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Dernier texte... Vote sur ce post... Vous avez jusqu'à 20h pour voter ! Résultats ce soir 21h...

Publié le par christine brunet /aloys

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Les quatre-vingt ans de mamie Rose.

Au cours du succulent repas, les rires fusent. On attend avec impatience le gâteau de mamie Rose mais cette dernière s’est éclipsée ? On l’appelle. On la cherche dans toutes les pièces, en vain.
— Maman est peut-être dehors, suggère Anne, la cadette.
— Que ferait-elle dans le jardin alors qu’il fait déjà nuit ? rétorque Paul, un des jumeaux.
— Avec son étrange peur, pour ne pas dire sa phobie, de fêter ses anniversaires, maman a sans doute eu besoin de s’isoler avant de souffler ses bougies. Tout à l’heure, en nous voyant tous arriver à l’improviste, elle a failli s’évanouir. Depuis, elle fait la tête comme si on venait d’enterrer l’un de nous. C’est à nous dégoûter de lui faire une surprise ! Je vais voir dans la cour, dit Marie l’aînée.
À peine est-elle sortie, qu’elle crie «au secours !». Tout le monde accourt. La faible lumière du perron laisse entrevoir une faille de plus d’un mètre de large qui s’est ouverte au seuil de la maison. Marie a les pieds et une partie du corps dans le vide. Ses mains glissent. Jean attrape sa sœur avec poigne. Il la tire hors du trou béant puis il va chercher la lampe torche dans le cellier. Tandis que des «mamie Rose !» résonnent, le vif éclairage révèle un sol zébré de fissures. Une chaussure abandonnée de l’octogénaire fait penser au pire. De discrets mais incessants craquements se font entendre. Un arbre s’écroule, avant d’être avalé par la terre morcelée qui a sans doute déjà digéré l’aïeule. Effrayés, tous les membres de la famille se réfugient à l’intérieur. Les murs se mettent alors à bouger. Un cadre tombe. Plus aucun téléphone ne fonctionnent. Anne allume la télévision. Ce serait-il produit quelque chose pendant qu’ils faisaient la fête ? Pourtant, aucun flash spécial n’est diffusé. 
Soudain ! De grands cris de frayeur s’élèvent. Le courant vient de se couper et la lampe torche montre des signes de faiblesse. Jean garde son calme. Il descend à la cave où les bougies sont rangées.
— Et si ?
— Tais-toi Anne ! ordonne Marie en grimaçant à cause d’une contusion à la jambe. 
Jean est long, trop long. Denise, sa femme, panique. Marie tente de rassurer sa belle-sœur. Des enfants pleurent. Les adultes prostrés chuchotent « Et si mamie Rose leur avait menti ! »
Jean revient enfin. Il chancèle. Il jette des bougies sur la table. Il sent l’alcool. Il a bu. Il s’installe dans le fauteuil où il continue de vider une bouteille de vieille prune. Des lueurs dévoilent des murs et un plafond lézardés. Une eau noire suinte un peu partout. L’air devient glacial. Jean est dans un état semi-comateux. Au lieu de répondre aux questions, il laisse échapper un interminable rire nerveux. La panique monte. Certains se serrent en se disant des mots d’amour, comme s’ils pouvaient être les derniers. Mais « chut ! », il ne faut pas effrayer les plus jeunes.
Paul décide d’aller voir dans la cave. Il remonte blême et tremblant. Le verdict tombe :
— Au lieu d’écouter papa, nous l’avons fait interner. Le visage maléfique du mur de la cave existe bel et bien. Il est réapparu et il m’a parlé, dit Paul d’une voix chevrotante.
— Et je peux vous dire que ce qu’il raconte est effrayant. N'est-ce pas Paul ? dit Jean.
— Oui. Et vous avez tous le droit de savoir. À trente ans, après la découverte de sa stérilité, maman a donné son âme pour guérir et nous avoir. Elle ne devait jamais fêter son anniversaire avec ses quatre enfants réunis, sous peine d’entraîner la mort de tous ses descendants. C’est pour cette raison qu’elle s’arrangeait toujours pour partir en vacances ou pour être soi-disant malade à cette date.
— Ou pour se fâcher avec l’un d’entre nous, ajoute Jean. Je n’aurais pas du venir aujourd’hui mais une voix m’a soufflée : «Ta maman est malade et affaiblie. Sa mort est proche. Va fêter ses quatre-vingt ans et pardonne-lui !». Ce qui arrive ce soir est de ma faute.
— Non Jean ! C’est le diable qui t’a piégé. Il y a dix ans, quand il a fait des révélations à papa, il a procédé de même. Comme Maman n’avait pas le droit d’avouer ce pacte, pour ne pas signer notre arrêt de mort, elle a accusé papa de folie. Cela a été une peine supplémentaire infligée par le démon.
— Alors, je pense que le diable ne doit pas être étranger à cette idée de repas d’anniversaire qui m’est soudainement venue, dit Anne au bord de l’évanouissement.
— Vous racontez n’importe quoi, rétorque Marie. Le diable n’existe pas. Nous allons vivre.
Aussitôt, un rire maléfique et une fumée noire monte de la cave.

