Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vineta, un conte de Didier FOND

Publié le par christine brunet /aloys

Vineta, un conte de Didier FOND

VINETA

Une légende allemande…

Il y a bien longtemps de cela, existait au bord de la mer Baltique une ville qui s’appelait Vineta. Les habitants de cette cité s’étaient enrichis grâce au commerce maritime et terrestre. Les maisons étaient de véritables palais dont les murs étaient couverts d’or et de pierreries. Les dames ne portaient que des robes en velours de soie et couvraient leurs habits de bijoux étincelants. Il n’y avait pas de pauvres, dans la ville ; ou du moins, ceux qui ne pouvaient pas montrer ostensiblement leur richesse étaient impitoyablement chassés. La cité n’ouvrait ses portes qu’aux étrangers fortunés et les fermaient aux mendiants ou aux simples voyageurs qui demandaient asile pour la nuit. L’égoïsme, le luxe, l’individualisme n’avaient point de bornes à l’intérieur des remparts. Vineta était crainte, enviée et haïe par tous ses voisins.

Une nuit, alors que Vineta était en fête et que l’or, l’argent, le vin coulaient à flot dans ses rues, une tempête monstrueuse s’éleva sur la Baltique. Les digues qui protégeaient la ville s’effondrèrent, un séisme épouvantable fit craquer la croûte terrestre et Vineta fut engloutie au fond de la mer avec tous ses habitants : il n’y eut aucun survivant.

Les années, les siècles passèrent. Personne ne se souvenait qu’un jour, une ville orgueilleuse et puissante se fût dressée là, au bord de la mer, à la place de cette longue plage de sable fin.

Et puis un jour, un jeune cavalier apparut sur la plage. Il avait déjà parcouru un long chemin et sa destination finale était encore éloignée. Il désirait se reposer un moment et mit pied à terre. Pour se dégourdir les jambes, il marcha lentement dans le sable, contemplant la mer, laissant le vent du large lui fouetter le visage. Soudain, le bout de sa botte déterra un objet bizarre, enfoui dans le sable. Il se pencha, le ramassa, l’examina. C’était une pièce de monnaie, une pièce très ancienne, dont il ne parvenait pas à trouver l’origine. Sur le côté pile, le graveur avait représenté une sorte de ville minuscule, enfermée dans des remparts. Il n’y avait rien sur le côté face, sinon le chiffre 100. La pièce n’était pas belle : toute bosselée, rongée par l’eau de mer et les intempéries. Le jeune homme la rejeta et poursuivit sa promenade. Bientôt, il sentit la fatigue envahir ses membres. Il s’allongea sur le sable et s’endormit.

Ce fut un bruit étrange qui le tira de son sommeil : le bruit de quelques voix qui chuchotaient, et celui de chevaux qui hennissaient, de charrettes qu’on tirait. Il ouvrit les yeux. Il était allongé devant les portes grandes ouvertes d’une cité de l’ancien temps. Il se redressa, ébahi, puis se dit qu’il rêvait et qu’il n’avait qu’à accepter ce rêve.

Les trois hommes qui se tenaient debout non loin de lui s’approchèrent. Ils souriaient, ils avaient l’air ravi de le voir. Avec de grands gestes d’amitié, ils l’invitèrent à franchir la porte et à pénétrer dans la ville. A peine avait-il dépassé la poterne que les premiers marchands se précipitèrent vers lui : l’un lui tendait des étoffes, l’autre des bijoux, le troisième de la vaisselle… Mais le jeune homme secouait doucement la tête. Vu la beauté et la richesse des objets, le contenu de sa bourse était largement insuffisant pour lui permettre d’acheter quoi que ce soit. Une femme, drapée dans une robe somptueuse, l’entraîna dans sa boutique, le supplia de choisir parmi la vaisselle exposée ce qui lui plaisait le mieux. Il crut à un cadeau et prit un gobelet en or. Mais quand il apprit qu’il devait payer l’objet, il le reposa en souriant, disant à la jeune femme qu’il n’était pas assez riche pour s’offrir ce luxe. « Une pièce, dit-elle, juste une pièce, et le gobelet est à vous. » Il sortit un peu d’argent de sa poche, le tendit à la jeune femme. Elle hocha négativement la tête et se mit à pleurer, sans bruit. « Ce n’est pas cela, dit-elle. Ce n’est pas cela. »

Il reprit sa promenade dans la ville, sans se soucier de consoler la belle marchande. A chaque pas, il était arrêté par des passants qui le suppliaient d’acheter n’importe quoi. Une pièce suffisait. Chaque fois, cependant, son argent était repoussé et femmes et hommes se détournaient en pleurant.

