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Dernier texte ! A vos votes jusqu'à ce soir 18h.

Publié le par christine brunet /aloys

À n’y rien comprendre

 

   Merci Etienne, non, tu n’as rien oublié. Bien sûr que ce geste me fait plaisir. À présent, c’est plus qu’un geste, mon amour, c’est une habitude. Voici deux semaines que chaque jour, tu m’apportes le petit déj’ au lit. Magnifique plateau coloré avec jus d’orange, croissants, petits pains au chocolat, café au lait. Tout quoi. Tu me combles mon amour. Bien sûr que tu peux aller bosser tranquille. Il n’y a pas deux mecs comme toi sur terre, j’ai décroché le gros lot.

   Je n’en peux plus, trop c’est trop. Étienne devient irréprochable et même plus que cela. Il n’y a pas que ce petit déj’ apporté chaque matin, non, il y a bien d’autres choses inattendues. Étienne sort la poubelle deux fois par semaine et ne se trompe pas de jour. Il insiste le soir pour m’aider à faire la vaisselle, ranger le linge, etc. Tout ! Et trop c’est trop ! Marie-Chantal, mon amie d’enfance me l’a murmuré, Méfie-toi ma belle, un homme qui change comme ça du jour au lendemain, c’est suspect. Il aurait pas une maîtresse crois-tu ? Tu sais, la quarantaine, c’est un âge où les mecs  se remettent en question. Depuis qu’il t’aide pour le ménage, tu gagnes du temps. Profite de ce temps-là pour te payer une paire d’heures de soins chez l’esthéticienne, chez la coiffeuse. Fais un tour dans les boutiques, renouvelle tes fringues, fais quelque chose quoi ! 

   L’idée de la maîtresse, ça me trottait dans la tête. Alors, le lendemain matin, après le scénario du petit déj’ au lit, j’ai rapido enfilé un sweat, un jeans et incognito, j’ai espionné mon mari.  À la gare, aucune créature de rêve ne l’attendait. Dans le train, nada, rien à l’horizon. Mon chalenge était de passer inaperçue. Ce fut tout un art, j’ai assuré. À son bahut, rien de rien. J’ai escaladé un mur pour taper un œil dans la salle des profs. En vain. Le soir, j’étais crevée morte, tout ce cirque avait eu raison de mon énergie. 

   Lorsqu’Etienne est rentré, il a filé vers la cuisine et a déposé deux plats dans le micro-ondes. Je n’en pouvais plus. 

   Étienne, penses-tu que je ne sois plus capable de cuisiner ? Tu ne supportes plus ce que je prépare ? Mes gratins te provoquent de l’acidité ? Depuis quelques jours, je t’observe. Tu es de plus en plus gentil. Tu agis avec moi comme si j’étais une grande malade. Nous devons toi et moi avoir une conversation sérieuse. Étienne, pourquoi un tel comportement tout à coup ? Pourquoi as-tu tellement changé ces derniers temps ?

   Ma chérie, tu me surprends là ! Je ne m’attendais pas à de tels propos. Je n’ai pas changé du tout ! C’est toi qui as changé et cela m’inquiète. Tu sembles sans cesse énervée, agacée. Et regarde ton visage ce soir, tu parais ravagée ! Et tes simagrées de la journée, n’en parlons pas ! Tu m’as suivi engoncée dans un jeans qui ne ressemblait à rien. Je parie que tu n’étais même pas lavée ! Eh bien tu vois, c’est toi qui as changé ! Jamais tu n’avais escaladé le mur de la salle des profs ! Tu es amoureuse d’un de mes collègues, c’est ça ? Chérie, ressaisis-toi et redeviens comme avant. Ou dis-moi la vérité. 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème "" : "On a changé mon mari/ma femme" Texte 4"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

On a changé ma femme 

 

J’essaie de récapituler, pour comprendre comment ça a pu se passer…

 

Fanchon m’a dit « Et si on allait au marché, Clau-clau ? ». Déjà, ça m’a énervé. Elle était autrefois une fan de Cloclo François, et parce que j’ai le malheur de m’appeler… non pas Claude mais Clodion (mon père était professeur d’histoire et adorait Clodion le chevelu, ce qui n’a rien arrangé car à 20 ans j’étais chauve comme Charles), je disais donc que comme j’ai l’infortune de m’appeler Clodion, pour Fanchon je suis Clau-clau. 

 

À cette requête bien banale j’ai dit oui Fanchon. Avec le temps qu’il fait, on s’est vêtus comme des samouraïs. Sous-vêtements Damart à plastron, col roulé, cardigan, doudounes, écharpes, bonnets et, épidémie oblige, masque. Avec ses lunettes pour elle et mon appareil auditif pour moi, nous ressemblions à une publicité de couple Double-foyers et Sonotone subventionnée par les pneus Michelin.

