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Yves Boutique, notre invité à nouveau, nous propose un poème... Une petite promenade

Publié le par christine brunet /aloys

Il fait un peu froid ce matin d'octobre et je suis encore dans les songes de ma nuit!!
 
 
J'aime au matin frais,
au pied de la lande brumeuse,
un coin de jardin,un arbre, une haie;
marcher à travers la rosée,
sentir les notes de tubéreuses 
et le goût de la terre retournée !...
 
 
J'aime particulièrement
ce secret flottement qui lévite
la vibration des racines
et ces oiseaux noirs qui s'agitent
engourdis aux bouts des cîmes!...
 
 J'aime de tout coeur
ce sentiment rassurant d'être vivant,
parcourant d'un pas tranquille bosquets et taillis
et me plais à imaginer ces moments,
comme un passage sublime qui transcende l'esprit;
laissant aux éléments leurs pouvoirs évocateurs!...
 
J'aime aussi surtout,
cette image du conscient imaginaire
qui transforme le regard sur la matière
et l'utilise à des fins intimes;
un domaine personnel où s'exprime
ma vision du tout!...
 
et voici ce que je préfère;
c'est de rester ainsi quelques instants,
sur les chemins profonds de mon coeur exubérant et sans limite
puis de revenir sur le cours du temps
pour te prendre la main et te parler des paysages qui m'habitent;
...........................................
la vie n'est que rêve de matière!...
Yves Boutique
 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Bertrand Saint-Songe: "d'avec vos bons soins"

Publié le par aloys.over-blog.com



photo bertrand Saint Songe

 

 

D ' avec vos bons soins

Plongé dans ma nuit dans l'humanisme "informatique"

tout mon vouloir vivre et ma volonté s'étaient éteints
- Un regard absent sur l'objet non vénéré de mon vieil ordi restreint -
D'avec vos bons soins La nature à l'art en reprit l'usage
(plus vite que son ombre elle en corrigea mes plages d'isolement),
et je viens par ce Poème joindre à ma gêne non pragmatique
mon doux remerciement -

A ma saisie d'exclusion du monde au prochain avènement
de cette parution prévue de mon "petit" roman...
Merci de votre contemplation esthétique tel un arc-en-ciel d'épures
sur le cafouillis de l'arrière-monde abstrait de mon disque dur...
Je ne savais plus où j'en étais, vous vîntes. Ouf !.. Demain, on pourra me lire...

L'avenir de l'homme est un ordinateur sous les mains d'une femme

ou , variante :
 L'avenir de l'homme est un ordina-cœur sous les doigts d'une femme



Bertrand Saint-songe (pour Christ ' in...)
  

bertrandelporte-yahoo.fr.over-blog.com

Publié dans Poésie

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Hugues Draye : Moins quatre, sûr'ment...

Publié le par christine brunet /aloys

H.draye

  
Moins quatre, sûr'ment.
 
Ceux qui s'occupent du chauffage adéquat, dans les trains, ont, paraît-il, tout au plus, trois types de fringues pour l'année. Leurs vêt'ments d'hiver, c'est encore à leurs charges, à leurs frais.
 
Les livreurs de mazout bénéficient de la saison.
 
Et ...
 
Je n'ai toujours pas écrit à Karine ... comme je me l'étais promis.
 
C'était son anniversaire, sam'di dernier. Le "27 novembre", je ne peux mal de l'oublier, de passer au dessus ... pas plus que l'an dernier.
 
J'avais décidé, pour la circonstance, du type de papier en couleurs que j'utilis'rais. Du type de marqueur noir (et fin), aussi.
 
Et du texte que je réécrirais, sur la seconde feuille.
Un texte qui est dev'nu une chanson, d'ailleurs ...
 
"Elle est à toi, cette église en déroute
Ils sont à toi, ces gosses qui s'y battent
Ils sont à toi, ces travaux sur la route
Il est à toi, ce portail sur la droite ..."
 
"Il est à toi, ce coq sur le clocher
Il est à toi, Saint-Antoine dans le coin
Elles sont à toi, ces images sculptées
Elle est à toi, la crypte un peu plus loin ..."
 
"Elle est à toi, cette église en octobre
Elle est à toi, cette chambre à côté
Ils sont à toi, ces fabuleux désordres
Il est à toi, cet abribus tout près ..."
 
Dès le lundi précédant le fameux, le fabuleux sam'di ...
Mon plan d'écriture, mon plan ... d'amour était clair, dans ma tête.
 
En attendant ...
 
Je pouvais largement attendre jusque jeudi, pour mettre mon plan en action.
Je pouvais utiliser les jours précédents pour mettre de l'argent de côté, me démerder avec mes économies. Logique : on était en fin d'mois.
 
Et "jeudi" est arrivé.
 
J'ai terminé, ce jour-là, mon boulot à ... quatre heures et d'mie. Le temps de rentrer, de prendre un bain et de ne pas négliger non plus mon intention d'aller jouer dans l'métro, entre 18 et 20 heures. Non, le temps ne "s'élasticifie" pas !
 
Dix-sept heures trente.
 
Après avoir, quand même, géré "bien" mes états d'fatigue, le temps du bain et le reste ...
 
Je me retrouve sur la PLace Saint-Pierre. J'attends le tram.
Sans oublier, sans perdre de vue ...
La "belle lettre" que j'ai prévu d'envoyer (on est sentimental ou on ne l'est pas).
 
Il me faut encore ... des timbres.
Il me faut encore ... l'env'loppe A4.
Il me faut encore ... ach'ter le marqueur noir (fin).
Il me faut encore ... ach'ter les deux feuilles en couleur.
 
Concrèt'ment :
Ca va : y a une papet'rie dans une rue voisine.
Ca va : à la librairie, sur la place, on vend sûr'ment des timbres.
 
Mais ...
Je suis fatigué, harrassé. Traverser la place pour aller jusqu'à la papet'rie, ç'est trop. Mon sixième sens s'allume : le jeu en vaut-il la chandelle ?
 
Quant aux timbres ...
 
On les vend partout par dix (aux guichets, aux points "post"). Le timbre le moins cher ne revient pas à moins de 0, 60 euros (et quelques).
Je ne m'en tire donc pas à moins de 6 ou 7 euros.
 
Je me ravise. Et le tram va arriver.
 
6 ou 7 euros ... plus le prix du marqueur, celui de l'enveloppe, des feuilles !
Quelle prise de tête !
 
Dans ma poche, il me reste ... 10 euros.
Si je les garde ...
Je peux déjà me débrouiller avec eux, demain, rien que pour ... bouffer.
Et ...
Les 4, 5 euros (maximum) que je peux gagner, sur deux heures de manche, au métro, c'est du bonus.
 
Après tout ...
Je peux "GSMer" chez Karine sam'di.
Après tout ...
Non, je n'ai pas envie de "GSMer". Si je l'ai au bout du fil, je risque de rester sans voix, je risque d'espérer, d'attendre qu'elle me propose un rendez-vous fixe, un certain jour, à une certaine heure. Mais ... soyons réalistes : ça ne se pass'ra pas, elle n'est plus dans le même trip, trop d'éléments me le confirment, je ne suis pas con, et elle peut très bien (en toute "gentillesse", en toute "amitié"), me dire des mots, des choses que je n'ai pas envie d'entendre.
Après tout ...
Je peux lui envoyer un SMS, sam'di.
Après tout ...
Non, je renonce au SMS.
J'aurais trop mal si elle n'y répondait pas (ce qui est plus que probable).
Ou ...
J'aurais trop mal si elle me répondait par une formule polie, laconique, diplomatique, du style : "Merci beaucoup, Hugues, pour le SMS" ... sans plus. Elle qui, durant des mois, à une certaine époque, m'écrivait des lettres de vingt-cinq pages, n'attendait jamais plus de cinq minutes pour répondre à mes appels. Non, le contraste est (encore) trop fort.
Après tout ...
Je peux lui écrire la s'maine prochaine ..
 
En attendant ...
 
Des jours ont passé ... avec leur flot de bonnes nouvelles.
 
J'écrirai peut-être demain. Ou ... après-demain. Ou ... la s'maine prochaine. Ou ... jamais.
 
Le deuil opère-t-il ? L'avarice est-elle bonne conseillère ?
 
Mon coeur, quant à lui, garde sa part de fidélité. Et j'en suis fier.

