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Concours : "catastrophes climatiques" Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Un nouveau monde

 

  Comme tous les matins, je n'ai guère envie de me lever. Et comme tous les matins, maman surgit dans ma chambre avec sa fureur, ses insultes et sa canne prête à se fracasser sur mes draps. Je me lève et me faufile dans la salle de bain. Le climatiseur souffre en sifflant. Il fait déjà vingt-cinq degrés à l’intérieur et cinquante à l'extérieur. Non maman, ce n’est pas ma faute ! Enfin, je ne suis pas le seul responsable… 

Depuis que la canicule fait rage et que le plan de survie a été mis en place, il y a déjà près de dix ans, maman déverse sa colère sur la seule personne qu’elle croise. Moi. Elle qui était l’incarnation même de la douceur.

  Avant de quitter l’appartement, mon regard se perd à travers la fenêtre du salon, celle devant laquelle maman reste assise toute la journée. Dehors, une ville désertique. Rongée par la chaleur. Les bitumes brûlent en bouffées suffocantes et les fissures lézardent les façades. Au loin, la forêt de mon enfance n’est plus qu’un cimetière de souches. Un oiseau gît au sol. Oui, maman, j’y vais !

  Nous sommes le premier samedi du mois, jour de réapprovisionnement. J’enfile mes chaussures aux semelles de métal, je respire à fond et je sors. De l’appartement. De l’immeuble. D’un coup d’un seul, la masse chaude m’ensevelit. Puis elle me saisit la gorge, et s’agrippe à mes membres. Quelques pas suffisent à me couvrir de sueurs âcres, à embrumer ma vue et à accabler le moindre de mes gestes, jusqu’à ce que j’entre et m’assois dans le tramway, seul véhicule à pouvoir encore circuler en ville.

  L’aide alimentaire. Les sachets d’aliments lyophilisés. Notre survie ne tient plus qu’à cela. A cela et aux climatiseurs que d’autres pays n’ont déjà plus. La population africaine est décimée, comme une grande partie de l’hémisphère sud. La canicule aura raison de nous. De nous tous.

  Chaque nuit, je fais ce cauchemar.  

  Chaque nuit, je sais que c’est bien plus qu'un mauvais songe.

  Un horizon.

 

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Concours : "catastrophes climatiques" Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

Au bord de la mer…

Quand j’étais petit, je passais toutes mes vacances chez mes grands-parents et j’adorais ça. Mes aïeuls habitaient à moins de mille mètres de la mer et j’allais la voir tous les jours qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. Enfin, il ne neigeait quasiment jamais chez eux ! 

Je ne pouvais pas me passer de cette immense étendue d’eau tantôt bleue, tantôt grise, selon la couleur du ciel. C’était comme une drogue. J’avais besoin de me perdre au loin, à l’horizon, là où le ciel rejoint la mer. Je m’asseyais sur un rocher et mes yeux se perdaient dans le lointain. J’inventais un peuple qui habitait là-bas sur la ligne où le soleil se couchait, chaque soir, à des heures différentes, s’amusant à faire diminuer la longueur du jour au fur et à mesure qu’on s’enfonçait dans l’été pour rejoindre l’automne. 

Le matin, très tôt, j’arpentais la plage avec mon grand-père à la recherche de coquillages, d’étoiles de mer ou autres cadeaux laissés pour moi, sur le sable, par la mer qui s’était retirée. Des mouettes et des goélands se disputaient les restes de repas laissés par des touristes peu scrupuleux. Des joggeurs matinaux laissaient leurs pas dans le sable mouillé. De temps en temps, un tracteur venait ramasser les algues que la mer avait vomies sur la plage. Des bateaux voguaient sur les vagues et je rêvais de paysages lointains. Un jour, je serais marin, c’était décidé. 

Parfois, mon grand-père m’emmenait sur les îles lointaines, celles colonisées par des oiseaux. Mon pépé était un ornithologue averti et gare à moi si je mettais un pied de travers, si par inadvertance j’avais marché sur un nid de fous de Bassan ou de guillemots. Mon grand-père me tirait alors en arrière et je ne pouvais plus lâcher sa main. 

Combien de fois ai-je assisté à des naissances de pétrels ou de puffins fuligineux ? C’était, à chaque fois, un merveilleux spectacle que Dame Nature m’offrait là : le miracle de la vie ! 

Je rentrais chaque fois chez mes parents des souvenirs plein la tête et déjà je pensais aux prochaines vacances au bord de la mer. 

Puis, j’ai grandi. Je n’ai plus passé toutes mes vacances dans la station balnéaire où habitaient mes grands-parents. Je passais quand même, de temps en temps, leur dire bonjour, et, ça ne manquait pas, à chaque fois, mon grand-père m’emmenait sur la plage de mon enfance et je m’y trouvais bien. 

Mais un jour, il n’y a plus eu de plage ! La mer avait avancé jusqu’à la route située un peu en hauteur de ce qui n’était plus mon terrain de jeu ! Et mes iles, ces refuges merveilleux pour les oiseaux marins, où étaient-elles passées ? Plus une seule ne dépassait le niveau de l’eau ! D’ailleurs, des oiseaux, on n’en voyait plus du tout ! Ils avaient migré ailleurs, dans un monde meilleur pour eux, là où la mer gourmande n’avait pas tout englouti ! 

