Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

auteur mystere

L'auteur de cette nouvelle ? Une nouvelle fois, Carine-Laure Desguin !

Publié le par christine brunet /aloys

                                    

desguin

 

 

 Scotty Michele, the bowery’s flic

 

 

T’as l’air crevé, Scotty chéri, me siffla-t-elle avec tout au fond de sa petite voix aiguë, l’espoir qu’un de ces quatre, j’irais me perdre sous ses draps…

−T’inquiète pas pour moi, ma jolie, ton Scotty Michele, il a des réserves, je lui ai lâché, tout en envoyant des volutes de fumée bleue de l’autre côté du bar, au plus loin que je pouvais…un petit jeu que je m’octroyais comme ça, juste pour voir l’état de mes poumons.

−Ah oui, des réserves, à cause de l’histoire du bateau et de tes racines, c’est ça, Scotty chéri, pas vrai mon mignon…

L’histoire du bateau, une histoire que j’avais racontée dix fois… et je pariais que Dorothy, avec tout le respect que je lui devais, n’aurait pas su la répéter sans confondre les Capone et les Michele…Si ça lui faisait plaisir de croire qu’Al Capone était de mon sang …Je me demandais si moi aussi, je n’aurais pas préféré être le frère ou le cousin des Capone, ça m’aurait bien arrangé, certains jours d’emmerdes. Mais non, les parents de Scarface et les miens étaient venus par le même bateau. Avec le même rêve, le rêve américain. Al et moi, on avait reçu un prénom à l’amerloque, pour jouer au jeu de l’intégration…Le balafré, rongé par la chaude-pisse, il mangeait déjà les pissenlits par la racine et moi, j’étais là, dans ce quartier miteux, le Bowery…Mes vieux imaginaient que c’était bien, avoir un rejeton détective privé. Une fameuse promotion ! Filer des salauds pendant des heures, tout ça pour le compte d’autres salopards.

−On the rock, ma poupée, encore un et je te bercerai ce soir, si tu veux, avec des histoires de bateaux, de familles napolitaines qui glandent dans Brooklyn et de notre prochain voyage vers Hollywood…Toi aussi tu seras sur une affiche avec ce Marlon aux yeux de merlan frit, tu verras ma poupée…

Chez Dorothy’s place. C’est là que j’arrimais chaque soir, histoire de chasser les idées noires. Toutes ces photos de vedettes de cinéma sur les murs, Brando, Grant et toute la clique, ça me remontait le moral. Et puis, bercer Dorothy d’un paquet d’illusions, ça stimulait mes neurones. Chacun son rêve.

Mon bureau était à deux pas de ce bouge des âmes perdues, un deux pièces dans lequel je pieutais, je recevais les clients et tout le tralala. Le Bowery, c’était pas le plus classieux des quartiers de New-York, mais c’était celui qui collait le mieux à mes tunes. Chinatown n’était pas loin. Et Chinatown, c’était une blessure qui saignerait encore. Jusqu’à la vérité.

−Ah oui, Scotty chéri, dit-elle en allongeant le bras pour me lancer mon troisième verre, y’a une bourge assise là-bas, une espèce de chintoke avec de grands airs…elle te cherche…Scotty Michele, elle a demandé, avec des yeux pas contents.

Je continuais de siroter mon whisky on the rocks et de tirer sur mes clopes, tout en tapant un œil sur les gros nichons de Dorothy. Des gonzesses qui venaient s’asseoir dans ce tripot, y’en avaient chaque soir. Dans la glace en face de moi, j’essayais mais en vain de voir la tronche de celle-là, la bourge chintoke. Je ne voyais que tous ces rigolos, ces sniffeurs de coke et de dope. Le juke-box swinguait grave et après mon cinquième verre, les sons se déformaient et les affiches sur les murs se superposaient d’une drôle de façon.

Tous ces paumés m’appelaient the flic. L’autre soir, un type large comme un bulldozer et les cheveux plaqués à la brillantine me proposa, avec un sale accent de Brooklyn, ses services d’indic….Alors, quand il a vu que je n’en avais rien à cirer, il s’est approché de Jimmy, un revendeur, et il lui a proposé des tuyaux, pour la bourse.  

−Hé Scotty chéri, l’espèce de sac d’os jaunis s’amène...

Dorothy n’avait pas terminé de débiter sa jalousie qu’une main aux longs doigts de femelle avait envoyé valdinguer mon dernier verre. A ce moment-là, les lèvres pulpeuses de ma gonzesse restèrent coincées en forme d’accent circonflexe…

Une enveloppe grise avait atterri devant mes yeux. Un nom était inscrit dessus. J’ai senti dans mon cou une main anguleuse et sèche. Ma tête a claqué sur le bar. Les étoiles n’étaient pas assez nombreuses et je me suis retourné. Mon souffle s’est coupé d’un coup car là, devant moi, une chinoise très classe me harponnait de son regard mauvais.

−Lis le nom sur l’enveloppe, minable, me lança la chinoise.

Moi je me foutais du nom sur l’enveloppe. Je l’avais reluqué mais ça ne me disait que dalle. Je ne voyais qu’elle. J’étais comme mort. Cette chintoke était le portrait craché de Sully, ma poupée. L’espace d’un éclair, des morceaux de mon histoire avec Sully ont flashé dans ma tête. Une fille qui crevait de faim, une fille qui s’était échappée de Five Points et de cette bande de crapules, les Flyings Dragons. Sully, sa voix douce, ses mains de soie, tous ces caprices qu’elle me passait…Je savais qu’elle avait des antécédents... Je m’en balançais ! On s’aimait ! Et puis un jour, il y aura bientôt un an, je suis rentré dans notre appart. Vide ! Ma Sully, je ne l’ai jamais revue ! C’était le 13 mai 1957.

−Michele, parce que c’est ton nom, pas vrai ? ouvre cette enveloppe et regarde les photos !

Mes moments vécus avec Sully me revenaient, en rafales.

Alors, la chintoke glissa ses longs doigts dans l’enveloppe et elle en ressortit des photos d’une moribonde au visage lacéré. Mon cœur a cogné. Le cadavre, c’était ma Sully.

