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Christian Eychloma a lu "Le Camaret d'Achille" de Marie-Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

« Le Camaret d’Achille » de Marie-Noëlle Fargier

lu par Christian Eychloma


 

« Et pendant ce temps-là, Loire ignorante et douce,

Tu couleras toujours, passante accoutumée,

Dans la vallée heureuse où l’herbe vive pousse,

Ô Loire inépuisable et que j’avais aimée...

Loire qui ne sait rien de la souffrance humaine,

Ô Loire inaltérable et douce à toute enfance,

Ô toi qui ne sais pas l’émoi de la partance… »


 

Je devine votre réaction… Ces vers vous rappellent quelque chose mais avec un petit truc quelque part. Puis vous sursautez en réalisant qu’en remplaçant le nom du fleuve par le nom original (la Meuse), on retrouve bien un extrait d’un poème de Charles Péguy. Gagné !

En lisant « Le Camaret d’Achille », certains vers me sont en effet revenus en mémoire, car ils illustrent de façon si poétique le fait évident que, génération après génération, nous passons, alors que les paysages qui nous ont vu naître, grandir, aimer, mourir, demeurent par endroits presque inchangés. Les « chibottes », par exemple…

On réalise que l’univers ne nous est ni bienveillant ni hostile, mais simplement indifférent. Et qu’il nous appartient par conséquent, à nous, humains, lors de notre court passage, de nous efforcer de créer du sens dans un monde qui, considéré de façon purement objective, en est dépourvu. En commençant par nous respecter et nous aimer. Bon, ça s’appelle l’Humanisme.

Souvenons-nous un instant de « La Bukinê d’Anna ».

Sur les lieux-mêmes où s’érigeaient, il y a bien longtemps, la cité d’Hélios du peuple sédentaire aux cheveux couleur de soleil et le campement précaire de la tribu nomade aux toisons couleur de nuit, Noëlle Fargier nous entraîne cette fois dans l’histoire d’une famille s’étalant sur une période incluant les deux dernières guerres.

Peut-être pour montrer que les siècles s’écoulent mais que l’espèce humaine ne change pas dans sa nature profonde, on retrouve les trois sœurs du premier roman avec leur nom comme unique changement. Trois personnalités identiques à ce qu’elles étaient trois mille ans auparavant, jetées dans le tourbillon d’une nouvelle vie, dans un autre temps, avec ses joies et ses peines. Et l’on ne peut tout d’un coup s’empêcher de se demander : « pourquoi moi, ici et maintenant ? Qu’aurais-je fait à cette époque, dans les mêmes circonstances ? »

L’histoire d’une famille, disais-je. Une histoire qui, observée depuis quelque distance, pourrait en rappeler beaucoup d’autres. La première guerre, d’abord. Vous savez : « la der des der » ! Entre les deux, les difficultés de la vie, et l’influence d’un clergé abusant de son pouvoir sur les âmes simples. Intolérant, exerçant sa tyrannie sur la population des campagnes, avec le terrible destin du jeune Achille. Et la seconde, dix-neuf ans après. Mobilisation, séparations, enfermement interminable des prisonniers de guerre, occupation, résistance, arrestations, tortures, libération, exactions perpétrées par les résistants « de la dernière heure »…

Une histoire humaine, trop humaine.

 

CHRISTIAN EYCHLOMA

 

Publié dans Fiche de lecture

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Paul Maakad nous présente son recueil de poésies "Bouillonnement"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Biographie

 

Paul Maakad, 34 ans, est journaliste et travailleur humanitaire. De parents libanais, il a grandi en France après que la famille s’est installée à Paris pour fuir la guerre civile.

Depuis qu’il a atteint l’âge de raison, il a ressenti le besoin de comprendre ses origines et le pan Moyen-Oriental de son essence. Ce désir s’est matérialisé en 2008, lorsqu’il s’envola pour Beyrouth au Liban afin de suivre les cours de sciences politiques du monde arabe chez les jésuites pendant deux ans.

Il débuta ses activités journalistiques à 25 ans par des correspondances dans les colonnes de journaux locaux et français. C’est également durant cette période qu’il consigna dans un carnet ces premiers écrits – poèmes et questionnements métaphysiques.

Paul Maakad vit aujourd’hui entre Paris et le Moyen-Orient. Ce mouvement de balancier continuel entre Orient et Occident est devenu vital pour son équilibre.

