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Christina Previ pour propose un court extrait d'"Itinérance d'un oiseau bleu"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Extrait : « Une vieille bassine »

Sous une lucarne, une vieille bassine en zinc recevait un filet d’eau, provenant d’un joint défectueux de la tabatière, qui lui emplissait lentement le ventre. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter… Nul risque que survienne un quelconque débordement !

Cette bassine semblait faire partie du décor depuis toujours. l’été, son vieux métal rouillé subissait immanquablement la brûlure des rayons du soleil et l’hiver, sa pauvre carcasse se contractait vraisemblablement sous la morsure du froid.

Pourquoi donc me donnait-elle l’impression d’une vieille connaissance ? Cette cuve terne et déformée semblait vouloir me dire quelque chose…

 

Christina Previ

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Chloé Derasse nous présente son ouvrage "Douceur violette"

Publié le par christine brunet /aloys

 

BIOGRAPHIE

 

Chloé Derasse est née à Tournai en 1987. Dès sa plus tendre enfance, un carnet à la main, elle dessine des soleils et des dauphins, elle met des mots sur les paysages de son esprit, elle invente des histoires de familles heureuses et y fait chanter ses questions d'enfant.

Elle ponctue ses études de traduction-interprétation à Mons et de communication multilingue à Bruxelles, de séjours à l'étranger (Panama, États-Unis, Espagne, Brésil et Chine) avant de revenir s'installer à Bruxelles.

L'écriture la suit, la poursuit. Sa plume évolue mais son amour des mots ne tarit pas.

«Douceur violette» est son premier roman. Il est l'aboutissement d'un travail long et douloureux, entamé il y a plus de dix ans et c'est avec émotion qu'elle le partage avec vous aujourd'hui...

 

 

RESUME

 

Lorsqu'un secret de famille éclate au grand jour, c'est toute sa structure qui s'en trouve modifiée. Dans ce roman bouleversant, il est question de famille, certes, mais aussi d'amour. De beaucoup d'amour. D'un amour aussi fort que dévastateur parfois.

Tout y est : le passé, le présent, l'avenir, la peine, la joie, l'horreur et le poids des non-dits.

Le lecteur est tenu en haleine jusqu'au dénouement final.

Une réelle découverte des méandres de la vie, de ses combats et de ses espoirs.

 

EXTRAIT

 

Emma entendit un bruit de pas dans le couloir qui menait à sa chambre. Elle l'identifia immédiatement. Les pas avaient beau se faire extrêmement discrets, l'enfant les distinguait, elle reconnaissait l’affreux craquement des santiags qui avançaient doucement sur le plancher vieilli.

Elle frissonna. La porte derrière elle allait s’ouvrir à tout moment, elle le savait.

Si seulement elle avait pu s'isoler.

Si seulement elle avait pu avoir l’âge de sa sœur aînée à qui on avait laissé placer un verrou.

Emma, du haut de ses neuf ans, avait été déclarée trop jeune pour pouvoir s’enfermer. Elle n’avait donc d’autre choix que d’accepter le crissement de ces santiags noires qui avançaient à tâtons dans le couloir et pénétraient de plus en plus souvent le secret de sa petite chambre violette

Pourquoi ?

Pourquoi elle ?

Pourquoi pas Marie ?

Emma n’avait jamais compris. Il n'y avait pourtant que deux petites années de différence entre les deux sœurs... Deux petites années qui avaient tout changé.

La fillette se mit à sangloter. Elle allait se retourner, mais déjà la main de l’homme lui caressait les cheveux et elle comprit qu’il était trop tard. Une fois de plus, elle ne pourrait rien dire. Il la tira doucement en arrière, la forçant à s’allonger. Ses larmes n’y changeraient rien, et pourtant elle ne parvenait pas à les contenir. Elle avait beau connaître le rituel sur le bout des doigts, elle n’avait pas la force de le désamorcer. Sa peur l’en empêchait.

Elle renifla, un peu trop fort sans doute, car l'homme plaqua la main sur sa bouche, la privant presque de respirer.

