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Texte n°1 Concours "Derrière la porte"

Publié le par christine brunet /aloys

Le berger et le prisonnier

 

Il était une fois un berger prénommé Jean. Chaque matin, bâton à la main, sifflant au vent et souriant aux cieux cléments, il menait ses brebis sur les verts pâturages de son pays, couvert de garrigues et entouré de falaises.

Mais un beau jour de printemps, une peine inconsolable frappa le jeune berger.

Alors que depuis trois lunes, Jean contait fleurette à Louise, fille de l’épicier du village, que la belle et douce s’attendrissait, sensible aux charmes et aux délicates attentions du berger, leur bonheur fut interdit.

Quand Jean arriva à la boutique, avec le plus grand bouquet d’iris qu’on ait jamais vu au bras d’un homme, et qu’il demanda la main de Louise à son père, celui-ci fut pris d’une colère sans pareille et jeta le jeune berger hors de son épicerie dans le chaos d’une phrase indélébile : “Comment oserais-je donner ma fille si belle et instruite à un homme si pauvre et illettré ? ”

Jean s’assombrit, mois après mois, saisons après saisons, enterrant sa douceur de vivre sous une épaisse couche de chagrin. Jusqu’à ce soir d’été où l’impensable arriva.

 

A mesure que le jour tombait, que le troupeau regagnait lentement son enclos de nuit, Jean se laissa divaguer dans les bras de sa belle. Il n’en fallut pas plus pour qu’une de ses brebis échappe à son attention et s’aventure à flanc de falaise, sur un terrain des plus friables. Quand Jean s’en aperçut, il paniqua et abandonna son troupeau pour secourir l’imprudente. Malheur ! La terre se déroba sous leur poids, le sol s’éventra, et Jean et la brebis furent avalés par les profondeurs. Quand le dos du berger frappa ce qui semblait être le fond d’une grotte, il perdit connaissance. La brebis succomba. Jean survécu.

Malgré d’importantes ecchymoses, il put s’adosser à une paroi et, fébrile, cligna plusieurs fois des paupières avant de saisir ce qu’il vit. Louise dansait. Tout autour de lui, elle dansait. Puis, une multitude de fées. Elles souriaient et regardaient le berger avec tendresse. Courage, crut-il entendre, courage, et prudence...

Doucement, il reprit ses esprits. Tout autour de lui, cette grotte, aux dimensions vertigineuses, aux stalagmites et stalactites étincelantes de cristaux de sel. Des drapés et des dentelles de roches comme dessinés par le merveilleux. Même si l’escalade de la galerie s’annonçait périlleuse, Jean se releva et trouva la force de marcher. Mains agrippées aux parois, il avança. Lentement et prudemment. Jusqu’à ce murmure :

Aidez-moi, par pitié, aidez-moi, je vous en conjure.

La voix semblait étouffée dans la roche, mais il était impossible de ne pas l’entendre. Jean se tourna. Rien. Rien de visible. Folie, se dit-il. Mais au bout de quelques pas, la voix se fit plus présente.

Aidez-moi, par pitié, aidez-moi, je vous en conjure.

L’oreille sur la pierre, le berger en était maintenant certain, il se trouvait au plus proche de cette voix clamant de l’aide. Après avoir écarté un amoncellement de pierres, il n’en crut pas ses yeux. Une épaisse porte de bois bardée de barres de fer et à son pied un liseré d’or. Une lumière si puissante que le berger en fut aveuglé quelques instants. Sur la porte, une phrase gravée, en latin, indéchiffrable pour le jeune berger.

Daemonium vincula.

Fuge, antequam avaritia atque in pascat eam carne.

Aidez-moi, par pitié, aidez-moi, je vous en conjure.

Qui se cachait donc derrière cette porte ? Et pourquoi ? A la curiosité s’invita la crainte, mais aussi la pitié. La voix était chevrotante. Et s’il s’agissait d’un honnête homme ?

Jean prit la parole :

Oui, je vous entends. Mais qui donc êtes-vous ?

