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Nadine Groenecke a lu Contes bizarres 2 de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

 

nadine groenecke

 

 

Après la parution en 2007 de Contes bizarres, qui a séduit bon nombre de lecteurs, les Editions Chloé des Lys ont publié, en 2011, une nouvelle série d'histoires de Bob Boutique. Pour avoir lu le premier tome, je savais à quoi m'attendre avec le deuxième. Et une nouvelle fois, j'ai été conquise. Les onze contes présentés sont tout aussi désopilants, voire plus, que ceux contenus dans le précédent livre. Quant au style, il est toujours aussi vivant, aussi imagé et encore plus incisif. En voici pour preuve quelques extraits :

 

"C'est un gargouillis dans l'estomac qui ramène notre Honoré de Balzac à la réalité, en lui rappelant que le restaurant vient d'ouvrir ses portes et que tout homme, même pendu comme une tétine à la bouche d'une nana, doit se sustenter".


"Elle était peut-être fainéante comme une tortue corse et plus inculte qu'une dinde de Noël mais elle était rusée, comme le sont toutes les femelles".


"Cette fille ne marchait pas, elle ondulait comme un voile de gaze dans la brise. Elle necontes bizarres2 parlait pas, elle soufflait délicatement dans l'air des paroles fleuries avec un accent à la Lauren Bacall. Elle pétait sur une musique de Mozart et sortait des toilettes en laissant derrière elle des parfums de vanille et de jasmin tandis que la chasse d'eau se prenait un court instant pour un petit torrent de montagne".


Grâce à de telles comparaisons et à un registre de langue volontairement familier, Bob n'a pas son pareil pour mettre en scène les aventures d'êtres ordinaires ou extraordinaires qui provoquent ou subissent des
mésaventures que l'on n'aimerait pas vivre. Ses héros sont des personnages maléfiques (Une âme simple - La Bête), des manipulateurs (Il était une fois), des envieux (Tiquetique), des dépressifs (La ligne rouge), des rancuniers (Monsieur Albert), des originaux (Ma petite chérie), des messieurs Tout-le-monde qui dérapent (Sangria), des victimes de discrimination (Menteurs et Vériteurs) ou tout simplement des malchanceux (L'écureuil).


J'ai apprécié tous les textes mais j'ai eu un véritable coup de coeur pour L'idiote. Dans ce conte vraiment très original, Bob Boutique a imaginé un pays gouverné par une seule personne selon un système de loterie extrêmement simpliste : si vous avez plus de douze ans et que votre numéro est tiré au sort, vous devenez le dirigeant du pays durant une année. Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, cette formule fonctionne à merveille ! Bob a-t-il eu cette idée saugrenue durant la période où la Belgique était privée de gouvernement ? En tout cas, il s'agit sans doute d'un pied de nez aux politiques. Pour en revenir à l'histoire en question, cette année, c'est une fillette, Julie Brisenoix, dite "l'idiote", qui est élue, au grand dam du Doktor Kimmer qui se serait bien vu à sa place. Comment pourrait-il s'y prendre pour évincer l'indésirable ? Eh bien, si vous voulez le savoir, lisez Contes bizarres 2, je vous garantis que vous serez surpris !

 

Découvrez également Actu, le site culturel de cet auteur touche-à-tout (Il est aussi caricaturiste, auteur-compositeur, chanteur de cabaret) :

http://www.bandbsa.be/contes.htm

 

Nadine Groenecke

http://nadinegroenecke-auteur.over-blog.com/

sauvetages

 

Publié dans Fiche de lecture

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Edmée de Xhavée a lu "Contes bizarres 2" de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

Edmée De Xhavée

Contes Bizarres 2, de Bob Boutique

 

Je les ai lus. Que dis-je ? Dévorés ! Je me suis léché les doigts. J’ai cherché, vainement, une nouvelle de plus après la dernière page.

Et arrive ce qui devait arriver… j’avais fini le livre et étais en train d’attendre le numéro 3.

Mais oui….

On connaît pourtant sa recette, à Monsieur Boutique. Pom pom pom ça démarre en douceur, tout en gentillesse, avec des descriptions succulentes. On s’en va gaiement pom pom pom lalalère, et puis soudain une bise se lève, Blanche-Neige s’accroche les manches et les cheveux dans les épines des ronciers et les branches basses de la forêt, un coyote jappe au loin, on croit même voir le cavalier sans tête de Sleepy Hollow se détacher sur la lune posée au sommet du chemin. Et arrive ce qui doit arriver… et je ne vous dis pas ce que c’est. Parce que c’est toujours un régal et que vous devez le mériter à la sueur de vos doigts et yeux. (Est-ce que les yeux transpirent ? Bob ? Tu sais ça, toi ?)