Emma ferma les yeux. Le fixer lui était impossible. Le monstre l’intimidait tellement qu’elle aurait fait n’importe quoi pour ne pas avoir à affronter son regard.

L'heure n'avait plus d'importance. De jour comme de nuit, lorsque son père était absent, elle lui appartenait.

D’un mouvement brusque, il souleva la robe en dentelle de l'enfant et lui attrapa fermement les cuisses de ses deux mains. Elle voulut crier, le supplier de ne rien faire, juste pour une fois. Elle voulut se débattre, mais comme d’habitude, elle n’osa pas.

Enfin, dans un moment de douleur atroce, Emma...

Publié dans présentations

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Younes El Berdaoui nous présente son ouvrage "Siège"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Younes El Berdaoui est pharmacien d’industrie, musicien-compositeur et auteur résidant à Bruxelles. Son premier roman, Siège, est le produit de longues escapades hivernales dans un salon de thé Saint-Gillois.

 

Résumé

M.Y. se réveille un lundi matin et décide de rester enfermé dans sa chambre à regarder la télé. Cela ne plait guère à son entourage. Un dialogue de sourds s’ensuit. Les voisins s’emportent. La tension s’accroît. Des angoisses, des divagations, des malentendus s’alternent d’un côté et de l’autre dans une ambiance kafkaïenne teintée d’humour. Sous ce siège, la révolte de l’individualité échoue lentement mais sûrement.

 

 

Extrait

« Peut-être que M. Steiner avait raison, se dit-il. Peut-être que la vie n’a pas de sens. Peut-être que seules les sensations sont réelles. Tout le reste du brouillard. Peut-être que l’homme n’a qu’une mission, celle de vivre et de sentir. Et peut-être que vivre se résume à cela ; observer un moineau se promener sur le bord de sa fenêtre ; regarder la mer scintiller au soleil ; sentir le café des voisins à l’aube ; humer un figuier ; observer une gousse d’ail se débattre dans de l’huile d’olive ; sentir l’effet brûlant du miel dans sa gorge ; verser des larmes en dénudant un oignon »

Publié dans présentations

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Un article dans la presse pour le premier roman de Chloé Derasse "Douceur violette"

Publié le par christine brunet /aloys

 

«Le lecteur a lui aussi sa part de chemin à effectuer, à la découverte d’un texte.» ÉdA

Porté durant quelques années, l’ouvrage de la jeune auteure sera présenté dans sa ville natale. Place à la découverte.

L’écriture fait partie de sa vie, depuis l’enfance. Chloé Derasse inventait des histoires pour ses frère et sœurs, rédigeait des textes dans un carnet, poèmes et récits. Adulte, elle s’est lancée dans un projet au long cours, un roman qui trouve sa source dans un fait difficile à cerner.

«Je me souviens qu’une gamine avait inventé qu’un de ses proches l’avait violée. Bien sûr, c’était énigmatique, inquiétant. La question demeurait en suspens: a-t-elle interprété certains gestes, a-t-elle imaginé ou vécu une telle situation, quelle réalité se cache derrière cette accusation grave?»

La part du lecteur

En écrivant «Douceur violette», Chloé ne souhaitait pas s’engager sur la voie du roman policier, ni dans une saga psychologique. Ce qui l’intéresse, c’est le quotidien des personnages, et particulièrement celui de deux sœurs. Emma et Marie sont plutôt complices, tout en vivant des jours bien différents. En avançant dans l’existence, elles accordent beaucoup de place à l’amour, qu’il soit perdu ou vivace, passionné ou serein.

Les rencontres qui traversent leurs parcours sont teintées de sincérité. «Toutes deux cherchent une stabilité, un enracinement, précise l’auteure qui situe son histoire dans un quartier de Watermael-Boitsfort. L’une peut s’appuyer sur son compagnon, l’autre, jeune maman, espère aussi une relation durable. Si une dispute oppose les deux femmes, une réconciliation suit bien vite. C’est alors qu’est suggérée la faille de l’enfance. Simplement suggérée, sans certitude. Parce que finalement, on ne saura jamais quel drame a eu lieu. Il est vrai que je ne souhaite pas que le lecteur ait une réponse servie sur un plateau. De plus, différentes lectures sont possibles. La réalité est parfois ailleurs encore.»

