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"Un homme improbable et imprévisible", une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

UN HOMME IMPROBABLE ET IMPRÉVISIBLE


 


 

Oncle Roger était le prototype même de la personne improbable. Au plus loin dont je me souviens, c'était un original. Était-il invité chez nous ? Le traditionnel bouquet de fleurs était remplacé par un superbe cactus !


 

Certains membres de la famille hésitaient à le convier à une fête de peur de le voir arriver tout de blanc vêtu.


 

On tremblait les jours d'enterrement, on riait d'avance les jours de baptême.


 

Jusqu'au jour où Oncle Roger est allé rejoindre Tante Laure au cimetière du village. Même pour sa mort, il avait été imprévisible. On l'avait retrouvé dans son jardin étendu dans le parterre de muguets. Crise cardiaque avait diagnostiqué le docteur. Mais ce n'était pas fini. Il y avait le testament. Il n'avait pas eu d'enfant et léguait tout à ses neveux et nièces.


 

Le notaire détaillait soigneusement la part de chacun. Lorsque ce fut mon tour, j'entendis : "Pour mon neveu Louis, mes livres de cuisine et mes livres de jardinage". En plus du quart de la maison et d'une petite somme.


 

Sacré Oncle Roger ! En matière de livres de cuisines, il y avait une année de recettes dans les pages du vendredi du journal local. Quant aux traités de jardinage, un almanach de 1946 (mon année de naissance) avec les conseils de Sébastien, le jardinier de l'évêché !


 

Oncle Roger est mort il y a longtemps, mais j'ai hérité de son goût pour les surprises et j'en suis fier. Je me réjouis déjà de voir la tête de mes héritiers !


 


 

Louis Delville

 

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Christine Brunet a lu "La planète de Pâques" de Marion Oruezabal

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

"La planète de Pâques"... C'est le second roman que je découvre de cet auteur... Un roman très différent du premier "Dans l'oeil de l'Astre".

Une couverture qui invite autant au voyage qu'à la méfiance... 

Méfiance, c'est le mot parce que ce titre, surprenant, reprend le contenu du livre. Vous ne voyez pas ? L'Île de Pâques, ça vous dit bien quelque chose ? Forcément... 

Mais quel fut le destin de ses habitants ? Que s'est-il passé sur ces petits bouts de terre perdus dans le Pacifique ? Aujourd'hui, les scientifiques ont brisé le mystère : surexploitation des ressources, surpopulation... 

On sait que l'Humanité n'a jamais été capable de tirer des leçons de son passé. Pourquoi le ferait-on puisque l'Homme évolue, devient plus intelligent, plus savant ? 

L'Homme, dans son arrogance, joue avec la planète qui l'accueille. 

Ce livre est certes un roman, ou plutôt une suite d'histoires personnelles entre passé, présent et futur, il est surtout un plaidoyer en faveur d'une Nature à bout de souffle, une mise en garde contre la folie des hommes, un cri que le lecteur sent impuissant face à une foule aveugle et aveuglée... 

" Notre planète s'épuise, les ressources se font rares. Selon les experts, nous n'avons plus que quelques années de vivres devant nous... Mais comment freiner, nous en passer ? Avons-nous un autre choix que de foncer dans le mur en le voyant arriver ?"

L'auteur appuie son texte sur des fondements scientifiques, des recherches en cours et lui donne ainsi un poids, une profondeur qui transcende la fiction des personnages et propose une vraie réflexion. 

 

Un livre à découvrir !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

Publié dans Fiche de lecture

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Lorsque Bob le Belge se lâche, ça donne ça...

Publié le par christine brunet /aloys

Extrait d’une interview de l’auteur par Patrick Sel d’Arvor, parue dans la page littéraire du Monde du vendredi 30 avril 2007

Votre style fait penser à Proust ou Mauriac, vous en êtes conscient ?

Tout à fait. Certains critiques littéraires, surtout à l’étranger, parlent également de Dostoïevsky ou Hemingway… je ne cherche pourtant pas à les copier et d’ailleurs comment le ferais-je ? Je ne lis que les Martine ou de temps à autre un Delly. C’est inné.

 

Comment expliquer qu’avec un tel talent, vous n’ayez pas encore obtenu un Goncourt ou un Renaudot ?

Précisons d’ abord que j’ai quand même été nominé deux fois dans le catalogue des Trois Suisses et que le bulletin paroissial de ma commune m’a cité récemment, mais bon… mon éditeur est lui-même auteur et la jalousie… je pense qu’il n’a tout simplement pas envoyé mon livre.

 

Parlons de votre personnage Bob le Belge. Peut-on dire qu’il est un philosophe ?

Incontestablement, même si certains enlèvent le ‘testablement’. Il y a dans cet être raffiné et d’une grande culture, une vision hédonique de la vie qui interpelle, même si certains enlèvent l’’inter’. D’autant plus qu’il résume sa vision du monde avec une expression qui fait mouche et qu’on propose parfois pour les épreuves du bac…

 

« Et voila ! », sans accent sur le a ?