On me fit prisonnier par mépris, pour ma fortune. Je vous en conjure, délivrez-moi. En remerciement, ma fortune sera la vôtre.

Jean ne savait trop que penser. Alors la méfiance lui insuffla de percer un œil dans la porte de bois, de la taille d’un ongle. Dans le tout petit trou, il vit des pièces d’or, à foison, des pierres et objets précieux. Contre un mur, il devina l’homme dans une toge, au visage dissimulé par une large capuche, aux chevilles et poignets noués dans des chaînes rivées à la pierre.

— Donnez-moi à voir votre visage !

La capuche tomba en arrière, et laissa apparaître un visage osseux, sale, marqué de souffrances. L’homme ne semblait pas plus grand qu’un enfant de dix ans. Rachitique. Inoffensif, pensa Jean.

Ainsi, il décida de forcer la porte. A coups de pierre, deux heures durant, le berger s’acharna jusqu’à ce que le bois cède. Jean entra dans la geôle et, à distance, jaugea l’homme des pieds à la tête.

Otez-moi ces chaînes et je ferai de vous un homme riche.

Qui me dit que je peux avoir confiance en vous ? N’êtes-vous pas brigand, assassin ou les deux, que sais-je ?

Je vous en conjure, ayez confiance.

Jean hésita, puis pensa à Louise. A son père. A son consentement devenant possible.

Faites de moi un homme riche et, ensuite, vous retrouverez la liberté.

Soyez maître de votre décision.

Ainsi, Jean partit avec un coffre d’or, et revint le lendemain porter au prisonnier soins et victuailles. Six couchers de soleil durant, le berger emporta un coffre d’or. Six couchers de soleil durant, les deux hommes s’apprivoisèrent et se confièrent. Tant et si bien qu’une fois les forces retrouvées, le prisonnier fut libéré et s’installa dans le village. Jean fit couper les plus beaux costumes, broder les plus belles robes, confectionner les plus belles parures de diamants, et se présenta à l’épicier. Devant tant de richesses, Louise lui fut offerte.

Les jeunes mariés s’installèrent dans la chaumière du berger et vécurent ainsi, heureux, dans un bonheur fait de simplicité, d’isolement et de passion.

 

Durant ce temps, le prisonnier devint une personnalité  incontournable du village.

Très vite, tous connurent son nom : Crocus. Il fit commerce avec les uns, offrande avec les autres. Partout où il allait, il troquait un peu de sa fortune contre bonne grâce. Il fit construire des ponts et des routes, des commerces et des hospices. Au fil du temps, le village devint cité.

Chacun voulait sa part de fortune, contre labeur ou faveur. On raconte même que les voyageurs venaient des quatre coins du monde pour charmer le prisonnier devenu grand seigneur : jongleurs, dompteurs de félins, artistes peintres, sculpteurs… On fit ériger une statue à son effigie, dessiner les plus belles places et fontaines portant son nom, bâtir un palais. A mesure que Crocus distribuait son inépuisable fortune contre l’adulation des villageois, il grandissait. De quelques millimètres par jour.

Des festins gargantuesques étaient organisés à sa gloire où le vin coulait à flots, les mets se voulaient d’un raffinement divin, les danseuses aux charmes irrésistibles. Tous le vénérait, mais il voulait plus : être craint.

Les cupidités dépassèrent l’entendement.

Crocus grandit encore. Et encore. Jusqu’à faire la taille de deux hommes.

Aussi grand qu’effrayant, il devint méconnaissable : ses yeux luisaient d’un appétit cruel ; sa mâchoire rivalisait avec celle d’un animal féroce. Il se plaisait à rugir au moindre mécontentement. Tout lui était dû. Tout et toutes. D’ailleurs, les plus belles femmes de la vallée lui appartenaient. La plupart des pères y avait consenti sans oser hésiter, quant aux autres, le malheur les frappa. Pareil à un piège à ours, la mâchoire de Crocus vint s’abattre sur leurs têtes, sectionnant os et ligaments, et gobant d’une simple déglutition les boîtes crâniennes arrachées.

