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Le romancier et son roman, un texte signé Jean-Claude Texier

Publié le par christine brunet /aloys

LE ROMANCIER ET SON ROMAN

 

Jean-Claude Texier

 

 

 

 

Cette jolie femme rencontrée chez des amis me demande :

« La Confession de Cleve Wood, c’est quoi comme roman ? »

Je lui dis que c’est l’histoire d’un homme amoureux de la femme de son meilleur ami.

Elle semble comprendre, et je poursuis :

« Il se trouve en conflit avec sa conscience qui lui interdit d’être heureux au prix de la souffrance d’un homme qu’il admire. »

Elle rougit et... s’enfuit.

Ayant vécu le même dilemme auprès d’un homme marié avec sa meilleure amie, elle avait résolu la question sans se la poser.

Une dame férue de littérature qui se trouvait à ma table avec d’autres convives dans un hôtel de vacances me pose la même question sur Loozie Anna. Fort de l’expérience précédente, je lui tends mon livre en la priant de le compulser le soir même avant de prendre une décision.

Je la retrouve au petit-déjeuner où elle me le rend en pleurant : l’aventure d’une femme enceinte de son amant et qui part à sa recherche à la Nouvelle-Orléans avait ravivé sa blessure d’avoir perdu un enfant en bas âge.

Une voisine me fait un commentaire enthousiaste : l’histoire, d’un romantisme échevelé, la passionne. Elle a voyagé à la Nouvelle-Orléans et elle revoit les paysages qu’elle avait admirés, avec une foule de détails sur la Louisiane qu’elle ignorait. « Non, ne me dites rien, je ne veux pas entendre la suite. Laissez-moi la découvrir moi-même. »

Un lecteur me fait la tête: il n’a pas aimé L’Elitiste. Cette plongée dans la cam-pagne électorale de 2007, fatale à la Gauche, où se distingue un proviseur socialiste sans scrupules, lui a rappelé de pénibles souvenirs de militant.

Dans un salon de dédicace :

— Bonjour, madame. Vous aimez les romans d’amour ?

— Ah bin non, alors !

Son ami venait de la quitter. L’amour ne rend pas toujours heureux.

C’est délicat d’écrire. C’est un pari risqué. On ouvre parfois des plaies qui ne demandaient qu’à être oubliées. On peut le comparer à cette pièce de théâtre jouée

par des comédiens dans Hamlet, où il recréent sur scène devant le roi, les circonstances du crime qu’il a commis. On peut, comme lui, croire se reconnaître ou reconnaître quelqu’un, se sentir dénoncé, exposé, accusé, ridiculisé.

— Monsieur, dans ce livre vous insultez mon mari !

— Madame, vous confondez votre héros avec le mien.

 

Le roman est un miroir tendu à l’humanité souffrante.

Un collègue emporte L’Elitiste sous le bras d’un cœur léger :

— Je vais tout comprendre, j’ai les clés.

Créer des personnages avec des mots, raconter des histoires avec une plume, de l’encre et du papier, c’est aller dans le sens de la vie, la façonner différemment, faire concurrence à l’État civil comme disait Balzac. C’est pourquoi les femmes, familières de la gestation, ont éprouvé très tôt le besoin d’accoucher d’une œuvre. Parmi elles, Madame de Genlis, contemporaine de Madame de Staël et de George Sand, raconta dans un livre la difficulté d’être femme-auteur en un siècle où la société leur déniait ce rôle. Car écrire, c’est aussi s’exposer au dénigrement et à la jalousie, et ses réflexions, limitées à la gent féminine, sont toujours d’actualité pour les deux sexes :

« (Parler des auteurs avec admiration) est un moyen sûr de démasquer les envieux ; ils n’ont point encore trouvé l’art de dissimuler, dans ce cas, le malaise et le dépit qu’ils éprouvent. S’il s’agit d’un ouvrage qui fait du bruit, les uns disent qu’ils ne l’ont point encore lu, ou qu’ils ne l’ont point achevé, et alors on suspend son jugement : les autres font l’effort pénible d’en louer quelques passages, mais laconiquement et avec les expressions les plus compassées et les plus froides. Souvent, pour le rabaisser, ils le comparent à un autre ouvrage qu’ils lui préfèrent, et communément le parallèle est ridicule ; quelquefois ils s’extasient sur le mérite d’un auteur qui n’existe plus, dans l’intention de dépriser l’auteur vivant dont on s’occupe. D’autres enfin, moins mesurés, prennent le ton de la plaisanterie et d’une ironie amère, pour en dire du mal, ou bien le critiquent et le déchirent ouvertement, et tous évitent d’en parler ou tâchent de changer la conversation quand on en fait l’éloge. » (1825)

