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"Les 10 petites négresses" de Bob Boutique une lecture (complètement déjantée) du Commandant Danofsky

Publié le par christine brunet /aloys

 

10 petites négresses

 

 

"Les 10 petites négresses" de Bob Boutique

une lecture (complètement déjantée) du Commandant Danofsky


 

Je connaissais bien sur Agatha Christie, mais je n'avais, pas eu l'honneur, jusqu'à ce jour, de faire la connaissance de son mari, qui publia avant leur séparation plusieurs recueils de nouvelles, en cachette. Sa mort précoce, laissa le monde entier indifférent et on pourrait douter de sa chute mortelle dans l'escalier d'une maison de maitre bruxelloise. Celle qu'il appelait du tendre surnom de Poussinette, en fut tellement choquée, qu'elle abandonna la plume pour se consacrer à la restauration de meubles anciens et vécu jusqu'à la fin de son existence, entourée de bibelots.. 

Des témoins bien informés nous confirment la présence de son mari, aux côtés de Michael Jackson, Elvis Presley, Kennedy, Daniel Balavoine, sur le refuge de "l'Ile". Son unique biographe connu, militaire de carrière passionné d'énigmes policières, nous renseigne sur sa vie misérable dans l'ombre de la sarcastique Agatha, son dévouement à son oeuvre, allant même jusqu'à recopier ligne par ligne ses manuscrits à une époque où l'informatique n'en était qu'au stade d' oeuf mou. C'est au sortir d'une profonde dépression qu'il décida d'écrire un livre au titre énigmatique : " les dix petites négresses ". 

Il s'agit d'une oeuvre délirante, qu'il enfanta après avoir appris par la presse, que sa chère Agatha, loin de pleurer sur sa disparition subite, l'avait traité de roquet rampant, poulet suintant, gallinacé au goût de piano désaccordé. Chacun jugera.

Car, en fait, derrière ce personnage anodin qui fut l'ouvrier fidèle de la célèbre faiseuse d'énigmes, s'en cache une supplémentaire, celle de sa psychose fantasmatique, son attirance refoulée pour les écrivaines sans défenses. Ingénues qui iront jusqu'à l'aduler au point qu'il créera pour elle une maison d'édition, afin, en les publiant, de les approcher dans leur intimité et de les soumettre à ses rêves de polygamie roucoulante.

Je ne vais pas vous raconter l'histoire du livre, ce serait trahir son secret. Je voudrais simplement rendre hommage aux dix personnages, toutes des femmes au charme évident, qui incarnent comme autant de facettes le profil pathologique de l'auteur. Dès la première approche, il devient vite évident à condition de lire entre les lignes, que nous sommes en présence d'un puzzle morbide, tissé de meurtres successifs, perpétrés dans le corps phallique d'un phare perdu à la surface d'un l'océan matriciel, symbolisant parfaitement la mère nourricière et castratrice.

C'est dans le labyrinthe de ce phallus mythique que le drame se joue, les meurtres successifs et inexpliqués nous entrainant docilement vers l'érection finale, la résurrection des femelles pleurnichardes et avide d'or, qui scandent le nom immortel de leur auteur, de leur démiurge, de leur amant éternel.

Si je vous disais ensuite, qu'intrigué, à force de patience, j'ai pu retrouver la trace de ces dix femmes. Qu'elles sont loin d'être des négresses, mais qu'elles nous entourent, qu'on pourrait les rencontrer et recueillir leurs témoignages déchirants, j'aurais dit vrai. Dix vies anéanties, dix destins brisés par les harcellements, les cérémonies voyeuristes, les manipulations, allant jusqu'au simulacre de la jouissance, qui n'est au fond qu'une terreur déguisée, qu’elles subiront avec fébrilité.

Pourtant, c'est sous le masque ce cet Oedipe sanguinaire qui forme la trame souterraine et haletante du récit, que nous devinerons le pire. Ce ne sont pas dix charmantes lesbiennes soumises et apeurées qui nous empêcheront de discerner, sous le meurtre suicidaire d'un éditeur, père, ami, aux contours fuyant, le double de l'auteur.

Ce ne sont pas ces dix, qui nous empêcheront d'apercevoir, montante, la vague gorgée d'écume d'une homosexualité refoulée, qui émerge par moments, s'amplifie, s'offre en sacrifice, pour finalement nous révéler le vrai sens du récit. 

Lisez le livre.

Sous son apparence naïve de Barbe Bleue, il vous posera les questions essentielles de l'existence. Qui se cache au fond de nous, qui sommes nous ? Agatha était-elle un homme ? Je vous conseille ceci mesdames : écrivez, écrivez n'importe quoi, un récit, un témoignage, un conte, recherchez le nom de l'éditeur fantôme et rencontrez-le. Vous saurez alors qui est l'auteur du livre et pourquoi vous ne dormirez plus sereinement, la nuit, en vous lovant suppliantes, le sexe tendu sous les couvertures.

Le Commandant Danofsky
danofsky.be/wordpress

Publié dans Fiche de lecture

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 9

Publié le par christine brunet /aloys

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LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

épisode 9 : L’Elixir de Vie

 

         Le Chevalier Noir exhibe triomphalement le septième trophée.

 

         – Tenez, sorcière. Vos exigences étant toutes satisfaites, remettez-moi l’antidote définitif.

         – Satisfaites ? Vous vous moquez, Baron ! Certes, j’ai les sept amulettes, mais il me manque deux têtes ! Vous avez laissé Myrrha et Garin en vie !

         – Ma tâche consistait à vous apporter les amulettes, non les têtes !

          – Eh bien ! il me les faut. Vous n’obtiendrez l’élixir qu’à ce prix. Il vous reste moins de deux jours pour me les apporter, Baron. En route donc, vous n’avez plus un seul instant à perdre ! Et ne tentez pas de m’agresser, vous ne pourriez m’atteindre.

 

         En effet, en avançant d’un pas vers la fée, Gilles constate avec rage qu’un mur invisible se dresse entre eux et met Sargasse hors de sa portée.

         Le désespoir l’envahit. Que faire ? Il a donné sa parole à Myrrha et sauvé Garin. Pour les trahir ensuite et les occire ? Non, sa nature franche et honnête se refuse à envisager pareille félonie.

         C’est alors que la demeure de Sargasse se met à crisser et à vibrer de toutes parts. Et au-dehors, la voix claire de la nymphe de la source se fait entendre.

 

         – Inutile de tenter de m’échapper, Sargasse. Mes chênes enserrent ta tanière pour la broyer. Le seul moyen de sauver ta peau est de livrer le précieux élixir de vie au Chevalier Noir comme tu t’y es engagée. Et prends garde : le véritable antidote, n’est-ce pas ? Tu n’ignores pas que mes arbres décèlent tout mensonge, toute fourberie, sans jamais faillir. Allez, remets-lui le flacon qu’il attend !

 

         Sargasse sait que Myrrha ne plaisante pas, qu’elle doit s’exécuter pour échapper au châtiment.

 

         –  Prenez-la et sortez aussitôt, beau paladin. N’ayez crainte, c’est le bon élixir. Courez sauver votre fille. Moi, je reste encore un peu pour empêcher Sargasse de vous poursuivre et de vous jouer un ultime mauvais tour.

         – Grand merci, Dame Myrrha. J’embrasserai Sarah pour vous.

         – Eh bien,  Myrrha ! s’écrie la fée après quelques minutes de silence et cachant mal son dépit : il doit déjà être loin maintenant, ton beau paladin. Tiens donc parole. J’ai livré l’antidote, éloigne tes arbres !

         – Tenir ma parole ? Avec toi, l’âme la plus perverse, la plus fourbe du Mauroi ? Tu rêves, Sargasse ! Le moment est venu pour toi de payer le prix de tous tes maléfices. Tu vas périr broyée dans tes murs, Sargasse ! Adieu !

 

         Au-dessus de la forêt du Mauroi, le ciel s’éclaircit et à quelques lieues de là, au manoir de Valembourg, la joie est revenue.

