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La petite main, un conte signé Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA PETITE MAIN


 


 

Dimanche de printemps. Je suis seule. Mon mari suit des cours techniques aux États-Unis. Une session d’un peu plus de quatre semaines. Je parcours la brocante de mon quartier. Une façon comme une autre de combattre mon ennui.

Tout à coup, je le vois. C’est un coquetier en porcelaine blanche sur lequel sont peintes des fleurettes bleues. Je m’informe du prix. L’homme le vend quinze euros. Il pourrait le vendre le double que je ne résisterais pas à la tentation. Ce bel objet, il me le faut pour ma collection. Son double, ébréché et fendillé, garni de fleurettes roses, se trouve dans la corbeille ‘tout à deux euros’. J’achète les deux.

Quand je déballe mes achats, je découvre, auprès des deux coquetiers, une petite main en bois qui mesure tout au plus cinq centimètres de long. Probablement la main d’une statuette de Saint Joseph qui se trouvait près de la corbeille aux objets démarqués. Je lave les deux coquetiers et pose la main sur l’appui de fenêtre près d’un chiffon tout propre que je destinais au nettoyage de la vitre.

Je m’affaire. Procédant par essais et erreurs, je trouve dans ma vitrine le bon endroit où placer les coquetiers. Ensuite, je prépare du potage aux asperges pour mon repas du soir et je cuis des œufs durs.

Lorsque je m’apprête à nettoyer la vitre, je m’aperçois qu’elle étincelle comme jamais ! Le chiffon est sale, la petite main repose tout à côté. J’ai beau interroger ma mémoire, je n’ai aucun souvenir d’avoir nettoyé la vitre. Même pas un petit coup comme je le fais parfois lorsque le temps manque ou que j’y aperçois une trace de pluie.

Alors, je joue le jeu. Si la main veut travailler, elle trouvera à s’occuper ! Je débarrasse la table du salon des revues et journaux qui l’encombrent. J’y dépose la petite main et le chiffon. Puis, je fais demi-tour et vais au jardin. Après tout, cette petite main ne supporte peut-être pas qu’on l’observe ! Donnons-lui toutes les chances de se montrer de nouveau efficace !

Retour du jardin, la table est impeccable et le chiffon un peu plus sale !

Inutile de dire qu’il s’en passe des choses dans mon cerveau. Si une main est efficace, deux mains, deux pieds, une tête le seront plus encore ! Vite, je repars pour la brocante ! Ouf, le marchand est toujours là et Saint Joseph n’a pas trouvé acquéreur ! Pour cinq euros, j’achète la statuette, en mauvais état, car, évidemment, il lui manque une main !

Sitôt rentrée, petit test de mise en route. Je place la statuette sur la table de la terrasse. Elle est entourée de chiffons tout propres, de la bouilloire, du moulin à café, du pot à tabac et de la cafetière en cuivre. "Allez, vas-y, brave Joseph ! Travaille, affaire-toi ! Rends service puisque telle est ta vocation !"

Pendant ce temps-là, je me repose dans un fauteuil sur la pelouse. Envie de regarder, envie de savoir mais je résiste ! Une heure plus tard, je me lève. Joseph est resté là où je l’avais posé et les cuivres sont toujours aussi ternes.

Ça cogite toujours dans mon cerveau ! Envie de casser l’autre main, de séparer chaque pied du corps, puis d’essayer de faire de même avec la tête. Envie mais retenue. Envie mais contrôle. Envie mais réflexion plus profonde. Pauvre Joseph, j’aurais dû être plus explicite et plus respectueuse !

J’ai alors recours à un petit rituel du même genre que j’utilise pour obtenir un service de ma sœur, de mon cher époux et même de Jeanne, la femme de ménage qui vient tous les quinze jours ! "Bonjour Joseph. Tu es tellement efficace. C’est vraiment chouette de pouvoir compter sur toi. Tu veux bien m’aider une fois de plus ? Il y a ces cuivres à astiquer. J’ai mis à ta disposition tout ce qui semble nécessaire. Tu ne vois rien d’autre qui te serait utile ?"

Joseph ne répond pas. Je retourne au jardin. Une heure après, Joseph n’a rien astiqué du tout. Aussi inactif que mon époux quand il me dit : "Je laverai l’auto dans deux minutes…" et qu’il continue à lire un polar ou à surfer sur Internet.