Pour finir sur une note optimiste, tournons nous vers Balzac, Grand Maître ès connaissance du cœur humain, lui aussi victime de bien des outrages à son génie :

« ...aujourd’hui, comme au seizième siècle, les écrivains, à quelque étage que les mette pour un moment la mode, sont consolés des calomnies, des injures, des critiques amères, par de belles et nobles amitiés dont les suffrages aident à vaincre les ennuis de la vie littéraire. » (1836)

Grande consolation en vérité, qui vaudrait à elle seule la peine d’écrire.

J.C TEXIER

Publié dans Réflexions

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François Beukels et ses Carôttins

Publié le par christine brunet /aloys

François Beukels et ses Carôttins
François Beukels et ses Carôttins

Publié dans l'invité d'Aloys

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Bernadette Gérard-Vroman nous propose une poésie "Langue de nos ancêtres"

Publié le par christine brunet /aloys

Langue de nos ancêtres


Revigorée par un canard, *
Je pars pour un lointain voyage
Où revit au travers des âges
Cette langue d’oïl, le picard.


Grâce au théâtre, tout un art,
L’héritage est mis à la page,
Les mots revêtent leur plumage,
Vont dérider les teints blafards.


Elle fait partie du folklore,
Ses empreintes, nul ne l’ignore,
Elle est l’alliée des corons.


Qu’elle soit du Nord ou de l’Oise,
Souvenons-nous de Mousseron
Et de ses poésies patoises.

Bernadette Gérard-Vroman


*Canard : morceau de sucre trempé de l’alcool (calvados, genièvre, rhum) ou dans le café que l’on fait fondre dans la bouche.


J'ai fort quièr el français, ch'est l'pus joli langache,
Comm' j'aime el biau vêt'mint qué j' mets dins les honneurs.
Mais j'préfèr' min patois, musiqu' dé m'premier âche,
Qui, chaqu'jour, fait canter chu qu'a busié min coeur.
Dins l'peine, un mot patois nous consol' davantache;
Dins l'joie, à l'bonne franquette, i corse el bonne humeur.
Il est l'pus bell' rinscontre au cours d'un long voïache,
L'pus douch' plaint' du soldat au mitan des horreurs.
L'patois s'apprind tout seul, et l'français, à l'école.
L'un vient in liberté, l'autr' s'intass' comme un rôle.
Les deux sont bons, bin sûr, mais not' patois pourtant,
Rappell' mieux les souv'nirs d'eun' jeunesse effacée.
L'patois, ch'est l'fleur sauvach' pus qu'eune autr' parfeumée...
Ch'est l'douche appel du soir d'eun' mère à ses infants.
Sonnet de Jules Mousseron, Poète mineur (1868-1943)

Publié dans Poésie

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De nouveaux ouvrages sont parus aux Editions Chloé des Lys !

Publié le par christine brunet /aloys

De nouveaux ouvrages sont parus aux Editions Chloé des Lys !
De nouveaux ouvrages sont parus aux Editions Chloé des Lys !
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De nouveaux ouvrages sont parus aux Editions Chloé des Lys !

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Séverine Baaziz nous propose un extrait de son second roman "Mamie Paulette"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

SITUATION AU MOMENT DE L’EXTRAIT :

 

Paulette s’est installée sous le toit de sa famille et, après avoir semé la zizanie, être devenue la complice de Jules, son petit-fils, elle se laisse tout doucement envahir par un sentiment d’inutilité. Jusqu’à cette nuit où, vraisemblablement, il est question d’un terrible secret…

 

EXTRAIT :

 

Chaque soir, Paulette s’endort, à peine la tête posée sur l’oreiller. Plus vite qu’une flamme sans oxygène. D’un sommeil profond, ininterrompu, sans souvenir de chimères.

Sauf cette nuit de nouveau millénaire passé de trois années, sept mois et trois jours.

Noire et calme, la chambre de Paulette est soudainement hantée par des pleurs étouffés, agonisant, hoquetant en spasmes contenus. Paulette allume sa lampe de chevet. Rien. Silence complet. Elle l’éteint. Les pleurs reprennent. Dans le noir de sa chambre, Paulette se redresse, s’assoit dans son lit, et écoute attentivement la complainte larmoyante. Puis, des chuchotements. Le filet de lumière sous la porte. De l’autre côté, selon toute vraisemblance, on ne dort pas.