Je me suis tapé la tête entre mes mains. J’étais dégrisé. Je pensais que je rêvais et que j’allais entendre Dorothy glousser : viens mon Scotty chéri viens …

−Alors, Michele, on ne dit rien, on pleure ! Un mec qui pleure, c’est possible ?

J’ai essayé de me reprendre et tout ce que j’ai trouvé à dire c’est :

−Ma Sully ne s’appelait pas Cheyenne Wiang !

−Ta Sully s’appelait Cheyenne Wiang ! Son cadavre a été retrouvé le mois dernier. Dans une cave pourrie de la quatorzième. Je veux savoir qui l’a tuée. Et pourquoi. Cheyenne Wiang, c’était ma petite sœur !

Ce soir-là, j’ai su que pour Scotty Michele, la vie avait de nouveau une raison d’être.

 

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

 

http://www.bandbsa.be/contes3/enfantsjardinr.jpg

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Mais qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

L'acte de Natacha.

 

   Le ciel s'obscurcit, l'orage menace, mais bizarrement Natacha est sereine. Appliquée, le sourire aux lèvres, elle frotte avec un torchon de cuisine rose la lame tranchante d'une feuille de boucher.

 

   Ça fait bien déjà une heure et demie que le vent s'est levé, chassant pour partie la chaleur accablante et immobile, insupportable, qui l'avait précédé. Là, c'est sûr, ça va tomber, mais quand ? Ça n'a pas l'air de se décider. L'attente devient insoutenable. Au fil des minutes elle grignote l'équanimité précaire à laquelle Natacha s'était forcée. Maintenant elle sent la sueur qui lui descend lentement dans le creux du dos. Une impression désagréable de froid malgré la touffeur ambiante.

Plus que vingt minutes environ avant le retour de son frère ! Il faut qu'elle fasse très vite à présent. Que tout soit remis en place, sinon...

Certes elle a seulement fait ce qu'elle avait à faire ; de ce côté-là c'est comme si tout était enfin en ordre, elle a la conscience tranquille, mais on ne sait jamais, son frère est tellement imprévisible. Trop prévisible, en fait.

 

   Il ne faudrait pas qu'elle soit obligée d'agir radicalement, une fois de plus. En aurait-elle la force ? Elle en doute et préfère ne pas s'attarder à cette pensée. Du reste elle a mieux à faire.

C'est comme un sentiment du devoir accompli, mais malgré cela elle tremble. Voilà le mal-être qui   à nouveau s'amplifie. Vite elle referme les caisses, les traîne à grand-peine jusqu'à l'appentis et les remet sous la vielle bâche, à leur place de toujours.

Peut-être qu'il ne pensera pas à la questionner tout de suite. Il y a même de fortes chances qu'il ait autre chose en tête  ; avec ses habitudes, c'est tout à fait probable. Ça lui laissera un peu plus de temps, à Natacha. Elle pourra aviser.

 

   Le matin encore, elle ne croyait pas qu'elle en serait capable. Et puis tout s'est enchaîné ; elle en est venue à bout; même que, finalement, ça a été plus facile qu'elle le pensait. Elle n'a pas réfléchi à ce qu'elle faisait, s'est juste contentée d'agir mécaniquement, méthodiquement, selon le vague schéma qu'elle s'était donné pour y parvenir. Maintenant, ça y est, c'ést terminé et elle n'a rien à se reprocher. Il ne sert plus à rien d'y repenser, mais c'est plus fort qu'elle.

Elle se fait violence et prend une bonne résolution : elle va se tourner vers l'avenir, il sera déjà assez compliqué à gérer. À chaque instant suffit sa peine, comme on dit, et là, ce qui s'annonçe n'est pas bien beau.

"Mais je réfléchis, je réfléchis, je perds du temps !" se dit Natacha. "Allez, secoue-toi , il faut en finir".

   Elle regarde derrière elle et constate que tout est normal. L'appentis est bien comme d'habitude. S'il y vient, ils ne verra rien qui lui donne l'occasion de s'en prendre à elle, du moins tout de suite. Il faut gagnet du temps, c'est vital. L'apparence du lieu la rassure un peu.

Alors qu'elle s'apprête à ressortir du réduit, un éclair puissant zèbre la noirceur du ciel ; aussitôt le tonnerre éclate et roule dans la vallée, là-bas vers Maupas sur le Drac. Natacha a fait un bond. Les dernières heures furent difficiles. Elle est au bord de l'épuisement et un rien la déstabilise. Elle pourrait fondre en larmes. Il faut dire qu'elle a  quelques raisons...

Vivement, elle consulte sa montre. Cette fois, c'est l'inquiétude. Dans dix-douze minutes il sera là. Il n'a pas beaucoup de qualités, mais en général il est ponctuel. S'il est en rogne, comme d'habitude, il ne l'écoutera même pas. Aucune explication ne pourra l'apaiser ; elle  sait. C'est toujours comme ça.

Les cris, les gifles, elle ne peut plus les supporter. Que va-t-elle faire ce coup-ci ? Ses pensées sont confuses, elle n'entrevoit aucune solution. Son coeur accélère dans sa poitrine. Elle étouffe.

 

   L'été dernier déjà elle a fugué, mais, avec le père, ils l'avaient vite retrouvée et alors ce fut le calvaire, indescriptible, et personne pour la secourir car leur maison, leur cahute plutôt, est complètement isolée dans la montagne. Tous les deux, ils l'avaient même enfermée pendant trois jours, avec quelques bouteilles d'eau du robinet pour toute nourriture. Et encore, vu son aspect, il est même plus que probale qu'ils l'avaient récupérée dans la gamelle de Dax, leur berger allemand.

Lui aussi, efflanqué, tâche de supporter son existence dans ce milieu hostile, affamé le plus souvent, les flancs labourés de coups de bâton, une sorte de canne de jonc qu'ils gardent près de la porte, à cet effet.Ils rigolent beaucoup quand ça les prend, sourds aux jappements terrorisés de Dax. Mais avec l'obstinée fidélité des bêtes il voue néanmoins une adoration sans bornes à ces maîtres qui  le torturent tout leur saoul.

