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Didier Fond nous propose un nouvel extrait de son roman "Les Somnambules"

Publié le par christine brunet /aloys

Une chaleur lourde, obsédante, écrase la ville. Quel mois sommes-nous ? Quelle date ? Les saisons n’existent plus. Je sais qu’il est midi lorsque le soleil culmine à l’horizon, je sais que c’est le soir quand le ciel s’obscurcit. L’alternance du jour et de la nuit est le seul point de repère temporel qui nous reste. Quand je pense qu’avant, chaque heure avait sa signification, sa fonction, ses occupations… Tout était si bien réglé qu’il me restait peu de temps pour me rendre compte que, justement, le temps passait, à une vitesse démentielle. Il continue, d’ailleurs. C’est bien la seule chose qui n’a pas changé. J’ai seulement désormais la possibilité de le regarder s’écouler et l’entière liberté de ne faire que cela et paradoxalement, c’est au moment où je pourrais enfin le toucher du doigt, le matérialiser, que je m’en désintéresse le plus…

 

Nous marchons en silence dans les rues désertes. Pas un bruit. Je me souviens de mes premières promenades, seul, à travers la ville. J’ai parcouru des kilomètres à la recherche d’un visage, d’une voix, d’une présence. J’aurais préféré, je crois, marcher au milieu d’un champ de ruines. Mais tout avait l’air si tranquille, si semblable à ce qui existait avant… J’avais devant les yeux une ville qui ressemblait traits pour traits à celle que j’avais quittée quelques jours auparavant, absolument intacte, mais vide, abandonnée à son sort, condamnée à contempler dans les eaux de ses deux rivières le reflet de sa propre agonie.

 

Toutes ces maisons qui me dévisageaient de leur mille yeux grand ouverts, qui semblaient se pencher sur moi, me suivre du regard tandis que j’avançais le long des avenues et des quais déserts… Je me revois marchant au hasard, monologuant à voix haute, essayant même parfois de chanter pour briser l’angoissant silence qui m’entourait ; et, saisi, d’une véritable folie, grimper quatre à quatre l’escalier d’un immeuble, marteler toutes les portes de mes poings, crier les noms que je lisais, gravés sur les plaques de cuivre, redescendre, recommencer ce manège dans un autre immeuble, jusqu’à ce que, ivre d’épuisement et de peur, je m’effondre en pleurant sur les marches, la tête entre les mains. Comment, à cet instant-là, ai-je résisté à l’envie d’en finir ? Comment, alors que j’étais parvenu au bord du fleuve, ai-je eu le réflexe de me rejeter en arrière et de m’enfuir loin de la tentation ? Comment enfin, arrivé chez moi, ai-je pu tenir toute une nuit, assis sur une chaise, le regard fixé sur la bougie qui se consumait, partagé entre l’intense désir de mourir et la terrible peur de la mort ? Sans doute n’avais-je pas atteint le dernier degré du désespoir, acquis cette morne résignation, cette indifférence de ceux qui ont connu le pire et qui n’ont plus rien à attendre, plus rien à espérer et plus rien à redouter.

 

A deux, c’est différent. La conversation permet d’oublier un moment l’absence de la foule et le silence. Tandis que nous nous dirigeons vers les quais du fleuve, je l’entends me raconter sa vie dans son village de montagne. Il me parle de sa solitude, de cette envie chaque jour plus forte qui le tenaillait : partir. Ce n’est pas la première fois qu’il évoque devant moi son existence de reclus, et c’est d’une oreille distraite que j’écoute pour la énième fois ce récit. Il ne lui aura pas fallu bien longtemps pour attraper le virus de Saint-Jean : raconter sa vie dans les moindres détails, à la moindre occasion, devant n’importe quel auditoire, aussi réduit et inattentif soit-il. Fera-t-il bientôt comme Eralda qui tient de longs discours à son reflet dans le miroir ?

Publié dans extraits

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Christina Previ nous propose un poème "Murmure des murs"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

Murmure des murs

 

 

Et si tout n’était que murmure

Malgré le plus dur

Du vécu dans et hors les murs

De l’humanité immature

 

Et si tout n’était que murmure

Effacement des sons durs

Explosion d’un bruit pur

Pour effacer les traces de torture

 

Et si tout devenait murmure

Dans l’écoute attentive des gens mûrs,

Sous la caresse d’un regard azur,

De nos mains tendues au travers des murs

 

Et si désormais les murs

N’entendaient plus que des murmures...

 

 

 

Christina Previ

Publié dans Poésie

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Christian Eychloma nous propose un nouvel extrait de son nouveau roman "Ta mémoire, pareille aux fables incertaines"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

« Je suppose que vous pourriez aller beaucoup plus vite que ça ? » s’enquit Bob, debout dans le poste de pilotage, balayant curieusement du regard le tableau de bord de l’étrange engin.