J’avais, comme tout le monde, entendu parler de réchauffement climatique, de fonte des icebergs, de l’élévation du niveau de la mer, mais je n’y avais pas fait plus attention que vous. L’avenir apocalyptique que certains nous prédisaient me laissait froid et je n’ai rien fait pour le changer, pour éviter le pire. 

Je m’en suis rendu compte quand, quelques années plus tard, la mer ne se trouvait plus à 1000 mètres de la maison de mes aïeuls, mais à moins de 500 mètres ! L’eau avait monté, avait escaladé le mur de pierre qui l’avait toujours retenue prisonnière pour se répandre dans les rues. Les beaux hôtels, les maisons de riches, les immeubles de charme, avaient tous été engloutis par la force de la mer, par sa furie, par sa vengeance envers les êtres humains ! 

Aujourd’hui que mes grands-parents ne sont plus de ce monde, je me rends parfois en pèlerinage dans ce petit village côtier que j’affectionnais tant. J’y emmène mes enfants et je leur montre, de loin, l’endroit où se trouvait la maison de leurs arrière-grands-parents. 

En contemplant les flots déchainés, il est difficile de se rendre compte que quelques dizaines d’années auparavant seulement, à l’endroit que je montre du doigt, poussaient les roses qui faisaient la fierté de ma grand-mère ou les légumes que mon grand-père cultivait et que mémé préparait de mille et une façons pour le plus grand plaisir de mes papilles. 

Heureusement, le cimetière est situé sur une hauteur du village, et même si les vagues commencent à lui lécher les pieds, il conserve les corps de tous les habitants qui ont connu une mer inoffensive et si belle. J’y emmène mes enfants et je leur raconte l’histoire de ce village de pêcheurs qui n’existe plus, de cette station balnéaire qui a perdu tous ses touristes, de cette plage qui m’accueillait chaque jour des vacances, qui m’a offert mes plus belles joies d’enfant et m’a laissé mes plus beaux souvenirs. 

Souvent, des larmes coulent le long de mes joues. Elles suivent les rigoles qui traversent mon visage pour s’infiltrer entre mes lèvres. Elles sont salées comme l’eau de la mer…

 

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Concours : "catastrophes climatiques" Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

FAITS-DIVERS

Chez le bijoutier, dans la grand-rue du village, en ce début du mois de juillet, le thermomètre affiche plus de quarante degrés depuis plusieurs jours. À la supérette sur la place de l'Église, il n'y a plus une bouteille d'eau à vendre et la plupart des limonades sont en rupture de stock. Le village est gagné par un ralentissement inhabituel des activités, les animaux domestiques paraissent comme engourdis, les rares passants avancent mollement, l'herbe est rousse, les fleurs fanent, les jardins font profil bas. Dans les magasins de la ville voisine, il n'y a plus un ventilateur ni un climatiseur à pouvoir acheter et la clinique a fait le plein de patients. Des personnes âgées sont décédées et d'autres sont au plus mal. 

 

Chaque jour est un jour en enfer. La touffeur est telle que chaque geste exige un effort à peine imaginable. La sueur ruisselle sur les fronts. Les mains et les pieds sont moites. Aucun souffle de vent ne permet de se rafraîchir. Le soir, le sommeil tarde à venir. L'air est lourd. Les pensées sont paresseuses. On se met à rêver d'une pluie fine et froide. 

 

Les effets de la fatigue et du mal-être sont bel et bien visibles. Pour un rien, la mère gronde son enfant, le mari abreuve son épouse de reproches et l'épouse se fâche. Pour un rien, le patron menace l'ouvrier de renvoi et le client houspille le vendeur. Pour un rien, le curé et le médecin perdent leur calme habituel, le maire critique sa secrétaire, la coiffeuse soupire.  Le garçon de café mémorise mal les commandes et il arrive que le serveur renverse la corbeille de pain, des couverts ou des plats. Le ton monte entre copains. Quelque chose va arriver, on le pressent, on le redoute. C'est écrit dans le ciel trop bleu, dans la terre trop sèche, dans les verres trop vite vidés.

 

Quinze heures, Jean-Paul tue Jeannette, son amoureuse, d'un coup de couteau parce qu'elle l'a envoyé paître en des termes violents. Seize heures trente, Mauricette bouscule sa vieille tante qui réclame un énième verre d'eau fraîche, la vieille dame perd hélas l'équilibre et se fracture le crâne.  Dix-huit heures, Clémentine pousse sa fille qui pleurniche, la gamine tombe dans l'escalier et souffre de multiples blessures. Vingt heures treize, Kevin assassine une voisine dans le seul but de voler les trois  ventilateurs qu'elle possède et refuse de lui prêter.

 

Plusieurs choses graves sont ainsi arrivées dans le joli et paisible village de mon enfance jusqu'au terme de la canicule. Ailleurs, dans le pays, les comportements violents ont été également très nombreux. Un psychologue interrogé par un journaliste n'en fait pas mystère : il s'agit de conséquences du réchauffement climatique. Exaspération et intolérance sont, selon lui, les fruits des périodes très chaudes que nous vivons cet été. Déjà des voix s'élèvent : comme de tels été seront de plus en plus fréquents, il faudrait construire de nouvelles prisons, de nouveaux hôpitaux, rendre obligatoire des stages de communication non-violente. Déjà on prévoit une augmentation importante du nombre de divorces et de conflits entre employés et employeurs. 