Parfois bien amer pourtant, comme la dernière nouvelle qui m’a troublée d’une façon différente des autres.

Avec Bob, le quotidien aux teintes familières bascule dans le noir de noir àcontes bizarres2 85% cacao pur ou dans les néons de Broadway en un tour de page. Il nous explique comment un petit fûté de l’écriture entend plagier un auteur lointain, qui se révèle être une ravissante et pulpeuse créature… Ou comment un prince charmant et une princesse charmante voient leur amour résister au temps qu’un petit pois pousse jusqu’à la fenêtre de la belle… On voit le diable travailler avec ardeur à damner ses victimes et surtout leur âme…

Fables, paraboles ou récits, ces contes bizarres vous donnerons de quoi penser, parler, méditer et passer des nuits blanches. Sainement. Et vous serez comme moi dans la file d’attente du numéro trois… 

 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

9782874595196 1 75

Publié dans Fiche de lecture

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l'auteur de cette nouvelle n'est autre qu'Edmée de Xhavée !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

Un beau jeune homme si tranquille…

 


Oh que ce silence était bon.

Il y avait bien le lent plic plic plic du sang qui débordait de la table de nuit et plongeait sur le linoleum, et la pulsion sauvage qui battait dans sa tête… mais quel silence depuis qu’elle et les chiens s’étaient tus.

Même l’odeur lourde et visqueuse lui parlait de paix, et en ouvrant la fenêtre sur le début d’après-midi de printemps, le chant des mésanges charbonnières charma son cœur. Titi put, titi put, titi put ! Deux ou trois chiens gémissaient bien un peu, mais on sentait qu’ils s’apaisaient. La semelle de sa chaussure fit un bruit de succion suivi d’un glissement périlleux, et il se rattrapa de justesse au bord du lit. Une bouffée de haine lui monta jusqu’aux lèvres « Putain de salope de merde… même morte tu fais chier ! ».

Il s’assit, soudain à bout de souffle, et la regarda. Elle lui sembla déjà se raidir, le sang autour d’elle se figeait en morceaux brunâtres ça et là. Ce serait une crasse à nettoyer. Surtout sur la descente de lit imitation peau de léopard de peluche. Il détourna les yeux vers la chaise. Son uniforme y était soigneusement plié, la veste sur le dossier, les sous-vêtements pudiquement glissés sous la jupe, les mocassins noirs par terre à côté de la sacoche. Les lettres étaient recouvertes de giclures en arc de cercle, avec des caillots s’insinuant entre les enveloppes.

Les vêtements, il ne pouvait les porter chez Oxfam comme ceux de l’apprentie-plombier dont seul le polo était brodé à la marque de l’employeur, ou ceux de l’assistante sociale venue lui rendre visite pour vérifier ses revenus. Cette dernière s’habillait Moschino, rien de moins, la garce ! Les clientes d’Oxfam avaient dû ne pas en croire leurs gros yeux de pauvresses ! Mais –et il ne put s’empêcher de sourire – elle baisait avec l’énergie d’un marteau-piqueur.

Ces vêtements-ci, avec le logo de la poste et la teinte bien identifiable, il allait devoir les découper en tous petits morceaux et les distribuer dans les poubelles publiques avec patience. Ca l’occuperait pendant des semaines. Les lettres, pas compliqué, il allumerait la vieille cuisinière au charbon qu’il gardait pour quand on lui coupait le gaz. La sacoche, là… c’était un peu embêtant car bien reconnaissable. La remplir de pierres et la jeter dans la rivière dans la ville voisine … c’était une idée à creuser.

Quant au corps, oh là le corps – et il rit comme un enfant, une vraie joie soulageant ses traits – ce serait comme les deux autres : découpé en morceaux transportables sans crainte de déranger qui que ce soit, avec le chenil à côté  qui lui assurait un loyer à la hauteur du confort assuré et des aboiements couvrant tous les autres bruits du voisinage et s’amplifiant même avec beaucoup d’à-propos quand il avait à éliminer une pisseuse qui lui reprochait de ne la voir que pour la baiser (et pourquoi d’autre, hein ?) et ensuite la réduire en pièces. Le soir, réveillant l’angoisse des chiens, il s’en allait d’un pas serein vers l’entrée du parc animalier « Wild Jungle » et distribuait équitablement la barbaque entre les tigres, pumas et lions.