« Nous le pourrions sans problème, mais préférons observer la plus grande prudence » répondit le commandant Jarov, bien calé dans son fauteuil, la main sur le levier de commande. « Avec une telle pression de l’air, la portance est énorme et nos deux moignons d’aile suffiraient amplement à nous propulser vers le plafond de la grotte à la moindre accélération… Sans même parler de ces espèces de lianes qui nous barrent souvent la route et que l’on n’aurait pas le temps d’éviter ! Veillez à propos à vous tenir solidement à la poignée de sécurité… »

Bob obtempéra avant de se pencher légèrement pour scruter, à travers l’épais matériau transparent de la verrière, la profonde caverne brillamment éclairée par les puissants projecteurs situés à l’avant de la « taupe ».

De drôles de plantes ligneuses, aux longues tiges fines et diaphanes, croissaient dans tous les sens le long des parois, s’en écartant parfois pour surgir comme par magie devant le nez de l’appareil lorsqu’on les éclairait, surprenant le pilote en l’obligeant à un brusque écart. Et ces bizarres bestioles ailées, forcément aveugles, zébrant en permanence de leur vol zigzagant l’espace clos fugitivement illuminé de ces tunnels enfouis sous des kilomètres de roche…

Des bestioles qui éveillaient tout d’un coup de vieux souvenirs de lecture. Comment appelait-on ces mammifères terrestres cavernicoles aux ailes membraneuses dont il se rappelait avoir vu des photos ? Peu importait… Il était au fond à peine étonné de retrouver ici comme un petit échantillon de la surprenante faune de cette lointaine planète mère qu’il ne connaîtrait jamais. Les cours d’exobiologie qu’il avait jadis suivis sur Atlantis ne l’avaient-ils pas amené à comprendre que la vie réutilisait toujours et partout les mêmes recettes gagnantes pour s’adapter à des situations similaires ?

Des situations similaires… Il avait beau se répéter qu’il appartenait à une civilisation entièrement tournée vers l’espace, une technocratie qui ne s’intéressait aux planètes plus ou moins habitables que pour les richesses minérales qu’elles pouvaient offrir, il lui était toujours aussi difficile d’admettre que les autorités d’Ouranos aient pu ignorer jusqu’alors l’existence de cet incroyable édifice naturel. Cet immense labyrinthe sous-terrain que d’autres avaient su discrètement utiliser à leur profit.

« Et vous dites avoir des cartes suffisamment précises de ce réseau de galeries dans lesquelles nous sommes en train de nous faufiler ? » demanda-t-il, un peu inquiet. « Je n’arrive pas à croire qu’il puisse vraiment s’étendre sous toute la surface…

- C’est pourtant vrai. Enfin, presque… Avec de nombreux endroits bien moins praticables que cette portion-là, mais ça passe toujours. Et heureusement pour nous car je doute fort que nous ayons eu le temps de nous échapper par la mer !

- Vous pensez qu’ils ont détruit la base, à l’heure qu’il est ?

- Si ce n’est fait, c’est qu’ils s’apprêtent à le faire… Il valait mieux foutre le camp au plus vite, croyez-moi. Notre base de repli la plus proche n’est qu’à cinq heures de route environ. Mais ce qui me préoccupe le plus, c’est que maintenant, ils savent. Fini, l’effet de surprise !

- Mais s’ils détruisent la base…

- Ils se douteront bien que nous en avons installé d’autres et feront tout pour les trouver. Ça risque d’être « chaud », à partir de maintenant…

- Ce qui me paraît rassurant, c’est qu’ils ne disposent probablement pas de la technologie leur permettant d’explorer les fonds marins comme vous pouvez le faire… Pourquoi l’auraient-ils développée, ignorant totalement ce qui était en train de se tramer ?

- Juste un petit sursis, Bob… Cela ne nous laisse qu’un tout petit sursis avant que nous ne ressuscitions l’antique guerre sous-marine ! » répondit le commandant sur un ton désabusé. « Avec toutefois d’autres moyens que ceux dont on disposait lors des batailles navales de notre bonne vieille Terre ! On a dû vous parler de ça à l’école ?

- Oui, je me souviens vaguement de ces histoires de sous-marins torpillant des navires qui à leur tour leur balançaient des charges explosives…

- Des grenades, c’est ça… On appelait ça des grenades.

- Ces récits m’amusaient beaucoup, étant gosse !

- Ça vous amusera moins lorsque les satellites d’observation, repérant le moindre déplacement de masses métalliques dans les profondeurs, nous enverront les chasseurs suborbitaux lestés de torpilles à charge d’antimatière… »

Bob, mal à l’aise, ne répondit pas. Il se contenta de tourner la tête vers l’arrière de la cabine où Alex, n’ayant pas suivi la conversation, s’entretenait calmement avec les deux nouveaux venus responsables bien malgré eux de la situation périlleuse où ils se trouvaient tous maintenant.