Un vent violent s’éleva tout à coup sur la cité. Si violent qu’il jeta le jeune homme à terre. Une pluie de sable s’abattit sur lui. Il voulut se réfugier sous l’auvent d’une maison mais il lui était impossible de bouger. Il ferma les yeux, serra les lèvres au maximum pour empêcher le sable de l’étouffer. Enfin la tempête s’apaisa. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était allongé sur la plage ; aucune ville à l’horizon. Seulement la mer, grise, et le sable, à perte de vue.

Quel rêve bizarre, pensa-t-il en se relevant. Il était temps de repartir. Il ne savait pas exactement combien d’heures il avait dormi mais le jour commençait à baisser. Il se remit en selle. Au loin, sur la grève, il aperçut une silhouette qui marchait péniblement le long de la mer. Il dirigea sa monture vers elle. C’était un vieil homme qui logeait non loin de là, dans une cabane. Parvenu à sa hauteur, le cavalier s’arrêta. Il n’avait nullement l’intention d’engager une conversation avec cet homme et pourtant, sans qu’il sût pourquoi, il lui demanda s’il n’y avait pas une ville dans les environs, « une très belle ville, avec des remparts, et des gens vêtus d’étranges habits ». Le vieil homme lui jeta un regard curieux. « Vous l’avez vue ? » demanda-t-il et le cavalier eut l’impression désagréable qu’il se moquait de lui. Il répondit sèchement que non, mais qu’il avait dormi sur la plage et fait un rêve qui sortait de l’ordinaire. « Vous avez dormi sur la plage, répéta le vieil homme en remuant la tête. Avez-vous trouvé quelque chose, dans le sable ? » Le cavalier répondit par l’affirmative : une vieille pièce de monnaie, qu’il avait jetée avant de s’endormir. « C’était une pièce appartenant à la cité de Vineta, dit le vieillard. Et vous n’avez pas rêvé. Vineta était une merveilleuse ville ; mais les dieux l’ont punie de son orgueil en la précipitant dans la mer. Tous les cent ans, Vineta réapparaît et si un étranger peut acheter un objet avec l’argent de la cité, la malédiction prend fin. Vous auriez pu sauver ces âmes en peine. Mais votre ignorance les a rejetées à leur géhenne. » Et sans laisser le temps au cavalier de réagir, le vieil homme tourna les talons et s’éloigna sur la plage.

Passant, si un jour vous vous promenez au bord de la Baltique et que vous trouvez une étrange pièce de monnaie, ne la jetez surtout pas. Asseyez-vous, attendez. Peut-être est-ce le moment où Vineta va surgir des flots et tenter d’échapper à la malédiction…

Didier FOND

fonddetiroir.hautetfort.com

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Ecriture. Instant T, un extrait de "Naissance" d'Alexandra Coenraets

Publié le par christine brunet /aloys

 

naissancerv

 

18 janvier 2014. 13h.

Mes doigts trépignent, mes doigts s'échauffent.

Mes doigts se lancent à l'assaut d'un texte dont ils ne connaissent pas la teneur, et encore moins l'issue.

Mes doigts font bruyamment crépiter les touches du clavier, gicler des mots sur l’écran, mes doigts envoient des lettres se figer les unes après les autres sur la page blanche virtuelle, qu’ensuite elles malaxent et triturent pour lui donner vie, qu’elles couvrent et découvrent pour lui donner forme.

Et force.

Puis sens.

De leurs extrémités en action, mes doigts tentent de faire jaillir l’émotion.

Mes doigts s’énervent, se contractent, s’agitent de plus belle et, furieux, déversent en Times New Roman 12, leurs flots de colère, prisonniers qu’ils sont de la peur de mal faire. Déplaire. De ne pas en faire. Assez. Bientôt j’oublie de respirer, remarque l’erreur, la rectifie, et j’expire, j’expire, j’expire encore.

Je laisse. La vague. De colère. Passer.

