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MARTINE DILLIES-SNAERT A LU "LES ROMANICHELS" D'EDMEE DE XHAVEE

Publié le par aloys.over-blog.com

MARTINEJ’ai lu « Les Romanichels » d'Edmée De Xhavée

 

 

 

                         Si j'ignore comment on retient les livres pour les prix littéraires, ce que je sais, c'est  qu'ici c'est un Goncourt que je viens d'achever. Quelles richesses dans ce récit! Amour de la vie, remise en question de soi et des valeurs inculquées, sincérité, aucune tricherie ! Comme Edmée De Xhavée a signé, avec « Les Romanichels », un livre riche!


C'est le seul commentaire que j'aurais envie de faire!     

 

                         Car enfin, je referme ce livre sur... trois semaines de lecture.

Ma lecture est terminée. Tristesse! Bonheur! Aucune ambivalence pourtant et il est rare que je prenne autant de temps  à lire 250 pages:  j'avais si  peu l'envie de l'achever, si peu l'envie d'abandonner les personnages qu'à chaque fois, je les laissais prendre forme. J'avais envie d'en savoir plus encore et encore plus sur chacun d'entre eux; or je savais qu'une fois le point final rencontré, ce serait fini. Et je voulais tout, sauf ça!

 

                         Abandonner les personnages,  quelle idée! On ne les abandonne pas quand on a la chance de connaître un tant soit peu l'auteur! Elle y est omniprésente. Mais quand même! Suzanne me manque! Et Mado, et Grand-Daddy, et Philippe, et. Sergueï, et..., et tous les autres!E de Xhavée Les Romanichels

 

Seul un chat ronronnant  manque à cette atmosphère de détente. Je souris en l'écrivant, car n'ayant pas dérogé à ma sacro-sainte habitude, une fois une cinquantaine de pages lues, je suis une fois encore allée voler les mots des deux dernières pages. Et ils furent ceux que j'attendais,  sans aucune surprise ni aucune déception. Que du contraire! Ils m'ont apporté la quiétude que je désirais avoir afin de pouvoir savourer tranquillement chaque réaction des personnages.

 

 

 

                         Edmée DE XHAVEE, grâce à sa sensibilité et à son style superbe, nous fait ressentir toutes les émotions vécues par les membres de deux  grandes familles partagées, tiraillées entre le sens du devoir et l'appel vers « l'ailleurs ». Chacun est acteur de sa propre existence mais ce sens du devoir en est bien souvent « le maître ». On ne fait pas une croix ainsi sur toute une éducation et il faut la sagesse des années pour pouvoir faire co-exister les deux et en retirer tout l'enseignement qu'il y a à en retirer.

 

                         Une semaine à partager avec sa mère fait vivre à Olivia la saga de sa famille dont elle ignorait quasiment tout hormis les convenances. A l'opposé, Angelina, la domestique, lui fait découvrir le sens profond du mot « vie » telle que la ressentent et la subliment  les Italiens et Italiennes. S'opposeront le « quant à soi » et « le plaisir du toucher », la « haute restauration » et les « petits restaurants familiaux », les rencontres de salon et celles des rues.

A chaque fois, les deux extrêmes,  en totale contradiction,  sont  aussi riches les uns que les autres. Tiraillement et dilemme de l'existence pour qui connaît ces deux mondes et qui doit « choisir »!

 

                         Enfin, au-delà de cette dualité, en filigrane jusqu'à la fin, viscérale, coule  la source de vie des Rrom dont la Chakra à seize rayons est leur emblème. Mais de leur rôle dans ce livre, je n'en dirais pas davantage. Il faut leur laisser l'étrange, la croyance.

 

                         Et puis s'il faut absolument lire ce qu'a écrit Edmée DE XHAVEE, ce n'est qu'à partir d'un certain âge et d'un certain vécu qu'on peut le vivre jusqu'au fond des tripes.  Un peu à l'instar du film de Clint Eastwood, « Sur la route de Madison , réellement et intiment  appréciable qu'à partir d'un certain...temps.

 

                         Merci, Edmée, de nous avoir offert tes « Romanichels »!

 

 

MARTINE DILLIES-SNAET

http://users.skynet.be/TheDillies/

Publié dans Fiche de lecture

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File d'attente, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par aloys.over-blog.com

Alain

 

 

FILE  D’ATTENTE

 

Les deux gardes-chiourme ne nous prêtent qu’une attention distraite, trop préoccupés par les nuages noirs qui s’amoncellent. Le plus grand ronchonne que le pique-nique familial projeté pour le week-end est compromis. Son acolyte, les mains derrière le dos, dodeline de la tête en guise de mauvaise résignation mais ajoute, un éclair d’optimisme dans la voix :

« J’ai pas entendu les prévisions à la radio. Ce matin, le temps était prometteur, peut-être que plus tard dans la journée, ça va s’éclaircir…

- Je crois pas, fait le grand, quand ça devient aussi sombre, en général, c’est mal barre pour plusieurs jours… »

Il est dix heures. Une pluie fine et persistante, se met à tomber, sonnant le glas de leurs derniers espoirs en une amélioration prochaine.

La convocation stipulait que je devais être sur place à huit heures précises. J’ai eu de la chance en arrivant à huit heures et une minute que le grand m’accepte in extremis dans la file d’attente. Il faisait bon, le gars n’aurait peut-être pas été aussi sympa s’il avait plu à ce moment-là. Tout en plaçant une chaîne qui pend mollement entre deux piquets, il m’a même gratifié d’un sourire en me lançant :

« Je vous fais une fleur en vous laissant passer, sinon, je vous dis pas l’embarras dans lequel vous seriez… »

Je n’ai pas eu l’occasion de lui demander où il voulait en venir car déjà, il s’était éloigné avec son collègue après avoir ajouté, comme pour s’excuser de son beau geste :

« Z’avez de la chance d’avoir une bonne tête ! »

Il ignore que j’ai l’habitude d’être en queue de file. Je ne saurai jamais comment procèdent certains pour occuper la pole position… faut dire que je suis souvent… enfin, toujours à la bourre.      