 

Au marché, eh bien on avait beau être côte à côte, je la perdais ici et là. Elle tâtait les pommes de terre ici, analysait le regard d’un merlan là, revenait sur ses pas et fixait les fromages d’un air méfiant. Je m’ennuyais comme un rat mort, faut-il le dire, mais depuis des années de vie de couple, j’étais le porte-monnaie. À moi l’honneur d’enlever mes gants, de compter les monnaies ou déplier les billets, de sentir que derrière moi ça s’impatientait car je comprenais vingt au lieu de cinq et m’indignais, ou treize au lieu de seize et me faisais rabrouer quand je tendais mes quinze misérables euros qui ne suffisaient pas, étais-je sourd ou quoi ? Fanchon, elle, levait les yeux au ciel et faisait mine de ne pas me connaître, me laissant aussi le privilège d’avoir les paumes sciées par ces maudits sacs de plastique remplis de kilos superflus.

 

Toujours est-il que quand j’en ai eu assez – mes bras avaient la longueur de ceux d’un orang-outang et toucheraient terre si on restait une minute de plus -, j’ai usé de ce qu’elle appelle « mon air autoritaire », lui donnant un coup d’épaule assez vigoureux, et lui indiquant la direction de la maison d’un menton inflexible même si recouvert de l’écharpe et du masque. Elle a murmuré je ne sais quoi, m’a agrippé la manche en protestant, mais rien à faire, in-fle-xible et viril, j’ai mis les deux sacs d’un côté pour lui prendre le bras, et l’ai guidée de force. Elle jappait, plaintivement, et j’étais heureusement surpris : mon attitude décidée l’impressionnait. Hop, en avant, à la maison. Derrière nous un tintamarre se fit sentir, des hurlements féminins, la chute d’un étal, des cris de fureur, on parlait d’une victime, d’une tête écrasée sous les choux fleurs, de sang vraiment dégueulasse, raison de plus pour pincer le bras de Fanchon qui couinait d’effroi et trottinait en protestant.

 

Une fois dans le corridor, j’ai vu qu’elle tremblait. Elle ne voulait pas enlever sa doudoune, ni son bonnet – tiens, je n’avais jamais remarqué le pompon de fourrure… - et pleurait, pleurait. Ce n’étais pas d’elle, ça. Ça m’a attendri, j’étais tout chose. Je l’ai prise dans mes bras. Le bonnet est tombé, et au lieu de cheveux couleur eau de vaisselle, de belles boucles noires ont rebondi. Derrière les lunettes, des yeux noirs et vifs. Une peau lisse, pas comme le pécari habituel. Sous le masque enlevé, une bouche fraiche et arrondie par des questions sans réponse encore. 

 

« Mais… vous n’êtes pas Fanchon ? » « Non monsieur, je suis seulement Zinaïda, et je suis sans papiers. Ne me dénoncez pas... ». Heureusement… elle a une voix stridente, pour ne pas dire un klaxon. Une mélodie pour ce qui me reste de tympans.

 

On trouve de tout, au marché… On peut même y échanger une épouse infernale contre une gracieuse jeune femme sans défense et sans autre avenir sûr que… moi. 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème "" : "On a changé mon mari/ma femme" Texte 3"...

Publié le par christine brunet /aloys

Le petit mari

 

Je vais vous raconter l’histoire du petit mari en bouteille. Comme toute bouteille qui se respecte, elle fut jetée à la mer. Il y a de cela deux mille ans. Depuis, elle vogue dans le remous des flots et le fracas des humeurs du temps. Souvent, le petit mari pense vivre ses derniers instants, secoué, cahoté contre les parois de verre, et puis il survit, miraculeusement, et se remet à craindre la fin sous les brûlures du soleil. Mais le pire reste les abysses. Quand un chalutier ou une baleine bleue passe trop près du petit mari en bouteille, il arrive que l’embarcation de fortune vole violemment dans les airs et replonge à pic, fuse et perce l’immensité des fonds telle une balle perdue finissant par se loger dans la vase. Il y fait alors si froid et si sombre que tout semble sorti d’outre-tombe. De quoi se tétaniser et se laisser envahir par les souvenirs d’un lointain passé.

Avant d’être mis en bouteille, le petit mari était grand et respecté. Il était même marié à la fille unique de la Reine Mère. Le couple avait ses appartements dans l’aile gauche du palais. La jeune épouse passait des heures, oisive, dans les jardins royaux, à contempler les cieux, les charmes verdoyants et les êtres à plumes et à becs pour lesquels elle se passionnait. Le petit mari, lui, avait le goût des affaires et s’était vu attribuer, fier et jubilant, le poste de précepteur de la contrée. A l’aube, il partait ; au crépuscule, il rentrait. Rien de bien indisposant, sauf qu’une nuit, le petit mari passa la porte plus enivré qu’un fût de chêne. Éructant qu’une épouse doit attendre son bien-aimé avant de daigner s’endormir, il arracha sa toilette et disposa de son corps sans le moindre égard. L’incident devint coutumier, et l’ignominie sans limite, empreinte d’ivresse et de violence.

C’est un soir de lune rousse et filandreuse que le drame eut lieu. La jeune épouse portait enfin la vie, ce qui n’empêcha pas l’avalanche d’insultes et de coups. Pieds et poings dans les flancs, le dos, le ventre. Si bien que le corps tomba au sol et laissa filer de l’entrejambe quelques gouttes, puis une mare de sang. La jeune épouse perdit l’enfant. Le courroux de la Reine Mère fut sans pareil. Elle hurla de tristesse et de honte de n’avoir rien vu jusqu’à ce que le goût de la vengeance émerge de l’effroi. Fière descendante d’une lignée divine, la Reine Mère voulut un châtiment mémorable. Attacher le coupable à un rocher pour que chaque jour un aigle lui dévore le foie qui se régénère le lendemain ? Non, déjà fait. Le sangler à une roue enflammée qui tournoierait sans cesse dans les Enfers ? Trop commun. Puis l’idée jaillit. Elle allait mettre cet homme en bouteille. Là serait sa place pour l’éternité.