A pas de velours, Paulette entrouvre la porte et aperçoit Marion passer de sa chambre à la salle de bain, les yeux rougis et gorgés d’eau, le visage tuméfié par les vagues de pleurs. Philibert la rejoint et semble essayer de la consoler, de la prendre dans ses bras. Elle le repousse. « Tu ne peux pas comprendre ! », s’énerve-t-elle. « Laisse-moi ! »

Et, d’un geste compulsif, empoigne ses longs cheveux comme pour se les arracher, les soulève, dévoilant aux yeux de Paulette un épiderme habituellement blotti sous les cols et les carrés de soie. Une large cicatrice cisaille sa peau comme un sourire d’épouvante riveté à la gorge. « Comment veux-tu que je dorme ? Comment ? Je crois que je ne dormirai plus jamais ! » Paulette a bien entendu. Sa gorge, ses pleurs, cette dernière phrase. Il faut qu’elle comprenne.

Cette nuit, Paulette n’a pas dormi. Une nuit sans sommeil, tourmentée de questions sans réponses. Il faut vraiment qu’elle comprenne.

Au comble de la curiosité, Paulette redevient fouineuse. La maison aux murs fleuris est repassée au peigne fin. Récalcitrants, le courrier, les messages téléphoniques, les écoutes aux portes ne donnent rien. Les tiroirs ne divulguent aucun secret, rien sous les matelas, nada dans les corbeilles. Cela devient épuisant. Et surtout vain !

Chaque nuit, inlassablement, les murs s’imbibent de gémissements lancinants, comparables à ceux d’une bête prisonnière d’un piège lui torturant la chair.

 

Publié dans Textes

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Jean-Jacques Manicourt nous présente son dernier roman "Les Oublis Parfumés"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Biographie :

J'écris depuis mon premier chagrin d'amour, ce qui laisse à penser que l'écriture, pour le coup, était une sorte de travail de deuil. Ou, pour le dire autrement, parce que les femmes m'y conduisent. Il y a là un réel indicible, un roc incontournable.

Etre conduit en écriture par le désir, la beauté, la chair et le sang, c'est, je crois, ce qu'il y a de plus vivant dans l'existence. En somme, écrire c'est continuer à vivre, à désirer ; mais je pourrais très bien prétendre demain que les femmes n'y sont pour rien !

Résumé :

La fin du monde n’avait pas dit son dernier mot ; elle misait beaucoup sur un petit morveux de caporal allemand ; elle comptait aussi sur la bêtise qu’elle avait vue briller dans les états-majors des deux armées face à face, et sur la propension de l’homme à oublier l’horreur, le sordide, la pulsion de mort à l’œuvre. Restaient les oublis parfumés : les chairs calcinées, décomposées, suintantes, l’odeur de la pourriture, du sang versé pour rien, même la connerie des maréchaux puait. 

Extrait

 

La fin du monde avait raté son coup. La grande boucherie et la grippe espagnole n’avaient pu venir à bout de la race humaine, de peu certes, mais elle avait échoué. Les vivants étaient donc des survivants.

Apollinaire avait été épargné, gueule cassée au bois des buttes, puis trépanée ; mais Egon Schiele avait suivi dans la tombe celle qu’il aimait. Jules était revenu sans une égratignure, des tranchées, de la vermine, des éclats d’obus et de cette machine à mutiler les corps. Au village, personne ne pouvait croire qu’un poilu pût revenir de l’indicible avec tous ses membres, toute sa tête, indemne indûment. On suspectait le miraculé de 14/18 d’avoir été, dans son bel uniforme rouge garance, un soldat de derrière les lignes de front, un planqué.

Toutefois, la fin du monde n’avait pas dit son dernier mot ; elle misait beaucoup sur un petit morveux de caporal allemand ; elle comptait aussi sur la bêtise qu’elle avait vue briller dans les états-majors des deux armées face à face, et sur la propension de l’homme à oublier l’horreur, le sordide, la pulsion de mort à l’œuvre.

Restaient les oublis parfumés : les chairs calcinées, décomposées, suintantes, l’odeur de la pourriture, du sang versé pour rien, même la connerie des maréchaux puait.