Hugues Draye
huguesdraye.over-blog.com
 
 

Publié dans Textes

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Une nouvelle de Lunessences : si reconnaissance il y a

Publié le par aloys.over-blog.com

 

Marie-Ange-Gonzales-Lunessences.png

   Si reconnaissance il y a ....


C'est l'hiver, les bruits de sa rue étouffés par l'épais brouillard l'ont quand même réveillé, ou peut-être est-ce celle qui ne le quitte plus....
Un nouveau jour se lève, long et douloureux, jour de labeur humiliant, mais nécessaire pour vivre.
Au fond de son trou un klaxon bruyant est venu écorcher ses oreilles, terminé de rêver faut y aller !
Il a jeté un vieux blouson sur ses épaules et courageusement mis le nez dehors. Ses yeux usés scrutent le ciel et se rassurent. C'est une possible journée, le soleil ne va pas rester couché.
Les passants se font nombreux, emmitouflés, courant dans tous les sens, cette dernière journée de la semaine ramènera leur générosité. Il se jette dans ce flot incessant de jambes et gagne rapidement "ses quartiers".

Toujours les mêmes trottoirs, mais mouillés ils semblent plus sales, les bipèdes urbains ne respectent plus rien, en particulier les noctambules, dangereux spécimens de la race humaine, et cette nuit a dû être longue en regard des détritus qui jonchent le sol.

Il est arrivé, le bar est ouvert et comme tous les jours il s'installe à droite pour ne gêner personne.
De son méchant blouson rapiécé il sort sa petite boîte en fer, l'ouvre, la pose à ses côtés et de sa plus belle voix entonne l'Hymne National, efficace pour réveiller les sentiments charitables et les douleurs du passé, toujours présentes pour lui.

Il sait qu'à cet instant le regard des gens va changer. Réprobation, honte, pitié seront les seuls sentiments qu'il lira dans leurs yeux.
Tous ces yeux qui vont enfin se baisser pour rencontrer les siens, tous ces yeux qui verront chanter le ver immonde sur sa planche à roulettes.
Tous ces yeux qui vont se détourner en jetant l'aumône qui devra les absoudre de leur mépris, de leur indifférence.
Oui tous ces yeux vont enfin un court instant le regarder, lui l'infirme, le clochard, ce rebut de la société, cette même société qui a son retour du front, lui a rendu tous les honneurs superflus, mais pas les moyens de vivre en homme et fier de l'être.
Quel subterfuge national que cette croix dorée épinglée dignement à sa poitrine, hier assurance d'être reconnu et admiré de tous, désignant le héros, elle est aujourd'hui lourde de douleur, de silence, de mépris et d'oubli.

Pourtant il ne cesse de chanter la gloire et l'honneur de ce pays, de sa voix forte, miroir de l'homme qu'il était, il chante malgré tout sa patrie qui n'a pas su l'aimer.

Jusqu'au soir il chantera, c'est ce qu'il fait de mieux, pleurer il ne peut plus, alors il chante :

Il chante ses amis morts de s'être oubliés, il chante ses amis morts d'être trop jeunes, il chante la vie loin des siens, l'amour qu'il avait croisé mais que la guerre lui a pris, il chante la vie qu'il n'a plus.
Il chante jusqu'à s'étourdir, jusqu'à ce qu'il devienne mot, et ce triste mot le ramène chaque soir à sa dure réalité, HUMAIN.

Il en porte le nom, les émotions, les sentiments, même ses tripes lui rappellent ses origines, mais il n'en a plus l'apparence, il n'appartient plus à cette race Humaine qui n'en a que le nom.

Alors chaque soir il se remet dans son trou, sous une vieille porte de garage en bois, oubliée elle aussi, tel une bête il dormira là aux aguets, attendant que demain inlassablement vienne le réveiller. Mais demain sera maigre comme une ration de soldat oublié là-bas, sous les tirs ennemis....

Cette guerre il ne l'oubliera pas. Comment pourrait-il l'oublier?
L'absence de ses jambes la lui rappelait sans cesse. Les jours d'amertume, quelques photos jaunies de ses camarades de régiment lui permettent de revoir ceux qui ont partagés ses peurs et ses souffrances pendant cette satanée guerre.
C'est le moment ou des souvenirs surgissent, fantômes du passé....

"Soldat Miralès au rapport", le Lieutenant qui l'interpellait était un homme froid et digne de confiance. Il allait s'exécuter quand il surprit dans l'air un sifflement qu'il connaissait bien, d'instinct il fit un bon en arrière et se projeta sur le lieutenant. Ses tympans semblaient explosés, la terre tremblait, un nuage de poussière et de chaleur le suffoquait.

Il pesait de tout son poids sur le lieutenant qui ne bougeait pas. Il est resté ainsi une minute peut-être deux, puis s'est relevé.
Autour de lui un horrible cauchemar, tous les soldats s'empressaient de trouver un abri afin de soigner les blessés et riposter à cette attaque surprise, la base était presque entièrement détruite. Il entendit le lieutenant donner des ordres, aucune blessure apparente, ils étaient saufs tous les deux..."

En revenant à la réalité Mirales rangea avec précaution ses photos, il était tard et demain, viendrait vite lui rappeler qu'il devait chanter désormais pour survivre.

Le lendemain, au petit matin il savait déjà que ce serait une mauvaise journée, sa nuit avait été agitée, et en plus il était en retard.
Il se précipite dehors, le jour était déjà levé et le ciel chargé de pluie à venir n'était guère encourageant.
Le trottoir est impraticable c'est l'heure de pointe et les bureaucrates se mêlent aux mamans amenant leurs enfants à l'école, tant pis la chaussée l'accueillera cette fois, plus qu'une rue à traverser et il pourra s'installer et chanter.
Des pneus crissent, il est projeté quelques mètres plus loin, une douleur brûlante le déchire, puis plus rien.

Quelques bruits métalliques, des pas incessants, des voix sourdes, l'amènent à ouvrir les yeux. Soudain il se rappelle le bruit des pneus, que lui est-il arrivé? Où est-il? Qui sont ces gens? Miralès se sent douloureux, vaseux, un goût de papier mâché dans la bouche. Un homme en blanc s'approche de lui:

_ Monsieur, vous êtes à l'hôpital, comment vous sentez-vous?
_ Pas trop mal pour l'instant répondit-il
_ Vous avez été renversé par une voiture et conduit ici par notre directeur, il tient d'ailleurs à être averti de votre réveil
Le médecin se dirigeait vers la porte quand Mirales inquiet lui dit:
_Dites-moi au moins si je suis entier, hormis l'absence de mes jambes bien-sûr!
Il esquissa un sourire qui eût don de mettre mal à l'aise son interlocuteur, qui se retourna et prit le temps de l'informer.

_Deux côtes fracturées et comme vous le constatez, le bras gauche cassé
_ Mirales fit la grimace:
_ La mort ne me veut pas encore, j'suis pas assez abîmé.

Le médecin interloqué fixa longuement cet étrange bonhomme qui soudain semblait perdu dans ses pensées. Puis il fit demi-tour pour se rendre au bureau de son directeur et lui annoncer que l'handicapé avait repris connaissance.

Monsieur Hénin le directeur de l'hôpital était un homme froid mais aux qualités humaines rares, conscient des besoins et des efforts de tout son personnel, soucieux du bien-être de ses patients, il se tenait informé de toutes suggestions de ceux-ci.
Il était apprécié de tous.

Cette journée lui avait amené un curieux patient, un ex-soldat, héros de la guerre d'Indochine, il était impatient de le voir, de lui parler, l'armée il connaissait, son père était lieutenant, décédé depuis peu.
Il poussa la porte de la chambre, entra et fixa l'homme qui le regardait.

 

_Bonjour,.. Mr Miralès c’est bien votre nom? Je suis Mr Hénin, directeur de cet hôpital. Vous sentez-vous mieux?

_Bonjour Mr, ça ira mieux quand je sortirai d’ici

_ Bien sûr mais ne soyez pas si pressé de nous quitter, un peu de patience et vous irez bien mieux après!

 

Miralès le regardait avec insistance, quelque chose dans ce visage ne lui était pas étranger.

_Dites-moi doc…

_Désolé je ne suis pas médecin, seulement directeur

_Pardon mais j’ai tendance à oublier certaines choses, on se connaît non?

_Oui bien sûr, c’est moi qui vous ai ramené ici de suite après votre accident, je traversai la chaussée. De toute évidence le conducteur était ivre, il vous a heurté quand il a perdu le contrôle de son véhicule. Je vous ai fait amener ici par les pompiers.