Deux mille ans plus tard, le petit mari est toujours sous le joug de la malédiction, le corps glacé dans le verre planté dans la vase des abysses. Sauf que cette fois, le destin se veut trublion. Rapidement, la bouteille se glisse hors de son étreinte, balayée par le passage d’un poulpe gigantesque. D’un tentacule alerte, la créature se saisit de l’objet, remonte à la surface, et fait un lancé digne d’un champion de baseball en direction d’un navire de pêcheurs. Et la bouteille roule sur le pont aux pieds de la fille du batelier. Adelaïde. Neuf ans. De retour dans sa chambre, elle regarde la bestiole humaine à travers le verre et décide de retirer le bouchon. Le petit mari, laborieusement, serpente et se hisse hors du goulot, où il est attrapé d’une jolie poigne. Affublé d’une perruque blonde et d’une robe courte, il devient alors prisonnier d’une maison de poupée. A la merci d’une enfant qui joue à punir, comme son père sait si bien le faire.

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème "" : "On a changé mon mari/ma femme" Texte 2"...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

UN DOCTEUR A CHANGÉ MA FEMME



 

Ma femme n'était pas vraiment belle, mais je lui trouvais, beaucoup de charme. Selon moi, il y a dans ce que j'appelle le charme une sorte de délicat équilibre entre des imperfections, parfois tellement mineures.  

Ma femme se plaisait à dire que ses  lèvres étaient trop minces, sa poitrine un peu trop volumineuse, ses fesses trop imposantes, ses oreilles légèrement décollées et ses paupières tombantes Ces petits défauts physiques, c'est elle qui les pointait. Pour les amis, que j'avais interrogés sans avoir l'air d'accorder une grande importance à leur réponse, elle semblait aussi jolie que la plupart des femmes de son âge. 

Quoi qu'il en soit, ma femme était douce, intelligente et bienveillante. N'étaient-ce pas là des qualités plus importantes que des attraits physiques ? Entre nous, cela avait été un coup de foudre lors de notre première rencontre à un stage de yoga. Plus de six ans après, je continuais de brûler de la même passion. 

Ma femme occupait un poste de secrétaire dans l'entreprise de son oncle. Quant à moi, ingénieur dans une entreprise d'électronique, j'étais souvent en déplacement à l'autre bout du monde. 

Ma femme jouait régulièrement au loto. Il lui était arrivé de me dire : "Si un jour, je gagne au loto, je me ferai refaire les seins, les lèvres et les oreilles." Je ne prenais pas vraiment ses propos au sérieux, car il me semblait qu'elle n'aurait pu se montrer aussi facile à vivre qu'elle l'était si elle avait été un tant soit peu mal dans sa peau. 

Aussi à mon retour d'un séjour professionnel de plusieurs mois aux États-Unis, le choc que je vécus fut phénoménal. 

Ma femme, accompagnée de sa sœur, était venue m'accueillir à l'aéroport.  Sa sœur était telle que je l'avais toujours connue, vêtue et coiffée de manière extravagante, mais ma femme, oui ma femme,  m'apparut sous un jour tellement neuf ! Elle était ravissante. Pour être franc, je crois bien que si je l'avais croisée en rue, je ne l'aurais pas reconnue.  Habillée d'un élégant tailleur rose, arborant un chignon banane, elle ressemblait à une actrice. Son visage était habilement et discrètement maquillé. Sa posture altière traduisait une évidente confiance en soi. Sa voix me parut plus grave que d'habitude. Elle aurait pu plaire à un homme jeune, à un homme plus distingué que moi, voire envoûter un réalisateur de cinéma. 

Rentré chez nous, j'appris que le docteur Lemoinet, chirurgien esthétique, avait mis toutes ses compétences au service des desiderata de ma femme. Elle était ainsi devenue une très séduisante trentenaire. 

Au fil des jours, je me rendis compte qu'elle avait beaucoup changé. Elle aimait sortir, s'affirmait davantage, me rabrouait quand, fatigué par une journée de travail, je rechignais à l'accompagner au restaurant. Elle reprit une formation, renonça à travailler chez son oncle, fut engagée par une société de marketing, puis en vint à suivre des cours de théâtre et tenta de me persuader de consulter le docteur Lemoinet pour une rhinoplastie esthétique.  

Adieu les bons petits plats qui m'attendaient jadis ! Adieu les réunions de famille sans chichi organisées pour les fêtes ! Adieu les fous rires pour des riens !

Je pris conscience que nous formions dorénavant un couple mal assorti. Je commençai à maudire le docteur Lemoinet bien qu'à la réflexion s'il avait refusé d'intervenir un de ses confrères l'aurait sans doute fait avec le même résultat. Je méditai longuement sur le rapport entre la beauté du corps et la délicatesse du caractère. Je ne tirai toutefois aucune conclusion de mes cogitations.   