La file s’ébroue lentement. Chaque pas en avant est suivi d’un agaçant surplace. Il en va ainsi depuis un peu plus de deux heures. J’aurais dû penser à prendre un bouquin, La comédie humaine par exemple.

De temps à autre, j’aperçois quelqu’un qui s’extrait de la file pour aller satisfaire un besoin pressant le long d'un mur à la peinture écaillée. Il regagne aussitôt son espace que suivi et suiveur ont délimité. Pas question de frauder, c’est comme au bureau de Poste ou à la caisse du Supermarché.

La comparaison me fait pressentir que l’inévitable «petit malin de service» va profiter de ces mouvements de foule répétés pour resquiller. Et voilà comme prédit : une dizaine de gaillards devant moi, revenant de s’être soulagé, une espèce d’échalas aux jambes interminables, à la tignasse trop lourde pour son maigre visage d’éphèbe sous-alimenté, profite de la situation et hop, se retrouve trois places plus avant. Ce gain provoque un scandale disproportionné en regard du maigre bénéfice engrangé par notre homme. Adoptant une attitude de matamore, une hideuse matrone, courte sur pattes, n’attendant qu’une occasion pour libérer toute la rancœur qui bouillonne en elle, incite, dans une jactance vulgaire, les «dépassés» à lyncher, du moins verbalement, l’horrible fraudeur. Le gars ne répond pas. De son mètre quatre-vingt dix, il dédaigne, hautain, la virago qui continue de vociférer.       

Les deux gardes-chiourme, que les conditions climatiques chiffonnent toujours autant, interviennent en demandant, exaspérés, au géant de leur montrer sa convocation. Après l’avoir vérifiée, ils se radoucissent, échangent quelques mots, mais agrippent tout de même le gars par le bras pour le contraindre à gagner le bout de la file, juste derrière moi. La nouvelle lanterne rouge se libère :

« O monde cruel, O monde barbare où l’aède est devenu un oiseau rare, il me tape sur l’épaule, vous… vous avez vu comment ils m’ont traité ? Comme du bétail ! Ils m’ont serré si fort que j’en ai le bras tout bleu ! »

L’inconnu me pousse à la conversation. Pourtant, je me suis juré de suivre mon parcours en silence, jugeant les circonstances trop favorables aux propos banals et aux discours creux. Aussi, j’essaye de couper court en répondant :

« Une surveillance de tous les instants doit soumettre les nerfs à rude épreuve…

- Est-ce une raison, parce que ces messieurs sont en ébullition, de me déplacer, dans une affligeante partition, en bout de file comme un pion ? O tempora, O mores… mais, veuillez m’excuser, j’ai omis de me présenter, Gonzague Richecourt, poète à mes heures, c’est-à-dire 24 heures sur 24…

- Enchanté » fais-je, sans juger utile de décliner mon identité. Mon interlocuteur, devisant sur son infortune, ne s’en émeut point.

« Qu’ont-ils indiqué sur votre convocation ? interroge-t-il, revenant brusquement à des considérations plus terre à terre.

- Que je devais me rendre aujourd’hui, à huit heures, sur le quai numéro cinq, face aux entrepôts.

- Pareil pour moi. Nous sommes logés à la même enseigne sous laquelle le flou absolu règne. Ceci dit, j’ai essayé, au grand gardien, de tirer les vers du nez… il m’a dit que ce n’était pas son rôle de parler. S’ils ne sont guère diserts sur le sort qu’ils comptent nous réserver, c’est qu’ils pensent ainsi mieux nous manipuler… »  

Richecourt laisse sa phrase en suspens pour ménager ses effets. Je m’attends donc à ce qu’il reprenne de plus belle en s’enflammant dans un violent réquisitoire contre la société. Cependant, il n’en est rien. Il soupire et s’enferme dans un mutisme plus éloquent que n’importe quelle diatribe.

Nous progressons de quelques pas. La file ne donne pas l’impression de diminuer. Il ne pleut plus mais le ciel, que les deux matons continuent d’interroger, reste menaçant. Des nuages gris nous narguent, prêts à déverser de nouvelles ondées.  

Richecourt me propose une demi-gaufre au chocolat, emballée dans un plastique, aux trois-quarts émiettée et aplatie, résultat d’un long séjour dans la poche de son manteau. Je le remercie mais ne saurais rien avaler, je suis trop énervé à l’idée de passer des heures à faire la file.

Un cri s’élève. Il est suivi de propos offensés émanant d’une jeune femme à l’adresse d’une espèce de rustre qu’elle accuse de la serrer d’un peu trop près. 

L’accusé, goguenard, semble ne pas prendre les menaces de la demoiselle au sérieux qui appelle alors les gardiens. Une initiative terriblement efficace puisque l’insolent, pris d’une crainte subite, crie à l’adresse de ces derniers :

« Ça va, ça va, vous dérangez pas, y a vraiment pas de quoi s’énerver… je vais gagner le bout de la file où je me tiendrai à carreaux pour le reste de la journée… »

Le plus grand des gardes lance :

« Z’avez intérêt, sinon… »

Et voilà le bonhomme qui vient se mettre derrière Richecourt et moi. Si cela continue, je vais me retrouver aux avant-postes.

