Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Sixième partie

 

 

Elle ne l’avait pas entendu mais au moment où la flèche l’avait frappée, un cri s’était noyé dans le fracas du tonnerre. Une silhouette, courbée sous les rafales de la tempête, s’approcha d’elle et s’agenouilla auprès du corps étendu. C’était Thibaut.

 

Il n’avait nullement eu l’intention de la blesser, encore moins de la tuer. Recroquevillé contre un rocher, il avait assisté à la course folle et compris que le cheval entraînait inexorablement Yolande vers la mort. Alors, sans réfléchir, il avait pris son arc et tiré, pensant que le trait frapperait l’animal au bon endroit. Il avait compté sans le vent, qui avait fait dévier la flèche.

 

Yolande respirait encore. Sa tête ayant durement frappé le sol, le sang avait envahi son visage et coulait d’une blessure  à la tempe. Thibaut enleva sa chemise et la déchira en lanières ; profitant de la pluie battante qui ruisselait sur la jeune fille, il essuya la plaie puis souleva légèrement le corps inerte. La flèche ne s’était pas enfoncée très profondément dans l’épaule, mais il fallait la retirer au plus vite et soigner également cette blessure. Comment faire, cependant, avec cet orage insensé qui n’en finissait pas de hurler autour d’eux ?

 

Tout à coup, la main droite de Yolande se mit à rayonner d’une étrange lumière bleue. Thibaut se rejeta en arrière, ferma les yeux. L’avertissement de l’aveugle lui revint en mémoire : « c’est la bague… Ne la regarde pas… » Alors, à tâtons, il chercha la main de la jeune fille, arracha la bague de son doigt et s’apprêta à la jeter dans l’abîme. C’est alors qu’une voix profonde résonna derrière lui : « Ne fais pas cela. Si quelqu’un la trouve, le sortilège recommencera. Garde-là, je te dirai comment la détruire. » Thibaut n’osait pas se retourner. Il sentait pourtant près de lui une présence, amicale et chaleureuse ; il savait toutefois que s’il ouvrait les yeux, il serait la dernière victime de la bague. « Tu es tout près du sanctuaire, reprit la voix, très douce cette fois-ci. Réfugiez-vous à l’intérieur, vous ne risquerez plus rien. »

 

Thibaut ne se sentait pas la force de résister à ce conseil. Il enroula la bague dans un morceau de sa chemise, mit le tout dans la poche de son pantalon, ouvrit enfin les yeux et se retourna. Personne. Il avait rêvé. Prenant la jeune fille dans ses bras, il se dirigea en chancelant vers la petite chapelle. Curieusement, le vent soufflait toujours aussi fort, mais Thibaut n’éprouvait aucune difficulté à marcher.

 

Lorsqu’il pénétra dans le sanctuaire dont la porte ne tenait plus que par un gond, il constata qu’il était déjà habité par des moutons que l’orage avait affolés et qui n’avaient trouvé d’autre refuge que cet endroit. Tassés les uns contre les autres, ils bêlaient à chaque coup de tonnerre et semblaient en proie à une indicible panique. L’entrée de Thibaut parut les calmer. Ils s’écartèrent pour le laisser passer et le jeune homme déposa le corps de Yolande devant le petit autel sur lequel se dressait la statue de la Vierge Noire, autel abandonné depuis longtemps, depuis le jour où l’étranger avait posé le pied au village.

 

Il fallait à tout prix retirer la flèche afin de pouvoir soigner la blessure. Profitant de l’évanouissement prolongé de Yolande, Thibaut l’enleva d’un coup sec et appliqua immédiatement un autre morceau de sa chemise sur la plaie. Mais la douleur avait été si forte qu’elle avait tiré Yolande de son inconscience. Elle se réveilla avec un hurlement et se redressa, hagarde, les yeux exorbités. Son regard se posa sur Thibaut. Elle parut ne pas le reconnaître puis un pauvre sourire détendit ses lèvres crispées par la souffrance.

 

« Thibaut… Mon ami… murmura-t-elle. Qu’est-il arrivé ? Pourquoi ai-je si mal à l’épaule ?... »            

 

« Vous avez fait une chute, damoiselle, répondit le jeune homme d’un ton qu’il aurait voulu plus dur. Vous avez failli tomber dans le ravin avec votre cheval. Je vous ai blessée involontairement en voulant vous sauver. »

 

Le sourire de Yolande s’accentua. « Brave Thibaut… Sans toi… Mais pourquoi me vouvoies-tu, maintenant ?... » La question parut si étrange à Thibaut qu’il ne sut que répondre. Yolande voulut se rallonger mais le contact de son épaule blessée avec la pierre lui arracha un cri de douleur. « Thibaut, murmura-t-elle, où sommes-nous ? »

 

« Dans la petite chapelle de la Vierge, répliqua-t-il. C’est le seul endroit à peu près sûr avec un orage pareil… »

 

« Oui, dit Yolande en frissonnant. Il me semble pourtant qu’il faisait beau tout à l’heure… Je ne sais plus, je ne me souviens de rien… Quand l’orage sera terminé, Thibaut, sois gentil, va prévenir mon père. Il enverra des gens pour t’aider à me ramener au château. »

 

Le jeune homme la dévisagea avec une intensité accrue par la stupéfaction.

 

« Votre père ? Sire Hugues ? Mais il est mort, damoiselle… »

 

Les yeux de Yolande s’agrandirent d’effroi. « Mort ? balbutia-t-elle. Mais… Mais quand ? »

 

« Il y a… » Thibaut ne put finir sa phrase.

 

De grosses larmes roulaient sur le visage de la jeune châtelaine et elle se mit à pleurer si fort qu’instinctivement, il la prit dans ses bras.

 

« Oh, Thibaut, c’est horrible, gémit-elle, la tête contre l’épaule de son compagnon. Il n’y a plus rien dans ma tête, ce n’est qu’un grand trou noir… Je ne comprends pas… Il allait bien, ce matin… Nous… nous avons bavardé et plaisanté ensemble… Ce n’est pas possible… Dis-moi que ce n’est pas vrai… »

 

Il l’écarta doucement, la dévisagea, incrédule. « Vous ne vous souvenez vraiment de rien ? D’absolument rien ? »

 

Elle hocha négativement la tête. « Je me revois seulement étendue sur mon lit, essayant de trouver un moyen de ne pas rencontrer cet étranger… Je ne sais pas comment je suis arrivée ici… »

 

« Ils ont vu quelque chose et ils ont tous changé » avait dit l’aveugle. Thibaut passa lentement ses doigts sur le visage de Yolande. « Ce ne sont pas eux, enfant, ce ne sont pas eux… » La voix de l’aveugle résonnait en lui comme un écho familier. Tout devenait clair, à présent.