 

Fin

 

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

 

http://www.bandbsa.be/contes3/glaneserrancesr.jpg


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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 8

Publié le par christine brunet /aloys

  

 

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

http://christianvanmoer.skynetblogs.be/

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 8 : Le Loup-garou du Sablon

 


         − L’heure de votre dernier duel est venue, Baron ! Apportez-moi l’amulette de Garin, le Mauleu, et je vous remets l’élixir promis. Je dois reconnaître que vous l’aurez bien mérité.

         − Qui est-il, ce Garin, sorcière ?

         − Un lycanthrope, Baron, un loup-garou, pour parler comme nos vilains.

         − Un homme normal en apparence qui, on ne sait trop pourquoi, devient loup la nuit, n’est-ce pas ?

         − Oui. Ce loup-garou se déchaîne et tue les nuits de pleine lune. Je ne peux rien vous apprendre de plus à son sujet, si ce n’est qu’il vit dans l’ancienne sablonnière du Mauroi. C’est lui qui détient la septième amulette et qui se présente comme mon rival au sabbat du solstice.

Alors, Baron, Beau vous emmène au Sablon ?

         − Vous savez pertinemment que je ne suis pas en mesure de refuser, sorcière !

 

* * *

        

         « Le Mauleu, le mauvais loup, qui sévit les nuits de pleine lune ! C’est plutôt maigre comme indication. Sargasse m’a-t-elle une fois de plus caché l’essentiel ? »

 

         Le Chevalier Noir aborde les dunes désolées du Sablon sans la moindre idée de la manière dont il va s’y prendre pour dérober l’amulette à Garin. Il aperçoit une maisonnette blanche dans un creux de sable et décide de frapper hardiment à la porte. Un homme de taille moyenne, déjà chenu, mais encore très vif, l’accueille avec un sourire triste.

 

         − Entrez, je vous en prie, Messire Le Galois.

         − Vous me connaissez donc, maître Garin ?

         − Non seulement je sais qui vous êtes, mais je connais aussi le but de votre visite : l’amulette d’Abraxas.

         − Exact, maître Garin. Allons-nous nous affronter ou nous entendre ?

         − Asseyez-vous, Messire. Ecoutez d’abord tranquillement mon histoire, je vous prie.

         − Soit, maître Garin. Je vous écoute, mais je ne baisse pas ma garde. Au moindre geste suspect, je tire l’épée.

         − Ne craignez aucune fourberie de ma part, Messire. Je ne suis dangereux que la nuit, lorsque je me métamorphose en loup. Le jour, je suis un être humain comme vous. Très vulnérable et, en ce moment, à votre merci.

         − Je ne tirerai l’épée que si je m’y vois contraint, maître Garin. Poursuivez votre récit sans crainte.

         − Merci. Sachez d’abord pour quelle raison la fée Sargasse ne vient pas m’affronter elle-même. Chaque fée a son talon d’Achille, Messire, qu’elle s’efforce bien sûr de garder secret. Celui de Sargasse, c’est le sable ! Elle peut évoluer sur terre, dans l’eau ou dans les airs, mais pas sur le sable. Sous ses pas, l’arène devient mouvante. Elle s’y enfoncerait irrémédiablement et le Sablon serait son tombeau.

Mais voici mon histoire.

J’étais jadis un honnête charbonnier, plutôt jovial et bonasse. Un jour, un pèlerin moribond à qui j’ai tendu ma gourde, m’a fait don d’un anneau merveilleux. Une bague en argent sertie d’un béryl, une aigue-marine aux vertus magiques. Le temps d’une nuit, son possesseur détient le pouvoir de changer un homme en n’importe quel animal. Cet anneau ne peut être détruit que par l’eau. J’ai accepté ce cadeau empoisonné, Messire, sans avoir vraiment l’intention de recourir un jour à ses pouvoirs.

J’habitais déjà cette petite maison et je croyais être seul à y vivre. Un soir, occupé à ma toilette – j’avais bien sûr déposé ma bague à côté de ma bassine – une lame du plancher s’est soulevée et une main blanche s’est emparée de l’anneau. En retirant deux lames du plancher, j’ai alors découvert avec effarement qu’elles dissimulaient l’ouverture d’un puits, fort étroit mais très profond. Presque aussitôt, un gnome difforme, albinos, m’est apparu, le béryl à l’annulaire. Je l’entends encore me crier en ricanant : « Les nuits de pleine lune, Garin, tu mettras un cœur humain pour me nourrir, dans une besace que tu suspendras ici, si tu ne veux pas que je te change en pâture pour araignées. » Aussitôt après, il s’enfonce et disparaît dans sa galerie et moi, je me retrouve métamorphosé en loup noir ! C’est ainsi chaque nuit, Messire, et comme je ne tiens pas à être changé en mouche, les nuits de pleine lune, je tue des pauvres gens pour leur arracher le cœur.

J’en souffre chaque jour. Ah ! si vous pouviez me libérer de cette taupe immonde, je vous donnerais l’amulette bien volontiers. Mais j’en demande trop sans doute, car vous pouvez me la prendre maintenant, alors que je suis sans défense.

         – Rassurez-vous, Garin. Je ne tue que lorsque je ne puis faire autrement.

Voyons ensemble comment conjurer le sortilège de votre nabot.

Il est exclu que nous allions le déloger de son antre nous-mêmes. Le goulot du boyau est beaucoup trop étroit et friable. L’éboulement du sable, inévitable, nous étoufferait à coup sûr. Il faut donc l’obliger à venir à nous. Il ne remonte que les nuits de pleine lune pour accrocher puis décrocher son outre sanglante, m’avez-vous dit. La pleine lune est déjà passée et il n’est pas question d’attendre la prochaine. Il faut à tout prix lui faire remonter la galerie sans tarder.

         – Certes, mais comment, Messire ?

         – C’est simple. C’est un être vivant, il a donc besoin de respirer. Si nous obstruons l’entrée du goulot par un sac de sable, l’air va finir par lui manquer et il va devoir grimper pour détruire notre bouchon. C’est là que nous l’attendons.

         – J’ai bien déjà pensé à remplir carrément le puits de sable pour l’étouffer purement et simplement, mais on ne connaît pas le volume de sa réserve d’air, là-dessous. Son agonie peut être si lente qu’il aurait tout le loisir de me changer en mouche.

         – Vous avez raison, Garin. C’est pourquoi, il nous faut guetter sa remontée.

         – J’entends bien, mais comment le saisir ? Il est si vif ! A la première alerte, il se laissera retomber.

         – Je vois que vous avez là une bonne guisarme, Garin. Nous allons en faire un solide harpon.

Dès que notre sac de sable craque sous ses efforts, je frappe. Harponné par le crochet de la guisarme, il ne peut nous échapper. Il aura beau plonger au plus profond du trou, nous n’aurons plus qu’à tirer sur le filin pour l’en extirper.

         – Et lui reprendre l’anneau maudit.

         –  Afin de le détruire aussitôt qu’il aura permis votre retour parmi les hommes.

 

* * *

 

         L’horreur apparaît au bout du harpon. Une larve humaine, glabre et blafarde, d’un blanc vitreux, ensanglantée. Un corps informe, aux bras démesurés, aux jambes atrophiées, secoué de convulsions, se tortillant comme une esche accrochée à l’hameçon. Un visage morveux, hideux, haineux, éructant de sanglants borborygmes.

         Le coup d’épée du Chevalier Noir abrège les souffrances du gnome déchiqueté et Garin, surmontant sa répugnance, arrache du doigt qui se rétracte déjà l’anneau maléfique, retire la guisarme et rejette l’immonde dépouille au fond du boyau.

 

         – Je vais le combler de sable. Me voici, grâce à vous, enfin libéré du sortilège, Messire. Voici l’amulette comme promis. Mais si je peux me permettre de vous donner un conseil, méfiez-vous de Sargasse. Cette fée est fourbe et sans pitié.