Je m’arrête. Parce qu’un air sort de ma radio et me capte aussitôt, parvient à mes oreilles, oui j’entends à présent cet air que j’adore, de Sanson, Véronique, et dont je ne connais pas le nom. Un nom de nulle part, probablement. Un instant plus tard, la voix qui comble de son talent le vide entre deux chansons, m’apprendra que c’est « Bernard’s song », le titre que religieusement j’écoute, les doigts immobiles, cernés de notes de musique auxquelles ils ne peuvent résister. Envoûtant.

Revigorés, mes doigts à nouveau tentent que la fusion tête-cœur-doigts-écran ait lieu, et renvoie au lecteur une parcelle du plaisir qu’il y a d’écrire lorsque la magie opère. Un accouchement. Dans la douleur aussi. Et la douceur, aussi, de contempler ces caractères qui s’alignent un à un, comme une banderole qu’on déroulerait d'un geste naturel. L’écran prend vie et s’anime de voir qu’en son sein, s’entame une danse fluide qui m’enveloppe d’un voile apaisant, et les phrases que j'ai fait naître me laissent habiter leur bulle ouatée.

Mes doigts s’enivrent de ces mots qui s’écrivent en temps réel, et me propulsent d’un coup au cœur d’un univers bleu nuit obscur, et pourtant si pur, où je me plais à flotter, délicieusement légère, prise en apesanteur, et volontairement passagère, d’un convoi qui m’entraîne, sous la mer.

En eau profonde. Dans un endroit où le trouble s’insinue et m’invite à dévoiler quelques recoins inexplorés de mon être. Là, j’explore une terre apparemment vierge de présence humaine, une terre qui renferme pourtant la vie, qu’elle enferme encore. Trop. Et quand, sous

mes pieds, la terre se fissure et que, de la brèche ainsi créée, jaillissent d’autres émotions, d’autres sensations, au vu d'être apprivoisées, il reste, malgré moi, dans l’ombre, une hésitation.

Mes doigts continuent de frapper, eux, sans hésiter. Du haut-parleur, s’échappe maintenant la voix rude et rauque d’Arno, aux accents bruts de décoffrage, ancrés dans la terre de Flandre, vaguement teintés d’embruns ostendais, et je découvre qu’il a repris Julio Iglesias, dont la voix latine serait davantage haut perchée dans les nuages. J'entends qu'ils sont deux, maintenant, à nous chanter, nous, « les femmes », de leur point de vue d’homme, ce « pauvre diable », paraît-il, dont ils content désarrois et autres errements de l'amour, chacun dans leur inimitable style.

Et je souris.

 

 

Alexandra Coenraets

http://quandilnaitdusens.wordpress.com/

“Naissance”, roman, paru chez Chloé des Lys, mai 2013.

 

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Un peu de terre, une nouvelle de Micheline BOLAND

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le magasin de contes

UN PEU DE TERRE

 

 

Massimo triture le tablier de sa grand-mère entre ses mains. Il tente en vain de retenir ses larmes.

 

Il renifle un peu. Il articule : "Tu viendras nous voir, n'est-ce pas Nonna ? Tu viendras dis ?"

 

"Mais oui, mon trésor…" Massimo est partagé. D'un côté, il est heureux de revoir bientôt son père qui, depuis des mois, est parti travailler loin du village, dans un pays du nord. Mais d'un autre côté, il est tellement triste d'être séparé de sa grand-mère. Cela lui est si dur de se dire qu'il ne la verra plus, qu'elle ne le consolera plus de ses petits malheurs, qu'elle ne rira plus avec lui quand il expliquera comment Eduardo a dissimulé un copion dans son plumier ou comment Flavio a marqué un but. À qui se confiera-t-il encore ? Sa mère ne semble remarquer que les bêtises qu'il peut commettre…"Tiens-toi droit", "écris plus petit", "mouche-toi". Sa mère n'est vraiment tendre que lorsqu'il est malade. Elle passe et repasse alors, inlassablement, la main sur son front, le frictionne avec de l'eau de Cologne, le cajole en murmurant des mots gentils. "Ça va ma puce ?", "Tu veux quelque chose de spécial …"

 

"Et n'oublie pas ce que je t'ai dit… La petite boîte."

 

"Oui Nonna…"

 

"Maintenant va, ta mère doit t'attendre."