J'en viens, à présent, à me demander si ma femme acceptera de faire encore un bout de route avec moi et si notre vie conjugale ne risque pas de se transformer en un chemin de croix.

 

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Concours pour le hors série. Thème "on a changé mon mari/ma femme"... Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

 

Maniac Man.

 

Elise soupire en ramassant les chaussettes de Marcel au pied du lit : un geste qui, même s’il n’est pas quotidien, est répétitif. Cet homme semble incapable d’assimiler l’utilité de la corbeille à linge en attente dans la salle de bain. Elle renifle de dédain en manipulant les deux couvre-pieds boulottés et moites de transpiration. 

La découverte du tube de dentifrice dépourvu de son capuchon et jeté sur le rebord du lavabo attise sa colère. La savonnette encore mousseuse qui trône par terre sur l’émail de la douche ne fait qu’amplifier son ressentiment.

   ─ Mais, c’est qu’il m’emmerde…  Il est pire qu’un gosse ! 

Après 40 ans de mariage, Marcel est toujours aussi désordonné et les objets du quotidien sont éparpillés au fur et à mesure de son passage. Elise, par contre, est une adepte du rangement structuré : chaque chose à sa place. L’indifférence de son mari dans ce domaine l’insupporte de plus en plus et les disputes fusent régulièrement à ce propos. Avant même de pénétrer dans le living, elle imagine déjà le spectacle que son regard va devoir affronter : une tasse de café abandonnée sur des journaux étalés sur la table, un sachet de biscuits entamé ou des emballages de pralines à la liqueur chiffonnés.

   ─ J’en ai plus que marre, Marcel et crois-moi, je serais bien plus tranquille si je vivais seule. Si cela continue, je vais divorcer.

Cette remarque qui jaillit régulièrement attriste son mari quelques instants. Ses yeux voyagent dans la pièce, une moue navrée s’affiche sur ses lèvres et puis, il la rassure. 

   ─ T’as raison Elise ! Demain, je trie la paperasse et je range… C’est promis !

Il se lève pour l’embrasser tout en lançant négligemment son plaid molletonné sur le parquet.

Le teint de son épouse vire au rouge et elle lui tourne le dos en grommelant intérieurement :

   ─ Je vais le tuer, c’est sûr ! Un  jour, il y aura un meurtre dans cette maison.

Un couteau bien aiguisé trône sur des épluchures de pommes. Ne semble-t-il pas proposer son aide à la ménagère désespérée ? Elise, prête à supprimer le démon qui partage sa vie, empoigne l’objet avec rage, la poitrine haletante… le geste tremblant.

   ─ Il va me rendre folle !!

Marcel sursaute en entendant la porte d’entrée claquer. La sonnerie de son smartphone bipe aussitôt pour lui annoncer un message : JE TE QUITTE SINON JE TE TUE. JE NE SUPPORTE PLUS TON DESORDRE.

Elise est bel et bien partie.

Un mois est passé et Elise soupire d’aise. Cela fait 2 jours qu’elle a réintégré sa maison et retrouvé sa vie conjugale. L’éloignement a ranimé la flamme de son couple : ces 40 ans de mariage n’ont finalement pas effacé leur ardeur sexuelle… Seules, quelques courbatures par ci par là rappellent à son corps que certaines étreintes endiablées réclament la souplesse de la jeunesse. 

Elle rêvasse dans le salon tout en sirotant une tisane de verveine. Ses yeux caressent la grande table en chêne dépouillée de tout courrier ou revues. Elle observe ensuite avec satisfaction chaque dessus de meubles : les napperons sont bien plats, les chandeliers et les vases sont alignés. Aucun vêtement oublié n’encombre les chaises, les tapis recouvrent le parquet de façon symétrique. Elle pose son mug vide sur un guéridon en bois de rose.

Marcel replie aussitôt son journal avec soin, il le range dans le tiroir de la commode et s’approche à petits pas saccadés pour enlever la tasse. Pas un mot… Pas une émotion apparente mais tel un robot, il continue sa mission jusqu’au lave-vaisselle.

Elise sourit d’un air contrit : son contentement est nuancé d’un étrange sentiment. 

Quel changement chez Marcel !!

La semaine s’écoule sereinement : l’ambiance est d’un calme plat. Chaque chose est à sa place comme vissée sur un socle invisible. La maison prend même des allures de musée : tout est catalogué et étiqueté. Marcel se déplace comme une ombre silencieuse pour ranger, classifier, structurer… Et Elise s’ennuie.

Elle observe souvent son mari à la dérobée et s’interroge ? Est-ce bien l’homme qu’elle a épousé ?

Elle a l’impression de vivre avec un extra-terrestre qui ressemble à un humain programmé dans la maniaquerie. Et la perfection, c’est tellement morne que cela en devient mortel. Elle aspire même la venue du facteur qui n’apporte aucun soin au courrier quand il le glisse dans la boîte aux lettres.

Tiens ! Justement celle-ci déborde de publicités et d’enveloppes ! L’une d’elle, destinée à Marcel, attire son attention car elle semble provenir d’un centre médicalisé.