Il ramena son regard sur la nuque du commandant pour poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Comment pourrons-nous quitter Ouranos, maintenant ?

- L’équipage de l’Exocet apprendra ce qui s’est passé ici aussitôt qu’ils sortiront de l’hyperespace » répondit celui-ci sans quitter des yeux l’avant de la machine dont les phares paraissaient vouloir fouiller les entrailles de la planète. « Ne vous en faites pas… Vous pourrez tous embarquer lorsque le vaisseau se présentera à l’entrée de notre prochaine base, là où notre sous-marin nous attend déjà !

- Là-bas aussi un énorme tube blindé, j’imagine… L’Exocet se verrouillera directement sur le sas ?

- Si la topographie du lieu le permet. Sinon, le sous-marin se chargera de vous transborder sur le vaisseau posé un peu plus loin sur le fond… »

Cet incroyable voyage sous la surface d’un monde supposé sans mystère… Le vaisseau posé sur le fond de l’océan, attendant sagement ses passagers… Depuis le début de cette surréaliste aventure, tout ça réveillait en lui des bribes de souvenirs.

Ces naïfs romans d’anticipation datant d’une époque qui se perdait dans la nuit des temps. Un de ces auteurs anciens dont il avait oublié depuis longtemps le nom et qu’on avait dû lui présenter, étant gamin, à titre de curiosité. L’auteur, à ce qu’il croyait savoir, de quelques-uns des plus vieux récits de science-fiction. De ce que l’on n’appelait pas encore - de ce que l’on n’appelait plus - de la science-fiction.

Avant, bien avant la grande diaspora. Sur une Terre qui s’apprêtait à vivre, quelques siècles plus tard, ce que peu d’écrivains avaient osé imaginer.

Christian Eychloma

Publié dans Textes

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L'interview de Didier Fond pour son nouvel ouvrage "Les somnabules"... La suite...

Publié le par christine brunet /aloys

 

- Après avoir évoqué la genèse de ce roman, j’aimerais que nous parlions à présent de l’intrigue, du décor, des personnages. Car enfin, où sommes-nous ? Quelle est cette ville ? Pourquoi est-elle présentée comme une ville morte, abandonnée de ses habitants ? Pourquoi sont-ils partis ?

- Partis et revenus pour onze d’entre eux. Mais de là à savoir la cause de ce départ précipité… Peut-être les lecteurs vont-ils être déçus de se rendre compte que, le livre refermé, ils n’en savent finalement pas plus à la fin qu’au début sur certains points. C’est évidemment voulu. L’étrangeté de la situation entraine fatalement un environnement lui-même étrange, des personnages au comportement qui sort de ce qu’on appelle la « normalité ». Tu te demandes quelle est cette ville, si on peut la nommer : oui et non ; si elle existe ou si elle est totalement imaginaire : les deux, car bien sûr, le modèle réel est assez reconnaissable, j’ai gardé les noms exacts de certains lieux mais les distances, les éléments qui la composent ont été modifiés. Ainsi lors de la promenade nocturne du groupe à Saint-Jean, si l’on s’était trouvé dans la réalité, il aurait été impossible de voir, du bord de la rivière, la place où se réunissent les Gardiens de la nuit. De même, il aurait fallu que mes personnages soient munis de jumelles pour distinguer aussi précisément les lumières. Ainsi on peut éventuellement identifier cette ville mais les transformations spatiales en font une autre ville, qu’il devient alors difficile de nommer.

- Mais pourquoi en avoir fait un désert total ? Quelle en est la cause ?

- Cela fait partie des mystères qui ne seront jamais résolus. Chacun peut imaginer ce qu’il veut. Il faut simplement se rappeler qu’elle est absolument intacte : il n’y a aucune ruine, rien n’a changé si ce n’est que la population a disparu. Certaines solutions deviennent alors impossibles : pas de guerre, pas de bombardement, pas de missile atomique. Peut-être une épidémie, un conflit bactériologique. On ne sait pas. Simplement, les habitants ont fui, pour une raison connue d’eux seuls et même pas de moi car honnêtement, j’ignore quelle pourrait être l’origine de ce départ. Pour moi, cette ville que je voyais en pensée ne pouvait qu’être abandonnée. Encore une fois, cela fait partie de la mise en place d’un décor inquiétant et oppressant. La chaleur torride qui enveloppe la ville est également un élément destiné à mettre mal à l’aise le lecteur. Pourquoi fait-il si chaud ? Les conditions climatiques se sont-elles détériorées ? Est-ce la raison de cet exode ? Cela parait peu probable mais c’est une piste… qui ne mène en fait nulle part puisqu’aucune solution ne sera donnée.

- Au fond, il suffit d’accepter les présupposés tels qu’ils nous sont donnés, sans chercher à rationaliser les faits.