Résumé :

 

Autour de trois grandes thématiques qui constituent l’épine dorsale de ses réflexions et questionnements sur la Vie – « Être », « Aimer », « Penser » –, l’auteur de ce premier recueil explore les méandres et tréfonds de son existence, en réaction – parfois vive et brutale – à la découverte d’une réalité dont il est issu : le Moyen-Orient.

 

Bouillonnement

 

 

 

Un bouillonnement au plus profond de moi, lancinant

N’a de cesse de se propager dans tout mon corps

Jusqu’à ne plus pouvoir être contenu

Par mon réceptacle de chair.

 

Un bouillonnement qui charrie avec lui

Une chaleur extraterrestre, inconnue

Non répertoriée par la physique

Frissonnante, électrique, glacée.

 

Ça y est, mes jambes commencent à balancer de haut en bas, de plus en plus rapidement

Essayant d’évacuer ce trop plein d’énergie qui a submergé tout mon corps d’un coup, sans

| prévenir.

 

Ça monte jusqu’à mon esprit, je suis dans un état d’urgence qui vire à l’extrême

Tandis que tout autour de moi

N’est que sérénité et calme d’une bibliothèque feutrée.

 

Je n’arrive plus à fixer mon attention, je ne dois d’arriver à écrire

Qu’à la volonté quasi salutaire

De relater le phénomène dont je suis l’objet

Avant qu’il ne soit trop déchaîné pour m’empêcher de rassembler mes forces dans la bataille

| de l’écriture.

 

Une mer déchaînée m’habite

Ses eaux se fracassent contre la haute falaise

De mon inquiétude mortelle.

Je suis en danger, je tremble, je n’arrive plus à me calmer

Il me semble que je suis condamné

Il me faut exorciser cette énergie de la peur finale

La faire taire

Lui laisser faire son œuvre.

 

Qu’elle passe, qu’elle transperce mon corps et mon âme

Que j’en finisse.

 

Mes poils se hérissent ; pourtant, aucune menace ne pointe

Apres la chaleur, le froid m’enveloppe de son manteau métallique

Manteau de la solitude ultime, métaphysique

Qu’aucune présence ne peut guérir.

 

Alors, je fais le vide dans ma tête

Je ferme les yeux, je me donne tout entier

Aux forces indomptables qui secouent mon être.

 

Une tempête, un ouragan impétueux de sensations gronde

Ne me laissant aucun répit, aucune trêve

Piétinant mes fondations, ébréchant mon armature

Jusqu’à la rendre frêle

Tel un château de cartes.

 

 

Une, deux, cinq, dix secondes, une minute

Je ne perçois plus le temps qui passe

Je m’accroche à ma seule certitude intouchable, indéfectible

Qu’aucun de ces ouragans ne sauraient ne serait-ce qu’effleurer.

 

Je sais que ça va passer, que ce « ça » n’aura pas raison de moi.

 

Comme il y a deux jours, un mois, un an

Mon moi est le terrain de jeux

De cette chose qui n’a pas de nom

Mais qui jamais n’y élit domicile

N’y installe campement.

 

Alors, fort de ce savoir

Dernier rempart avant ma démission

L’accalmie tant attendue éclot

Et le printemps bourgeonne à nouveau

Ne laissant derrière lui qu’une lassitude, douce et inoffensive

Presque volupté.

 

Publié dans présentations

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Marcel DesHauts nous présente son roman "Une poule sur un mur"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Biographie

 

Né il y a une petite soixantaine d’années, j’enseigne le droit et la gestion à des sections de techniciens supérieurs depuis quelques décennies à Epinal, dans les Vosges, montagne dont j’ai tiré mon nom d’auteur (DesHauts). J’ai mis toute la fantaisie de mon enseignement, notamment de droit fiscal, dans mon premier roman🙃 – Une Poule sur un Mur, Chloé des Lys Editions -, qui se déroule principalement dans le département, par pur chauvinisme. J’ai terminé un deuxième roman et le troisième est en route.

Le reste à savoir est ici : http://www.bandbsa.be/contes/interview/deshauts-interview.htm (une petite interview), là : deshauts.simplesite.com   (mon blog) et là : facebook.com/DesHauts 

Résumé :

 

La poule, c’est Jessica, Jess pour les intimes. Le Mur, c’est le mur Facebook de Jef, son ami. Il y commente toute sa vie. Ils se sont rencontrés à la fin d’une soirée costumée à la Souris Verte, à Epinal. Les ennuis ont commencé avec un cadavre dans les toilettes et parce que Simon, le père de Jef, se gominait à la Dapper Dan® et que Jess ressemblait à la caissière au regard bovin de The Big Lebowski, le film des frères Cohen.