Dès lors, le sang ne cessa de couler, plongeant la cité dans l’horreur et l’effroi.

 

Un beau matin, on frappa à la porte du berger. Un messager venu annoncer la mort du père de Louise, succombant au courroux de Crocus.

Louise pleura sept jours et sept nuits.

Au huitième jour, elle demanda à Jean de venger son père.

Le berger resta prostré sept jours et sept nuits.

Au huitième jour, il eut une illumination. La porte. L’inscription indéchiffrable.

Tous deux pénétrèrent dans la grotte et, prudemment, gagnèrent la porte brisée qu’ils reconstituèrent au sol tel un puzzle pour enfant. Dans un cri de torpeur, Louise déclama la traduction de l’avertissement :

Démon emprisonné.

Fuyez, sans quoi il se nourrira de vos cupidités et de vos chairs.

Fuir eut été compréhensible, mais ils décidèrent de combattre Crocus par ses propres armes.

Le soir venu, Jean s’infiltra dans la cité et, maison après maison, il pria les villageois de croire en lui. Le désespoir eut raison de leur cupidité. C’est ainsi que les richesses, tour à tour, furent déposées dans l’ancienne geôle de Crocus.

De façon fulgurante, aux yeux de tous, la bête mi-homme mi-démon se mit à rapetisser.

Alors, si d’aventure, vous visitez la grotte des Demoiselles, dans la haute vallée de l’Héraut, il ne tient qu’à vous de ne pas entendre la voix chétive vous offrant monts et merveilles.

 

Publié dans concours

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C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
Belle journée, heureusement pour tous ceux qui venaient de loin, dont Christophe Guyon qui n'a pas hésité à quitter les fastes de Versailles pour venir s'associer à cet anniversaire. Vingt ans contre vents et marées, et toujours là et plus forte, la maison CDL avait de quoi célébrer.
 
Les auteurs ont enfin pu se rencontrer "en vrai", mettre des voix, des âges et des visages sur les noms, et échanger gaiement opinions, connaissances, sourires autour d'une table magnifiquement garnie. Natalie Colas a même offert un cadeau imprévu à Laurent Dumortier en chantant un extrait de Paname avec justesse et gentillesse aussi. Et Laurent a consenti à un discours de trente secondes et demies, les silences et sourires compris. Ce fut aussi l'occasion de rencontrer Martine, Madame au secours je ne comprends pas, et Géraldine Mortier, la souriante graphiste au service des auteurs pour leur couverture...

 

Edmée de Xhavée

Petit jeu pour les absents... 

Donnez le nom des participants reconnus sur les photos en donnant, bien entendu, le n° de la photo... Ceux qui étaient présents, bien entendu, n'ont pas le droit de jouer !!! 

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Thierry Holzer nous présente son ouvrage "Aventures en terres de littérature"

Publié le par christine brunet /aloys

 

BIOGRAPHIE  

Né le 24 octobre 1962 à Grenoble (Isère – France)

 

Originaire du plateau du Vercors (Alpes - France), il tombe en littérature à l’âge de huit ans.

L’unique collection de livres qui trône derrière la vitre d’un secrétaire lui cligne de l’œil de son bleu

azur. Sophie Rostopchine (comtesse de Ségur) le tiendra en haleine durant plusieurs semaines.

Dès lors, Les livres ne cesseront plus de l’accompagner dans sa vie d’adolescent (Jules Verne)

et d’adulte.

Tour à tour, joueur et entraîneur professionnel de hockey-sur-glace, commercial dans une grosse

entreprise et, depuis 25 ans, professeur des écoles dans le Var au bord de la Méditerranée, il cultive

de nombreuses activités : la musique (trompette dans une harmonie), passion pour le théâtre et

l’opéra, voyages à pied ou à vélo (traversée de l’Europe, de l’Australie…), plongée sous-marine…

Quant au désir d’écriture qui remonte à l’adolescence avec des bouts d’histoires griffonnées de-ci,

de-là,  elle s’insinue par touches légères pour s’installer durablement. Il a une trentaine

d’années et enchaîne désormais poèmes d’inspiration diverses, nouvelles et enfin le roman

auquel il ose enfin s’attaquer.