Nous sommes pris à témoin par le nouveau venu :

« Vous avez vu ça ? Non mais pour qui elle se prend cette greluche ? D’accord, elle est mignonne, mais ce n’est pas une raison pour qu’on lui obéisse au doigt et à l’œil. Je l’ai serrée d’un peu trop près… c’est le gros derrière moi qui m’a poussé en revenant d’aller pisser... et puis, après tout, zut, ce n’était pas désagréable de lui toucher le popotin. Tiens, si je pouvais, je recommencerais…  

- Vous auriez pu commencer par la fin… cela nous aurait évité un préambule hypocrite, rétorque Richecourt sur un ton agacé.

- Si on ne peut plus plaisanter, Monsieur qui m’a l’air un peu coincé… c’est ta première file ?

- Je suis Gonzague Richecourt, poète… c’est ma première file, comme vous dites, et je ne vous autorise pas à me tutoyer ! 

- J’aurais dû me douter, un illuminé ! Allez, je ne t’en… je ne vous en veux pas… sachez cependant, M’sieur le faiseur de rimes, que dans la file, qui que vous soyez, ils n’en ont rien à cirer ! C’est ma septième, je sais de quoi je parle, foi de John… » 

J’aimerais questionner John au sujet de la file quand soudain, une méchante houle secoue notre bel alignement. Elle est suivie d’exclamations de frayeur.

Un type vient de s’écrouler d’une pièce. Malgré la vive émotion, un jeune gars plein de sang-froid se précipite au secours du malheureux qui est pris de convulsions. Son visage devient violet, il n’est pas beau à voir. Il se raidit.

Le jeune gars lui fait du bouche à bouche, martèle la cage thoracique à grands coups de poing rageurs avant de s’arrêter, exténué, devant l’inanité de ses efforts. Il se relève en toussant et regagne sa place dans la file d’attente, désolé de n’avoir rien pu faire pour le malheureux.

Les deux gardes-chiourme entrent en piste une nouvelle fois pour tirer le macchabée par les bras et le déposer près de la porte d’un des entrepôts. Ensuite, de leur portable, ils appellent une ambulance. Celle-ci surgit si vite qu’on croirait qu’elle se trouvait en embuscade derrière le bâtiment. Des brancardiers embarquent le corps de l’infortuné.

« En voilà un qui est définitivement exempt de file… ricane le dénommé John.

- Vous faites preuve d’un cynisme écoeurant, lance Richecourt.

- Une scène comme celle-là est courante depuis que je fais la file. Y en aura d’autres, croyez-moi. Voilà une manière propre d’éliminer l’excédent…

- C’est nous que vous qualifiez aussi élégamment d’excédent ? J’ai peur de comprendre…

- Chapeau pour cet éclair de lucidité, M’sieur le poète dont l’espèce est en voie de disparition parce qu’il y a plus de place pour elle… vous, moi, et tous ces braves gens qui font la file, représentons le surplus qui ne s’extirpera de cette sinistre comédie que les pieds devant, comme ce pauvre type… »

John se rengorge. Son côté bravache m’énerve : 

« Pourriez-vous nous dire à quoi rime cette mascarade ? fais-je sur un ton cassant.

- J’ai pas la prétention d’en savoir plus que les autres. Je constate, c’est tout. Appelons cela de l’expérience. Je vous ai dit que je n’en étais pas à ma première file… mon seul mérite est de tenir le coup et de pouvoir revenir, chaque fois, le lendemain…

- La convocation de Monsieur Richecourt et la mienne ne sont valables que pour aujourd’hui, c’est bien écrit…

- Tétététété, quand vous arriverez en fin de parcours, un type vous en donnera une nouvelle pour demain et ainsi de suite. Ce sera comme ça tant que vous vivrez. Y a que la toute première convocation qui est envoyée par recommandé

- Et pourquoi ?

- Ça leur évite une perte de temps inutile et des frais considérables.

- Nous sommes donc si nombreux ?

- Essayez d’apercevoir le début de la file… »

C’est vrai qu’on ne le voit pas. Quand il ne fait pas aller sa grande gueule, John a un côté presque touchant. Je commence à le trouver sympathique. Peut-être est-ce dû au fait que nous partageons un identique et étrange destin.

La pluie se remet à tomber aux environs de midi. Ajoutée à l’attente, elles finissent par provoquer chez certains un état proche de la crise de nerf. La preuve avec ce quidam sortant du rang pour rebrousser chemin d’un pas plus que décidé. Lorsqu’il arrive à ma hauteur, le plus grand des gardes-chiourme l’interpelle :

« Où allez-vous ? Il est interdit de quitter la file, si ce n’est pour…

- J’ai assez perdu de temps comme cela. Je reviendrai demain, ce crachin va me faire choper la crève. J’ai les bronches fragiles…

- Bronches fragiles ou pas, je vous somme de regagner votre place… ce temps n’est bon pour personne mais on sait rien y faire » profère le garde, sentencieux.

- Et moi, je vous dis que… »

Le malheureux est empoigné par les manches, trop longues, de sa veste. D’un mouvement sec des bras, le type se libère de l’étreinte et veut s’enfuir. Il est crocheté par derrière et s’affale sur le sol. Les gardes l’entourent, menaçants :

« Maintenant, filez derrière, sinon… »

Le type comprend qu’il serait sot d’insister et obtempère en essuyant, du revers de sa manche, le filet de sang qui s’échappe des commissures des lèvres. John l’admoneste :

« Bon sang, c’est tout de même pas votre première file ! Je vous ai aperçu hier, et encore avant-hier… tenez, prenez ce mouchoir et essuyez-vous. On peut dire que le macchabée vous a sauvé la vie… 

- Que voulez-vous dire ?