 

Les années qui viennent devront être soumises à des mesures fortes à prévoir de toute urgence proclament des hommes politiques de tous bords.  Des choses graves, des choses de plus en plus graves, arriveront sûrement partout sur la Terre.  C'est ce qui se dit, c'est ce qui se lit, c'est ce que l'on imagine. 

 

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Résultats concours "Catastrophe, les envahiseurs arrivent !"

Publié le par christine brunet /aloys

Les participants : 

Texte 1 : Philippe Desterbecq

Texte 2 : Séverine Baaziz

Texte 3 : Gabriel Rasson

Texte 4 : Carine-Laure Desguin

Texte 5 : Micheline Boland

Texte 6 : Christian Eychloma

Texte 7 : Christian Eychloma

 

Et notre gagnant avec 3 votes : Christian Eychloma ! Bravo

Pour info texte 2 : 2 voix

texte 5 : 1 voix

 

Merci à tous les auteurs participants !

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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 7 C'est le dernier ! Votez jusqu'à 18 h ce soir sur ce post

Publié le par christine brunet /aloys

Collision temporelle…

 

À peine croyable, malgré l’évidence. Là, on n’était plus au cinéma. Non, non… Ils arrivaient vraiment ! Un truc bizarre en orbite, d’étranges avions furtifs survolant à toute vitesse les principales agglomérations de la planète, ça n’avait rien d’une galéjade et ça foutait salement les jetons…

L’incrédulité avait pourtant été de mise au tout début, avec ces drôles de messages transmis en boucle par leur vaisseau et relayés par toutes les chaînes de télé et de radio. Des messages rassurants, amicaux, diffusés dans des versions vieillies de toutes les langues du monde.

Passé l’effet de surprise, le président Matron avait pris fermement les choses en mains. Il s’était adressé aux Français dans un discours solennel d’où il ressortait qu’en tant que futur dirigeant du futur gouvernement mondial - rien de moins -  il avait déjà pris contact avec les étrangers, au nom  des peuples de la Terre. 

Bien qu’un peu sceptiques car habitués aux déclarations jupitériennes du personnage, ses auditeurs, admirateurs et détracteurs confondus, durent bien se rendre à l’évidence lorsqu’il apparut qu’une délégation des ces nouveaux arrivants était bel et bien attendue à l’Élysée. 

Ce jour-là, Matron et Lastex, son Premier ministre, se tenaient debout derrière une des hautes fenêtres du premier étage de  l’ancien hôtel particulier de la rue du Faubourg-Saint-Honoré,  surveillant discrètement  la pelouse du palais de l’Élysée où devait avoir lieu l’atterrissage de l’engin amenant les plénipotentiaires. 

Lastex ôta ses lunettes et, histoire de dissimuler sa nervosité, entreprit de les nettoyer consciencieusement tout en se  tournant vers Matron.

« Heu… ne devrions-nous pas descendre afin d’être prêts à les accueillir ? » suggéra-t-il prudemment.

« Tu plaisantes ? » s’étonna sincèrement le président en pointant un menton autoritaire. « Attendons plutôt qu’ils arrivent et laissons-les mijoter un peu pendant que quelques sous-fifres leur annonceront que je m’apprête à les recevoir !

-  Ah… Oui, oui, bien sûr ! Mais peut-être qu’alors, un ou deux sénateurs, même si le Sénat n’a pas été consulté…

- Ah là, c’est carrément de l’humour ! s’esclaffa Matron. Je n’allais quand même pas leur demander leur avis ? Pourquoi pas l’Assemblée nationale, tant que tu y es ? »

Puis ils s’interrompirent en entendant un sifflement allant crescendo. Lastex replaça ses lunettes sur son nez et pointa du doigt une espèce de gros ballon qui, décélérant rapidement, se posa ensuite lentement au milieu des jardins.

Les membres du comité d’accueil réduit s’approchèrent prudemment de la grosse boule opaque posée sur ses quatre pieds articulés. Le président et son Premier ministre, quant à eux, retinrent leur souffle pendant qu’une porte s’ouvrait toute grande sur un côté du bizarre engin. 

Ils n’en crurent d’abord pas leurs yeux en voyant débarquer des personnages empanachés et portant perruque, à la démarche lente et majestueuse, et dont l’accoutrement les désignait comme arrivant tout droit de l’époque de Louis XIV !

Lastex, estomaqué, bouche bée, demeurait subjugué par la toilette des femmes, leurs coiffures d’une incroyable excentricité, leurs longues jupes de brocarts d’or surchargées de dentelles et de passementeries. 

Matron, de son côté, au comble de l’incrédulité, n’arrêtait pas de secouer la tête en observant les chapeaux à plumes des hommes, leurs jabots de dentelles, pourpoints, baudriers,  hauts-de-chausses et bas de soie. Des gens de cour avançant cérémonieusement, un pas après l’autre, dans leurs souliers à talons garnis de rubans. 

Reprenant peu à peu ses esprits, il se tourna vers son Premier ministre.

« Tu crois que ces cons pourraient être venus de si loin pour se foutre de nos gueules ? » demanda-t-il d’une voix où perçaient la frustration et la colère.