« Aventures en terres de littérature est son troisième livre, premier à être publié.

 

Ecrire n’a rien d’anodin. Ce doit être un bonheur, un besoin, une manière de rester debout.

Apprendre, progresser, voyager, chaque jour, dans la vie, aux côtés de la littérature.

Faire partager ces émotions à ne serait-ce qu’à un seul et unique lecteur, constituerait en ce

qui le concerne une des plus grande réussite de sa petite existence…

RESUME

 

Qui n’a pas un jour rêvé de partir ?

Qui n’a pas un jour désiré délaisser pour un temps au moins sa petite existence insipide et routinière ? Qui n’a pas aspiré à d’improbables rencontres ?

Pour ma part, par un beau matin, à moins que ce ne fût par une après-midi pluvieuse, j’ai pris la décision d’embarquer à bord d’un esquif de feuilles d’écriture, d’y planter pour mât une plume. Ne me restait plus qu’à engager une navigation en direction du pays des mots ; quelques-uns qui depuis mon enfance berçaient mon imagination.

Puis retrouver personnages et auteurs de la littérature ; de ma littérature de cœur et les rivages de leurs contrées inoubliables.

Enfin et surtout vivre à leur côté de nouvelles aventures jusqu’à s’oublier parfois, se perdre entre rêve et réalité.

Alors je vous invite. Gagnez mon bord et partagez l’espace de ces quelques pages l’odyssée qu’il m’ait été donnée de vivre aux côtés de ces héros.

 

 

AVENTURES EN TERRES DE LITTERATURE Thierry Holzer

EXTRAIT Page 22

 

« J’étais aux côtés d’Henry de Monfreid, l’écrivain aventurier, l’écumeur des mers, le trafiquant de la Mer Rouge, le peintre, le photographe. Celui qui avait quitté cette vie mièvre, sans saveur, la petite bourgeoisie française, puis plus tard la caste coloniale de Djibouti. Libre à bord de son boutre, entouré et aimé de ses hommes.

Instants magiques. Ne pas chercher à savoir. Entre rêve et réalité, ne pas choisir. Comme ma plume aujourd’hui sur la feuille de papier qui navigue et glisse avec bonheur sans s’interroger ni réfléchir, s’interdisant tout raisonnement. »

Publié dans présentations

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Didier Fond nous propose un extrait de son ouvrage "Les somnambules"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Malgré moi, je me mêle au groupe, je cherche déjà à deviner d’où surgira la première lueur qui, là-bas, déchirera l’obscurité. Louis s’est glissé près de moi. Je sens son bras trembler contre le mien. Terreur ? Dégoût ? Ou est-il, comme moi, la proie d’une curiosité malsaine qui l’oblige à rester là, blotti contre le parapet, le regard fixé sur la Presqu’île, dans l’attente d’un spectacle qui ne peut être que monstrueux ? Pas une seule lumière, pour l’instant, de l’autre côté de la rivière. Nous-mêmes avons éteint nos lampes, sur l’ordre d’Axel. La ville baigne dans un silence total. Le temps semble s’être arrêté, à l’image de ce groupe figé dans une immobilité si parfaite que même le vent s’est lassé de le tourmenter. Quel geste, quelle parole pourraient rappeler à ces pierres, à ces fleuves imperturbables, à cette ville dont des millénaires n’ont pu venir à bout mais qu’une seule nuit a irrémédiablement vaincue que ces statues abandonnées à elles-mêmes le long du quai possèdent encore une étincelle de vie, un atome de conscience ? Pas un seul battement de paupières ne vient rompre leur inertie. Elles sont entrées, pour quelques interminables secondes, dans l’éternité.

 

Et soudain, en face, une lumière. A peine moins rapide qu’un éclair. Elle disparaît aussi soudainement qu’elle a surgi.