 

 

(A suivre)

Didier FOND

fonddetiroir.hautetfort.com

grand-père va mourir

Publié dans Feuilleton

Partager cet article
Repost0

Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Cinquième partie

 

Celui que nous continuerons d’appeler « l’étranger » avait des goûts de luxe. Le sire Hugues n’en était pas exempt non plus, mais ses dépenses restaient dans les limites de l’acceptable. En quelques mois, Yolande et son époux dilapidèrent les trois quarts de l’héritage en fêtes somptueuses, en vêtements taillés dans les tissus les plus précieux, en bijoux fabuleux. Il fallut vendre quelques terres. La situation des villageois ne s’était nullement améliorée, au contraire tout allait de mal en pis, et cela d’autant plus que si l’étranger s’était volontiers délesté d’une certaine partie du domaine, il refusait obstinément de se débarrasser de ce village.

 

De son côté, la belle Yolande n’avait pas oublié les paroles prononcées par son mari la nuit de leur conversation. Elle convoitait la bague et son désir de la posséder devenait si grand qu’elle aurait fait n’importe quoi pour l’obtenir. Un soir, elle osa rappeler à l’étranger sa promesse. Celui-ci se mit à rire : « Demain, ma belle amie, lorsque vous reviendrez de votre promenade, la bague sera à vous », répondit-il. Mais Yolande insista, se fit enjôleuse, caressante… si caressante que finalement, son mari ôta le bijou de son doigt et le lui passa à l’annulaire. « J’aurais voulu attendre un jour de plus, dit-il avec un sourire. Mais puisque vous insistez… »

 

Le saphir se mit à briller si fort que Yolande fut éblouie et dut fermer les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, son époux n’était plus auprès d’elle.

 

Elle pensa qu’il était allé faire un tour et se coucha. Le lendemain matin, quand elle se réveilla, elle constata qu’il n’avait pas dormi près d’elle. Lavée, vêtue de ses plus beaux atours, elle descendit dans la grande salle. Vide. Elle questionna les serviteurs, les servantes. Personne n’avait vu le jeune homme. Son cheval n’était plus à l’écurie.

 

« Bah, il finira bien par revenir, pensa Yolande. Et puis, s’il ne revient pas, que m’importe ? J’ai sa bague. C’était tout ce dont j’avais envie. »

 

Depuis que l’étranger avait glissé cette bague à son doigt, Yolande se sentait différente. Elle n’éprouvait plus ni colère, ni ressentiment, ni envie, ni crainte. C’était comme si tous ses désirs avaient été anéantis, toutes ses capacités d’émotions –bonnes ou mauvaises- avaient été détruites. Elle regardait les gens avec détachement, comme s’ils n’étaient pour elle que de simples objets. Mais lorsqu’une servante maladroite fit tomber un plat, elle la fit fouetter nue dans la cour jusqu’à ce que mort s’ensuive, sans manifester le moindre mécontentement. Simplement, une maladresse méritait une punition, peu importait qu’elle fût disproportionnée à la faute.

 

Une semaine s’écoula. L’étranger ne revenait pas. Yolande inspirait la terreur et la répulsion à ses gens. Avant, ils la craignaient. Désormais, elle était haïe de tous. Elle n’était plus qu’une belle statue froide, d’une cruauté glacée, qu’aucune plainte ne pouvait plus atteindre. Tous les jours, elle montrait sa bague à ses servantes et celles-ci devenaient comme enragées : c’était à celle qui voudrait la servir le mieux. Dans ces affreux combats pour plaire à leur maîtresse, il y en avait toujours une de prise en faute et le châtiment était toujours le même. Régulièrement, Yolande envoyait ses gens d’armes au village pour en ramener une jeune fille destinée à rentrer dans la cohorte de ses esclaves. La victime ne protestait pas, au contraire. Elle quittait sa maison en narguant tout le monde, sous les huées de sa famille et de ses amies qui toutes auraient vendu leur âme pour être à sa place.

 

Un matin, Yolande se fit seller son cheval et sortir faire une promenade dans la montagne. Le temps était à l’orage mais aucun serviteur ne s’était avisé de lui faire remarquer qu’il était imprudent de quitter le château et d’aller vagabonder sur les pentes alors que la tempête menaçait.

 

L’orage éclata avec une violence inouïe, alors que Yolande se trouvait presque en haut de la montagne. Elle ne fit que rire des éclairs et des hurlements du tonnerre. Tout ce déchaînement ne l’effrayait pas. Il ne l’excitait pas davantage. Elle s’en moquait éperdument.

 

Mais sa monture n’avait pas son indifférence à l’hostilité des éléments naturels. Son cheval se cabra, rua, faillit déséquilibrer sa cavalière, puis, échappant au contrôle de la jeune femme, se précipita dans la descente au grand galop. Yolande avait beau le cravacher encore et encore, le cheval, rendu fou de peur par les éclairs et les trombes d’eau, n’obéissait plus. Alors Yolande abandonna la partie et se laissa entraîner sans un mot vers l’abîme.

 

Alors que le précipice allait s’ouvrir sous les sabots du cheval, une flèche déchira l’air et vint se planter dans l’épaule de Yolande. Elle poussa un cri, lâcha les rênes et s’effondra à terre. Un instant plus tard, sa monture s’écrasait au fond du gouffre.

 

Elle resta étendue, sans connaissance, sous la pluie battante, auréolée par la lueur démoniaque des éclairs qui frappaient sans discontinuer la paroi rocheuse

 

 

(A suivre)

 

Didier FOND

fonddetiroir.hautetfort.com

L'annonciade

Publié dans Feuilleton

Partager cet article
Repost0

Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DELA VIERGE NOIRE

 

Quatrième partie

 

 

Après avoir enterré son père, Thibaut avait quitté le village et s’était réfugié dans la montagne, au fond d’une grotte, afin d’y ruminer son désir de vengeance. La rage l’envahissait lorsqu’il repensait à sa rencontre avec Yolande, à la façon dont son père avait été tué. Il rêvait la nuit qu’il mettait le feu au château et qu’il faisait périr le seigneur Hugues et sa fille dans les plus affreuses souffrances. Sa haine se tournait également vers l’étranger, car il avait compris que ce dernier était à l’origine de tous les malheurs qui s’étaient abattus sur le village depuis son arrivée.