Miralès confus mais heureux remercia chaudement le directeur, tout en insistant:

_Nous ne nous sommes jamais vu avant ça?

_ Non je ne pense pas! Pourquoi cette question?

Miralès parût gêné et esquiva

_Pour rien, peu importe, encore un tour que ma mémoire me joue murmura-t-il

_Pardonnez-moi, mais ou est ma planche à roulettes? Vous comprenez je n’ai qu’elle pour me déplacer et travailler, d’autant plus que maintenant, vu les frais que je vais avoir pour vous payer, va falloir que j’travaille bientôt!

_Ne vous inquiétez-pas pour cela, mais hélas votre planche à été détruite et je n’ai pas pu là récupérer!

_C’est bien ma veine!

 

Mr Hénin se demandait s’il devait annoncer à cet homme qu’il y aurait peut-être possibilité qu’un jour sa planche à roulettes ne lui soit plus utile. Perdu dans ses réflexions, il ne remarqua pas que Miralès l’observait , persuadé que ce visage lui était familier.

 

_Ne vous bilez pas , je vous paierai mes frais de santé d’une façon ou d’une autre, je sais que cette chambre et l’hospitalisation engagent des frais, et je ne veux être à la charge de personne, surtout pas à celle de la  société!

Le directeur surpris par tant de détermination lui répéta que le paiement n’était pas urgent, et se garda bien de lui dire quoique ce soit sur ses projets, ni même sur le fait qu’il trouvait un peu étrange son insistance sur une hypothétique rencontre avant l’accident.

_ Je vous laisse, reposez-vous, et à demain

_A demain, merci

Cette première journée à l’hôpital laissa le soldat assez perplexe sur son devenir, et la nuit qui arrivait l’inquiétait un peu, pourtant il s’endormit très vite.

Le lendemain et les jours qui suivirent, Miralès s’étonna d’être si bien en compagnie du directeur qui lui posait de plus en plus de question sur ce qu’il avait vécu pendant ses années de régiment. Il lui répondait toujours de bonne grâce, surtout depuis qu’il savait que sa boîte en fer et son contenu si précieux était près de lui dans son blouson.

Ces discussions lui donnaient l’illusion d’avoir retrouvé un peu l’amour de son pays, enfin un peu d’attention pour l’enfer vécu.

 

De son côté Mr Hénin réfrénait ses envies de le questionner plus amplement, mais chaque soir quand il rentrait chez lui il ressortait les vieilles photos souvenirs de son père, tous les documents qui concernaient le retour des troupes sur le sol de France étaient épluchés, jusqu’au moment ou, un visage attira son attention.

Le soldat qui faisait la une du journal au côté de son père et qui fût décoré pour acte de bravoure, un « héros national » disait l’article puisqu’il avait permit de sauver tout un village et sa garnison au complet malgré une attaque surprise c’était Miralès !

Des larmes chargées de joie, d’espoir et de reconnaissance coulaient sur les joues du directeur, enfin il avait trouvé qui était ce soldat mutilé qui ne demandait rien à la vie, dormant dans son hôpital. Celui qui avait sauvé son père!

 

Sans plus attendre il pouvait maintenant parler à celui qui avait permis qu’il soit là aujourd’hui, celui à qui il devait le bonheur d’avoir un père. Lui Christian Hénin, pourrai permettre à cet homme de marcher à nouveau. Cet homme avec qui il avait sympathisé puisque maintenant ils s’appelaient par leurs prénoms. Leur rencontre était un signe du destin certainement.

 

Depuis quelques années l’équipe de chirurgien qui exerçait dans son hôpital planchait sur un projet de prothèses de jambes entières, mues par les impulsions électriques du cerveau dirigées vers un boîtier qui servirait de relais.

Ces impulsions seraient transformées en énergie électrique pour actionner les jambes.

Demain il lui parlerait.

 

Le lendemain à l’hôpital régnait une effervescence inhabituelle, Miralès sommeillait depuis l’arrivée de l’infirmière pour les vérifications matinales d’usage.

Hénin rentra précipitamment dans sa chambre.

_Que se passe-t-il?

_Viens ne discute pas!, il l’aida à s’asseoir sur le fauteuil roulant et le précipita jusqu’à l’entrée d’un laboratoire.

Hénin déverrouilla la porte qui donnait accès à une grande salle où quelques personnes regardaient avec satisfaction des jambes artificielles.

Miralès hurla ce qui arrêta net l’empressement du directeur.

 

_Qui y-a-t-il Armand? N’aie pas peur, je peux t’expliquer, je t’en prie.

Armand se tut et écouta longuement cet homme qui lui avait sauver la vie, avec qui il conversait avec plaisir. C’est la première fois depuis très longtemps qu’un homme, un de ceux qui marchent debout s‘occupait de lui. Il écoutait donc et voyait Christian s’étrangler d’émotion, en lui annonçant son projet ambitieux de le faire marcher à nouveau. Bien sûr des examens seraient pratiqués avant et après l’opération, bien-sûr ce serait douloureux, mais il aurait la joie de marcher et de vivre comme tous les hommes, debout!

Christian fit part aussi de sa découverte de la veille, les articles de journaux, son père le lieutenant Hénin, son enfance son bonheur…

Armand ne savait s’il devait pleurer de joie ou se mettre en colère. La peur de nouveau était là, présente dans ses tripes, celle qu’il avait ressentie sur son lit d’hôpital il y a bien longtemps, quand il s’était vu sans jambe.

Terreur qui lui tordait le ventre, étranglait sa gorge, sa tête bouillonnait. Tant de questions à ce moment là avaient surgi:

« Ou sont mes jambes? Pourquoi moi? Comment vais-je pouvoir vivre à ras de terre?

Bien sûr beaucoup de gens lui avaient assuré une reconnaissance financière de la patrie, un emploi, une famille. Rien de tout ça n’était vrai, de héros national il était devenu SDF, vivant de la charité des citoyens de la capitale, et jamais personne ne l’avait aidé.

L’enthousiasme dont Christian aujourd’hui faisait preuve était fou. Il était fou lui aussi de croire au miracle.

Mais pourquoi aurait-il cette chance lui de pouvoir remarcher, alors que tant d’autres soldats oubliés de tous eux aussi, étaient condamnés à vivre et mourir dans la souffrance de l’abandon et le mépris de la société. Eux aussi avaient combattus, et fait preuve de courage, tous étaient des héros.

 

Armand planta ses yeux dans ceux de Christian et lui dit:

_Christian s’il te plaît ramène-moi dans ma chambre

Celui-ci ne comprenait pas:

_Que se passe-t-il? N’est-ce-pas formidable cette chance qui t’est offerte? Je ne comprend pas, mais soit. Réfléchis encore, tu me diras demain ce que tu en penses.

 

Blessé, déçu par si peu d’enthousiasme, mais plein d’espoir quand même, il s’exécuta et ramena Armand

_Merci Christian, mais j’aimerai comprendre quel est ton intérêt à vouloir faire de moi un nouvel homme?

Christian s’accroupit face à lui et répondit:

 

_Armand crois-tu au destin? As-tu réalisé le retentissement médiatique d’une telle opération ?! Nous aurons des subventions supplémentaires pour la recherche, et puis tu as sauvé la vie à mon père, je veux moi te rendre la tienne par cette opération et, ainsi tu retrouveras la possibilité de marcher et de vivre.

Tu as été renversé par une voiture et c’est moi qui t’ai fait amener ici, j’étais au bon endroit au bon moment comme tu étais au bon endroit au bon moment pour mon père. C’est le hasard ou le destin qui nous a réunis, ne crois-tu pas?

 

Armand était ému enfin la vie lui souriait peut-être, juste retour des choses mais cela devrait servir à tous.

Tous ces soldats qui se sont sacrifiés devront avoir la même chance.

 

_Oui tu as raison Christian, j’accepte, mais je demande une seule chose, si l’opération est une réussite, je veux que ceux qui sont comme moi puissent aussi avoir cette chance là, retrouver leur dignité d’homme, ainsi jamais plus ils ne seront regardés avec indifférence ou mépris, et les rescapés des guerres ne seront plus jamais oubliés! C’est d’accord?

 

_Bien sûr, c’est même mieux que je ne l’espérais

 

Les deux hommes scellèrent cet accord d’une forte poignée de main, mais la joie était si forte qu’ils ne purent s’empêcher de se serrer dans les bras. L’amitié se renforçait.