« Vous m’en demandez trop, monsieur le président… » répondit Lastex, ennuyé. « Qui oserait ? Oui, qui oserait faire preuve d’une telle inconvenance à votre égard ? Même originaire d’une autre planète ?  Non, inimaginable, ce serait aller trop loin… 

- Descendons tout de suite voir de près ces rigolos ! » décida Matron en bombant le torse.

En les apercevant au bas du perron, un de ces loufoques personnages, sans doute le chef de la délégation, s’avança en martelant le sol de sa canne à pommeau d’argent et, arrivé devant les deux hommes, s’inclina respectueusement en ôtant et agitant largement son chapeau.

« Je me fais une grande joy de connoistre enfin Vostre Majesté que je salue très humblement ! » déclara-t-il avec emphase. « Et je vous dirai, s’il Luy plaist de m’entendre, mon admiration pour Sa très grande Gloire et la forte implication qu’Elle donne aux affaires de son Estat… »

Matron, ébahi quoique flatté, se pencha à l’oreille de Lastex.

« Qu’est-ce que c’est que ce galimatias ? Et ce putain d’accent du terroir ? » chuchota-t-il. Puis, d’une voix autoritaire : « Qu’on aille me chercher la ministre de la Culture ! 

  - Je suis là, je suis là, Sire, heu… monsieur le président ! » répondit Rosine Batelot qui se trouvait justement derrière eux. « Permettez-moi de vous aider… »

Un dialogue s’établit alors rapidement en vieux français entre la ministre de la Culture et ces extravagants visiteurs, dialogue d’où il ressortit très vite que ces derniers étaient tout aussi surpris et gênés que l’était le locataire potentiellement à vie de l’Élysée.  

Et l’on commença à subodorer l’alpha et l’oméga de toute cette histoire lorsque Rosine Batelot expliqua que ces humanoïdes incroyablement évolués avaient capté par hasard, depuis leur propre planète, des images de la vie sur Terre au dix-septième siècle... 

« Comment ça ? Comment ont-ils pu recevoir ces images alors que la télé n’était pas encore inventée ? » fit judicieusement observer Matron à qui on ne racontait pas de faribole.

« Ils n’utilisent pas les ondes radio. Les ondes lumineuses leur suffisent, et elles se diffusent partout à la vitesse que l’on sait. Ce qui fait que, plus on regarde loin dans l’espace, plus on regarde loin dans le temps, Votre Excellence, heu… monsieur le président ! » précisa la ministre qui avait de la culture. 

« Mais les éléments sonores, hein ? Le son, quoi ! 

- Des techniques incroyablement élaborées leur auraient permis de le reconstituer et d’apprendre ainsi, entre autres langues, le français de l’époque ! » 

Elle fit signe à Varan, le ministre de la Santé qui se pointait avec un masque sur le nez, de ne pas l’interrompre, comme il en manifestait visiblement l’intention.

« Puis, décidant alors d’une petite visite pour achever de satisfaire leur curiosité, poursuivit-elle, ils se sont tout naturellement vêtus à la mode de nos ancêtres avant d’embarquer pour un voyage assez rapide via ce qu’ils ont appelé une torsion de l’espace, ou un truc comme ça. Bon, là, je n’ai pas tout compris… Mais les choses avaient évidemment un peu changé chez nous entre-temps ! 

- Un trou de ver… » intervint Lastex sur un ton pontifiant. « Votre torsion de l’espace, on appelle ça un trou de ver !

- Si vous voulez… » répondit Rosine, un peu vexée. 

« En tout cas, trou de ver ou chas d’une aiguille, ils sont là et bien là, avec leurs plumes et leurs fanfreluches ! s’énerva un peu Matron. On en fait quoi, maintenant ? »

Varan, tirant sur son masque, s’approcha.

« Attention, monsieur le président… Sont-ils au moins vaccinés ?

- Ah, vous, foutez-moi la paix avec vos conneries, hein ! Il y a gros à parier qu’ils n’ont pas besoin de vos conseils…

« Alors, si j’osais vous suggérer, monsieur le président…

- Ouais, enfin, vos suggestions, jusqu’à maintenant… » répondit Matron avec un haussement d’épaules. « Mais allez-y quand même…

- Vous avez compris que ces gens voyagent incroyablement vite… Alors, pour assurer définitivement votre réélection, imaginez une seconde que vous, entre tous les chefs d’État, soyez officiellement invité sur cette planète éloignée ! Tenez, si ça se trouve, vous pourriez peut-être faire l’aller-retour dans la journée !

- Je crois discerner où vous voulez en venir, mon petit Varan… » répondit Matron en se caressant le menton, soudain intéressé. 

Les négociations ne durèrent pas longtemps et Matron, le port royal, accompagné de sa petite troupe de courtisans extra-terrestres, monta à bord de l’engin qui décolla et… ne revint pas.

Ce qui explique aujourd’hui la soudaine disponibilité, pour un nouveau candidat, du trône de l’Élysée. 

 

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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 6

Publié le par christine brunet /aloys


Les orphelins


Fendant les sombres flots de mers enténébrées
Vos arches franchissaient des gouffres insondables
Et vos regards hautains embrassaient des nuées
De mondes décadents et de peuples minables,
Quand, jaillissant d’un pli de l’espace et du temps
Dans notre ciel piqué de fleurs d’éternité,
Soudain resplendissants, vos vaisseaux arrogants
Battirent le rappel des nations apeurées.