Et pour ceux des générations à venir : les monuments à la mémoire des pères morts au combat. Les fils n’en auraient rien à foutre.

Publié dans présentations

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Cathie Louvet nous propose un extrait de son second tome "De Glace et de Feu : l'empire disloqué "

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Début du chapitre 2 :

 

   822. L'été touchait à sa fin. Louis était exténué et en mauvaise santé. Il maigrissait à vue d’œil, avait le teint jaune et souffrait de terribles migraines. A la lutte farouche dont il était le centre était venue se greffer l'échec de la mission d'Ebbon. Judith n'avait donc eu aucun mal à le convaincre de se retirer quelques jours dans leur château d'Ingelhgeim, plus modeste et plus tranquille que le palais d'Aix-la-Chapelle et de ses agitations, niché au cœur de magnifiques collines boisées où il pourrait oublier ses soucis en s'adonnant à son sport favori, la chasse. L'empereur avait très envie de cette petite escapade mais il hésitait à abandonner les affaires de l’État. Pourquoi ne pas déléguer ses responsabilités à Agobard et à Ebbon ? Ils étaient tout à fait à la hauteur de la tâche et leur dévouement n'était plus à prouver. Et puis, il ne s'agissait que de quelques jours, et, en cas d'urgence, Ingelnheim ne se trouvait qu'à trois jours de cheval tout au plus. Plongeant son regard dans les yeux noirs de son épouse, Louis se laissa fléchir.

          Afin de ne laisser à quiconque le temps d'empêcher leur départ, le couple impérial se mit en route le dimanche suivant, dès la fin de l'office, par un temps radieux. Chevauchant à côté de la litière de Judith, Louis se sentait déjà mieux et ne cessait de féliciter la jeune femme de la bonne idée qu'elle avait eue. Il en avait presque oublié la terrible scène de la veille : Agobard avait crié, tempêté, appelé la malédiction sur sa famille, mais rien n'y avait fait. Louis, comme tous les grands timides, était parfois capable de s'entêter au point que rien ni personne ne pouvait le faire changer d'avis. Agobard s'était alors tourné vers l'impératrice et, tout en proférant les pires menaces, la bouche écumante, les yeux exorbités,  avait pointé vers elle un doigt accusateur mais la jeune femme l'avait dévisagé de ses grands yeux faussement candides en disant que seuls lui importaient la santé et le bien-être de son époux.

          L'automne fut splendide et le séjour à Ingelnheim tint toutes ses promesses. Quelques semaines avant les fêtes de la Nativité, Judith, radieuse, annonça à Louis et à toute la cour sa nouvelle grossesse. Et cette fois, elle en était certaine, elle portait un fils. De fait, le 13 juin 823, elle donna le jour à un garçon d'apparence délicate mais en bonne santé. Les deux époux se réjouissaient sincèrement de cette naissance, mais pas pour les mêmes raisons : Judith, après quatre années de lutte, possédait enfin l'atout grâce auquel elle était certaine de remporter la partie. Quant à Louis, il considérait le petit Charles, enfant de son épouse bien-aimée, avec des yeux neufs, comme s'il devenait père pour la première fois. Il espérait aussi, en son for intérieur, que sa femme se montrerait moins exigeante et plus encline à composer avec les clercs de son entourage. Mais il ignorait que l'ambition d'une femme telle que Judith, dès qu'elle devenait mère, ne connaît jamais de repos.

Publié dans l'invité d'Aloys

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Bob Boutique nous propose un extrait de "BLUFF", son dernier thriller

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

  • Ah quand même ! Voilà une heure que j’essaie de te joindre… Impossible d’obtenir une connexion. Tu es où ?

Lieve est accoudée en nuisette à la table de la cuisine et observe l’écran de son Mac, tout heureuse de retrouver son homme étendu sur un lit d’une personne, le visage encore chiffonné de sommeil.

  • Dans ma cabine, mon amour. Oh je vois que tu as fait du café, tu peux me servir une tasse s’il te plaît ?

Elle rit

  • Quelle heure est-il (en bâillant) ?

  • Deux heures du matin. Je t’ai réveillé ?

  • Bof, je suis sorti cette nuit sur le deck pour prendre l’air et crois-moi, ça soufflait grave ! De longues bourrasques chargées d’écume et une odeur iodée pas désagréable. J’ai contemplé tout un temps le sillage lumineux qui courrait le long de la coque puis suis retourné au pieu, pas le moment de prendre froid.