Tout juste.

 

Il y a t-il une raison particulière pour que cet accent soit omis ?

La syntaxe tout simplement. A l’imparfait du subjonctif, la césure de cette phrase prise dans sa globalité résiduelle aurait exigé une altercation intempestive de la continuité de la signification exhaustive de l’entité contraire. Or, nous nous trouvons ici dans un cas de figure où le conditionnel présent entraînerait une réévaluation de la construction narrative de l’exposé inverse… en bref, pour être simple, l’accent grave eut été aigu, ce qui eussé été une erreur grossière.

 

Je comprends… ou plutôt, pour être très franc avec vous, je ne comprends rien du tout.

C’est normal. Il n’y a rien à comprendre. Bob le Belge se regarde et comme il est dessiné au septième degré, c’est seulement dans une ou deux, voire trois semaines, que le déclic se fera. Vous n’en saurez d’ailleurs rien puisque à ce moment-là vous l’aurez oublié.

 

Peut-on parler de génie ?

Absolument. Rien ne m’horripile plus que les faux modestes. Ceci dit, mon QI n’est pas anormalement élevé… le Q au niveau du bassin et le I un peu plus haut, du côté du nombril.

 

Une dernière question, car je sais votre temps compté. Peut-on espérer d’autres Bob le Belge dans l’avenir ?

Il n’existe qu’un seul Bob le Belge… à moins de le cloner !

 

Je voulais dire d’autres épisodes ?

Ce n’est pas exclu. J’ai cassé la pointe de mon crayon et je ne retrouve plus le taille qui s’est taillé. Je lance un appel, il est rose fluo avec un dessin de bisounours.

 

Merci.

 

BOB LE BELGE

 

Publié dans articles, Textes

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Jean-François FOULON nous propose une présentation de Victor Serge

Publié le par christine brunet /aloys

 

Il est des écrivains dont on ne parle jamais et dont peu de de personnes se souviennent. Certains méritent sans doute cet oubli parce que leur œuvre n’avait rien d’original ni de bien marquant, mais d’autres au contraire étaient des penseurs de premier ordre, en avance sur leur époque, et ils possédaient une plume remarquable. On ne les évoque pourtant jamais et leur nom n’apparaît pas dans les manuels scolaires.

Tel est assurément le cas de Viktor Lvovitch Kibaltchiche. Si je vous dis que cet homme est pourtant l’un des plus grands écrivains belges, vous allez être étonné, j’en suis certain. Bon, il est vrai qu’il est un peu plus connu sous le nom de Victor Serge, mais finalement il n’est vraiment lu que par quelques spécialistes et par quelques adeptes inconditionnés de l’anarchie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : cet écrivain quelque peu oublié a eu de son vivant un rôle politique de premier plan. Malheureusement pour lui, comme il n’a pas fait l’éloge de la bourgeoisie bien-pensante, mais qu’il a au contraire contribué à répandre des idées anarchistes, après avoir eu pendant quelques années une certaine accointance avec l’Union soviétique, il est tombé dans l’oubli.


 

Personne ne semble lui pardonner d’avoir finalement été un révolutionnaire. Pourtant, cet ostracisme qui le frappe aujourd’hui se base sur des préjugés, car malgré ses idées franchement ancrées à gauche, il a bien été un des premiers à critiquer le régime stalinien qui se mettait en place. Rien que pour cette honnêteté intellectuelle (que l’on retrouve aussi chez Charles Plisnier), il mériterait d’être sorti de l’oubli où il est tombé. Mais voilà, considéré comme un communiste-anarchiste en Europe de l’Ouest et comme un traitre au PC dans l’ancienne Russie soviétique, il ne s’est trouvé personne pour se souvenir de lui. Ila pourtant perdu la vie à cause de ses idées car il a été discrètement assassiné par les agents de Staline.

Merci donc à Actu-TV et à Marc Quaghebeur d’avoir évoqué son souvenir.Personnellement, je connaissais Victor Serge via l’œuvre de Michel Ragon, « La mémoire des vaincus ». Mais commençons par le commencement. 

***

Viktor LvovitchKibaltchiche est né à Bruxelles en 1890 de parents russes émigrés politiques et il est mort à Mexico en 1947.
Pour être plus précis, son père était un ancien officier russe converti au socialisme et sa mère était issue de la noblesse polonaise.
Par ailleurs, il est le père du peintre Vladimir Kibaltchitch (il a eu aussi une fille, Jeannine). 

Dès l'âge de quinze ans il milite dans la Jeune Garde socialiste, à Ixelles. Antimilitarisme virulent, il s'oppose à la politique coloniale de la Belgique au Congo. A seize ans, on le retrouve dans les milieux anarchistes de Bruxelles et il écrit déjà dans des revues libertaires comme Les Temps Nouveaux, Le Libertaire, La Guerre sociale (tout en exerçant des métiers variés pour survivre : dessinateur-technicien, photographe, typographe, etc.). Il n’hésite pas à participer à différentes manifestations, lesquelles se terminent généralement par des bagarres avec la police et par des perquisitions.

