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Premier amour, un poème de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

 

PREMIER AMOUR

 

 

Loin était mon esprit,

Proche était la paix

Lorsque l'ami me prit

La main, ce soir de mai...

 

Loin étaient les larmes

Dans nos cœurs embrasés

Par une même flamme

Et, sans cesse, poussés

 

Par l'éveil de l'amour,

Les serments éternels,

Adorables atours

Des baisers fraternels.

 

Très proches sont les pleurs,

Les fructueux reflux

Des regrets, des douleurs

...Car mon amour n'est plus.

 

 

Micheline Boland

Son site : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/
Son blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com/

 

http://www.bandbsa.be/contes2/contesmagasinrecto.jpg


Publié dans Poésie

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"L'enveloppe bleue", une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

L’ENVELOPPE  BLEUE

 

Il a plu à seaux toute la nuit. Ce déluge n’est cependant pas la cause de son insomnie : l’homme, patron d’un abattoir spécialisé dans la volaille, n’a pas trouvé le sommeil parce que l’épuisante journée qui l’attend, en cette avant-veille de fête de fin d’année, le perturbe.

«Ils se sont tous donné le mot pour attendre le dernier moment», ronchonne-t-il.

Après être passées entre ses mains, des dizaines de dindes et de poulets vont se transformer en mets plus sophistiqués les uns que les autres pour satisfaire de gourmands appétits.

Finissant de nouer le cordon de son tablier blanc, il appelle, irrité :

« Jacques ! Jacques, où es-tu ? Dépêche-toi, il y a beaucoup de travail aujourd’hui, je n’ai pas de temps à perdre. Je vais partir… »

La femme tempère l’impatience de son compagnon.

« Il ne va plus tarder, il m’a promis de ne pas traîner en allant chercher le pain. Attends-le, sinon il risque de piquer une colère, tu le connais… et puis, penses-tu que ce soit un spectacle pour un enfant ?

- J’estime agir pour son bien en l’emmenant chaque fois avec moi, son caractère s’aguerrit, il s’endurcit. D’autre part, il doit libérer la violence qui est en lui et il en a, crois-moi… on peut déjà être certain que, plus tard, Jacques ne sera pas une mauviette… »

Elle l’interroge du regard, pas vraiment convaincue mais n’insiste pas, s’inquiétant en silence pour son fils, si différent des gamins de son âge. Plutôt que de rechercher la compagnie des autres gosses, Jacques préfère passer d’interminables heures dans l’ambiance morbide de l’abattoir en prenant un plaisir malsain à la vue des exécutions perpétrées, à une cadence infernale, par son géniteur. Un géniteur qui exerce sur lui, une mainmise sans partage.

Dès son retour, Jacques enfile ses grandes bottes en caoutchouc. Le chemin est embourbé. Au dehors, père et fils s’empliront les poumons de cette odeur de terre mouillée qui répand un parfum revigorant qu’ils aspireront sans modération pour mieux supporter les exhalaisons respirées jusqu’à l’écoeurement tout au long d’une harassante journée de labeur… prouvant que les affaires, quant à elles, marchent plutôt bien. A un point tel que l’homme a l’intention d’engager deux nouveaux ouvriers au printemps prochain.

 

Trente ans ont passé.

Petit et ventru, Jacques Cordère aimerait tordre le cou à sa solitude. La perspective de l’avoir à ses côtés jusqu’à son dernier souffle pèse si fort, que ses larges épaules s’affaissent chaque jour un peu plus, lui conférant une silhouette voûtée, semblable à celle d’un vieillard.

Or, Jacques n’a pas encore atteint quarante ans. Un âge où, il l’a lu dans une revue spécialisée, l’homme atteint sa plénitude physique et mentale. Aussi, a-t-il décidé de mettre les bouchées doubles pour mettre un terme à sa vie de solitaire.

Ce soir, Jacques a rendez-vous. Il arpente, de long en large, le trottoir au pied d’un immeuble où se trouve le siège d’une compagnie d’assurances. Notre homme lutte contre une nervosité qu’accentuerait l’immobilisme.

Impatient mais surtout inquiet, il guette l’arrivée de cette femme contactée par l’intermédiaire d’une petite annonce trouvée dans le journal qu’il tient plié sous le bras :

Irma, 35 ans, veuve aisée, cherche homme seul entre 30 et 40 ans pour relations sérieuses. Situation stable, sympa, aimant les petits restaurants et la campagne.

Curieusement, aucun détail physique n’apparaît dans ces lignes.

«Bah ! Au diable le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse» se dit Jacques, conscient tout de même de ne pas se trouver dans les conditions pour faire le difficile.

La mention «aisée» ne le laisse, évidemment, pas indifférent. Parce que, tant qu’à faire, il préfère savourer un Pommerol au coin de l’âtre qu’un Château La Pompe auprès d’un vieux convecteur au gaz. Pour l’amour, on verra plus tard… avec le temps… 

Une chose l’embarrasse : le goût prononcé de la dame pour la campagne. Quelle horreur ! Avec son cortège de moustiques et de bestioles plus répugnantes les unes que les autres. Sans compter l’insupportable odeur de purin. Non, très peu pour lui. Quel plaisir peut-elle éprouver à la vue de prairies interminables remplies de vaches, de moutons et de cochons ?

«Quoiqu’en ce qui concerne ces derniers...» songe-t-il en rougissant à cette pensée osée.

Jacques trouve le temps de plus en plus long et de plus en plus froid. Il décide alors de jeter un coup d’œil sur le journal dont la première page est consacrée au tueur de flics qui terrorise la ville; celui qui tue les «poulets» en leur tordant le cou… mais, voici qu’elle apparaît, soudain, dans toute sa grâce.

Une silhouette fine et élégante, mise en valeur par la lumière blafarde que diffusent les lampadaires alignés sur le trottoir.

«Putain le flacon, du first class» se pâme Jacques.

L’inconnue traverse la chaussée et se dirige d’une démarche souple vers lui. Il se recroqueville. Relevant le col de son imper, notre amoureux transi enfouirait volontiers toute sa tête s’il le pouvait. Le rouge lui monte aux joues. Il voudrait fuir cet endroit. De plus, donner rendez-vous devant une compagnie d’assurances quand on en manque à ce point-là. Ah, comme il les envie, ces héros de cinéma, sûrs d’eux, parce qu’ils n’ont pas… le physique ingrat de Jacques Cordère, voilà tout.

« Monsieur Cordère ? Jacques Cordère ? » questionne l’arrivante en le dévisageant de ses grands yeux verts.

« Euh... oui... madame... »

Cette réponse de petit garçon «pris en défaut» agace notre homme qui, impressionné, juge déjà cette jolie veuve trop bien pour lui.

«Une fois pour toutes, Jacques, arrête de te ravaler ainsi ! Accroche-toi, vieux et dis-toi surtout, même s’ils ne sont pas apparents, que cette charmante créature a aussi ses imperfections, ses craintes, ses doutes…»  

« Avez-vous un endroit de prédilection où l’on pourrait dîner et faire plus ample connaissance ? questionne-t-elle, en le tirant de ses réflexions.

- Euh… oui… »

Ce rendez-vous capital a obsédé Jacques dès l’aube. L’estomac noué, notre homme n’a rien mangé de la journée. Il est, ce soir, aussi affamé qu’un top model se préparant à un défilé relevant de la plus haute importance pour la suite de sa carrière.

« Vous êtes garé loin d’ici ?