         – Je sais fort bien à qui je peux me fier, charbonnier. On ne peut plus vous appeler Mauleu désormais, n’est-il pas vrai ?

         – Non, je suis heureux de pouvoir reprendre mon vrai métier.

         – Mais confiez-moi également la bague, je vous prie. Je la jetterai moi-même dans la rivière. Qu’elle ne fasse plus jamais de mal à personne.

         – La voilà. Adieu, Messire, je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir ramené à la lumière et à la vie. Puisse le Ciel vous rendre votre enfant.

 

©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

 

 

à suivre                      

épisode 9 : L’Elixir de Vie

 

 

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

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Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 8 : Le Loup-garou du Sablon

 


         − L’heure de votre dernier duel est venue, Baron ! Apportez-moi l’amulette de Garin, le Mauleu, et je vous remets l’élixir promis. Je dois reconnaître que vous l’aurez bien mérité.

         − Qui est-il, ce Garin, sorcière ?

         − Un lycanthrope, Baron, un loup-garou, pour parler comme nos vilains.

         − Un homme normal en apparence qui, on ne sait trop pourquoi, devient loup la nuit, n’est-ce pas ?

         − Oui. Ce loup-garou se déchaîne et tue les nuits de pleine lune. Je ne peux rien vous apprendre de plus à son sujet, si ce n’est qu’il vit dans l’ancienne sablonnière du Mauroi. C’est lui qui détient la septième amulette et qui se présente comme mon rival au sabbat du solstice.

Alors, Baron, Beau vous emmène au Sablon ?

         − Vous savez pertinemment que je ne suis pas en mesure de refuser, sorcière !

 

* * *

        

         « Le Mauleu, le mauvais loup, qui sévit les nuits de pleine lune ! C’est plutôt maigre comme indication. Sargasse m’a-t-elle une fois de plus caché l’essentiel ? »

 

         Le Chevalier Noir aborde les dunes désolées du Sablon sans la moindre idée de la manière dont il va s’y prendre pour dérober l’amulette à Garin. Il aperçoit une maisonnette blanche dans un creux de sable et décide de frapper hardiment à la porte. Un homme de taille moyenne, déjà chenu, mais encore très vif, l’accueille avec un sourire triste.

 

         − Entrez, je vous en prie, Messire Le Galois.

         − Vous me connaissez donc, maître Garin ?

         − Non seulement je sais qui vous êtes, mais je connais aussi le but de votre visite : l’amulette d’Abraxas.

         − Exact, maître Garin. Allons-nous nous affronter ou nous entendre ?

         − Asseyez-vous, Messire. Ecoutez d’abord tranquillement mon histoire, je vous prie.

         − Soit, maître Garin. Je vous écoute, mais je ne baisse pas ma garde. Au moindre geste suspect, je tire l’épée.

         − Ne craignez aucune fourberie de ma part, Messire. Je ne suis dangereux que la nuit, lorsque je me métamorphose en loup. Le jour, je suis un être humain comme vous. Très vulnérable et, en ce moment, à votre merci.

         − Je ne tirerai l’épée que si je m’y vois contraint, maître Garin. Poursuivez votre récit sans crainte.

         − Merci. Sachez d’abord pour quelle raison la fée Sargasse ne vient pas m’affronter elle-même. Chaque fée a son talon d’Achille, Messire, qu’elle s’efforce bien sûr de garder secret. Celui de Sargasse, c’est le sable ! Elle peut évoluer sur terre, dans l’eau ou dans les airs, mais pas sur le sable. Sous ses pas, l’arène devient mouvante. Elle s’y enfoncerait irrémédiablement et le Sablon serait son tombeau.

Mais voici mon histoire.

J’étais jadis un honnête charbonnier, plutôt jovial et bonasse. Un jour, un pèlerin moribond à qui j’ai tendu ma gourde, m’a fait don d’un anneau merveilleux. Une bague en argent sertie d’un béryl, une aigue-marine aux vertus magiques. Le temps d’une nuit, son possesseur détient le pouvoir de changer un homme en n’importe quel animal. Cet anneau ne peut être détruit que par l’eau. J’ai accepté ce cadeau empoisonné, Messire, sans avoir vraiment l’intention de recourir un jour à ses pouvoirs.

J’habitais déjà cette petite maison et je croyais être seul à y vivre. Un soir, occupé à ma toilette – j’avais bien sûr déposé ma bague à côté de ma bassine – une lame du plancher s’est soulevée et une main blanche s’est emparée de l’anneau. En retirant deux lames du plancher, j’ai alors découvert avec effarement qu’elles dissimulaient l’ouverture d’un puits, fort étroit mais très profond. Presque aussitôt, un gnome difforme, albinos, m’est apparu, le béryl à l’annulaire. Je l’entends encore me crier en ricanant : « Les nuits de pleine lune, Garin, tu mettras un cœur humain pour me nourrir, dans une besace que tu suspendras ici, si tu ne veux pas que je te change en pâture pour araignées. » Aussitôt après, il s’enfonce et disparaît dans sa galerie et moi, je me retrouve métamorphosé en loup noir ! C’est ainsi chaque nuit, Messire, et comme je ne tiens pas à être changé en mouche, les nuits de pleine lune, je tue des pauvres gens pour leur arracher le cœur.

J’en souffre chaque jour. Ah ! si vous pouviez me libérer de cette taupe immonde, je vous donnerais l’amulette bien volontiers. Mais j’en demande trop sans doute, car vous pouvez me la prendre maintenant, alors que je suis sans défense.

         – Rassurez-vous, Garin. Je ne tue que lorsque je ne puis faire autrement.

Voyons ensemble comment conjurer le sortilège de votre nabot.

Il est exclu que nous allions le déloger de son antre nous-mêmes. Le goulot du boyau est beaucoup trop étroit et friable. L’éboulement du sable, inévitable, nous étoufferait à coup sûr. Il faut donc l’obliger à venir à nous. Il ne remonte que les nuits de pleine lune pour accrocher puis décrocher son outre sanglante, m’avez-vous dit. La pleine lune est déjà passée et il n’est pas question d’attendre la prochaine. Il faut à tout prix lui faire remonter la galerie sans tarder.

         – Certes, mais comment, Messire ?

         – C’est simple. C’est un être vivant, il a donc besoin de respirer. Si nous obstruons l’entrée du goulot par un sac de sable, l’air va finir par lui manquer et il va devoir grimper pour détruire notre bouchon. C’est là que nous l’attendons.

         – J’ai bien déjà pensé à remplir carrément le puits de sable pour l’étouffer purement et simplement, mais on ne connaît pas le volume de sa réserve d’air, là-dessous. Son agonie peut être si lente qu’il aurait tout le loisir de me changer en mouche.

         – Vous avez raison, Garin. C’est pourquoi, il nous faut guetter sa remontée.

         – J’entends bien, mais comment le saisir ? Il est si vif ! A la première alerte, il se laissera retomber.

         – Je vois que vous avez là une bonne guisarme, Garin. Nous allons en faire un solide harpon.

Dès que notre sac de sable craque sous ses efforts, je frappe. Harponné par le crochet de la guisarme, il ne peut nous échapper. Il aura beau plonger au plus profond du trou, nous n’aurons plus qu’à tirer sur le filin pour l’en extirper.

         – Et lui reprendre l’anneau maudit.

         –  Afin de le détruire aussitôt qu’il aura permis votre retour parmi les hommes.

 

* * *

 

         L’horreur apparaît au bout du harpon. Une larve humaine, glabre et blafarde, d’un blanc vitreux, ensanglantée. Un corps informe, aux bras démesurés, aux jambes atrophiées, secoué de convulsions, se tortillant comme une esche accrochée à l’hameçon. Un visage morveux, hideux, haineux, éructant de sanglants borborygmes.

         Le coup d’épée du Chevalier Noir abrège les souffrances du gnome déchiqueté et Garin, surmontant sa répugnance, arrache du doigt qui se rétracte déjà l’anneau maléfique, retire la guisarme et rejette l’immonde dépouille au fond du boyau.