 

Mais les provisions qu’il avait emmenées en partant finirent par s’épuiser. Il dut un matin redescendre au village. Il pensait que Guillaume, son meilleur ami, ne se ferait pas prier pour lui venir en aide. Quelles ne furent pas sa surprise et sa consternation de constater à quel point ses anciens condisciples s’étaient transformés. Pas un seul ne lui ouvrit sa porte et Guillaume lui-même le jeta dehors sans ménagement avant même qu’il eut ouvert la bouche. Partout, c’était la même atmosphère de morosité, de méfiance, de jalousie. Dans les champs, c’était à celui qui travaillerait le plus et le plus vite, et le mieux. A l’intérieur des maisons, les femmes étaient prêtes à s’entretuer pour savoir qui filerait le plus gros tas de lin, qui tisserait les plus beaux draps pour la damoiselle… Plus d’entraide, de solidarité ; chacun vivait pour soi et les querelles ne cessaient d’éclater dans chaque famille. Thibaut ne réussit même pas à obtenir un morceau de pain. On le chassa de partout.

 

Alors que, désespéré, terrifié, il reprenait le chemin de la montagne, il aperçut, assise sur une pierre, la doyenne du village. Elle était aveugle. Autrefois, chacun prenait soin d’elle. A présent, elle ne parvenait à se nourrir que de racines et de quignons de pain qu’on voulait bien lui jeter. Elle était si faible qu’elle paraissait déjà hors de ce monde. Thibaut s’assit près d’elle, lui prit la main. « Que s’est-il passé ? » demanda-t-il doucement.

 

« L’étranger, souffla la vieille. C’est lui qui est venu. Et tout a changé. Ils ont vu quelque chose, et ils ont tous changé. Prends garde à lui, Thibaut. Si tu le croises, ne le regarde pas… Moi, je suis aveugle, il n’a pas pu me transformer… »

 

« Sais-tu ce qu’ils ont regardé ? »

 

« Une bague… Il disait regardez ma bague… Et ils sont devenus ce que tu as vu. »

 

Thibaut réfléchit quelques instants. « Alors, le Sire Hugues et sa fille ont dû aussi voir la bague », murmura-t-il enfin.

 

« C’est probable… Ils n’ont jamais été méchants… Souviens-toi, Thibaut, quand vous étiez enfants… »

 

« Et pourtant, il a tué mon père, elle a voulu me tuer… »

 

La vieille ferma les yeux. « Ce n’est pas eux, enfant, ce n’est pas eux… Lui… lui seul  », chuchota-t-elle et elle bascula en arrière.

 

Le jeune homme n’eut que le temps de la retenir et la serra contre lui. « Que faut-il donc faire ? » demanda-t-il. Mais la vieille ne répondit pas. Elle était morte.

 

Pendant ce temps, au château, on fêtait les épousailles de l’étranger avec Yolande. Quatre jours de fêtes ininterrompues. La jeune châtelaine baignait dans le bonheur absolu. Ces noces n’avaient cependant pas modifié son comportement. Elle cherchait querelle à tout le monde et n’était contente que lorsqu’elle avait réussi à faire pleurer ses servantes. Un soir, alors qu’elle reposait auprès de son mari, ce dernier désira l’entretenir d’un sujet qui, dit-il « était fort grave ». Le Seigneur Hugues devenait vieux, il gérait certes bien son domaine mais ne tirait toujours pas le maximum de ses paysans.

 

« Que voulez-vous qu’il fasse de plus ? » interrogea Yolande en baillant. Cette discussion l’ennuyait.

 

« Oh, je connais beaucoup de moyens pour améliorer encore la situation. Mais je ne peux pas me permettre de les appliquer. Je ne suis pas le Seigneur du château. »

 

Yolande eut un geste d’impatience. « Il est vieux, comme vous l’avez dit, et il mange trop. Il finira bien par mourir. Vous prendrez sa place. »

 

Il y eut un silence. Puis la voix de l’étranger s’éleva de nouveau. « Lorsqu’il mourra, il sera sans doute trop tard pour agir. »

 

« Mon bel amour, vous ne voudriez tout de même pas qu’il rende son âme à Dieu cette nuit même, juste pour vous faire plaisir ? N’y comptez pas. Ce n’est pas nous qui décidons de l’heure de notre mort ou de celle des autres. »

 

« Vous vous trompez, ma mie. Rappelez-vous les pendaisons de paysans… »

 

Yolande haussa les épaules. « S’ils sont morts, c’est qu’ils devaient mourir de notre main. Et puis, vous n’allez pas comparer ce qui n’était qu’une juste punition à… » et elle se tut, n’osant pas poursuivre.

 

« Tant pis, soupira l’étranger. Une fois maître du domaine, je vous aurais tout donné, y compris ma bague… »

 

Yolande soupira de nouveau, se tourna sur le côté. « Faites ce qu’il vous plaira, rétorqua-t-elle enfin. Mais ne me mêlez pas à cette histoire. »

 

Quelques jours plus tard, à l’issue d’un repas encore plus copieux qu’à l’ordinaire, le Sire Hugues décéda, dit-on, d’une attaque d’apoplexie

 

Le châtelain mort, ce fut bien évidemment sa fille qui hérita de ses biens et par l’intermédiaire de Yolande, son beau mari. La disparition de son père n’affecta pas la jeune châtelaine. Tout au plus se borna-t-elle à dire : « Vous voyez, ce n’était pas la peine d’imaginer des choses insensées, la nature fait bien les choses. »

 

(A suivre)

 

Didier FOND

fonddetiroir.hautetfort.com

L'annonciade

 

 

Publié dans Feuilleton

Partager cet article
Repost0

Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Troisième partie

 

 

Les villageois ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’effectivement, des changements avaient bien eu lieu. D’abord Yolande ne s’intéressait plus au sort de ses gens, ne traversait plus le village comme autrefois en s’arrêtant pour bavarder avec les paysannes ou jouer quelques instants avec les enfants. Et au fond, personne ne désirait la voir renouer avec ses anciennes habitudes. Ceux qui la croisaient quelquefois sur les chemins, toujours accompagnée de son chevalier servant, ne s’avisaient pas de lui adresser la parole, se contentant d’un salut certes respectueux mais plus dicté par la crainte que l’affection. Car l’étranger continuait de faire peur à tout le monde. Et pas seulement lui. Yolande était devenue méchante, violente, et ne se privait pas de cravacher au visage tous ceux qui osaient lui barrer un tant soit peu le chemin. On se mit à la détester autant qu’on l’avait aimée.