Échoués sur nos grèves, naufragés comme Ulysse
Dont la nef éprouvée par des remous furieux
Avait été jetée dans de vastes abysses,
Démiurges ombrageux, géants talentueux,
Vous veniez nous conter le spectacle dantesque
D’astres étincelants dans leurs limbes fumeuses,
Lançant leurs langues d’or, en folles arabesques,
Pour noyer de lumière d’opaques nébuleuses…

Vous aviez contemplé du haut de votre ennui,
Par delà Capella, au large d’Orion,
Ce rougeoyant creuset, dans un coin de nos nuits,
Concoctant la folie des civilisations,
Les stellaires beautés qui cachent la laideur
Des foyers moribonds, des soleils rabougris
Qui s’enfoncent sans fin dans des fosses d’horreur
Où errent à jamais les mondes engloutis.

Puis, vos voiles gonflées d’un vent mystérieux,
La proue de vos croiseurs tournée vers d’autres ports,
Repoussant, méprisants, nos prêtres obséquieux,
Vos cyniques adieux scellèrent notre sort
Quand, sourds à nos soupirs, votre dédain profond
Imprima dans nos âmes un amour frelaté,
Et l’atroce amertume du mortel abandon
D’un cosmos déserté par nos divinités.

Dominant les vallées, tutoyant les nuages,
Depuis, toujours plus haut, nos vaniteuses tours
Grimpèrent à l’assaut du récurrent mirage
De ces fanaux lointains qui nous fuyaient toujours.
Juchés sur le sommet d’immenses pyramides
Nous durcîmes nos cœurs en de vains sacrifices,
Crucifiant à jamais, sous les cieux impavides,
Les fils de nos filles, les filles de nos fils.
 

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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

LES ALGUES VERTES



 

C'était un lundi d'été, de la fenêtre de sa chambre, Véronique observait la piscine de la maison voisine lorsqu'elle remarqua sur une grande partie de sa surface des sortes de longs rubans verts et des formes ovales d'un vert un peu plus soutenu. "Ils ont encore fait la fête, pensa-t-elle. Et voilà que l'on retrouve ici et là des serpentins et des gros confettis verts. Jusqu'où iront-ils dans leur négligence ? Pourquoi n'avaient-ils pas recouvert leur piscine comme ils le font quand ils reçoivent des gens accompagnés de bambins ?"  

"C'est quand même bizarre que je n'aie rien entendu", constata-t-elle après un bon moment de réflexion. "Après tout ce n'est sans doute pas aussi grave que je l'estime. Je n'évalue sans doute pas correctement le problème. Ils ont encore voulu faire dans l'originalité. Il suffira peut-être qu'ils tirent sur des fils que ma vue trop imprécise ne me permet pas de distinguer pour enlever tout ça. Mon début de cataracte me joue probablement encore un vilain tour", finit-elle par conclure, choisissant de ne pas s'enliser dans des réflexions stériles et de passer à autre chose. 

Véronique avait près de quatre-vingts ans et elle était veuve. Elle n'appréciait guère ses voisins. Ils n'avaient pas du tout le même mode de vie que le sien. Ils étaient jeunes, désinvoltes, bruyants. Ils garaient leur voiture devant sa propriété, même devant son garage. Ils déposaient leurs poubelles sur le trottoir d'en face. Ils laissaient leur chat s'installer où bon lui semblait dans son jardin ou sur sa terrasse sans jamais tenter de le rappeler. Leur chat avait ainsi déjà cassé des verres restés sur la table de la terrasse.      

Véronique ferma la fenêtre et partit se balader le long de la rivière située à quelques kilomètres de chez elle avec l'intention de prendre des photos. Arrivée sur le chemin de halage, elle s'étonna de voir les mêmes rubans verts que ceux qu'elle avait observés chez ses voisins. Certains se trouvaient sur l'eau, d'autres sur les berges. À cet endroit, il ne pouvait être question de serpentins et de confettis lancés par les voisins et encore moins de motifs décoratifs. Quant à son problème de vue, comment aurait-il pu occasionner une déformation de sa perception de cet environnement sans avoir eu d'incidence sur celle des jardins et des péniches ? 

Les hypothèses affluèrent des plus loufoques aux plus probables ! Avait-on affaire aux retombées d'incivilités en rapport avec le cortège folklorique du week-end, à une pollution liée à l'utilisation d'engrais, à un sabotage orchestré par un groupuscule quelconque ou à une façon d'interpeller d'écologistes originaux ?  

Malgré la chaleur, Véronique se mit à frissonner lorsqu'elle constata qu'il y avait des traces vertes sur le cuir blanc de ses baskets… Ces baskets, il était certain qu'elle ne les enlèverait qu'avoir avoir passé des gants, qu'elle les emballerait ensuite dans du papier journal avant de les placer dans un sac poubelle ou mieux qu'elle les brûlerait…  

Véronique prit peur et resta perplexe. Elle ferma les yeux. Elle imagina qu'une pellicule verte recouvrait les trottoirs, les pièces d'eau, les fontaines, les boulevards de la ville toute proche. Elle se représenta les toits parés d'un tapis végétal vert. C'était une catastrophe !  

Quand elle rouvrit les yeux, il lui sembla que les rubans verts avançaient tels des serpents et que les formes ovales gonflaient. Elle voulut prendre des photos, mais elle n'y parvint pas tant elle tremblait. 