C’est dimanche. Joseph aurait-il décidé de ne plus travailler aujourd’hui ? Laissons-lui le bénéfice du doute…

Pendant ce temps-là, la petite main, que j’avais posée sur l’étagère, au-dessus du tas de chiffons, a fait œuvre utile. Elle a rangé les produits d’entretien et les torchons.

La nuit porte conseil, dit-on. Alors, je n’insiste pas. Je rentre Joseph dans la maison, le pose au fond du living, sur le bureau entre l’ordinateur et le téléphone. La petite main trouve place sur la coiffeuse, dans ma chambre.

Le lendemain, à mon réveil, les tiroirs de la chambre sont rangés. La mini poubelle de la salle de bain déborde de chaussettes, de slips, de singlets et de mouchoirs usagés. Apparemment, la petite main a horreur des tissus élimés…

Le matin, je gagne les bureaux de maître Délian, où j’exerce la fonction de secrétaire. La petite main est dans ma poche. On ne sait jamais de qui on peut avoir besoin, n’est-ce pas ?

Joseph reste seul à la maison entre l’ordinateur et le téléphone où je compte l’y retrouver. Et pourtant, à mon retour, Joseph s’est volatilisé. Je le cherche partout. Aucune trace ! Ni dans le living ni dans les chambres, pas plus que dans la cuisine.

Les jours et les semaines passent. La petite main demeure une auxiliaire précieuse qui lave et range mieux que moi.

Et puis, mon mari rentre de son séjour en Amérique. Il remarque aussitôt les deux nouveaux coquetiers dans la vitrine. Sans faire le moindre effort, il réussit là où j’ai échoué, il déniche la statuette entre deux gros livres d’art de la bibliothèque ! Il l’en sort. "Tu sais Minou, il faudrait la faire réparer… Ce Saint Antoine de Padoue est si joli…"

D’un coup, je réalise ma méprise. Saint Joseph ? Saint Antoine de Padoue ? Le bonhomme était sans doute vexé de mon erreur d’appellation. Le lendemain, sitôt mon mari parti travailler, je reprends tout à zéro : et les préparatifs pour le nettoyage de mes cuivres et mes suppliques en rectifiant le tir : "Saint Antoine de Padoue, je te prie, veux-tu bien m’aider à astiquer les cuivres. Je crois que tu pourrais me rendre ce service de la meilleure façon qui soit. Merci d’avance."

Quand je rentre de ma matinée de travail, le bonhomme n’a rien fait. Je renonce donc. Seule la main est active, ce n’est déjà pas si mal. Je suis sûre que si je le lui demande, ce sera elle qui fera briller les cuivres.

Quand arrive la note de téléphone, il apparaît que la facture est particulièrement élevée ! Immédiatement, j’établis un lien ! Mon mari constate : "Quand je suis absent, tu ne te prives pas de téléphoner à l'étranger, en Turquie en plus… Qui connais-tu en Turquie ? Les anciens voisins de tes parents ?"

Il n’insiste pas. Il enchaîne avec un autre sujet - du moins le croit-il : "Tiens, à propos de dépense, un de ces jours il faudra faire réparer le Saint Antoine de Padoue…"

Saint Antoine de Padoue a donc été réparé. Au fait, le réparateur a estimé que c’était un ‘Saint Christophe’. Il n’en était pas sûr mais cette façon de porter l’Enfant Jésus le faisait pencher pour cette hypothèse.

"Habituellement Saint Christophe est représenté avec l’Enfant Jésus sur les épaules, Saint Joseph avec un lys, Saint Antoine de Padoue avec l’Enfant Jésus dans les bras. C’est une statuette rare. Difficile de la dater. Atypique. Oui, atypique. Cette main qui lui manquait, c’est étrange. On dirait qu’on l’a sciée. Oui sciée… Le plus bizarre, c'est l’enfant qui semble en déséquilibre."

La statuette réparée a trouvé place sur la commode du hall. Peu de temps après, la petite main que je manipulais toujours avec précaution et que je rangeais le plus souvent dans une de mes poches, a disparu.

Je l’ai beaucoup cherchée, oui vraiment beaucoup… C’est Jeanne qui, l’autre jour, m’a innocemment appris ce qu’il en était advenu : "Vous savez, Madame, vendredi j’ai trouvé en nettoyant, une petite main en bois près du téléphone… Je la tenais entre le pouce et l’index et puis, en la regardant de plus près, je l’ai lâchée. Quand j’ai voulu la ramasser, elle était en poussière sur le carrelage…Je me demande encore si j’ai bien vu ce que je pense avoir vu…"

Souvent, je pense à la petite main. Elle me manque comme me manque encore mon vieux maître de première primaire ou la vieille Clémence qui venait autrefois cuisiner des tartes chez Bobonne. Elle me manque comme peuvent manquer des odeurs de grenier, des effluves de pot-au-feu.