 

Armand Miralès fut le premier homme à expérimenter ce procédé de prothèse à impulsions électriques qui se révéla un franc succès.

 

Toute la presse en a parlé, tout au long de sa convalescence les lecteurs de toute la presse consacrait une page entière à l’évolution de sa rééducation, et les chaînes de télévision nationale envoyèrent leurs reporters pour interviewer Armand et Christian.

 

Leur histoire aujourd’hui n’est pas oublié, puisque je vous là raconte, celle d’un soldat devenu cul-de-jatte, héros national décoré par son pays et oublié au fond d’un trou, et qui lors d’un accident est sauvé par le directeur d’un hôpital qui n’est autre que le fils du lieutenant a qui il avait sauvé la vie quelques années plus tôt. Directeur d’un grand laboratoire de recherche sur des prothèses révolutionnaires, qui permettront à ce soldat de marcher à nouveau.

 

La suite vous là connaissez, une sympathie qui se transforme en amitié, l’opération est un succès et un grand nombre de héros oubliés ont pu retrouver dignité humaine.

Cette histoire est devenue une chance pour tous car aujourd’hui ces opérations sont prises en charge par la Nation pour remerciement éternel à ceux qui défendent le pays.

Hasard ou destin, justes conséquences, coïncidences ou miracle de la vie, à vous de juger.

Il y aura toujours autour de nous un Miralès ou un Hénin pour nous raconter une histoire de hasard, et c’est tant mieux!

 

 

Lunessences

lunessences.unblog.fr

Publié dans Nouvelle

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Christine Brunet a lu "Le rêve de Maximilien" et "le livre de Saon" de Gauthier Hiernaux"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Photo Christine Brunet

 

J'ai lu "Le rêve de Maximilien" et "Le livre de Saon" de Gauthier Hiernaux

 

 

Le rêve de Maximilien et Le livre de Saon,, tome 1 et 2 d'un même opus. Je le savais, enfin vaguement, sans vraiment me préoccuper du fait. Le livre de Saon en haut de ma pile des ouvrages à lire, j'ai commencé par lui... bien vite rappelée à l'ordre par Gauthier d'ailleurs et heureusement parce que j'aurais terminé le récit sans problème mais sans en avoir compris tous les recoins, les méandres, les sous-entendus.


Je termine les dernières lignes de l'épilogue et un fait me saute aux yeux... je l'avais pressenti avec Le triangle sous le sable mais le détail prend à présent toute son ampleur... et je comprends comme une évidence le titre du site de l'auteur "grandeur et décadence"... Grandeur et décadence d'un empire, grandeur et décadence de sesLe Rêve de Maximilien G. Hiernaux populations. La rédemption dans la mort, le crime pour avancer, les conspirations pour s'imposer, les manipulations pour étouffer, étrangler, asservir, museler.


Cet empire, je le place sur une autre planète Terre... J'ai trop peur qu'il ne devienne une réalité sur la mienne.


Gauthier Hiernaux propulse le lecteur dans un univers d'intrigues qui écrase, du moins en apparence, des êtres qui cherchent à se libérer du carcan d'une dictature sanglante soutenue par un canevas religieux inquisitorial... des intellectuels parfois illuminés qui ouvrent les yeux sur leur condition, et périssent en voulant semer les graines de la réforme.


Ces deux ouvrages nous proposent un avenir alternatif qui nous ramène involontairement aux heures sombres de notre humanité. On frissonne, on a peur pour les quelques héros Le Livre de Saon G. Hiernauxemblématiques qui oscillent entre le bien et le mal mais on soupçonne que leur lutte relève du pot de terre contre le pot de fer et on s'attend à une fin sans espoir... Et pourtant...


Ces deux ouvrages sont très différents du premier que j'ai lu... Où Le triangle sous le sable joue plus le registre de l'aventure sur, néanmoins, un fond politique et historique identique, Le rêve de Maximilien et Le livre de Saon jouent avec bonheur la carte de la fresque "historique fantaisie" en recréant de A à Z une structure politique et un environnement social... Un mélange de Moyen-âge, d'inquisition, d'Antiquité, et d'esclavage qui interpelle, accroche le lecteur et l'amène à se poser certaines questions. Lesquelles ? Lisez et vous comprendrez...


Ces deux livres, je les ai dévorés en quelques heures... J'attends le prochain opus avec impatience.

 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

www.aloys.me

www.passion-creatrice.com

Publié dans Fiche de lecture

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Alain Magerotte a lu "C'est le brol aux Marolles" de Georges Roland

Publié le par aloys.over-blog.com

AlainC’EST  LE  BROL  AUX  MAROLLES

                                           par Georges Roland

 

Le défunt «Pourquoi Pas ?» avait écrit Georges Crabbé... qui signait ses textes sous le nom de Virgile. Depuis peu, CDL n’est plus en reste. Elle a SON Virgile en la personne de Georges Roland.

L’air de rien (j’aurais pu dire «mine de rien»), cela rassure. En effet, jadis, Brel prétendait que plus personne n’avait cet accent-là, sauf «lui-même à la télévision».

Mais pas op (prononcez pazop, ce qui veut dire «attention»), crions pas victoire trop vite, malgré cette réconfortante recrue Bruxédélienne, ce «drôle de parler» est en voie de disparition... victime du «multiculturel» ? Ah, non, peut-être ? (Traduction : «Mais oui, certainement !»).

Ceci est une constatation pas une condamnation (on sait jamais, s’il y en a «qui savent pas rire avec ça»).

Mais entrons dans le vif du sujet, autrement dit, venons-en à cette curieuse histoire qui se passe dans les Marolles (quartier populaire de Bruxelles)…

Maureen, une receleuse, est assassinée. L’inspecteur Guy Carmel, une épée, mène l’enquête. Et l’on rencontre ainsi, dans un périmètre réduit et champêtre (un parc), une série de personnages hauts en couleurs (des noirs, des blancs… mais sont-ce des couleurs ou est-ce une absence de couleur ?... Stop, hein, fieu, on n’est pas là pour zieverer… tu laisses ça à ceusse qui n’ont rien d’autre à faire).

Il y a un Angliche orphelin, une chaleureuse mamie aux airbags aguichants, une adepte du kick-boxing et son mouflet, un matamore qui prend les têtes pour des punching-balls, un punching-ball appelé Jules, un Pirauld… man (il aime incendier les jeunettes, ça lui coûtera deux dents), Kanga, Dieudonné son oncle, Christian, Coco, des poulets…

Notre «echte» brusseleir (Georges) sait y faire. On sent que l’homme connaît la chanson. Tu vas me rétorquer que c’est normal quand on s’appelle Roland… hep, pas si vite ! J’ai un de mes potes qui s’appelle Cuisinier, Jean Cuisinier… il n’est même pas foutu de se faire cuire une omelette !

Mais revenons-en à Georges. Celui-ci donc plonge le lecteur dans un récit aux nombreux rebondissements où tout ce petit monde se croise, se décroise, se toise, se cherche des noises (certains seulement).

Georges et le suspense (le verbe qui suit est au singulier car Georges et le suspense ne font qu’un) te prend par la main pour te conduire à travers un récit droldement bien ficelé où le fil rouge, Rosa, «la rame», remplace le tram dans une trame qui vire au drame. Quelle histoire, Madame !

Je ne vais évidemment pas te raconter la fin, ni le début d’ailleurs. Par contre, je peux te dire que, moi qui suis ordonné de nature, c’est la première fois qu’un «brol» m’a autant séduit.

Ah, mais oui, j’imagine… comme tu n’es pas de Brusselle tu te demandes comment tirer ton plan pour comprendre la signification du mot «brol»… tu ne sais pas de chemin avec, parce que t’as trop réfléchi...

Alors, c’est quoi du «brol» ?... Ben, c’est du «bucht», tiens… Je te signale que le ch ne se prononce pas «ch», ni «k», mais c’est une espèce de râle comme si tu voulais cracher.     

Assez tergiversé (ça, tu le comprends); sers-toi une pils (bien prononcer le «s») en demi (0,25 litres et non 0,5 litres), prépare-toi des tartines au fromage blanc avec des radis et déguste sans retenue… «C’est le brol aux Marolles» (aux Editions Bernardiennes).

 

Alain Magerotte 

www.facebook.com/group.php?gid=15339708991

 

Publié dans Fiche de lecture

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Journal de bord... Hugues Draye...

Publié le par christine brunet /aloys

H.draye

journal de bord, mardi 1er février 2011

 Les Alfa Roméo(s) rouges sont attachantes, paraît-il.
 