Tout le monde était content, finalement. Les voitures ou motocyclettes, s’il y en avait, il allait les abandonner dans le quartier des dealers de drogue, où tout était démonté à peine avait-il tourné le dos. Encore des heureux.

Et dans le coin  tout le monde aimait ce beau jeune-homme tranquille, célibataire endurci disait-on admirativement car avec ce physique… on ne comprenait pas. Et d’un propre, avec ça : lavait ses sols, ses tapis, descentes de lits, rideaux… D’un gentil avec les chiens qui ne le dérangeaient pas, le cher cœur !

Un beau jeune homme si tranquille….

 

Edmée De Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

 

 

Romanichels-front (1)

Publié dans auteur mystère

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Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

point d'interrogation

 

Un beau jeune homme si tranquille…

Oh que ce silence était bon.

Il y avait bien le lent plic plic plic du sang qui débordait de la table de nuit et plongeait sur le linoleum, et la pulsion sauvage qui battait dans sa tête…  mais quel silence depuis qu’elle et les chiens s’étaient tus.

Même l’odeur lourde et visqueuse lui parlait de paix, et en ouvrant la fenêtre sur le début d’après-midi de printemps, le chant des mésanges charbonnières charma son cœur. Titi put, titi put, titi put ! Deux ou trois chiens gémissaient bien un peu, mais on sentait qu’ils s’apaisaient. La semelle de sa chaussure fit un bruit de succion suivi d’un glissement périlleux, et il se rattrapa de justesse au bord du lit. Une bouffée de haine lui monta jusqu’aux lèvres « Putain de salope de merde… même morte tu fais chier ! ».

Il s’assit, soudain à bout de souffle, et la regarda. Elle lui sembla déjà se raidir, le sang autour d’elle se figeait en morceaux brunâtres ça et là. Ce serait une crasse à nettoyer. Surtout sur la descente de lit imitation peau de léopard de peluche. Il détourna les yeux vers la chaise. Son uniforme y était soigneusement plié, la veste sur le dossier, les sous-vêtements pudiquement glissés sous la jupe, les mocassins noirs par terre à côté de la sacoche. Les lettres étaient recouvertes de giclures en arc de cercle, avec des caillots s’insinuant entre les enveloppes.

Les vêtements, il ne pouvait les porter chez Oxfam comme ceux de l’apprentie-plombier dont seul le polo était brodé à la marque de l’employeur, ou ceux de l’assistante sociale venue lui rendre visite pour vérifier ses revenus. Cette dernière s’habillait Moschino, rien de moins, la garce ! Les clientes d’Oxfam avaient dû ne pas en croire leurs gros yeux de pauvresses ! Mais –et il ne put s’empêcher de sourire – elle baisait avec l’énergie d’un marteau-piqueur.

Ces vêtements-ci, avec le logo de la poste et la teinte bien identifiable, il allait devoir les découper en tous petits morceaux et les distribuer dans les poubelles publiques avec patience. Ca l’occuperait pendant des semaines. Les lettres, pas compliqué, il allumerait la vieille cuisinière au charbon qu’il gardait pour quand on lui coupait le gaz. La sacoche, là… c’était un peu embêtant car bien reconnaissable. La remplir de pierres et la jeter dans la rivière dans la ville voisine … c’était une idée à creuser.

Quant au corps, oh là le corps – et il rit comme un enfant, une vraie joie soulageant ses traits – ce serait comme les deux autres : découpé en morceaux transportables sans crainte de déranger qui que ce soit, avec le chenil à côté  qui lui assurait un loyer à la hauteur du confort assuré et des aboiements couvrant tous les autres bruits du voisinage et s’amplifiant même avec beaucoup d’à-propos quand il avait à éliminer une pisseuse qui lui reprochait de ne la voir que pour la baiser (et pourquoi d’autre, hein ?) et ensuite la réduire en pièces. Le soir, réveillant l’angoisse des chiens, il s’en allait d’un pas serein vers l’entrée du parc animalier « Wild Jungle » et distribuait équitablement la barbaque entre les tigres, pumas et lions.

Tout le monde était content, finalement. Les voitures ou motocyclettes, s’il y en avait, il allait les abandonner dans le quartier des dealers de drogue, où tout était démonté à peine avait-il tourné le dos. Encore des heureux.