Encore une chose, un détail que j’allais oublier : depuis que la petite main est partie en poussière, les notes de téléphone sont redevenues ce qu’elles étaient avant son arrivée.

(Prix des Éditions le Roseau Vert au "Prix de l'eau Noire" à Couvin en 2009)


 

Micheline Boland

Site Internet : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits

Blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com

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Christine Brunet a lu "Le voyage de Lili" de Danièle Deydé

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Une quinquagénaire atteinte précocement d'Alzheimer retourne sur les traces de son passé grâce à ses amis d'enfance et à Corinne, sa meilleure amie qui veille sur elle comme du lait sur le feu.

Prétexte à introspection pour différents personnages, cette brève semaine au bord de la mer révèle ce que l'homme a de meilleur face à cette maladie de l'oubli.

Lili subit la plupart du temps mais se révolte aussi, des éclairs de lucidité qui ébranlent son entourage autant que ses instants d'absence les agacent.

Impuissance face à l'inéluctable, pitié, amitié, terreur tapie en découvrant les ravages de cette pathologie, cette brève semaine révèle aux protagonistes leur humanité avec ce brin d'égoïsme, de détachement, de rejet inavoué et non assumé qui fait de l'être humain, un être complexe mais fragile.

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Christine Brunet a lu "Promenade au pays hanté. Dix petites histoires de fantômes" de Stéphane Colin

Publié le par christine brunet /aloys

 

Ce recueil est bref, 87 pages. Trop court ! J'aurais tant aimé en lire plus !

L'auteur nous balade en Belgique,- Bruxelles, en Hainaut, en Hesbaye, Namur, Bruges, Liège, Gand, en Ardenne... ou même à la mer (la mer du Nord, pour sûr)-, et nous raconte... des histoires de fantômes !

Sous forme de contes (je vois bien des grands-parents les raconter à leurs petits-enfants tapis dans leur lit, oreilles grandes ouvertes mais coeur battant), Stéphane Colin nous entraîne dans de petites aventures "vécues" par des enfants ou imaginées, allez savoir !

L'univers est attachant, rempli de tendresse et de suspense. 

Pour des enfants à partir de 10 ans, dit l'auteur...

Selon moi, à raconter bien plus tôt, pourquoi pas lorsqu'ils lisent (ou qu'on leur lit) certaines histoires de la collection "L'école des loisirs" ? Je me souviens d'une histoire que mon fils adorait "Cornebidouille"... Une sorcière terrifiante ! Dans la même veine que "Promenade au pays hanté", peut-être même plus effrayant mais qu'il me demandait à 5 ans de lui relire en boucle : il se cachait sous les draps, tremblait aux bruitages que je m'efforçais de faire mais adorait l'écouter parce que l'enfant-héros du récit était le plus fort, le plus malin... 

Et c'est le cas, ici : les enfants sont des héros courageux, malins, charismatiques...

Alors, proposez ces petites histoires même plus tôt : ils vont adorer et vous aussi !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Résultat du concours sur l'imaginaire pour la super revue "les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 1 : Séverine Baaziz

Texte 2 : Nicole Graziosi

Texte 3 : Micheline Boland   => 1 vote

Texte 4 : Micheline Boland   => 5 votes

Texte 5 : Bernadette Gérard-Vroman    => 1 vote

 

La gagnante du concours est... MICHELINE BOLAND !

 

 

 

Merci à toutes les participantes ! A remarquer que tous les textes ont été écrits par des... femmes ! (Euh... Comme d'habitude, en fait !) et merci à tous les votants ! 

Publié dans concours

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Maryline Marnas et Sophie Ferret... Un reportage actu-TV !

Publié le par christine brunet /aloys

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Christine Delcourt nous présente son recueil de poésies "lèse-intérieurs"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Biographie

 

Christine Delcourt est née sous le signe des Poissons, dans la ville du Grand Jeu, dans le Nord-Est de la France. Elle écrit depuis l'âge de quinze ans. Une vingtaine de ses recueils de poésie, en vers libres ou prose, ont paru chez divers éditeurs en France et en Suisse. Nombreux sont ses textes qui ont été publiés dans une centaine de revues et anthologies.