Le roman invite à s’immiscer dans un foyer, puis dans un autre, et le flash-back répond au présent, rejoignant des épisodes partagés et d’autres, secrets. Le dialogue fait mouche: il révèle les impressions et souvenirs d’un personnage, quelques traits de caractère, permet d’avancer dans une intrigue qui demeure mystérieuse. Les liens se tissent, s’évadent, s’inscrivent entre fragilité et force, traçant des sentiers délicats. Une solide trame porte les expériences solidaires ou intimes, que la narratrice développe par séquences.

L’accusation n’est pas de mise: chaque cheminement se construit plus qu’il ne s’ébauche. «Je m’implique dans ce qui se passe, dans ce qui est relaté,souligne Chloé. Mes personnages me touchent, j’aimerais que les lecteurs soient aussi bouleversés que moi. Rien d’autobiographique dans cette histoire qui me permet d’explorer des relations familiales, jamais étrangères à ce que chacun peut percevoir.»

L’illustration de couverture est l’œuvre d’une autre Tournaisienne, Amarande Rivière, amie de la romancière.

«Douceur violette»: le livre de Chloé Derasse (éd. Chloé des Lys, 25€) sera présenté et dédicacé ce samedi 22 juin à 18 h 30 chez Milypat, 1 Grand-Place. Entrée libre.

Publié dans articles

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Séverine Baaziz nous propose un texte pour la rentrée d'Aloys !

Publié le par christine brunet /aloys

Un jour, il y eut un orage. Un terrible orage. 
Les vents secouèrent chaque parcelle de vie, la colère s’empara de la lumière du soleil, la foudre défigura le ciel de balafres aveuglantes. Quant au tonnerre assourdissant, il fit trembler et les murs et les âmes. 
Des heures apocalyptiques jusqu’à ce que, facétieux, l’orage se retire, foudroyant au passage les boîtes à images de toute une campagne.
De longues semaines privant les villageois de leurs fenêtres sur le monde. 
De longues semaines rendant invisible l’impensable. 
Quand les premiers rectangles animés se mirent à fonctionner à nouveau, les yeux ébahis n’en crurent pas leurs oreilles.
Partout, la paix avait éclaté.
Innombrables avaient été les cagnottes de milliardaires, éradiquant ainsi la pauvreté, la faim, les maladies.
Toujours plus étonnant, la végétation avait aspiré toute la pollution des hommes.
Et ce n’était qu’un début.
C’est fou, quand on y pense. Il avait suffi que l’orage déplace l’axe de rotation de la Terre de quelques centimètres pour qu’elle tourne rond.
Enfin et parfaitement rond.

 

Séverine Baaziz

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Aloys prend des vacances...

Publié le par christine brunet /aloys

Aloys prend des vacances...

Publié dans ANNONCES

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Trois poèmes signés Salvatore Gucciardo sur la plateforme de la littérature contemporaine "PLIMAY"

Publié le par christine brunet /aloys

Veines marbrées

 

Blancheur

De la volute

Le graffiti illustre

Le sfumato de l’âme

 

Fatras d’écume

Dans la bouche

Du chaos

Profondeur

Océane

 

Pourrais-je

Atteindre

Le dôme du ciel

Avant que la neige

S’éternise

Sur les veines du marbre

 

La brindille s’est courbée

Près des portes closes

Faisant fuir

L’oiseau bariolé

 

Où est le ruban carminé

Fixé sur les cheveux dorés

De la sylphide rêveuse

 

La licorne a perdu

Sa corne sacrée

En voulant atteindre

Le mont éthéré

 

La pulsion des ans

 

Mémoire

De vipère

De sang

Et d’eau

 

Toute la toile

Du monde

Sur les lèvres

Gercées

 

Surgit

La pulsion

Des ans

Sur l’enclume

Des émotions

 

On évoque

Le feu d’artifice

La rage olympique

Le poids

Du granit

 

Le grillage

En fer

À l’orée

De l’automne

 

Visage buriné

Volutes

Ébouriffées

Poussière d’os

Et de chair

Semailles

Éparses

 