Et dans le coin  tout le monde aimait ce beau jeune-homme tranquille, célibataire endurci disait-on admirativement car avec ce physique… on ne comprenait pas. Et d’un propre, avec ça : lavait ses sols, ses tapis, descentes de lits, rideaux… D’un gentil avec les chiens qui ne le dérangeaient pas, le cher cœur !

Un beau jeune homme si tranquille….

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Alain Magerotte a lu "En quête de sens" de Christel Marchal

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Alain

 

 

EN QUÊTE DE SENS

Par Christel Marchal

 

 

 

Cela commence par une préface signée Benoît Coppée, romancier, scénariste et administrateur de la SABAM. Excusez du peu.

En terme cinématographique, cette histoire serait un road movie. Désespérée face à la souffrance de sa fille autiste, la petite Agathe, Louise (la mère) ne veut rien entendre et l’enlève de l’hôpital psychiatrique. Les voilà parties toutes les deux à bord d’une voiture jaune à travers Bruxelles.

Le médecin qui avait préconisé l’internement de la gamine fait appel à la police.

Un road movie plein d’arrêts nous permettant de visiter des endroits comme le parc Josaphat (Schaerbeek), le cimetière de Laeken (le Père Lachaise bruxellois) ou la Place Sainctelette (jeu de mots avec «Sainte-Clette»... terme que l’on retrouve dans le glossaire. Une «clette» en bruxellois, cela peut-être une cloche, ce type joue comme une «clette», ou un membre bien précis de l’homme situé sous le bas-ventre…)

Tout au long du parcours, Agathe laisse des dessins qui sonthttp://www.bandbsa.be/contes3/enquetedesensrecto.jpg autant de codes à  décoder par Léo, l’inspecteur lancé à leurs trousses. Car un dessin en dit plus long que des mots. Une course poursuite dessinée, en somme.

Léo, amateur de chiclets, peste à une semaine de son départ en vacances, d’être obligé à courir aux quatre coins de la ville derrière une «suicidaire et une débile».

Une narration pleine de poésie. Une écriture fine, légère et oh combien agréable à lire. Je ne peux résister au plaisir de vous livrer quelques passages révélateurs d’un réel talent :

 

Rire et pleurer. Avoir un arc-en-ciel au cœur des yeux.

 

La nuit est d’or, Agathe. Une nuit soleil. Le jaune doux des citrons amers. La nuit est d’or, Agathe. La nuit dort sur l’écorce drapée de soufre et de safran.

La nuit d’or des doigts arsenic. La poussière d’une craie sur le tableau miel de ceux qui croient au ciel. Moi, Agathe, je n’y crois plus !

Les rires jaunes de Louise embarrassent la nuit. Amers. Les rires d’une mère.

 

Le silence et le vent donnent une robe d’ankylose aux morsures de ses pleurs.

Agathe et Louise retiennent son affection.

 

Les actes que nous n’accomplissons pas ont bien plus de conséquences que ceux que nous réalisons.

 

La branche d’un marronnier s’accouple avec son reflet sur l’eau.

 

A la grisaille du temps, il nous faut fabriquer la lumière. Les étincelles de vie.

 

Il y a un revirement dans l’attitude du policier (Un psychiatre ! Un crétin, oui !

Un crétin qui ne sait pas qu’entre «autiste» et «artiste», il suffit d’une lettre, une toute petite lettre pour qu’une enquête prenne une autre couleur. Un crétin ! Ça c’est sûr ! Un crétin juste bon à enfermer !)

Evidemment, je n’en dirai pas davantage mais je vous conseille vivement de découvrir une œuvre pour le moins originale dans sa narration. Une œuvre d’une grande sensibilité, vibrante d’émotion et débordante d’amour.

 

Alain Magerotte

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Publié dans Fiche de lecture

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Début de soirée, un poème de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

claude colson-copie-2

 

Début de soirée

 

Juin-matin pluvieux et automnal engrisaille le quai,
Puis les cimes des arbres, étonnées de l'ondée.
Les feuilles luisent et ploient sous l'assaut,
Se redressent un instant pour à nouveau plier.

 

Le paysage ne sourit pas, dans ses mornes nuances.
Dérisoire, accroché au quai
Un panneau scintillant nous rappelle :
La municipalité vous souhaite un bel été.



L'été de la vie a lui aussi passé.
Au coeur la grisaille est bien accoutumée.
Devenue presque douce compagne.
Ordinaire du temps à la douleur absente.



Songeur, il médite,
Comme indifférent :
Il sait à présent qu'il est dans le vrai.