- Le coupable d’une incartade subit la sanction suprême, sauf dans les cas suivants : si c’est sa première file, le nouveau se voit octroyer le «bénéfice du manque d’expérience», s’il se punit lui-même en se mettant au bout comme je l’ai fait tout à l’heure, avec la perspective de passer la journée dans la file d’attente, ce qui n’est pas rien… et, enfin, s’il y a mort d’homme… question d’équilibrage, ils ne peuvent pas être en-dessous du quota imposé au quotidien.

- Et… qu’entend-t-on par «sanction suprême» ?

- Le renvoi immédiat à la maison !

- Comment ?... Ce serait plutôt une bénédiction ! » m’écriais-je, prêt à commettre la faute qui me permettrait de rentrer chez moi. John tempère mon enthousiasme.

« Cela hâterait votre mort, mon cher. Croyez-moi, tant que l’on vous convoque pour faire la file, cela signifie que vous existez, que vous êtes attendu, c’est-à-dire que vous êtes utile… donc, que vous ÊTES tout simplement. A partir de l’instant où vous êtes, vous éprouvez des vibrations, des sensations comme celle que procure le plaisir d’attendre à votre tour. N’est-ce pas merveilleux d’attendre, même si l’on ne sait ni qui, ni quoi ? Juste le fait d’attendre, rien de plus… ne plus être attendu ou ne plus rien attendre, c’est mourir. Le jour où on vous éjecte de la file, préparez-vous à mourir à petit feu…

- C’est insensé, voyons ! Vous essayez de me convaincre que le fait de faire la file bêtement et de recommencer les jours suivants, est une preuve que l’on existe, tandis que…

-… Tandis que se morfondre chez soi, abandonné de tout et de tous, sans l’ombre d’un espoir de voir quelqu’un nous appeler parce qu’on est considéré comme mort aux yeux de la terre entière, c’est la joie… tu parles ! La perspective d’une vie de reclus m’accompagnant jusqu’à mon dernier souffle sans susciter la moindre réaction, ni le moindre intérêt de la part d’autrui… merci, très peu pour moi… sachez, cher Monsieur, que, dans cette misérable existence, arriver sans défaillance, le soir, au bout de la file est devenu un objectif avouable, valorisant même. Savoir qu’on est attendu le lendemain et les jours qui vont suivre, nous rassure quant à notre raison d’être. Je le répète : ne pas se soumettre aux impératifs de la file d’attente serait suicidaire.

- Ah ! Bravo, s’écrie Richecourt, je m’étais juré de ne plus adresser la parole au cuistre que vous êtes… si j'en avais un, j’ôterais mon chapeau sur le champ en signe de respect, quelle envolée ! Vous m’avez convaincu, Monsieur… »

John lève les bras, pressant ses mains l’une contre l’autre à s’en faire rougir les paumes, comme un sportif remportant une compétition. Il se met ensuite à tourner sur lui-même dans une attitude fanfaronne, attendant les acclamations d’un public boudeur. Une gestuelle grotesque et choquante en osmose parfaite, cependant, avec la situation biscornue que nous vivons. 

Aux facéties de John, succède un calme plus seyant aux circonstances. Notre lente marche en avant se poursuit durant le restant de l’après-midi jusqu’à ce que la nuit descende sur une file d’attente réduite à la portion congrue.

Il est près de vingt-deux heures lorsque le dernier carré formé par Richecourt, John, le fugueur et moi-même, atteint une table basse derrière laquelle trône, crâne rasé et lunettes noires, un énorme type aussi attirant qu’une porte de prison.

Il m’arrache presque la convocation des mains puis, s’empare d’un feuillet de format A4 sur lequel il recopie mes coordonnées. Au verso du document, sont imprimés des dizaines de petits carrés. Dans le tout premier, en haut à gauche, il inscrit la date d’aujourd’hui. Les autres sont destinés à mentionner les jours suivants.

Le colosse me tend une convocation pour demain et me signifie, d’un hochement de tête, que je peux disposer. Inutile de lui poser la moindre question, il n’y répondrait pas. D’ailleurs, tout est très clair dans mon esprit, lorsque je me remémore les paroles réconfortantes de John : «Savoir qu’on est attendu le lendemain et les jours qui vont suivre, nous rassure quant à notre raison d’être…» 

En un jour, j’ai beaucoup appris. Des leçons bien retenues en attendant les prochaines, car, je suis gagné à la cause de la file d’attente qui me fait vivre. Je n’ose m’avouer que c’est surtout une question de survie.

Je salue mes trois compères, souhaitant les revoir le plus souvent possible. J’ai même une pensée émue pour les deux gardes-chiourme qui seront certainement au poste demain. En effet, la pluie semble s’être installée dans la région pour plusieurs jours.

 

 

 

Alain Magerotte

 

http://www.bandbsa.be/contes/magerotte1recto.jpgNouvelle extraite du recueil "Bizarreries en stock"

Publié dans Nouvelle

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Vincent Jooris et les pirates

Publié le par aloys.over-blog.com

Une incontrôlable traque dans les Antilles

 

 

Ancien corsaire français, Jacques Mériadec ne vibre plus à l'appel du large. Il vit d'expédients et croupit à New Providence, dans les Bahamas.

Sur cette île, d'insolites meurtres se produisent. Le chef de la police charge Mériadec de mener l'enquête. Mais Jacques joue de malchance, il finit par être lui‑même suspecté d'homicide : son salut semble être dans la fuite et la fourberie.

 

D'habitude, les histoires de pirates exaltent les valeurs d'un héroïsme improbable. Chasse‑partie démolit ce cliché. Son protagoniste est un vieux briscardCouverture-Chasse-partie.jpg cynique, à qui il arrive encore de se faire piéger. Bref et imprévisible, ce roman nous plonge dans un autre monde, sans une once d'ennui à la clef.