A dix-neuf ans, il quitte la Belgique pour Paris (où le combat anarchiste est plus à la pointe, comme le souligne Marc Quaghebeur). Là, il continue à écrire dans la presse libertaire (notamment dans « L'Anarchie » sous le pseudonyme du « Rétif ») et il donne des conférences politiques.
S’il est un adepte de la tendance anarchiste-individualiste, il désapprouvera pourtant toujours les méthodes violentes prônées par la bande à Bonnot. Pour rappel, cette bande regroupe quelques anarchistes de «L’Anarchie » qui ont volé de l’argent et commis des meurtres en s’aidant d’une automobile, alors qu’à l’époque les gendarmes se déplaçaient encore à cheval ou à vélo.Toujours est-il qu’après un hold-up, la bande se réfugie de force chez Victor Serge (alors en ménage avec Rirette Maîtrejean, une autre anarchiste) lequel les héberge par solidarité. Du coup, il sera directement impliqué dans le procès qui suivit et sera condamné à cinq ans de réclusion, ce qui n’est quand même pas rien (Rirette, elle, sera acquittée).

Il survit en écrivant et cette expérience de l’incarcération sera d’ailleurs évoquée dans son roman « Les Hommes dans la prison ».
C’est à cette époque qu’il rejetteles « absurdités syndicalistes ». Pour Victor Serge, le syndicalisme classique est trop sage et veut simplement diminuer quelque peu les inégalités sociales. Quant à l’anarcho-syndicalisme, ce n’est qu’un beau rêve, puisqu’une société idéale serait supposée naître après une grève générale. De plus, une fois puissants, les syndicats sombrent dans le légalisme et n’ont plus envie de changer le monde. Bref, ils deviennent une institution faisant entièrement partie de la société qu’ils sont supposés combattre et ne servent qu’à faire émerger des classes d’ouvriers avantagés, « aussi conservateurs que les bourgeois tant honnis. »
Lorsqu’il quitte la prison, Viktor Lvovitch Kibaltchiche est expulsé de France et on le retrouve ouvrier typographe à Barcelone où il écrit dans la revue « Tierra y Libertad » (pour la première fois sous le pseudonyme de Victor Serge). En 1917 il aurait participé à une tentative de soulèvement anarchiste, puis il revient en France, où il est de nouveau emprisonné. Passionné par la révolution russe il sera libéré en 1919 (en réalité échangé avec d'autres prisonniers dans le cadre d'un accord franco-soviétique). Il gagne logiquement la Russie, qui apparaît alors comme le seul pays au monde à être à la pointe des réformes sociales. (voir son livre « Naissance de notre force »). Il adhère forcément au parti communiste russe, passant du coup de l'anarchisme au marxisme. Ses anciens camarades libertaires lui reprocheront ce revirement, ce qui l’amènera à défendre longuement sa position dans divers textes (où il insiste sur les erreurs des anarchistes russes et où il minimise la répression soviétique à leur encontre). Au sein du parti, il est successivement journaliste, traducteur, typographe, secrétaire...Il assiste aux congrès de l'Internationale communiste et collabore avec Zinoviev à l'Exécutif de l'Internationale. On retrouve sa plume dans la presse internationale et notamment dans L'Humanité. A ce stade, on peut donc dire qu’il contribue à permettre au parti communiste de noyauter toute la société soviétique.

Assez vite, cependant, ce trotskiste prévoit la dictature que va devenir le stalinisme et il la dénonce ouvertement. Rappelons qu’à cette époque la gauche française et bon nombre d’intellectuels idéalisaient le régime et la terre russes, où ils imaginaient l’émergence d’un nouveau paradis sur terre. Victor Serge a donc été un des premiers a lever un coin du voile et c’est assurément ce que personne ne lui a pardonné (ni en Russie ni en France). En 1928, il est exclu du PCUS et placé sous surveillance. Sa demande d’émigration est refusée. Condamné en 1933 à trois ans de déportation dans l'Oural, ses manuscrits sont saisis par le Guépéou.Là, il lui est impossible de travailler et il souffre de la faim avec son fils Vlady. En fait, il ne survit que grâce à l’aide de ses amis français et à l’argent de ses livres vendus à l’étranger. Une campagne internationale obtient finalement sa libération. On retrouve parmi ses soutiens Trotski et André Gide, mais c’est finalement grâce à une intervention personnelle de Romain Rolland auprès de Staline que Victor Serge sera libéré.

Banni d'URSS en 1936, il revient en France et en Belgique et dénonce (notamment dans le journal liégeois de gauche « La Wallonie ») les grands procès staliniens qui sont en train de se mettre en place. Mais c’est aussi l’époque de la guerre d’Espagne et là il réclame un rapprochement entre les anarchistes et les marxistes afin d’assurer la victoire contre Franco. On sait qu’il ne sera pas écouté et que la présence de certains communistes sur le terrain avait pour but essentiel de « liquider » les anarchistes (qui auraient pu faire de l’ombre au PC) et pas du tout de combattre les troupes fascistes.