Il sourit cependant :
Une fois encore le train, pourtant délaissé, l'a inspiré.



http://claude-colson.monsite-orange.fr

Saisins d'une passion. Claude Colson

Publié dans Poésie

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Le visiteur d'avril, un conte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

LE VISITEUR D'AVRIL

 

Depuis le décès de Georges, Madeleine vit seule dans sa belle villa. Tous les jours à quinze heures, elle s'installe dans la véranda située devant sa terrasse, elle y boit un bon café en dégustant une pâtisserie, une crème faite maison ou un carré de chocolat. Elle vit là de délicieux moments, au plaisir gourmand s'ajoute le plaisir visuel. Quelle que soit la saison, son jardin lui paraît magnifique. 

 

Madeleine n'a plus ni chien ni chat ni poisson rouge ni perroquet. Elle est ainsi plus libre de passer quelques jours chez sa sœur ou chez un de ses enfants établis dans d'autres régions. Elle a des contacts assez réguliers avec ses voisins, des personnes de son âge. Ils s'entraident à l'occasion et parlent volontiers de choses banales mais il n'y a aucune réelle amitié entre eux. À gauche, vivent les Lemeure, des personnes qui voyagent beaucoup. À droite, Paul Thomas, un professeur retraité, homme discret qui participe ici et là à des animations dans des écoles de devoirs. Enfant unique, Paul a hérité de la villa de ses parents. Il a beaucoup de relations mais peu de famille. Il possède une chatte prénommée Minouche qui se réfugie volontiers chez Madeleine quand son maître reçoit du monde. C'est le plus souvent à Paul que Madeleine demande conseil quand elle rencontre un problème pratique. Un simple coup de fil et la solution est trouvée !

 

Un après-midi d'avril, alors qu'elle sirote son café, Madeleine, entend un drôle de bruit venant de l'extérieur. Elle jette un coup d'œil dehors mais ne voit rien de particulier. La météo est calme, il n'y a pas de vent, les Lemeure l'ont avertie qu'ils allaient à Venise et elle a vu Paul sortir sa voiture du garage.

 

Le bruit cesse. Quelques minutes plus tard, Madeleine l'entend de nouveau. Elle se lève, à la recherche de sa source. Il n'y a rien qui l'explique ! Même pas un oiseau ou Minouche sur la pelouse.

 

Madeleine lit un roman policier lorsque le bruit se fait encore entendre. Elle pense alors à un éventuel cambrioleur et se souvient de ce qu'a dit Paul : "Un jour mon père qui était un brave homme fut victime d'un pickpocket. Il était sur un marché. On l'avait bousculé et il se rendit rapidement compte qu'on lui avait volé son portefeuille, voyant un jeune garçon se sauver à toutes jambes, il cria à son intention : "Je te le donne,  je te le donne." " Ainsi, concluait Paul, mon père épargnait au gamin le poids d'un délit…"

 

Madeleine réfléchit. Que fera-t-elle si elle se trouve nez à nez avec un cambrioleur ? Quinze heures trente… Est-ce vraiment l'heure que choisirait un voleur ?   

 

Madeleine ouvre sa porte-fenêtre, fait quelques pas sur sa terrasse et n'en croit pas ses yeux : une vieille marmite en aluminium se déplace provoquant un cliquetis. Madeleine soulève à peine la marmite et découvre un hérisson ! Elle redépose la marmite, va chercher ses gants de jardin et très précautionneusement dépose la petite bête apeurée à l'ombre d'un arbre. Elle lui laisse un peu d'eau dans une écuelle et quelques morceaux de pomme et attend le retour de Paul. 

 

Sitôt qu'elle entend la porte du garage, Madeleine se précipite chez son voisin et lui explique ce qui est arrivé. Léon a mis la bête dans une boîte à chaussures et lui a donné la nourriture prévue pour Minouche. 

 

 

Deux jours plus tard, Madeleine retrouva la boîte renversée. L'animal avait disparu et on ne le revit  jamais dans le quartier.

 

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

 

 

M. Boland Nouvelles à travers les passions

Publié dans Nouvelle

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Présentation de "Mon amour à Pompéï" de Christian Eychloma

Publié le par christine brunet /aloys

Diapositive1-copie-3.JPG

Publié dans fiche auteur

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Stratégie amoureuse, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

boland photo

 

STRATÉGIE AMOUREUSE

 

 

Chaque fois qu'ils se rencontraient, Pierrot demandait Jeannette en mariage. Chaque fois la réponse de Jeannette était la même : "Moi, tu le sais, je suis d'accord mais mes parents n'accepteront pas, tu n'es pas assez riche…" Elle approchait de ses dix-sept ans, il en avait un peu plus de vingt. Elle ne pouvait se passer du consentement de ses parents. Cela faisait des mois qu'ils étaient amoureux l'un de l'autre et la situation aurait pu paraître sans issue. Ils en étaient réduits à se voir en secret, dans une chapelle désaffectée du bourg tout proche ou dans une grange en bordure du bois.