Le lendemain, le facteur a découvert l’effondrement partiel de la ferme. Le corps de mamie Lucienne n’a jamais été retrouvé. Seules les dépouilles de ses descendants ont été découvertes.
Papy Guy avait toujours été saint d’esprit mais cette tragédie lui a finalement fait perdre la raison. Les belles-filles et les beaux-fils, rescapés de ce funeste repas de famille, ont subit le même sort.
 

Publié dans concours

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Texte N°5 Concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

LES DEUX MAMIES

 

 

Gabrielle s'est levée très tôt. Après sa toilette, elle a passé plusieurs heures à cuisiner. Elle s'est appliquée pour évider et épépiner les tomates des gamins, et pour paner les escalopes de veau qu'elle leur destine. À dix heures et demie, Monique, la mère de son beau-fils, arrive chez elle avec sa petite valise et un gâteau fait maison. Monique a horreur de conduire le soir, elle a donc prévu de loger chez Gabrielle. Il est près de midi quand les deux femmes terminent de dresser la table. Assise dans un fauteuil, Gabrielle attend la famille. Elle se réjouit de les revoir tous, surtout Corentin et Damien, ses deux petits-fils. Elle brûle d'impatience, se lève et va vérifier que rien ne manque. Elle a pensé à tout : à la salière, au poivrier, aux petits beurriers, aux bougies, aux deux verres décorés de Schtroumpfs. Elle a mis de délicieux vins blancs au frais. Un instant, elle perd pied : elle a oublié de rafraîchir les sodas pour les garçons ! Elle pallie cet oubli. Elle regarde l’heure : midi vingt. Ils ne vont plus tarder...

Avant de se rasseoir, elle jette un regard au miroir. Son chignon et son léger maquillage sont impeccables. Corentin adore sa coiffure, il dit qu'elle la fait ressembler un peu à une princesse. Elle s'observe encore et constate amèrement qu'elle a pris des rides depuis le décès de Michel, son époux. Comme Michel lui manque, lui qui est décédé il y a presque un an !

Son fils et sa belle-fille arrivent. Les deux petits ne viendront pas ce dimanche, car ils ont une réunion importante chez les scouts. Mais Juliette et Caroline, les aînées, vont suivre accompagnées de leur amoureux. Le nombre de couverts ne changera pas. C'est pour cela qu'on n'a pas pris la peine de la prévenir de l'absence des deux garçons. Gabrielle est déçue, des larmes qui lui montent aux yeux. Elle n'a pas vu grandir ses petits-fils ! Plus ils avancent en âge, moins elle les voit. À dix et onze ans, ils ont déjà des activités qui leur sont propres. Ils prennent leur indépendance. Ils n'ont plus besoin qu'on les conduise à l'école et qu'on surveille leurs devoirs. D'ailleurs qu'ont-ils encore à faire de ses câlins ? Qu'ont-ils à faire de sa mousse aux deux chocolats ?

On sonne de nouveau. C'est sa fille et son mari. Enfin les derniers se manifestent ! On passe à table. Gabrielle prend place au plus près de la cuisine. On échange des banalités. Son gendre se charge de servir le champagne. Gabrielle et Monique vont chercher les verrines préparées avec amour.