- Exactement. Et ce n’est pas toujours facile, je le reconnais, en fervent lecteur d’ouvrages fantastico-étranges (joli néologisme !) que je suis. Il faut évidemment prendre garde, à force de vouloir être étrange, de ne pas tomber dans le grotesque ou l’invraisemblable.

- En tout cas, il y a une chose qui me semble assez claire, si on excepte les membres de la Divine Trilogie : ce sont les rapports entre les personnages.

- Oui, ce que tu dis est très juste. On comprend vite leurs relations et leur état d’esprit les uns envers les autres. Les deux qui me paraissent le plus évident à analyser sont Louis et le narrateur.

- Effectivement : leur relation est très ambiguë.

- Ca dépend de quel point de vue on se place. En ce qui concerne Louis, il n’y a aucune ambiguïté chez lui. Il éprouve pour le narrateur une très vive amitié, mais cela ne va pas plus loin. Celle qui le fascine et qui va facilement le séduire, c’est Eralda. Le narrateur, par contre, est amoureux de Louis, cela se devine aisément car des indices ne cessent d’être donnés tout au long du roman. C’est ce qui rend si terrible sa situation : il éprouve un amour impossible, qui devient de plus en plus évident, mais qui est source de terribles souffrances au regard des événements qui vont survenir. En même temps, Axel ne le laisse pas indifférent sur le plan physique. Il rêve à lui, mais il ne sait pas trop quels sentiments il ressent à son égard. Ajoutons qu’il n’est pas indifférent au charme sensuel d’Eralda, ce qui complique davantage la situation. Le narrateur semble en fait être quelqu’un de très complexe, bien plus que Louis ; a-t-il vraiment vécu ou bien n’a-t-il fait que rêver sa vie ? Lui-même n’arrive pas à le savoir et c’est l’objet de sa méditation nocturne sur le balcon.

- Nous avons affaire à un groupe que le narrateur appelle « les survivants de Saint-Jean » ce qui laisse supposer qu’ils ont été confrontés à des dangers mortels. Et logiquement, ils devraient s’entraider, être amis à cause de ce qu’ils ont tous vécu, ce qui n’est pas le cas. Je vais même aller jusqu’à dire qu’ils se détestent et qu’ils ne se supportent pas. Du reste, le narrateur le dit franchement.

- Tout à fait. Chacun s’occupe de soi d’abord, même si parfois, un vague reste d’altruisme se manifeste : je pense à l’attitude d’Arabella face à Elsa qu’elle raccompagne chez elle parce qu’elle ne se sent pas bien : elle incite ceux qui n’ont pas participé à l’expédition à aller la voir. Ou bien aux regrets du narrateur quand il apprend la mort d’Elsa. Mais ce sont vraiment des moments très rares. Ce n’est qu’à la fin que le narrateur comprendra à quel point, finalement, il était attaché à eux.

- Venons-en maintenant à la Divine Trilogie : un surnom plus qu’étrange, qui laisse supposer bien des choses…

- Et que la fin est censée expliciter. Oui, en effet, les rapports qu’ils entretiennent entre eux sont également étranges, Axel le dit nettement quand il affirme qu’en apparence, ils sont souvent en train de se disputer mais qu’ils sont et seront toujours unis face aux décisions graves à prendre. Raphael paraît parfois en opposition à ses deux amis, mais c’est pour mieux se rapprocher d’eux quand c’est nécessaire. Quant à leurs rapports avec les « survivants », ils sont simples : ils les commandent, les dominent, leur imposent des règles. Vers la fin, le destin de Mona-Lisa montre clairement à quel point ils sont, tous les trois, redoutables. Et combien Louis a eu raison d’affirmer qu’ils n’étaient pas ce qu’ils prétendaient être.

- Dernière question, et pas la moins facile : pourquoi restent-ils dans cette ville à attendre Dieu sait quoi. Pourquoi ne repartent-ils pas ? Et derrière cette histoire fantastique, se cache-t-il un message, une réflexion sur l’être humain ?

- Louis pose la même question au narrateur et je vais vous faire la même réponse que ce dernier pense sans la dire à voix haute : ils sont déjà partis, mais ils sont revenus. L’extérieur n’offre plus rien, sinon que des raisons de désespérer. Autant revenir chez soi et attendre.

- Terrible fatalisme qui les enchaîne au sort qu’ils ont voulu fuir mais qu’ils subissent quand même. Belle ironie !

- C’est vrai. Mais au fond, ils ne se posent pas longtemps la question. Quant à un éventuel message derrière ce roman, assurément non : pour moi, ce n’est qu’une histoire que j’ai aimé raconter, et que, je l’espère, les lecteurs apprécieront, rien de plus. Mais chacun peut y voir ce qu’il veut : c’est le privilège du lecteur de pouvoir se l’approprier, sans tenir compte des intentions de l’auteur.