 

Ensuite, le Sire Hugues mit ses menaces à exécution. Les paysans ne connurent plus un instant de tranquillité. Sans cesse bourdonnaient autour d’eux les serviteurs envoyés par leur seigneur pour surveiller les travaux et s’assurer que nul ne chômait. Eux aussi avaient changé, et pas en bien. Querelleurs, soupçonneux ; et lorsqu’un matin, ils apparurent, tenant chacun un fouet dans une main, les villageois n’en crurent pas leurs yeux. On risqua quelques plaisanteries sur l’utilisation de ces armes. Mal en prit à ceux qui avaient cru pouvoir faire quelques traits d’esprit. Les fouets sifflèrent et s’abattirent sur leurs épaules et ne s’arrêtèrent que lorsque les hommes furent à terre. Les autres villageois avaient regardé la scène sans rien dire, trop stupéfaits pour intervenir. Et puis ils comprirent. Ils comprirent d’autant mieux que ceux qui tentèrent de protester auprès du Seigneur Hugues ou de sa fille se virent eux aussi fouettés presque jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

Le malheur s’abattit alors sur cette contrée autrefois si heureuse. Outre les mauvais traitements dont étaient quotidiennement victimes les paysans, Sire Hugues leur laissait à peine de quoi subsister. On voulut se révolter ; quatre villageois furent pendus dans la cour du château, les meneurs. Parmi eux, se trouvaient le père du jeune Thibaut, beau garçon de l’âge de Yolande et qui avait autrefois partagé les jeux de la jeune fille lorsque tous deux étaient enfants et que sa mère, morte alors qu’elle avait dix ans, descendait au village afin de s’assurer de la paix et de la prospérité du domaine. Yolande et l’étranger avaient assisté au supplice. Cet affreux spectacle n’arracha à la jeune fille qu’un seul commentaire : « Ce fut bien rapide. » Lorsque, trois jours après, on accorda aux familles le droit de venir chercher les corps afin de les enterrer, Thibaut croisa Yolande dans la cour. Elle partait faire une promenade dans la montagne. Elle jeta au jeune homme un regard méprisant et moqueur, et, éperonnant son cheval, bondit sur lui. Seul un réflexe prodigieux permit à Thibaut de ne pas être renversé et piétiné. Avec un éclat de rire strident, Yolande franchit la porte du château et disparut dans un nuage de poussière. Le jeune homme, qui avait été contraint de se jeter de côté, se releva péniblement ; il cracha par terre et leva le poing. « Tu payeras tout cela ! » gronda-t-il.

 

Le soir même, pendant le repas, l’étranger aborda le problème des villageois.

 

« Ils vous détestent », dit-il au Seigneur des Roches Rouges.

 

« Ils nous craignent, répliqua Yolande. La peur est une arme suffisante pour les faire tenir tranquilles. »

 

L’étranger se frotta pensivement le menton. « Pendant un certain temps, oui. Mais arrive un moment où le désespoir est plus fort que la peur. »

 

La belle Yolande leva sur lui un regard ironique.

 

« Que voulez-vous dire, mon ami ? demanda-t-elle. Faudrait-il changer nos coutumes ? Nous avons toujours traité ainsi nos paysans. Et vous avez pu voir que nous savons mater les révoltes. »

 

« Certes, admit l’étranger. Cependant, le danger n’est pas écarté. Ils s’entendent trop bien entre eux. Si vous voulez vraiment avoir une totale domination sur eux, il faut semer la discorde dans leurs rangs. »

 

« A quoi bon se… » commença Yolande mais son père frappa du poing sur la table.

 

« Tais-toi, dit-il rudement. Laisse parler notre hôte ! »

 

« Je n’ai rien de plus à dire, murmura l’étranger, toujours pensif. Toutefois, si vous me laissez faire, je peux vous certifier que dans deux jours, vos paysans seront tellement désunis qu’il y aura querelle entre toutes les familles et même à l’intérieur des familles. »

 

« Je serai curieux de voir ça, dit le seigneur. Mais cela ne risque-t-il pas de nuire à leur travail ? »

 

« Non, si nous agissons intelligemment. Me donnez-vous l’autorisation de régler ce problème ? »

 

Hugues réfléchit quelques minutes. L’étranger paraissait très sûr de lui. Et jusque-là, ses conseils avaient été judicieux.

 

« Vous l’avez, répondit-il enfin. Je suppose toutefois que vous allez demander quelque chose en échange ? »

 

« En effet. Mais je crois que cela aussi, vous me l’accorderez sans protester. Je demande la main de votre fille. »

 

Yolande eut un sourire coquet tandis que  Sire Hugues se renversait sur son siège et riait aux éclats.

 

« Je vous la donne de grand cœur, répliqua-t-il. Vous saurez faire son bonheur et je crois que ses sentiments à votre égard dépassent la simple amitié. » Yolande eut le bon goût de rougir, mais pas longtemps et très peu. « Remplissez votre mission, reprit Hugues. Et lorsque tout sera fini, vous épouserez ma fille. »

 

Le lendemain matin, l’étranger descendit au village, parcourut les champs, les ruelles, les sentiers, entra dans les maisons. Il n’eut point besoin de parler. On recula devant lui et puis on s’immobilisa. On ne lui refusa rien. A son doigt, scintillait la redoutable bague.

 

(A suivre)

 

Didier FOND

fonddetiroir.hautetfort.com

grand-père va mourir

 

 

 

Publié dans Feuilleton

Partager cet article
Repost0

Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

 

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Deuxième partie

 

Elle mangea et but très peu, parla encore moins. Lorsqu’on lui posait une question, elle répondait d’une voix monocorde, avec un sourire figé. Le Seigneur Hugues n’avait encore jamais vu sa fille dans cet état d’apathie si étrange. Elle qui était la vie même, qui aimait rire, plaisanter avec les invités de son père ! Elle ne parut s’éveiller que lorsque l’étranger rappela à voix haute la promesse qu’il avait faite à Hugues avant le repas.

 

« Vous avez eu l’obligeance, tantôt, de vous intéresser à la bague que je porte au doigt, dit-il en allongeant la main vers son hôte. Elle a une bien belle histoire. Elle m’a été donnée par un chevalier à qui j’ai sauvé la vie alors que, blessé, et incapable de combattre, il gisait dans une forêt, entouré par une meute de loups prêts à le dévorer. Il me l’a donnée en me promettant qu’elle m’attirerait la gloire et la richesse. »

 

« Elle est très belle », murmura Yolande, comme fascinée par cette pierre dont les feux semblaient tout à coup encore plus extraordinaires.

 

« Fixez-là bien, damoiselle, répondit l’étranger. Le saphir va vous révéler votre avenir. »

 

La physionomie de Yolande changea tout à coup. Sa beauté parut encore plus éclatante, mais une expression de dureté, de froideur, de méchanceté avait altéré les traits de son visage. Elle repoussa durement la main de l’étranger.