 

Résumé (4e de couverture)

 

Lèse-intérieurs réunit un ensemble de poèmes qui sont autant de petites pierres serties sur le chemin de l'évolution spirituelle. Pierres douces comme galet dans la paume roulé, pierres dures comme cristal qui tranche le coeur.

L'être est déchiré entre l'âme qui aspire à s'élever dans l'éther et le corps qui prend racine dans l'écorce terrestre. Dans le doute, la progression est lentes, mais semée d'étoiles qui mènent vers la lumière.

Le souvenir d'univers perdus, archivés en mémoire, guide les pas hésitants et parfois rétifs dans la confrontation aux grands mystères de l'univers. Les yeux se dessillent peu à peu, les mots résonnent pour mieux se fondre en la musique des sphères.

Et c'est dans le creuset d'un sentiment universel que prend forme la quête finale.

 

Court extrait

 

 

 

La corne de cristal

 

 

 

                                               Eprouver le silence

                                               dans le tanin de l’être

 

 

                                               c’est déjà perfectible

                                               croire en cette symphonie

                                               de nos organes vains

 

 

 

                                                                       et accepter en la première note

                                                                       cette pluie de poussières

 

 

                                                                       qui nous liquéfie

                                                                       puis soudain nous magnifie

Publié dans présentations, Poésie

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Texte 5 Concours sur l'imaginaire - vote sur ce dernier post jusqu'au 23/11 18h

Publié le par christine brunet /aloys

L’imaginaire… Que d’images revêt ce mot qui, en une fraction de seconde, me renvoie au musée de l’Imagerie à Epinal, un défilé d’images en couleur, d’Epinal à Limoges, de Limoges à l’image de ces peuples que Lennon « Imagine », haies réunies. De Lennon à André Mage de Fiefmelin, ce poète baroque du 16e siècle, dont les vers suivants, soudain, me reviennent à l’esprit :

« Comme un navire en mer au fort de la tourmente,

Prêt à choquer les rocs par les vents agité,

Sitôt qu’un feu de joie a montré sa clarté,

L’air se tait, l’eau se calme, et l’orage s’absente ».


 

S’en suit une mélodie en do mineur, un air sur un rythme binaire, où un peu plus loin, le ternaire vient prendre le pas, sans pour autant ternir le tableau, bien au contraire, il l’irradie. C’est une danse d’âmes, gracieuse. Un clair obscur.

L’imaginaire, c’est cela, c’est ce qui vient agiter les vents du mental, pour m’emmener, hier dans la tourmente, aujourd’hui sur une plage avec une mer d’huile, où je m’abandonne pour m’imprégner des sons et parfums les plus subtils, que je respire au passage.

C’est ce qui, parfois, caché dans les recoins de ma mémoire, vient à surgir sans crier gare, ce côté face, l’inattendu, qui surprend, cette note qui se suspend, créant tout le suspense, celui qui vous met en haleine, ces folles pensées qui ne cherchent rien d’autre qu’un endroit pour les habiter, pour s’abriter, attirer l’attention, quitte à te mettre en otage, te faire passer pour fou, tout est permis, soyons créatifs, soyons fous, voyons, l’imaginaire n’a pas de limites ! Il dépasse l’impensable, l’incommensurable…

Ne plus s’encombrer, mais sortir l’inutile, quoi qu’il advienne et qui sait, en prenant vie sur papier, il peut devenir utile, pour l’exercice, et tant qu’à faire, le joindre à l’agréable, puisque tout est prétexte et plaisir pour écrire, pour être lu.

L’imaginaire, c’est aussi ce que je vois et que les autres ne voient pas, une fantasmagorie, une hallucination, ce qui me vient, ce que j’en fais, ce que j’ose, ces images qui errent dans un hier, un ailleurs, une capture d’écran au plus profond de moi-même, un instantané, un haïku, tout au plus.

C’est ce qui vient se poser sur ma feuille, sans chercher à comprendre pourquoi, c’est déjà là, alors laissons-le s’installer, prendre forme, c’est ici et maintenant, ne pas le retenir surtout, simplement l’accueillir, combler le vide, lui donner toute sa place, une chance, d’être en vie, d’être là, une évidence ? Un concours de circonstances…?