Rythmé par des comptines enfantines, un douloureux passage à l’âge adulte avec des sms et des murs Facebook, plein de chewing-gums, un mezzé, des demi-sœurs, et même Sœur Sourire et l’indispensable psychologue de service.

Et une poule sur un mur.

 

Extrait :

Ce fut juste avant de sortir, en allant ramasser ma boule de billard, que je la vis, assise sur un radiateur dans le hall d’entrée. Je m’avançai près d’elle, alors qu’elle me toisait en mâchouillant ostensiblement son chewing-gum. A dix centimètres de son visage, je fis glisser mes lunettes sur le bout de mon nez en un geste Lebowskien. Ce que je vis me conforta : un visage carré, mais à la féminité affirmée, des yeux bleu franc magnifiés d’un subtil trait d’eye-liner, des cheveux blonds qui lui tombaient sur les épaules, une blouse rouge d’hôtesse de caisse sur un chemisier à raies blanches et bleues. C’était la copie conforme de la caissière du supermarché dans lequel le Dude achetait le lait entier indispensable à la confection du russe blanc qu’il affectionnait.

- Une apparition ?

- Mais encore ? ironisa-t-elle. 

- La caissière de The Big Lebowski, début du film, la même tenue, le même regard critique, et, si j’osais, la même fulgurante beauté.

- Essaie encore, tu m’intéresses.

- Mathilde Seigner dans Vénus beauté (institut) ?

- Mais j’y croyais moins.

- Toujours pas.

- Je donne ma langue au chat.

- Le service de nettoyage.

- A trois heures du matin ?

- Je fais un extra et je bosse à dix heures. Et je préfère nettoyer avant que ça se solidifie, dit-elle en jetant un regard dégoûté aux alentours.

- Comme je te comprends ! Je t’aiderais bien, mais je suis crevé ! Puis-je te demander un service ?

Elle accéléra la mastication, signe de perturbation.

- Rien d’exotique, hein ?

Je ris franchement :

- Non, rassure-toi J’ai passé la soirée à poser pour des selfies, cause à ma tenue du Dude. Tu vois ce que je veux dire ?

- Oui, dit-elle.

Mais je sentais bien qu’elle ne comprenait pas un traître mot à ce que je racontais.

- J’aimerais que tu me fasses l’honneur de poser avec moi ! osai-je, grandiloquent.

- Ah, ça, dit-elle, d’accord.

Elle posa un sourire forcé alors que je collais ma barbe de trois jours contre sa joue qui ruminait imperturbablement son chewing-gum.

- Il me faudrait ton prénom. Pour mon compte Facebook.

- Jessica.

- Avec Jessica, pour finir en apothéose une soirée mémorable. Ça te va comme légende ?

Elle fit une moue dégoûtée :

- J’ai beau m’enthousiasmer, dit-elle en épousant la salle du regard, je ne vois rien de mémorable aux alentours.

Publié dans présentations

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« Léonard ou les odonymes du cancer »de Philippe Couillaud lu par Marie-Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

« Léonard ou les odonymes du cancer »de Philippe Couillaud

lu par Marie-Noëlle Fargier


 

D’emblée je dirais que je ne conseille pas ce livre aux dévoreurs, pressés d’atteindre la fin pour aboutir au dénouement de l’intrigue.

« Léonard ou les odonymes du cancer » se lit lentement, se savoure. Ce roman épistolaire est truffé de figures de style dans une écriture paradoxalement sans fioriture et d’une poésie viscérale. Chaque phrase, monologue, lettre est un foisonnement de réflexions, de sensations, d’émotions avec seulement trois personnages Léonard, Astrid et celui que je nommerais « le messager ». Oui, il est l’interlude entre Léonard et Astrid. Au départ je le soupçonne être l’auteur lui-même, un rêveur où chaque foulée le long de la Garonne (personnage à elle seule) le relie à Léonard et Astrid.