-… En fait, oui… euh, je veux dire non… ma voiture est à l’entretien… nous allons prendre un taxi, à mes frais, bien entendu… »

Jacques Cordère ment, il n’a pas de voiture. Il le dira plus tard ou plutôt, non, il doit le dire maintenant pour ne pas entamer leur relation sur un mensonge. Il se ravise donc :

« En vérité, je n’ai pas de voiture, je…

- Il n’y a aucune honte à cela. Vous pensiez que j’étais une femme qui jugeait sur les apparences ? C’est vraiment cette impression que je donne ?

- Je… je n’en sais rien… je… je ne sais déjà pas parfois qui je suis…

- Intéressant ce que vous me dites.

- Ah oui ? Je… je vais héler un taxi, le premier qui passe… évidemment, suis-je bête… tiens, en voilà justement un qui arrive… »

En montant dans le véhicule, Cordère jette l’adresse d’un restaurant italien situé non loin de son lieu de travail.

Cet avantage psychologique du terrain connu apporte quelque assurance à notre homme. Une assurance renforcée par le «Bongiorno signor Jacques» de Santo, le garçon, lorsqu’ils pénètrent dans l’établissement. Si bien que, profitant de l’état de grâce du moment, Cordère choisit, sans hésitation, une table dans le fond, pour deux personnes, flanquée d’un gigantesque aquarium dans lequel dansent, en une sarabande harmonieuse, une vingtaine de poissons multicolores.

Mais, à peine installé face à Irma, voilà que le manque d’assurance rapplique au grand galop. Aussi, Jacques prie la jolie veuve de l’excuser un instant et s’engouffre dans les toilettes pour retarder un tête-à-tête qui le paralyse de peur. Dans ces conditions, comment établir un plan de séduction ? Déjà que l’imagination coince quand elle est intensément sollicitée dans un laps de temps trop court.

«Papa, je t’en supplie, aide-moi, que dois-je faire ?» 

Jacques Cordère redevient subitement ce petit garçon tremblant devant un paternel dominateur qui n’imaginait pas le voir un jour devenir adulte et qui, dès lors, n’éprouva pas le besoin de l’entretenir des choses de la vie. Jacques n’a réussi à se soustraire de ce lourd héritage qu’à doses homéopathiques. Il est d’ailleurs toujours en traitement. Mais, ça va mieux, beaucoup mieux, hier encore, il n’aurait jamais osé répondre à une annonce…

Jacques se passe de l’eau sur le visage, réajuste sa cravate, remet de l’ordre dans sa chevelure clairsemée, cachée d’ordinaire sous une casquette à carreaux, et retourne prendre sa place en face d’Irma.

« Vous semblez connaître la maison, que me conseillez-vous ? interroge-t-elle.

- Des… ravioli à l’italienne, répond-t-il spontanément, ils sont succulents. Je peux vous donner la composition de la farce : 600 grammes de poulet cuit et désossé, 100 grammes de mortadelle, 100 grammes de jambon de Parme, 2 œufs, 1 oignon, 1 gousse d’ail…

-… Parfait, vous m’avez convaincue, sourit-elle, puis, elle ajoute d’un air ingénu : 600 grammes de poulet… vous aimez le poulet ?

- Oh oui, je l’adore… pourquoi ?

- Pour rien, fait-elle, pour rien… »

La langue de Cordère ne se délie qu’à l’énoncé de sa recette de cuisine favorite car, pour le reste, son imagination répond aux abonnés absents. Le dîner, en effet, s’apparente à un round d’observation pour l’une, à l’incapacité d’engager la conversation sur le sujet le plus futile soit-il, pour l’autre.

Les regards se croisent; le plus souvent, ils se fuient. C’est au dessert qu’Irma rompt la glace... au moyen de la petite cuillère argentée qu’elle tient avec une élégance raffinée. Les deux boules, vanille et chocolat, arrosées de crème fraîche, servent ainsi d’amorce à un échange de propos sur lequel le plus audacieux des bookmakers n’aurait osé miser le moindre franc quelques instants plus tôt.

« Monsieur Cordère... suis-je la première femme dans votre vie ? » Elle penche la tête de côté comme pour mieux sonder son âme.

Jacques est décontenancé. Que répondre ? Tout est si compliqué... et cela depuis toujours.

Il toussote pour s’éclaircir la gorge et, d’une voix qu’il s’efforce d’affermir, il ânonne un «oui» presque inaudible, agrémenté d’un sourire de crétin.

A quoi bon révéler les rares tentatives amoureuses qui ont lamentablement échoué… à faire rire de lui ? Il n’est pas conseillé non plus d’avouer l’amour secret qu’il éprouve pour cette jolie brunette dont les passages sont guettés, le soir, avant le J.T. de 20 heures.

Se trémoussant au son d’un rythme latino-américain, la jolie brunette en question vante les mérites d’une marque réputée pour la qualité de ses pâtes. Jacques enregistre chacune de ses apparitions sur son magnétoscope pour les mettre bout à bout. Il peut ainsi voir défiler la publicité en boucle durant plusieurs minutes.

Bien qu’il fréquente les plateaux de télévision en tant que machiniste, c’est lui qui, notamment, fait clap dans les clips, Cordère n’a jamais eu le bonheur de croiser cette créature de rêve. C’est peut-être mieux ainsi... que peut-il espérer et que… dirait-il ?

Jacques se sent mal à l’aise. Il évite le regard d’Irma face auquel il se sent nu comme un nouveau-né. Une Irma qui n’arrête pas de le dévisager. Elle le domine, sans aucun doute. Que cherche-t-elle au juste ? Car à présent, voilà qu’elle demande son avis sur le tueur en série, celui qui tord le cou aux poulets. D’après un portrait dressé par les experts, il s’agirait d’un homme victime d’un père dominateur, traumatisé dès son plus jeune âge par quelque chose qui reste encore à définir.

Un père dominateur… tiens donc, ça lui rappelle quelqu’un. Et si elle pensait que c’est lui, Jacques Cordère, le tueur ? Cette réflexion produit, chez «le mal dans sa peau» qu’il est, un ascendant qui s’estompe vite pour faire place à l’indignation. Comment penser une telle chose d’un être aussi respectueux de la vie ? D’accord, ils se connaissent à peine, mais elle voit bien qu’il n’a pas la gueule de l’emploi, ça saute aux yeux, non ?

«Jacques, tu dis des bêtises, car si tous les tueurs avaient la gueule de l’emploi, le travail de la police serait grandement simplifié. La police ! Irma en fait-elle partie ?»

La sueur qui perle sur le front de Cordère le polit comme un miroir. Il a l’impression qu’au moyen de ce support, Irma prend connaissance de ses pensées… et qu’elle comprendra ainsi qu’il trouve regrettable d’aborder un thème aussi sordide dans le cadre enchanteur de leur première rencontre. Mais cela, il n’osera jamais le dire de vive voix.

Santo vole au secours de Jacques en proposant une grappa offerte par la maison. Voilà qui détend l’atmosphère. Notre homme l’avale d’un trait, en commande une seconde à laquelle il réserve un sort identique puis, une troisième.

Jacques n’a pas répondu à la question d’Irma au sujet du tueur. Par contre, les bienfaits de l’alcool commencent à agir et, comme cette femme lui plaît beaucoup, il fait preuve d’une audace dont il serait incapable dans son état normal :

« Je... je le reconnais, c’est… c’est moi l’assassin… et… et, pour mieux assouvir mes bas instincts, je… je vous propose de… de venir prendre un dernier verre... chez… chez moi… »

A son grand étonnement, Irma accepte sans sourciller.

L’homme se relâche à un point tel que, dans le taxi qui les ramène à son domicile, il prend quelques distances avec la bienséance en posant une main baladeuse sur le genou de la femme.

Prenant un faux air de reproche, celle-ci suggère à l’intrépide d’ôter sa grosse paluche de là.