La presse communiste critique sans arrêt Victor Serge, qui finit par se réfugier au Mexique en 1941 (il aura donc échappé aux deux guerres mondiales : en 14-18 il est incarcéré à cause de l’affaire de la bande à Bonnot et en 40-45 il est au Mexique). Il écrit alors ses derniers romans et ses mémoires. Il meurt dans le dénuement en 1947, dans des circonstances plus que suspectes (peut-être a-t-il succombé à une crise cardiaque, mais il a plus probablement été empoisonné par des agents soviétiques).

Dans son œuvre littéraire, Victor Serge a surtout défendu la liberté et critiqué le côté inhumain des démocraties (« Les Hommes dans la prison ») ou le totalitarisme soviétique (« L'Affaire Toulaev »). Dans ce dernier livre, il analyse la psychologie des dirigeants communistes quis'accusent de crimes qu'ils n'ont pas commis (en sachant que de toute façon ils seront condamnés à mort par Staline) dans l’espoir de sauvegarder le progrès du socialisme. Pour eux, mieux valait s’accuser que d’accuser le PC, qui avait représenté tous leurs espoirs à une certaine époque de leur vie.
Dans les « Mémoires d'un révolutionnaire (1901-1941) », il analyse le travail des services secrets et explique en quoi consiste la répression étatique. Dans « S'il est minuit dans le siècle », il dénonce les purges staliniennes.
Citons encore « Naissance de notre force » (sur la naissance de société russe après la révolution de 1917), « Vie et mort de Léon Trotski » et« Le nouvel impérialisme russe ». Dans un essai, « Soviets 1929 » (signé de Panaït Istrati mais écrit par Victor Serge), il dénonce la planification bureaucratique et le gaspillage qui en résulte. Son dernier roman, « Les années sans pardon » (posthume), raconte les doutes de deux agents secrets de l'Union soviétique, qui quittent leur service pour se réfugier au Mexique. 

*** 

Extraits

"L'avalanche roule sur nous, nous la voyons venir, nous ne pouvons rien. Nous sommes à l'âge des Etats, des machines, des masses, livrés à cette triple puissance qui nous enserre et peut, d'un instant à l'autre, nous broyer, nous broyer en masse... J'ai vu ces jours-ci des hommes blêmir de désespoir sous cet accablement. Ne rien pouvoir à pareille heure ! Ne rien pouvoir si demain... Aux hommes, aux femmes que cette angoisse-là étreint, on voudrait dire que notre nullité n'est pas si complète qu'elle le paraît ; que nous pouvons en réalité quelque chose de grand et pourrons davantage chaque jour ; que, pouvant, nous devons. Le moment est venu de faire appel à nous-mêmes - avec la certitude de travailler pour l'avenir. Quel que soit l'événement, il nous appartiendra d'y faire face en pleine conscience (...). De ne consentir à aucun aveuglement." « Retour à l’Ouest, chroniques (juin 1936-mai 1940), Agone, "Mémoires Sociales", p. 210.

***

Et voici un poème, écrit du temps de la déportation de l’auteur dans l’Oural :

Les femmes Kurdes en robes rouges, l'ânon cheminant dans la ruelle du Maydan,
Les couleurs du hasard, leurs fantasques sommeils, leurs réveils parmi les arabesques mouvantes du bazar,
les colliers de cuivre au cou des petites barbares, des petites Tartares
qui vendent des raisins mûrs et des poivrons ardents,
La vapeur des eaux brûlantes jaillissant des laves souterraines
pour les bains Orbéliani, payez trois roubles et soyez purs.
(...)

Mosquée bleue de Chah Abbas, couverte de rayonnantes faiences,
un captif inconnu marchait d'un pas allègre entre des sabres nus,
précédé d'une invisible espérance.
Ses espadrilles foulaient la poussière, elles eussent ainsi foulé les crêtes d'écume sur la mer.
Des fenêtres carrées de la prison du Métekh, les visages de laterre les plus proches du ciel
en apparence
pouvaient le voir partir,
partir et revenir.
"Pour un brasier dans un désert",

Plein chant, 1998, 252 pages.

***

Enfin, pour montrer que Victor Serge n’était pas qu’un théoricien révolutionnaire, mais aussi un grand écrivain, voici un extrait des « carnets » : Teotihuacan

27 juillet 1943. – Route sur le haut plateau, courant parmi de bonnes cultures (maïs). Ce pourrait être l’Europe centrale. Tous les horizons sont de montagnes grises ou bleutées au-dessus desquelles s’élèvent les amoncellements de nuages qu’un soleil violent transperce souvent.