 

- Te souviens-tu, fleuve de grand charroi, de nos jours de grande parlotte ? J’étais ce personnage-là, jetant sur le monde extérieur un regard absent, loin, très loin de ce qui semblait préoccuper les autres. Or les autres se démenaient dans des combats terribles…


 

Mais qui est-il ? La Garonne et son complice miment et préparent le lecteur aux états d’âme et charnels de Léonard et Astrid, ces deux amants séparés par la guerre d’Algérie. Astrid est enceinte. Philippe Couillaud sans pudeur et sans vulgarité évoque par chaque lettre du couple le manque de l’un et de l’autre autant sur le plan psychologique qu’intime. Comme si leurs appétits charnels suivaient l’évolution de cet autre personnage « la guerre » !

Léonard et Astrid ne sont pas un couple quelconque, l’un et l’autre s’interrogent, paraissent rebelles. Leurs lettres sont une remise en question permanente. Ils se confrontent, se réconfortent, se souviennent, se révoltent mais jamais ne se soumettent. Vont-ils être contaminés et se fondre dans la masse sous le poids des conditionnements ? Au début de la guerre, Léonard semble se complaire dans son rôle de « guerrier » mais…


 


 

  • Vois-tu, mon Léonard aimé, désiré jusqu’aux tréfonds des exigences du plaisir, je ne peux pactiser avec l’innommable. Je souffre de ton éloignement, bien sûr. Mais cela n’est rien à côté de ce que j’endure à travers ton adhésion à cette infamie.


 

Astrid quant à elle cherche à s’éloigner de ce conflit… Va-t-elle garder cet enfant ? Philippe Couillaud démontre l’impact de l’Histoire sur ce qui devrait être intouchable : la conviction, l’individualité, la dignité…

« Léonard ou les odonymes du cancer » ne se contente pas de dévoiler l’inavouable d’un couple séparé, il décrit avec force les horreurs de cette guerre pour laquelle les mots se taisent encore.


 

-La belle guerre que voilà, ma chère Astrid ! Oh, la jolie guerre ! Une sacrée garce avec laquelle les hommes convolent en justes noces de viande et de sang. La chair contenue dans les retenues du sexe revient en force, sort de ses gonds, étale au grand jour les miasmes de ses atomes dispersés. Une fois tenu en laisse par la mort, le corps croit en sa possible rédemption. Il espère se rédimer par le don du sang. Il ne peut que pourrir. La guerre pue. Je sens mauvais. J’empeste. Je sue. La peur me colle à la peau dont tous les pores expulsent à cadence forcée les relents de la chiasse.


 


 

J’imagine ce livre entre les mains d’un professeur de lettres, un professeur d’histoire tel un explorateur, avant de le transmettre aux jeunes générations afin que « Léonard ou les odonymes du cancer » soit une lettre pour préserver la paix ou tendre vers la Liberté.

 

Marie-Noëlle FARGIER

 

Publié dans Fiche de lecture

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Un repas d'anniversaire vu par François Beukels

Publié le par christine brunet /aloys

Un repas d'anniversaire vu par François Beukels
Un repas d'anniversaire vu par François Beukels

Publié dans l'invité d'Aloys

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Après l'interview donné à "Secrets de Polichinelle", voilà un extrait du Camaret d'ACHILLE, le nouveau roman de Marie-Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

Après l'interview donné à "Secrets de Polichinelle", voilà un extrait du Camaret d'ACHILLE, le nouveau roman de Marie-Noëlle Fargier
Après l'interview donné à "Secrets de Polichinelle", voilà un extrait du Camaret d'ACHILLE, le nouveau roman de Marie-Noëlle Fargier

Publié dans Textes

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Interview de Marie-Noëlle FARGIER par « Secrets de Polichinelle »

Publié le par christine brunet /aloys

Interview de Marie-Noëlle FARGIER par « Secrets de Polichinelle »
Interview de Marie-Noëlle FARGIER par « Secrets de Polichinelle »

 

Interview par « Secrets de Polichinelle »


 

Les titres de ses romans attisent la curiosité, il était donc temps de rencontrer Marie-Noëlle Fargier...


 

1) Peux-tu nous expliquer ce qu'est une "bukinê" et un "camaret" (Je connais "Les filles de Camaret", mais bon...) ?...