Curieuse, Elise ne peut s’empêcher de la décacheter pour s’informer du contenu. La missive provient d’une psychologue comportementaliste : «  Monsieur, suite au succès de votre thérapie intensive en troubles du comportement, nous vous proposons de participer à une formation complémentaire  qui vous permettra d’incruster définitivement  vos nouveaux acquis. L’ordre et le rangement feront alors partie intégrante de votre personnalité… »

Elise marmonne tout haut en chiffonnant la lettre :

   ─ Ah non ! Pas question ! Rendez-moi mon Marcel ! Vous avez changé mon mari en Maniac Man…

 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Résultats !

Publié le par christine brunet /aloys

Pour le hors-série de la revue et le thème Catastrophe ! et un premier sous-thème "Vous vous réveillez dans la peau d'un autre", cinq auteurs ont été inspirés !

Texte 1 : Chloé Derasse

Texte 2 : Edmée de Xhavée     => 2 votes 

Texte 3 : Brigitte Hanappe      =>  1 vote

Texte 4 : Micheline Boland

Texte 5 : Carine-Laure Desguin

Texte 6 : Séverine Baaziz        => 1 vote

Texte 7 : Philippe Desterbecq

Texte 8 : Christian Eychloma   => 1 vote

Texte 9 : Antonia Iliescu          => 1 vote

 

Le texte qui a emporté le plus de voix est celui de... Edmée de Xhavée !!! 

 

Bravo !!!! Un grand merci à tous ! Rendez-vous mi-juin pour deux autres concours... Je vous rappelle que pour l'un des thèmes, vous avez encore quelques jours pour m'envoyer votre texte. 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 9... C'est le dernier ! Votes jusqu'à 20h !

Publié le par christine brunet /aloys

Quand la physique s’en mêle

 

L’énergie se conserve, sans aucun doute. J’ai moi-même vérifié ce fameux principe qui dit que "lorsqu'une certaine forme d'énergie disparaît, une quantité équivalente d'énergie apparaît sous une autre forme». 

Je dormais paisiblement entre les bras de Morphée et ceux de Luc quand le malheur est arrivé. Une apnée de sommeil et hop, j’atterris dans les bras de Mort-fée, venue pour me prendre. Dans le brouillard épais que j’étais en train de traverser je me demandais pourquoi ai-je dû quitter mon corps et liquider mes affaires terrestres à la vitesse de l’éclair ? Et pourquoi ai-je dû changer un si gentil mari contre un veuf morose et inconsolable ? Aidez-moi à comprendre… Mon âme, cette bulle de lumière pas plus grande qu’un noyau de cerise, flotta quelques secondes au-dessus du lit et s’envola ensuite par la fenêtre de la chambre. A partir de là j’ai perdu tout contrôle et, plus vite qu’on ne s’imagine, j’ai atterri dans le ventre d’une splendide femelle Papillon-dog. Un an après mon départ, Luc - dont l’humeur précaire avait suscité la magnanimité de son voisin - a reçu en cadeau un petit chiot Papillon. C’était moi, ravie de revenir à la vie, béate de retrouver ma maison et l’homme que j’aimais. Dès que je l’ai vu, mes oreilles-papillon frémirent d’émoi, tandis que ma truffe luisante murmurait sans relâche des « je t’aime » en code canin : « je te wouf, wouf ». Et pourtant nos retrouvailles m’ont attristée plus que je ne le pensais. Amère désillusion… il ne m’a pas reconnue. Je lui léchais sans cesse le visage en lui jappant à l’oreille: « Luc chéri, c’est moi, ta Lucie potelée ». En vain. Me faire ça après 45 ans de mariage… Quand il m’a vue, il m’a dit du bout des lèvres « cucciolona mia », m’a prise sous le bras (pas dans ses bras, ô, quelle humiliation…) et nous sommes rentrés à la maison, où il m'a quand même donné une place d’honneur sur le canapé du salon. Maigre consolation… Au fil des jours j’ai dû avaler encore une pilule amère : son sentiment pour sa femme morte mettait en sourdine l’amour pour moi, vivante. Il parlait jour et nuit avec sa photo sur l’étagère et maintes fois je l’ai surpris pleurnichant dans son mouchoir: « Lucie si tu savais... J'ai besoin de quelqu'un pour repasser mes pantalons, pour nettoyer la maison et pour me gratter le dos ». Après ces instants de faiblesse il sortait prendre l’air. Un jour, porté par ses pas qui arpentaient les rues à la dérive, il arriva au cinéma "Phoenix". Et l’inévitable s’est produit : il y rencontra Mireille, la veuve idéale. « Mon chou, ça te va notre nid d’amour? » « Tout est merveilleux, Luc chéri, sauf ce cabot ». Impossible d’accommoder sa haine furibonde avec la mienne, encore plus enragée. Partager notre cher Luc comme un repas entre amies, c’était tout aussi inconcevable. En un mot, ma vie était devenue une véritable torture. Et pour cause, la jalousie m’emportait souvent en me donnant du fil à retordre et de l’ardeur à mordre. Les quatre ans qui ont suivi furent très durs pour nous trois, ainsi ai-je dû laisser quelques poils sur l’autel de ma fierté canine (sinon pas de léké-léké au petit-déj). Mais le pire est à venir… Un jour d'hiver Luc fut fauché par une grippe. Catastrophe ! Perdre d’un seul coup mon mari et mon maître c’était comme si je devais croquer un os à moelle cyanurée. Pire, demeurer aux côtés de cette chipie qui m’a oubliée nombre de fois tantôt liée à un poteau, tantôt au pied d’un banc, supporter son odeur matinale de lavande, toutes ces choses accablantes me rendaient la vie âcre et l’âme de goudron. Mais le pire est à venir… Un an après la mort de Luc, elle a acheté à la foire de vendredi Mitzou, un matou blanc et mal élevé. Je ne supporte pas les chats, je l’avoue, alors comment aurais-je pu cohabiter avec cet animal hypocrite qui voulait saper mon prestige dans le quartier et qui plus est me faisait la cour ? Je le haïssais d’une haine viscérale ; mais lui, pas. Et le pire est à venir… Qui pouvait s’imaginer que la fringante physique s’immisçât une fois de plus dans notre famille ? Incroyable coïncidence… Six mois après la mort de Luc, son âme s’est blottie chez ce vilain Mitzou. Et me voilà mariée avec un chat. Le temps de comprendre sa vraie identité, je l’ai pourchassé des mois et des mois dans tous les recoins de la maison. Et, paradoxalement, plus il me montrait de la tendresse, plus j’aiguisais mes dents. Comment aurais-je pu oublier la frivolité de cet « homme » qui m’a blessée au plus profond de moi, trois fois moi : épouse, femme et chienne ? Mais surtout comment supporter son succès casanovien auprès de toutes ces putains de minettes qui ronronnaient sous nos fenêtres toutes les nuits à la pleine lune ? Jour après jour une haine sauvage me ravageait les entrailles, vaporisant ainsi la moindre goutte de sentiment pour mon ex. En vain me miaulait-il des mots doux, comme au temps de notre jeunesse « ma Lucie adorée, sfrrr, sfrrr, je t’aimiaouuu ». Je faisais la sourde oreille et lui répondais en grognant dans mon coin « je t’emmmmrrr, mrrr ! »

