela me porta à croire que mon horoscope devait être bien mauvais ce samedi-là et que je ferais même peut-être mieux de rebrousser chemin.  

Je ne connaissais pas vraiment Delphine. Elle m'avait invitée à sa pendaison de crémaillère comme elle avait invité les quatre autres participants à l'atelier. Je m'étais rendue chez elle près d'un an plus tôt, à son ancienne adresse, pour fêter ses soixante-cinq ans et je m'y étais beaucoup amusée autour d'un sympathique buffet.

En fait de récit de vie, Delphine ne nous avait lu que des épisodes de sa vie sentimentale. J'ignorais encore qu'elle était daltonienne, confondait à l'occasion droite et gauche et n'était soucieuse que de mettre en valeur des signes extérieurs de richesse. Je méconnaissais surtout ses problèmes de santé mentale. Les apparences ne s'avèrent-elles pas trompeuses pour des personnes plutôt naïves comme moi ? 

Il était près de 15 heures, je restai dans ma voiture, embarrassée, espérant simplement apercevoir un piéton auquel je pourrais m'adresser. 

Enfin, s'approcha un jeune cycliste roulant sur un vélo qui s'avéra être pliant. Je sortis rapidement de mon auto, l'apostrophai et lui indiquai l'adresse que je recherchais. Il proposa de s'installer à mes côtés pour me guider jusque-là. Il rangea son vélo dans le coffre de l'auto. "Ce n'est pas facile à trouver, me dit-il. Je vous ferai prendre un raccourci, ça ira plus vite…"   Il me fit rouler quelques kilomètres en ligne droite, puis me pilota à travers un dédale de chemins de campagne, avant de m'amener à déboucher devant une résidence- services pour personnes âgées. Je fus surprise d'apprendre que dans ce bout du bout de Villers se trouvait une sorte de mini village pour personnes désorientées. 

Je commençai alors à paniquer me demandant quel genre d'univers j'allais découvrir. Après une courte hésitation, je demandai au jeune homme de m'aider à regagner un axe principal ce qu'il fit avec gentillesse, m'assurant que cela ne l'ennuierait vraiment pas d'enfourcher ensuite sa bécane pour rentrer chez lui.

De retour chez moi, j'envoyai un message pour expliquer à Delphine que j'avais eu un empêchement de dernière minute !  

J'attendis impatiemment de revoir Delphine à notre atelier. Elle  vint à la séance suivante et lut un texte bizarre dans lequel elle confiait plusieurs étranges particularités de son parcours. Ce jour-là mes yeux s'ouvrirent : je compris qu'elle confondait gauche et droite quand elle parla de l'endroit où se trouvait la machine à café, qu'elle voyait mal les couleurs quand elle qualifia de gris  son carnet rouge. Je m'aperçus aussi que c'était un homme tout de blanc vêtu qui l'attendait à la porte du bâtiment pour la ramener chez elle.  

Un futur en robe de brume se profilait devant moi. Je pris conscience que j'avais soixante-neuf ans et que je pourrais glisser moi aussi vers la fragilité.  

 

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