 

Publié dans concours

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Texte 4 Concours sur l'imaginaire

Publié le par christine brunet /aloys

L'année de mes neuf ans

Enfant de neuf ans, dans la solitude de ma chambre, je n'avais guère que les livres d'images pour échapper à l'affligeante réalité. Par passion, mes parents étaient devenus bouquinistes. Ils s'occupaient davantage de leur clientèle et de leur commerce que de moi. Ils me laissaient emprunter les albums qui me plaisaient. La mangrove et ses arbres émergeant des eaux m'attiraient tout autant que les nuages en forme de papillon qui parcouraient le ciel de la couverture d'un recueil de contes. Je vivais la vie des flocons de neige tombant sur les igloos, je devenais tour à tour le pêcheur qui tentait de capturer des sirènes ou la sorcière qui préparait une potion qui avait le pouvoir de rendre invisible.

À mon retour de l'école, sitôt mon goûter avalé, je m'évadais entre les pages. Je voyageais, je voyais des plantes magnifiques, des animaux exotiques. La vie s'écoulait ainsi au rythme des aiguilles de l'horloge et des dessins de vieux bouquins que je découvrais avec gourmandise.

Quand je suis tombée malade, j'aurais voulu que mon hépatite ne guérisse jamais. En peu de temps, ma chambre était devenue l'annexe du magasin. Papa et Maman m'apportaient régulièrement des livres enjolivés le plus souvent par des illustrations raffinées. Parmi les dessins qui m'ont marquée, il y avait un œuf d'autruche dans lequel un artiste minutieux avait aménagé une grille…Une armée de fourmis progressait vers cette providentielle ouverture afin de découvrir un intérieur extraordinaire. Étrange petit peuple auquel je m'identifiais ! Étrange intérieur garni de fleurs multicolores ! Étranges semaines où les livres étaient mes agréables compagnons.

Un jour, Maman m'annonça que les résultats de ma dernière prise de sang étaient satisfaisants et que j'allais pouvoir reprendre le chemin de l'école le lundi suivant. Maman consacra l'après-midi à faire le grand ménage dans ma chambre, emporta les ouvrages devenus inutiles et me fit faire des exercices de français et de calcul. Ce jour-là, une drôle de bestiole pénétra dans ma chambre par la fenêtre entrouverte. Elle était d'une blancheur nacrée. Je crus reconnaître en elle, une des héroïnes d'une histoire que j'avais lue. Elle se posa sur mon édredon, puis sur ma main où elle laissa une trace et repartit. La trace était comme un tatouage que Maman remarqua à son retour. Elle m'envoya à la salle de bains et j'eus beau frotter et frotter rien n'y fit. Maman me dit : "Cela sera un petit souvenir de ton hépatite."

Le lundi suivant, je rentrais à l'école. J'avais changé : durant les cours, je trouvais avec une rare facilité les réponses aux questions posées par la maîtresse et durant les récréations, je parvenais à captiver mes copines avec des histoires que j'inventais au fur et à mesure.

Souvent, je regardais la petite tache brune sur ma main et j'éprouvais un grand bien être.

À présent à chacun de mes voyages, je retrouve quelque chose du monde merveilleux découvert dans les livres l'année de mes neuf ans.

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Texte 3 Concours sur l'imaginaire

Publié le par christine brunet /aloys

MARJOLAINE


 

Dix centimètres, des petits yeux noirs brillants, une fourrure blanche comme la neige, Marjolaine est ma meilleure amie. Comme il est hors de question pour mes parents d'avoir un chien ou un chat, Marjolaine est devenue ma confidente. C'est ma grand-mère qui m'a offert cette peluche pour mes sept ans. J'ai choisi ce prénom, celui de ma copine restée dans le petit village où je suis née. Pour se rapprocher du travail de papa, nous avons déménagé en ville où la vie est tout autre qu'au village. J'allais à l'école à pied. À présent, je prends le bus.

Qui pourrait comprendre que je viens d'un univers où les récréations duraient quelquefois plus longtemps que prévu et où l'on travaillait davantage en groupes. Dans ma nouvelle école, j'ai très vite pris conscience d'être une élève différente, moins bien habillée que les autres, plus rêveuse et pas du tout au courant des jeux à la mode.

Alors j'ai décidé d'emmener Marjolaine partout : en classe, au réfectoire et même dans la salle de gym. Elle ne prend pas beaucoup de place dans mon cartable qu'il me suffit d'ouvrir pour trouver sa présence rassurante.