 

« Ce n’est que sottises et vantardises, répliqua-t-elle. Je ne vois rien. Vous m’ennuyez. Tout le monde ici m’ennuie. Cette habitude de réunir des gens qui n’ont rien d’intéressant à dire ou ne profèrent que des sottises est stupide. Renvoyez ces hommes chez eux, mon père, ils n’ont rien à faire ici. » Puis elle se leva et sans un regard pour les invités, stupéfaits, elle quitta la salle haute.

 

La transformation de sa fille en mégère mal élevée ne laissa pas d’étonner et de consterner Sire Hugues. Ses amis étaient ébahis car tous aimaient beaucoup Yolande qui s’était toujours montrée charmante à leur égard. Le seigneur des Roches Rouges présenta ses excuses à l’assemblée au nom de sa fille, et le repas se poursuivit dans une atmosphère devenue assez lourde, que quelques-uns tentèrent d’alléger par des plaisanteries, mais en vain.

 

Vers la fin du festin, l’étranger se tourna vers son hôte et lui demanda s’il voulait à son tour admirer la bague qu’il portait au doigt. Hugues se moquait bien à présent de ce bijou, mais la courtoisie l’empêcha de refuser. Ainsi fixa-t-il son regard sur le saphir. Sans attendre une quelconque réaction, l’étranger se leva et fit le tour de la table, présentant sa bague à chaque convive.

 

La troupe qui quitta le château à une heure tardive ne ressemblait en rien à celle qui y était entrée quelques heures plus tôt. Les hommes étaient devenus mauvais, querelleurs ; ils se cherchaient noise à tout propos et ne désiraient qu’une chose : en découdre avec le premier passant venu. Aussi se dirigèrent-ils vers le village endormi. Personne dans les ruelles. Nulle lueur dans les chaumières. Alors qu’ils s’apprêtaient à descendre de cheval et à fracasser quelques portes, les chevaux s’immobilisèrent puis avec un ensemble parfait, firent demi-tour et partirent au grand galop en direction du bas de la montagne.

 

Les paysans, le lendemain matin, trouvèrent les corps des convives dans l’abîme. Sans doute les chevaux s’étaient-ils emballés et, trop ivres pour les retenir, les cavaliers avaient été jetés dans le précipice. Ce fut la désolation dans les villages environnants car les seigneurs étaient aimés de leurs gens.

 

Au château, la réaction fut tout autre. Lorsqu’on apprit le drame à Sire Hugues, ce dernier se contenta de ricaner et de dire « ils ne viendront plus s’empiffrer ici à mes frais. » Quant à Yolande, elle n’eut qu’un léger haussement d’épaules. L’étranger se montra surpris d’une telle réaction.

 

« Ils étaient pourtant vos amis », dit-il à Hugues avec une pointe d’ironie dans la voix.

 

« Mes amis ! répliqua le Seigneur, méprisant. Des gueux que je recevais par charité, oui ! Ils se sont engraissés sur mon dos et ils ont été bien punis de leur avarice. Jamais un cadeau en remerciement pour mon hospitalité ! »

 

« Tout cela n’a pas d’importance, dit Yolande qui assistait à l’entretien. Montrez-moi encore votre bague, mon ami, et allons faire une promenade à cheval dans la montagne. »

 

« Volontiers, répondit l’étranger en tendant sa main. Vous pouvez la regarder autant qu’il vous plaira, belle demoiselle. Et quand tel sera votre désir, elle vous appartiendra, pour l’éternité. »

 

« Je n’en désire pas tant, répliqua Yolande en riant. Du moins pas tout de suite. Mais il est possible qu’un jour… » acheva-t-elle avec la moue la plus coquette qu’elle put trouver.

 

« Cesse ces minauderies, ordonna Hugues qui semblait de mauvaise humeur. Et laissez-moi seul tous les deux, je dois me rendre au village et vérifier que ces manants ne me volent pas. »

 

Tandis qu’on sellait leurs chevaux, Yolande et l’étranger discutaient dans la cour.

 

« Votre père a donc l’habitude de se faire voler par ses gens ? » demanda-t-il négligemment.

 

« Oh certainement, s’écria Yolande. Vous pensez bien qu’ils ne se gênent pas. »

 

« Jusque-là, il s’est montré trop confiant et trop gentil à leur égard. Il a raison de les surveiller et de demander des comptes. »

 

« Ce n’était pas vraiment son genre, continua la jeune damoiselle. Mais je crois que cela va changer. »

 

L’étranger hocha la tête. « Quand on a une fille aussi jolie et charmante que vous, le devoir d’un père est de protéger l’héritage de son enfant. Je pourrai lui donner quelques conseils car j’ai été élevé dans le souci de l’ordre et de la rigueur. »

 

On approchait les chevaux. L’étranger aida galamment Yolande à monter en selle puis sauta sur sa monture. « Nous reparlerons de cela ce soir, dit-elle. Je ne veux qu’une chose : chevaucher dans la montagne en votre compagnie. »

 

On l’aura constaté, les préventions et les répulsions de la jeune châtelaine envers son invité avaient totalement disparu. Et pendant les jours qui suivirent, ils ne se quittèrent plus. On les voyait sans cesse ensemble, bavardant sur le chemin de ronde ou se promenant dans la montagne.

 

Pendant ce temps, le Sire Hugues ne chômait pas. Lui qui ne s’était jamais occupé de demander des comptes à son intendant chicanait sur tous les chiffres, tempêtait sur la « fainéantise » des paysans et promettait des changements radicaux dans sa manière de gérer son domaine.

 

(A suivre)

 

 

 Didier FOND

 

fonddetiroir.hautetfort.com

L'annonciade

Publié dans Feuilleton

Partager cet article
Repost0

Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

Didier-fond.jpg

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Première partie

 

Il n’est pas rare de rencontrer dans nos régions des ruines d’anciens châteaux forts perchés sur des éminences rocheuses battues par les vents. Ce ne sont plus que des nids pour familles d’aigles et de temps en temps, un pan de mur s’écroule, brisant le silence qui règne en ces lieux.

 

Remontons le temps : le village où nous nous rendons n’est pas un repaire de fantômes depuis des siècles oubliés. Il est bâti sur les flancs d’une montagne dont les rochers ont une étrange couleur ocre, presque rouge, et dominé, à mi-pente sur une plate-forme par un château, magnifique demeure seigneuriale où un noble Comte mène une vie fort luxueuse. Un chemin escarpé s’échappe du village et grimpe presque à la verticale vers une humble chapelle qui renferme la statue de Marie, une Vierge Noire qui semble veiller sur la tranquillité des villageois et de leurs châtelains.