 

Pas un jour sans que Pierrot retourne le problème dans tous les sens. Pierrot continuait d'apprendre le métier d'ébéniste avec son père. Bien qu'il travaillât beaucoup, il ne gagnait pas lourd et ses parents n'étaient pas vraiment ce qu'on peut appeler des gens riches.

 

Au village, tout se savait. Chacun épiait plus ou moins tout le monde. Cela permettait d'éviter des accidents, comme quand le petit Marcel avait été vu en train d'escaler la vieille tour, mais cela pourrissait aussi parfois la vie et Pierrot en savait quelque chose.  

 

Un jour, Pierrot remplit un seau de charbon et au-dessus du charbon il déposa des pièces d'or, oui des pièces d'or qu'il avait demandé à ses grands-parents de lui prêter quelque temps. Pierrot attendit de voir Martha, sa voisine une pipelette comme il n'y en avait pas deux, installée derrière son rideau et occupée à observer la propriété de ses parents, pour sortir avec le seau et aller le cacher dans une remise abritant la réserve de bois.

 

Pierrot répéta l'opération plusieurs jours… Et un vendredi, jour de marché, sa tante vint annoncer à la mère du jeune homme : "Alors, il paraît que ton Pierrot est riche, très riche, qu'il cache des pièces d'or dans la remise. Est-ce qu'il ne travaillerait pas au noir ou ne jouerait pas à des jeux d'argent ?"

 

Comme Pierrot s'y attendait, Martha avait accompli sa mission. Quand il fut sommé de s'expliquer, Pierrot le fit et ses parents le félicitèrent pour son astuce.

 

Bien entendu, il revint aux oreilles des parents de Jeannette que Pierrot était très riche, qu'on l'avait vu porter des seaux remplis de pièces d'or. Jamais ceux-ci ne justifièrent la cause de leur revirement mais c'est ainsi qu'avant les dix-huit ans de Jeannette, les deux jeunes gens se marièrent.  Ils furent heureux et rien ne ternit jamais leur bonheur.

 

 

 

Micheline Boland

Son site : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/
Son blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com/

 

 

9782874593581 1 75

Publié dans Nouvelle

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Speed dating, destins croisés, un texte de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

                          

 

desguin

 

 

 

 

    Speed dating, destins croisés

 

Y’a des matins comme ça. Vous vous levez, vous prenez votre pied dans la carpette en peau d’éléphant et comme vous avez trente secondes de retard dans le timing serré des premières minutes, votre frère a déjà pris d’assaut la salle de bain. Royal, il se miroite la tronche et se mesure les muscles des bras gonflés aux protéines. Vous foncez dans la cuisine et là, c’est la bouteille de lait qui vous file entre les doigts, le toast qui crame et le perco qui couine parce que bien sûr, vous avez oublié de mettre l’eau. Olé, la vie est belle quand même, canarde le gars, à la radio. Les animateurs des petits matins ne sont recrutés que sur la dose de bonne humeur qu’ils distillent à travers les ondes, ça gomme le stress de la météo et des avions qui s’aplatissent. D’une voix guillerette, voilà qu’il annonce, ce joyeux, la position des radars à dix kilomètres à la ronde. Par chance je prends le métro, me dis-je, ironique avec moi-même, tout en me débattant avec le torchon aux microfibres accrocheuses qui n’accrochent que les poussières parce que question flaque de lait, ce n’est pas génial. Microfibres égalent fées du logis, ouais…

Dans le métro, Jonathan me berce. Avec ses histoires à l’eau de rose, le grand amour qu’il rencontrera un jour mais où et quand ça dieu seul le sait, les enfants qu’il aura avec elle, trois de préférence et puis tout le baratin habituel qu’il me sert à chaque lever du soleil. Enfin lui, il y croit, au jour de la grande rencontre, et c’est fort bien comme ça. Jonathan et moi, depuis presque deux ans, nous bossons dans la même boutique de téléphonie, au centre ville. Le destin ne manque pas d’aise : toute la journée, lui et moi clapotons sur ces petites machines qui relient les humains les uns aux autres, comme des filets d’amour qu’on lancerait dans l’univers, et puis nous, nous restons là cloués au sol, pareils à deux enfoirés car au bout de tous ces fils, pour nous, basta, il n’y a pas d’abonné aux numéros appelés…Souvent, on se dit, dans nos instants de gros délire, que les choses eurent été tellement faciles si lui et moi étions tombés amoureux l’un de l’autre. Nous rigolons de tout ça, la vie est d’une telle complexité, cherchant des chemins tortueux là où tout compte fait, tout pourrait être si simple.