Ce jour-là, Natacha s'en était même voulu d'avoir diminué la maigre ration de l'animal. Heureusement il peut parfois s'échapper jusqu'au torrent, au prix d'une belle râclée à son retour. La plupart du temps il est à la chaîne, confiné au rôle de veilleur; parfois ils le libèrent pour mieux le maltraiter.

Oui, le traitement infligé au chien n'a rien à envier à celui qu'elle subit.Et puis, la privation de nourriture et tous ces sévices-là ne sont pas les pires, il y a aussi,  régulièrement, ces gestes... leurs grognements, leurs rires qu'elle voudrait tellement oublier. En vain.

   Une fois dehors, elle frissonne. Une famille de brutes, sans éducation, la mère morte de cirrhose l'année précédente alors qu'elle avait tout juste quarante-trois ans, elle aussi ravalée à l'état de déchet humain ; la misère au quotidien ! En repensant à tout cela, le regard de Natacha se voile, elle se fige. Mais bien vite sa conscience, toujours aux aguets, la prévient : tu n'as plus que quelques minutes pour effacer toute trace ; tout doit être rangé. Elle n'a pas fini de nettoyer. Le sol, ça, c'est fait, nickel,on ne voit plus rien, mais l'outil, la feuille de boucher, vite elle doit la rapporter dans l'atelier. Ne rien laisser traîner.

   À la hâte, elle balance le torchon souillé dans un seau d'eau froide, la feuille avec, car elle réalise qu'elle n'a plus le temps de retourner à l'appentis. D'un bon coup de pied elle pousse le récipient sous le pseudo plan de travail, fait de planches grossières posées à même des parpaings. Il atterrit au milieu des épeluchures qui ont débordé de la poubelle, de la poussière et des toiles d'araignées. Là ils ne surveillent pas son travail, il faudrait qu'ils se baissent ! De toute façon, avec ses mains usées à trimer, elle ne peut pas tout faire dans le taudis, mais parfois elle le paye cher. Elle a poussé le seau bien loin, tout au fond. Heureusement il ne s'est pas renversé. Surtout ne pas attirer leur attention.

La pluie crève soudaint le ciel et s'abat à grosses gouttes qui crépitent sur le toit de tôles rouillées. L'air sent l'ozone ; Natacha fonce fermer la fenêtre. L'autre odeur, un peu fade, n'est plus qu'à peine perceptible dans la maison.

Au loin on entend les rugissements saccadés du quatre-quatre qui, laborieusement, gravit le sentier, tressautant sur les pierre menaçant de l'immobiliser dans la pente, juste au moment un brusque et trop fort coup d'accélérateur le relance.

   L'angoisse saisit Natacha. Elle sait que cette conduite nerveuse s'explique par la rage de son frère. Il a encore dû se saouler en ville. Elle l'imagine proférer juron sur juron, impatient d'atteindre la maison pour décharger sur elle toute son agressivité, comme toujours dans ces cas-là. C'est le lot quotidien. Aujourd'hui il n'aura pas besoin de prétexte. De toute façon, ça tombe toujours sur elle; pour un mot qui déplaît ou pour un silence, pour n'importe quoi, à vrai dire.

Ce qu'elle a fait aujourd'hui sera une trop bonne occasion. Elle en est sûre, elle va encore prendre une fichue dérouillée. Elle ne sait même pas si elle en sortira vivante.

La peur monte en elle. Que faire ? Où fuir ? C'est trop tard, de toute manière.

 

   Résignée, elle entend le véhicule s'arrêter près de la masure. Puis plus rien. Le silence est seulement déchiré par le tambourinement violent et incessant des rafales d'eau poussées par les bourrasques. Coeur battant, elle prête l'oreille. Rien d'autre ne se laise percevoir lors des brèves accalmies. Dix minutes s'écoulent ainsi. Enfin, et presque avec soulagement, elle discerne le chuintement semi-continu de bottes qui se rapprochent, allant s'amplifiant. Il arrive. L'ivrogne s'était – c'est quasi certain - endormi brièvement, incapable de descendre du véhicule. Ce n'est plus qu'une question de secondes.

Instinctivement, Natacha tend la main vers le manche du couperet parisien, c'est ainsi que l'appelait sa mère, originaire de la petite couronne. Trop loin. Elle fait un effort, ahane, rien à faire. Elle doit se baisser davantage pour  l'atteindre, mais elle n'en a plus le temps.Elle recule d'un mouvement brusque car, titubant, Fédéric fait déjà irruption dans la pièce en beuglant :

 

¬ Où qu'il est l'père , nom de Dieu, hein ? Qu'est-ce qui fout encore c'tabruti d'enfoiré ? Tu réponds, saleté ! Ou bien, faut-y que j'taide, tu vas voir, j'arrive !

 

Un long silence fait suite à ces imprécations.

 

¬ Il... il...

 

Natacha tente de répondre. Elle sait pourtant qu'elle a intérêt à faire diversion, et très vite. Cependant, paralysée de terreur, elle n'y parvient pas; les yeux écarquillés, elle fixe son frère, la bouche ouverte, n'émettant aucun son. Elle recule, perd l'équilibre, s'appuie d'une main contre le mur. Elle est coincée

 

Alors, de la chambre à coucher mitoyenne monte un grognement pâteux et le cliquetis de bouteilles vides qui se renversent, comme des quilles. Dix secondes après,  paraissant une éternité, la porte claque contre le mur et, à demi accroché à elle, apparaît Pierrick, la petite soixantaine, hirsute, les jambes mal assurées.

 

¬ On peut pus pioncer tranquill' ici, bordel ! Qu'esse tu veux core, fils d'andouille ? Et pis elle, qu'esse qu'elle a à nous regarder comme ça ; j'sais pas c'qui m'retient d'lui en coller une !

 

Le rire gras du fils lui répond, comme il s'avance, le poing levé.

Natacha se recroqueville dans son coin, les yeux encore agrandis par l'effroi ; elle n'ose plus espérer. Horrifiée, elle peut à peine respirer.

 

 

Natacha a neuf ans. On lui a ordonné le matin d'écraser – et proprement, vingt diu, avé l'plat d'l'outil, crénom, faut tout t'dire, spesse d'garce – soixante-dix kilos de noix pour que le fils puisse aller le lendemain matin  vendre les cerneaux sur le marché de Grenoble. Faut bien payer les litres de rouge et le gas-oil du tout-terrain.