La Saint-Valentin approche. Je suis comblé, cette année.
 
Justine Henin fait-elle ses adieux définitifs aux courts de tennis ?
 
Des singes, quelque part sur la planète, se nourrissent comme des hommes. C'est beau à voir.
 
Tiens ! Deux ou trois, de mes chansons, peuvent déjà tenir la route, si je les interprète, sur scène, en m'accompagnant du ukulélé.
 
Il fait encore très froid, le matin, quand un voyageur en transit avec ses mains dans les poches et deux Polonaises en anorak attendent le tram ... ou le bateau.
 
Moins 6, précise-t-on, du côté de Dinant.
 
Tiens ! Deux ou trois, de mes chansons (peut-être une quatrième), peuvent déjà, peuvent sûr'ment tenir la route, si je les interprète, au métro, pour les potes, sur scène, en m'accompagnant du ukulélé. Le tout est de placer le morceau au bon moment.
 
En attendant ...
 
La consommation de poisson menace l'équilibre marin ... on a mis l'feu, récemment, dans un cinéma, à Mons ... ça pette en Egypte ... des apprentis cinéastes refont le monde autour d'un comptoir ...
 
Au boulot, y avait pas moins de 3 "toutes boîtes", 3 "sans adresse", 3 publicités. L'une défendait les futurs intérêts de "bpost", l'autre (avec un "I love you" en première page) défendait les intérêts de "Di" et la troisième était l'hebdomadaire
"Aldi", qu'on distribue en principe le lundi. Et allons-y. En faisant un tour dans l'bureau, je me suis aperçu que pas mal de collègues avaient déjà reçu leur "Aldi", hier. Tiens, tiens, bizarre. Quand un chef est venu autour de mon emplacement, et qu'il a constaté les "Aldi" sur le côté, il m'a dit : "Si tu ne les a pas reçus, tu dois le signaler". J'ai répondu : "comment pouvais-je savoir que c'était anormal ? avec toute la quantité de boulot que nous avons, c'est pas possible de regarder en détail autour de soi ce que tous les collègues reçoivent exactement comme pub ... en plus, comme il y a eu grève vendredi, que beaucoup de courrier arrive en r'tard, ça m'a paru logique que ça n'arrive qu'aujourd'hui". Je n'ai pas obtenu de réponse à mon explication. Le (ou la) chef a juste enchaîné, en répétant (deux ou trois fois) : "Si tu n'as pas reçu tes publicités, tu dois le signaler".
 
Bien bien.
 
Avec le froid qu'on se paie ...
 
Après le boulot, si j'en ai le courage, j'irai chanter au métro ce soir.
Après le boulot, si je n'ai pas l'courage, pas l'énergie, je resterai à la maison, j'essaierai le piano, le ukulélé.
J'ai des petites idées.
 
Oui, je pourrais déjà, avec mes multiples instruments (guitare, ukulélé, piano, harmonica, bande-son ...), avec lesquels je me débrouille, concevoir un spectacle.
 
Tiens ! L'harmonica et le piano se marient bien aussi.
 
Et ...
 
Si je tiens compte, en pratique, que deux parties d'un spectacle complet tiennent, chacune, la route autour de huit ou neuf morceaux, qu'il ne faut même pas en faire plus (ni surtout en faire trop ... afin que le public suive et ne s'essouffle pas trop vite), je dois déjà opérer des choix.

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journal de bord, mercredi 2 février 2011

par Hugues Draye, mercredi 2 février 2011, 05:18
 Une tranche de pain a trouvé son coussin dans une rue.
 
Un trou, aussi circulaire que possible, a pris racine, assez géométriqu'ment (faut-il l'avouer) à l'intérieur de cette tranche de pain. Oui, la circonférence est réussie.
 
Un oiseau (châtain), planté à son tour, au milieu de la rue, devant la tranche de pain, est-il l'auteur de cette oeuvre d'art ?
 
Soudain, brusquement, une coccinelle se pointe.
 
Deux espèces vivantes prennent, alors, leur envol.
 
L'ombre de Paris se fait un peu sentir. Même si l'Arc de Triomphe répond aux abonnés absents, tout en haut de la montée (de la rue).
 
"Passera-t-on avec ma pension ?", se dit sûr'ment, dans une rue voisine, une dame, du haut de son cinquième étage ... sans répondre forcément, quand on sonne chez elle.
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gauthier hiernaux2Chloé des Lys à l’honneur… bob pub

 

 

 



Dans le journal ucclois des informations communales « Wolvendael », on trouve un article sur la Foire du Livre des auteurs belges auxquels la maison d’édition Chloé des Lys a participé fin novembre. Celle-ci se déroulait au Centre culturel de Uccle (Bruxelles)...

 

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bobclin

A ne pas manquer, l'émission de ce dimanche 20 février à 20h00 sur  ACTU:  ( http://www.bandbsa.be/contes.htm )
programme complet de l'émission ci-dessous:
L'invité du mois
Jean-Luc Fonck

Il vient de sortir un xième bouquin chez Luc Pire "Histoires allumées", un recueil de nouvelles complètement déjantées dans lesquelles les radiateurs parlent... il hante depuis trente ans les scènes belges avec ses chansons minimalistes, répétitives dans lesquelles la gaudriole flirte avec les jeux de mots. On le voit partout, à la radio, à la télé... à prendre au deuxième, voire au troisième degré. Un entretien décontracté avec un artiste vachement sympa, qui ne se prend pas au sérieux.

 
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Quel auteur se cache derrière cette photo ???? Christian Van Moer !!!!

Publié le par christine brunet /aloys

 

Je suis né(e) dans un cirque qui ne connaissait pas de filet...

 

 

Je suis...

 

 

 

http://www.bandbsa.be/contes/chrismellone.jpgB-b--bibi--Aloys.jpg

 

 


 


Publié dans jeu de la photo

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Carine-Laure Desguin : l'écriture, c'est chez moi comme des vents qui déboulent... Un interview de Christine Brunet

Publié le par christine brunet

image-1
Chaque artiste met un peu de lui-même dans son oeuvre: un lieu commun, me direz-vous...

Mais l'écrivain n'est-il pas un créateur à part dans le paysage créatif?

A priori, je dirais que la littérature est plus abordable pour le commun des mortels (là, je ne parle pas de Spinoza ou de Nietzsche...) que la peinture ou la sculpture qui, au-delà du jugement instinctif (j'aime ou pas), demande plus de référentiels. L'écrivain prend le lecteur par la main et l'entraîne dans un univers qui lui ressemble finalement beaucoup... En cela, l'écriture et la musique se rejoignent.

Je vois d'ici mes amis peintres, musiciens ou sculpteurs se dresser, le regard outré. Chacun aura son droit de réponse!

Alors... Vrai ou faux?

Afin de répondre à cette question, j'ai fait appel à Carine-Laure Desguin... Auteur de Rue Baraka, paru chez Chloé des Lys...

Un drôle de personnage... Toujours de bonne humeur... Une optimiste... 

Une bonne humeur qui explose dans son blog... et, au-delà, au fil de son texte... Tellement éloigné des textes que j'écris que j'ai voulu savoir où elle puise son inspiration et, surtout, quel est son processus de création.

Lorsque j'ai demandé à Carine-Laure de m'expliquer un peu sa vision de l'écriture, je pensais qu'elle jouerait la carte de l'instinctif... Les jours passent et elle peaufine sa réflexion, aiguise ses mots... Elle veut faire mouche, être précise... Pas simple d'expliquer ce qui se passe dans sa tête lorsqu'on éprouve le besoin  irraisonné de créer... Voilà ce que je pensais avant d'avoir reçu son texte... et son commentaire...

 

"Hé hé", m'écrit-elle avec sa bonne humeur habituelle, " y'a rien que je ne veuille ... Sauf peut-être ajouter que tu n'as pas attendu la fin de l'article because "perfectionnisme " mais parce que j'attendais le souffle d'Eole ...LA vérité quoi !"

 

Et bien , la vérité de Carine-Laure, la voici, la voilà !!!!

 

Alors, à la question: "c'est quoi, l'écriture"? Carine-Laure Desguin répond...

image2" L'écriture, c'est chez moi comme des vents qui déboulent et qui soufflent tellement fort que rien ne leur résiste!".

Quelle  première phrase magnifique qui résume à elle seule tout ce que je ressens...

Je me plonge alors avec un mélange de curiosité et d'impatience dans son explication... D'ailleurs plus un texte, une instrospection qui colle parfaitement à son auteur...