 

         – Je vais le combler de sable. Me voici, grâce à vous, enfin libéré du sortilège, Messire. Voici l’amulette comme promis. Mais si je peux me permettre de vous donner un conseil, méfiez-vous de Sargasse. Cette fée est fourbe et sans pitié.

         – Je sais fort bien à qui je peux me fier, charbonnier. On ne peut plus vous appeler Mauleu désormais, n’est-il pas vrai ?

         – Non, je suis heureux de pouvoir reprendre mon vrai métier.

         – Mais confiez-moi également la bague, je vous prie. Je la jetterai moi-même dans la rivière. Qu’elle ne fasse plus jamais de mal à personne.

 

         – La voilà. Adieu, Messire, je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir ramené à la lumière et à la vie. Puisse le Ciel vous rendre votre enfant.

 

©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

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à suivre                      

épisode 9 : L’Elixir de Vie

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 7

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LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

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Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 7 : Le Pertuis maudit

 

         − Au tour de Létha, la Vouivre, Baron.

         − Je vous écoute, sorcière.

         − Elle vit dans la ravine qui court jusqu’à la lisière orientale du Mauroi ; dans une grotte profonde, insondable, aux galeries qui s’enfoncent et se perdent dans les entrailles de la Terre. A quelques enjambées de son antre s’ouvre le Pertuis Maudit, le trou aux serpents, le nid de ses tueurs qui lui obéissent aveuglément. Pour avoir une chance de la vaincre, il faut d’abord neutraliser ces sournoises cohortes rampantes.

         − Comment, sorcière ?

         − C’est votre problème, Baron. Pas le mien.

Ensuite, il vous faut la combattre de près pour lui planter votre épée dans le crâne et maintenir fermement l’acier tant que dureront ses contorsions désespérées pour s’en dégager. Elle mettra longtemps à mourir. Si vous relâchez un tant soit peu votre effort, elle se libèrera du glaive et recouvrera sur-le-champ sa forme intacte. Il faut que sa tête reste fendue jusqu’à son dernier spasme.

         − Et ses armes, ce sont ses crochets venimeux, je présume ?

         − Pas exactement, Baron. La gueule de la Vouivre est dépourvue de crochets. Dépourvue de crochets, mais non de venin mortel, une bave glauque qu’elle crache sur sa proie avec une précision diabolique à plusieurs pas de distance. Ce venin corrosif dissout toute matière qu’il atteint, brûle et ronge irrémédiablement les chairs jusqu’à la mort.

         − Existe-t-il un moyen de s’en protéger ?

         − Oui, Baron, mais il faut pour cela avoir recours à ma magie. Ce moyen, c’est votre bouclier de Croisé, pourvu que vous le prépariez exactement comme je vais vous l’indiquer… Quelle est la devise des barons de Valembourg ?

         − … Cum decore vincere, pourquoi cette question, sorcière ?

         − Vaincre avec honneur… Parfait. Recouvrez votre écu de parchemin, de vélin pour être précis, sur lequel vous aurez transcrit la devise de votre lignage avec votre sang, Baron : le venin de Létha n’aura aucun effet sur lui. Mais ne perdez pas de vue que votre bouclier ne protège pas votre destrier ni vous-même entièrement. Il vous faudra combattre à pied et parer tous les jets de bave ! La Vouivre visera aussi bien vos pieds que votre chef, le bras qui manie ou la main qui tient le glaive. Un instant de relâchement et c’est la fin. Mais avec le crâne fendu jusqu’au menton, elle ne peut plus cracher.

         − Diantre !... Avez-vous du vélin, sorcière ?

         − Oui, Baron. Préparons votre égide.

 

* * *

 

         «  Beau vole beaucoup plus bas et plus près de moi, aujourd’hui. Craint-il que je le perde de vue ? »

 

         Le Chevalier Noir ignore que la fée Sargasse a pris l’apparence de son corbeau, car elle tient absolument à assister au combat et espère pouvoir se repaître de l’agonie de Létha, sa pire ennemie. En vue du Pertuis Maudit, elle feint de faire demi-tour, mais se perche sur la cime d’un grand hêtre, d’où elle pourra tout observer.

         Gilles descend de cheval au bord de la ravine et examine longuement la configuration du lieu avant de s’y aventurer. Il aperçoit la Vouivre aller et venir aux abords de son antre, mais ne remarque aucun serpent.

 

         « Bonne affaire ! Ces satanées bestioles sont dans leur trou. Je vois distinctement la gueule noire et béante de la fosse d’ici ; elle n’est pas bien large, me semble-t-il. Comment pourrais-je condamner ce passage sans me faire assaillir ? »

 

         Gilles remarque alors un gros quartier de roche, plus ou moins sphérique, éboulé jusqu’à un pas du bord du chemin creux.

 

         «  Voilà ce qu’il me faut ! On dirait qu’il s’est arrêté là exprès et qu’il n’attend que moi ! s’exclame-t-il. Si je parviens à faire basculer cette masse dans la ravine, elle va dévaler le versant et filer droit vers l’aven. La pente est douce, sa course sera plutôt lente, peut-être même sera-t-elle encore un peu ralentie par les hautes herbes ; mais si mon calcul est exact, le trou l’arrêtera tout net et l’ouverture sera bel et bien obstruée ! Allons, Valembourg, au travail ! Commence par déblayer le sol autour de la roche et creuse ce qu’il faut du bon côté avec ton épée jusqu’à ce qu’elle bascule. »

 

         De son observatoire, Sargasse admire l’intelligence du Chevalier Noir et croasse de joie en voyant que le rocher s’enfonce pile et suffisamment dans le pertuis pour le fermer hermétiquement.

Attirée par le bruit, la Vouivre sort de sa grotte et, verte de rage, remonte la ravine à la rencontre de l’intrus qui, loin de tourner les talons, s’avance résolument vers elle.

         Gilles constate avec surprise que Létha a un fort joli corps de femme et que son visage, s’il n’était dépourvu de nez et n’avait le menton fuyant, serait franchement avenant.

         La beauté nue contre le guerrier bardé de fer ! L’issue du combat paraît évidente. Et pourtant charme et poison sont les armes les plus redoutables.

 

         « Ne te laisse pas envoûter et distraire par sa beauté, Baron ! s’affole Sargasse. Dis-toi bien que c’est un monstre, qui extermine sans pitié les voyageurs – hommes, femmes, enfants – qui ont le malheur de s’égarer dans sa ravine en traversant la forêt. Manie l’écu et l’épée comme jamais tu ne les as maniés. Ce sont dix Sarrazins qui t’encerclent et te pressent ! C’est l’Hydre aux sept têtes ! L’Octopode des abysses ! Fixe ses yeux, Baron : ils t’indiquent où elle va cracher son venin. »

 

         Schpffft ! Létha est vive et souple. Schpffft ! Elle esquive les coups de glaive du Chevalier Noir sans peine. Schpffft ! Gilles utilise son bouclier avec une habileté remarquable. Schpffft ! Le combat s’éternise. Schpffft ! L’issue est incertaine. Schpffft !

Sargasse se décide alors à intervenir. En vol plané, sans bruit, elle surgit dans le dos de la Vouivre et lui donne un violent coup de bec avant de se sauver à tire-d’aile. Surprise, Létha se retourne. Schpffft ! Instant de distraction fatal : le Chevalier Noir ne laisse pas passer l’occasion de lui fendre le crâne. Elle a beau se débattre, se tortiller, se contorsionner pour se dégager, l’épée, tenue d’une main ferme, finit par la clouer au sol. Le soleret du vainqueur lui écrase le ventre pour l’immobiliser tout à fait. Peu à peu ses yeux étonnés s’éteignent et se ferment à jamais. Par précaution, Gilles attend encore un peu avant de retirer son épée pour lui trancher la tête et lui prendre l’amulette.