 

   Le frère approche aussi,rotant, l'oeil mauvais. La joie maligne le porte. C'est l'heure ! Ça va être sa fête !

 

Brusquement Natacha s'enfuit et sort en courant. Esquivant les deux épaves, elle bouscule le père au passage.

Arrivée au bord de la falaise, elle ne s'arrêtera pas. Son cri se mêlera aux derniers grondements de l'orage.

 

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur mystère n'est autre que Carine-Laure Desguin, l'auteur de Rue Baraka.

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

 

image-1


 

 

 

 

 

( Texte écrit pour un concours ; les premières lignes d’un roman de Marguerite Duras étaient données ; il s’agissait d’imaginer une suite )

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

 

point d'interrogation

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

 

 

 

 


 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Cette nouvelle a été écrite par Silvana Minchella

Publié le par christine brunet /aloys

 

eveil1recto.jpg

 

 

 

CONTE D’HIVER

 

 

Réveillez-vous Seigneur Hiver !

Votre ami Blizzard frappe à la porte de votre château.  Bise l’accompagne, pour vous ramener ici d’un baiser piquant sur vos lèvres gelées.

Venez, Sire, votre règne est arrivé !

La dernière feuille a été emportée par les vents de Dame Automne.

Le sol s’est refermé et est entré en méditation.

Réveillez-vous Seigneur Hiver !

Sortez de vos coffres les neiges immaculées, polissez les glaces, affûtez les vents, convoquez les tempêtes, vérifiez les éclairs, ne laissez rien aux mains de l’incontrôlable Hasard , ce troubadour faiseur de pétards mouillés et de vents qui tournent mal.

Que votre règne soit impitoyable !  Et que jamais ne parviennent à vos royales oreilles les mots offensants :  «  L’hiver est doux cette année ».

 

Prenez, Majesté, les clés que Blizzard a arrachées des mains de votre cousine, la reine Automnia.   Regardez-la s’enfuir épouvantée, dans son carrosse aux couleurs rutilantes…

Les bruits de couloirs glacés vous conteront, Sire, que votre cousine s’est laissée séduire par un bel été indien… écoutez les portes qui claquent vous raconter qu’il y eut plus de soleil que d’ondées, plus de chants d’oiseaux que de bises mouillées…

Ridicule !  dites-vous ?

Il semblerait pourtant, selon mes sources encore vives, que ce fut très apprécié par toutes les créatures vivantes…

Lors de vos inspections des forêts, chaque craquement de bois vous contera les charmants détails de cette idylle , vantera le charme de cet indien qui a embrasé les rousseurs de sa belle…

Non, non, ne me raccompagnez pas, Sire,  je sors ! 

 

Silvana Minchella


 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur de cette nouvelle ? Edmée de Xhavée !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

 

De bons poireaux, ça demande du travail (Edmée – auteur mystère)

 

Il se demandait comment il en était arrivé là… Josiane pelletait furieusement, repoussant cheveux et terre hors de sa bouche avec des pffffft réguliers et humides. Sous le vieux t-shirt taché de café, sa poitrine gesticulait comme si deux bébés chimpanzé y étaient accrochés. Un peu vers le haut, un moulinet vers la gauche, un soubresaut en piqué….

Lui, il tenait le sac poubelle, hébété. Il lui semblait que le contenu commençait déjà  à sentir, et deux mouches tentaient d’y pénétrer afin de pondre une bordée d’œufs qui ne connaîtraient pas la faim. La dernière chose qu’il avait vue était l’avant-bras droit, presque arraché à l’épaule par le travail de sauvage de Josiane, sur lequel la fameuse petite tache en forme de cœur lui avait ramené le souvenir de rires et de lendemains imaginés, couchés sur le lit. Laurette et lui.

Bien sûr, il avait toujours su qu’il ne quitterait pas Josiane. Il ne pouvait pas se le permettre. Laurette savait qu’il était marié. Quand ils évoquaient ces lendemains de bonheur hypothétique ensemble, il jouait à « et si seulement…. ». Sincère, oui. L’amour courait dans ses veines, sa moelle, emplissait son cerveau et les pores de sa peau. Mais il jouait à et si seulement. Et au bout de 5 ans, Laurette avait cessé de réagir à la magie de ces jours futurs encore plus irréels que la licorne. Son voisin de palier, disait-elle,  lui avait réparé le chauffe-eau. Puis lui avait fait avoir, par son boulot, un nouveau téléviseur énorme pour presque rien. Ca avait été suivi d’une caisse de champagne qu’il avait gagnée et qu’il avait partagée avec elle parce que pour lui tout seul…

Il revenait de chez elle de plus en plus abattu. Laurette allait lui fermer sa porte et devenir sourde à ses coups de fil, tout comme l’avaient fait Agathe et Pierina des années plus tôt. Il retrouvait Josiane, ronflant la bouche ouverte, les chimpanzés affalés sous le vieux pyjama déformé, et gardait les yeux ouverts toute la nuit, le cœur battant avec désespoir jusqu’au bout de ses doigts. Au matin, il était gris. Et Josiane se lamentait de ce qu’il ne fichait plus rien.

Elle savait, bien sûr. Ses sentiments et désirs, elle n’en avait cure. Elle trouvait des avantages certains à la situation : il avait cessé de lui pincer les fesses ou de se « réjouir » d’aller au lit ; il ne lui demandait plus d’écouter un poème qu’il lui lisait avec une voix d’acteur ; elle avait bien des soirées de paix pour regarder ses feuilletons favoris. Mariée sans les inconvénients de la compagnie, si on excluait la lessive et le repassage – qu’elle faisait rarement. Mais là… voilà qu’il devenait un problème sérieux.