Il obtempère non sans avoir mollement insisté. Mais, peu à peu, l’air frais, filtrant par la fenêtre entrouverte de la voiture, remet les idées en place et, Jacques voit sa témérité soudaine se dissiper avec les vapeurs de l’alcool.

Arrivé chez lui, il est tout à fait conscient. Conscient surtout qu’il ne peut tout de même pas boire chaque fois plus que de raison pour faire preuve d’initiative. Il doit bousculer sa nature s’il veut parvenir à ses fins. Jacques sait qu’une chance comme celle-là ne se présentera pas de sitôt. Il ne peut dès lors la gâcher.

Il prie Irma de s’asseoir dans un canapé confortable et actionne l’interrupteur d’une petite lampe posée sur un guéridon. Protégée par un abat-jour, cette récupération en provenance du décor d’un feuilleton populaire, apporte un bonus à l’ambiance. Et pour rendre celle-ci plus romantique encore, il met un CD, acheté la veille, qui diffuse les grands succès de Dean Martin.

« Madame Irma... que puis-je vous servir... vodka, porto, rhum, whisky ?...

- Je me contenterai d’une coupe de champagne...

- Ah, ça… je… manque de pot, je n’en ai pas... mais, attendez... je pense qu’il y a moyen de s’en procurer au night shop... en fait, c’est plutôt du mousseux... »

Ce contretemps le chavire, elle le rassure :

« Va pour le mousseux... je vais aller le chercher moi-même... un peu de marche après un copieux repas me fera le plus grand bien...

- Vous... vous n’avez pas peur... il fait nuit... le tueur...

-… mais non, puisqu’il est ici, en face de moi ! Et puis je ne suis pas flic, je n’ai donc rien à craindre » balance-t-elle, un brin moqueuse.

Sur ces paroles, elle plonge la main dans son sac pour en ressortir une enveloppe bleue fermée qu’elle tend à Cordère.

« Ne l’ouvrez que lorsque je serai sortie. Dites-moi, où se trouve le night shop ?

- Tout au bout de la rue, vous ne pouvez pas le manquer » bégaie l’homme, intrigué par le pli qu’il retourne sans cesse entre ses doigts nerveux. Une étrange sensation le gagne.

« N’oubliez pas… ne l’ouvrez que lorsque je serai sortie ! »

Il croit percevoir une pointe de regret dans la voix d’Irma qui pose un baiser sur sa joue.

Sitôt la jolie veuve partie, Jacques se précipite dans la cuisine et s’empare d’un couteau. Avant de décacheter l’enveloppe, il songe à la chance qui est sienne.

Dans sa quête de trouver l’âme soeur, il vient de faire mouche. Bon sang, il y a des signes révélateurs : les regards incessants décochés dans sa direction au restaurant... la main qu’on demande, sans trop de conviction, d’ôter du genou... et puis surtout... Irma a émis le désir de boire du champagne. Ce délicieux nectar n’est-il pas approprié à la célébration d’un heureux événement ?

Enivré par les émanations d’un bonheur tout neuf, l’homme éventre l’enveloppe bleue d’un coup sec et découvre un texte impersonnel dactylographié sur une feuille A4 :

Cher Monsieur,

Je vous remercie pour l’excellente soirée passée en votre compagnie. Après un examen approfondi de votre charmante personne, j’ai le regret de vous annoncer que vous ne correspondez pas aux critères recherchés.

Veuillez dès lors me chasser de vos projets.

Bien cordialement. Irma.

La sanction est impitoyable. Hébété, l’homme flotte en apesanteur dans les brumes d’une infinie désolation.

 

La police piétinait dans l’affaire du tueur de flics. Un personnel, par la force des événements, de plus en plus limité, une infrastructure insuffisante, ont alors insufflé au commissaire Albert Grosbon l’idée de lancer dans l’arène des voyantes extralucides. Ces dames joueraient le rôle de chèvres pour confondre un dangereux psychopathe qui terrorisait toute une population et, particulièrement, ceux qui étaient garants de la sécurité de celle-ci.

Madame Irma, une épée dans le domaine de la voyance, toujours munie d’une enveloppe bleue, a jugulé l’hémorragie au terme d’une dixième rencontre avec un homme seul qui, lorsqu’elle a commandé un poulet au curry, a été pris d’une colère subite, incontrôlable.

Le coupable, un dénommé Jacques Larder, était le fils du propriétaire d’un petit abattoir spécialisé dans la volaille. Dès son plus jeune âge, le jeune homme a été amené sur le terrain des exploits d’un paternel détenteur d’une autorité sans partage. Là, durant des journées entières, il voyait son géniteur tordre le cou aux poulets. Atteint d’un syndrome gallinacéen irréversible, caractérisé par une déviance lexicale étroitement liée au port de l’uniforme qui représente la discipline, donc l’autorité paternelle, il en a conçu une haine féroce, meurtrière, à l’égard de la police.

Quant à Jacques Cordère, il s’en est retourné à son amour chimérique. Il épie, chaque jour, juste avant le J.T., la jolie brunette qui vante les mérites d’une marque réputée pour la qualité de ses pâtes et compense sa solitude en se régalant de ravioli dont la dégustation l’a, un soir, sauvé de la suspicion qui planait sur sa personne.

 

 

Alain Magerotte

Nouvelle extraite de "Crimes et boniments"

A Magerotte Crimes et boniments

Publié dans Nouvelle

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S'il vous plaît, dessinez-moi un... une nouvelle de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

                                        

desguin

 

 S’il vous plaît, dessinez-moi un …

 

Avec tout ce cuir noir qui lui colle à la peau, pantalon, gilet sans manche, épaisses bottes ferrées, des anneaux tout luisants suspendus à ses oreilles et des hiéroglyphes tatoués sur le dos de ses mains aux longs doigts d’accoucheur, Max, un jeune type d’une trentaine d’années, arbore plus le look d’un chanteur de heavy métal que celui d’un scientifique à l’égo surdimensionné, fut-il aussi déjanté …

Dans cette longue cave aux odeurs de soufre, de rouille et de liquides aux propriétés chimiques, Max s’agite et fait les cent pas devant les quatre cages plaquées contre le mur de la façade Nord. Ce docteur Jekill ne sait par où commencer ses observations, tellement le spectacle est grandiose. Dans ses yeux couleur piscine s’étoile le reflet du fruit de ses expériences : du très beau travail, Darwin lui-même en serait tout remué…

Sur le mur bétonné de la façade Sud, un grand tableau noir sur lequel sont notées, avec une précision chirurgicale, toutes les transformations physiques de trois créatures mutantes …. A présent, il le sait, il peut lancer son eurêka

Voici six semaines à présent que Max passe plus de temps dans cette cave qu’un étage plus haut, là où il gagne ses tunes, un rez –de- chaussée d’une maison du centre ville, transformé en commerce à la mode. Bien sûr, quand il croise dans la rue des clients qui sont passés entre ses mains, il les reconnaît : ces yeux de biche chez Sébastienne, ces oreilles de lapin chez Dimitri…Mutations génétiques dues à la pollution, ont murmuré les pontifes de la clinique universitaire…Balivernes que tout ça…

Notre scientifique ajuste des loupes, grosses comme des mastodontes, accrochées devant les trois cages et distribue des repas individuels à ses créatures. Spectacle ahurissant. Trésor vivant inestimable. Tout en se frottant les mains de satisfaction, il glisse un regard d’illuminé vers la quatrième cage, encore vide. Plus pour longtemps …Quel animal piétinera ce béton ?