On bavarde. On parle vacances, voyages, restaurants, cinéma, mode, placements, sports, politique. Quasiment pas un mot au sujet de Michel si ce n'est pour évoquer ses talents de bricoleur et rien à propos des deux petits qui sont absents. Gabrielle, qui a le cœur lourd, n'avait pensé que cuisine savoureuse, ambiance chaleureuse, cajoleries aux deux gamins.

L'heure est au dessert. En sortant le gâteau et la mousse aux deux chocolats du frigo, Gabrielle retrouve les plats qu'elle avait préparés pour les deux gamins. Elle a passé tant d'heures pour plaire à tout le monde… Était-ce bien indispensable ?

Bientôt, il ne reste que Monique qui l'aide à remettre de l'ordre dans l'appartement.

Le lendemain midi, nos deux mamies se régaleront des tomates aux crevettes et escalopes panées.

Publié dans concours

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Texte n°4 concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

Treize ou quatorze ?


 

Traditionnel dîner d'anniversaire aux Délices du Terroir. Trente-cinq ans, cela se fête. J'ai invité ma sœur, mon frère aîné, son épouse et leurs jumelles de dix ans, Lise et Manon, mon oncle et ma tante, mon cousin et sa fiancée, mes parents et ma grand-mère. Je n'ai pas invité Luc. Pourquoi l'aurais-je invité ? Après plus de dix ans de vie commune, nous avons décidé de mettre durant quelques mois notre relation entre parenthèses. Il continue de vivre dans notre maison et j'ai posé mes valises chez une copine. Je ne supportais plus de le voir sacrifier notre vie de couple à son travail. Ma vie sentimentale était devenue un long, si long fleuve trop tranquille.

J'arrive au restaurant et je suis la première. J'ai réservé la salle du fond, celle qui permet une certaine intimité. Oh surprise la table est dressée pour quatorze ! J'interroge la patronne, elle bredouille : "Hum…Il y a des gens superstitieux, paraît-il… Votre sœur a pensé à eux… Ce serait dommage de gâcher la fête." Est-ce le subterfuge imaginé par Caroline, ma frivole sœur, pour inviter un nouveau copain ? Déjà, mon cousin arrive et je n'ai pas le temps d'approfondir la question. Progressivement les autres invités nous rejoignent. Ma sœur me glisse à l'oreille : "Je me suis permis d'inviter une personne de plus pour éviter que vous soyons treize à table. Tu connais, Maman elle est tellement superstitieuse !"

C'est alors que Luc entre... Il vient vers moi. Il semble embarrassé. Il dit juste d'une voix fêlée : "C'est ta sœur qui m'a invité… J'ai accepté…Bon anniversaire, Val !" Il pose un baiser sur ma joue. Je souris, il m'a manqué comme nos petits déjeuners bavards et nos fous rires d'amoureux complices … Pourquoi ne pas nous accorder une deuxième chance ?

Ma sœur a pris les choses en main. Décidemment elle en fera toujours à sa tête : elle a décidé de la place que chaque personne occupera à table. C'est ainsi que Luc se retrouve assis entre elle et moi. Comme à son habitude, Luc est bavard et jovial. Le potage terminé, je me penche pour prendre un mouchoir dans mon sac. Je vois le pied de ma sœur qui cherche celui de Luc. Je remarque que Luc le repousse… Lorsque je me redresse, mon regard croise un instant celui de ma sœur ! Elle rougit… D'un coup me reviennent en mémoire quantité d'incidents anciens : la vieille théière cassée soi-disant par moi, le baiser volé de Caroline à mon premier amoureux,... Je n'hésite pas une seconde. Je crie : "Ça suffit, Caroline ! Pars tout de suite ! Je ne veux plus te voir ! " Elle bafouille un minable : "Pourquoi ?" Papa intervient : "Allez du calme, les filles…" Des paroles qui tombent à plat comme de coutume. Je me lève, je désigne la sortie du doigt. "Caroline, tu pars immédiatement ! "

Elle se lève en renversant sa chaise et quitte la salle. Quelques instants plus tard, on entend le crissement des pneus d'une voiture sur le gravier du parking.