Elle l’avait affronté. Avait feint la stupeur, la douleur, la rancœur – quoi ! de nouveau ! -  l’envie de suicide, les évanouissements, la crise de nerf, l’apathie, la perte d’appétit. Pour enfin le mettre au pied du mur. Elle ou moi. Et elle savait qu’il entendait clairement « elle et tes frusques et rien d’autre, ou moi et l’affaire familiale de papa ». Tout à fait perdu, la vie au bord d’un précipice, il avait consenti à « essayer de faire comprendre à Laurette petit à petit ». Comment aurait-il pu dire que c’était lui qui avait peur de la perdre depuis quelques mois, sans avoir l’air d’un imbécile en plus ?

Et il n’avait rien osé dire… Tétanisé, il attendait que quelque chose se passe, qui le libèrerait de devoir prendre une décision.

Ses vœux furent exaucés. Josiane avait abordé Laurette au marché, lui avait demandé une explication en tête à tête. « Tes ennuis sont finis ! » avait-elle dit sans ironie au retour. Sur le siège passager, Laurette avait l’air endormie si ce n’était un peu de bave rose qui se mouvait encore lentement sur son menton et un tournevis enfoncé dans la tempe. « Encore un mauvais moment à passer et puis on n’y pensera plus » avait-elle ajouté pendant qu’ils découpaient ce corps qu’il avait tant aimé dans la baignoire, nus pour ne pas salir leurs vêtements. Et il coupait. Sciait, cassait, forçait, tordait… Il ne savait plus penser.

Et puis il avait regardé Josiane qui pelletait avec l’énergie d’une pompe à pétrole dans la plate-bande où on allait bientôt piquer les poireaux comme chaque année, se couvrant de sueur et de terre. Et quand la bêche avait crissé contre ce qu’il pensait être une grosse pierre, il avait vu le sommet d’un crâne qui s’échappait d’un vieux tapis méconnaissable. Son cœur et sa respiration s’étaient unis dans une immobilité affreuse alors que le crâne se tournait lentement vers lui, les dents exhibées dans une joie obscène. Pierina ou Agathe ? Josiane avait levé les yeux vers lui et marmonné entre ses lèvres « Oui… au moins elles nous ont fait les meilleurs poireaux du quartier… autant qu’elles servent à quelque chose ».

Une fois la terre remise en place, il avait fini de penser à jamais. Josiane se cambrait en arrière, lasse et en sueur, les mains terreuses appuyées contre ses reins, et elle lui souriait.

« Allez ! Je te fais un bon café bien fort et demain, tu n’y penseras plus ».

 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

 

http://www.bandbsa.be/contes3/rivieresybilla.jpg


Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Qui est l'auteur de cette nouvelle ? A vous de me le dire...

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

 

 

De bons poireaux, ça demande du travail 

 

Il se demandait comment il en était arrivé là… Josiane pelletait furieusement, repoussant cheveux et terre hors de sa bouche avec des pffffft réguliers et humides. Sous le vieux t-shirt taché de café, sa poitrine gesticulait comme si deux bébés chimpanzé y étaient accrochés. Un peu vers le haut, un moulinet vers la gauche, un soubresaut en piqué….

Lui, il tenait le sac poubelle, hébété. Il lui semblait que le contenu commençait déjà  à sentir, et deux mouches tentaient d’y pénétrer afin de pondre une bordée d’œufs qui ne connaîtraient pas la faim. La dernière chose qu’il avait vue était l’avant-bras droit, presque arraché à l’épaule par le travail de sauvage de Josiane, sur lequel la fameuse petite tache en forme de cœur lui avait ramené le souvenir de rires et de lendemains imaginés, couchés sur le lit. Laurette et lui.

Bien sûr, il avait toujours su qu’il ne quitterait pas Josiane. Il ne pouvait pas se le permettre. Laurette savait qu’il était marié. Quand ils évoquaient ces lendemains de bonheur hypothétique ensemble, il jouait à « et si seulement…. ». Sincère, oui. L’amour courait dans ses veines, sa moelle, emplissait son cerveau et les pores de sa peau. Mais il jouait à et si seulement. Et au bout de 5 ans, Laurette avait cessé de réagir à la magie de ces jours futurs encore plus irréels que la licorne. Son voisin de palier, disait-elle,  lui avait réparé le chauffe-eau. Puis lui avait fait avoir, par son boulot, un nouveau téléviseur énorme pour presque rien. Ca avait été suivi d’une caisse de champagne qu’il avait gagnée et qu’il avait partagée avec elle parce que pour lui tout seul…

Il revenait de chez elle de plus en plus abattu. Laurette allait lui fermer sa porte et devenir sourde à ses coups de fil, tout comme l’avaient fait Agathe et Pierina des années plus tôt. Il retrouvait Josiane, ronflant la bouche ouverte, les chimpanzés affalés sous le vieux pyjama déformé, et gardait les yeux ouverts toute la nuit, le cœur battant avec désespoir jusqu’au bout de ses doigts. Au matin, il était gris. Et Josiane se lamentait de ce qu’il ne fichait plus rien.

Elle savait, bien sûr. Ses sentiments et désirs, elle n’en avait cure. Elle trouvait des avantages certains à la situation : il avait cessé de lui pincer les fesses ou de se « réjouir » d’aller au lit ; il ne lui demandait plus d’écouter un poème qu’il lui lisait avec une voix d’acteur ; elle avait bien des soirées de paix pour regarder ses feuilletons favoris. Mariée sans les inconvénients de la compagnie, si on excluait la lessive et le repassage – qu’elle faisait rarement. Mais là… voilà qu’il devenait un problème sérieux.

Elle l’avait affronté. Avait feint la stupeur, la douleur, la rancœur – quoi ! de nouveau ! -  l’envie de suicide, les évanouissements, la crise de nerf, l’apathie, la perte d’appétit. Pour enfin le mettre au pied du mur. Elle ou moi. Et elle savait qu’il entendait clairement « elle et tes frusques et rien d’autre, ou moi et l’affaire familiale de papa ». Tout à fait perdu, la vie au bord d’un précipice, il avait consenti à « essayer de faire comprendre à Laurette petit à petit ». Comment aurait-il pu dire que c’était lui qui avait peur de la perdre depuis quelques mois, sans avoir l’air d’un imbécile en plus ?

Et il n’avait rien osé dire… Tétanisé, il attendait que quelque chose se passe, qui le libèrerait de devoir prendre une décision.