Publié dans interview, présentations

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SUR LE CHEMIN DE L'ATELIER, une poésie signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

SUR LE CHEMIN DE L'ATELIER

(Inspiré d'Ithaque poème de Constantin Cavafy – traduit par Jacky Lavauzelle)


 

Lorsque tu viendras ici pour cet atelier

Pense bien à tous les chemins que tu auras empruntés

Chemin semé d'embûches, chemin plat et facile.


 

Peut-être rencontreras-tu ton image dans les yeux d'une autre

Peut-être verras-tu les yeux humides d'un ami

Ou celui plein de compassion de celle dont tu ignorais la vie.


 

Lorsque tu viendras ici pour cet atelier

Pense bien à tous les chemins que tu auras empruntés

Chemin boueux, chemin inconnu et faisant peur.


 

Peut-être rencontreras-tu l'autre sans le savoir

Peut-être observeras-tu que les fleurs poussent aussi entre les pavés

Ou qu'un petit caillou blanc peut prendre vie.


 

Lorsque tu viendras ici pour cet atelier

Pense bien à tous les chemins que tu auras empruntés

Chemin joyeux peuplé de musique, chemin ignoré de tous et dangereux.


 

Peut-être rencontreras-tu enfin celui que tu es vraiment

Peut-être entendras-tu quelqu'un chanter une chanson

Ce qui est sûr, c'est que tu y reviendras même si c'est en rêve


 

La route est là, prends-la sans crainte

Avance, cours, marche, arrête-toi si besoin

Mais n'oublie jamais qui tu es.


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

Publié dans Poésie

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INTERVIEW N°1 DE DIDIER FOND POUR "LES SOMNAMBULES"

Publié le par christine brunet /aloys


 

« Ainsi donc, les Somnambules, c’est ton cinquième roman édité chez Chloé des Lys ?

- Le cinquième dans l’ordre de parution, oui. Mais pas dans l’ordre d’écriture. Il va falloir faire une grande remontée dans le temps pour comprendre sa gestation.

C’est-à-dire ?

- Eh bien ce n’est pas le cinquième roman mais le premier que j’ai écrit d’où ces tâtonnements successifs et le temps que j’ai mis à le composer, car il y a eu au moins trois ou quatre versions, de plus en plus longues. La première idée, je dis bien idée, pas le premier jet écrit, je l’ai eue en 1980. C’est en écoutant quelques chansons de Mélina Mercouri que j’ai imaginé non pas la trame mais quelques éléments du futur roman. Mais je n’avais aucune idée sur la façon de les relier entre eux. C’est donc resté à l’état d’idée jusqu’à l’été 1983. J’ai commencé la rédaction sur cette simple trame : la vie d’un groupe de gens dans une ville abandonnée pour x raisons et écrasée par une .chaleur épouvantable. Et j’ai eu la maladresse de mêler à cette trame pas mal d’éléments autobiographiques.

Pourquoi « maladresse » ? Le sujet pouvait s’y prêter.

- Non. Et c’est Léda, l’amie à laquelle je dédie le livre, qui me l’a fait comprendre. Je m’embrouillais dans des détails totalement inutiles et comme j’avançais à l’aveuglette, sans savoir où j’allais car je n’avais pas de trame précise à part celle exposée plus haut, bien trop vague pour permettre un développement intéressant, le récit s’enlisait et s’éternisait. De plus, m’a-t-elle expliqué, ce mélange de presque fantastique, en tous cas étrange, et les remarques sur ma vie personnelle ne passaient pas du tout ou du moins, pas de la façon dont je le concevais. J’avais en fait deux livres en un seul : une autobiographie très ordinaire et un récit intéressant qui, si je le peaufinais et l’approfondissais, pouvait donner un roman passionnant. Je la revois encore tenant entre ses mains les feuilles tapées à la machine (on n’avait pas encore d’ordinateur) et les séparant en deux groupes : l’histoire inventée d’un côté et les éléments personnels de l’autre. Le deuxième tas devait réintégrer le tiroir où je rangeais le manuscrit et le premier être posé sur mon bureau et être relu, corrigé et poursuivi.

- C’est ce que tu as fait ?

- Non, encore une fois. J’ignorais comment continuer, je n’avais pas d’idées. Et surtout, j’étais à une époque de ma vie où je faisais tout pour changer de travail. J’ai repris mes études de lettres, j’ai passé les concours d’enseignement, je suis devenu professeur. Je n’ai pas « oublié » le roman ; simplement il m’était impossible de penser sereinement et efficacement à une suite correcte, j’étais trop accaparé par le but que je m’étais fixé et par mes nouvelles fonctions.

- Et quand as-tu pu enfin reprendre ce récit ?

Partiellement en 1993 ; j’ai retravaillé ce qui était déjà écrit, avancé un peu en me laissant guider par mon imagination et le souvenir des scènes auxquelles j’avais pensé. La même année, pendant un congé maladie, j’ai enfin eu la vision globale de ce que pouvait contenir ce roman et je l’ai achevé d’un trait. Et très fier de moi, je l’ai fait lire à Léda.