 

Massimo rejoint sa mère dans la petite maison mitoyenne. Elle est occupée à remplir une valise avec des robes, tabliers, pyjamas, chemises de nuit, culottes, pulls… "Prépare ce que tu veux emporter, Massimo."

 

Massimo ressort. Aujourd'hui, le ciel est gris comme le sont ses pensées. Massimo sort la petite boîte bleue de sa poche et de ses mains nues fait ce que sa grand-mère lui a dit de faire, il remplit la boîte de terre. C'est la première fois de sa vie qu'il connaît ce contact. La terre lui apparaît chaude, douce, maternelle. Massimo la regarde longuement avant de placer le couvercle et de fourrer cette petite chose bleue, ultime présent de sa grand-mère, en poche.

 

"Massimo, Massimo…"

 

"Oui Maman…"

 

"Seigneur, où t'es-tu encore sali ainsi !"

 

Massimo ne répond pas. Il va dans sa chambre, y prend le petit personnage de bois et la balle à peine plus grosse qu'un citron que lui a offerts sa grand-mère puis va porter le tout à sa mère pour qu'elle les case dans son bagage.

 

Sa mère chante. Sa mère ne pense sans doute qu'à son père, à la jolie maison qu'il a louée là-bas. Son père a écrit : "Marie, la vieille propriétaire est très gentille, elle m'a aidé à aménager. Elle est si heureuse de louer une partie de son habitation à un jeune couple avec enfant. Il y a un magasin et une école près de chez nous, un jardin derrière. J'ai eu de la chance."

 

Massimo part. Durant le voyage en train, pour se réconforter, il lui arrive de mettre la main en poche et d'effleurer la boîte. Quand ses doigts rencontrent le métal, il se sent moins seul, plus fort, moins inquiet à l'idée d'affronter l'inconnu. Enfin, il revoit son père. Il voit la jolie maison, pas si jolie que ça. Il voit Marie, la propriétaire, plus ridée qu'il ne l'imaginait. Il voit l'école, l'épicerie. Mais Marie même si elle lui sourit et dit quelques mots d'italien, n'a pas l'odeur de savonnette de sa grand-mère. Le ciel est bas, les enfants du quartier ne parlent pas sa langue. Marie, c'est une institutrice retraitée, elle l'embrasse trop fort, le réprimande parfois comme sa mère le fait, et elle s'efforce de lui apprendre le français en lui lisant des livres de filles. Marie, elle ne connaît rien au football ni aux jeux de garçon.

 

Sa mère travaille. Marie lui a prêté une machine à coudre et elle passe beaucoup de temps à confectionner des vêtements pour des clientes. Sa mère semble contente. Elle gagne de l'argent, apprend le français avec Marie, essaye de lire la bible en français pour tester ses progrès. Elle attend un bébé. De temps à autre, son père joue avec lui. À l'école, il y a des enfants qui le traitent parfois de "macaroni" et il ne sait quoi répondre. Il n'est pas aussi fort que Gino qui a frappé un gamin qui l'avait appelé ainsi ni aussi mignon que Rosa qui trouve toujours une autre fille pour la consoler. Parfois, Massimo a le cœur gros mais il n'en dit rien. Seule, sa petite boîte bleue lui apporte un peu de baume quand il a la nostalgie du pays. Il lui arrive alors de l'ouvrir et d'embrasser la terre comme s'il embrassait sa grand-mère.

 

À l'école, l'institutrice a fait réaliser un herbier. Un jour de cafard, Massimo envoie à sa grand-mère une enveloppe qui contient dans une feuille pliée en trois, un peu de terre et des pâquerettes séchées. Sa grand-mère lui répond par retour du courrier. Elle lui envoie le dessin de la colline qu'il y a devant sa maison. Elle a simplement calligraphié : "Tu m'as écrit de là où la terre fait souffrir mais rend riches les hommes qui la travaillent. Moi, je t'écris d'ici où la terre pleure de n'avoir pu nourrir ses enfants. Un jour tu comprendras, mon trésor." Il n'a pas vraiment saisi tout le sens du message mais a punaisé le dessin sur le mur de sa chambre.