L’onde vagabonde

 

Ton visage d’odalisque

Aux lèvres pourprées

La verticalité ondulante

De ton nez aquilin

La saillie arquée

De tes yeux

 

La masse touffue

De tes cheveux auburn

Donnent une aura

A ton effigie

 

Rougeur impulsive

Tes joues en feu

Le rêve étoilé

Dans l’éclat

De la nudité

 

Aucun artifice

Dans la poésie

Rien que l’émotion fébrile

Dans l’embrasement

Du corps

 

Comme l’onde vagabonde

Tu te laisses emporter

Par la houle de vagues

 

Codes secrets

Frissons intenses

Ombrée d’ébène

Et de coquelicot

 

Le ressac de la mer

T’emporte

Dans le tourbillon

Fiévreux

 

À propos de l’auteur :

 

Salvatore Gucciardo, peintre, poète, dessinateur et illustrateur autodidacte est né à Siculiana (Agrigento) Italie en 1947. Il vit en Belgique depuis 1955. Il a plus de 45 ans d’activités artistiques. Ses œuvres ont été acquises par le Musée Royal des Beaux-Arts de Charleroi, le Musée des Arts Plastiques et graphiques de Mouscron, par la ville de Bruxelles, la ville de Châtelet, La Province de Hainaut, la ville de Montermurlo (Italie), le Centre Culturel la Posterie à Courcelles, La Région Wallonne, le Musée du Bois du Cazier, Marcinelle.

 

Publié dans articles, Poésie

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Christina Previ nous propose un court extrait de son recueil "Itinérance d'un oiseau bleu"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Extrait : « Une visite inattendue »

Son chat, en ronronnant, s’est installé près d’elle. Il a tourné en rond, reniflé, gratté puis il a adopté ce siège disponible pour sa sieste.

Ils se sentent bien là, tous les deux, dans la douceur de la grande cuisine. Au bout d’un moment Louise se détend, ses vieux os parfois si douloureux, lui offrent à présent un répit qu’elle apprécie justement.

 

Devant elle, la fenêtre permet au regard d’errer dans le jardin. Le temps est incertain, le soleil bien timide et le vent, ce coquin, fait trembler les sapins.

Louise s’est assoupie, elle flotte dans un état de bienheureuse béatitude, un de ces moments où l’on a l’impression de voler du temps au temps, où le corps semble en état d’apesanteur bien agréable.

 

Autrefois, durant l’été, installés côte à côte devant la porte, Maurice et elle admiraient leur jardin, le ciel, ou les couchers du soleil, en bavardant de tout et de rien.

Les souvenirs s’enchaînent dans la tête de Louise, elle se revoit au bras de Maurice, le jour de leur mariage dans cette belle église St Martin…

 

 

Christina Previ

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Gaëtan Debiève nous présente son ouvrage à paraître aux Editions Chloé des Lys

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Je me prénomme Gaëtan, j’ai 49 ans et suis fonctionnaire. J’ai déjà été publié une première fois chez Chloé des Lys il y a quelques années, il s’agissait d’un recueil de poèmes intitulé «Cette Poésie-là ». Depuis, l’idée d’écrire un roman me taraudait et j’ai fini par m’y mettre mais il me fallait un sujet qui m’inspire.

 

Le roman à paraître s’intitule « Souvenirs d’un Soldat de la grande Guerre » et il raconte l’histoire de mon arrière grand père qui fût mobilisé en 1914 à la veille de la première guerre mondiale. Il a combattu 4 ans dans les tranchées sur le front de l’Yser et au travers des anecdotes qu’il a racontées et qui m’ont été transmises par mes grands-parents, par mon père ou par des connaissances l’ayant fréquenté j’ai conçu ce roman.