C'est à ce moment-là que la patronne entre dans la salle et me demande discrètement : "Pouvons-nous servir la suite, Madame ?" J'acquiesce. Le repas se poursuit dans le bourdonnement de conversations banales. Seul indice d'un souci passé, la chaise de Caroline qui reste vide.…

 

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Texte n°3 Concours pour les Petites papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

Un repas de famille

Ils sont tous là, dans le salon où on les a priés de boire le champagne entre eux. Henri-Pierre ne descendra que pour passer à table. Après tout, 93 ans, ça se fête mais à son rythme. Autant que ça reste une fête.

C’en est une pour les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants en tout cas. Les pièces rapportées, comme le suggère la légende qui a souvent raison dans ces situations, se demandent avec plus ou moins de discrétion s’il y aura encore un 94ème anniversaire. « En bien, » dit Eve-Lucille en descendant sa troisième flute, les joues d’un rouge heureux, « si c’est le cas on se consolera avec le champagne ». « Se consoler ? » Marie-Odette, sa belle-sœur, a un zeste de reproche horrifié dans la voix mais le regard complice, et choque doucement sa flute contre celle d’Eve-Lucille avec un clin d’oeil (qui s’appelle Germaine mais ne veut pas qu’on le sache).

Julie, la gouvernante, a annoncé qu’on pouvait passer à table, ce qui permet de remarquer que si Henri-Pierre sera bien en bout de table comme toujours, la place à sa droite ne sera plus occupée par son aîné, Armand-Léopold mais, comme le révèle le porte-nom, par Pimprenelle. Pimprenelle ? Mais qu’est-ce que c’est que ce prénom non seulement commun mais ridicule ? Qui est-elle donc ? « L’infirmière, » suggère Marie-Elodie en pouffant de rire. « Elle termine de lui attacher son lange… ». Armand-Léopold éructe un puissant « Marie-Elodie ! Tiens ta langue… et s’il t’entendait ? »

« J’ai bien entendu, mon fils. Je ne suis ni sourd ni dupe » ! Henri-Pierre apparaît, souriant, dans la salle à manger, au bras d’une jolie jeune femme à l’aspect réservé, en jeans et pull de cachemire vert foncé, un simple collier de perles au cou, mais un cabochon de taille spectaculaire au doigt. « Je vous présente Pimprenelle, ma… on va dire pour l’instant : fiancée ! »

Concert horrifié dont les arguments se chevauchent sur des timbres de voix allant de l’hystérie à la fureur, passant par le bégayement et les quintes de toux. Tu plaisantes ! Tu es devenu fou ? Te remarier pour faire une veuve ? Et nous dans tout ça ? Tu ne vas pas lui laisser ton argent ? Non mais tu veux qu’on t’interne ? Elle n’en a qu’à ton argent….

« Bien sûr, elle n’en a qu’à mon argent, ne la sous-estimez pas. Mon argent est notre bénédiction à tous les deux : sans lui je n’aurais jamais osé lui demander de devenir ma femme dans mon état, et sans lui elle n’aurait même pas considéré la chose. Mais figurez-vous que tout ça m’est bien égal, je l’aime et à sa manière… elle m’aime aussi. Je n’ai plus eu le goût de l’amour depuis longtemps, et connais trop bien celui de l’intérêt. Je ne suis pour vous qu’un placement qui tarde à venir à échéance ».

Chœur de protestations aussi sonore qu’un train qui siffle dans la nuit, Eve-Lucille et Marie-Odette vont jusqu’à se lever la bouche en cul de poule en gémissant « mais enfin père chéri… »

« Asseyez-vous, taisez-vous et faites honneur au délicieux potage de Marceline. Quant au reste, ne gâchez pas l’harmonie de ce dernier repas familial… avant celui du mariage, naturellement. Bien qu’il ait déjà eu lieu dans l’intimité, avec la signature de tous les documents garantissant l’avenir de Pimprenelle. Mais nous comptons sur vous pour honorer le banquet le mois prochain, avec des mines plus de circonstances que ces teints de cadavres maquillés à Hollywood que vous affichez aujourd’hui. Allez ! » et il se lève, s’appuyant sur l’épaule de Pimprenelle, une Pimprenelle qui lui effleure la main d’un caresse chaude et enveloppante, et puis y dépose les lèvres, « réjouissez-vous de ce que parfois, l’argent fasse le bonheur ! »

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Texte n°2 concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

L’inavouable aveu


 

C’est décidé : je vais tout leur dire.