 

« Ce sont eux ! crie Mona-Lisa. Ils arrivent ! »

 

De nouveau le silence, intolérable. M’arrachant à la contemplation de l’autre rive, je regarde mes compagnons. Ils ont oublié le cabaret, les histoires qu’ils se racontaient, leurs regrets, leurs larmes. Je suis prêt à parier qu’ils ont même oublié jusqu’à la précarité de leur situation. Pendant quelques minutes, ils vont se sentir forts, heureux, vivants, si merveilleusement vivants… Ils sont du bon côté de la rivière. Sur la rive opposée, ceux qu’ils guettent, ceux qu’ils attendent, ce sont les renégats, les damnés, les laissés-pour-compte d’une mort plus distraite qu’à son ordinaire. Peuvent-ils, malgré l’avertissement de Raphaël, oublier qu’eux aussi, peut-être, passeront un jour le pont sans la moindre chance de retour ?

 

« Regardez ! s’écrie Arabella. Sur la place, là !… »

 

Débouchant d’une rue parallèle au quai, des lumières se dirigent lentement vers le centre de la place. Elles vacillent et avancent pas à pas. D’autres torches apparaissent à l’extrémité sud de la place. Elles s’approchent de leurs compagnes, s’arrêtent un instant, reprennent leur marche silencieuse –on dirait qu’elles glissent sur les pavés- puis commencent un va-et-vient régulier de la droite vers la gauche. Elles finissent enfin par s’immobiliser. Les autres lumières se sont elles aussi arrêtées. L’une d’elle se détache du groupe, traverse l’esplanade, s’engage dans la rue qui conduit au pont. De nouvelles lumières surgissent de l’obscurité, traversent le quai et, ne sachant apparemment pas de quel côté s’aventurer, tournent sur elles-mêmes, se penchent en avant, incapables de se décider. Le choix paraît crucial et la mésentente profonde vu les oscillations des torches. Là-bas, sur la place, les lumières se sont regroupées au pied de la statue tandis qu’une autre se dirige vers nous, d’une pas lent et égal ; parvenue à l’angle du quai, elle hésite un instant puis trace un large cercle autour d’elle et s’agite de bas en haut. Encore un signal, sans doute.

 

« C’est étrange, dit Eralda. D’habitude, ils ne font pas tant de simagrées. Ils se contentent de se réunir sur la place. »

 

En face, sur le quai, la jonction entre les lumières s’est opérée. Tournant le dos à la rivière, elles remontent la rue en direction de la place. Leur démarche est à la fois ferme et hésitante. Seuls les ivrognes et les somnambules, avant, allaient de ce pas hasardeux, donnant une constante impression de déséquilibre, et cependant miraculeusement assuré.

Publié dans extraits

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LA GROSSE BÊTISE DE MADAME LAURENT, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA GROSSE BÊTISE DE MADAME LAURENT


 

En bas, quelqu'un a vu, quelqu'un a crié.


 

En haut, elle a regardé ses pieds sur le plateau d'acier qui surplombe le trottoir.

Elle a cherché à s'asseoir pour être plus à l'aise.


 

Les badauds étaient maintenant agglutinés sur la rue. Les voitures s'étaient arrêtées et une ambulance toutes sirènes hurlantes arrivait. Puis ce fut au tour du camion des pompiers.

Là-haut, elle cherchait toujours. Passant les mains partout pour trouver. Ce fut l'inspecteur Dupuis qui entra le premier dans l'appartement. Il se précipita à la fenêtre.


Elle cria : "N'allez pas plus loin, le risque est trop grand !"

 

Dupuis crut bon de lui parler : "Allons, Madame, ne faites pas de bêtise !"


Elle se retourna vers lui : "Une bêtise pour plus de 250 euros !"


Dupuis se tut. Qui était cette folle ? Que voulait-elle avec ses 250 euros ?
 

La main gauche de la femme toucha enfin ce qu'elle cherchait.
 

Elle cria : "Je l'ai !"
 

Prudemment elle se remit sur les genoux puis debout.
 

Ce fut quand elle agrippa la rambarde en aluminium de la fenêtre que celle-ci céda et que la femme bascula dans le vide.
 