Il embrasse ses hiéroglyphes, son rituel préféré, et dans une casserole en cuivre, il verse le précieux liquide mauve au pouvoir transformateur, une pure invention issue de ses recherches sur la régression de l’humain vers ses origines adamiques…Quelques gouttes de ce colorant, pour le prochain…

Ensuite, Max balance sa tête entre le tableau noir et les incroyables mouvements des créatures qui de jour en jour, mutent de façon exponentielle.

Cage numéro 1, Daniel D.: entre ses serres puissantes et acérées, il agrippe la chair du chien crevé. Les cheveux et les yeux de Daniel sont encore humains mais sur le bec crochu apparaissent des mandibules. Des plumes noires recouvrent les oreilles …

Dans son regard se lit une peur atroce. Les grands yeux bruns de Daniel scrutent ses pattes qui se terminent par des serres, et les boyaux de la charogne qui s’éclatent sur le béton.

                                                 

Son cerveau est encore celui de Daniel D., 34 ans, mécanicien, disparu le premier août, alors qu’il se baladait à Maubeuge et qu’il rentra dans une petite boutique.

Cage numéro 2, Anne-Sophie M.: une robe tachée de noir dans un corps gras et épais, quatre courtes pattes avec du vernis rouge foncé encore visible sur les ongles…Des cris stridents entre deux grognements…

D’un geste vif d’homme subtil et pressé de constater les choses, Max repousse la grosse loupe ; un bras mécanique déplace un scanner juste devant la truie en mutation. Les clichés montrent la thyroïde, la crosse de l’aorte, les ovaires….Au-dessus du museau tout humide, les yeux aux longs cils couverts de mascara ont résisté à la force de transformation du liquide mauve colorant…

Derrière les barreaux de la cage, Anne-Sophie M., une esthéticienne de 21 ans, digère du seigle et e l’orge, entre deux grognements…

Cage numéro 3, Ferdinand V.: dans un aquarium rempli de planctons et de tortues, tout le long de deux profondes mâchoires naissent des dents tranchantes et dentelées, entre lesquelles se tortillent les têtes de  tortues malchanceuses…Sur la peau épaisse et rugueuse du poisson vorace au corps  encore assez peu développé, d’innombrables écailles placoïdes et, oh la stupeur se lit sur le visage mal rasé du biologiste quand il observe le poisson de derrière la grosse loupe : des dents plates poussent entre les écailles ! Ah, oui, j’oubliais…chez le requin, dents et écailles, même origine embryonnaire…

De Ferdinand V., un déménageur retraité, il ne reste rien, même pas ses deux yeux de poisson mort…

Max termine à peine de prendre note que la sonnette du magasin retentit. Il verse le liquide mauve dans une fiole et grimpe quatre à quatre les escaliers…

─ Bonjour l’ami ! lance-t-il d’une voix haletante au grand chauve planté devant lui…Que puis-je pour vous, l’ami ? Une petite idée ? J’ai un catalogue avec toutes sortes de dessins, si besoin…

─  Ouais, répond le gars, en soulevant son tee-shirt vert, je vois bien tatoué ici, poursuit-il en se passant la paume de la main sur sa poitrine sans poil, un rhinocéros très très gras…

─ Parfait ! rétorque Max, sans hésitation, couchez-vous ici …J’injecte l’encre mauve dans mon appareil et l’aiguille dessinera d’un trait  l’animal, vous verrez ! Facile et sans douleur !

─ Une corne en plus, juste au-dessus de la queue, c’est possible ? demande le grand chauve, d’une voix pleine d’espoir…

─ Une corne en plus au-dessus de la queue ? C’est de la toute grande création tout ça ! Et ici, on n’est plus à un détail près, glousse Max dit le tatoueur, tout en salivant de satisfaction…

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

 

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Publié dans Nouvelle

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Et la nouvelle gagnante est la n°...

Publié le par christine brunet /aloys

Encore un très grand bravo aux auteurs, édités ou pas.

Un clin d'oeil tout particulier à Renaud Delamare et Karine Fage, rencontrés en dédicaces, qui se sont prêtés au jeu avec brio... deux jeunes passionnés d'écriture qui, je l'espère, tenteront, un jour, l'édition. Belle imagination, belle plume !

 

Il est grand temps de dévoiler le nom des auteurs des différentes nouvelles :


Texte 1 Christian Eychloma

Texte 2 Adam Gray

Texte 3 Micheline Boland

Texte 4 Edmée de Xhavée

Texte 5 Jean-Michel Bernos

Texte 6 Didier Brochon

Texte 7 Hélène Van Caneghem

Texte 8 Adam Gray

Texte 9 Micheline Boland

Texte 10 Louis Delville

Texte 11 Josiane Lion

Texte 12 Renaud Delamare

Texte 13 Karine Fage

 

La nouvelle gagnante est la 12. Bravo Renaud Delamare ! 9 votes


La nouvelle qui vient ensuite est signée Edmée de Xhavée, n°4, 5 votes.


Textes 7 (Hélène Van Caneghem), 8 (Adam Gray), et 3 (Micheline Boland) 2 voix.

Texte 1, Christian Eychloma, 1 voix.

 

Voici donc la nouvelle gagnante qui sera publiée dans le prochain numéro de notre revue "les petits papiers de Chloé".

 

Alors qui est Renaud Delamare ?

 

Né en 1977 à Saint-Pierre d’Autils, un petit village Normand, il passe son enfance et ses études à la campagne. Très rapidement, il se passionne pour la lecture et dévore les livres de Stephen King et d’Edgar Allan Poe.

delamarer.jpgA l’âge de 13 ans, il rédige sa première nouvelle fantastique pendant les récréations tandis que ses camarades s’amusent dans la cour. A la même période, soutenu par sa famille et avec la complicité de son frère aîné, ils écrivent et tournent ensemble des courts métrages.

 Curieux et débordant d’imagination, il s’est essayé à la prose, à la poésie mais également à l’infographie et à l’animation 3D. 

Installé en région parisienne depuis plusieurs années, il travaille dans un cabinet d’Audit et de Conseil financier. 

Après quelques années sans écrire, son épouse l’incite à reprendre la plume, sa première passion, ce qui l’a motivé à participer à des concours d’écriture.

 

Quant à sa nouvelle, la revoici ! Bonne lecture !

 

Si j’ai décidé d’écrire cette lettre, c’est pour que quelqu’un puisse, un jour, la lire lorsque tout cela sera fini.

J’espère que cette personne sera comme moi et pas comme ces choses dehors qui envahissent les rues chaque jour un peu plus, grossissant en même temps leur groupe.

J’entends leurs cris horribles de damnés. Je jette souvent un œil à travers les volets, solidement verrouillés et je les vois, plus bas, déambulant, lentement, dans ma rue. On aurait dit une manifestation de contestataires, mais sans banderole, ni mégaphone.

 

J’avais pris un fusil-mitrailleur à un soldat mort avant de venir me barricader chez moi. Et je n’étais pas très fier d’avoir fait ça mais, poursuivi par ces monstres depuis la sortie du RER, dans le tunnel, je n’ai pas eu le choix. Il faut me comprendre !

Quoiqu’il en soit, il n’y a pas à dire mais le Service Militaire marque plus qu’on ne le pense car je me suis rapidement souvenu du maniement de l’arme.

 

Il fait chaud. J’ai l’impression d’être dans un sauna. Il fait 30 degrés dans mon studio et je suis en nage.

Je suis là, assis derrière la table de ma chambre, ce papier devant moi et une bougie qui m’éclaire pendant que j’écris.

Six jours déjà que l’électricité ne fonctionne plus.

Cela fait donc six jours que tout a basculé…

 

Je suis pris d’une folle envie d’écrire. Il faut que je vous raconte comment on en est arrivé là. Comment tout cela a commencé… Mais j’allais oublier les bonnes manières !