Vues de loin les pyramides de Teotihuacan paraissent de hautes termitières aplaties au sommet, dominant la végétation basse. On approche sans éprouver d’émotion. Un petit musée à verrière, en brique rouge, du dernier mauvais goût, dépare le site. On débouche au pied de la pyramide du Soleil et cela devient une vision inexprimable. Les mots grandiose, écrasant, inhumain viennent pauvrement à l’esprit – ils ne disent rien, ce sont des mots d’Européens et nous sommes devant une conception du monde, une architecture jaillies d’une âme humaine différente de la nôtre, formée comme la nôtre par des millénaires, mais par d’autres millénaires. C’est une montagne strictement géométrique, donc strictement pensée, bâtie par des mains de travailleurs (et qui n’avaient aucun animal domestique, aucun moyen de transport sauf l’échine de l’homme; qui disposaient certainement toutefois d’un outillage de cordes et de treuils extrêmement ingénieux), bâtie en pierre volcanique. Documentation : hauteur, 60 m, côtés, longueur, 224 m, superficie de la base, 50.143 m2, volume approximatif, 1.300.000 m3. Excepté le dernier, ces chiffres n’expliquent en rien la vision. La hauteur modeste donne l’impression écrasante, inhumaine, par l’effet des pentes massives et des escaliers linéaires qui tracent un dessin pareil à une broderie en couleur unie sur la pierre. L’homme, sur ces degrés, n’est plus qu’un insecte.

J’ai eu le vertige avant d’atteindre la première des cinq ou six terrasses successives. Je me suis séparé de notre groupe et j’ai erré dans les constructions du bas. Architecture cyclopéenne. Les monticules sur lesquels on chemine contiennent d’autres ruines. Certaines murailles gardent un peu de couleur rouge. Çà et là, le sol est fait de plaques d’un antique ciment noirâtre. La pyramide entière devait être recouverte de ciment et peinte, probablement surtout en rouge. Alors, elle flambait au couchant, au lever du soleil, elle ardait à midi, pierre, feu, lignes nobles, pensée dominatrice comme sévérité nue. L’homme de ce monde ne devait pas compter beaucoup ni pour lui-même ni pour la société. Le symbole est celui d’une domination absolue de l’homme par la rigueur de l’univers et de la vision. Théocratie.

Dans la plaine, entre les ruines, croissent les nopals et ils atteignent deux mètres. Enchevêtrés, opulents, hérissés et déchirés d’épines, ils défendent contre le vide leur puissante chair végétale prisonnière de sa force. La plante parfaite, d’énergie combative, est finie : elle s’est donné ses propres limites, définitivement. Refusant d’être dévorée, elle est cruelle. Cuirassée d’épines, elle est sûre d’elle-même et puissante sur un sol aride, dans une roche volcanique. C’est tout. Entre cette plante et cette société disparue, communauté intérieure saisissante.

J’aperçois entre les nopals la pyramide de la Lune, couverte de verdure. C’est une colline aux formes régulières, elle transforme le paysage. La végétation la dépouille un peu de son caractère d’inhumanité humaine.

Pendant toute notre visite un énorme fragment d’arc-en-ciel flamboyant demeure planté à l’horizon comme un large cimeterre de feu léger où l’or, l’orange et le violet sont intenses.

« Carnets (1936-1947) » Agone, 2012, 864 pages. 

 

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Elodie Lemaire nous présente son roman "Sonate au clair de Lune"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Elodie Lemaire, vous la connaissez tous ! Elle est passée dans l'émission Actu-tv.net...

Blogueuse et chroniqueuse sur son site très suivi "LIMAGINARIA", elle propose également pour notre plus grand plaisir à ses lecteurs des textes imprégnés de créatures fantastiques et de sombres mystères. Elle nous propose aujourd'hui de découvrir son roman "Sérénade au clair de Lune" édité le 6 novembre de cette année aux Editions du Petit Caveau ! 

 

Petit résumé...

 

Un jour, ma sœur m’a proposé de partir avec elle en vacances à Paris.

Une manière d’oublier ma vie monotone et sans relief.

J’ai raté mon train, avant de descendre à un arrêt au hasard et être prise en charge par une famille d’excentriques habillés comme à Versailles.

Ils disaient vouloir m’aider, et que j’étais la bienvenue dans leur superbe demeure.

Au milieu du faste et des plaisirs, des mensonges et des cachotteries, je pénétrais sans le savoir dans la gueule du loup.

Un piège fait de dorures et de satin pour revêtir le magnifique corps de ce démon…

 

 

Un extrait !

 

Mon estomac se réveilla soudain à l’idée de nourriture à ingurgiter. Je n’avais rien mangé depuis le matin, et penser à quelque chose de chaud me tentait bien plus que les croissants secs au fond du panier.

Je ne me fis pas prier pour suivre la troupe jusqu’au rez-de-chaussée où, à mon grand désarroi, nous fut rapidement servit l’infâme soupe de la veille.

  • Mirabelle et Anaïs ne viennent pas ? fis-je en haussant un sourcil alors que je m’asseyais sur la même chaise que lors de mon premier repas.

  • Elles ne mangent jamais avec nous, m’informa Louise comme si c’était une évidence.