Les secours ne pouvaient rien pour elle. Dans sa main, il y avait toujours sa lentille de contact.


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

Publié dans Textes

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Jean-Claude Texier nous raconte la naissance de son roman "L'Elitiste"

Publié le par christine brunet /aloys

https://www.youtube.com/watch?v=j-ET2pDNII8

Publié dans video

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Le romancier et son roman, un texte signé Jean-Claude Texier

Publié le par christine brunet /aloys

LE ROMANCIER ET SON ROMAN

 

Jean-Claude Texier

 

 

 

 

Cette jolie femme rencontrée chez des amis me demande :

« La Confession de Cleve Wood, c’est quoi comme roman ? »

Je lui dis que c’est l’histoire d’un homme amoureux de la femme de son meilleur ami.

Elle semble comprendre, et je poursuis :

« Il se trouve en conflit avec sa conscience qui lui interdit d’être heureux au prix de la souffrance d’un homme qu’il admire. »

Elle rougit et... s’enfuit.

Ayant vécu le même dilemme auprès d’un homme marié avec sa meilleure amie, elle avait résolu la question sans se la poser.

Une dame férue de littérature qui se trouvait à ma table avec d’autres convives dans un hôtel de vacances me pose la même question sur Loozie Anna. Fort de l’expérience précédente, je lui tends mon livre en la priant de le compulser le soir même avant de prendre une décision.

Je la retrouve au petit-déjeuner où elle me le rend en pleurant : l’aventure d’une femme enceinte de son amant et qui part à sa recherche à la Nouvelle-Orléans avait ravivé sa blessure d’avoir perdu un enfant en bas âge.

Une voisine me fait un commentaire enthousiaste : l’histoire, d’un romantisme échevelé, la passionne. Elle a voyagé à la Nouvelle-Orléans et elle revoit les paysages qu’elle avait admirés, avec une foule de détails sur la Louisiane qu’elle ignorait. « Non, ne me dites rien, je ne veux pas entendre la suite. Laissez-moi la découvrir moi-même. »

Un lecteur me fait la tête: il n’a pas aimé L’Elitiste. Cette plongée dans la cam-pagne électorale de 2007, fatale à la Gauche, où se distingue un proviseur socialiste sans scrupules, lui a rappelé de pénibles souvenirs de militant.

Dans un salon de dédicace :

— Bonjour, madame. Vous aimez les romans d’amour ?

— Ah bin non, alors !

Son ami venait de la quitter. L’amour ne rend pas toujours heureux.

C’est délicat d’écrire. C’est un pari risqué. On ouvre parfois des plaies qui ne demandaient qu’à être oubliées. On peut le comparer à cette pièce de théâtre jouée

par des comédiens dans Hamlet, où il recréent sur scène devant le roi, les circonstances du crime qu’il a commis. On peut, comme lui, croire se reconnaître ou reconnaître quelqu’un, se sentir dénoncé, exposé, accusé, ridiculisé.

— Monsieur, dans ce livre vous insultez mon mari !

— Madame, vous confondez votre héros avec le mien.

 

Le roman est un miroir tendu à l’humanité souffrante.

Un collègue emporte L’Elitiste sous le bras d’un cœur léger :

— Je vais tout comprendre, j’ai les clés.

Créer des personnages avec des mots, raconter des histoires avec une plume, de l’encre et du papier, c’est aller dans le sens de la vie, la façonner différemment, faire concurrence à l’État civil comme disait Balzac. C’est pourquoi les femmes, familières de la gestation, ont éprouvé très tôt le besoin d’accoucher d’une œuvre. Parmi elles, Madame de Genlis, contemporaine de Madame de Staël et de George Sand, raconta dans un livre la difficulté d’être femme-auteur en un siècle où la société leur déniait ce rôle. Car écrire, c’est aussi s’exposer au dénigrement et à la jalousie, et ses réflexions, limitées à la gent féminine, sont toujours d’actualité pour les deux sexes :