Je me suis levé ce matin la résolution chevillée au corps. Le cœur lourd comme un boulet de forçat, des nœuds plein l’estomac. Il fallait que cela cesse, sans quoi toute cette histoire allait finir par me ronger et les sangs et les os.

Emilie était partie travailler de bonne heure et de bonne humeur, me laissant seul, pensif, allongé sur le lit en position de crucifié, les yeux suspendus au plafond, sans même sans apercevoir.

 

Je me suis résolu à me lever et je me suis dirigé vers l’escalier menant au sous-sol, tout embourbé que j’étais dans mes pensées. Et comme si cela ne suffisait pas d’y être embourbé, elles se sont mises à me donner le vertige, à me faire tituber, rater deux marches, érafler le poignet, et cogner le haut du crâne. Quelques minutes plus tard, je retrouvais après tout ça, ce que je faisais ici, à plat ventre, dans le garage.

Ma caisse. Elle résonnait, mais c’était une toute autre qui m’amenait ici. La petite caisse bien camouflée derrière les bidons d’huile de vidange dans l’armoire en métal. Impensable pour Emilie, ne serait-ce que de poser le bout de ses doigts sur la poignée grasse à souhait. Je l’ai ouverte et je me suis changé : boots et blouson de cuir. La tenue d’un dimanche en famille.

 

Sur les trottoirs de l’avenue Montaigne, du boulevard Haussmann, de la rue de Braque, de l’impasse des Tourelles, j’ai traîné mes craintes. J’ai même cru les entendre crisser sur le bitume. J’avais beau chercher du regard un peu de distraction, de légèreté, tout me renvoyait à ma propre lamentation : les débris de nuages dévorés par le soleil ; les détritus vomis par les poubelles rouillées ; les volutes indigestes des échappements. Tout était chaos.

Je suis arrivé devant l’interphone, moi, mes boots, mon blouson de cuir et mes craintes. Celles que je n’avais pas su semer en route. Celles qui maintenant se mettaient à rire, à me railler, et même à me souffler que le pire allait arriver. Être méprisé. Pire : rejeté. Renié par la seule famille que je n’ai jamais eue : la mienne. J’ai regardé l’interphone en me disant que c’était peut-être la dernière fois que je pouvais espérer que la porte s’ouvre.

-    Oui, j’écoute…

-    C’est moi, Charles.

Quand je suis entré, je me suis senti mal. Mais terriblement mal. Comme ça, d’un coup. Comme si une lame de guillotine était apparue au-dessus de ma tête, en ouvrant la porte. Mes craintes ont commencé à suer. Mes pas se sont mis à jouer les notes de la marche funèbre de Chopin sur le tapis du couloir. J’osais à peine avancer. Les têtes décapitées accrochées au mur avaient toutes pris les voix familiales : le cerf, mon père ; la biche, ma mère ; la belette, ma sœur ; le sanglier, mon beau-frère. Tous se sont mis à s’esclaffer, l’œil de verre luisant comme jamais.

Je devenais fou.

-    Charles ! Qu’est-ce que tu fais, a hurlé mon père, du séjour. Tu viens ou quoi !?

J’ai fini par les rejoindre, mouillé comme une poule, tremblant comme un agneau. Le séjour, l’antre de la famille. Une famille de chasseurs-taxidermistes de père en fils depuis six générations, de collectionneurs de fusils et de hachoirs, fins gourmets et, accessoirement, passionnés depuis peu par les sculptures en ivoire.

-    Encore une fois, tu viens seul ! s’est plaint ma mère. Et ton Emilie, dis, quand est-ce que tu nous la présentes !?

Trop tôt, il était trop tôt pour tout dire. Le repas serait gâché et dans la famille, gâcher la viande, c’est un crime. Alors, en châtiment, mes craintes m’ont grignoté au rythme des bouchées et des goulées. Plus je mangeais, plus j’étais rongé par l’inavouable aveu.