 

A quelle époque sommes-nous ? Indéterminée. Et il y a si longtemps que tout cela s’est passé. D’ailleurs, les événements que je vais vous raconter ont-ils réellement eu lieu ?...

 

Le sire des Roches Rouges (ainsi l’appelait-on) avait une fille, Yolande. Belle comme le jour, brune comme la nuit, gracieuse, aimable. C’était une extraordinaire cavalière. Il fallait la voir dévaler la pente sur sa jument blanche, les cheveux au vent, tenant à peine les rênes de sa monture entre ses mains, qu’elle avait fort blanches, fines et délicates ! Les villageois l’adoraient mais quand ils la voyaient ainsi se précipiter vers l’abîme avec l’insouciance de ses vingt ans, ils se signaient et priaient pour que rien ne vînt entraver la course folle de leur châtelaine.  

 

Le Seigneur, quant à lui, ne se préoccupait guère de ce que sa fille pouvait bien faire. Veuf depuis de longues années déjà, il n’avait qu’une passion : les plaisirs de la table. Enfermé dans son domaine, il passait son temps à faire ripaille, seul ou avec ses amis qui, le sachant toujours prêt à les honorer d’un somptueux repas, hantaient régulièrement la salle haute du château.

 

Un jour, apparut dans le village un superbe cavalier qui avait très fière allure. Il écarta à coup de cravache les enfants qui jouaient sur le chemin et l’empêchaient de passer puis, sans un mot, se dirigea vers la demeure seigneuriale. Les femmes, qui étaient sorties des maisons pour protéger leurs enfants, le suivirent des yeux et se signèrent. Puis, sans s’être concertées, elles firent rentrer les gamins chez eux et leur interdirent de sortir tant que l’étranger serait dans les parages.

 

Ce dernier était arrivé dans la cour du château. Il descendit lentement de cheval, regarda autour de lui tout en ôtant ses gants. L’un des serviteurs présents s’approcha aussitôt et après s’être incliné, lui demanda ce qu’il désirait. « Voir ton maître, répondit l’homme, et tout de suite. » Et pour bien montrer que cet ordre ne se discutait pas, il appliqua l’un de ses gants sur le visage du serviteur.

 

Or, il se trouva que Yolande à cet instant-là était à l’une des fenêtres de la salle haute. Elle vit toute la scène et conçut immédiatement pour l’étranger une répulsion si forte qu’elle se retira dans sa chambre pour ne point le rencontrer. Elle s’expliquait ce sentiment par le geste qu’il avait eu envers le serviteur. Yolande et son père ne maltraitaient jamais leurs gens et il fallait vraiment que la faute fût très grave pour que le Sire des Roches Rouges fît fouetter un de ses valets.

 

Sa Seigneurie reçut son hôte avec beaucoup d’affabilité. Et, surprise, l’invité se montra envers lui d’une exemplaire courtoisie, le laissa diriger la conversation, répondit volontiers à toutes ses questions et accepta sans barguigner de rester quelques jours au château et de participer aux quotidiennes agapes du maître des Roches Rouges. Il parut même charmé de l’invitation. On le fit conduire en son logis et on mit à sa disposition les plus zélés serviteurs.

 

Mais avant que l’étranger ne se retire dans les appartements qu’on lui avait réservés, le seigneur Hugues (nommons-le ainsi) avait eu le temps de voir briller à l’annulaire gauche de son invité une magnifique bague, une pierre d’un bleu sombre, éclatant, qui jetait des feux étincelants, montée sur une armature qui semblait bien être de l’or pur. L’étranger avait bien remarqué les regards admiratifs que son hôte adressait à la bague, mais s’était contenté de sourire, comme s’il n’avait rien vu. Au moment de quitter la salle haute, il se retourna et murmura : « Je vous montrerai pendant le repas cette bague que vous admiriez tantôt. Vous verrez à quel point elle est prodigieuse. » Puis il suivit le serviteur à travers le dédale des couloirs.

 

Le soir, un grand festin fut organisé pour fêter l’arrivée de l’étranger. Hugues des Roches Rouges avait invité tous ses amis. Seule la belle Yolande refusait obstinément de participer aux agapes. Son père ne comprenait pas les motifs d’une absence qui serait certainement remarquée et commentée. Elle-même ne savait pas très bien ce qui lui déplaisait tant chez cet homme. Bien sûr, il y avait eu ce geste envers le serviteur, violent, incompréhensible ; mais l’origine de sa répulsion était autre et elle n’arrivait pas à la cerner distinctement. Le simple fait de se remémorer la silhouette de l’inconnu l’emplissait de dégoût et de peur.

 

Lorsque l’étranger pénétra dans la salle  haute, tout le monde était déjà installé et l’on n’attendait plus que lui pour commencer le festin. Il salua courtoisement les invités, s’inclinant devant eux et eut pour chacun un mot aimable. Hugues était enchanté et lorsque l’on apporta les premiers plats, la conversation se focalisa autour de cet homme qui paraissait à tous de très bonne compagnie. Il répondit volontiers aux questions qu’on lui posa puis, profitant d’un moment de silence, s’enquit auprès de son hôte de la santé de sa fille, se déclarant surpris de ne point la voir siéger à la place d’honneur.

 

« Elle va très bien, je vous remercie, répondit Sire Hugues, un peu gêné,  mais ce soir, elle se sentait très fatiguée et n’a pas pu nous rejoindre. Elle vous présente à tous ses excuses. »

 

Les invités se récrièrent : Damoiselle Yolande n’avait point à demander pardon, même si sa présence eût rendu la soirée encore plus agréable. L’étranger eut un léger sourire.

« Je crois qu’elle se sent mieux, à présent, dit-il. Il est possible qu’elle descende dans quelques instants. »

 

A peine avait-il prononcé ces mots qu’une tenture se souleva et Yolande apparut. Elle avait revêtu sa plus belle robe, s’était parée de tous ses bijoux. La pâleur de son visage accentuait encore sa beauté.

 

« Vous n’auriez pas dû venir, Damoiselle, s’écria un des convives en se levant. Vous paraissez encore très fatiguée. »

 

La démarche de Yolande était étrange, elle avançait vers eux d’une façon presque mécanique, comme si sa propre volonté était en butte à l’assaut d’une autre volonté, plus forte qu’elle. Devançant le chevalier qui s’était précipité vers elle, l’étranger la saisit par la main et la conduisit à la place d’honneur, en haut de la table, près de son père. Elle ne disait rien, se contentait de regarder fixement devant elle. On aurait dit qu’elle était perdue dans un rêve.