 

Je me présente, je me nomme David Räuden. Je suis journaliste...enfin, j'étais journaliste dans le quotidien Le Parigo.

J’écrivais régulièrement mon article et le mettais ensuite en page, sur deux colonnes.

C’était un boulot tranquille, je l'aimais bien. J'ai suivi des études de sociologie à Rouen, à la Faculté de Mont Saint Aignan, pendant trois ans. Puis je me suis lancé, sur un coup de tête, dans la psychologie et ensuite dans le journalisme.

Un peu chaotique mon parcours mais je ne regrette rien. J'ai 28 ans, bientôt 29.

Un étrange sentiment m’envahit en écrivant ces lignes. Comme une impression de rédiger mon testament...

 

Mon premier travail s’est passé dans le célèbre Institut de sondage dans le 13ème.

J'y ai appris des tas de choses en tant qu’intérimaire sur la démographie. Cette expérience a confirmé ma passion pour l'étude sur la société.

Intéressant, n'est-ce pas ? Enfin c'est bien beau tout ça mais c'est du passé maintenant.

Ah! Je pourrais écrire une colonne sur le comportement des zombis !!! Je vois déjà le titre, en police Arial de taille 20 : « Comment appréhender la psychologie d'un zombi en 5 points »

Je suis vraiment stupide des fois... !

 

La journée n’est pas terminée et je réalise que j’ai déjà bu trois bières. Il faudrait que je fasse attention à ma consommation et penser à la réduire. J'ai encore de quoi tenir quelques jours mais après je serais bien ennuyé. Je ne me vois pas sortir pour faire mes courses !

Enfin. Il faut que je vérifie si les volets sont bien fermés. Ça y est je suis devenu un vrai maniaque. Allez, il ne faut pas que je défaille maintenant. Je dois continuer d'écrire ce qui est arrivé.

 

             Tout avait commencé alors que les magasins du Boulevard Haussmann dans le 8ème brillaient de toutes parts avec leurs guirlandes.

Les Parisiens finissaient d’acheter leurs cadeaux de Noël.

Au début, personne n’avait fait attention à lui. Encore un homme ivre qui faisait la manche. Mais lorsqu’il s’attaqua à un passant, ce fut la panique. Et très vite les personnes mordues se jetèrent à leur tour sur d’autres personnes.

Ensuite tout s’accéléra et les mordus devinrent de plus en plus nombreux.

Nous étions le 21 décembre 2012… la fin de l’humanité venait de commencer…

 

 

 


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Récapitulatif des textes du concours et vos votes...

Publié le par christine brunet /aloys

Vous avez été très nombreux à venir découvrir les textes des auteurs participants à notre concours et je vous en remercie. 

Treize textes donc, mais si les auteurs des Editions Chloé des lys ont participé massivement, d'autres auteurs d'univers différents se sont prêtés au jeu avec brio. Bravo à tous et à toutes : les histoires sont toutes de grande qualité.

Voici les premières phrases de chaque texte, histoire de vous les remémorer. Certains d'entre vous ont déjà voté (mais peuvent encore changer d'avis, évidemment) :

Emma et J-M Bernos pour le texte 4

Raymonde Malegreau pour le 3

Edmée pour le n°12

Adam pour le n°7.

 

Vous avez jusqu'à ce soir minuit pour vous prononcer sur le blog, sur cette page, dans la partie commentaires : votez ! 

 

Texte 1 

 

Le jour où ça craquera

Je veux être dans tes bras  *

 

« Quand, à force de n'y pas croire,
Notre monde explosera,
Quand se fera la nuit noire
Je veux être dans tes bras. (...)"

Texte 2

 

ROUGE CHLOROPHYLLE

 N’es-tu point lasse, ma sœur ? Je le suis, moi.

Si je… Quoi ? Je ne prie pas, non. Ne sois pas stupide ! Non, tu vois, je suis simplement assise, là, en tailleur, sur un rocher, et ce depuis des heures, et des heures… Et des mois !

J’écoute le bruit de l’eau qui coule, en une majestueuse cascade, qui va nourrir le fleuve, bien plus bas. Et même si ce bruit est passablement tonitruant, il m’apaise… Il est pur. Si pur. Merveilleusement pur dans toute sa puissance.

Texte 3

 

FIN DU MONDE

 

En rentrant du jardin avec une branche de thym, je passe dans le hall. Mon attention est attirée par des chuchotements. Au début, c'est juste un murmure, une parole retenue comme si quelqu'un se parlait à lui-même ou faisait des confidences au téléphone. Je saisis à peine un mot ou deux. Je m'approche de la porte du bureau. Je dresse l'oreille. J'entends : "J'ai peur. Je ne veux pas mourir."

Texte 4

 

 

Leçon de tricot, leçon de finance 

 

Chantal tricote, et le clic clic clic de ses aiguilles, un peu glissant, se noie dans ses vieilles mains adroites. Un pull pour sa petite fille, a-t-elle annoncé. Violette – que Chantal ne nomme qu’en chantonnant Viiii-o-lette-bi-cy-clette ce qui s’est hélàs étendu aux autres pensionnaires fréquentant la salle commune – Violette donc fronce les sourcils en tentant de deviner à quoi ressemblera cette étrange orgie de couleurs, matières et points. 


Texte 5

 

Un jour ordinaire de la fin du monde

 

Vendredi 21 décembre 2012, 7h45 du matin, le réveil n’a pas sonné. J’avais pourtant changé les piles la semaine dernière ! Quitte à être en retard, je vérifie toutes celles qui restent dans le blister avec le contrôleur de batteries : aucune ne fonctionne !

Entre midi et deux, quand les lumières du bureau auront été éteintes après le départ de mes collègues, et que je pourrais enfin consulter mes messages, je rédigerai rapidement une bafouille pour me plaindre !


Texte 6

 

Et si 2012 voyait la fin de l’humanité ?


S’il est une peur collective qui a la vie dure, c’est bien celle-là : la fin du monde. Elle remonte à des temps immémoriaux, elle est tenace, malgré l’absence d’annonces de tout danger imminent pour notre vaisseau spatial, par le monde scientifique, en particulier la NASA et les astrophysiciens qui sont un peu nos vigies, et guettent les passages d’astéroïdes, planètes et de tout objet spatial à proximité de la Terre, en permanence. 


Texte 7

 

ET SI 2012 VOYAIT LA FIN DE L’HUMANITE ?

 

Je range mes crayons, ma latte et ma gomme d’un côté du buvard.  De l’autre, où il me faut beaucoup plus de place, je dispose mes belles éditions illustrées qui parlent de la fin du monde.  La dernière date annoncée est le 21 décembre 2012.  Tout de même…Je ne peux m’empêcher de penser égoïstement que si c’est vrai, c’est pour ma pomme.

 

Texte 8

 

SAYONARA

 

Amiko l’aperçoit de loin, lui, le vieil illuminé hirsute à la longue barbe blanche qui, chaque jour, scande que la fin du monde est pour cette fin d’année 2012, qui est l’année du Dragon.

Slalomant entre les véhicules roulant au pas et les pousse-pousse traditionnels, elle traverse la route pour ne surtout pas croiser la sienne, car il lui fait terriblement peur.


Texte 9

 

DÉCEMBRE 2012

 

21 décembre 2012, 7 heures du matin. Une journée une peu spéciale en perspective. À quelques jours de Noël, même si le moral n'y est pas, il serait bon que je m'active. Je me lève. Je me prépare un petit café. Je me motive comme je peux en pensant à mes deux petits-fils. J'ai prévu d'aller acheter un sapin et de le placer dans le living. Ensuite, je préparerai mon fameux boudin de poissons et de crustacés.