Je ne perdis pas mon temps à chercher le pourquoi du comment, après tout cela allait avec le reste du décor.

D’ailleurs, la scène faisait parfaitement écho à celle du soir précédent. Même convives, même disposition, même atmosphère fraîche et tamisée, et surtout même bouillie brune, tiède, en un mot : écoeurante. Cependant, faute de mieux, je ne commentai pas et me forçai à terminer mon plat.

Cette famille ne resterait pas dans l’histoire pour son bavardage lors des repas et c’est presque sans un mot que je montai rapidement me coucher. Mirabelle vint m’aider à enlever mes habits et paraissait exténuée. Elle repartit comme elle était venue, c'est-à-dire en silence. Je laissai faire. Après notre différend de l’après-midi, je ne pouvais pas lui en vouloir.

Elle me paraissait pourtant sympathique et je n’arrivais pas à la détester. J’imagine que l’on est facilement à fleur de peau lorsque l’on est fatigué. Et fatiguée, elle l’était assurément, vu les cernes sous ses yeux. Je les voyais même à la lueur des bougies de ma chambre, c’est dire !

Et pourtant, avec tous ces signaux, je ne m’inquiétais pas plus que ça. Je continuais de penser que ces filles étaient ici en visite, qu’elles connaissaient cette famille et que tout était normal. Malgré les sentiments contradictoires qui me traversaient l’esprit, je croyais toujours que je serais chez moi le lendemain, que je vivais simplement quelque chose d’un peu fou pour la première fois de ma vie et que cela prendrait fin bientôt.

Malgré tout cela, je persistais à ne pas voir venir ce qui serait bientôt la plus grande erreur de ma vie.

 

 

Comment acheter le roman :

 

http://www.editionsdupetitcaveau.com/produit/sonate-au-clair-de-lune-de-elodie-lemaire/

 

Infos site internet

Retrouvez-la sur Facebook sur ma page auteur : https://www.facebook.com/Audiematis/

Ou sur Twitter : @audiematia

 

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Un texte de Bob Le Belge !!

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Et vous, vous en pensez quoi ?

 

C’est un scandale ! Remarquez que je m’en doutais, ça ne pouvait pas se terminer autrement. Un vrai fiasco.

 

Je leur avais pourtant bien dit qu’il ne fallait pas s’entêter, que cela ne servirait à rien et que de toute façon les choses se poursuivraient de manière inexorable. Je l’ai dit, prévu, annoncé et comme d’habitude on ne m’a pas cru.

 

Hé bien tant pis pour eux et ce n’est pas ce petit truc qu’on vient de de découvrir qui va arranger les choses. Que du contraire.

 

On aura l’impression dans un premier temps que ça s’arrange, mais le répit sera de très courte durée car dès la reprise des évènements ça repartira de plus belle. Garanti !

 

Oui, oui… j’ai entendu parler de cette proposition, mais elle n’est pas réaliste. Vous rêvez là… on peut le refaire, le re-tenter, à la limite l’améliorer mais à quoi bon ? Je vous le demande les yeux dans les yeux : à quoi bon ? Et pour combien de temps ?

 

C’est trop tard. Il fallait y penser avant.

 

Et vous, vous en pensez quoi ?

 

Bob le Belge

 

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Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage

Publié le par christine brunet /aloys

Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage
Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage
Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage
Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage
Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage
Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage
Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage
Joël Godart nous présente "Entre deux rives", son nouvel ouvrage

Joël Godart nous convie à une promenade poétique dans les allées du Père Lachaise à Paris. Pour capter le regard de tous ces disparus, rendre à la vie ces visages de pierre  afin qu'ils nous parlent à nouveau, l'auteur a utilisé son objectif et tenté joindre ces deux mondes, en toute humilité, en toute discrétion. Puis il a dû s'effacer...

 

 

        «  Jeudi matin au Père Lachaise.                     

           Tout est silence autour de moi.

           J'ai très vite l'impression d'être

           entouré de lambeaux de vie qui

           flottent dans l'espace et parfois

           me traversent – comme si j'étais

           un être transparent. Tous ces morts

           qui essaient de me parler.

           Je me sens petit, très petit.

           Il est temps de regagner l'autre rive»

 

Joël Godart

Publié dans présentations, Poésie

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Gaëtan Faucer sous les feux... des Secrets de Polichinelle

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Toujours sous le charme de "L'héritage" de Gaëtan Faucer, il me fallait à tout prix en savoir davantage sur les deux acteurs de cette pièce. Ma galanterie naturelle a d'abord guidé mes pas vers Amandine Carlier, superbe dans le rôle d'Alex De Rochelle.


1) "L'héritage" n'est pas la première pièce de Gaëtan Faucer que tu joues...
- Non, en effet. J'ai joué et mis en scène "Sous le pont" en 2014 avec comme autre comédien Jean-Pierre Wallemacq, que vous connaissez. J'ai ensuite travaillé sur un monologue appelé "Chloé ou les origines du mâle" avec l'excellente comédienne Mailyse Hermans qui a été présenté au Fou Rire Théâtre en juin 2015. Et pour finir, "L'héritage" avec le talentueux Youri Garfinkiel joué à "L'Harmonium" et au théâtre de La Clarencière cette année.