 

Le temps passe. Nonna écrit de moins en moins souvent, son écriture est moins lisible. Le bébé est bien là, il marche et commence à parler. Marie aide Massimo à faire ses devoirs et à étudier ses leçons. Elle l'appelle "mon petit loup", lui offre des chocolats et des livres mais est exigeante. Une phrase lui revient si souvent : "Tu peux faire mieux mon petit loup." Au fil des mois, les choses s'arrangent, les bulletins sont meilleurs et puis Massimo a une copine, une vraie qui n'a pas sa langue en

poche, qui se moque des plus forts de la classe, qui fait des grimaces inimaginables, qui lui remonte le moral en le faisant rire : "Hé Massimo t'as vu les longs pieds de Claire ? On dirait qu'elle est chaussée comme un clown." Son père parle d'acheter une maison mais pas encore de rentrer en Italie.

 

Massimo prend racine. Une première fois, il va en vacances en Italie. Les valises sont remplies de cadeaux, notamment des pantoufles garnies de pompons et d'un chapeau à aigrettes pour Nonna, des chocolats pour les cousins. Il remplit une boîte vide de ballons de Tournai avec de la terre de son jardin. Son père le voit faire et sourit. Il dit juste : "Toi aussi…" Mais il a des larmes dans les yeux.

 

Maintenant, il y a un peu de terre d'ici, là-bas et un peu de terre de là-bas, ici. Massimo est un pré-adolescent. La petite boîte bleue reste au fond d'un tiroir du bureau que ses parents lui ont offert pour sa communion. Il n'y pense plus guère que quand il reçoit du courrier de sa grand-mère ou quand il lui écrit.

 

Quand enfin, ses parents achètent une maison à l'autre bout de l'agglomération, Massimo éprouve un peu de difficulté à quitter la vieille et Monique. Les séparations, il n'a jamais aimé et ne les aimera jamais…

La petite boîte bleue semble à présent presque oubliée comme sa première dent de lait que sa mère a emballée dans un morceau d'ouate, comme les premières gommettes reçues à l'école qu'il conserve parce qu'elles sont des preuves de sa bonne conduite. Pourtant, quand sa grand-mère meurt, il cherche la boîte et la garde longtemps dans les mains. Il la place même, quelques nuits, sous son oreiller. Elle est devenue pareille à un grigri. Il la garde sur lui le temps d'un examen difficile, le temps que cicatrice son premier chagrin d'amour, le temps des entretiens d'embauche, le jour de son mariage.

 

La petite boîte remplie de terre de là-bas, c'est le signe qu'il est rattaché à un autre pays, c'est le souvenir d'une enfance merveilleuse passée aux côtés d'une grand-mère extraordinaire, c'est le rêve d'un ailleurs magique, un beau rêve à entretenir comme un feu sa vie durant.

 

Micheline BOLAND

micheline-ecrit.blogspot.com

 

 

Conte finaliste de "Fais-moi un conte" - Surice 2012

(Extrait de "Nouveau magasin de contes")

boland photo

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Souvenir oublié, un poème de Philippe Wolfenberg

Publié le par christine brunet /aloys

Les états d'âme de la Lune et du Soleil

 

Souvenir oublié

 

 

 

Quand le soleil se couche et qu’arrive le soir,

Je me rappelle une fille aux yeux marron et cheveux noirs

Dont l’absence, parfois, me plonge dans un sombre désespoir

Et, alors, des moments exquis reviennent à ma mémoire.

 

 

A une époque révolue et regrettée, en d’autres lieux,

Perdu dans un parc arboré, un château merveilleux,

Habité par le spectre affligé et vaporeux

D’une amazone à l’intense regard de feu.

 

 

Sous le feuillage des géants séculaires,

Reniant sans remords sa nature première,

Sur un banc, la belle et troublante guerrière

S’offre à moi, à l’ombre d’une grande tour austère.

 

 

Cette réminiscence d’un lointain passé

A le goût doux et amer du dernier baiser,

Ultime vestige de l’amour devenu suranné,

Laissant dans le cœur l’envie de tout effacer.

 

Philippe Wolfenberg

philippewolfenberg.skynetblogs.be

http://www.bandbsa.be/contes3/wolfenbergtete.jpg

Publié dans Poésie

Partager cet article
Repost0

Jean-Louis Gillessen nous parle de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

Jean-Louis Gillessen nous parle de Claude Colson

Bonjour bonsoir à toutes et à tous,

En consultant le forum, j’ai ouvert un sujet consacré aux « Textes et poèmes » de notre ami

Claude Colson . Une partie d’entre eux participe de la coquinerie, ils sont délicieux.