« (Parler des auteurs avec admiration) est un moyen sûr de démasquer les envieux ; ils n’ont point encore trouvé l’art de dissimuler, dans ce cas, le malaise et le dépit qu’ils éprouvent. S’il s’agit d’un ouvrage qui fait du bruit, les uns disent qu’ils ne l’ont point encore lu, ou qu’ils ne l’ont point achevé, et alors on suspend son jugement : les autres font l’effort pénible d’en louer quelques passages, mais laconiquement et avec les expressions les plus compassées et les plus froides. Souvent, pour le rabaisser, ils le comparent à un autre ouvrage qu’ils lui préfèrent, et communément le parallèle est ridicule ; quelquefois ils s’extasient sur le mérite d’un auteur qui n’existe plus, dans l’intention de dépriser l’auteur vivant dont on s’occupe. D’autres enfin, moins mesurés, prennent le ton de la plaisanterie et d’une ironie amère, pour en dire du mal, ou bien le critiquent et le déchirent ouvertement, et tous évitent d’en parler ou tâchent de changer la conversation quand on en fait l’éloge. » (1825)

Pour finir sur une note optimiste, tournons nous vers Balzac, Grand Maître ès connaissance du cœur humain, lui aussi victime de bien des outrages à son génie :

« ...aujourd’hui, comme au seizième siècle, les écrivains, à quelque étage que les mette pour un moment la mode, sont consolés des calomnies, des injures, des critiques amères, par de belles et nobles amitiés dont les suffrages aident à vaincre les ennuis de la vie littéraire. » (1836)

Grande consolation en vérité, qui vaudrait à elle seule la peine d’écrire.

J.C TEXIER

Publié dans Réflexions

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François Beukels et ses Carôttins

Publié le par christine brunet /aloys

François Beukels et ses Carôttins
François Beukels et ses Carôttins

Publié dans l'invité d'Aloys

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Bernadette Gérard-Vroman nous propose une poésie "Langue de nos ancêtres"

Publié le par christine brunet /aloys

Langue de nos ancêtres


Revigorée par un canard, *
Je pars pour un lointain voyage
Où revit au travers des âges
Cette langue d’oïl, le picard.


Grâce au théâtre, tout un art,
L’héritage est mis à la page,
Les mots revêtent leur plumage,
Vont dérider les teints blafards.


Elle fait partie du folklore,
Ses empreintes, nul ne l’ignore,
Elle est l’alliée des corons.


Qu’elle soit du Nord ou de l’Oise,
Souvenons-nous de Mousseron
Et de ses poésies patoises.

Bernadette Gérard-Vroman


*Canard : morceau de sucre trempé de l’alcool (calvados, genièvre, rhum) ou dans le café que l’on fait fondre dans la bouche.


J'ai fort quièr el français, ch'est l'pus joli langache,
Comm' j'aime el biau vêt'mint qué j' mets dins les honneurs.
Mais j'préfèr' min patois, musiqu' dé m'premier âche,
Qui, chaqu'jour, fait canter chu qu'a busié min coeur.
Dins l'peine, un mot patois nous consol' davantache;
Dins l'joie, à l'bonne franquette, i corse el bonne humeur.
Il est l'pus bell' rinscontre au cours d'un long voïache,
L'pus douch' plaint' du soldat au mitan des horreurs.
L'patois s'apprind tout seul, et l'français, à l'école.
L'un vient in liberté, l'autr' s'intass' comme un rôle.
Les deux sont bons, bin sûr, mais not' patois pourtant,
Rappell' mieux les souv'nirs d'eun' jeunesse effacée.
L'patois, ch'est l'fleur sauvach' pus qu'eune autr' parfeumée...
Ch'est l'douche appel du soir d'eun' mère à ses infants.
Sonnet de Jules Mousseron, Poète mineur (1868-1943)

Publié dans Poésie

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De nouveaux ouvrages sont parus aux Editions Chloé des Lys !

Publié le par christine brunet /aloys

De nouveaux ouvrages sont parus aux Editions Chloé des Lys !
De nouveaux ouvrages sont parus aux Editions Chloé des Lys !
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