  • C’est comment, le Norröna ?

  • Immense, cinq ponts superposés, mille cinq cents passagers et, en bas, un parking de huit cents places. Des mobil homes, des voitures, des motos, des vélos… Une vraie petite ville qui fend l’Océan en sautant sur les vagues.

  • T’as pas le mal de mer ?

  • Connais pas.

  • Tu es où ?

  • On devrait approcher des îles Féroé. On a quitté le Jutland1hier matin, vers huit heures trente, et depuis je glande. Je marche dans les couloirs en me tenant aux parois, car ça tangue pas mal ; quand tu prends un café au bar, tu dois le tenir d’une main pour qu’il ne traverse pas le comptoir… Je lis, l’histoire et la géographie de l’Islande. Je connais tout, les Vikings, les geysers…

Lieve se marre en se mirant dans le reflet de la fenêtre de la cuisine (dehors il fait nuit noire) et harcèle son mec de mille questions.

  • C’est comment ta cabine, montre-moi ! Tu es seul au moins ?

Le Bouledogue dirige la cam de son portable autour de lui.

… Waouh ! Tu as deux hublots qui donnent sur l’eau.

  • Et la télé. J’ai regardé un film avant de dormir, « Valerian et la cité des mille planètes ».

  • Le film de Besson. C’est comment ?

  • Trop, trop d’images de synthèses, trop de boum boum, trop de poursuites de modules supersoniques, trop long… J’ai coupé en cours de route…

 

 

1 Hirtshals, petit port du Jutland, dans le nord du Danemark, d’où part trois fois par semaines un ferry qui rejoint l’est de l’Islande à Seyoisfjordur, en passant par les iles Féroé.

Publié dans Textes

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Le transfert de Carine-Laure Desguin (lu par Edmée De Xhavée)

Publié le par christine brunet /aloys

 

Je l’ai lu, je l’ai lu, presque d’une traite, et je peux vous dire que… ô lecteur qui entre dans ces pages, abandonne toutes tes certitudes, tu es parti pour un voyage dont tu pourrais ne pas revenir autrement que dans une clé USB…

On rit, mais un peu jaune quand même. Il est interdit pourtant de ne pas rire du clown, car ce rire-là est un passeport pour le maintien de l’existence des malades. On ne rit pas ? Oups, inexistence programmée. L’infirmière, drillée comme une femme-robot sortie d’un film de science-fiction, elle connait tout le savoir-vivre de ce nouveau monde, mais le médecin, lui… il patauge encore et emploie, le vilain malappris, des mots censurés par le politically correct en vogue dans un nouvel univers aux codes incontournables. C’est pour le bien de tous.

On assiste à un instant entre deux réalités, le pont étant le transfert.

La programmation. Inexorable, sans pitié, sans états d’âme, c’est la règle hein, qu’y faire ? Car il n’est pire maladie que la non-conformité, et il faut éradiquer, empêcher la contagion, la résistance, les ruses d’un malade qui soudain dit avoir une folle envie de rire… Que nenni, l’infirmière que rien ne détourne de son devoir sacré ne laissera pas le médecin lui parler de ces choses dérisoires, humaines, compatissantes.

Futuriste ? Heuuuu… c’est au tournant, c’est pour ça qu’on rit, oui, mais de plus en plus jaune…

 

Chloé des lys, 15,70 euros et 74 pages de bonheur aigre-doux, y-comprise une préface d’Eric Allard

 

Edmée de Xhavée

 

Publié dans Fiche de lecture

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Didier Fond nous propose un extrait de son nouvel ouvrage "Les somnambules"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le regard d’Eralda s’est attaché à celui de Louis et le suit dans ses déplacements autour de la pièce. Elle ressemble à son appartement : elle est très belle mais quelque chose d’indéfinissable altère, pervertit cette beauté. Grande, mince, élancée, elle est vêtue d’un corsage blanc au col de dentelle, d’une longue jupe noire, taillée dans un tissu léger, si léger et si souple qu’on la dirait froissée et chiffonnée alors que cette multitude de plis est justement la touche qui donne au vêtement son originalité, son style, sa personnalité. A son cou brille un collier de perles et elle porte des chaussures à hauts talons, visiblement d’excellente qualité, assez classiques. Ses longs cheveux noirs bouclés tombent en cascade sur ses épaules. Ils sont tellement indisciplinés, il y a tant de mèches rebelles qu’elle semble perpétuellement mal coiffée alors qu’elle m’a avoué passer une demi-heure chaque matin à se peigner devant son miroir. Mais ce qui la rend inoubliable, c’est son regard. Son visage ovale, à la peau blanche, au petit nez court, aux lèvres rouges et charnues, très sensuelles, est illuminé par deux yeux d’une extraordinaire couleur miel. Jaune d’or lorsque la lumière les caresse, ils peuvent s’assombrir jusqu’au marron lorsqu’elle est la proie de sensations ou de sentiments trop violents. Aujourd’hui, ils sont dorés et scintillent de mille feux, comme un lingot sortant du creuset.