Ses écrits sont un petit bijou … Le sujet abordé a provoqué en moi une résonance, et, comme il se trouve que Claude et moi avons déjà échangé de bons moments sur la toile, je me suis autorisé en écho à ajouter le commentaire suivant qui reprend un extrait de ma pièce Léon 20H30.

La tentation était trop forte. D’aucuns m’ont suggéré d’en faire part à Christine pour une éventuelle publication sur ALOYS. Ceci explique cela, et en voici donc le copié-collé …

(« Je viens, en tant que jeune nouveau cédélien fraîchement éclos, émoulu et déjà presque moulu, je viens donc de découvrir dans le forum le sujet concernant « Textes et poèmes » de Claude Colson : quel pur délice que tes textes!

Très modestement je livre ici l'un de mes écrits, extrait de ma pièce Léon 20H30 :

Avant de citer son poème, le personnage, seul sur scène, dit :

- Quand je pense qu'en Écosse, nous avons dormi tous les deux simplement,
tendrement, entrouverts, ma tête posée près de l'antre raviné de son ventre raffiné.
Paupières closes. Lèvres roses. T'en souvie
ns-tu? -

Il enchaîne lyriquement :

- « Et cette main que maintenant tu guides sûre mais tendrement,
nos quelques doigts qui frémissants sur ton sein droit vont en glissant,
ces lèvres humides et détendues qu'en ce soir pleines tu as rendues
pour sur nos peaux les poser nues,
belles d'amour, perles de désirs, saines complices de nos soupirs,
relient nos chairs, chères à chérir. » -

Il conclut :

- Aaaargghhh, quand je pense qu'en Écosse on a dormi tous les deux sans joindre nos corps,
sans aucun ... " temps " passé, Roméo, Juliette, cent ans passés, sans même nous " embrasser ",
sans préserver cette chaleur qui soude un
être à l'autre ...
... Déjà qu'y faisait caillant, on est cons quand même! - »)

L'effet est certes moins évident hors contexte de la pièce ...

Jean-Louis Gillessen

Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article
Repost0

Papy Nzili en interview pour notre blog : " j’ai toujours ce besoin (et cette liberté !) de dire tout haut ce que beaucoup peinent encore à exprimer."

Publié le par christine brunet /aloys

 

Tu te présentes pour ceux qui n'auraient pas encore lu les articles postés sur ce blog ?
Je suis le quatrième d’une famille de cinq enfants. Je suis né à Kinshasa en 1973, je vis en Belgique depuis 17 ans. J’ai deux garçons. En dehors de l’écriture, je suis contrôleur des impôts. Je sais qu’on ne se fait pas toujours des amis en disant ça (rires). Je me destinais à être médecin, mais j’ai quitté la fac de médecine en deuxième année pour faire les études d’économie appliquée. Je n’ai jamais étudié la littérature. J’étais plutôt dans les chiffres depuis l’école secondaire. Je me suis rattrapé avec les langues car je parle couramment l’anglais et l’espagnol, et j’ai quelques notions de néerlandais.

Depuis quand écris-tu ? Un déclencheur ?
Mon premier roman date de 2005. Je tenais à raconter quelque chose sur l’ambigüité sexuelle. Tout ce que j’écris d’ailleurs parle d’une sexualité différente. J’ai plusieurs raisons de le faire. D’abord à cause du contexte fort religieux dans lequel j’ai passé pratiquement toute ma vie. J’ai été scolarisé pendant douze ans dans un collège jésuite très strict.
Ensuite, mon éducation chrétienne fort conservatrice.
Est-il besoin de rajouter mes origines africaines qui diabolisent tous ceux qui aiment différemment ? 
Enfin, un besoin de rompre avec le mythe de « garçon modèle ». 
Ainsi, j’ai toujours ce besoin (et cette liberté !) de dire tout haut ce que beaucoup peinent encore à exprimer.