 

Texte 10

 

"ET SI 2012 VOYAIT LA FIN DE L'HUMANITÉ ?"

 

Qu'est-ce que j'apprends ? La fin du monde pour le 21 décembre ? Ils sont fous ces Mayas. Ils ne pensent qu'à eux…

Jugez plutôt. Je viens d'avoir 50 ans et je suis déjà à la retraite. Il faut dire que, lorsqu'on travaille pour la défense nationale, on est vite largué… Mais aussi on apprend à se défendre et à anticiper.


Texte 11

 

Et si 2012 voyait la fin de l’humanité


 

Soit, acceptons cette hypothèse ! Après tout les Incas ont peut être raison. Mais, le modus opérandi nous est inconnu. Aussi, modélisons cette fin du monde. Etayons cet axiome par  des formes potentielles, connues, vérifiables. Quel élément peut balayer cette civilisation mondiale, cette fourmilière trépidante et décadente qu’est devenue la terre ? Un bolide fonçant dans l’espace et dont la trajectoire va malencontreusement croiser celle de notre planète ? 

Texte 12


 

Si j’ai décidé d’écrire cette lettre, c’est pour que quelqu’un puisse, un jour, la lire lorsque tout cela sera fini.

J’espère que cette personne sera comme moi et pas comme ces choses dehors qui envahissent les rues chaque jour un peu plus, grossissant en même temps leur groupe.

J’entends leurs cris horribles de damnés. 


Texte 13

 

 

21 novembre 2012 : 8h10

Deux mois ce sont déjà écoulés depuis le début de l’automne et toujours aucune accalmie. Pas une goutte de pluie, pas le moindre petit souffle de vent. Le jour vient à peine de se lever et le thermomètre indique déjà 34°C. Ah !!! Si seulement nous étions en vacances, près d’une plage, à buller, un cocktail à la main… Mais l’hiver approche et personne ne peut inverser la tendance. 

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Voilà à quoi ressemble une fiche auteur destinée aux libraires... Elle est signée Emma Casanove

Publié le par christine brunet /aloys

9782874596711

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Une approche pédagogique du conte, une étude passionnante proposée par Jean-Michel Bernos

Publié le par christine brunet /aloys

 

1e Couverture MML

 

Une approche pédagogique du conte

 

 

Un peu comme Anne-Marie Jarret-Musso qui écrit des histoires à lire à voix haute (le bonheur est dans le conte), je me suis essayé depuis longtemps au conte traditionnel. On réalise en écrivant, que la structure du texte devrait suivre une logique et une construction qui nécessitent de respecter l’esprit même du conte.

 

Quand j’ai terminé le récit (intégré dans mon ouvrage Merci Monsieur Leacock) j’ai senti qu’il fallait clarifier cette méthode. C’est sans doute au sens « technique », la partie la plus intéressante du conte.

 

Comme cette « explication » n’a pas été « ajoutée » dans le livre (en cours de référencement chez Chloé des Lys), j’ai pensé intéressant de partager avec vous ce passage. Il figure donc à la fin du récit présenté ici :

 

 

 

 

LES MELONS DES COLLINES

 

 

 

Antoine était un agriculteur des collines, un homme de la terre. Son unique champ dans les restanques, bien plat et régulier, recevait toute l’année un généreux ensoleillement. Il était fait d’une terre brune dont les mottes se brisaient facilement sous la pression des doigts.

Pour atteindre son lopin de terre, Antoine devait longuement gravir le difficile chemin caillouteux.

 

Antoine était un éleveur de melons. Il ne les faisait ni pousser, ni grandir en sucre et en couleur, car l’eau et le soleil se chargeaient de cette tâche, mais il les caressait de sa binette, leur choisissait un lit de feuilles généreuses, les berçait de ses mains rudes de travailleur. Antoine était un éleveur de melons.

Son père, en quittant ce monde, lui avait légué un cheval vigoureux et la charrette au réservoir de fer blanc qu’il avait construit de ses propres mains. Ainsi, notre ami des fruits orangés pouvait-il chaque jour leur apporter un peu d’eau.

 

Ce travail, Antoine l’accomplissait au prix d’un gros labeur tout le printemps et durant le début de l’été. Il ne s’en plaignait jamais et aurait pu continuer longtemps. Il se satisfaisait de beaux fruits gonflés de jus sucré, appréciés de tous sous l'appellation de « melons des collines ».

Pourtant le hasard devait venir troubler ce délicat équilibre.

 

Martin, du village, dénommé le cérébral, vint un jour à croiser le chemin d'Antoine.  On le nommait ainsi depuis le temps de l'école communale parce qu'il cassait toujours les pieds de ses camarades par ses élucubrations et inventions.

Antoine l'appréciait bien, mais ne l'avait pas revu depuis un petit moment. Ils devaient se croiser sur ce chemin étroit des collines ; Antoine montant de l'eau, Martin descendant avec son âne chargé de planches et de madriers.

Il lui était venu, à ce fada de Martin, l'idée saugrenue de construire des charpentes. Ce sont ces entremêlements de poutres qui servent à soutenir les tuiles couvrant les toits de nos maisons.

 

Allez savoir pourquoi ? Martin, qui d'ordinaire soignait ses oliviers (vous avez remarqué, on ne dit pas « élever des oliviers ! »), s'était aperçu en regardant le ciel, allongé dans l'herbe les jours de pluie, qu'il arrivait qu'on se mouille. Animé d'une soudaine frénésie, il avait alors songé à construire des toits partout où les villageois auraient besoin de ses services.

Ses anciens camarades imaginaient que, de cette façon, ses divagations serviraient enfin à quelque chose.

 

Martin avait échangé son champ d'olivier contre l'âne du Père Michel, sans trop se poser de questions quant à la valeur de l'un et de l'autre. Lorsque nous faisons du troc, nous cherchons surtout à échanger quelque chose qui nous lasse, contre quelque chose qui à nos yeux trouve grâce.

 

Le Père Michel pouvait enfin s'allonger dans l'herbe entre les oliviers et regarder le ciel, tandis que Martin nanti d'une fière bête à bât pourrait construire des toitures, ramenant de la scierie derrière la colline, des planches et des madriers.

Antoine montait donc de l'eau pendant que Martin descendait des billots… des billots de bois, des planches et des madriers.

 

Suivez-vous les enfants ? Il y a beaucoup de monde à ce point de notre histoire.

Bon ! Antoine élève des melons, Martin qui soignait des oliviers a été remplacé par le Père Michel. Le Père Michel, en échange du champ d'oliviers a donné un âne à Martin ! L'âne ne s'appelle pas Martin, il se nomme Anselme ! Quant au cheval d'Antoine, tout le monde l'appelle « Monsieur ».

 

Et Martin que fait-t-il maintenant ? Non, il ne bâtit pas des toitures, mais construit des charpentes. Vous vous souvenez, c'est ce qui soutient la toiture, pour éviter que la pluie ne nous tombe dans les yeux.

 

Antoine, s'étonnant d'une si grosse charge sur le dos de l'âne, le fit remarquer à Martin. Martin finit par l'entendre, ce qui les amena à dialoguer au sujet de leurs différents gagne-pain. C'est-à-dire qu'ils eurent une conversation. Elle se transforma vite en pourparlers puis en tractations et finit à travers une négociation, par une entente.

Ce sont des mots un peu compliqués qu'utilisent les adultes afin de dire qu'ils sont d'accord pour faire du troc. Vous souvenez-vous ? Échanger quelque chose qui ne nous convient plus, pour quelque chose qui nous convient mieux.