- Une "bukinê" est un mot d'origine grecque qui signifie une coquille de poisson, utilisée comme moyen de communication par les bergers (comme un sifflet). J'ai gardé ce moyen de communication dans mon roman. Dans mon histoire, la bukinê est le seul échange que peuvent avoir trois soeurs que la loi a séparées. Je voulais également traduire le son dans mon titre. Le son qui a une grande importance, d'une part pour la traversée du temps, "La bukinê d'Anna" se situe plus de mille ans avant Jésus-Christ, d'autre part, un de mes personnages principaux est musicienne. On retrouve la bukinê dans "Le Camaret d'Achille" (suite de "La bukinê d'Anna"). Cet objet est toujours là, retrouvé au pied d'une chibotte au 19ème siecle par une famille de Vals composée, elle aussi, de trois soeurs. Une rencontre va conduire l'une d'entre elles à vivre à Arlempdes, plus précisément dans un lieu-dit très proche de ce village "Le Camaret". Voilà pour répondre à ta question (eh oui, il y a plusieurs "Camaret" !)

2) "La bukinê d'Anna" est ton premier roman... tu viens de sortir un second, "Le Camaret d'Achille",... ils ont donc un lien...

- Comme je viens de le dire, un des liens est la bukinê, cet objet étrange qui a défié le temps (on voit bien que c'est une fiction !). D'autre part, on retrouve ces trois soeurs avec des noms différents mais des traits psychologiques identiques. D'une certaine façon, l'environnement, l'évolution, etc. auront-ils la mainmise sur leur comportement ou vont-elles garder ce qui fait leur différence, leur originalité, leur individualité ? Un autre lien capital est l'intrigue qui se déroule tout au long du roman. Des destins se croisent mais est-ce vraiment un hasard ? Des lieux se ressemblent (le Crouzas appelé la Cité d'Hélios dans "La bukinê d'Anna" et le Camp d'Antoune qui surplombe Arlempdes), des rêves étranges ou des visions, mais est-ce vraiment le hasard ? Sans quoi "Le Camaret d'Achille" peut être lu sans sa grande soeur "La bukinê d'Anna". Le changement d'époque, etc. m'a donné cette liberté.

3) "La bukinê d'Anna" est une réflexion sur la nature humaine... un roman qui frôle le fantastique, donc il est légitime de prendre une certaine liberté avec la réalité...

- Oui, "La bukinê d'Anna" est une réflexion sur la nature humaine. Je trouve intéressant de l'observer dans ce qu'on appelle "son évolution" et avec toujours les mêmes questionnements, quelle que soit l'époque. Cette nature humaine fidèle à la pyramide de Maslow où parfois les besoins sont perturbés et renversent la pyramide. C'est peut-être là le côté "fantastique" de mes romans. J'utilise le rêve, l'illusion pour les cartésiens et le reste au bon vouloir du lecteur. Mon roman "La bukinê d'Anna" a été dénoncé parce que, à l'instar d'Albert Boudon Lashermes, j'ai fait des chibottes un lieu d'habitation. Quelle impertinence ! Je ris, car oui, je suis romancière...

4) Déjà de nouveaux projets ?...

- Si les Dieux le veulent... oui, la suite va voir le jour avec encore plus de liberté puisque le côté fantastique va prédominer. Un conte pour enfants est en cours...

5) Sur une île déserte, quels sont les 7 (chiffre magique) livres que tu emporterais ?...

- Si j'étais sur une île déserte, j'amènerais Troyat (j'adore son univers), Baudelaire, Verlaine pour la musique de leurs mots. Zola pour me rappeler que la vie en société n'est pas si rose et une île déserte n'est pas si mal, un livre de photos avec des paysages, la faune, la flore et les grandes oeuvres humaines d'architectes, de peintres, etc. pour ne pas oublier que l'homme peut être extraordinaire. Et puis un livre de chansons pour continuer à chanter et enfin un livre aux pages blanches pour écrire. Pour le chiffre 7, j'aime la magie 

 

Publié dans interview

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"Prends un gâteau", un texte qui fait suite à "Bouddha"... signé ALBERT NIKO

Publié le par christine brunet /aloys

 

prends un gâteau !

 

J’ai longtemps pratiqué l’ennui pour ce que je ne faisais pas m’était plus supportable que ce qu’ils faisaient : avec une voiture, avec un aspirateur ou une tondeuse à gazon. Ce qu’ils faisaient d’un dimanche après-midi, d’une caravane ou d’une nappe de table ; avec la photo d’un nouveau-né ou d’un oncle mort une semaine auparavant.

Pour ce qu’ils faisaient de leurs vacances était ce qu’ils faisaient d’un melon.

Et ce qu’ils faisaient du soleil était ce qu’ils faisaient avec un parasol.