 

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à suivre

 

épisode 8 : Le Loup-garou du Sablon

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 6

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LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 6 : Le Nain des Dents-la-Lune

 

         En suivant Beau aux Dents-la-Lune, le repaire du nain Andros, le Chevalier Noir se remémore la mise en garde de Myrrha la nymphe.

 

         « Myrrha a vu juste. En me désignant le nain comme cible, Sargasse ne m’a pas dévoilé toute la vérité. Certes, Andros demeure bien aux Dents-la-Lune ; certes, il a bien trois yeux, dont le central, dépourvu de paupières et donc toujours en éveil, lui permet de localiser et de surveiller le plus imperceptible mouvement, même la nuit. Certes, ce monstre est pourvu de deux crochets de cobra mortifères ; certes, il se déplace par bonds déroutants, rapides et impressionnants, qui le rendent pratiquement insaisissable. Mais la sorcière s’est bien gardée de me révéler qu’Andros est son propre fils ! Qu’elle l’a eu de Polyandre, le cyclope, ce qui explique ce troisième œil. Elle m’a caché qu’éperdument éprise de Polyandre et folle de jalousie, Létha, la vouivre, a fait mordre sa rivale par ses serpents durant sa gestation. D’où les crochets de cobra. Et elle s’est surtout bien gardée de me dire que, dans un accès de démence, elle a tenté d’étouffer sa monstrueuse progéniture dans son berceau, provocant la colère de Polyandre, qui l’en a empêchée et l’a alors quittée pour mettre leur rejeton hors d’atteinte et l’élever lui-même aux Dents-la-Lune. D’où la haine féroce que le nain nourrit pour sa mère.

Oui, le véritable dessein de Sargasse apparaît de plus en plus clairement. La haine entre la mère et le fils, la rancœur irrépressible qui oppose la sorcière et la vouivre prouvent à l’évidence que Sargasse veut nettoyer le Mauroi de ses hôtes démoniaques pour y régner seule et sans crainte. Et moi, Gilles de Valembourg, je suis forcé de faire son jeu ! Maudite soit cette créature infernale ! »

 

         Ravalant son exaspération, le Chevalier Noir atteint l’alignement semi-concentrique des menhirs que les bûcherons et les charbonniers de la forêt du Mauroi prétendent être des dents titanesques tombées de la Lune. En chemin, pour affronter Andros, il a mis au point une stratégie toute simple.

 

         « Etant donné que je ne peux approcher le nabot sans me faire repérer et que de toute façon ses bonds de sauterelle le rendent insaisissable, au lieu d’aller à lui, je le fais venir à moi. Par la ruse. En louvoyant entre les pierres dressées, je simule un malaise soudain et je tombe de cheval. Feignant l’évanouissement, j’attends l’attaque du monstre sans remuer un seul muscle. Mon haubert me protègera, et dès qu’il relève le ventail de mon heaume pour me planter ses crochets de serpent dans la figure, avant qu’il ait le temps de me mordre, je le saisis à la gorge. Mes gantelets ne lâcheront pas leur prise, ils l’étrangleront et lui briseront la nuque. Et je n’ai plus qu’à lui trancher le col pour m’emparer de son amulette. »

 

         Ainsi dit, ainsi fait.

 

         « Exécution sans bavures, rapide, facile même.

Bien, j’ai deux jours devant moi. Si j’allais rendre compte du succès de ce combat éclair à la belle Myrrha ?... Pour la remercier de m’avoir si bien renseigné…

         Plus que deux, sorcière ! »

 

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à suivre                        

épisode 7 : Le Pertuis maudit

 

 

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 5

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LE CHEVALIER NOIR

 feuilleton par Christian VAN MOER

 

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Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 5 : La Nymphe de la source

 

         A en croire la fée Sargasse, la nymphe Myrrha, qu’elle désigne comme nouvelle adversaire au Chevalier Noir, est bien, malgré les apparences, une créature démoniaque.

 

          − Ses pouvoirs sortent de l’ordinaire, Baron. Elle commande à la végétation qu’elle plante de ses propres mains ! Ses graines germent en une nuit, ses plants croissent en quelques jours à peine.

         − En quoi faut-il redouter pareil pouvoir, sorcière ?

         − Ses arbres sont ses gardes du corps et son armée. Ces géants sont capables d’étreindre et d’étouffer une tour jusqu’à ce qu’elle s’écroule. A son incantation, ses plantes épineuses vous injectent un venin paralysant, ses plus jolies fleurs diffusent un parfum létal. Ne vous laissez pas prendre au charme de sa beauté et de ses manières avenantes, Baron ! Myrrha est une enchanteresse dévoreuse d’hommes !

         − Je me tiendrai sur mes gardes, sorcière. Vous pouvez lâcher Beau.

 

* * *

 

         « Diantre ! s’émerveille le Chevalier Noir, je ne m’attendais pas du tout à découvrir un lieu aussi charmant dans cette sinistre forêt ! Myrrha règne sur un vrai jardin d’Eden ! Ce frais nymphée, cette eau cristalline qui sourd de la faille en chantonnant, ces arbres majestueux, cette herbe grasse, ces fleurs au divin parfum... Est-ce bien là le séjour d’un esprit maléfique ? J’ai peine à le croire. »

 

         Gilles ne le sait pas encore, mais il est déjà prisonnier du site enchanteur.

         Lorsqu’il aperçoit la nymphe descendre la colline pour regagner son domaine idyllique, il pense à s’éloigner et à s’embusquer. Mais l’accueillant saule pleureur, dont il a choisi l’ombre pour se protéger de l’ardeur du soleil, se met aussitôt à frémir. Avec la force inattendue des plus sauvages lianes, les tiges grêles de la ramée tombante s’étirent encore et encore pour agripper l’intrus et le garrotter.

         La jeune femme qui apparaît a la beauté de Vénus. Avec un sourire enjôleur, un tantinet narquois, elle s’adresse à sa capture.

 

         − Inutile de vous débattre, fier paladin, vous ne réussiriez qu’à vous étouffer davantage. Quel mauvais  vent nous amène donc le Chevalier Noir dans ces parages, dites-moi ?

         − Ce n’est pas nécessairement un vent mauvais, Dame Myrrha.

         − Attention à vos paroles, paladin. Au premier mensonge, mon saule préféré vous étrangle et vous broie.

 

         Gilles sent alors instinctivement qu’il doit jouer la carte de la franchise et lui apprend qu’il doit s’emparer de son amulette pour sauver son enfant.

 

         − L’amulette d’Abraxas, que je porte au cou ?...  Eh ! rien que ça ?... Ma foi, tout compte fait, je me sens disposée à vous accorder une chance de la gagner, paladin. A trois conditions.

         − Lesquelles, Dame Myrrha ?

         − Sine qua non, paladin. La première ? Que vous me contiez tout depuis le début, par le menu, sans omettre un seul détail. N’oubliez pas, je peux me montrer impitoyable.

          − Soit. Au point où j’en suis, pourquoi vous cacherais-je la vérité ?

 

         La nymphe écoute le récit du Chevalier Noir sans l’interrompre. A la fin, après quelques minutes de silence, elle lui fait part de sa réflexion.

 

         − Ainsi, c’est la vieille Sargasse qui est l’instigatrice de tout. Sept éliminations à mener à bien, dites-vous ? Sept travaux d’Hercule ! Et moi, Myrrha, je suis la quatrième cible de la liste !... La cinquième a déjà été désignée : c’est Garin, le Mauleu… Voyons, les deux dernières ne peuvent être qu’Andros, le nain et Létha, la vouivre.

Mais Sargasse vous ment depuis le début, paladin. Les amulettes ne sont qu’un prétexte. Elles ne nous sont pas indispensables pour avoir le droit de voter lors de nos sabbats ! Ce sont des amulettes protectrices. Comme toute amulette ; et c’est le signe d’appartenance à notre section. En réalité, Sargasse espère que vous allez nous anéantir tous les sept pour être la maîtresse absolue du Mauroi.

Personnellement, les exécutions de Gargan, Noxdies et Tarpéa ne me font ni chaud ni froid ; celles d’Andros, de Létha, de Garin, pas davantage. Mais vous comprendrez aisément, paladin, que je ne tiens pas à faire partie du lot !