 

(A suivre)

 

Didier FOND

fonddetiroir.hautetfort.com

grand-père va mourir

 

 

 

 



Publié dans Feuilleton

Partager cet article
Repost0

En juin, quoi de neuf ???

Publié le par christine brunet /aloys

En juin, quoi de neuf ???

Nous accueillons une stagiaire bénévole au sein des Editions Chloé des Lys. Son prénom, Chloé ! Elle est française et se destine à travailler dans l'édition. Elle a été assistante éditoriale aux Editions Calepin, chargé d"un suivi d'ouvrage chez Tatamis, a effectué une stage chez Payot... Elle a un Master 1&2 Edition contemporaine et numérique (université de Lorient). Nous sommes, toutes les deux, sur un projet que vous découvrirez, peut-être, en juillet sur Aloys. Bienvenue à Chloé !

@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@

Quels auteurs sur notre blog en juin ?

Tout d'abord, deux feuilletons, l'un signé Didier FOND, l'autre Carine-Laure Desguin

Ensuite ?

Des textes et des poèmes signés...

> Philippe Wolfenberg

> Papy Nzili

> Micheline Boland

> Alexandra Coenraets

> Didier Fond

> Louis Delville

> Sebastien Quagebeur

> Camille Delnoy

> Claude Colson

> Salvatore Gucciardo

Deux avis de blogs :

  • Livres & Co pour "Le chemin des Ormes" d'Isabelle Knuts
  • Limaginaria pour "Nid de vipères" de Christine Brunet

Des avis d'auteurs et des fiches de lectures

  • Jean-Louis Gillessen nous parle de Claude Colson
  • Sophie Vuillemin chronique "Cactus Orchidée" d'Emma Casanove
  • Christine Brunet chronique "Un mois" de Laurent Dumortier
  • Christine Brunet chronique "Et si c'était mieux là-bas" de Lionel Cieciura

@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@

En juin, quoi de neuf ???

Un concours de nouvelles à ne pas manquer ! "Le goût du mystère" voilà le thème. Remise des prix lors de la semaine du goût le 14 octobre. Cette manifestation draine beaucoup de monde toutes les années. Les médias couvriront l'événement.

Règlement :

La Bibliothèque de Chapdes-Beaufort organise un concours de nouvelles sur le thème

« Le Goût du Mystère ».


Ce concours s’inscrit dans l’agenda des manifestations des bibliothèques de la Communauté de Communes Pontgibaud Sioule et Volcans ( CCPSV) organisées dans le cadre de la semaine du goût 2014.


La participation est gratuite et ouverte à tous.


La date de clôture est fixée au 19 juillet 2014. Les textes reçus après cette date seront détruits.


La nouvelle devra impérativement se dérouler dans une des 7 communes de CCPSV : Chapdes- Beaufort, Bromont-Lamothe, La Goutelle, Montfermy, Pontgibaud, St Jacques d’Ambur et St Pierre Le Chastel. La commune devra être expressément nommée.
Le concours est organisé pour 4 catégories : - Catégorie Adulte habitant de la CCPSV - Catégorie Jeune habitant de la CCPSV - Catégorie Adulte hors CCPSV - Catégorie Jeune hors CCPSV Un prix est prévu pour chaque catégorie.


Le jury se réserve le droit de ne pas attribuer tous les prix, en fonction du nombre et de la qualité des textes présentés.


Les organisateurs du concours se réservent tout droit pour diffuser, éditer et utiliser tous les textes reçus pendant 2 ans. Les participants autorisent gracieusement la citation de leur nom, de leur photo ainsi que la publication à des fin de promotions, d'informations liées au présent concours.


La longueur de la nouvelle n’excédera pas 10 pages, soit environ 5000 mots, avec la mise en page suivante obligatoire : page A4 paginée, interligne de 1.5, police Times en taille 12.


La nouvelle peut être envoyée par mail : concours.nouvelles.ccpsv@gmail.com
Elle peut être adressée par courrier en 5 exemplaires à : Bibliothèque de Chapdes-Beaufort Participation concours de nouvelles Mairie 63230 Chapdes-Beaufort
Les participants doivent impérativement remplir un bulletin d’inscription qu’ils joindront à leur texte.


Les textes devront être anonymes, les organisateurs leur attribueront dès réception un numéro de participation.


Les textes devront être inédits et une seule nouvelle est acceptée par participant.
Le jury est composé de représentants de CCPSV, de bibliothécaires du territoire, d’écrivains, de personnalités diverses. Le jury sera attentif aux critères suivants : originalité, respect de l’orthographe et de la grammaire, adéquation au thème. Rappel : l’action devra se dérouler dans une ou plusieurs des 7 communes de CCPSV (nommée(s) dans le récit), le non-respect de cette règle annulera la participation de la nouvelle au concours.


La participation à ce concours entraîne la pleine adhésion à ce règlement et l’acceptation sans réserve des décisions des membres du jury.


Les gagnants seront avertis au plus tard le 1er octobre 2014.


Les prix seront remis à l’occasion d’une manifestation organisée pendant la semaine du goût, le mardi 14 octobre 2014 à 18 h 30.

BULLETIN DE PARTICIPATION

Bulletin d'inscription

CONCOURS DE NOUVELLES « Le Goût du mystère »

Bibliothèque de Chapdes-Beaufort 2014

Prénom et nom :

Date de naissance :

Adresse Postale :

Adresse mail :

Téléphone :

Titre de la nouvelle :

J'ai bien pris connaissance du règlement auquel j'adhère.

L'œuvre que je soumets est certifiée originale, personnelle et inédite.

L'envoi de ce bulletin vaut signature.

Publié dans ANNONCES

Partager cet article
Repost0

Camille Delnoy nous propose un texte poétique...

Publié le par christine brunet /aloys

Ce siècle a commencé par une maladie née au temps des proto cavernicoles : le territoire, l’espace vital. En d’autres termes, comme disent les insectitiens, le nationalisme !

Sorte d’herpès névrotique qui gratte l’individu observé, du néocortex (raisonnement spatial) à la vessie (raisonnement urinaire), ce qui a pour effet de le voir pisser tel un chien, un loup, du réverbère le plus proche à l’arbre le plus éloigné, tout en faisant de grands discours creux mais ô combien scéniques.

Le grégaire suit et lève la pa… jambe.