"Voilà ce qui reste de notre grand amour…", piaulait Mitzou du haut de la clôture haute de trois mètres.
Pas toujours beau la vie, hélas… Au lieu des sentiments exaltants, tout ce que nous avons aujourd’hui en commun ce sont nos puces. Néanmoins, mon histoire a un mérite non négligeable quant à la contribution au progrès de la physique moderne. Elle a fourni la pièce manquante à la formulation du principe de la conservation de l’amour conjugal qui dit que l'amour entre les époux ne disparaît pas. Il se transforme en haine !

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 8

Publié le par christine brunet /aloys

Morne plaine

 

Tiens, j’ai dû m’assoupir... Pas étonnant. Combien d’heures de sommeil depuis trois jours ? Éreinté, je suis éreinté…

Et merde, ce que j’ai mal au cul ! Trop de temps à cheval… Ces saloperies d’hémorroïdes m’empêcheront pratiquement de monter en selle ! Qui va bien pouvoir observer à ma place les manœuvres de ces foutus anglais ? Si seulement je n’avais pas à être partout… 

Ce sang dans le vase de nuit… En plus, ça recommence, je peux à peine pisser… Quelle poisse !

« Marchand ! 

- Oui Sire…

- Apporte-moi mon  laudanum !

- Je… oui, Sire ! Mais vous savez que les médecins vous le déconseillent à cause de votre problème de… heu… 

- Je sais, je sais, mais aujourd’hui, je me fous de leur avis ! Je vais devoir tenir toute la journée, la journée peut-être la plus décisive pour l’Empire ! Alors les médecins, je les consulterai demain à Bruxelles, quand j’aurai battu Wellington ! »

Ne cessera-t-il jamais de pleuvoir ? Foutu pays… On se croirait en Pologne  ! 

« Oui, messieurs ?

- Sire, il pleut beaucoup trop pour que nous puissions engager une bataille ce matin. L’artillerie s’embourbera.

-  Bon, on verra… Pluie ou pas, l’armée devra être prête à attaquer à neuf heures. Allez me cherchez Soult, que je lui dicte mes ordres ! »

Pourvu que le temps s’améliore ! 

« Bertrand !

- Sire ?

- Je vais vous dicter une dépêche à faire parvenir à Grouchy. Il devra cesser de talonner les  prussiens pour se rapprocher de nous, son avant-garde devrait suffire à tenir Blücher à distance. Sa cavalerie pourrait ne pas être de trop pour coincer Wellington quand j’aurai percé ses lignes…

- Bien, Sire ! 

- Je vais demander à Jérôme de diriger une attaque de diversion sur le flanc droit des anglais et lancerai ensuite toutes nos forces contre leur centre que j’espère avoir enfoncé en fin de matinée. Messieurs, si la pluie cesse enfin et que mes ordres sont respectés à la lettre, nous coucherons ce soir à Bruxelles ! 