Et alors qu’ils mordaient dans leur été, j’allais m’asseoir sur une grosse pierre jouxtant la maison d’où je voyais ce chien se gratter continuellement l’arrière-train contre un bosquet. Et je marchais autour de ce roc comme une poule dans son enclos.

Parfois, je prenais ma bicyclette pour aller un kilomètre plus loin, voir une tante qui gardait des biscuits dans une boîte en fer, et j’avais à peine terminé d’en manger un qu’ils m’invitaient, jusqu’à se répéter, à en prendre un nouveau.

 

ALBERT NIKO

 

 

Publié dans Textes

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Quand ACTU-tv parle des grands auteurs belges... Emile Verhaeren Une chronique de Marc Quaghebeur. Un texte de Jean François Foulon

Publié le par christine brunet /aloys

 

Emile Verhaeren, poète flamand d’expression française est né à Saint-Amand(province d'Anvers) en 1855 et mort (accidentellement) à Rouen le 27 novembre 1916. Il a vécu dans une famille aisée, où on s’exprimait en français, tandis qu’à l’école ou dans son village, on parlait le flamand (voir mon article sur Marie Gevers, chez qui on retrouvait les mêmes caractéristiques, Marie qui avait d’ailleurs reçu les encouragements de Verhaeren à ses débuts). Il a fréquenté l'internat francophone Sainte-Barbe à Gand, puis a étudié le droit à l'université catholique de Louvain. Dans cette ville, il côtoie quelques-uns des écrivains qui animaient La Jeune Belgique, tandis qu’à Bruxelles il fréquente le salon de l’écrivain socialiste Edmond Picard, ce qui le familiarise avec l’avant-garde littéraire.

Il décide alors de renoncer à une carrière juridique et se consacre intégralement à l’écriture. Il publie des poèmes dans différentes revues (L'Art moderne, La Jeune Belgique). Son premier recueil, Les Flamandes sort en 1883 (ce sont des poèmes plutôt réalistes et même naturalistes). Comme on pouvait s’y attendre, l’ouvrage fut bien accueilli par l'avant-garde, mais fit carrément scandale dans sa région. On dit même que ses parents essayèrent d'acheter la totalité du tirage afin de le détruire et que le curé du village leur donna son appui. L’avantage de tout ce désordre, c’est que le jeune Verhaeren fut rapidement connu et reconnu. 

Il publie ensuite des poèmes plutôt symbolistes :Les Moines, Les Soirs, Les Débâcles et Les Flambeaux noirs. Il épouse Marthe Massin et exprime son amour dans trois recueils (Les Heures claires, Les Heures d'après-midi et Les Heures du soir.)

Il s’intéresse ensuite aux questions sociales (articles et poèmes dans la presse libertaire). Les recueils suivants sont essentiellement dominés par deux thèmes : l'atmosphère des grandes villes et la vie à la campagne : Les Villes tentaculaires (sans doute son ouvrage le plus connu), Les Campagnes hallucinées, Les Villages illusoires. 

Il devient célèbre et est traduit dans plusieurs langues. C’est l’époque où il se met à voyager et fait des conférences dans toute l’Europe, tout en étant admiré par des peintres et des écrivains de premier plan (Seurat, Signac, Rodin, Degas, Maeterlinck, Mallarmé, Gide, Rilke,Zweig). Le roi Albert Ier le proclame poète national et en 1911, il rate de peu le prix Nobel de Littérature.

Pendant la grande Guerre, Verhaeren se réfugia en Angleterre où il écrivit des poèmes pacifistes. Dans ses conférences, il insista beaucoup sur la nécessité de renforcer l'amitié entre la France, la Belgique et le Royaume-Uni. Fin 1916, après avoir donné une dernière conférence à Rouen, il meurt dans la gare de cette ville, poussé accidentellement par la foule sous les roues d'un train. Il n’avait que soixante et un ans. Il fut question de l’enterrer au Panthéon, mais la famille refusa. Son corps repose finalement près d’une boucle de l’Escaut dans son village natal de Saint-Amand.