Je vous le livre tel quel...



"J'aime dire que je ne choisis pas l'histoire, c'est elle qui me choisit !

Me choisit-elle parmi une floppée d'auteurs, de scribouilleurs des temps modernes, je l'ignore. A présent, j'ai vécu le recul suffisant pour dire que chaque texte a son histoire et qu'à chaque fois, je me surprends ! Pour moi qui aime les choses inattendues, les cadeaux de la vie qui sonnent à votre porte ou qui déferlent par la cheminée sans attendre le 24 décembre à minuit,  se surprendre soi-même, c'est un comble ... En quelque sorte, l'histoire de l'arroseur arrosé !

 
Mon regard balaie tout ce qui m'entoure et comme je circule sans cesse, ça crée des mouvements, des repérages, de la matière première, me direz-vous ! Oui, vous avez raison...

desguin


L'autre jour, une amie se fracture le sacphoïde, un petit os du pied situé tout près de l'astragale; je lui dis, par boutade et pour la distraire de son manque d'autonomie momentané tu sais, on connaissait l'astragale d'Albertine Sarrazin et bien maintenant, il y aura le scaphoïde de XXX !

Quelques jours plus tard, je m'éveille en pensant à cette Albertine Sarrazin, ce petit oiseau d'Alger aux envols malmenés... Vers quatorze ans, j'avais lu  "L'astragale "... ça faisait longtemps, très longtemps..Mais je me souvenais que l'histoire m'avait plu; lire le récit d'une cavale d'adolescentes dans un Paris aux rues incertaines, quoi de mieux...

Donc, ce matin-là, je file à la bibliothèque et je demande tout tout tout au sujet d'Albertine Sarrazin; je reçois biographies, romans... Et Carine-LAure passa son jour de repos - car hé oui mes enfants le hasard voulut que ce jour-là, je fus en repos - à potasser une biographie de cette rebelle à la naissance infortunée, à l'enfance faussement ouatée...
Les jours qui ont suivi ? me demandez-vous ? Et bien, j'ai composé un long texte ...Je voyais dans ma tête comme un film, celui de la vie d'Albertine ...Ces images s'imposaient à moi et me demandaient de noter tout ce que je voyais...Une espèce de fièvre m'envahissait et je percevais que contrarier mes idées ne servirait à rien.

Alors laisser aller le crayon était la seule solution. Il m'emmena dans les rues d' Alger, j'ai marché à côté de la maman d'Albertine, juste avant qu'elle ne dépose le bébé dans cette maison de l'assistance publique... et je l'ai vue repartir, vide et alourdie d'un fardeau plombé... Et puis de cette rebelle, j'ai entendu les mots... Je ressentais un très vif contentement, celui de faire revivre en quelques mots une femme d'exception qui aujourd'hui, si elle avait survécu aux indélicatesses humaines, serait citée parmi les plus grands auteurs de langue française..
 
Et, pour Christine, je vais lâcher une confidence... Mon second roman "les enfants du grand jardin " est, en fait, le troisième...Comment cela se peut-il, me demanderez-vous, curieux lecteurs que vous êtes ?

Durant l'écriture de mon second roman "MAdemoiselle Lucas ", je m'aperçus que mon style d'écriture changeait... Ne m'en demandez pas plus...Je terminais l'écriture du roman et un dimanche après-midi, il me prend l'envie de me rendre à une fête villageoise, une de ces fêtes rurales qui s'étend dans des vertes vallées, où les gens rigolent, grillent des saucisses et boivent de la bière; seule, je m'aventure donc dans ces contrées et j'arrive dans cette fête; des artisans présentaient leurs créations, des tableaux, des ouvrages au tricot, des produits fermiers locaux... Je respire là deux ou trois heures parmi ces gens généreux dans une campagne ensoleillée et chaude.

Le lendemain soir, une histoire commençait à cogner dans ma tête. Cogner, je dis bien. Cogner. 

Les enfants du grand jardin
 se bousculaient et je sentais que du texte nouveau vivrait bientôt. En effet. Les jours qui suivirent, un stylo et un cahier m'accompagnaient dans la voiture et je devais m'arrêter pour noter l'histoire qui se proposait...Elle s'écrivait toute seule, dans le style que j'avais pressenti quelques jours auparavant ! 


 " Rue Baraka", mon premier roman, c'est une autre histoire... En refermant le roman de Michel Cyprien ( édité chez Julliard ) vieillir sans toi, l'envie d'écrire se rappela à moi et, presque sans réfléchir, des personnages se présentèrent , un à un ! Un casting !... Et je le répète, je ne choisis pas grand'chose...

Tarek, le vieux peintre et Clara prirent rapidement leur place et commencèrent leur pertinent dialogue; le décor fut planté chez un peintre car durant cette période, je me souviens que je me plongeais chaque soir au milieu de nos amis les peintres de Montmartre :  Toulouse-Lautrec , Van Gogh , Utrillo,  Picasso, Valandon ... Tarek , lui,ressemble à s'y méprendre à un jeune turc que j'avais rencontré lors d'une escapade à Antalia, il a ses beaux yeux verts et ses cheveux bouclés...Le peintre et sa compagne Clara sont nés comme ça, juste pour m'accorder un menu plaisir ! Depuis longtemps mûrissait chez moi l'envie d'écrire un roman dans lequel une personne jeune et une plus âgée se renverraient les balles. Nous avons tellement à apprendre de nos aînés et nous leur laissons trop peu souvent la parole ! Et comme le peintre et sa compagne sont des créateurs d'ambiance, ils ont invité.... ça je ne vous dirai pas ! L'intrigue me direz-vous ? Un message peut-être ? Oh, " Rue Baraka" , ce n'est ni un thriller ni un roman fantasy...Non, la vie nous offre parfois des rencontres, des hasards heureux , des coïncidences... Ce roman nous laisse croire que l'impossible peut devenir possible, même pour un jeune garçon aux rêves escamotés. Et ça, ce vieux peintre, rencontré par hasard,  il a le chic pour les lancer, les rêves ...et le secret des secrets pour leur donner l'image de la réalité... 

 Bientôt, "Rue Baraka" sera disponible en librairie. Quelques amis ont lu mes premiers exemplaires, ceux que la maison d'édition " Chloé des lys" met à disposition des auteurs, en avant-première, si j'ose dire ! Leurs avis m'étonnent et me touchent...
- Allô, Carine-Laure
- Oui..
- Ah, c'est A.M., tu as cinq minutes ?
 - Heu oui, dix si tu veux !
- Je viens de terminer la lecture de "Rue Baraka" !
- Déjà ! Nous sommes jeudi, tu l'as eu mardi !
- Oui , tu sais que je lis vite ...
- Ah c'est certain !
- Et bien ton livre - tu vois je frissonne, rien qu'à en parler- est arrivé dans ma vie au moment où j'en avais le plus besoin !
 - ....
- Et je peux te dire que demain matin, en me regardant dans la glace, je ne serai plus la même ..
- Ah..
- Non, je me trouverai jolie ...  

Croyez-moi, quand vous écrivez et que votre première lectrice prend la peine de vous contacter d'une ligne fixe vers un gsm ( ! ) et vous raconte entre deux pleurs les impressions ressenties, ça touche !   A ce moment-là, les horizons n'existent plus et l'impossible devient possible. Rendre heureuse une seule personne me laisse penser que le vieux peintre n'a pas perdu son temps, que son secret vivra toujours et, qu'à l'instar de Tarek, il suffit de déposer sur l'écran de ses pensées les quelques mots du livre bleu ...
"

Le mot de la fin, déjà... Tout est dit, n'est-ce pas? Plutôt, avec Carine-Laure, tout est ressenti... Tout est dans le perceptif et la relation avec l'Autre...

Carine-Laure prend le lecteur par la main, l'entraîne et lui fait partager un univers , reflet de ses acquis, de sa personnalité, de son âme.

Pour en savoir plus sur l'auteur, cliquez surlink

Un autre avis sur "Rue Baraka"? link

Et laissez-vous surprendre...
Christine Brunet

Cet interview est paru sur le blog "recreaction" le 19/03/2010...

http://recreaction.over-blog.org
http://aloys.over-blog.com

Publié dans interview

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Le collectionneur, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par aloys.over-blog.com

 

Alain

LE  COLLECTIONNEUR

 

 


 

Le samedi soir, les habitués du bistrot Le bon coup assistent en nombre au championnat du «doigt de fer». Avant le début de la compétition, les parieurs s’égosillent à pleins poumons : «cinq contre un pour celui-là… dix contre un pour celui-ci…»

Les gains réalisés sont investis dans les bonnes œuvres pour la soif. Même si ça chahute et gueule un peu fort, le patron, le débonnaire Charly, ne se démonte pas face à cette ambiance de foire qui fait songer aux séances enfiévrées que connaît la Bourse les jours de grand krach.