A la recherche de l’âme sœur depuis plusieurs années, ce branché super cool ne se décourage jamais. Faut dire qu’il est bon client chez madame Irène qui, chaque mois lui annonce que la femme de sa vie se profile de plus en plus au milieu des coquillages qu’elle jette sur son tapis de velours rouge. Flous mais quand même, elle aperçoit entre deux stries les traits finauds, l’œil coquin et les cheveux dorés s’offrant au souffle des vents. Si les coquillages se  rassemblent par trois, il faut attendre trois jours ou trois mois ou trois ans, avant que la belle ne montre le bout de son nez. Cependant attention et toute la stratégie se cacherait là, les sorties seraient de rigueur, pas question de glander chez soi devant le pc et de pianoter sur facebook.

Jonathan a beau siffler qu’il bosse hard dans une boutique où les nanas défilent toute la journée, madame Irène a pressenti que la rencontre se ferait au dehors, dans une boîte quelconque, un resto, un ciné, un lieu où les humains s’agglutinent les uns contre les autres. Pas conne, la madame Irène.

Bon prince, Jonathan me file tous les trucs et astuces de sa voyante extralucide et ne manque pas de me suggérer qu’à l’occasion, moi aussi je devrais renverser les coquillages sur le tapis de velours. Qui sait, ces mollusques déshydratés, dans un élan de généreuse loquacité, me dévoileraient peut-être les nom et adresse de la moitié qui m’était destinée.

Ce samedi-là, la boutique est pareille à un hall de gare un premier jour de vacances. Hans, le troisième employé est en congé et donc Jonathan et moi sommes seuls face à une horde de clients exigeants et impatients. Et quand leurs gosses ne collent pas leurs mains gluantes de crème glacée sur les petits écrans aux couleurs racoleuses, c’est déjà bien. Un client a paumé tous ses contacts, un autre râle car le roaming n’a pas fonctionné la semaine dernière alors qu’il se rôtissait la peau sous le soleil de Puerto Cana et qu’il avait loupé des opportunités commerciales.

Croyez bien que je déposerai une plainte à votre direction ! crache-t-il, ce prétentieux.

Vers 17 heures, mon acolyte et moi, nous sommes out. La boutique se vide et pour cause, depuis deux ou trois heures, Jonathan lance à chaque client :

Chouette journée de printemps, à la boucherie d’en face, tout le monde plonge sur les  brochettes et les saucisses, vive les barbecues à la campagne !

Moi, entre deux encodages de nouveaux numéros de gsm et des emballages cadeaux en enfilade, je me dis que c’est dommage qu’entre Jonathan et moi, aucun halo de phéromones n’avait diffusé sa poudre de précieuses étoiles…Parce qu’en fait, lui et moi, on se ressemble : on aime les fringues déjantées, le ciné, le resto, les frites au fritkot du coin avec une poignée de sel et trois gros ploutchs de sauce andalouse. Et, cerise sur le gâteau, on communique en chair et en os !  Et pas en sms, tchat, et autre skype, comme la plupart des jeunes d’aujourd’hui.

Ce soir-là, lui et moi, nous sommes crevés. Sur les genoux. On ferme la boîte et Jonathan me propose de rentrer à pied, ça nous ferait un délassement, un pré-week-end, pour reprendre une expression made in Jonathan.

Le soleil brûle encore et les décapotables, diffusant leurs musiques de dingues jusqu’à percer la couche d’ozone, abrutissent nos pauvres têtes déjà bien entamées.

T’as pas envie d’une sortie, ce soir ?

Une sortie ? Non mais ça va pas, toi ! T’as vu la journée qu’on vient de se coltiner ? Je n’existe plus ! Plus d’abonné au numéro !

Ben c’est juste comme ça que je te demandais. Là où je vais, il reste des places… j’ai jeté un œil sur le site cette après-midi.

Le site ?

Ben oui, pour une soirée de speed dating !

Speed quoi ?

Dating ! Speed dating ! Tu n’connais pas ?