 

Martin descendit vers le village avec Monsieur… Le cheval, chargé de planches et de madriers, suivi par Antoine qui avait attelé la charrette du réservoir au dos de l'âne Anselme, laissant au préalable s'écouler l'eau dans les vignes des coteaux.

 

L'attitude d'Antoine vous paraîtra sans doute étrange si je ne vous racontais ce que ce troc comprenait :

Vous vous souvenez certainement du surnom de Martin à l'école. On l'appelait « le cérébral » ce qui veut dire que son cerveau était toujours l'objet d'une réflexion, d'une nouvelle idée ou de quelque invention.

 

Au village demeurait et travaillait un autre larron devenu menuisier. Bon garçon, très travailleur, Bastien avait fait le tour de France. C'est un parcours fort réputé pour apprendre un métier et devenir un jour ce que l'on appelle un « Compagnon du Devoir ». Un excellent ouvrier, parmi les meilleurs du pays.

 

Pour devenir ce très bon menuisier Bastien avait construit « son ouvrage ».  Une pièce  qu'on réalise   sous la  direction  d'un  tuteur – un autre très bon ouvrier – pour montrer qu'on est capable de réaliser de belles et solides choses.

Ainsi Bastien avait construit une roue à aube, comme celles que l'on voit sur les moulins utilisant la force des rivières pour moudre le blé. Mais celle-là avait ceci de particulier que le mouvement rotatif vertical était transformé par l'intermédiaire d'un couple conique, en mouvement latéral.

 

Martin connaissant l'existence d'un torrent souterrain dans la colline, avait imaginé qu'en récupérant l'eau dans les petits godets de la roue à aube, il serait facile pour Antoine d'arroser son champ de melons.

 

Anselme… l'âne se chargerait de ce travail. Tournant au-dessus du torrent dans un mouvement circulaire, il entraînerait la première roue, qui à son tour ferait remonter l'eau vers une rigole en amont, c'est-à-dire plus haut que le champ de melons.

 

Ingénieux ce Martin ! Il suffisait de convaincre Bastien de céder sa roue à aube qui, elle aussi, servirait enfin à quelque chose.

Antoine possédait un âne et une citerne. Que pouvait-il proposer à Bastien pour sa roue à aube ? Sans âne, plus de mouvement de la roue, plus d'eau pour arroser les melons et l'âne n'avait pas assez de force pour entraîner la citerne pleine d'eau vers les hauteurs.

 

Martin le cérébral avait pensé à tout !

Le Père Michel aurait bien aimé récupérer une citerne pour conserver l'eau qui tombait sur ses oliviers. Elle lui servirait à les arroser les années où il pleut moins. La charrette serait bien utile pour transporter davantage de bois pour les charpentes. Elle serait donc profitable à Martin ainsi récompensé de ses bonnes idées.

 

Comment payer la roue à aube de Bastien ? Martin avait suggéré à Antoine de la lui troquer… contre des melons.

Antoine, à la faveur d'une eau abondante, serait en mesure d'élever bien davantage de melons sucrés et juteux. Mais il en faudrait beaucoup pour payer une roue à aube avec un mécanisme de couple conique. Martin s'était engagé à les transporter avec Monsieur et la charrette. Il ne restait plus qu'à convaincre Bastien le menuisier.

 

Oh bonheur ! Bastien aimait énormément la confiture de melons. Il accepta le marché.

 

L'histoire ne raconte pas encore comment Bastien, dont la cave était remplie de pots de confiture de melons, décida de les transformer en bonbons. Bonbons pour lesquels il conçut une très jolie boîte en bois poli. Il m'en a offert quelques-uns et vous pourrez les savourer à la fin de cette histoire.

 

Ce que le conte nous dit aujourd'hui, c'est que tout le monde fut ravi : Le Père Michel avec son réservoir de fer blanc dans son champ d'oliviers, Martin avec Monsieur, le cheval et sa charrette,  Bastien le menuisier avec sa nouvelle production de bonbons servis dans les boîtes de bois poli.

 

Antoine finit par s'installer définitivement dans ses coteaux avec l'âne Anselme. Il y éleva des melons des collines au-delà de ce que son petit champ plat et régulier pouvait produire.

 

Ce que l'histoire nous enseigne aussi, c'est que le troc est l'occasion d'échanger quelque chose qui nous sert mal par quelque chose qui nous emballe ! Quelque chose qui non seulement nous plaît davantage, mais qui nous aide d'une façon bien plus sage.

 

Apprenez aussi que l'intelligence peut transformer la puissance d'un travail de cheval par le paisible ouvrage de l'âne.

 

 

 

Les Melons des Collines.

 

Analyse pédagogique

 

L'époque de l'histoire : Elle peut se situer entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, jusque dans les années cinquante.

 

Le lieu où se déroule l'histoire : Le Sud de la France. Certaines expressions la placent en Provence, sans jamais le dire, afin de développer le sens de la déduction.

 

Les personnages de l’histoire : Le personnage principal est un fruit, le melon ; mais pour lui donner plus de caractère, le conte situe son origine dans les collines. Ce sont elles qui sont le second élément de cette histoire. Les hommes ne sont pas le centre du récit. Il y a des animaux, des objets très spéciaux et particuliers : une citerne, une roue à aube, une boîte de bois poli, afin de fixer l'attention sur un aspect hors du commun. A l'image de ce que doit être un conte : un récit merveilleux.

 

L’intrigue : Une progressive avancée vers une solution idéale à tous les problèmes soulevés par cette histoire. On découvre peu à peu les lieux et les personnages, leur donnant à tous, par leurs particularités, une importance de même valeur. Chaque enfant peut se sentir plus proche de l'un ou de l'autre personnage. Le fil conducteur nous dévoile cependant que l'objectif premier est la culture d'un excellent melon par des moyens qui mettent en œuvre l'ingéniosité humaine.

 

Les Lecteurs ciblés : Ils sont de trois ordres, selon trois degrés :

 

Les enfants de cinq à dix ans : le premier degré : une histoire avec un maximum de mots simples et de phrases courtes, un sujet, un développement progressif, une fin heureuse. Des expressions et des mots répétés pour être retenus. Des explications à leur niveau pour les aider à comprendre des notions un peu complexes : L'arrosage des cultures, la nécessité des toits sur les maisons, la transformation des fruits en confiture ou en bonbons.

 

Les adolescents : Le plaisir de découvrir un deuxième degré, avec des notions à leur niveau de compréhension. Le bienfait du travail, le plaisir du repos ou de l'inactivité momentanée. Quelques expressions amusantes utilisant des mots de leur vocabulaire. Des notions fortes un peu inhabituelles, donc mémorisables : le troc, la mécanique ; d'autres plus courantes : la productivité, la nature belle ou domptée. Pour les plus vifs quelques visions plus motivantes : L'honnêteté, le tour de France des Compagnons du Devoir.

 

Les adultes : Pour le troisième degré. Celui précisément d'un conte avec une morale, donc un développement qui amène une réflexion puissante, dans laquelle, la citation finale prend tout son sens. Un travail de cheval : l'ouvrage d'un personnage dur à la tâche qui poursuit son objectif sans forcément réfléchir. Le paisible ouvrage de l’âne : celui d'un individu qui manque peut être de culture, mais qui avance avec ingéniosité, accomplissant davantage et de meilleure manière.

 

Par ailleurs, le cheval et l'âne sont des amis de l'homme utiles à celui-ci, véhiculant une image commune dans de nombreuses expressions. "Un tempérament de cheval, un travail de cheval, bourru comme un cheval" (ou une jument). Le cheval symbolise aussi bien la force, que l'âpreté au travail, l'endurance, l’élégance ou une forme de bourgeoisie, de même que l'appel de la terre.