Paraît que c’est une question d’odeur. Il n’y a donc pas de races, il y a juste une touche phéromonale. Bien sûr, il est beaucoup plus évolué que ces canidés, quoique…

Côté longues dents, il est « trop » souvent pas triste.

Mais comment donc, justifie-t-il son dû territorial sur un grain de sable se déplaçant autour du soleil, autre grain de sable, juste un peu plus chaud, à près de 29,8 km/s ?

Une langue ?

Une donnation mythologique ?

 

Un gène qui le dérange au plus profond de son inconscient collectif et qu’il ne parvient pas à maîtriser ?

Ou plus simplement la fragrance et l’appétence innée du sang ?

Rien de plus !

 

Me serais-je donc trompé d’adresse ?

 

Camille Delnoy

Esquisses de ratures

Camille Delnoy nous propose un texte poétique...

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Carine-Laure Desguin fait son show !

Publié le par christine brunet /aloys

Carine-Laure Desguin fait son show !

 

— Allô, Carine-Laure ?

— Oui…

— C’est Sophie !

— Ah ! Sophie ! Je t’écoute !

— Ben voilà, avec des jeunes de la Joc, on nage ! Pas dans une piscine, eh non, en plein dans un atelier d’écriture…

— Et pas de bouée…

— Eh non, pas de bouée…Il y a deux groupes et dans un des deux groupes, il y a des tonnes d’idées mais elles ne scotchent pas sur le papier, pas d’atterrissage ! Tu ne saurais pas passer par là… ?

— Possible, possible…Tu m’en dis un peu plus, Sophie ?

Bla bla bla bla bla bla…

Sophie, je lui fais confiance. Une fille super. Objective, la tête sur les épaules. C’est Sophie qui organise les expos de La Braise (rue Zénobe Gramme, 29, à Charleroi) et croyez-moi, ça c’est de l’organisation ! Merci Sophie car grâce à toi, j’ai exposé mes textes en décembre 2011 !

Ce matin, un atelier d’écriture avec Thomas, Emilie, Pierrot et Xavier. Trois heures remplies de beaux échanges et des idées, c’est vrai, il y en avaient ! Ça giclait de partout ! Nous en avons attrapées quelques unes au vol et plops, scotchées sur le papier…

Le thème ? Ben bande de petits curieux ! Je ne peux rien dire ! Chuuuut ! Il s’agit d’un conte ! Ou plutôt, d’un anti-conte ! Vous voyez ? Et moi, une fois que j’ai su que c’était un truc un peu anar, un peu anti….J’ai bondi à pieds joints !

Merci à Emilie, Xavier, Pierrot et Thomas ! J’ai appris pas mal de trucs ce matin ! Rendez-vous est fixé et d’ici quelques semaines, le texte sera finalisé et ….diffusé !

— Et à part tout cela, Carine-Laure, quoi de neuf? Une séance de dédicace à la bibliothèque de Thuin le samedi 14 juin entre 10h et 13h....Et l'adaptation théâtrale de Rue Baraka....Tu recherches une troupe, un théâtre...Mais encore?

— Tout est ici!


 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-a-part-tout-ca-carine-laure-quoi-de-neuf-122722335.html

Carine-Laure Desguin fait son show !Carine-Laure Desguin fait son show !

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Christine Brunet a lu l'Annonciade de Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

 

L'annonciade

 

 

 

Premières pages surprenantes. Je pensais avoir affaire à un polar, me voilà propulsée au moment de la Génèse, spectatrice involontaire de la création de la Terre, des Humains aux côtés de Dieu et d'un archange envieux... qui pointe du doigt les travers violents des créatures auxquelles le grand patron vient d'insuffler la vie. Mécontent, l'ange se voit confier une mission punitive...


 

Lyon... On remonte le temps... Catherine Langeais présentatrice à la télé, ça ne date pas d'hier... Le quartier de la Croix-Rousse et la rue de l'ANNONCIADE hésitent encore entre modernité et archaïsme. La nuit va tomber. Le brouillard  a fait son apparition. "Il était né des miasmes putides exhalés par les marais du Rhône, là-bas, vers Miribel ou Jonage, ces coins perdus où tout lyonnais pourvu d'un peu de bon sens se refuse obstinément à mettre les pieds. Cela n'avait d'abord été qu'une légère brume, blanchâtre, à peine teintée de gris, que les derniers rayons du soleil hivernal avait paré d'une lumière brillante, d'un jaune semblable à celui des jonquilles. petit à petit, ce qui n'était qu'un voile de mousseline se transforma, lorsque le soleil se fut caché derrière Fourvière, en une monstrueuse chape de coton qui s'éleva lentement dans les airs et, poussée par le léger vent du nord, se dirigea sans bruit, avec une hypocrite sournoiserie, vers la ville".


 

Décor planté... Du coup, je frissonne... Je tourne les pages... Un cri !... Un meurtre ! 


 

Ca y est, je tiens ma victime ! Quant au coupable... Je passe en revue les personnages haut en couleurs, au vocabulaire terroir qui met l'accent sur l'identité du lieu, colle aux protagonistes comme une sangsue et nous plonge dans un univers à la fois familier et énigmatique. Drôle de mélange qui attise la curiosité du lecteur ligne après ligne. 


 

J'ai dit personnages haut en couleurs... Telle Emeline Lemaire ( la Lemaire est superbement campée) qui a "un gros nez -genre boule de bolboquet plantée au milieu du visage - qui avait tendance, l'hiver à prendre une assez vilaine couleur violacée". Tous ont un passé, du genre cancans, qui donnent à l'ensemble une saveur particulière.


 

Alors, le crime... Parlons plutôt de crimes, avec un "s"...  Mais que fait la police ? Faut dire qu'elle est inexistante... Les enquêteurs, alors ? Les gens de ce quartier à part qui jouent au gré des commérages, des ragots pas très propres, des sous-entendus qui mettent à nu des secrets mal gardés, détruisent les uns, donnent du pouvoirs aux autres. Vengeances mal dissimulées, caractères mesquins, tout y est. Délicieux comme les mots qui coulent sans qu'on s'en rende compte et nous emmènent sur les pentes à la recherche d'un tueur qui ne tient plus le haut du pavé. 


 

Didier Fond nous propose une "enquête" au jour le jour, presque à l'heure près... à la rue près aussi. On y est... Englués dans cette ambiance malsaine. 


 

Voilà un livre à découvrir sans tarder ! N'hésitez pas à sauter le pas avec Emeline Lemaire, Mesdames Anglade, Margan, Rouvier, Martin, Lherbier... et j'en passe... Et dites-moi quand vous avez soupçonné l'insoupçonnable!

 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

nid

Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article
Repost0