 

« Vous avez vu Axel ? demande-t-elle. Il est d’une humeur de chien, hein ? »

 

Elle passe rapidement la main dans ses cheveux, relève avec l’index droit la mèche qui lui tombe sur le front. C’est un geste que je l’ai vue faire si souvent qu’immédiatement, je l’associe à elle.

 

« De chien ? répété-je. Oh non, il a été charmant. »

 

« Alors, c’est qu’il s’est calmé. »Sa main, cette fois, dégage l’épaule, repousse les cheveux en arrière, d’un geste à la fois élégant et machinal. « Il est parti en m’insultant et en claquant la porte. Quel idiot ! Déjà qu’elle est à moitié cassée !… »

 

J’échange avec Louis un regard stupéfait. Axel en colère ? Pas une seconde il ne m’a donné l’impression d’être hors de lui. Je l’ai même trouvé très agréable. A moins que ce frémissement aux coins des lèvres…

 

« Pourquoi était-il en colère ? » demandé-je.

 

« Cela ne te regarde pas, rétorque-t-elle. Oh, et puis après tout, tu finiras bien par le savoir. Il me reproche de trop boire. Il paraît que je donne le mauvais exemple et que je mets… Comment a-t-il dit, déjà ? Ah oui !… Que je mets en péril l’équilibre du groupe. Comme s’ils avaient besoin de moi pour être déséquilibrés ! Quel salaud ! Mais quel salaud ! » s’écrie-t-elle, commençant à arpenter rageusement la pièce. Sa démarche n’est pas des plus assurées et je comprends tout à coup que sa volubilité n’est rien d’autre qu’une réaction à l’alcool dont elle a dû généreusement s’imbiber avant notre arrivée. « Il les oblige quasiment à boire, et c’est moi qui me fais insulter ! Va te faire voir ! » crie-t-elle à la rangée de bouteilles qui accueille cette insulte avec une admirable impassibilité. Elle s’est arrêtée devant le miroir, posé contre un mur, à droite de la porte, et, soudain calmée, se contemple un instant, sourit à son reflet. « Miroir, gentil miroir, dis-moi qui est la plus belle. Si tu es un garçon bien élevé, tu me répondras : « c’est toi, Princesse Eralda… » J’aime me regarder dans les miroirs. J’ai l’impression de me plonger dans une eau glacée, si rafraîchissante… Savez-vous ce qu’il y a derrière ? Le royaume du néant ; c’est par là que ma grande amie vient me rendre visite. J’aimerais lui ressembler, être comme elle, passer à travers les miroirs, pénétrer dans le monde interdit… Je ne peux pas. Ce n’est pas mon rôle. Je dois rester ici, à prononcer des phrases creuses, à faire des grimaces devant la glace, à donner l’apparence de la maîtrise de soi alors que tout en moi n’est que chaos, rêve et confusion… » Elle approche son visage du miroir, relève ses cheveux, se regarde dans les yeux, puis un étrange sourire retrousse ses lèvres, découvrant une rangée de dents impeccablement blanches. « Miroir, miroir, image glacée de ma folie, murmure-t-elle, permets-moi, ne serait-ce qu’une minute, de m’oublier, laisse-moi me retirer en moi-même et ne plus contempler que le vaste paysage désolé de mes désirs… »

 

Elle ferme les yeux, rejette la tête en arrière. Silencieux, Louis la regarde et je vois défiler sur son visage les mêmes sentiments qui m’agitent : étonnement, admiration, crainte. Elle est effrayante, cette femme à moitié folle qui s’adresse au miroir comme à un être humain. Elle se retourne tout à coup, son sourire disparaît. Elle nous regarde, l’air un peu étonné, embarrassé, comme elle s’éveillait d’un songe et reprenait pied dans la réalité.

 

Publié dans extraits

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