Elle aurait souhaité crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Surtout ne pas rester là, exposée à ces choses qu'elle n'arrivait pas à nommer. Surtout s'abstenir de toucher une seule de ces choses !  

Prenant le risque de tomber, Véronique pressa le pas pour rentrer au plus vite chez elle. 

Sitôt franchi le seuil de sa villa, elle se brancha sur la radio régionale. On y alertait les auditeurs à propos de la prolifération d'algues vertes. Ce phénomène était supposé consécutif au retour dans la région d'une troupe de scouts partie en vacances dans une cité balnéaire d'un pays limitrophe. Selon le journaliste, la cité balnéaire dont il était question avait été aux prises avec le phénomène dès la fin du printemps. Les autorités communales y avaient adopté des mesures strictes pour évacuer des tonnes d'algues et obligeaient le personnel à revêtir une combinaison et un masque protecteurs pour s'en approcher. On évoquait la conséquence d'imprudences répétées d'adolescents ayant franchi une zone pourtant devenue interdite d'accès au public. Par ailleurs, on pouvait aisément localiser les territoires où habitaient les scouts incriminés, car ceux-ci étaient à première analyse tous plus ou moins contaminés. 

En s'informant un peu, Véronique apprit que ses jeunes voisins avaient des parents parmi ces scouts. 

Le jour même, tous les journaux télévisés, tous les bulletins d'information des radios nationales, toutes les gazettes en ligne évoquaient le phénomène. Les réseaux sociaux s'emballaient. Les suppositions étaient aussi nombreuses que variées. 

Le lendemain, toute une équipe d'hommes harnachés comme des cosmonautes nettoya la piscine des voisins.  

Bientôt, on évoqua la présence de ces algues à d'autres endroits dans le pays et dans d'autres pays voisins. Cette apparition n'avait plus guère de limites. 

Pour Véronique, il s’agissait bel et bien d’une invasion. Entendre ou lire sur la toile les propos de journalistes et de scientifiques à ce sujet la rendait comme folle. Elle aurait voulu échapper à tout cela en s'abandonnant à un long, très long au sommeil même si ses sommeils  n'étaient désormais plus peuplés que de cauchemars. Dans ses rêves, elle se voyait habillée d'algues, se nourrissant d'algues, vomissant des algues, marchant sur des algues, tombant sur des algues. Un jour, d'un geste, en absorbant juste une pilule, Véronique mit fin non pas à l'invasion d'espaces par les algues, mais à l'invasion de sa tête et de son cœur. 

 

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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

Il n’y aura pas de parthénogenèse




 

    Jirons, l’élu, intégra l’impulsion du vaisseau. Il s’accroupit et d’un geste vif (parce que le temps basculait), il souleva la grille phosphorescente, celle du laborultima. Il descendit alors à toute vitesse (parce que le temps basculait), les cent quarante-quatre marches. En hyperconscience, il décrocha et enfila sa combinyloxygénérante en ayant soin de ne pas la déchirer (parce que le temps basculait) car c’était un modèle unique tissé pour ce jour J. Derrière lui, des forêts alanguinaires, des champs de blémarites, des étangs visqueux sur lesquelles surnagent des blobs et de vastes terres grippavores asséchées depuis la dernière nuclitorffe. Ensuite il plongea dans le liquide tiède et bleuté qui tourbillonnait vivement à cette heure tardilunaire. Jirons, l’élu, était de plus en plus excité car depuis le temps qu'il attendait ce jour J et cet instant XYA, il n'y croyait plus (et aussi parce que le temps basculait). C'était gravé pourtant dans chaque écran et à chaque quadrilunaire, ça clignotait au dimillième, aveuglant même les derniers unisextérilisables. Donc l'instant XYA, pour Jirons, l’élu, c'était une ascendation qui devait surgir absolument (parce que le temps basculait) d’un moment quadrilunaire à l’autre. 

    Après une dizanane de suositez et toujours en état d’hyperconscience, il était debout devant la Grotalib. Il appuya la paume de sa main droite contre un amaglandé de codes hyéroglyphés et un anneau de la Grotalib lui souffla son nom, Jirons donc, l’élu, et lui instilla « in sangui veritas » une autorisation pour pénétrer dans l’allée centrale (parce que le temps basculait) d’où s’innervaient les labyrinthes bunkèrisés qui alimentaient le dodécagynécée.

    Une fois propulsé dans l’épicentre de l’allée centrale, il souleva son bras droit et renversa sa main droite de façon à ce que sa paume reçoive les rayons omégastrom et que la séquence alpha du processus démarre (parce que le temps basculait). Une terrible détonation se fit alors entendre et des fumées s’échappèrent des labyrinthes bunkérisés. Des bruits sourds ne cessaient d’atteindre les tympans de Jirons, l’élu. Celui-ci s’écroula et son corps entier se fondit dans les mailles serrées de sa combinyloxygénérante. 

    Douze créatures apparurent, se libérant entre elles des algues et des champignons polypores qui les maintenaient en survie. La plus grande d’entre elles ramassa la combinyloxygénérante et l’accrocha à une exostose d’une des parois qui entourait la tribu terrienne (parce que le temps basculait). 

    La Grotalib s’ouvrit par le dessus et on vit dans le ciel rougeâtre une sphère phosphorescente qui s’approchait, c’était le vaisseau dans lequel treize créatures extraterrestres attendaient depuis des lames-lumières cet instant XYA. 