 

 

 

Vincent JOORIS

 

Publié dans présentations

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Jean-Claude Texier : un extrait de L'élitiste

Publié le par aloys

P1070295Roméo de Rivera, proviseur socialiste imprégné de marxisme, grand admirateur de Staline, vient d'être nommé en zone sensible de la banlieue parisienne.  
 

"...Il terminait son septennat lorsqu'il fut remarqué, lors du Congrès de Rennes en 1990, par un personnage influent qui lui assura sa nomination à Champfleury, sur la rive gauche de la Marne, en face de Saint-Sauveur.

 

   Là, il dut mettre son orgueil en berne. Comme il l'avait appréhendé, il trouva un endroit dévasté par les voyous des cités avoisinantes. De nombreux enfants d'immigrés  y côtoyaient les rebuts des autres lycées. Le manque de crédit, la pauvreté, la hantise du chômage, le racisme et la violence avaient créé un climat peu propice aux études. Le seul espoir de promotion était de franchir cette rivière, se faire admettre à Edith Cavell où se formaient les élites. Alors il entendit pour la première fois, prononcé avec respect et admiration, le nom de Charvache. On parlait d'un modèle de proviseur, d'un chef-d'oeuvre de lycée, avec ce mélange d'envie et de dédain propre à tous ceux qui désirent secrètement ce qu'ils ne peuvent avoir. Roméo se sentait leur frère, lui qui était loin de pouvoir prétendre à autre chose que le lycée poubelle dont il avait hérité. 

 

   Imaginez un architecte qui se serait trompé de commande et aurait livré les plans d'une aérogare affectés à la construction d'une école en haut d'une colline, et vous aurez une idée du bâtiment dont Roméo prit possession cette année-là. Une forme circulaire, un plafond bas tout noir, des couloirs gris, tous semblables, aussi larges que des rues où des foules de voyageurs auraient pu débarquer, où l'on tournait en rond en se perdant aisément faute de repères, où les portes des salles se confondaient avec les parois uniformes. Un labyrinthe inextricable où même les habitués s'égaraient étourdiment, des corridors interchangeables, rigoureusement identiques, comme pour induire les usagers en erreur, si bien qu'y entrer, c'était déjà perdre son temps. L'ensemble était si laid, si mal conçu, si cauchemardesque, que même les vandales avaient renoncé à écrire dessus, le jugeant sans doute indigne de porter leur empreinte. On aurait pu y tourner un film d'horreur en faisant l'économie d'un décorateur ; il éveillait un tel désir de fuir que l'on y cherchait instinctivement le comptoir d'une compagnie aérienne où une belle hôtesse vous inviterait à des voyages enchanteurs pour oublier les lieux. Hélas, la seule hôtesse se trouvait à l'entrée, enfermée dans une cage de fer doublée de vitres incassables. Elle actionnait un portillon, après que l'on eu décliné son identité par l'interphone. Lorsqu'on s'adressait directement à elle, seul un minuscule guichet permettait d'entendre sa voix, tant elle était protégée du bruit et de la violence. Des caméras vidéos lorgnaient les clôtures entourant le terrain vague qui tenait lieu de jardin. D'autres vous épiaient à l'intérieur, dissimulées dans le noir du plafond, où les rayons obliques du soleil matinal allumaient leur oeil sinistre. La drogue ignoble avait trouvé là une terre d'élection. Telle était l'aérogare Maurice Barrès, une Colline Peu Inspirée, aux dires des lettrés.

 

   Un personnel aussi moche agrémentait l'établissement. Une adjointe rousse échevelée, affolée, criarde, toujours à bout de nerfs, des employés administratifs désabusés, dépassés, démoralisés par des confrontations constantes. Deux secrétaires si mal fagotées qu'on les aurait confondues avec la clientèle dépenaillée, ébouriffée, ahurie, de traîne-savates loqueteux, au dos courbé de vieillards, qui allaient de travers, comme ivres, dans le dédale des couloirs. Emprisonnée par les portes coupe-feu, stagnait une odeur persistante de moisi que les brefs courants d'air ne parvenaient pas à chasser. Une désorganisation complète à tous les échelons choqua son esprit rationnel. On se chamaillait dans chaque bureau, on se renvoyait des tâches et des jurons en gueulant :

"Ca ne me regarde pas ! Faites votre boulot, nom de Dieu !"

 

   Le bureau de son adjointe était séparé du sien par tout un couloir circulaire. On y faisait d'interminables allées et venues, on y parcourait des kilomètres inutiles, un épuisant marathon quotidien où l'on trimbalait des piles de documents sur des chariots brinquebalants. Des dossiers s'empilaient pêle-mêle sur des pupitres en guise de tables, on semblait partout à la recherche de quelque chose d'introuvable, en proie à une rogne hargneuse. Le premier jour, l'adjointe ne répondit pas à ses demandes réitérées d'ouvrir sa porte : pour avoir la paix, elle s'était renfermée à clef. Le lendemain, il eut bien envie d'en faire autant. Une flopée de mécontents s'alignait devant son bureau pour présenter leurs doléances. Il écouta les plaintes et revendications, prit des notes, et renvoya tout le monde avec le remède miracle dont les politiques font si ample usage : des promesses."   

 

 


Elke Texier

champsromanesques.over-blog.com

 

Publié dans Textes

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Gauthier Hiernaux a lu "Poulet aux olives" de Jean-Philippe Querton

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gauthier hiernaux2

 

Jean-Philippe Querton

 

Mortel poulet

 

Ce n’est pas la fiche de lecture d’un seul roman que je vous propose aujourd’hui, mais celle de deux ouvrages (« Le Poulet aux olives » et « Mortelle praline ») qui n’ont pas en commun que leur auteur, Jean-Philippe Querton dont j’avais, il y a peu, chanté les louanges (voir « L’homme à la Chimay bleue » plus bas sur cette page) mais également le personnage principal, le détective très inspiré nommé Marcel Quinchon. 