Il convient également de souligne qu’entre 1899 et 1914, Verhaeren a séjourné à Roisin (dans le Haut-Pays), à une trentaine de kilomètres de Mons, près de Quiévrain. Il résidait dans une ferme-auberge au « Caillou-qui-Bique » et retrouvait là le calme nécessaire à son inspiration. C’est la veuve de George Rodenbach, Anna, originaire du Borinage, qui avait fait découvrir la région à Emile Verhaeren et à son épouse Marthe. Le grand Stefan Zweig (écrivain renommé, ami et traducteur de Verhaeren en langue allemande) a fait lui-même cinq séjours à Roisin. Et ce n’est pas le seul hôte de marque à venir rencontrer notre poète dans son refuge champêtre. Des écrivains, des peintres, des intellectuels, ont défilé chez les Verhaeren , notamment Constantin Meunier et Jules Destrée.

Pendant la guerre, la maison de Roisin est touchée par une bombe et brûle en partie. Reconstruite par après, c’est la veuve de Verhaeren qui reconstitue le bureau du poète avec des objets qu’il aimait. Aujourd’hui, sur le site provincial du « Caillou-qui-Bique », se trouve l’Espace muséal Emile Verhaeren.

***

Penchons-nous maintenant sur son œuvre littéraire. Influencé par le symbolisme, Verhaeren pratique le vers libre. Son penchant pour les problèmes sociaux (il est proche de l'anarchisme) lui fait évoquer les grandes villes. Il en parle avec lyrisme, dans des poèmes d'une grande musicalité qui savent mettre l’accent sur la beauté de l'effort humain. Mais notre poète a d’abord été sensible à la beauté de la nature et de la campagne profonde.

Voici le poème « La vachère » (extrait du recueil « Les Flamandes ») dont je propose une lecture :

Le mouchoir sur la nuque et la jupe lâchée,
Dès l’aube, elle est venue au pacage, de loin ;
Mais sommeillante encore, elle s’est recouchée,
Là sous les arbres, dans un coin.

Aussitôt elle dort, bouche ouverte et ronflante ;
Le gazon monte, autour du front et des pieds nus ;
Les bras sont repliés de façon nonchalante,
Et les mouches rôdent dessus.

Les insectes de l’herbe, amis de chaleur douce
Et de sol attiédi, s’en viennent, à vol lent,
Se blottir, par essaims, sous la couche de mousse,
Qu’elle réchauffe en s’étalant.

Quelquefois, elle fait un geste gauche, à vide,
Effarouche autour d’elle un murmure ameuté
D’abeilles ; mais bientôt, de somme encore avide,
Se tourne de l’autre côté.

Le pacage, de sa flore lourde et charnelle,
Encadre la dormeuse à souhait : comme en lui,
La pesante lenteur des boeufs s’incarne en elle
Et leur paix lourde en son oeil luit.

La force, bossuant de noeuds le tronc des chênes,
Avec le sang éclate en son corps tout entier :
Ses cheveux sont plus blonds que l’orge dans les plaines
Et les sables dans le sentier.

Ses mains sont de rougeur crue et rèche ; la sève
Qui roule, à flots de feu, dans ses membres hâlés,
Bat sa gorge, la gonfle, et, lente, la soulève
Comme les vents lèvent les blés.