Quand soudain, mon père s’est levé, a claqué martialement des pieds, tendu une cape rouge à droite, à gauche, claqué à nouveau martialement des pieds, crié un “olé” à vous réveiller un mort, et m’a performé l’abdomen à coup de banderilles.

Sa façon de nous annoncer sa nouvelle passion : la tauromachie.

Dans un vacarme que j’étais seul à entendre, la lame de guillotine qui m’avait suivi depuis l’entrée s’est abattue sur ma nuque. Ma tête a roulé. Mes yeux ont fixé mes boots. Et, à peine audible, ma bouche a avoué mon désespoir :

    -    Emilie est végan.

 

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Texte n° 1 concours pour la revue "Les petits papiers de Chloé" - Sujet "repas de famille"

Publié le par christine brunet /aloys

Après tout c'est dimanche !

L'apéro des reproches
De l'épouse délaissée
Par un mari fantoche
Et sa drôle de poupée

La soupe à la grimace
Brûlante et trop salée
En se voilant la face
Et très mal digérée

L'amour cuit et recuit
Tressaute dans l'assiette
Et le poids des non-dits
Rend la farce un peu blette

Un petit verre de vin ?
Après tout c'est dimanche !
Buvons au quotidien
Et la nappe trop blanche

Une tarte aux pommes
Un sourire hésitant
Rassure le bonhomme
Apaise le présent

Dans un vase en cristal
Une rose s'incline
Tristesse des pétales
L'amour qui se débine
 

Publié dans concours

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Les Larmes de Titus, le dernier roman de Christian Eychloma vient de passer en "Collection"... Petite présentation...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Quatrième de couverture :

« Les larmes de Titus » est la suite de « Mon amour à Pompéi », roman ayant connu un vif succès auprès d’un grand nombre de lecteurs.

Il s’agit cette fois d’une incursion de nos héros très contemporains dans la capitale de l’empire romain du premier siècle, pendant le règne de l’empereur Titus, dans le cours d’une Histoire déjà quelque peu altérée par les précédents voyages temporels.

Un récit captivant mêlant habilement fiction et Histoire officielle !

 

Petite introduction :

Le professeur Liévin a donné à ses contemporains la technologie permettant les transferts temporels. En dépit des incroyables conséquences qu’une découverte aussi révolutionnaire est susceptible d’entraîner, il est désormais tout simplement impossible pour le monde de l’ignorer. Il s’agit donc de bien réfléchir à ce que l’on va en faire, d’abord en s’assurant soigneusement que l’on sait la maîtriser.

Pendant que les sommités scientifiques et responsables politiques du 21e siècle se creusent sérieusement les méninges , le juge Roland Lévêque croit pouvoir filer le parfait amour avec Laetitia, en l’an 80 de notre ère, sous le règne de Titus, dans la capitale de l’empire romain.

Il ne va toutefois pas tarder à s’apercevoir qu’il n’est pas du tout évident de vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et les nuages noirs qui s’accumulent sur la Rome impériale vont le contraindre à rompre la loi du silence qu’on lui avait imposée.

 

Extrait :

Profitant de la nouvelle lune et de l’impossibilité pour les guetteurs de distinguer quoi que ce fût au-delà d’une centaine de mètres, Varus Florus avait fait discrètement approcher ses machines des berges du fleuve dont les assiégés avaient détruit les ponts.

Le pilonnage avait commencé dès l’aube, s’intensifiant peu à peu pour devenir un véritable déluge. De lourds blocs de roche, lancés depuis l’autre rive du Tibre, s’abattaient sans relâche sur la vieille muraille, arrachant à chaque impact un peu du béton qui en liait les pierres.

En percevant une série de chocs sourds, Roland Lévêque, encore à moitié endormi, avait compris que les choses sérieuses venaient de débuter. Il s’était levé en hâte pour se rendre sur l’Aventin d’où il avait pu observer, en compagnie de quelques officiers chargés d’organiser la défense, l’impressionnant dispositif ennemi que tout le monde découvrait.