Quelque peu refroidi par l’une de mes dernières lectures, je me suis délecté des pages savoureuses du premier roman de l’auteur intitulé « Le Poulet aux olives ». D’emblée, le romancier nous met au parfum : il s’agit d’un polar gastronomique, association qui n’est pas sans rappeler le regretté Manuel V. Montalban. Mais la Barcelone de Montalban a été troquée contre des contrées qui nous sont plus proches (Nivelles, Rebecq…) dans lequel Quinchon (appelons-le « Marcel », il ne s’en offusquera pas), doté d’une verve comparable à son appétit, évolue comme un poisson dans le ricard.


En quelques mots : Marcel Quinchon est appelé par une vieille rombière qui soupçonne sonhttp://www.bandbsa.be/contes/pouletolives.jpg mari d’infidélité. Une affaire somme toute très banale qui ennuie mortellement le privé. Mais quand la vieille est salement égorgée et que d’autres individus, liés de près à la famille, tombent comme des mouches, l’affaire se corse.


Dans « Mortelle praline », le dernier roman de l’auteur, Marcel Quinchon mène l’enquête dans le milieu hospitalier dans la région de La Louvière. Un peu moins de gastronomie dans ce dernier tome des enquêtes du détective amateur de bonne chair (celle qui se mange et celle qu’on honore) mais un ton et un humour qui ne peuvent laisser les amateurs de bons mots et d’atmosphères indifférents.     


Deux excellents bouquins à dévorer sans modération devant un bon feu de cheminée... ou un verre de Chimay.         

 

 

Gauthier Hiernaux

grandeuretdecadence.wordpress.com

 

Publié dans Fiche de lecture

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Hugues Draye : Un extrait de "Chemin faisant..."

Publié le par aloys.over-blog.com

H.draye

LISLES-MARTINS

1

J'aurai marché dans la forêt depuis une heure ou deux. Les arbres auront défilé les uns après les autres. Un coucher de soleil aura transpercé les branches.

Je n'entendrai pas les oiseaux. Ma tête sera encombrée d'une musique, d'un souvenir ou d'un projet. Les sentiers tortueux se succéderont et je verrai en chacun la réplique du précédent.

Je me demanderai, en apercevant les bouleaux, si les feuilles qui s'en détachent meurent à l'instant où elles quittent leur branche maternelle ou à la seconde précise où elles atteignent – et touchent – le  sol.

J'entendrai un coup de feu. J'imaginerai les chasseurs - ou les assassins - au loin. Je tournerai la tête vers les buissons. Je croirai reconnaître la casquette du Champenois, ce héros gaumais.

Je frissonnerai.

Je poursuivrai ma route.

2

"Combien de temps avez-vous marché dans la forêt, monsieur?"

"Je n'en sais rien, docteur"

Oui, la visite médicale aura commencé. On établira mon dossier. Je passerai sur la balance. Je serai ensuite prié d'attendre dans un box voisin. Et je créerai mon suspense.

Cinq minutes. Dix minutes. Un quart d'heure.

 Et le diagnostic tombera.

"Je ne dois plus vous apprendre, mon cher patient, que la pensée n'existe pas. Vous savez que les flashs qui passent dans notre cerveau à longueur de journée ne sont pas vraiment l'expression de notre volonté, que des planètes existant réellement dans le cosmos nous envoient journellement, grâce à un système de satellites, des photos ou des extraits de leur vie. Depuis quelques mois, je voyais des oranges bleues partout. Je me suis donné la peine, en tant que médecin, d'analyser scientifiquement cette chimère. Le résultat fut concluant : les fruits, soi-disant imaginaires vu leur couleur, se trouvent et existent matériellement sur Wivin, un astéroïde situé à trois milliards de kilomètres en diagonale de la couche atmosphérique. Il se pourrait - nous l'avons calculé - que certaines planètes, au cours des vingt prochaines années qui vont arriver, entrent en collision"

"Où voulez-vous en venir ?"

"Nous désirerions, afin d'éviter ce phénomène, parachuter des hommes sur place. Vos prises de sang et votre potentiel urinaire ont démontré, cellule après cellule, que vous étiez l’homme de la situation. On va vous envoyer là-bas. Vous allez découvrir vos rêves en chair et en os. Juste le temps d'une piqûre"

Et … je me laisserai faire.

 

3

Lisles-Martins.

Ainsi, le panneau - qui indiquait Liège-Guillemins dans la réalité - aura changé de nom lors de l'arrivée du train. Comme dans mes rêves.

Je jetterai mon ticket dans la poubelle du quai, j'arpenterai la salle des pas perdus, je consulterai les tableaux horaires et je raserai les murs. Comme dans la réalité.

Mon amie, ma Dulcinée, pour me surprendre, déposera sa main sur ma nuque. Un journal siégera dans la poche droite de son manteau. Elle mangera un bâton de chocolat. Elle laissera vagabonder sa main droite sur les boutons de nacre de son chemisier rouge. Elle claquera des dents et je verrai un soleil. Comme dans les rêves où je la rencontre. Nous traverserons le boulevard, main dans la main. Nous nous attarderons devant les magasins. L'herbe du parc sera rouge. Et mon amie regardera droit devant elle. Je ne connaîtrai toujours pas son prénom.

"Sœur Marie-Claire a téléphoné, mon chéri", dira-t-elle, comme ça, par hasard.

Je me rappellerai, moi qui connais mes scénarios amoureux par cœur, de ma première rencontre avec ma blonde dans une bibliothèque tenue par une religieuse.

"Ont-ils réparé la télé ?", demanderai-je encore. En me souvenant des fameux parasites devant l'image témoin de notre première rencontre.