Scotché à sa pompe à bière, notre homme prend les commandes, fait claquer les chopes sur le comptoir et enfourne les recettes dans un tiroir-caisse suralimenté.

Les clients se fichent pas mal de la buée qui couvre les vitres du bistrot, rendant nulle la visibilité vers l’extérieur car, c’est à l’intérieur que ça se passe. Mais, attention, le match va débuter.

A l’aide d’un mégaphone récupéré sur une brocante, Charly prie l’assemblée de cesser son chahut et invite les bookmakers à stopper leur course aux paris. L’instant est solennel, les protagonistes du «doigt de fer» entrent dans l’arène.

Au passage, Charly rappelle les règles strictes de la partie qui donnent à l’événement le sérieux qui échapperait à un non initié :

La main non utilisée doit rester couchée à plat sur la table. Les doigts engagés dans l’épreuve ne peuvent être bagués. Interdiction formelle de recourir aux insultes durant le match, on est entre gentlemen, que diable. Idem pour les encouragements : il ne faut pas dépasser les limites de la bienséance. Enfin, les supporters doivent se tenir à un mètre de la table de compétitions. Tout débordement entraînera l’annulation pure et simple de la partie.

Ainsi, dans un contexte rappelant les jeux du cirque, moi, François Joseph Hautbois, je me prépare à mettre mon titre de champion du «doigt de fer» en jeu. Profanes, sachez que le «doigt de fer» est au «bras de fer» ce que le ping-pong est au tennis.

Mon adversaire du jour est Harry, une bête dépassant le quintal, une puissance redoutable, primaire, un briseur d’index…

Cette montagne de chair m’a bravé, m’obligeant ainsi à relever le gant. A la réflexion, je n’aurais peut-être pas dû répondre à sa provocation, mon titre est encore trop récent. L’aura qu’il me confère mériterait une prolongation plus conséquente.

« Tu ne veux tout de même pas passer pour un pleutre… que fais-tu de ton orgueil ? » m’a alors fustigé mon petit doigt dont je suis toujours les précieux conseils même quand ils me poussent à croiser l’index avec cette terreur d’Harry qui s’assied, maintenant, face à moi, en brandissant deux doigts du V de la victoire. Mon expérience de la compétition m’a appris à ignorer ce type d’intimidation visant à déstabiliser l’adversaire. N’empêche que je ne suis guère à l’aise devant cette force de la nature.

Le combat s’engage. Les parieurs m’ont misé à quinze contre un, pas terrible pour un tenant du titre.

Et pourtant, le pronostic, favorable à mon concurrent, se confirme. Les charges d’Harry font mal. Des petits coups secs, incisifs, qui visent à fatiguer, à épuiser l’autre. J’oppose une résistance héroïque, mais la défaite se profile.

Tous les regards sont rivés sur nos index enlacés, noués comme un pied de vigne, quand soudain, retentit un sinistre craquement... mes phalanges viennent d’exploser ! Une douleur atroce me tord le visage en une horrible grimace. Je hurle. Ce monstre m’a brisé le doigt…

Des larmes de souffrance inondent mes joues. Une bonne âme se précipite pour éponger mon front en sueur. Une autre me propose un remontant. On s’apitoie sur mon sort. Certains n’hésitent pas à qualifier Harry de sale brute. Un Harry qui mystifie l’assistance en ne manifestant pas sa joie de vainqueur, mais en restant plutôt prostré à mon chevet. L’homme est sincère lorsqu’il s’enquiert de mon état et va jusqu’à se proposer pour m’emmener, sans délai, aux urgences de l’hôpital le plus proche. Situation cocasse que de voir cette brute se transformer en mère poule.

Pour supporter le voyage jusqu’à l’hosto, Charly me confectionne une poupée grossière à l’aide d’une bande Velpeau. Il est passé maître dans l’art de ménager son fonds de commerce.

Harry et moi, nous quittons le bistrot sous les ovations d’un public gagné à ma cause. A l’applaudimètre, je l’emporterais haut la main, ça me fait un beau doigt…

 

« Le docteur Dursidore arrive », m’assure une jeune et jolie infirmière. Rassuré de me voir entre de bonnes mains, Harry prend congé, pressé d’aller, enfin, savourer sa victoire.

Comme prévu, je ne fais pas le poireau longtemps. Un petit homme à la couronne d’Imperator et aux yeux pétillants de malice, protégés par une paire de lunettes à double foyer, entre dans la pièce.

Un bouc et un haut col renforcent sa ressemblance avec le professeur Tournesol. Il me salue puis, m’invite à le suivre dans un cabinet de consultation.

Après avoir ôté mon pansement de fortune, il inspecte l’index brisé.

« Comment est-ce arrivé ? » questionne-t-il.

Au fur et à mesure de ma narration, ses yeux s’illuminent et finissent par briller d’un feu intense.

« L’opération est inévitable et urgente, s’empresse-t-il de conclure quand j’eus terminé mon histoire.

- Pardon ? fais-je, surpris.

- Ne vous tracassez pas, tout se passera bien. On vous placera sous sédatif. »

Il inscrit quelques mots sur un bloc-notes et appelle la jolie infirmière de tout à l’heure.

« Préparez la salle trois. Je vous y rejoindrai dans un instant » ordonne-t-il avant de disparaître.

« Le professeur Dursidore, grand chirurgien, est le spécialiste de la main le plus qualifié du pays. » La donzelle me baratine pour me rassurer qu’une telle intervention relève de la routine, avant de m’administrer le calmant qui m’envoie au pays des songes à une allure qui rendrait le Thalys jaloux.

Combien de temps a duré l’opération ? Je n’en sais rien.

A mon réveil, il fait jour et ma main est bandée. Il ne lui manque plus qu’un gros noeud rouge pour ressembler à un oeuf de Pâques.

Cependant, quelque chose d’étrange couve sous le pansement. J’en ignore la nature. Mes doigts sont engourdis et mon index parait léger, si léger qu’il...

Allons, l’effet du somnifère ne s’est pas totalement dissipé. Mon esprit est toujours dans les vapeurs.

Une autre infirmière me sert un repas d’une fadeur dont les hôpitaux ont le secret. Je ne suis pas prêt à leur en demander la recette. Par contre, je m’enquiers de savoir quand je pourrai quitter les lieux.

« Aux environs de midi. Vous recevrez aussi une convocation pour vendredi prochain. Un simple contrôle pour voir si tout se cicatrice bien… d’ici là, évitez de pratiquer votre sport favori » me dit la femme, dans un grand éclat de rire.

Quand on côtoie la misère humaine vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l’humour est un remède idéal contre la morosité ambiante.

Le restant de la journée, je le passe à me morfondre devant la télé. Jamais, je n’aurais imaginé à quel point une main invalide pouvait handicaper dans l’accomplissement des gestes du quotidien : faire du café, beurrer une tartine ou tourner les pages d’un livre.

De plus, quelques détails me tracassent depuis le retour au bercail : le doigt opéré ne manifeste aucun signe de présence et pourquoi m’a-t-on bandé la main alors que l’index, seul, est endommagé ? Ces questions m'obnubilent à un point tel que je n’aurai pas la patience d’attendre une semaine. Il faut que je sache et tout de suite…

Dans la salle de bains, je commence à découper le pansement au moyen d’une paire de ciseaux. L’opération s’annonce délicate car, je ne suis pas très habile de la main gauche.

Pendant que le bandage se desserre peu à peu, ma gorge se dessèche car je m’attends au pire, étant cependant à cent lieues d’imaginer ce qu’est le pire…

Tel le dénouement tragique de la trame d’un film à suspense, le dernier morceau de pansement tombe, laissant apparaître une main ne comportant plus que quatre doigts ! On l’a amputée de son index !

Stupeur et colère s’entremêlent, se livrant un duel sans merci dans mon être meurtri, en proie à d’irrésistibles tremblements. Je fais le tour de mon appartement pour apaiser le feu de l’ire qui me consume avant d’enfiler un manteau pour me rendre dare-dare à l’hôpital. Dans la rue, je hèle un taxi.