Il se trouvait là depuis un bon quart d’heure, plus fasciné qu’apeuré, lorsque les catapultes dressées près des remparts se mirent à rendre coup pour coup, donnant à Roland Lévêque la bizarre impression d’assister à un duel d’artillerie.

Il se retourna en entendant quelqu’un haleter dans son dos. Flavius Clemens, arrivant à la tête de son état-major, l’invita par geste à prendre du recul.

« Attention, Aulus ! » lui dit-il en s’approchant. « J’ignore si les augures te sont favorables pour aujourd’hui, mais tu ne dois surtout pas sous-estimer la portée de certains projectiles…

- Je promets d’être prudent, Flavius. Mais… ces rochers pourraient vraiment m’atteindre ici ?

- Pas les rochers, non. Les petites pierres et les flèches, oui ! D’ailleurs, vois un peu par là… »

Roland Lévêque suivit des yeux la direction indiquée. Une soixantaine de légionnaires, regroupés deux à deux pour transporter des sortes d’arbalètes montées sur un affût, étaient en train de se déployer le long du mur.

« Ce sont des scorpions… » précisa Flavius devant l’interrogation muette de son interlocuteur. « Des armes d’une puissance redoutable que ces soldats vont utiliser pour tenter de neutraliser les servants des catapultes ennemies. Regarde bien ce qui va se passer ! »

Des « tireurs d’élite », en somme… À la fois impressionné et prodigieusement intéressé malgré la gravité de la situation, Roland Lévêque vit une volée de flèches, ou plutôt de gros carreaux, filer depuis le sommet de la muraille pour s’abattre sur les hommes regroupés autour des machines de jet. Avec des conséquences qui lui coupèrent le souffle.

Il lui sembla que chaque projectile ou presque avait atteint une cible. Les corps ensanglantés gisaient sur l’herbe. Certains immobiles, sans doute tués sur le coup. D’autres, plus ou moins sérieusement blessés, se tordant de douleur. D’autres encore essayant d’extraire de leur ventre ou de leur membre la pointe de fer qui s’y trouvait plantée.

Dire qu’il était surpris aurait été un euphémisme. Il était en réalité stupéfié par la précision de ces armes. Et l’habileté de ceux qui les utilisaient…

« C’est terrifiant… » reconnut-il en voyant les survivants tenter de se réfugier derrière leurs machines alors qu’un second tir avait déjà lieu.

« N’est-ce pas ? » répondit Flavius sur un ton qui ne trahissait pas la moindre satisfaction. « Si tu n’avais jamais vu la guerre, tu as maintenant une première idée de ce que ça donne ! »

Roland Lévêque s’apprêtait à répondre lorsqu’il vit une énorme pierre, lancée depuis un point situé non loin de l’endroit

où il se tenait, pulvériser une catapulte ennemie. Un « tir au but »…

Il voulut s’avancer et se sentit retenu par sa tunique.

« Reste là, Aulus ! Ils ne vont pas tarder à riposter… » lui conseilla fermement Flavius. « Eux aussi possèdent des scorpions. Et savent très bien s’en servir…

- Je te crois volontiers, mais il me semble qu’ils ont trouvé à qui parler, non ? Quand je vois ce qu’ils viennent de prendre… »

Flavius lui sourit comme à un enfant naïf.

« Ne te réjouis pas trop vite… Ils ne font pour le moment que tester nos défenses ! Le plus sérieux est largement à venir. Ils sont certainement en train de préparer des machines de siège contre lesquelles nous ne pourrons pas grand-chose…

- Mais nos scorpions…

- Ils en seront beaucoup mieux protégés ! Et leurs propres tireurs gêneront tellement les nôtres qu’ils leur ôteront toute efficacité…

- Mais le Tibre… Un sérieux obstacle sans les ponts, non ?

- Leurs troupes d’assaut le franchiront, d’une façon ou d’une autre, bien avant que notre muraille ait été sérieusement mise à mal. Je serais même à peine surpris s’ils essayaient de creuser un tunnel pour passer par en dessous…

- Passer sous le Tibre ?

- L’armée romaine a surmonté bien pire… La forteresse de Massada n’était-elle pas réputée imprenable ?

- Oui, sans doute… Mais alors, quelle est ta stratégie, Flavius, pour nous sortir de cette impasse ?