Ses vœux furent exaucés. Josiane avait abordé Laurette au marché, lui avait demandé une explication en tête à tête. « Tes ennuis sont finis ! » avait-elle dit sans ironie au retour. Sur le siège passager, Laurette avait l’air endormie si ce n’était un peu de bave rose qui se mouvait encore lentement sur son menton et un tournevis enfoncé dans la tempe. « Encore un mauvais moment à passer et puis on n’y pensera plus » avait-elle ajouté pendant qu’ils découpaient ce corps qu’il avait tant aimé dans la baignoire, nus pour ne pas salir leurs vêtements. Et il coupait. Sciait, cassait, forçait, tordait… Il ne savait plus penser.

Et puis il avait regardé Josiane qui pelletait avec l’énergie d’une pompe à pétrole dans la plate-bande où on allait bientôt piquer les poireaux comme chaque année, se couvrant de sueur et de terre. Et quand la bêche avait crissé contre ce qu’il pensait être une grosse pierre, il avait vu le sommet d’un crâne qui s’échappait d’un vieux tapis méconnaissable. Son cœur et sa respiration s’étaient unis dans une immobilité affreuse alors que le crâne se tournait lentement vers lui, les dents exhibées dans une joie obscène. Pierina ou Agathe ? Josiane avait levé les yeux vers lui et marmonné entre ses lèvres « Oui… au moins elles nous ont fait les meilleurs poireaux du quartier… autant qu’elles servent à quelque chose ».

Une fois la terre remise en place, il avait fini de penser à jamais. Josiane se cambrait en arrière, lasse et en sueur, les mains terreuses appuyées contre ses reins, et elle lui souriait.

« Allez ! Je te fais un bon café bien fort et demain, tu n’y penseras plus ».

 

 

Alors ??????? Selon vous ?

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur de cette nouvelle est Philippe Desterbecq !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Phil D

 

 

Voici un texte rédigé lors d’un atelier d’écriture.

Le personnage imposé : une femme qui ne veut pas d’enfants ;

La situation : Zut ! J’ai laissé brûler les pommes de terre.

Une journée catastrophique.

 

C'est ma journée catastrophe! Je me lève, je mets un pied par terre ... Enfin, quand je dis par terre, je mets le pied dans quelque chose de mou, d'infâme, ... C'est le chat! Non, je ne mets pas le pied sur le chat mais sur ce qu'il m'a laissé sur la descente de lit, oui, celle que ma belle-mère m'a offerte pour Noël. Je la déteste de toute façon! Je déteste autant cette carpette que celle qui me l'a offerte! Ma belle-mère n'a qu'un mot à la bouche, un seul : ENFANT.

- Vous verrez, quand vous aurez des enfants...

- Bon, dites-moi, vous n'êtes plus si jeunes que ça, les enfants, c'est pour quand?

- Jocelyne, dis-moi, entre femmes on se comprend ... tu peux avoir des enfants? Tu n'es pas ....Parce que mon Jacques, tu sais, les enfants, il les adore et si tu ..., enfin, si tu ne peux ..., tu comprends?

Ben moi, j'aime mon chat. Enfin je l'aimais jusqu'à ce qu'il me laisse ce truc puant sur la carpette.  Cette horreur! Je pourrai enfin la jeter, mais, en attendant, mon pied est plein de ... enfin, pas besoin de vous faire un dessin, vous comprenez.

Je crie :"Sale bête!" ce qui réveille Jacquot qui croit que je m'adresse à lui. Il se relève, je lui montre mon pied ... Savez-vous ce qu'il me dit?

- T'aurais un gosse au lieu d'un chat, t'aurais pas ce truc immonde sur le pied!

- Et toi, tu ne dormirais pas 10 heures par nuit, que je lui réponds. Et toc!

Alors là, il se retourne et il me dit :

- Va te laver, tu pues!

Je l'aurais tué!

- Et puis, mets la carpette dans la machine...

Celle-là, c'est dans la poubelle qu'elle va valser et plus vite qu'il ne le pense!

La journée continue pareille à toutes les autres sauf, qu'en plus, je dois aller chez le vétérinaire. Comme si mes semaines n'étaient pas assez chargées comme ça!

Du retard chez le vétérinaire et j'ai raté "Les Zamours" à la télé! Une journée catastrophique, je vous dis!

Le soir vient. Je prépare le repas pour mon gentil mari et là, pof, je vous le donne dans le mille : les patates sont trop cuites, j'ai laissé brûler la casserole!

Là-dessus, le Jacquot ouvre la porte et me lance comme tous les soirs :

- Chérie, c'est moi.

Je me demande bien qui ça pourrait être d'autre? Le facteur?

- Qu'est-ce qu'on mange ce soir?

- Ta main!

Il n'en revient pas, le Jacquot. Je ne lui ai jamais parlé comme ça. Ce n'est pas le jour, c'est tout!

Je cache la casserole sous l'évier et je lui dis :

- T'as rien oublié?

Lui, avec son air de gorille :

- Ben, j'crois pas ...

- On est le 17 janvier...

- Et alors?

- Et alors, on s'est rencontrés un 17 janvier!

Ce n'est pas vrai. En fait, c'était un 12 mars mais lui, il n'a aucune mémoire.

- Tu pourrais peut-être me payer le resto...

Je lui dis ça avec un tel regard de femme amoureuse, qu'il craque de suite. Amoureuse, je ne le suis plus depuis une décennie mais ça, il ne s'en rend pas compte!

Pour une fois, il ne se fait donc pas prier, un peu gêné d'avoir oublié l'anniversaire de notre rencontre, sans doute. Il sourit - incroyable! je me demande s'il n'en a pas marre de mes plats trop cuits, ben oui, le soir, il y a "Les feux de l'amour à la télé, c'est quand même pas ma faute s'ils passent le feuilleton à l'heure où je mets cuire le souper! - il m'embrasse - je n'en reviens pas - et il me dit :

- Je t'emmène.