    L’histoire d’un nouveau monde pouvait commencer. Parce que le temps basculerait bientôt.

 

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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Les criquets de l’Est

Aurélien regarde ses champs. Le froment a bien poussé cette année : il y a eu de la pluie ou du soleil, juste quand il fallait. Il a rarement connu une si bonne alternance climatique. De quoi se réjouir, d’autant que le prix des semences a bien augmenté cette année, vu la conjoncture. 

Il a le cœur voilé, pourtant. Pas parce que Marion sa femme est à nouveau malade, cela il s’y est habitué, depuis les années, elle ne supporte pas les variations de températures, qui n’ont cessé de s’accentuer. Au début, ce fut difficile de tenir la ferme sans elle, mais les enfants ont grandi et ils lui sont d’une aide appréciable ; ils ont hérité de sa vigueur, Dieu merci.

Il passe la main sur les grains, dans quelques jours il pourra moissonner, ils seront à maturité. Il doit encore un peu attendre, avec le blé il ne faut pas anticiper. 

En écoutant la radio, il a eu un gros coup de blues. D’ordinaire, les secousses du monde et de son pays l’indiffèrent, il a bien trop à faire avec les bêtes et les cultures. Mais là, c’est autre chose.

On annonce qu’en Sibérie, les criquets ont proliféré, fin de saison. Ce sont des mutants, des criquets géants, qui se reproduisent à répétition. Avec la chaleur qu’il fait là-bas (42 degrés de moyenne ce mois) et l’humidité provenant de l’évaporation de surface du Lac Baïkal, ces insectes se sont multipliés. Une estimation prudente des autorités russes chiffre à plus de sept cents milliards le nombre de ces insectes. Ils ont tout ravagé en Sibérie et poussés par un désastreux vent d’est, ils ont déjà traversé le Kazakhstan et sont entrés en Ukraine. Ils auront de quoi s’occuper dans le grenier de l’Europe, mais leur voracité est insatiable : plus ils mangent, plus ils grossissent, plus ils grossissent, plus ils mangent.

On redoute qu’ils viennent par ici et si ça arrive, ce sera fichu pour ses récoltes, les criquets vont tout bouffer. Ses voisins partagent ses appréhensions. S’il pouvait, il mettrait bien du pesticide, mais depuis quelques années, c’est interdit, le bio est devenu obligatoire. Les amendes en cas d’infraction sont trop salées pour s’y risquer. Il en a marre de tous ces écolos !

Il va se coucher, il n’y a rien à faire, de toute manière. On verra ça demain. Marion est déjà au lit, endormie, elle ronfle doucement. Aujourd’hui, il a vu dans ses yeux qu’elle sait sa fin proche. Il entend les enfants qui jouent aux cartes et envie leur insouciance. 

Mâchant son pain au lever du soleil, il allume le poste. Les criquets sont arrivés dans le centre de l’Allemagne. Il a ouvert une carte et tracé une ligne, ils sont pile en direction de chez lui. Difficile de prévoir précisément quand ils viendront : cela dépend de la nourriture qu’ils trouveront sur leur chemin.

Il allume la télévision. On ne parle que de ça. On voit des images du ciel dégagé puis, lorsque les criquets entrent dans la zone de la caméra, c’est off, le soleil est coupé et il fait tout noir. On entend un paysan allemand expliquer qu’alors la température chute brutalement, tant l’ombre est dense.

Il allait éteindre, dégoûté, lorsqu’un journaliste évoque que le vent pourrait tourner, il tend légèrement au Nord-Est.  On verra.

La journée passe, sans grand changement : les criquets se posent, mangent et repartent. Ils sont encore loin, mais ils approchent, à peine déviés par le vent.

Aurélien va se coucher. Il regarde Marion endormie ; des images d’elle lui traversent l’esprit, quand elle était jeune et vigoureuse. Comment fera-t-il pour tout payer, s’il perd ses plantations de l’année ? 

Un voisin a suggéré d’allumer des feux, mais il n’y croit pas, ils sont trop nombreux et il y a le risque de tout faire cramer.

Après quelques heures de mauvais sommeil, il se lève. On n’entend rien dans la ferme, hormis les vaches dans l’étable, qui secouent leurs chaînes.

Il cherche des informations. Son cœur bondit : le vent a tourné au sud-ouest, très soutenu, c’est presque un vent de tempête.  Quelqu’un explique sérieusement que cette inversion du vent provient des criquets qui, refroidissant l’atmosphère, ont provoqué un fort changement de pression atmosphérique. Un fake, sans doute.  Par contre, un ouragan semble bien se préparer à la frontière. Une autre source d’inquiétude …

Quelques heures ont passé, quand il apprend que les criquets ont été violemment éparpillés dans l’atmosphère par le typhon, le danger s’est éloigné. Le cataclysme est resté localisé à la frontière et le temps est revenu au calme, un calme insolite. Tout s’est neutralisé.

Il pense à sa chance : il pourra vendre son grain à prix d’or, c’est la loi du marché et il s’en frotte les mains. Il ne voit rien de mesquin à cette pensée, il sait trop bien que c’est chacun pour soi. 