Dans mon école, un établissement très réputé, m'a dit Maman, l'institutrice, Madame Virginie, ne cesse de me houspiller : "Catherine gigote moins… Qu'est-ce que je viens de dire ? Regarde-moi quand je te parle…Relis tes devoirs, tu feras moins de fautes."

Marjolaine et moi, on partage le même lit, le même banc. Le soir, sous ma couette, je lui raconte tout ce que j'ai sur le cœur : que Madame Virginie est injuste lorsqu'elle déduit des points pour "écriture déplorable", que c'est le plus souvent moi qu'on pointe du doigt à la moindre peccadille, qu'on m'appelle souvent la nouvelle plutôt que de dire Catherine. Marjolaine ne répond pas, mais je sais qu'elle comprend tout ce que je lui raconte. Elle rit, oui je peux affirmer qu'elle rit, quand je suis la meilleure en calcul mental et que Madame Virginie me complimente. C'est si rare les félicitations !

Parfois, un petit coup d'œil à mon cartable et Marjolaine m'inspire la bonne réponse. Mais chut, personne ne doit le savoir !

Depuis hier, il y a une nouvelle, elle s'appelle Nadia et descend au même arrêt de bus que moi. La maîtresse m'a demandé de la mettre au courant des habitudes. Nadia m'a offert des bonbons parce que je lui ai prêté des crayons de couleur. Elle aussi a une peluche dans son cartable, elle s'appelle Émilie. Elle me l'a montrée et je lui ai montré Marjolaine. C'est notre secret

Un jour, quand Nadia sera devenue ma vraie copine, je n'aurai peut-être plus autant besoin de Marjolaine…À nous quatre, Marjolaine, Émilie, Nadia et moi, on formera une vraie équipe…

 

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Texte 2 : Concours sur l'imaginaire

Publié le par christine brunet /aloys

La lettre

 

Nul tampon sur cette enveloppe au ventre gonflé et à l’écriture inconnue. Dorine la palpe, l’observe puis ne résiste pas au désir de l’ouvrir sur le champ, là devant tous. Elle cache son émotion en découvrant sur les quelques feuillets une écriture si différente de celle de l’enveloppe. Une écriture qui, une bonne quinzaine d’années plus tôt, lui fut très familière et qui est toujours en sa mémoire, incrustée à jamais. Le « Ma chérie » aperçu subrepticement en replaçant les messages dans leur enveloppe attise sa curiosité. Elle attendra pourtant d’être seule pour en savourer la suite. « Mais d’où proviennent ces écrits puisqu’il a quitté le monde depuis plusieurs « années ? Ils sont datés de quelques jours avant sa disparition ... « Sans doute a-t-il été transporté d’urgence dans un hôpital. Il n’aura pas eu la « possibilité de me les envoyer... « Peut-être les a-t-il confiés à un ami, à celui qu’il avait chargé de me prévenir de son « décès : « Il tenait absolument à ce que je vous prévienne immédiatement, vous « étiez la femme de sa vie » ... « Nul doute que c’était là sa façon de me faire participer au dernier adieu que ni la « distance ni les conventions ne permettaient ... « Fut-il, lui, le dépositaire de ce précieux trésor ? ... « Un autre de ses amis, peut-être ? ... « Et si c’était sa femme qui les avait trouvés, ou ses fils, dans une quelconque « cachette ? ... « Emus par un si grand amour soudain révélé, dans un élan de respect ou de « tolérance, auraient-ils pu décider de remettre ces feuillets à leur destinataire ? ... De pourquoi en comment et de peut-être en sans doute, la journée de Dorine n’est que questionnements et suppositions. Son esprit virevolte entre souvenirs, désirs et espoirs. Les années ne se sont pas écoulées. Elle revit chaque instant de sa vie d’alors mais elle craint de les avoir enjolivés et peut-être un peu magnifiés avec le temps. Elle se connaît. Elle sait la force de son esprit. Voilà, enfin, le moment venu de mettre fin à son attente, à son besoin de ressusciter, de retrouver les mots du bon vieux temps, les mots qui l’ont construite, qui l’on consolée, qui l’ont fait naitre à elle-même et à la vie. Que ce retour impromptu dans la chaleur de sa vie lui fait de bien ! Ses mains tremblent. Que cette attente fut délicieuse ! «Ma chérie, je ne te mérite pas ... « Tu m’as tant apporté ... « Tu as été si patiente, ma femme adorée, ma si chère Elsa. L

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