- Laisse-moi deviner : elle t’a dit : « c’est nul, copie à refaire »

- Pas de cette façon aussi brutale. Mais bon, ça revenait au même. Surtout, elle m’a expliqué ce qui d’après elle, n’allait pas. Ce n’était pas l’intrigue, ni la langue : la trame était bonne, mais tout était trop rapidement expédié. Pas de description des lieux, des personnages, pas d’approfondissement dans la psychologie de mes héros, une fin certes grandiose mais mal reliée à ce qui précédait. Le lecteur était incapable de se représenter les personnages et donc de s’identifier à eux. Je précise tout de suite que cette fin, je n’ai jamais réussi à la rendre aussi parfaite que je l’aurais voulu, malgré de nombreuses réécritures. Je voyais très bien ce que cela aurait donné, mais impossible de faire coïncider l’imagination avec la réalité. J’ai fini par me contenter de celle du manuscrit.

- Finalement, quand as-tu été « satisfait » du résultat global ?

- Jamais. Je concède à ce roman de très nombreuses qualités, notamment au niveau de la langue que j’ai beaucoup travaillée, mais il reste encore des passages dont je ne suis pas vraiment satisfait, plus de trente ans après, notamment le dialogue final entre Eralda et Axel qui me parait à la fois trop explicite et pas assez. Mais ce que m’a dit Léda m’a fait réfléchir et j’ai ainsi pu décrire en profondeur le cadre dans lequel se déroule l’action et rendre mes personnages beaucoup plus intéressants que les simples silhouettes qu’ils étaient auparavant.

- Et qu’est-ce qui t’a poussé –ou qui – à le présenter chez CDL ?

- J’ai fini par admettre que je ne ferai rien de meilleur en insistant, que j’avais donné tout ce que je pouvais donner. Et puis, honnêtement, je commençais à en avoir assez de ce bouquin que je traînais avec moi depuis des années. J’avais d’autres trames en tête ; je l’ai laissé de côté et j’ai écrit d’autres ouvrages. Et puis un jour, je l’ai relu et, avec du recul, je l’ai trouvé bon. Un peu maladroit par moment mais tout à fait apte à affronter le comité de lecture de CDL. Léda était de mon avis. Alors, j’ai envoyé le manuscrit et j’ai attendu. Et voilà.

- Tu as parlé tout à l’heure de deux chansons qui ont été à l’origine du roman : tu te souviens desquelles ?

- Très peu : les titres ne sont pas restés dans ma mémoire. Je réentends dans ma tête la voix de Mercouri, un peu la musique, mais les paroles, franchement, je les ai pratiquement toutes oubliées. Il y avait une chanson qui parlait d’amis disparus et dont il ne restait que des photos et une autre d’un homme qui affirmait qu’il ne fallait pas perdre espoir, qu’une sorte de « Messie »viendrait nous délivrer ou quelque chose comme ça. J’ai repris cette idée dans la chanson qu’interprète Eralda au cabaret, lors de la soirée. Comme j’étais incapable de pondre des paroles, j’ai simplement donné un très vague aperçu de ce qu’elle disait et j’ai préféré insister sur les sentiments qu’elle faisait naître chez le public.

- Il y a quelque chose qui m’intrigue dans le roman : à aucun moment, le narrateur n’est nommé. Il n’a pas de nom. Je suppose que c’est voulu mais pourquoi ? Et as-tu eu des problèmes avec le nom des autres personnages ?

- Pourquoi un narrateur anonyme ? Honnêtement, je ne sais pas. Je n’arrivais pas à lui trouver un nom qui me satisfasse. Et puis, je me suis dit que ce personnage n’avait pas forcément besoin d’un nom, qu’il pouvait représenter tous les hommes dans sa situation. Mais je ne peux pas être plus précis. Par contre, pour répondre à la deuxième question, oui : donner une identité précise aux autres personnages m’a posé des problèmes : ainsi Louis s’est-il d’abord appelé Michel, puis Bruno : je n’étais pas satisfait de ces deux noms, je les trouvais communs et mon héros me semblait être quelqu’un certes d’ordinaire mais avec une aura tragique (son destin est horrible) qui devenait de plus en plus perceptible au fur et à mesure que le récit avançait. Et puis, j’ai pensé à Louis, prénom à mon avis plus original, surtout moins utilisé. Eralda n’a posé aucun problème, je l’ai trouvé tout de suite en abrégeant le prénom d’Esméralda dans Notre-Dame de Paris. Axel et Raphaël m’ont donné plus de fil à retordre. Ils changeaient de nom au fur et à mesure des différentes versions. Ils ont été d’abord Olivier (Axel) et Renaud (Raphael) : prénoms trop fades, trop courants pour ce qu’ils sont censés être. Je ne me souviens plus des prénoms dont je les ai affublés ensuite ; Axel et Raphael sont venus en dernier : j’ai été séduit par leur consonance et leur côté un peu mystérieux. Mais tout ceci est évidemment très subjectif. Quant aux prénoms des autres personnages, ils avaient moins d’importance : je me suis amusé avec les noms d’Eralda, Mona-Lisa, Arabella, Laura, Elsa : Pierre Benoit avait décidé que le prénom de ses héroïnes commencerait toujours par un A. J’ai voulu faire le contraire, j’ai choisi des prénoms se terminant par A. Ca n’a rien de génial, mais bon… On s’amuse comme on peut.