         − Cependant, vous parliez de m’accorder une chance, Dame Myrrha…

         − Oui. Sargasse l’ignore, mais je détiens deux amulettes d’Abraxas. Car lorsque le cyclope Polyandre, son amant, lassé des rivalités et des guéguerres incessantes entre les esprits de la forêt, a résolu de s’exiler sous d’autres cieux, il m’a laissé la sienne. Je pourrais donc vous en céder une, pourvu que Sargasse croie que vous avez réussi à me la dérober par ruse, sans être obligé de m’occire. Elle sera forcément déçue de me savoir toujours en vie, mais vous remettra la précieuse ampoule sans rechigner, vu qu’elle a encore besoin de vos services pour être débarrassée des trois autres.

         − Quelle est votre seconde condition ?

         − Que vous me juriez sur la tête de la petite Sarah que vous ne tenterez plus jamais rien contre moi.

         − Je vous le jure, Dame Myrrha. Et la troisième ?

         − Vous êtes tellement mignon, paladin, que je veux vous avoir à dîner ce soir et qu’ensuite nous passions ensemble une torride nuit d’amour. Acceptez-vous ?

 

         Eberlué par cette proposition inattendue, Gilles ne peut que bredouiller :

 

         − Bien volontiers.

         − Mon saule desserre son étreinte et vous libère, beau paladin ! C’est que vous avez répondu sincèrement à toutes mes questions : l’arbre ne se trompe jamais. Prenez mon bras, voulez-vous ? Je vous emmène boire un rafraîchissement sous la tonnelle. Demain matin, vous pourrez ôter cette amulette de mon cou sans être forcé de me l’arracher.

 

* * *

 

         − Et de quatre, sorcière ! crie le Chevalier Noir en jetant l’amulette de la nymphe sur la table de Sargasse.

         − Myrrha est morte ?

         − Non, il ne m’a pas été nécessaire de la tuer. L’ampoule d’antidote, je vous prie.

         − La voilà, Baron, maugrée la vieille, suspicieuse. A bientôt.

 

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

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à suivre demain 

épisode 6 : Le Nain des Dents-la-Lune

 

 

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 4

Publié le par christine brunet /aloys

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LE CHEVALIER NOIR

 

feuilleton par   Christian VAN MOER

 

 

 

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Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 4 : La Goule du Causse

 

         « Mais où donc cette maudite tombe peut-elle bien se nicher ? Depuis que Beau m’a guidé jusqu’ici, j’erre, je patauge ! Durant toute la journée d’hier, j’ai fouillé le terrain à la recherche d’une ruine, d’une grotte, d’un amas de pierres, en vain. L’aube est proche : aucune apparition, aucune trace de cette maudite goule qu’il me faut éliminer à tout prix. Et le temps passe ! Les barres de fer que j’ai emportées pour desceller la tombe si nécessaire sont là, inutiles, sacrebleu ! »

 

         Ainsi maugrée le Chevalier Noir qui, pour la première fois, sent le vent de la défaite lui souffler à l’oreille :

 

         − Tarpéa sait que tu es là pour elle. Elle restera bien au froid dans son tombeau et ne se montrera pas !

         − Mais Sargasse m’a certifié que cette créature infernale a impérativement besoin de sa ration de sang humain chaque nuit ! Et je suis bien sur le causse où elle se cache durant le jour !

 

         Gilles s’assied dans la mousse, adossé au tronc d’un rouvre pour se reposer quelques instants tout en réfléchissant à ce qu’il convient de faire. Sarah ne peut se passer de sa dose d’antidote ! L’évocation de son enfant plongée dans un maléfique sommeil l’entraîne dans la rêverie et il finit par s’assoupir.

         Il se réveille brusquement, cloué au tronc de l’arbre par une force irrésistible qui lui écrase les épaules. Impossible de se dégager de cet étau. Un visage de femme, blême, haineux, bouche grande ouverte, se penche vers son cou, dans l’intention manifeste de lui planter ses canines effilées dans les jugulaires. Mais la goule pousse un cri larvé en constatant que sa proie est protégée par un solide haubert. De dépit, elle lâche aussitôt prise et, prenant la forme d’une grande chauve-souris blanche, s’envole.

Gilles, tout secoué par cette attaque imprévue, se relève d’un bond pour observer la direction prise par l’avatar du monstre.

« Plein nord ?  Ma ligne de recherches est désormais toute tracée », s’exclame-t-il, reprenant espoir.

         Il se met aussitôt en route. Au bout d’une bonne demi-heure de marche, il entend un faible gémissement dans les fourrés. Il s’en approche avec prudence et y découvre un pauvre diable, livide, agonisant. Il lui donne à boire du vin de son outre et l’homme trouve alors encore la force de lui dire ce qui s’est passé.

 

         − Je reviens de guerre, Messire, et j’ai cru bon de prendre le raccourci du Mauroi pour rentrer chez moi plus vite. J’ai été agressé et vidé de mon sang par une femme d’une force inouïe. Je vous remercie pour le vin, mais je sens que ma dernière heure est venue. Si d’aventure vous passez par Aiguesfortes, mon village, veuillez, je vous en prie,     annoncer ma triste fin à mon père, Colas le forgeron.

         − Promis, soldat. Dites, êtes-vous en mesure de m’indiquer par où le monstre a filé ?

         − Oui, droit vers le nord, Messire.

         − Merci, soldat. je me lance à sa poursuite… je vous laisse un peu de vin. Qui sait ? Peut-être vous en sortirez-vous.

 

         Mais le Chevalier Noir a beau arpenter le plateau en tous sens, pas le moindre semblant de sépulture.

 

         « Rien, toujours rien ! Cela devient inquiétant. Et nous voilà presque au terme de la journée. Tarpéa, maudite goule, montre-toi donc, sacrebleu ! »

         Alors qu’il est au bord du désespoir, Gilles remarque un tertre aplati, de forme ronde, recouvert entièrement par les herbes folles.

         Serait-ce là ? S’armant d’une de ses grosses barres de fer, il inspecte et sonde l’endroit. Aucune ouverture visible, mais partout, sous un pied de terre, l’épieu est arrêté par de la pierre.

 

         « Ça doit être là ! Mais comment m’en assurer ? Je peux me tromper et je ne peux pas perdre mon temps à défoncer cette calotte en pure perte !... Du calme, réfléchissons posément. La nuit va bientôt tomber. Si la goule crèche bien là, je vais la voir sortir : elle n’est pas invisible. C’est cela, je cours le risque : je me planque dans les taillis et j’attends. Si j’ai vu juste, j’ai encore toutes mes chances. »

 

         L’attente est longue et Gilles ronge son frein. Le croissant de lune éclaire suffisamment le tertre pour qu’on ne puisse en sortir sans être vu. Enfin, à minuit, la dame blanche apparaît. Son corps traverse sans difficulté l’épaisseur de pierres ! Sans bruit, le Chevalier Noir tire son épée du fourreau et se tient prêt à bondir. Mais la spectrale apparition reprend sa forme de chauve-souris et disparaît dans la nuit.

 

         « Le monstre part à la chasse !... Bon, après tout, cela vaut peut-être mieux. Aurais-je pu frapper assez vite et sans faillir ? Mais si les renseignements de Sargasse sont exacts, la goule ne peut sévir de jour : la lumière lui serait fatale. J’attendrai donc le matin et la tuerai dans son lit de mort. »

         L’attente est longue, et après deux nuits sans sommeil, Gilles doit lutter pour rester éveillé jusqu’au retour du monstre.

         Un peu avant l’aurore, la noctule blanche reparaît, reprend sa forme humaine et rentre dans le tumulus.