Elle me tendra ses lèvres. Elle m'embrassera. Je m'évanouirai.

4

Visite médicale à nouveau.

"Que s'est-il passé, docteur ?"

      "On vous a sauvé à temps. Votre muse de Lisles-Martins détenait des pouvoirs paranormaux. Son fluide naturel allait provoquer des dégâts au niveau de votre attraction mutuelle. En un regard, vous seriez devenu aveugle ou paralytique. Un sérum doit être conçu pour lutter contre ce fléau. En attendant, vous rejoindrez le royaume des morts qui s'allume dans vos songes …"

Et le médecin plantera le thermomètre dans le creux de ma cuisse. Je n'aurai pas le temps de placer un mot.

5

Je voyagerai en dirigeable.

J'aurai le cafard.

La gare de Lisles-Martins et le fantôme de ma muse envahiront déjà mes souvenirs.

Dehors, les nuages voileront le hublot. Le ballon perdra de l’altitude. Le baromètre en aura pris un coup.

Pendant ce temps, à l'intérieur du dirigeable, je tournerai en rond dans un décor japonais. Une marmite en cuivre jouera du tambour au plafond. Des infirmiers - portant une civière - feront les cent pas. Oui, j'aurai atterri dans le royaume des morts de mon imagination. Je consulterai un plan. J'aboutirai au second étage. A la chambre 923.

Simon Jacob, apiculteur célèbre décédé depuis une quinzaine d'années, fera une sieste dans son pavillon. Il aura le regard pensif d'une statue de Rodin. Je serai intimidé. Je ferai quelques pas en avant. Ensuite, je reculerai.

Une fois de plus, je réaliserai que, contrairement à mes idéaux, la mort n'embellit rien, la mort n'efface rien, la mort existe essentiellement dans la tête, les humains gardent leur dimension et que les idoles n'existent pas.

6

Evidemment, je serai de retour sur terre.

Evidemment, j'aurai à nouveau droit à une visite médicale.

Qu'y apprendrai-je encore ?

"Mon cher patient, vous étiez sur le point de fondre. Je dois vous administrer une dose plus forte. J'ai lu, dans votre dossier, les références concernant vos rêves avec une panthère qui vous avale. Si mes renseignements sont exacts, il y a, dans le ventre de l'animal, un lit. La bête s'échappe du zoo, court dans le désert et rejoint un cirque. Je vais vous projeter en ces eaux-là"

"Retournerai-je bientôt à Lisles-Martins ?"

Je n'entendrai pas la réponse, bien sûr. Je m'évanouirai avant, bien sûr.

7

Le zoo d'Anvers aura fermé ses grilles. Les touristes auront déserté le grand jardin digne d'un dessin animé de Walt Disney. Les jardiniers seront partis à la cantine.

Et je serai encore là. Par hasard.

Derrière une maison blanche de type espagnol, deux panthères dormiront.

Je m'accroupirai. Je me faufilerai jusqu'à la queue des félins.

Je rêverai encore de Lisles-Martins. Je rêverai encore de ma muse. En vain.

La peur du gardien du zoo me glacera les os. Le radeau, situé dans mes rêves à l'extrême-droite du tuyau d'arrosage, aura été déplacé ; les traces blanches en témoigneront.

Le mâle sortira de son sommeil. Je me prendrai pour un homme invisible (ou un passe-muraille). Je sourirai. Je me rappellerai d'un médecin, dans une autre galaxie, prêt à me sauver en cas de danger. L'animal aura le temps de faire trois pas dans ma direction, de m'adresser un clin d'œil et de tourner … à droite.

 

 

 

 

8

L'animal n'aura pas le temps, comme prévu, comme dans mes rêves, de m'avaler. Je n'aurai pas le lpoisir de m'installer, de me coucher, de me draper et de dormir dans le lit de son ventre.

Je ne retournerai pas à la visite médicale. Mon médecin-fantôme se sera évaporé avec ses seringues et son sérum.

Je me retrouverai dans la forêt. Comme au point de départ. Je m'apercevrai, le plus simplement du monde, que je n'avais jamais quitté cette forêt. J'aurai pensé intensément et le rêve aura fait le reste.

Je ne rejoindrai pas Lisles-Martins. Je ne retrouverai pas ma muse. Mon envolée aura vécu son cours. Je ne me retournerai pas. J'accélérerai le pas.

Les marécages me paraîtront magiques. Les bûcherons, pour une fois, frôleront les divines apparitions. Les cyclistes de passage deviendront mes frères. Un ruisseau coulera dans mes veines. Je joindrai mes mains. Je regarderai en l'air.

Je deviendrai amoureux de la réalité.

Je rejoindrai une autre muse.

Je te rejoindrai.

Je te rejoindrai ... comme toujours.

Luttre, 14 juillet 2004, 22 heures,

juste avant de partir en vacances avec toi

 

Hugues Draye  huguesdraye.over-blog.com

 

 

 

 

Publié dans Textes

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Le jeu de la photo... Qui est ce futur auteur ? Josy Malet-Praud !

Publié le par christine brunet /aloys

CCF14012011_00000.jpgVisuel Auteur - PDNA

 

 

C'était Josy Malet-Praud !!!

 

Bravo Bob, Marie-Claire et Nadine !!! Physionomistes !!!!!

Publié dans jeu de la photo

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Christine brunet a lu "Trop plein" de Nadine Groenecke"

Publié le par christine brunet /aloys

ma photo

 

Impressions de lecture

 

 

Les larmes coulent sur mes joues alors que je termine la première nouvelle de Trop Plein, le recueil de Nadine Groenecke. Elle ne peut savoir quels retentissements ont ses mots sur mes souvenirs, mon passé. Et pourtant, c'est comme si je les revivais au fil des phrases, des images, des répliques...