 

En voici un extrait que je trouve assez parlant :

 

« LES GAZ,LES GAZ… ». Déjà, des volutes jaunâtres se répandent au

ras du sol et les hommes fouillent leurs besaces à la recherche

du précieux masque qui leur permettra de respirer sans en

mourir. René voit qu’à quelques mètres de la tranchée que lui

et les autres parvenus jusque là occupent maintenant se tient

« Tête de pioche » qui a perdu son masque à gaz et qui essaye

de se frayer un chemin entre les corps étendus et les trous

laissés par les obus éclatés. Il trébuche et tombe en roulant

dans un de ces trous et René l’entend crier. Il se met aussitôt

sur ses pieds et fonce dans le cratère au fond duquel son ami

gît étendu, il se penche sur lui, prend une profonde

respiration, retire son masque et le plaque sur le visage de son

camarade qui tombe peu à peu dans l’inconscient.

Publié dans présentations

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Nous retrouvons les héros d'Opération Taranis... Le roman policier/espionnage de Didier Veziano

Publié le par christine brunet /aloys

 

Beyrouth, à quelques pas du camp de l’ONG


 

Leyna avait quitté le camp pour rappeler en toute discrétion. Depuis le message reçu son ordinateur elle avait rejoué la scène plusieurs fois, un peu inquiète. Elle vérifia que la cabine téléphonique était en état de fonctionner. Quand Kervan décrocha, il y eut d’abord un silence. Pas très long. Juste le temps de respirer, de laisser les souvenirs s’arrimer les uns aux autres. L’armée, les opérations qui avaient réuni leurs unités, le rapprochement, le début d’une relation devenue floue avec le temps. Puis ils prirent des nouvelles d’une façon assez neutre. Rien de bien original à raconter. Surtout quelques sentiments à dissimuler. Attentive au ton de sa voix, Leyna le laissa ensuite lui faire un résumé. C’était synthétique. C’était du Kervan. Il lui expliqua dans les grandes lignes dans quel cadre il intervenait dorénavant et elle ne parut pas étonnée. Il aborda ensuite le véritable objet de son appel : la mission confiée par les autorités et son bien-fondé au regard du drame qui se jouait en ce moment même en France. Leyna connaissait Kervan, ses ressorts et ses sensibilités. Alors, lorsqu’il lui dit  « J’ai vraiment besoin de toi sur ce coup-là », elle resta silencieuse de longues secondes avant de lui répondre, fataliste.

— Tu sais bien que c’est fini pour moi, tout ça, Kervan. Je ne suis plus dans le trip. Ma vie est ici, au milieu de ces gosses, et tu le sais bien.

— Oui, Leyna, je le sais. Mais je sais aussi pourquoi ces gosses sont dans cette misère, pourquoi leur avenir se confond avec l’horizon de leur camp et les plaques de tôle qui leur servent de maison. C’est à cause de types comme ces deux furieux qui font de la surenchère dans l’horreur. On a le devoir de les empêcher de nuire…

— En continuant, nous aussi, à faire de la surenchère ? le coupa-t-elle. On ne s’en sort plus dans ce cas-là, Kervan. C’est un cycle infernal.

Au bout du fil, Kervan se braqua. Leurs différences idéologiques avaient souvent fait l’objet de vives discussions. Il retrouvait là les mêmes fondements.

— Ce n’est pas la même chose, bordel ! On n’est pas comme eux, Leyna. On n’a jamais tué des innocents, je me trompe ?

— Où est la différence si on regarde bien ? En agissant ainsi, on participe aussi à la mort d’innocents. Que va-t-il se passer d’après toi si tu butes ces types ? Il y en aura d’autres qui prendront le relais en voulant les venger. Et que crois-tu qu’ils feront ? Ils tueront d’autres innocents et on n’en sortira jamais. C’est ça que je veux te faire comprendre.

Leyna avait imaginé une autre discussion. Elle lui en voulait un peu. Elle aurait préféré ne jamais le rappeler.

— Alors, c’est parfait, Leyna ! s’emporta Kervan. Laissons faire et attendons en priant que les hommes deviennent sages. Ça fait des milliers d’années que l’on espère, le cul assis sur une chaise. Mais tu as raison, on n’est plus à un ou deux siècles près, pas vrai ? En tout cas, je reste persuadé qu’il faut débarrasser le monde de ces parasites. Et malgré tout ce que tu peux penser, je n’éprouve aucun regret à les exterminer. Quand un robinet fuit, il faut des gens pour passer la serpillière mais il en faut aussi pour fermer le robinet. Je fais partie de la deuxième catégorie. Maintenant, tu fais comme tu veux, Leyna. Tu peux continuer à sortir les violons et dénoncer la folie des hommes sur le ton du  « aimons-nous les uns les autres » et continuer à passer la serpillière, mais j’espère que tu ne pleureras pas quand on dénombrera des centaines de morts en France, un soir, au journal télévisé. Tu pourras te dire fièrement : « Moi, je n’ai pas participé à la surenchère ! ».