- Et il y a encore des romans en préparation, qu’on pourra lire un jour ?

- Pas en préparation. Mais j’en ai un certain nombre de côté qui ne demandent qu’à être relus, corrigés, allégés ou développés… et édités !

Publié dans interview

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Christina Previ nous présente son nouvel ouvrage "Itinérance d'un oiseau bleu"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Biographie courte

 

Native de la région du Centre, d’origine belgo-italienne.

Études secondaires à L’institut Ste Marie, La Louvière.

Résidant à la louvière.

Mariée, trois enfants, quatre petits-enfants.

Retraitée, mamie conteuse.

Animatrice (lecture vivante - contes) pour - Hainaut Culture Tourisme - depuis 2017.

Participation occasionelle aux concours de contes et nouvelles.

Auteur de plusieurs livres « Jeunesse ».

Ce recueil est le premier à destination du « Tout public ».

 

RESUME

 

Ce livre comprend 7 contes et/ou nouvelles :

En voici les titres :

-Du fond de la clairière

-Une visite inattendue

-Une vieille bassine

-Les grands cabas noirs

-Un œuf de pierre

-Curieux et pas bavard

-Le vent, la voix, la voisine

 

Récits courts de styles différents, reliés par un fil conducteur sous forme d’anecdotiques plumes bleues de l’oiseau mystère…

 

Extrait « Du fond de la clairière »

...

J’étais assise dans cet endroit charmant, non loin d’un vieux chêne, lorsque du fond de la clairière est monté un soupir discret, subtil mais suffisamment audible pour titiller ma curiosité. Je me suis retournée et j’ai aperçu la chaumine en pierre. De l’intérieur, rayonnait une faible clarté, je m’approchai alors, pour mieux discerner cette lueur et en comprendre la provenance.

 

Un souffle puissant arrêta mon élan, il était chargé d’émanations de sous-bois et de feuilles mortes, ponctué de parfums fleuris, entrecoupé d’effluves d’eau fraîche, d’exhalaison de foin sec, et même de relents de fruits pourris ! Je n’avais encore jamais humé autant de senteurs condensées en si peu d’espace et de temps !

 

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Le n° spécial de la revue "Les petits papiers de Chloé" est sorti !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Ça y est !!! La revue est enfin disponible !!! 36 pages sur le monde de l'édition, le livre... Avec la BD incontournable de Bob le Belge, les dessins humoristiques de François Beukels, les illustrations de Fralien... Des nouvelles, les textes gagnants aux concours organisés sur aloys, des chroniques de livres, des poésies... 

Vous retrouverez les plumes de Laurent Dumortier, Carine-Laure Desguin, d'Edmée de Xhavée, Séverine Baaziz, Bob Boutique, Cathie Louvet, Antonia Iliescu, Micheline Boland, Bernadette Gérard-Vroman, Viktoria Laurent-Skrabalova... mais pas seulement !

Notre équipe s'est surpassée pour vous proposer une revue digne de cet anniversaire... 20 ans, ça se fête !! laugh

 

Vous pouvez d'ores et déjà la commander sous format papier sur le site des Editions Chloé des Lys au prix de 6,50€ en cliquant sur le lien suivant revue les petits papiers 

 

Christine Brunet

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Viktoria LAURENT-SKRABALOVA, l'auteur de l'ouvrage "Le Berceau Nommé Mélancolie", voit l'un de ses poèmes publié dans la revue "2000 REGARDS"

Publié le par christine brunet /aloys

Viktoria LAURENT-SKRABALOVA, l'auteur de l'ouvrage "Le Berceau Nommé Mélancolie", voit l'un de ses poèmes publié dans la revue "2000 REGARDS"
Viktoria LAURENT-SKRABALOVA, l'auteur de l'ouvrage "Le Berceau Nommé Mélancolie", voit l'un de ses poèmes publié dans la revue "2000 REGARDS"
Viktoria LAURENT-SKRABALOVA, l'auteur de l'ouvrage "Le Berceau Nommé Mélancolie", voit l'un de ses poèmes publié dans la revue "2000 REGARDS"

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Cathie Louvet nous propose un nouvel extrait de son roman historique "de glace et de feu"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