C’est passé tout près … la prochaine fois, il va déguster. En attendant …

 

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Concours : "Catastrophe, les envahisseurs approchent !" Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

La Colère des Etoiles 

 

  Dans la nuit noire, sous le regard silencieux de la lune, des étoiles de colère volèrent en éclats. Gigantesques et difformes, pareils à des feux d'artifices aveuglants et dégoulinants dans l’obscurité. Le ciel tonna si fort et si longuement que toutes les pierres du village d’Alghadiba se mirent à trembler. Du plus bel édifice à la plus petite chaumière. Les anciens implorèrent la clémence des cieux. Les plus jeunes se précipitèrent, apeurés, dans les couches parentales. C’est ce que fit le petit Aziz, élevé seul par son père, dans un appartement perdu au septième étage d’un immeuble sans ascenseur.

  - Papa, papa, c’est quoi tout ce bruit, j’ai peur ! 

  - Mais non, ne t’inquiète pas, je suis là.

Le cœur de l’enfant battait si vite qu’il en perdait le souffle.

  - Tu sais, mon chéri, on pourrait croire que le vacarme se joue au-dessus de nos têtes, mais non. C’est bien plus loin.

  - Loin comment ?

  - Très loin. Au moins à trois villages d’ici.

- Ah bon ? Comment tu le sais, papa ?

- Ah, ah… Pour tout te dire, je sais même ce qui se passe précisément, mais c’est un secret. 

- Dis-moi, papa ! S’il te plaît, dis-moi !

- Bon d’accord, mais tu dois me promettre de ne rien dire à personne. Même pas à tes camarades de classe.

- Promis !

- Alors, voilà : un film est en train d’être tourné dans notre beau pays. Te rends-tu compte, mon chéri ? Un film de science-fiction, à grand spectacle, et je peux même te dévoiler le titre, si tu veux.

  - Oh oui, dis-moi, papa !

  Le père tourna la tête à gauche, tourna la tête à droite, follement suspicieux, puis s’approcha de l’oreille de son fils, et chuchota :

  - La Colère des Etoiles.

  - Pour de vrai ?

  - Bien sûr, pour de vrai.

- Est-ce que ça ressemblera à la Guerre des Etoiles ?

- Un peu, mais en bien plus incroyable. Mais souviens-toi, tu m’as promis...

  Un tonnerre assourdissant interrompit la conversation, fit trembler la fenêtre de la chambre et, en ricochet, le corps du petit garçon.

- N’aie pas peur, mon chéri. Tu sais, quand le tournage sera terminé, nous serons tous invités à l’avant-première. Je le sais de sources sûres, et ce sera formidable, tu verras.

  Dans la douceur du mensonge et les bras de son père, le petit Aziz finit par s’endormir.

 

  Aux premières lueurs du jour, plus rien. Comme si tout n’avait été que le songe d’une mauvaise nuit d’été. Comme un coude-à-coude entre guerre et paix. 

A la faveur du cessez-le-feu, chacun continuait à travailler et étudier. Vivre. Presque normalement. Mais une fois le soleil au crépuscule, les bombes ressurgissaient, plus proches et menaçantes au fil des nuits. 

Une semaine après les premières détonations, un homme toqua à la porte du père de famille attendant que son fils rentre de l’école. Il avait le visage blême et la voix chevrotante. 

- Mon ami, à partir de ce soir, nous n’avons plus le choix, il faut que nous passions nos nuits au sous-sol. 

Un défilé de matelas et de couvertures emprunta l’escalier étriqué jusqu’à l’abri supposément protecteur. Une ampoule solitaire éclairait la pièce. Les regards se perdaient dans la peur et le silence. 

  Au bout d’une heure, à pas de souris, le petit Aziz s’approcha de son père et, les deux mains en accolade, pour que personne ne l’entende, il l’interrogea :

- Papa, tu crois pas qu’on peut le dire maintenant, le secret ? Regarde, ils s’inquiètent tous pour rien.

  Et sur un ton plus feutré encore, le père répondit :

- Surtout pas, mon chéri. S’ils apprennent pour le tournage, tous se rueront sur le plateau, des centaines puis des milliers de personnes, et dans la foule, inévitablement, certains seront bousculés, piétinés, voire pire. Tu comprends, mon chéri, qu’il ne faut surtout rien dire ?

- Bon, d’accord.

  Aziz tint parole le premier soir, mais le deuxième, il se confia à Youssef qui la nuit suivante se confia à Louna qui la nuit suivante se confia à Mehdi. Et ainsi de suite, jusqu’à constituer une unité bien soudée. L’ensemble des enfants. Tous chuchotaient, imaginaient des scènes homériques, maniaient des sabres laser et commandaient des robots déjantés. Dans leurs yeux, l’innocence de l’enfance brillait à nouveau.

Mais la réalité approchait. 

Une nuit d’orage parmi tant d’autres, la porte de l’abri fut forcée.

Quatre hommes en tenue militaire, cagoulés et armés de fusils d’assaut. 

Le plus grand s’avança d’un pas et ordonna :

- Si Mamoud Maloudi est l’un de vous qu’il se dénonce, sinon vous serez tous exécutés.

- C’est moi.

  Le père du petit Aziz ne s’appelait pas Mamoud Maloudi, mais il se leva. 

Avant de quitter la pièce, il s’agenouilla devant son fils et lui offrit un dernier secret : 

C’est juste un rôle pour le film, mon chéri, et je suis heureux de pouvoir l’avoir.

 

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