L'Âne est un petit animal sympathique, on le retrouve dans les contes de Daudet comme dans les histoires et légendes de nombreuses contrées. Il est souvent associé à une certaine forme de naïveté : "bête comme un âne", "tu es un âne", ou un imbécile. On ne lui prête donc pas une grande intelligence, mais parfois on le trouve farceur ou astucieux.

Dans cette morale, il est évident que le cheval, dans l'expression "travail de cheval", montre une force sans réflexion. Dans la phrase "paisible ouvrage de l'âne» on dénote une attitude de labeur mesuré, continu ainsi qu'efficace. Alors que l'intelligence du cheval aurait pu supplanter la bêtise de l'âne. C'est cette mise en opposition qui crée la portée de l'expression, en suggérant au-delà d'une simple lecture, la méditation qui fixe la mémoire.

 

La Méthode : La progression lente et la répétition de notions que l'on souhaite mettre en avant. L'explication volontairement simple des gestes et des mécanismes mis en œuvre. La demande de participation des enfants à certains points choisis de l'histoire. Ceci afin de sceller dans la mémoire les différents personnages, leurs différentes activités, ou changements d'activités. Il peut être possible à tout moment de vérifier l'attention en demandant aux enfants à qui appartient tel animal ou objet. La technique de reformulation positive est un outil pédagogique utilisé pour s'assurer que ce qui est dit est compris et mémorisé. Dans la plupart des cas, si les enfants ne sont pas totalement capables de rapporter la totalité de l'histoire à un adulte ; il est en revanche peu probable qu'ils se trompent dans les attributions et objectifs de chaque personnage.

 

La notion la plus importante pour eux dans ce conte sera celle du "troc". Il est vraisemblable que même sans comprendre réellement la morale de l'histoire, ils s'aperçoivent d'eux-mêmes, qu'il vaut mieux un outil adapté, qu'un travail de force inutile.

 

 

 

 

Jean-Michel BERNOS

jeanmichelbernos.over-blog.fr

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Anne-Marie Jarret-Musso nous propose un second aperçu de son roman "Le bonheur est dans le conte"

Publié le par christine brunet /aloys

jarrettete

 

Extrait deuxième partie :

 

Rosette et son ombre

 

Il était une fois derrière chez moi une ferme où vivaient les deux meilleures amies du monde, Jeannette et Rosette.

 

La partie n’était pas gagnée d’avance car il faut vous dire que Rosette n’était pas facile à vivre. C’était une jeune fille rousse à fière allure qui n’aimait pas se faire marcher sur les pieds.

Je vais vous raconter les faits, tels qu’ils se sont déroulés, c’est une histoire ô combien insolite !

 

Rosette est arrivée par un beau matin printanier en compagnie de quelques membres de sa famille : ses deux sœurs jumelles, son cousin Dédé le meneur (comme on le surnommait) qui parlait fort tout le temps, entraînant derrière lui deux cousines à l’aspect imposant qui déployaient beaucoup d’efforts pour l’imiter. Ces trois derniers n’aimaient pas les visiteurs, même les gens de passage qu’ils repoussaient avec véhémence. Cependant, Dédé avait une bonne dose d’affection pour ses proches à qui il avait fait la promesse de les protéger toute sa vie car il possédait un fort esprit de famille.

Loulou s’était rapidement joint à eux venant de je ne sais où, beau garçon et assez coureur.

Ce beau gosse ne pensait qu’à courtiser Rosette et ses deux sœurs rousses qu’il jugeait tout à fait à son goût et dépensait une grande partie de son énergie à vouloir les séduire. En contrepartie, elles avaient instauré une règle qui consistait à manger les premières, lui laissant le soin de finir les plats. Cela les amusait beaucoup.

 

Des mois paisibles coulèrent ainsi et la vie en communauté entre jeunes gens se passait sans trop d’anicroches. Jusqu’au jour où, par

un matin d’été, sans prévenir quiconque Dédé et les deux cousines sautèrent dans un camion, on ne les revit jamais. Je me suis laissé dire qu’ils étaient las des remarques et mesquineries incessantes de Rosette.

Cependant la vie continua tranquillement jusqu’à ce fameux après-midi où…

 

Anne-Marie Jarret-Musso

bonheurconterecto

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Plume, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

PLUME


 


 

Et une, et deux, et trois… Caroline a compté les plumes qui tombaient ! Il faut dire qu'après cette bataille d'oreillers avec son frère, elle était la grande gagnante. Antoine avait eu beau la frapper, son oreiller avait tenu le coup !

 

Caroline s'était bien défendue, avait attaqué avec rage et très vite le tissu avait cédé et les plumes avaient volé.

 

L'enjeu était de taille : qui allait décider de l'émission que l'on regarderait ce soir-là ? Leurs parents les avaient laissés seuls pour la première fois : "Caroline et Antoine, vous êtes grands maintenant et nous vous faisons confiance ! Caroline, tu es l'aînée, à toi d'être raisonnable".

 

Comme tous les 15 juin, Michèle et André sortaient à deux pour fêter leur anniversaire de mariage…

 

Sitôt la porte fermée, Caroline avait décrété "on va regarder la Maison des Amours" ! Antoine avait dit : Ah non, pas ça ! D'ailleurs quand nos parents sont là, on ne peut pas ! Si on regardait le foot ?"

 

Les filles, c'est tenace.

 

Caroline avait empoigné la télécommande et ne l'avait plus lâchée. C'est Antoine qui avait eu l'idée de la bataille d'oreillers pour désigner celui qui pourrait décider du programme. Caroline avait accepté sachant que son oreiller était un peu usé à un coin !

 

Les filles, ça a tous les trucs.

 

Et quand les parents sont rentrés, elle a prétendu que c'était son frère qui avait eu l'idée et qui avait déchiré exprès son joli oreiller.

 

Les filles, c'est méchant…

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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Un poème de Claude Colson : nouveau jour ordinaire en train

Publié le par christine brunet /aloys

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NOUVEAU JOUR ORDINAIRE, EN TRAIN

 

Après le vif, étonnant été de septembre,

Enjambant les douceurs d'octobre,

Indécises à lâcher, mais plus sobres,

Voici, presque conforme à l'attente, novembre.

 

Il ennuite mon train, fort peu avant le jour,

Glace la vitre qui à son tour fraîchit ma joue,

Rend même – oh, à peine – le bras comme gourd,

Et, invariante, l'aube de la noirceur se joue

Quand, sûre d'elle,subreptice, elle point,

Inversant l'image de la sécuriglace :

À mon reflet estompé le monde fait place.

 

Il prend corps lentement, émergeant là, au loin,

Puis plus près le voilà qui tout entier s'en vient.

Obscurité s'est faite pénombre ;

En dégradés subtils c'est toute la nuit qui sombre.

Les objets et les êtres veulent sortir de l'ombre ;

Tous s'affirment, envahissent, tant est si grand leur nombre.

 

La clarté un peu faible en saison de brouillard

A néanmoins gagné sur la nuit qui s'égare.

Les arbres, à l'oeil, verdissent :

de l'hiver ce ne sont encore que prémisses.

 

L'éclat mat du rail avoisinant

Attire mes regards, spectacle fascinant.

Il trace une ligne ferme et continue

Qui me sépare du monde, de sa cohue.

 

Je contemple les inconnus qui m'entourent,

Somnolents, peu diserts ou lisants, occupant le répit

Amoindi qui, inexorable, au travail les conduit.

 

Ils s'agitent soudain, se lèvent lourds,

Accélèrent,voire courent,

C'est la station, la leur, ils agissent ;

Ils descendent, se pressent, pour que tout s'accomplisse.

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

 

Lena C. Colson

 

Publié dans Poésie

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