         Le soleil se lève. Il s’annonce généreux. Muni de ses épieux, debout sur la calotte du tertre, Gilles creuse une large ouverture. La couche de terre est vite enlevée par ses mains fébriles. La pierre est dure et la tâche s’annonce longue et ardue, mais l’homme est costaud. Sous ses coups rageurs, les moellons se fissurent, se fendent, éclatent. Enfin, peu avant midi, les dernières pierres de la voûte cèdent, ouvrant d’un coup un large trou béant. Le soleil inonde le caveau de sa lumière. C’est bien une sépulture, une crypte antique que le Chevalier Noir vient de mettre à jour et à l’intérieur de laquelle il saute aussitôt sans hésitation. Au centre du tombeau, un sarcophage de granit. Fermé, mais non scellé, par un lourd gisant. L’épée entre les dents, Gilles engage la pointe d’un épieu dans la jointure et, par des mouvements de levier, fait glisser la lourde dalle jusqu’à la faire tomber.

La goule est enfin à sa merci. Mais il ne doit pas la frapper : le soleil fait le travail pour lui. En quelques secondes, ses rayons consument le monstre et le Chevalier Noir s’empare de l’amulette encore brûlante.

 

         « Allons, plus un instant à perdre. Au grand galop, mon vieux Jais. Tu auras ton amulette, sorcière, et ma petite Sarah son précieux remède. Mais je dois reconnaître que cette fois-ci, j’ai frôlé la défaite. »

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à suivre   demain                      

 

épisode 5 : La Nymphe de la Source

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 3

Publié le par christine brunet /aloys

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

épisode 3 : Faune et Centaure

 

         − Votre second adversaire est Noxdies, Baron. On l’appelle ainsi parce qu’il change d’apparence selon qu’il fait jour ou qu’il fait nuit. De jour, c’est un centaure, de nuit un faune.

         − Ses pouvoirs, Sargasse ?

         − Différents selon son avatar, ils sont redoutables.

En centaure, quoique plutôt de petite taille – cinq pieds à peine – il effraie parce qu’il est fou. Il galope, sans direction précise, au hasard, et tire ses flèches sur tout ce qui bouge. Avec l’intention de tuer, mais fort heureusement, c’est un piètre archer qui le plus souvent rate sa cible ou ne fait que l’égratigner. Mais on a intérêt à s’écarter en vitesse de son passage. S’il fait halte, attention à ses sabots : une seule de ses ruades peut vous tuer tout net. Un dément imprévisible et incontrôlable, Baron.

         − Et la nuit ?

         − En faune, il est beaucoup plus dangereux. Malgré ses petites cornes et ses sabots de bouc, il est d’une beauté à damner un saint. Et il use de son charme pour appâter les nymphes et les elfes. Au moindre clair de lune, au milieu de sa clairière, il trace le pentacle autour de lui et entame une danse sensuelle, lubrique même, merveilleusement envoûtante, irrésistible. Charmés, les curieux qui ont commis l’imprudence de s’aventurer dans la clairière, s’avancent vers lui en se dandinant langoureusement, avides de le toucher, de l’étreindre. Mais dès qu’ils ont posé les pieds à l’intérieur du cercle magique, ils sont perdus. Leur âme quitte leur corps, renvoyé au néant, et erre en peine, à jamais ballottée par les vents et secouée par les tempêtes. C’est ainsi que Noxdies dépeuple peu à peu notre grande forêt de ses nymphes et de ses sylphides.

Ne l’affrontez pas de nuit, Baron, vous n’auriez aucune chance de le vaincre : étant alors inabordable, il est invincible.

         − Et quand il fait nuit noire ?

         − On ignore où il se terre.

         − Nous verrons cela, Sargasse. Lâchez votre corbeau.

 

         « Dès que Beau m’aura indiqué le chemin, je rentre  au manoir jusqu’à demain. Je laisserai Jais au repos et monterai Ebène, certainement plus rapide que le centaure fou. Oui, sorcière, je vais suivre ton judicieux conseil et affronter Noxdies de jour. Mon plan est déjà prêt : cela ne doit pas être bien difficile de piéger ce fou. En arrivant à son terrain de chasse, je me dissimule et reste patiemment aux aguets jusqu’à ce qu’il m’apparaisse. Ce qu’il me suffit de connaître, c’est sa taille exacte lorsqu’il galope. Enfant, j’étais passé maître dans l’art de poser des collets pour capturer les lièvres. Je vais en installer quelques uns à la mesure du dément, à des endroits propices. Je mets la main au feu que demain, il s’y collera aussi sûrement qu’une mouche dans une arantèle.

Beau s’arrête déjà ? A la prochaine, oiseau du diable ! »

 

         Gilles met aussitôt son plan à exécution. Très vite, il repère les passages les plus creusés par les galopades du centaure et y dispose ses collets de fil de fer très fins, mais assez robustes pour étrangler un forcené au galop, qui ne s’attend certes pas à trouver ses voies habituelles piégées  par un ennemi inconnu, tapi dans l’ombre.

         Tout se déroule selon les espérances du Chevalier Noir. Posés en fin de matinée, les collets remplissent leur rôle en milieu d’après-midi. Le cri d’agonie du centaure sort le chasseur de son affût. Une tête de plus est tranchée, une nouvelle dose d’antidote est gagnée, ainsi qu’un temps précieux pour la détente et la réflexion.

 

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à suivre demain 

épisode 4 : La Goule du Causse


 

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 2

Publié le par christine brunet /aloys

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

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Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

épisode 2 : L’Ogre du Marais

 

         − Voilà, Baron : votre premier adversaire est Gargan, l’ogre du marais. Beau, mon fidèle corbeau vous mènera jusqu’à son repaire. Ne le perdez pas de vue. Dès que vous le voyez rebrousser chemin, c’est que vous êtes arrivé à destination. A vous de jouer alors ; mais attention, Gargan est un géant ! Vous êtes grand, Baron, mais il vous dépasse d’au moins deux têtes.

         − Quels sont ses principaux atouts ?

         − Outre sa force colossale, son adresse : il manie l’épieu et le filet comme les rétiaires antiques les plus habiles.

         − Et ses ressources magiques ?

         − Ses mains : il peut allonger ses doigts puissants en autant de lames effilées.

         − Bien, lâchez votre corbeau, Sargasse, je n’ai pas de temps à perdre.

         − Je ne vous le fais pas dire, Baron.

 

         «  Beau, le corbeau ! Le corbeau Beau ! Nous nageons en plein délire, mon vieux Jais ! marmonne le Chevalier Noir. Enfin, tâchons de mettre au point la stratégie qui doit me permettre de triompher de ce monstre. Pas de précipitation : aujourd’hui, je me contente de repérer les lieux, d’étudier le terrain autant que possible. Demain, je passe à l’offensive. Je n’ai pas droit à l’erreur. Maudite sorcière ! Si j’accomplis ma tâche avec succès, dès que ma petite Sarah est sauvée, je te ferai passer le goût des philtres et des élixirs. Foi de Chevalier Noir !

         Ah ! voilà le corbeau qui fait demi-tour ! Nous y sommes, Jais. Prudence. »

 

         Gilles laisse son destrier dans les halliers et s’approche du manoir avec précaution. Une odeur nauséabonde lui colle aux narines et des nuées de gros insectes agressifs l’assaillent. Le manoir de l’ogre est bâti en plein milieu du marais et n’est rattaché à la terre ferme que par une étroite passerelle de planches glauques et glissantes, ne permettant le passage qu’à un homme à pied. Gilles fait le tour du marécage, mais doit se rendre à l’évidence : il n’y a pas d’autre accès.

 

         « Bigre ! Autour de cette gadoue, je n’ai pas assez de champ pour combattre à cheval ni même à pied contre ce géant. Il faut que je l’affronte à l’intérieur de son antre ! »

 

         Des craquements de roseaux piétinés attirent son attention. Gargan apparaît, se dirigeant vers la passerelle.  Il traîne avec lui deux marmots, noirs de boue et tremblant de peur. L’ogre est réellement impressionnant : une montagne de muscles surmontée d’une énorme tête hérissée de poils hirsutes, drus et rouges comme la braise.