Trop plein, c'est le recueil des avatars de tous les jours, des accidents de la vie, d'évènementsphoto couverture nad qui vous sont arrivés, sont arrivés à l'un de vos proches ou pourraient vous arriver. La cruauté est souvent au rendez-vous et se mêle à la malice, aux regrets, à la terreur, à la douleur dans un écheveau coloré de personnages profondément humains et de situations brossées avec justesse et légèreté.

Un moment du passé, de peut-être, de possibles... Voilà ce qu'est "Trop plein"... Un instant de lecture plaisir.

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

www.alots.me

www.passion-creatrice.com

Publié dans Fiche de lecture

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Un poème d'Anne Renault : "Sur le belvédère..."

Publié le par aloys.over-blog.com

anne renault tête


 
Sur le belvédère

 


La nuit

 


Toutes sortes de choses  se passent

Que personne ne sait

Sauf moi.


La vallée se plaint à la colline

Que l’ombre trop vite l’atteint

Sa voix est douce et profonde

Voyelles seules fondues murmurées

Une complainte

Que j’entends.


Et le vent ? Le vent ?

Lui, rieur, il galope

Aux quatre coins

Il se moque

De ces masses

Immobiles obtuses

Grasses.


Le vent est un fil d’argent

Vagabond

Et il agite mes cheveux

Il les caresse

Le vent m’aime et me protège

Car moi, je suis petite

Et je ne demande rien. 

 

 

 

Anne RENAULT

Publié dans Poésie

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Bob Boutique a lu 'Nouvelles à travers les passions" de Micheline Boland

Publié le par aloys.over-blog.com

bobclin"Nouvelles à travers les passions", critique de Bob Boutique

 

Je vous ai déjà parlé de Micheline à propos de son premier recueil intitulé ‘Nouvelles à travers les saisons‘ et dit à l’époque tout le bien que j’en pensais. Lorsque son deuxième livre est sorti à l’occasion de ‘Tournai la Page’, ‘Nouvelles à travers les passions’, je me suis donc précipité dessus, en espérant retrouver les mêmes sensations. Gagné. C’est de la même veine et pourtant différent. Ce qui m’évitera de devoir me répéter.

 

Première remarque. On nous propose cette fois-ci sur 172 pages, 24 textes qu’on pourrait classer en trois groupes. Des nouvelles classiques ( de loin mes préférées), quelques récits historiques et enfin des écrits beaucoup plus courts, glanés sans doute dans les ateliers d’écriture auxquels Micheline participe.

 

Personnellement, c’est dans ses nouvelles traditionnelles, que je me retrouve le mieux. Des histoires simples, presque anodines, dont on se demande si ça vaut la peine d’en parler. Puis l’auteur gratte un peu et derrière les personnages conventionnels, banals, parfois falots, se profile une passion, une douleur, une phobie… bref, une humanité criante qui semble nous rappeler qu’en fin de compte, on est toujours seul.

 

L’univers n’a pas changé. C’est celui de la petite bourgeoisie hennuyère catholique dans laquelle vit l’auteur. Un milieu où les conventions, le qu’en dira t-on et le ‘ce qui se fait’ tiennent lieu de morale. Un monde étriqué, où tout se passe dans la tête, faute de pouvoir l’exprimer avec emphase. Un milieu coincé, où le péché est vécu comme une calamité, alors qu’il fait peut-être tout simplement partie de la vie.

 

Et en matière de péchés, elle s’y connaît notre Micheline : qu’il s’agisse de la jalousie, de l’avarice, deM. Boland Nouvelles à travers les passions  l’envie… ou d’handicaps véniels (je ne trouve pas d’autre mot) qui vous rendent rêveuse, suiveuse, épieuse, hésitante, influençable, bigotte… lisez : la palette est très large et tous les personnages du livre en sont atteints, d’une façon ou l’autre.

 

Un exemple ?

C’est une Mémé, une bobonne tout ce qu’il y a de plus traditionnel, avec ses recettes de cuisine, les petits enfants qu’il faut chercher à la sortie de l’école, le mari qui est plutôt gentil… bref, une petite vieille qui n’a pourtant que 53 ans. Et puis un jour… comme ça, sans raison, une impulsion : elle enfile son manteau, court jusqu’à la gare et prend le premier train venu ! Il va à Namur… Peu importe. Elle s’assoit sur une banquette, encore étonnée par son escapade et essaie de faire le point d’une vie bien rangée, sans doute un peu terne.

 

Puis le remords ou le simple bon sens ? Elle se rend compte qu’elle ne va nulle part, descend à Châtelet et retourne à pieds. Lorsqu’elle rentre à la maison, personne n’a remarqué son absence ou si peu et tout reprend comme avant. Voila, c’est tout. Il ne s’est rien passé. C’est une non-histoire.

 

Sauf que racontée par Micheline, cela tourne à la grande aventure. Le dérisoire devient passionnant et la petite bonne femme une héroïne qu’on voudrait écouter pendant des heures en lui tenant la main. Car (et c’est peut-être la leçon principale, sous-jacente, qu’on retrouve dans ces nouvelles) chacun de nous a droit à la compréhension et ira en fin de compte au paradis. Comme dans la chanson de Polnareff.

 

Enfin, moi, c’est comme ça que je l’interprète.

 

Pour le reste, est-il utile de rappeler que le style est quasi parfait, le français d’une richesse sans forfanterie, les descriptions imagées avec une acuité toute particulière et le rythme soutenu. On arrive au bout avant de même de comprendre qu’on lit de jolies phrases littéraires.

 

Encore une fois bravo au comité de lecture de Chloé des Lys qui a su reconnaître un vrai talent.

 

Bob Boutique

bandbsa.be/contes.htm


Publié dans Fiche de lecture

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