On prend la voiture (le resto se trouve quand même à 250m de la maison) - je raterai sans doute "Joséphine, ange gardien", mais je ne dis rien, je sais qu'ils le rediffuseront la semaine prochaine - et on rentre au "Mets Encore". On s'installe à la seule table libre, juste à côté d'une famille nombreuse. Je regarde les gosses et je ne sais pas ce qu'il me prend. J'me mets à chialer. Ces gens rayonnent de bonheur et, moi, je suis terne, ma vie n'a aucun sens, je n'ai pas d'enfants! Je viens seulement de m'en rendre compte après 15 ans de mariage.

Jacques prend le menu, me le tend, me dit : "Qu'est-ce qui te ferait plaisir?"

Sans réfléchir, je lui réponds :

- Un enfant !

Il me regarde avec des yeux grands comme des boules de billard. Il se demande s'il a bien entendu...

- Répète ...

- J'veux un enfant...

- T'en as jamais voulu!

- Y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

- Et le chat?

Voilà tout ce qu'il trouve à dire!

- Quoi le chat? Il pue le chat, il fait des saletés sur la carpette de ta mère et ... il ne remplacera jamais un enfant!

Eh bien, vous me croirez si vous le voulez, on n'a pas commandé, on s'est levés et on est allé le faire ... l'enfant !

J'vous l'dis, une journée catastrophique!

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Qui est l'auteur de cette nouvelle ? A vous de me le dire...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

point d'interrogation

 

 

 

Une journée catastrophique.

 

C'est ma journée catastrophe! Je me lève, je mets un pied par terre ... Enfin, quand je dis par terre, je mets le pied dans quelque chose de mou, d'infâme, ... C'est le chat! Non, je ne mets pas le pied sur le chat mais sur ce qu'il m'a laissé sur la descente de lit, oui, celle que ma belle-mère m'a offerte pour Noël. Je la déteste de toute façon! Je déteste autant cette carpette que celle qui me l'a offerte! Ma belle-mère n'a qu'un mot à la bouche, un seul : ENFANT.

- Vous verrez, quand vous aurez des enfants...

- Bon, dites-moi, vous n'êtes plus si jeunes que ça, les enfants, c'est pour quand?

- Jocelyne, dis-moi, entre femmes on se comprend ... tu peux avoir des enfants? Tu n'es pas ....Parce que mon Jacques, tu sais, les enfants, il les adore et si tu ..., enfin, si tu ne peux ..., tu comprends?

Ben moi, j'aime mon chat. Enfin je l'aimais jusqu'à ce qu'il me laisse ce truc puant sur la carpette.  Cette horreur! Je pourrai enfin la jeter, mais, en attendant, mon pied est plein de ... enfin, pas besoin de vous faire un dessin, vous comprenez.

Je crie :"Sale bête!" ce qui réveille Jacquot qui croit que je m'adresse à lui. Il se relève, je lui montre mon pied ... Savez-vous ce qu'il me dit?

- T'aurais un gosse au lieu d'un chat, t'aurais pas ce truc immonde sur le pied!

- Et toi, tu ne dormirais pas 10 heures par nuit, que je lui réponds. Et toc!

Alors là, il se retourne et il me dit :

- Va te laver, tu pues!

Je l'aurais tué!

- Et puis, mets la carpette dans la machine...

Celle-là, c'est dans la poubelle qu'elle va valser et plus vite qu'il ne le pense!

La journée continue pareille à toutes les autres sauf, qu'en plus, je dois aller chez le vétérinaire. Comme si mes semaines n'étaient pas assez chargées comme ça!

Du retard chez le vétérinaire et j'ai raté "Les Zamours" à la télé! Une journée catastrophique, je vous dis!

Le soir vient. Je prépare le repas pour mon gentil mari et là, pof, je vous le donne dans le mille : les patates sont trop cuites, j'ai laissé brûler la casserole!

Là-dessus, le Jacquot ouvre la porte et me lance comme tous les soirs :

- Chérie, c'est moi.

Je me demande bien qui ça pourrait être d'autre? Le facteur?

- Qu'est-ce qu'on mange ce soir?

- Ta main!

Il n'en revient pas, le Jacquot. Je ne lui ai jamais parlé comme ça. Ce n'est pas le jour, c'est tout!

Je cache la casserole sous l'évier et je lui dis :

- T'as rien oublié?

Lui, avec son air de gorille :

- Ben, j'crois pas ...

- On est le 17 janvier...

- Et alors?

- Et alors, on s'est rencontrés un 17 janvier!

Ce n'est pas vrai. En fait, c'était un 12 mars mais lui, il n'a aucune mémoire.

- Tu pourrais peut-être me payer le resto...

Je lui dis ça avec un tel regard de femme amoureuse, qu'il craque de suite. Amoureuse, je ne le suis plus depuis une décennie mais ça, il ne s'en rend pas compte!

Pour une fois, il ne se fait donc pas prier, un peu gêné d'avoir oublié l'anniversaire de notre rencontre, sans doute. Il sourit - incroyable! je me demande s'il n'en a pas marre de mes plats trop cuits, ben oui, le soir, il y a "Les feux de l'amour à la télé, c'est quand même pas ma faute s'ils passent le feuilleton à l'heure où je mets cuire le souper! - il m'embrasse - je n'en reviens pas - et il me dit :

- Je t'emmène.

On prend la voiture (le resto se trouve quand même à 250m de la maison) - je raterai sans doute "Joséphine, ange gardien", mais je ne dis rien, je sais qu'ils le rediffuseront la semaine prochaine - et on rentre au "Mets Encore". On s'installe à la seule table libre, juste à côté d'une famille nombreuse. Je regarde les gosses et je ne sais pas ce qu'il me prend. J'me mets à chialer. Ces gens rayonnent de bonheur et, moi, je suis terne, ma vie n'a aucun sens, je n'ai pas d'enfants! Je viens seulement de m'en rendre compte après 15 ans de mariage.

Jacques prend le menu, me le tend, me dit : "Qu'est-ce qui te ferait plaisir?"

Sans réfléchir, je lui réponds :

- Un enfant !

Il me regarde avec des yeux grands comme des boules de billard. Il se demande s'il a bien entendu...

- Répète ...

- J'veux un enfant...

- T'en as jamais voulu!

- Y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

- Et le chat?

Voilà tout ce qu'il trouve à dire!

- Quoi le chat? Il pue le chat, il fait des saletés sur la carpette de ta mère et ... il ne remplacera jamais un enfant!