Heuuuuuu…

Tu arrives dans la boîte, on te donne ta fiche d’identification, tu as quelques minutes pour te présenter à sept mecs…

Et ?

Et bien, les mecs connaissent ton prénom et le numéro de ta fiche…toi idem …et si ça colle, vous vous revoyez la prochaine fois et la prochaine fois …

Ok, j’ai pigé….encore une idée lumineuse de ta madame Irène ?

Oui et non…je me disais que ce n’était pas une mauvaise idée…

Si tu le dis…mais je suis crevée, vraiment…c’est où ce cirque ?

Ben, en ville !

Là,  tu repars chez toi et tu reviens ce soir ?

Hé oui…je n’peux pas aller dans cette taverne et rencontrer sept superbes gonzesses sans me décrasser un peu, tu n’crois pas ?

Oh, si tu l’ dis ! Compte pas sur moi ! Je rentre, je m’affale sur le fauteuil et je tape mes pieds sur le pouf ! Mes jambes pèsent une tonne ! Et puis tu sais, c’est pas mon jour ! Ce matin, j’ai lâché la bouteille de lait, ma tartine a cramé …enfin, tu vois le délire….Qu’est-ce que j’irais bien pêcher comme mec ce soir ? A part Bugs Bunny, je n’vois pas ce qui pourrait me tomber dans les bras ! Et puis, j’ai pas zappé mon histoire avec Jérôme, il est encore coincé dans un coin de ma tête…je le revois encore, sous un parapluie, avec cette conne de Sandra….

Je peux comprendre mais pense à ton avenir …tu n’vas pas rester seule…et moi non plus ! Faut qu’on se bouge ! Ce n’est qu’une bouteille de lait que tu as renversée ! Pas la vache !

Oh, toi alors ….et quand tu es face à la gonzesse, tu lui dis quoi ? Que c’est madame Irène qui a lancé les coquillages sur un tapis rouge et que…

Hi hi hi, sans rire, tu parles de toi…ce que tu aimes, ce que tu détestes…enfin, tu vois l’genre…

Ouais, niveau d’études…Tu n’crois pas que si tu photocopiais ton cv, ça foirerait moins ?

Oh, Steph, sois positive, pour une fois ! Et puis ne discute plus, là on est chez toi….tu as quarante-cinq minutes pour que Cendrillon devienne princesse…je passerai te prendre dans la tire de mon père et hop, direction speed dating !

Soit !

N’empêche, je suis morte. L’idée de me refroidir sous la douche, d’ouvrir une armoire, de choisir des fringues ….

Alors quand Jonathan se pointe et qu’il voit que je suis toujours en cendrillon, il est furax. Tant pis. Dix minutes plus tard, nous sommes à la taverne. C’est dans une arrière-salle que les destins se jouent ! Fameux coups de dés !  

Une pénombre de night club, les gars en costumes, les filles en petites robes printanières. Et moi en jeans, tee-shirt et santiags. Des paroles échangées avec l’animateur, pour mon inscription, puisque je suis novice dans le système. Quelques euros. Parfait, c’est moins cher que dans une agence matrimoniale.

De temps en temps, Jonathan m’envoie un clin d’œil de connivence…Moi, je lui lance une moue accompagnée d’un très long soupir.

Au troisième type, j’en ai marre. Le même baratin : j’aime les restos, les cinés, je bosse dans une boîte de téléphonie, j’habite avec mon frère…Pour fignoler l’histoire, je lui dis même, toujours en soupirant et en ne distinguant même pas la couleur de ses yeux, que ce matin, je savais qu’il allait me tomber une tuile supplémentaire car j’avais envoyé valdinguer une bouteille de lait… Et sur ce, je sirote le cocktail qu’on nous a offert avec le ticket, à l’inscription de cette soirée de débiles asociaux. Les yeux baissés, honteuse de toutes les énormités que je viens de débiter…

C’est alors que la voix que j’entends me rappelle celle de quelqu’un…

Steph, me donnerais-tu une seconde chance ?

Je lève les yeux et tout à coup, les coquillages se mélangent avec le lait, la tartine cramée, et la carpette en peau d’éléphant. Jérôme…

Pour ceux qui se sont connus dans une autre vie, y’aurait pas une fiche spéciale à remplir, tu crois ? je lâche, comme ça, sans réfléchir, parce que mon souffle se coupait…

 

Cette nuit-la fut, pour Jérôme et moi une des plus belles de notre vie. Là-haut, les étoiles avaient bien ri.

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

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Publié dans Nouvelle

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