 

         « Le monstre ! Il a encore enlevé des gosses ! Pas de pitié avec ce gaillard-là ! Si je peux, je l’étripe ! »

 

         Le lendemain matin, Gilles revient au manoir, décidé à vaincre l’ogre par la ruse plutôt que par un corps à corps à l’issue incertaine. Il franchit la passerelle et fait crânement retentir le lourd heurtoir de bronze du portail. Gargan, surpris de cette audace, le laisse entrer.

 

         − Hem !... Vous êtes celui que nos vilains appellent le Chevalier Noir, n’est-ce pas ? Que me voulez-vous ?

         − Vous proposer une affaire, Seigneur Gargan.

         − Une affaire ? Hem !... soit, dites toujours, je vous écoute.

         − Voilà, j’ai grand besoin d’argent pour restaurer mon donjon en ruines. Or il se fait que j’ai ramené d’Orient le secret de la conservation indéfinie du sang en flacon et je pense que cela est susceptible de vous intéresser. Vous rendez-vous compte ? Avoir une réserve de sang frais à votre disposition à toute heure du jour et de la nuit ? Je suis disposé à vous vendre cette recette. Qu’en dites-vous, Seigneur Gargan ?

         − Hem !... Cela peut m’intéresser en effet, Chevalier, mais il me faut de sérieuses garanties.

         − Cela va de soi. J’ai ici, dans mon bissac, quelques fioles d’échantillon.

         − Des fioles de sang d’enfant ? s’exclame Gargan, les yeux brillants et l’eau à la bouche.

         − Oui, d’un enfant tué accidentellement il y a dix jours lors d’une tragique chasse à courre.

         − La dernière chasse du jeune prince de Verland ?

         − Celle-là même. Si vous prenez la peine d’y goûter, vous constaterez comme ce sang est resté frais..

         − Hem !... Eh bien, goûtons voir, Chevalier, goûtons voir. Remplissez-moi ce pichet.

         − Aussitôt rempli, le pichet est aussitôt bu. D’un trait.

         − Tudieu ! charlatan, vous croyez vraiment pouvoir me berner ? C’est du vulgaire sang de porc que vous m’avez servi là !... Je…

 

         L’ogre, qui a transformé ses mains en serres d’aigle, ne peut en dire davantage. Il chancelle et s’écroule comme une masse, foudroyé par le puissant narcotique ajouté au sang. Sans perdre un instant, Gilles dégaine son épée et tranche l’abominable tête du monstre. Il s’empare ainsi de l’amulette d’argent et, avant de quitter les lieux, visite le manoir dans l’espoir d’y trouver des enfants encore en vie. Trois mioches sont ainsi sauvés de l’horreur.

 

         − Ne pleurez plus, les enfants. Je vous ramène chez vos parents.

Et d’un ! ricane-t-il en quittant le sinistre parage.

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

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à suivre

 

épisode 3 : Faune et Centaure

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 1

Publié le par christine brunet /aloys

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

http://christianvanmoer.skynetblogs.be/

 

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Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

                                                                                                            

épisode 1 : La forêt du Mauroi

 

         Depuis son retour de croisade et la mort tragique de son épouse, inconsolable, Gilles Le Galois, baron de Valembourg, s’habille de noir de la tête aux pieds et ne monte plus qu’Ebène, un fougueux pur-sang à la robe noire et luisante, ou Jais, son puissant destrier de même poil.

         Dans son manoir qui menace ruine, il vit avec quelques fidèles serviteurs et sa fille Sarah, une poupée de dix ans, plus blonde que l’Iseut de Cornouailles, aux yeux ambrés comme le miel, aux lèvres roses comme le vin du pays. Le baron est fou de son enfant et tient à l’instruire lui-même. Le matin, il lui donne des leçons de grec, de latin et de mathématiques. L’après-midi, si le temps le permet, il l’entraîne dans de longues randonnées à cheval, sinon, il lui conte les exploits des héros d’antan. Les Ulysse, Thésée, Jason, Siegfried et autres Lancelot enflamment l’imagination et enchantent les rêves de l’enfant, qui adore ces heures passées avec son père.

         En ce beau jour de printemps, sans s’en rendre compte, les deux cavaliers ont pénétré trop avant dans l’hostile forêt du Mauroi. Ils s’arrêtent près d’une source pour abreuver leurs montures et se délasser un peu. Ils ne remarquent pas que dans la futaie, deux yeux noirs les observent longuement avec attention. Une vieille femme sort enfin de l’affût. Voûtée, presque cassée en deux, un gros fagot de branches mortes sur l’épaule, elle se dirige vers eux. A quelques pas de la source, elle trébuche et laisse tomber son fardeau. Gilles se précipite pour le ramasser et s’offre à lui porter son bois jusqu’à sa chaumine. Là, pour la peine, la vieille offre à boire : du vin frais pour l’homme, du jus d’airelles pour sa fille. Mais quelques minutes après avoir vidé sa timbale, la fillette s’effondre, sans connaissance.

         La vieille se redresse, soudain rajeunie de trente ans, et son rire incongru fait bondir le baron, qui dégaine son épée pour frapper.

 

         Tout doux ! Maîtrisez-vous, Messire. Rengainez votre glaive si vous ne voulez pas voir mourir cette enfant.

         − Tudieu ! maudite sorcière, que lui avez-vous donc fait boire ?

         − Un philtre de ma composition, qui la plonge dans un profond et long, très long sommeil.

         − Mais pourquoi donc ? Qui êtes-vous ? Qu’avez-vous à lui reprocher ? Qu’attendez-vous de nous ?

         − Qui suis-je ? La fée Sargasse, la maudite sorcière si vous préférez, heureuse et fière de l’être. Ce que j’attends de vous ? Votre aide. J’ai besoin de votre concours.

          − Mais dans quel dessein, morbleu ? Et pourquoi vous en prendre à ma petite Sarah ?

         − Ecoutez-moi sans m’interrompre, Baron. Car vous êtes bien Gilles Le Galois, baron de Valembourg, que les gens du pays appellent le Chevalier Noir, n’est-ce pas ?

         − Oui. Et alors ?

         − Alors, Baron, votre renommée est grande, l’écho de votre audace et de votre bravoure au combat est parvenu jusqu’à moi. Et je désire que vous mettiez votre vaillance et votre savoir-faire à mon service jusqu’à la prochaine lune. J’ai sept adversaires redoutables à éliminer : c’est vous qui allez vous en charger.

Le mois prochain, la nuit du solstice d’été, se tient notre grand sabbat quinquennal. Sous le patronage de Léonard, le Grand Bouc Cornu en personne, on y élit pour cinq ans celui ou celle qui sera le guide suprême de ses serviteurs régionaux. Je compte briguer cet honneur, mais un rival, le Mauleu, est fermement décidé à me le disputer. Avec lui, six hôtes de cette forêt portent au cou l’amulette d’argent qui permet de prendre part au vote. Je veux que vous leur arrachiez et m’apportiez ces amulettes.

Tous les trois jours, votre enfant aura besoin d’une dose d’antidote pour ne pas mourir. Je ne vous remettrai cette dose qu’en échange d’une amulette. Vous ne disposez donc que de trois jours pour chacun de vos duels et votre mission doit absolument être bouclée dans les vingt-et-un jours. Si vous terminez dans les temps, lorsque vous me livrerez la septième et dernière amulette, je vous remettrai l’élixir qui réveillera votre fille.

Vous n’avez guère le choix, Baron. Ramenez votre enfant à votre manoir à présent. N’ayez crainte, son sommeil est doux, paisible et ne requiert aucune attention particulière. Mais ne tardez pas, surtout. Revenez ici aussitôt après, que je vous désigne un premier adversaire.

         − Je n’ai pas le choix, c’est vrai, sorcière, mais je vous jure que si ma petite Sarah meurt, je vous réduis en charpie !

 

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

http://www.bandbsa.be/contes3/cerise.jpg

 

 

à suivre demain

épisode 2 : L’Ogre du Marais


 

Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 1Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 1

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