— Tu n’as pas le droit de dire ça, c’est dégueulasse !

— Alors aide-moi, Leyna, merde !

Il y eut un nouveau silence. Kervan craignait la réponse définitive de Leyna. Le pire était qu’il ne pourrait pas lui en vouloir en cas de refus. Il fit retomber la tension.

— Je te laisse réfléchir. Tu peux me rappeler à ce numéro demain si tu veux et…

Leyna ne le laissa pas finir.

— Qu’est-ce que tu attends de moi, au juste ?

 

Dans la maison de Kervan, quelque part en Provence.

 

Kervan chercha dans le paysage qui s’étendait à perte de vue, la force d’oublier un instant sa tristesse. Quand il retourna dans la maison, ce fut pour aller chercher dans le tiroir d’une commode une boîte en carton. Il en sortit un magnétophone, un téléphone encore dans son emballage d’origine, y installa une carte SIM neuve puis alla s’asseoir face au magnétophone posé sur la table. Il attendit quelques secondes et composa un numéro. Au bout de quatre sonneries, son interlocuteur décrocha.

— Allô !

Kervan ne répondit pas tout de suite, ce qui eut le don d’agacer son correspondant.

— Allô ! Qui est à l’appareil ?

— Écoutez ça, ça va vous intéresser…

Kervan approcha le téléphone du magnétophone, à l’ancienne, appuya sur la touche « play » et laissa la bande se dérouler. Il y eu d’abord un léger souffle qui se dissippa au bout de trois secondes.

« Vous voulez savoir si le Premier ministre est au courant, n’est-ce pas ? Eh bien, non. Ou plutôt, oui et non. Il sait juste que l’on a tout fait pour que la France n’apparaisse pas derrière tout ça. Il a même donné des ordres en ce sens, si vous voulez tout savoir ».

Kervan appuya sur la touche « stop ».

— Vous voulez écouter la suite ? Sachez que j’ai aussi les images. Elles sont suffisamment précises pour voir distinctement les détails inscrits sur l’étiquette de la bouteille de champagne. Bon, j’exagère un peu. Il faudrait un agrandissement pour voir le code postal du château où il a été mis en bouteille. En revanche, de face, vous êtes parfait. Pas besoin d’agrandissement.

À l’autre bout du fil, Kervan perçut une respiration lourde. De Saint-Armand accusait le coup et réalisait que maintenant Kervan avait rattrapé son retard dans ce qui était devenu une traque impitoyable où chacun serait tour à tour gibier et chasseur. Il essaya de reprendre l’initiative.

— Arrêtez ce jeu, Kervan. Vous vous attaquez à beaucoup plus fort que vous. Vous ne faites pas le poids. Vous ne serez en sécurité nulle part, ni à Abidjan ni ailleurs. Vous n’avez aucune idée de ce qui peut vous arriver si vous persistez dans cette voie.

Kervan s’appuya contre le dossier de sa chaise.

— C’est possible, mais voyons la situation sous un autre angle. Tous les deux nous allons dorénavant devoir vivre en regardant sans cesse dernière nous, je suppose que vous en êtes conscient ? Dans la rue, au pied d’un immeuble, dans les transports, un lieu public, partout. Alors posez-vous juste une question de Saint-Armand: qui de nous deux est le mieux armé pour vivre cette situation au quotidien ? Et puis, j’ai un autre avantage par rapport à vous.

Il laissa un silence.

— je n’ai plus rien à perdre…

Il raccrocha sur ces paroles en imaginant les cors raisonnant au loin au milieu des aboiements d’une meute de chiens excités.

 

Publié dans Textes

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