- Vous pouvez compter sur nous, Sire ! »

Espérons…

L’attaque contre le centre du dispositif ennemi… À qui d’autre qu’à Ney puis-je confier la première charge ? Ney… Ce con n’a pas vraiment été à la hauteur ces deux derniers jours, et je suis gentil ! Pourquoi ce retard à exécuter mes ordres et s’emparer du carrefour des Quatre-Bras alors à peine défendu ? Je ne reconnais plus le bonhomme. Il n’est assurément plus le même. J’aurais mieux fait de refuser ses services, comme j’ai refusé ceux de Murat ! Après tout, il a bien trahi les Bourbons, pourquoi pas moi ? Puis-je encore lui faire confiance ? 

 Pfff… ai-je le choix, de toute façon ? Soult non plus n’a pas été avare de conneries… Ah, si j’avais encore Berthier ! Et les autres, Suchet, Brune, Jourdan, Davout,  sont-ils encore ce qu’ils étaient ? 

Bon Dieu, mon estomac, maintenant ! Appuyer le poing dessus. Ça va passer, ça va passer… Et ces hémorroïdes qui brûlent ! Bon, moi non plus ne suis-je sans doute plus ce que j’étais… Il faut que ceci soit mon ultime bataille et que ma victoire soit éclatante afin que les Alliés comprennent une fois pour toutes qui est le maître ! La bataille qui affermira durablement l’Empire.

J’ai mal au ventre. Je vais essayer à nouveau d’uriner, j’espère que ça va aller mieux… 

Tiens, mes douleurs deviendraient-elles plus supportables ? Le laudanum, bien sûr… Et voilà que  j’ai sommeil. Dormir un peu ? Non, non, pas maintenant ! 

«  Bertrand, quelle heure est-il ? On dirait que la pluie cesse et que le soleil s’annonce…

- Tout à fait, Sire. Une bénédiction ! Il est huit heures, Sire !

- Nous déménageons ! La ferme du Caillou n’est pas idéale pour observer le champ de bataille. Je vais m’installer sur le petit mamelon que nous avons repéré hier soir, pas très loin d’ici.   

- À vos ordres, Sire !

- Je prendrai un peu de repos là-bas en attendant que tout soit prêt pour attaquer. Quel dommage de n’avoir pas pu le faire à l’aube… Vous m’y faites dresser ma tente et porter mon lit de camp ! Et mes cartes, bien évidemment…

- Je n’y aurais pas manqué, Sire ! »

Merde, que m’arrive-t-il encore ? On dirait que mes jambes ne me portent plus. Je crois que je suis en train de perdre connaissance... Marchand ! Marchand !

« Vous avez un problème, Majesté ? Majesté ! »

 « Monsieur… Monsieur ! » 

On me secoue. La salle est brillamment éclairée et je peine à ouvrir les yeux. Deux assistants en blouse blanche s’affairent à me retirer mon casque, une espèce d’enveloppe très souple hérissée d’un nombre impressionnant d’électrodes, toutes reliées à un appareillage compliqué. 

« Alors, monsieur, vos impressions ? Nous attendons impatiemment que vous nous disiez ce que vous avez ressenti ! »

Le directeur de l’agence me met sous le nez le catalogue que j’avais longtemps feuilleté avant de me décider. Désorienté, je relis le titre accrocheur. « Partagez un instant de la vie d’un de vos héros favoris ! »

J’avoue que je n’y avais pas vraiment cru, à leurs histoires d’Archives Akashiques, et à la découverte toute récente permettant de me retrouver brièvement, à une date choisie par moi, dans la peau d’un personnage depuis bien longtemps disparu. 

Et c’est un peu par défit que j’avais choisi l’incarnation de Napoléon à Waterloo, le matin du 18 juin 1815…

Je me lève précipitamment.

« Attendez, monsieur ! Que vous arrive-t-il ?

- J’ai envie de pisser ! »

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... texte 7

Publié le par christine brunet /aloys

 

« Et guili guili, et que je te caresse la tête, que je te gratouille derrière les oreilles ! Qu’est-ce qui lui prend à bobonne aujourd’hui. Voilà un siècle et demi qu’elle ne m’a plus touché ! Quant à moi, toutes mes tentatives d’approche se sont soldées par des échecs cuisants. Mes mains en brûlent encore ! J’ai vite abandonné pour me donner vers d’autres plaisirs solitaires. Quoi ? Non ! N’allez pas imaginer des choses ! Des plaisirs solitaires, j’en connais des masses comme la lecture, par exemple. Ma vie est un roman que je n’écrirai jamais, donc, je lis la vie des autres, même si ce ne sont que des personnages fictifs, parfois sortis d’un cerveau malade. Et voilà que ça  recommence : les gratouilles, les chatouilles, les papouilles,… Ah ! J’avais oublié ces sensations ! Je m’étire, je bâille, je miaule.
Quoi ? Je miaule ? Qu’est-ce qui m’a pris ? J’ouvre les yeux. Où suis-je ? Dans les bras de bobonne carrément ! Comment peut-elle me tenir ainsi sur sa poitrine, une poitrine qui m’a fait tant fantasmer pendant des années et que je n’ai plus vue depuis des lustres ?