2) Serais-tu sa comédienne fétiche ?
- Sincèrement, je n'y avais jamais pensé. Gaëtan a une imagination débordante donc il a pas mal de pièces à son actif et il donne la possibilité à plusieurs comédiens de pouvoir jouer ses pièces. Néanmoins, il est vrai qu'après cette troisième collaboration, je peux confirmer que c'est un réel plaisir de travailler avec lui. C'est quelqu'un sur qui on peut compter et qui se soucie du bien être de ses comédiens. Nous nous faisons confiance mutuellement ce qui facilite beaucoup de choses dans le travail. "... c'est très rare dans le milieu de l'art..." (réplique d'Alex dans "L'héritage").


3) Malgré ton jeune âge, tu as déjà une belle carrière... peux-tu nous la présenter en quelques mots ?
- J'ai terminé le Conservatoire Royal de Liège (appelé maintenant ESACT) en juin 2007. Lors de mon cursus, j'ai pu aborder des auteurs comme Frank Wedekind, Anton Tchékhov, Racine, Paul Claudel, Daniel Keene, Molière et Bertolt Brecht. J'ai également pu faire l'expérience du jeu farcesque, du théâtre pour jeune public et du jeu face caméra avec Olivier Gourmet. Je suis donc sortie de l'école avec beaucoup de bagages en main. J'aime me qualifier comme "comédienne tout-terrain". J'adore aborder différents styles, différents personnages avec différents comédiens et je m'adapte assez rapidement.
J'ai joué au Festival IN d'Avignon pour le spectacle "Anathème" de Jacques Delcuvellerie. J'ai eu l'occasion d'aborder le clown dans une trilogie théâtrale macabre. J'ai tourné dans des clips vidéos. Je me suis essayée à la comédie musicale dans le spectacle "Le cimetière des chansons" et j'ai également suivi un stage d'écriture de scénario pendant deux ans où j'ai eu l'occasion de réaliser un court-métrage (des vidéos sont visibles sur ma page comédien.be : http://www.comedien.be/amandinecarlier)


4) Quel est ton rêve "absolu" de comédienne ?
- D'abord un petit souhait... mon premier amour a toujours été le cinéma et ça le restera toujours. J'ai fait du théâtre pour faire du cinéma car pour moi ce sont des acteurs plus intéressants et plus chargés émotionnellement. Je voudrais tellement travailler dans ce domaine et prouver ce que je vaux. Il suffirait qu'un réalisateur me donne ma chance et là je vous promets que je vais tout casser ! (dans le bon sens du terme, bien sûr). Je parle aussi anglais donc il y a un désir de m'exporter vers le cinéma anglophone.
Mais mon rêve le plus fou, un peu naïf, j'avoue, serait de gagner l'Oscar de la meilleure actrice. Je regarde cette émission depuis que je suis toute petite. Je restais éveillée toute la nuit et je regardais la cérémonie, des étoiles plein les yeux.


5) Ton actualité ?
- Nous avons l'intention de continuer l'aventure "L'héritage" avec Jean-Pierre, Youri et Gaëtan, nous sommes occupés à préparer le plan d'attaque. Comme pour beaucoup de comédiens, je suis sur plusieurs projets qui sont encore en chantier mais je préfère ne pas en parler pour l'instant de peur qu'ils ne se réalisent pas. C'est une de mes nombreuses superstitions. Par contre, je peux vous dire que je vais prochainement m'initier au doublage pour ajouter une corde de plus à mon arc. Qui sait ? Peut-être que je serai une des voix françaises du prochain Pixar... c'est beau de rêver.

 

 

 

 

 

https://www.facebook.com/Secrets-de-polichinelle-340998346326951/

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Isabelle Grenez présente son roman "Le retour"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Née à Bruxelles en 1963, licenciée en droit, active dans le monde des assurances, mariée et mère de deux filles, Isabelle Grenez a toujours eu envie d’écrire. Elle a fait le pas aux portes de la cinquantaine, la femme prenant ainsi sa revanche sur l’adolescente qui n’aimait pas lire. Désir d’écrire, besoin d’écrire, d’inventer des histoires et de susciter des émotions ; au cœur de ses préoccupations, l’être humain et sa complexité. 

Auteure de romans et de nouvelles - Membre de l’Auberge littéraire ASBL à Waterloo.