Cette jeune fille libre (la jupe lâchée) qui dort, bouche ouverte, offerte au regard du lecteur, a quelque chose de sensuel. Elle est littéralement immergée dans la nature qui l‘entoure (Le gazon monte, autour du front et des pieds). Les termes « Les pieds nus » doivent être vus comme une litote, comme dans le conte de Cendrillon, où la nudité partielle suggère subtilement une autre nudité, plus intégrale. 
Le poème n’est pas érotique, non, mais devient tout doucement voluptueux. Les bras repliés de façon nonchalante suggèrent l’abandon. Le lecteur est donc troublé devant cette fille endormie qui laisse parler son corps avec naturel.
Des mouches rodent tout autour (on est à la campagne, on le dit clairement et même crûment). La jeune fille réchauffe avec son corps la mousse sur laquelle elle est couchée, ce qui attire d’autres insectes. Les termes « chaleur douce » et « sol attiédi » renvoient eux aussi à une sensualité charnelle subtilement exprimée. La jeune paysanne écarte parfois les insectes importuns qui la frôlent (importuns comme le regard lascif des hommes sur son corps abandonné au sommeil), mais c’est pour se rendormir aussitôt (et s’offrir à nouveau sans retenue). 
La nature autour d’elle est également teintée du même érotisme (« sa flore lourde et charnelle ») tandis qu’inversement le corps de la jeune fille peut être comparé à « La pesante lenteur des bœufs ». Il y a donc quelque chose d’animal en elle, de primitif, de peu policé, quelque chose qui renvoie à une nature fondamentale, charnelle, et éloignée des conventions bienséantes de la société.
Cette comparaison avec la nature se poursuit à la strophe suivante. La sève, cette force « bossuant de noeuds le tronc des chênes » est comparable au sang qui anime le corps de la vachère. Le terme « bossuant » renvoie par ailleurs sans le dire à la poitrine proéminente de la jeune fille. Pour le reste, l’assimilation est totale : se cheveux sont « plus blonds que l’orge dans les plaines et les sables dans le sentier ».
Du champ où repose la dormeuse, le regard s’étend donc maintenant à la grande plaine flamande tout entière. Ensuite, le poète emploie le terme « sève » pour désigner le sang de la belle endormie (on ne l’imagine pas autrement que belle et terriblement désirable). Cette sève « roule, à flots de feu », ce qui souligne la jeunesse impétueuse de la jeune fille et le feu du désir qui doit l’animer dans son sommeil. 
Ses membres sont « hâlés », comme il se doit chez une personne qui vit en permanence au grand air et en contact avec la nature (le titre « la vachère » avait déjà indiqué la proximité qui existe entre cette fille et les animaux qu’elle est supposée garder). Enfin, le poème se termine de manière plus explicite encore en décrivant ce sang qui gonfle les seins et les soulève au rythme lent de la respiration. Une dernière comparaison « Comme les vents lèvent les blés » inscrit définitivement la dormeuse au corps si désirable dans le cadre plus vaste de l’immense nature.
Bref, on pourrait dire que les paysages ressemblent aux êtres vivants et inversement. On a donc bien ici un poème naturaliste, très concret, très réaliste, mais où tout est dit subtilement, sans la moindre vulgarité et sans aucune obscénité. Cette jeune fille abandonnée dans son sommeil est désirable et elle est comme l’âme de la plaine qui l’entoure, plaine féconde par ailleurs. Endormie, elle frémit d’une sorte de désir universel.
 

 

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Une interview de Christine Brunet pour "Les secrets de Polichinelle"

Publié le par christine brunet /aloys

Si l'année 2017 a été fort chargée pour Christine Brunet, l'année 2018 ne s'annonce pas moins riche en activités diverses pour l'auteure/présentatrice...


1) L'année 2017 s'est terminée avec une "grande dis" pour toi... Le blog "Legere/Imaginare/Peregrinare" (Cathie Louvet) place ton roman "Convergences" en deuxième position dans le classement des thrillers d l'année... et Bob Boutique obtient la troisième place avec "2401"...
- Petite erreur de classement : Bob deuxième avec "2401" et moi, troisième avec "Convergences"... Super cool. Cathie Louvet, c'est une super blogueuse très impliquée auprès des auteurs, une passionnée qui chronique également pour "Zonelivres", etc. etc. et... qui est également auteure !


2) Ainsi Actu-Tv change sa programmation... 3 émissions tous les deux mois ! En qualité de présentatrice, c'est un surcroît de travail, non ?...
- ... Oui et non... Moins de raccords mais je dois être plus dispo. Pas grave, c'est toujours du plaisir et de la découverte ! Et puis l'émission va être plus dynamique et ça, c'est bien !


3) Tu sors des romans à une cadence infernale, comment fais-tu ?...
- ... Infernale ? Non... Un par an... Certains auteurs de thrillers en sortent deux comme Chattam par exemple. J'en sors un lorsqu'il est prêt, lorsque j'en suis "contente". Je suis chanceuse, mes lecteurs sont toujours à l'affût. Pour le prochain, ce pourra être début 2019... ou fin 2018 pour Noël si j'y arrive. Mais je ne veux pas me mettre la pression : pas question de bâcler mon bouquin !


4) Que prépares-tu en ce moment ?...
- Deux thrillers... Voilà pourquoi ça prend plus de temps... L'un avec mon héroïne légiste et l'autre avec Axelle. Et puis, j'ai une autre idée... Mais là...


5) Sur une île déserte, quels sont les 7 (chiffre magique) livres que btu emporterais ?...
- "Le Comte de Monte-Cristo" et "Les Trois Mousquetaires" d'A. Dumas, "Le bouchon de cristal" de M. Leblanc, "L'eau des collines" de M. Pagnol, "Le Seigneur des Anneaux" de Tolkien, "Chaos" de B. Boutique, "Dracula" de B. Stoker. Mais je demanderais une petite rallonge... 7 livres, c'est peu !

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