Durant le trajet, mon air renfrogné ne décourage pas le chauffeur dont la jovialité, en d’autres circonstances, aurait trouvé du répondant. Je reste indifférent à ses jeux de mots, obsédé par le souci de récupérer mon bien.

Quand le véhicule me dépose à destination, je règle, toujours fort énervé, le montant de la course puis, me précipite vers la porte d’entrée de l’hôpital qui s’ouvre automatiquement. Elle ne s’est pas refermée, que me voilà déjà au bout du couloir. J’interpelle la première blouse blanche qui me tombe sous la main. Celle-ci m’informe que le docteur Dursidore est rentré chez lui. Devant ma détermination, elle me refile l’adresse du toubib sans sourciller.

«26, Rue de la Moisson», c’est à deux pas. Je file à toutes jambes, remerciant à peine l’infirmière qui, de son portable, c’est mon petit doigt qui me le dit, avertit le professeur de ma visite.

 

Les lettres PHILEMON DURSIDORE – CHIRURGIEN s’étalent sur une plaque de cuivre fixée à un muret qui ceinture une maison de maître à la façade couverte de lierre. Pour accéder à un large perron, il faut traverser un jardinet à l’herbe folle. L’endroit est désert. Aucun système de sécurité ne semble mis en place.

Passé la double porte de chêne massif peinte en blanc cassé, un long couloir au carrelage ancien, brillant comme un miroir, mène droit à une véranda donnant sur une pelouse au gazon fraîchement coupé.

Les murs sont nus. A droite du corridor, une pièce toute blanche au mobilier tout aussi blanc, simple mais design avec, en plein milieu, un escalier en tire-bouchon permettant l’accès au premier étage où se trouve la classique salle d’attente, meublée de six chaises et d’une table basse encombrée de revues.

Je n’y fais que passer car j’avise déjà une autre porte débouchant dans un réduit, éclairé chichement, prolongé par un espace plus grand. Une tenture de couleur rouge sang de boeuf, contrastant avec le reste apaisant du décor, sépare les deux pièces. Je suis surpris de n’avoir toujours pas rencontré âme qui vive.

Mon petit doigt me dit que la vérité se cache derrière ce morceau de tissu flamboyant. Je l’écarte donc vivement pour découvrir une pièce plongée dans l’obscurité. Il n’y a pas de fenêtre.

Je pelote le contour du chambranle, trouve le commutateur et l’actionne. Quelques secondes s’écoulent avant qu’une lumière aveuglante, provenant de quatre néons blancs, illumine le lieu.

Le spectacle qui s’offre à moi est stupéfiant. Des tables, en grand nombre, sont alignées côte à côte. Chacune supporte plusieurs récipients contenant, tous, des doigts ! Il y en a des dizaines, des centaines, plongés dans le formol…

Sur les étiquettes des pots sont indiqués un nom, une qualification, une date… celle de l’amputation vraisemblablement…

« Belle collection, n’est-ce pas ? »

Le professeur Tournesol/Dursidore apparaît, calme, serein.

« Je... je… pourriez-vous… pourriez-vous… m’expliquer... bégayais-je, trahi par l’émotion.

- Pensez-vous que tout cela, il brasse l’air de ses bras comme pour y englober l’ensemble de la pièce, nécessite une explication ?

- Tout de même... fais-je, en lui montrant ma main amputée.

- J’éprouve une fascination sans borne pour les doigts. Avez-vous déjà réfléchi aux multiples possibilités qu’offrent ceux-ci ? Tous les jours vous les utilisez sans vous rendre compte de leur efficacité, de leur importance. Peut-être en avez-vous pris davantage conscience ces derniers jours, avec votre main bandée ?… Les doigts nous permettent de réaliser des prodiges. Ce musée s’enorgueillit de contenir des pièces prestigieuses. Regardez de plus près, et vous découvrirez la main gauche du pianiste Olchinsky, un maître ! Il m’en a fait don dans son testament, peu avant sa mort. Cette collection est, par ailleurs, très éclectique : des doigts de peintres, de sculpteurs ou d’écrivains côtoient ceux de tailleurs, de bouchers, de plombiers et ceux de ma dernière maîtresse en date, que j’avais surnommée «doigts de fée», inutile de vous faire un dessin... le vôtre, ne dépare pas cette prestigieuse galerie. L’index du champion du «doigt de fer»... un must, un régal…

- Oui mais... j’ai perdu mon titre…

- Après avoir dominé la discipline. Ne soyez pas si modeste, dissipez donc le doute qui vous assaille, votre doigt a sa place ici, foi de spécialiste… »

Que les bras m’en tombent si je mens, mais, me voilà soudainement flatté de retrouver mon index en si bonnes compagnies... ce Philémon Dursidore possède l’art consommé de communiquer sa passion, requinquant ainsi un moral que j’avais dans les chaussettes depuis le soir de ma défaite. Cet homme a un don de persuasion tel que je me brûle à sa flamme… mon petit doigt, grillé lui aussi, me conseille alors de collaborer avec ce fascinant personnage auquel je propose une aide enthousiaste en évitant de dévoiler la source de mon initiative. Dame, ce coquin de professeur serait capable de ravir mon précieux conseiller…

Les semaines qui suivent sont les plus folles, les plus denses de ma vie. Tel un dénicheur de talents, je fouine dans les différentes couches de la société, participe aux manifestations culturelles, me pointe dans les marchés, braderies ou foires. J’observe, pèse, évalue et fait main basse sur le gibier que je rabats vers mon mentor qui, en dernier recours, décide de ce qui sera digne de figurer dans son Panthéon. En général, nos avis convergent.

Tout se passe bien jusqu’au jour où notre association est dénoncée par un rustre supportant mal qu’on conteste son talent. Un talent qui consiste à faire des doigts d’honneur dans n’importe quelles circonstances, pour n’importe quels motifs. Comme la lave du volcan, l’existence de notre fructueuse collaboration se répand dans les rues de la ville. Contre toute attente, les médias ne la clouent pas au pilori mais, au contraire, font les louanges d’une démarche originale et la hissent même sur l’autel de la culture. Désormais, on visite la collection du professeur Dursidore comme on visite le Musée du Louvre. Les gens de tous poils et de tous bords se pressent et se bousculent pour proposer l’amputation d’un de leurs doigts et avoir ainsi le privilège de figurer dans cette prestigieuse collection.

Un écoeurant effet de mode s’installe qui aura raison de la résistance du professeur Dursidore. Profitant d’un week-end prolongé, il invoque l’opportunité d’effectuer un voyage à l’étranger qui lui permettra de prendre quelque repos et ne me donne aucune indication quant à sa destination.

Au début, je perçois ce départ comme un abandon, une trahison qui me désempare au point de me sentir inutile… en tant qu’homme d’action, j’avais pris goût à cette vie et n’étais pas disposé à passer la main, du moins aussi vite… et puis, je ne me sens pas l’âme d’un gardien du souvenir.

Le temps comme la mode a passé, les médias se sont lassés. Je n’ai plus de nouvelle de Dursidore. Mon petit doigt m’a conseillé d’aller faire un tour du côté du «26, Rue de la Moisson» pour constater que la maison est à vendre et mes dernières illusions à jeter au panier.

Je ne parviens cependant pas à me résoudre à cette inactivité forcée, d’autant qu’avec l’amputation de mon index, je ne peux rêver d’un retour dans la compétition du «doigt de fer». J’ai toujours la pêche et la vie de chasseur, de traqueur digital me manque. J’en ai marre de me tourner les pouces.

Prenant le taureau par les cornes, je me mets alors en devoir de retrouver la trace du professeur Dursidore. Il ne s’est tout de même pas évaporé…

A l’hôpital où il opérait, le médecin en chef, avec un brin d’ironie dans la voix, me dit qu’il doit garder le silence mais que ce ne serait pas me fourrer le doigt dans l’œil que de me renseigner auprès de l’ordre des médecins. Ce que je fais par la voie postale.

La réponse ne tarde pas. Un pli recommandé, pour le retrait duquel je dois patienter au bout d’une file interminable devant le guichet de la poste, m’annonce que Philémon Dursidore est parti s’installer dans une grande ville du nord du pays afin d’y exercer la profession... d’OCULISTE !

 

 

 

Alain Magerotte

 

http://www.bandbsa.be/contes/magerotte1recto.jpgNouvelle extraite du recueil "Bizarreries en stock"

Publié dans Nouvelle

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