- Gagner du temps. Retarder le plus possible l’inévitable. Les renforts arriveront un jour et, à condition de tenir bon jusque là, les assiégeants pourraient bien devenir les assiégés ! »

Le regard de Flavius Clemens se perdit dans le vague.

« Ils sont peut-être déjà en route. Mais c’est loin, la Germanie

Publié dans présentations

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Les yeux, un poème de Salvatore Gucciardo dans la revue "Magie poétique"

Publié le par christine brunet /aloys

Les yeux, un poème de Salvatore Gucciardo dans la revue "Magie poétique"

 

Les yeux

 

 

Dans tes yeux livides

Il y a des cathédrales esseulées

Des bateaux à la dérive

Des écorces fripées

Des hordes ambiguës

Des volcans étouffés

Des vrilles en sursauts

 

Dans tes yeux d’écume

Il y a l’ombre d’un doute

Le froissement d’une étoffe

Le souffle d’un papillon

L’entremêlement d’une racine

Des bouffées de volutes

Sur l’onde matinale

 

Dans tes yeux délavés

Il y a la commissure du vent

Les arabesques en dérive

L’écho d’une voix

Au sein des gorges escarpées

 

Dans tes yeux pourprés

Il y a la rougeur d’un coquelicot

Les frissons d’un aigle

La promesse d’une aube

Le feu d’une passion

 

Dans tes yeux azurés

Il y a la blancheur de l’ébène

La luminescence d’une comète

Les ailes d’une colombe

Sur une mer agitée

Dans tes yeux arc-en-ciel

Il y a la nudité d’un rêve

La ferveur d’une âme

Une passion démesurée

Dans la musique des sphères

 

 

SALVATORE GUCCIARDO

Publié dans Poésie, articles

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Romain Mancini nous présente son ouvrage "Vie qui déraille"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Biographie

2011-2012 : écriture de Vie qui déraille.

2018 : publication de Vie qui déraille chez Chloé des Lys.

Œuvre à venir : Oh mon ange !

 

Résumé

Difficile de résumer Vie qui déraille. Il s’agit du journal intime d’un jeune homme de 23 ans, qui se livre à de très, très nombreuses réflexions, quant au comment du pourquoi de l’existence. Ce journal totalement décousu, invite le lecteur à partir, ni plus ni moins qu’en quête du bonheur. Il n’y a pas une minute à perdre, c’est le moment de sauter sur cette belle occasion d’enrichir son âme.

 

Extrait

Tape-m'en cinq Génie !

Aujourd'hui, soyons dingo, et faisons un saut dans l'univers d'Aladdin. Laissez libre cours à votre imagination... À la suite d'un concours de circonstance, vous dénichez sur un coup de bol une lampe 'magique'. Vous la frottez plusieurs fois afin d'ôter la poussière qui la recouvre ; puis soudain, un Génie en sort, au milieu d'une épaisse fumée... Celui-ci se dit être à vos ordres, et consent à vous octroyer trois souhaits. Vous pouvez lui demander quasiment n'importe quoi... Étant assez rationnel, j'en utiliserais seulement deux. Ne soyez pas étonné comme ça ! Le premier serait que mon journal intime soit publié ; qu'il fournisse aux lecteurs une bonne dose d'humanité, et qu'il ait cinq étoiles sur le site Amazon.fr ; il est toujours bon de croire aux miracles (sourire en coin). Le second serait lui aussi altruiste : je souhaiterais que le Génie soit totalement libéré de sa lampe. Évidemment, il serait attrayant de solliciter cet être mirifique pour qu'il exauce des vœux plus 'classiques' ; par exemple, qu'un climat de paix s'instaure dans le monde, que la pauvreté régresse, qu'aucun enfant ne soit plus jamais maltraité... Mais bon, si les lois de la nature sont ainsi faites, ce n'est pas un hasard ; un simple 'mortel' n'a pas à fourrer son nez là-dedans. Enfin, voilà. Vous, si vous aviez trois souhaits à faire, que seraient-ils ?

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Présentation pour de nouveaux titres référencés Aux Editions Chloé des Lys

Publié le par christine brunet /aloys

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