Mais c’est pas possible ! En une nuit, je suis devenu aussi poilu que… que… mais oui que ce satané matou qui dort, chaque nuit, au pied de notre lit, quand ce n’est pas sous les draps, côté bobonne évidemment ! Dites-moi que je rêve ? Et qui est cet homme qui dort dans le lit conjugal ? Il ronfle comme un cochon, la bouche ouverte. Mais qu’il est laid ! Mais c’est moi ! Ce n’est pas possible ! Je ne peux pas me voir couché dans le lit ! Où est le miroir ? Je rêve. C’est ça, je dors et je rêve que…que je suis un chat ! Il faut que j’en aie le cœur net ! Je dors ou je suis réveillé. Je vais me pincer. Mais je n’ai plus de doigts. Mes membres (je n’ose pas dire mes pattes) sont terminés par des coussinets tout doux et des griffes rétractiles. Je m’amuse à les faire sortir de leurs cavités et de les rentrer. Ce sera un peu ma gym du matin. Tiens, si j’essayais ça ? Allez, il y a longtemps que j’en rêve ! J’y vais ? Vous le feriez, vous ? Peut-être pas, mais vous ne dormez pas avec une mégère à vos côtés depuis un deux siècles, si ? Allez, je sors mes griffes et je les enfonce bien profondément dans le cou bien gras de Louise-Marie. 

Ah ! Quelle jouissance, ce cri d’horreur ! J’avais oublié qu’on pouvait jouir de cette façon ! Bon, ce qui suit ne me fait pas jouir, car me voilà projeté en l’air comme une crêpe le jour de la chandeleur. Un chat retombe toujours sur ses pattes, vous le savez, donc non, je ne subis aucun dommage. Je m’examine. Tout est intact, je suis entier. Louise-Marie m’insulte, mais ça j’en ai l’habitude, pas sous ce costume, mais avec elle, les noms d’oiseaux volent. Tiens, parlant d’oiseaux, j’m’en ferais bien un pour mon déjeuner. Coco, dans sa cage dorée recouverte d’un drap qui le tient au chaud dans une douce obscurité n’a qu’à bien se tenir. Faire disparaître cet idiot de perroquet que bobonne adule autant que ce félin débile, j’en rêve depuis un siècle ! Oui, ça vit longtemps, les psittaciformes (répétez-moi ce terme cent fois de plus en plus vite) ! Qu’est-ce que j’ai souhaité lui tordre le cou à cet imitateur de mes deux ! 

Louise-Marie se lève tout en continuant à m’invectiver ! C’est la première fois que son chat lui fait un coup pareil ! Alors que moi, la griffer, la faire saigner, sucer son sang, j’en rêve depuis - oui, vous le savez- un siècle et demi ! C’est chose faite par l’intermédiaire de l’idiot de matou. 

Mais j’y pense, si j’ai, par je ne sais quel miracle, intégré le corps du félin, lui doit être dans le mien. Justement voilà l’homme, moi, enfin le corps humain couché dans le lit, qui se réveille. Tu parles ! Comment aurait-il pu continuer à dormir avec les cris de goret qu’on égorge de ma chère épouse ? Le voilà qui se lève d’un bond et se dirige vers la salle de bains. Il se précipite sur le miroir. Il a compris ! Je le vois dans son regard effaré. Eh eh ! C’est à lui à partir au boulot, à subir les remontrances d’un chef de service de mauvais poil, les moqueries de collègues tous plus cons les uns que les autres et à retrouver une femme frigide en rentrant exténué par un travail bêtifiant ! Eh oui, sale bête, c’est à toi à faire bouillir la marmite maintenant. Quant à moi, je vais ronronner, dormir au coin du feu, manger mes croquettes au poulet et … regarder comment ouvrir cette fameuse cage qui encombre le living. J’en salive déjà…

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le thème "Catastrophe !" : "vous vous réveillez dans la peau d'un autre"... Texte 6

Publié le par christine brunet /aloys

 

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Camille. Une drôle de petite fille née avec une fleur à la place du cœur. Comme le jour triomphe de la nuit, dès les premiers rayons du soleil, la frêle tige renaissait immanquablement en pleine poitrine. Minuscule, presque inexistante, dépourvue de feuilles et de pétales, jusqu’à ce que sa mère et ses deux sœurs déposent les baisers du matin sur ses joues. Une rosée de tendresse. Et puis, le soleil. La pluie. Le vent. La vie. Le rire des amies en récréation. Les louanges de la maîtresse. Alors forcément, la fleur ne pouvait s'empêcher de se faire vaillante. A nouveau. Belle comme une étoile aux mille promesses. 

Belle, mais fragile. Si fragile dans le noir.

A l’heure où la plupart des paupières sont closes, dans sa chambre, seule, Camille voudrait s’évanouir. Laisser la nuit à d’autres. Ne vivre que le jour. A quoi sert l’obscurité quand on a une fleur à la place du cœur ? Mais déjà, dans le couloir, des bruits de pas. La porte qui s’entrouve. Un homme à l’amour fétide. Une main sur la bouche. Puis partout. Les larmes qui coulent. Les pétales qui tombent. En silence, la belle et délicate fane, disparaît, pour n’être plus qu’une minuscule graine tapie dans une terre d’effroi. La porte se referme et Camille finit par s’endormir. 

A la lueur de l’aube, elle se réveillera. Doucement. Et laissera sa peau de nuit au fond de son lit.

 

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