Eh bien, vous me croirez si vous le voulez, on n'a pas commandé, on s'est levés et on est allé le faire ... l'enfant !

J'vous l'dis, une journée catastrophique!

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur mystère n'est autre que Marcelle Pâques !

Publié le par christine brunet /aloys

 
http://www.bandbsa.be/contes2/paquestete.jpg
 Les Aventures de BillyÉtoile
                Billy et Clara
 
 
- Cela suffit maintenant ! Clara, tu dépasses les limites.
Maman crie très fort, elle est toute rouge, mais Clara continue à courir dans la chambre sans vouloir se mettre 
au lit, défiant sa mère du regard.
Tout à coup, c’est le drame, maman s’est emparée du doudou et ouvrant la fenêtre le précipite dehors !
 
Stupeur, Clara est affolée.
- Maman ! Non, mon vieil ours, il fait très froid, en plus le jardin est plongé dans l’obscurité.
- Je veux mon doudou, s’il te plaît, je vais au lit, je serai sage, maman, c’est promis.
 
Clara esquisse son plus joli sourire, celui qui fait craquer les adultes ... mais, cette fois, cela ne marche pas.
Maman est vraiment très fâchée.
 
- Bonne nuit Clara, j’espère que cela te fera réfléchir.
 
La petite fille sanglote.
- C’est affreux ! mon pauvre doudou seul dans le noir.
Tout doucement elle se lève et s’approche de la fenêtre, elle essaie d’apercevoir Billy, mais en vain !
Enfin,  juchée sur une chaise, elle voit sont doudou, il est là, couché dans la neige, si petit...
- C’est pas possible ! je ne vais pas le laisser passer la nuit dehors.
Courageusement Clara descend dans le salon, ses parents se disputent, elle se plante devant eux et attend...
 
- Quoi ! Clara que fais tu encore debout ?
La petite fille se sent bien misérable devant ces adultes en colère, mais il faut sauver Billy.
- Papa, maman, je veux mon doudou.
- Oh ! mais oui, dit papa, où est-t-il ?
- Je l’ai jeté, crie maman, et Clara va aller dormir, elle est punie.
-Mais!
- Tu ne discutes pas !
 
Que faire ,pleurer, taper du pied, ah ! si une bonne fée pouvait l’entendre et lui rendre son doudou...
Ou alors ? Peter Pan, la fenêtre s’ouvre, il entre avec la fée clochette et ils partent ensemble vers le
pays imaginaire en emportant Billy.
 
Oui, mais tout cela c’est des histoires, et maintenant c’est la réalité !
Clara assise sur son lit réfléchit... je veux récupérer mon doudou, mais comment ?
 
Il n’y a plus de bruit dans la maison, les parents se sont couchés.
Alors la petite fille prend sa décision, elle va descendre et sauver son vieil ours.
Furtivement elle quitte sa chambre et descend les escaliers.
Elle a échafaudé un plan : sortir, et reprendre son vieil ours. Voilà, je suis très courageuse, je vais ouvrir la porte et ...
Seulement, voilà la peur la paralyse, elle hésite ... que faire? non, il faut continuer, il y a toute cette neige et puis Polux,Chat
le méchant chat des voisins pourrait s’emparer de Billy et le déchiqueter !
Cette fois j’y vais.
 
La porte s’ouvre facilement et, pieds nus, l’enfant sort et court vers Billy le couvrant de baisers.
- Viens mon ours, nous rentrons.
 
Et là ... c’est le drame ! la porte s’est refermée et on ne peut l’ouvrir de l’extérieur.
- Oh, non je suis toute seule dehors, mais c’est horrible !
Désespérée, Clara se couche près de son ours et pleure si longtemps et si fort... qu’une bonne fée l’entend et
s’apitoie sur son sort.
 
La fée voltige, lumineuse autour de Clara.
- Qui es-tu ? la fée Clochette?
- Non, mais je suis en effet une fée.
- Mais vous n’existez pas !
- Pourtant tu me vois.
- Je te vois mais tu es un rêve !
- Peut-être que si tu le veux vraiment tu peux donner vie à tes rêves.
- Je ne comprend pas, et j’ ai froid, je vais mourir de froid.
- Non, non, regarde ton ours!
Billy ? Billy est maintenant un ours immense et vivant ! La petite fille n’en croit pas ses yeux, il est si chaud, elle
se sent tellement bien près de lui.
 
- Billy, tu es un vrai ours ?
- Oui, et je parle, mais seulement pour une nuit, c’est un cadeau des fées, dors Clara tu es une petite fille très courageuse.
 
Il y a plein d’étoiles dans le ciel, la neige a cessé de tomber, l’ours est doux, rassurant, Clara s’est endormie.
 
Le lendemain les parents de Clara, affolées, cherchent partout leur petite fille...
 
- Je n’aurai pas dû jeter son ours, mais voilà, elle était désobéissante, je voulais lui donner une leçon.
Quelquefois les parents sont fatigués, énervés, c’est normal !
 
Mais où est Clara ? Je l’aime tellement, crie maman... et soudain, elle aperçoit l’enfant couchée dans le jardin près
de son doudou.
Mon Dieu ! elle doit être morte de froid, papa et maman se précipitent et soulève la petite fille, la couvrant de baisers.
Clara s’étire en souriant.
- Mais, tu n’as pas froid ? C’est comme si tu sortais de la couette, comment cela est-t-il possible ?
- C’est l’ours Billy maman, l’ours m’a réchauffée toute la nuit.
 
Papa ramasse l’ours mais il est tout petit, il est à nouveau son doudou.
Vite, nous allons boire un chocolat chaud dit maman, Clara se blottit dans les bras de son père.
Avant de rentrer dans la maison, elle tourne la tête, scrutant le jardin, plus de traces de la fée... pourtant elle sait
qu’elle n’a pas rêvé, elle a vécu une aventure magique.
 
Les adultes ne voudront pas la croire, ils sont tellement occupés, ils ne prennent plus le temps de contempler les
étoiles ou les fleurs, alors, comment pourraient-ils apercevoir les fées ?Étoile
PrincesseÉtoile
 
 Marcelle Pâques

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 > >>