 

RÉSUMÉ

 

Au cœur de cette histoire, deux sœurs que la vie a séparées. Deux sœurs très différentes l’une de l’autre. Olivia, artiste dans l’âme, a fui sa famille (en 1987) alors qu’elle avait à peine atteint l’âge de la majorité (21 ans à l’époque), pour aller vivre à Caracas (Venezuela). Ségolène, plus terre à terre, est restée à Bruxelles et a repris la pharmacie de ses parents. Depuis vingt-cinq ans (l’histoire se déroule en 2012), elles ont rompu tout contact et voici que Ségolène reçoit une lettre d’Olivia. Très perturbée, elle la lit, entrecoupant sa lecture de souvenirs et de réflexions. S’instaure ainsi entre les deux sœurs, une sorte de dialogue à distance. Dans sa lettre, Olivia explique pourquoi elle est partie comme une voleuse et n’est jamais revenue (drame familial), raconte ce qu’elle a vécu pendant ces vingt-cinq années, ce qu’elle est devenue (elle n’est pas devenue artiste peintre, mais enseigne dans une école sise dans les barrios de Caracas et a fondé un orphelinat) et pour finir, annonce son retour (son attachement à ses racines est matérialisé par un saule pleureur). Ségolène qui dans un premier temps refuse d’accueillir Olivia, se fait peu à peu à l’idée de la revoir et finalement, se surprend à l’attendre avec impatience. Olivia revient, mais les retrouvailles ne se passent pas du tout comme prévu ou espéré.

Ce retour va rapprocher Ségolène de sa sœur, bouleverser sa vie et l’amener à se remettre en question (elle a alors 44 - 45 ans). Au-delà de la mise en scène d’une relation complexe, nourrie de sentiments contradictoires, ce roman nous rappelle que notre personnalité est plurielle, que le destin n’existe pas et que notre vie est conditionnée autant par nos choix que par le hasard.

 

 

Extrait :

« L’avion a atterri. Je laisse mon magazine sur le banc à qui le voudra. Je me presse vers les portes que franchissent des voyageurs de plus en plus nombreux. Les premiers sont asiatiques, mais après de longues minutes, un autre flot de voyageurs fait son apparition. Certains s’expriment en allemand. Mon cœur tressaille. Il y a du monde et je n’ai pas assez de mes deux yeux pour dévisager tous ces inconnus. Nous n’avons pas convenu d’un signe distinctif. La reconnaîtrai-je ? J’essaye d’imaginer l’Olivia qui va passer la porte d’un moment à l’autre, flanquée d’un certain Simón dont j’ignore tout sinon qu’il joue de la harpe. Ça ressemble à quoi, un harpiste, quand il n’a pas son instrument ? Je les cherche du regard. Un couple arrive, scrute le comité d’accueil. Je regarde la femme. De longs cheveux sombres flottent sur ses épaules. Peut-être ses mèches brunes cachent-elles son oreille mutilée ? Olivia m’a prévenue, je ne dois pas me saisir. La femme plonge ses yeux marron dans les miens. Olivia ? C’est possible… pas sûr. Elle me regarde avec insistance. L’homme aussi me fixe. J’ai beau examiner les traits de sa compagne, je ne reconnais pas ma sœur. Ce peut-il qu’elle ait changé à ce point ? Et moi, suis-je si différente ? Le doute se lit sur son visage. Soudain, la femme fait un large sourire et tombe dans les bras d’une longue perche blonde qui surgit derrière moi et la presse contre elle de toutes ses forces. L’homme les observe, attendri. Je ne les intéresse plus. Le nombre des voyageurs s’amenuise progressivement. Olivia était-elle dans la queue de l’avion ? A-t-elle dû attendre sa valise ? Un homme passe la porte. Il a le type indien, porte un sac noir en bandoulière et tire une petite valise à roulettes. Il balaye le hall du regard et m’observe attentivement. Je ne l’ai jamais vu. Il avance  lentement dans ma direction. »

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Albert Niko nous propose de courts poèmes...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Pour Vincent

 

Je garde cette chaise devant moi comme quelque chose qui ne fume ni ne sourit, et chance lui est pareillement donnée d’égarer mon visage une fois que je serai parti. Je ne pourrais pas peindre.

J’ai vu assez de natures mortes comme ça.

Tout ce qu’ils ont fait de leur vie s’étale sous mes yeux.

Ces mots flottent entre nous, comme une mouche indécise.

 

*

Un nouveau jour

 

Pour ces heures lasses où croire est ce nouveau jour par la fenêtre, je descendrai un moment mon miroir le temps que le monde saute à l’intérieur, et de retour là-haut je le montrerai à ma fenêtre, et tous deux riront bien ensemble.

 

*

Le commerce de l’ombre

 

Je suis entré et j’ai traversé le magasin jusqu’au fond, où j’ai laissé l’ombre prendre mes mesures.

J’ai payé ce qu’il me coûtait en lumière, et l’ombre m’a tendu trente nouvelles années.

C’était des standard.

Je suis ressorti et j’ai commencé à mordre dedans.

Elles étaient à point.

 

*

Fleurs d’un jour

 

Ils rentrent tous deux de leur petit tour, les yeux pleins de ces sourires qu’ils ont reçus en chemin.

Chacun retire les yeux de l’autre et les dépose dans un vase avec un fond d’eau au centre de la table.

Avant de prendre place autour.

 

 

Albert Niko

Publié dans Poésie

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