EXTRAIT DU CHAPITRE 7 :

Harald, captivé par les mouvements du barreur qui maniait avec une grande dextérité le styri, safran latéral, toujours placé à tribord de la coque, s’était glissé à la poupe. Près de lui, Anwind, le pilote, qui connaissait la route comme sa poche, indiquait les écueils à éviter, les passages à emprunter. Une brise légère faisait flotter les cheveux de l’enfant qui se tenait debout, bien campé sur ses deux jambes, regardant dans la même direction que le barreur. Le soleil était encore haut et faisait reluire la mer telle un plat d’étain. Sa main droite protégeant ses yeux des reflets aveuglants, il se retourna et scruta la côte danoise qui s’éloignait de plus en plus jusqu’à ne plus être qu’un petit point dans le lointain. Malgré l’ivresse de l’aventure qui le ravissait, il eut un pincement au cœur, se demandant s’il reverrait un jour sa patrie, la terre de ses ancêtres, là où son père reposait. Au bout d’un moment, il fixa à nouveau son regard devant lui, vers le nord-ouest, appréciant la limpidité du ciel.

La petite flotte avait atteint le large et s’ébrouait sans entrave. Elle dansait au milieu des vagues et des oiseaux marins. Harald sentit alors tout son être se pénétrer de cet intense sentiment de liberté que procurent les voyages en mer. Ce jour-là, tout comme Eryndr, il comprit que cette attirance était bien plus forte, plus puissante que tout amour humaine, il le comprit et pardonna. Il sut que son destin se trouvait là, sur un navire, chevauchant les mers en une quête éternelle dans l’espoir d’assouvir cette soif d’absolu, cette recherche de son être intérieur, solidement ancrée au fond de ses entrailles.bateau viking 2

En fin d’après-midi, le vent se leva. Les vagues se creusèrent. Les passagers prirent leur repas puis s’installèrent pour la nuit. Les membres de l’équipage mangeraient plus tard dans la soirée, en fonction des occupations de chacun. A la tombée de la nuit, Brikarnef répartit les tours de garde. Il resta attentif à la marche de la flottille car le vent fraîchissait toujours et la vitesse des navires était à son maximum, compte tenu de leur charge. Les rudes toiles renforcées de lanières de peau faisaient grincer les écoutes de cuir tressé sous la pression du vent. Les rameurs se reposaient. Certains mangeaient, d’autres jouaient aux dés. Harald regardait le mât qui, bien calé dans son évidement, semblait d’une solidité à toute épreuve. Les autres membres de l’équipage prirent leur poste pour la nuit.

Le capitaine donna l’ordre de fixer les tentes, toiles de laine grossière renforcées de cuir et doublées de bure afin que les passagers puissent dormir, chaudement enveloppés dans des couvertures en peau de renne . Les tentes étaient de la même fabrication que la voile et pouvaient, le cas échéant, la remplacer. Les hommes la tendirent au milieu du navire sur son armature en bois constituée de deux paires de montants dont les extrémités se croisaient et s’ornaient en leur sommet de têtes d’animaux sculptées. Elle lui donnait une forme de toit évasé qu’on arrimait solidement aux couples et aux taquets. Son sommet ne dépassait guère la hauteur des boucliers au-dessus des platsbords, afin qu’elle ne gênât ni la navigation, ni la vision du pilote et ne donnât pas prise au vent .A l’arrière et sur la droite du knorr, il pouvait aisément voir l’horizon et toujours distinguer le cou du dragon dont la tête ricanante, artistement sculptée elle aussi, se dressait haute et fière au-dessus des flots, dominant à la fois le navire et l’océan. Sous la toile, il fallait se courber et on y restait assis ou couché, mais avec un peu skye 5d’ingéniosité, Frida en fit un lieu de repos confortable. On alluma des feux et on resserra la surveillance, doublant les hommes de proue et les flancs-gardes. Les barreurs des cinq knorrs observèrent alors les sévères consignes de pleine mer : garder le cap, les distances et le contact avec le bateau de devant comme avec celui de derrière. Brikarnef fit réduire la voile pour la nuit. La flottille aborda les Orcades au matin. Le capitaine y avait prévu une courte escale pour écouler une partie de sa marchandise. Grâce aux hauts fonds qui entouraient l’archipel, les navires purent jeter l’ancre dans une baie abritée où poussaient quantité d’algues géantes, près de la côte de l’île la plus méridionale, à l’entrée du détroit de Pentland, au large de la côte écossaise. Pas d’arbres en ces lieux sans cesse battus par les vents. Sur les collines verdoyantes, on apercevait seulement des moutons blancs, disséminés çà et là, paissant en toute liberté. Une clarté particulière, reflétée par l’océan, donnait au paysage habituellement austère une agréable douceur. La brise marine faisait frissonner les bruyères.

Publié dans l'invité d'Aloys, extraits

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