Donne-moi ta définition du mot "écriture"
L’écriture pour moi va au-delà de la rédaction des textes à soumettre à la critique du monde littéraire sous la forme de romans, essais, …
C’est un exercice qui consiste fondamentalement à véhiculer par les mots les plus corrects des sentiments précis. Croyez-moi, ce n’est pas un exercice facile. Chacun de nous est le seul à ressentir les choses comme il les ressent. C’est une démarche pratiquement condamnée à l’échec, lorsque nous tentons d’en faire part aux autres. C’est justement cela qui me plaît le plus : récolter les différentes émotions par lesquelles sont passés les lecteurs, parfois juste en un mot. On est parfois surpris de ces retours inattendus.

 

Parle-nous de "Mon histoire avec eux" : un roman ? 

Parler de pur roman serait une manière de tricher avec la vérité. Disons que ce sont des récits fortement romancés. De là à m’approprier toutes ces fabuleuses expériences que raconte Matt Princier, il n’y a qu’un pas que certaines personnes franchiront sans peine. Il reste la question fantasmagorique de savoir si une seule vie peut vraiment jouir d’autant d’expériences sentimentales aussi fortes. À croire que tous ceux qui croisent un jour la vie de Matt Princier revêtent une importance indescriptible qui, par ailleurs, semble ne jamais être la même. Qu’il ait onze ans ou qu’il ait la trentaine, il demeure invariablement amoureux, aussi bien des hommes que des femmes. 

 

Des nouvelles, donc ? 
 Absolument ! En première de couverture j’inscris d’ailleurs « Nouvelles ».
 

 

Papy Nzili en interview pour notre blog : " j’ai toujours ce besoin (et cette liberté !) de dire tout haut ce que beaucoup peinent encore à exprimer."

D'où sortent tes personnages ? Qui sont "eux" ? 
Je ne vous apprendrais rien en vous disant qu’on ne donne que ce qu’on a. Mes personnages sortent de mon vécu. Ils ne sont pas tous réels, même s’il est vrai que certaines personnes m’ont fortement inspiré au point de devenir « eux » (rires). Il y a d’épaisses couches de maquillage, de la caricature, et de l’enjolivement. C’est voulu. J’aime me savoir maître de mes personnages. Je les crée. Ils sont à moi. Ils sont mon monde. J’en dispose comme je le sens et rien ne me les arrachera. Voyez-vous, la vie nous enlève beaucoup de personnes, sans compter ceux qui choisissent eux-mêmes de nous tourner le dos. « Eux », j’ai le pouvoir de leur faire devenir à tout moment ce que je voudrais. 

Essaie de définir ton style
J’écris dans un style d’échange de correspondance. Je pense qu’en composant mes textes, je ne les vois pas comme une suite d’idées et de mots destinée à aboutir dans un roman. C’est comme des échanges de courriels que j’entretiens quotidiennement depuis quatre ans avec un ami Parisien, là où je laisse les sentiments, les émotions, s’exprimer librement. Vous savez, quand vous essayez de vous adresser verbalement à vos interlocuteurs, vous rencontrez deux types de problèmes :
1°) soit ils ne sont pas prêts ou pas en mesure d’entendre vos mots
2°) soit ils croient déjà savoir ce que vous aviez l’intention de leur dire
Dans les deux cas, ils ne vous laissent pas aller jusqu’au but de vos propos. On a moins ce problème à l’écrit. C’est ce qui me fait aimer l’écriture narrative. Elle me permet d’aller jusqu’au bout de ma pensée sans être interrompu. D’où les phrases simples inspirées du langage parlé que j’emploie dans mes écrits. Et avec le temps, je fais de plus en plus intervenir mes lecteurs en les interpellant par des interrogations et en demandant leur opinion. Même s’ils ne sont pas là pour me répondre, cela me procure néanmoins le sentiment d’avoir échangé. Je n’ai pas de grandes théories à livrer au monde. J’ai juste envie de partager. Et le seul moyen que j’ai trouvé c’est de faire ces longues correspondances destinées à un public inconnu sous la forme de romans. Comprenez que je suis de la génération qui a passé l’adolescence à entretenir des correspondances avec des personnes parfois lointaines et
totalement inconnues. Tout ça est désormais fini avec l’arrivée d’Internet et des SMS. Et je le dis avec regret.


Je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire... Les mots sont là pour véhiculer le plus fidèlement possible les images que nous avons en tête... mais... mets-tu en scène les émotions de tes lecteurs ? Tu me donnes un exemple de ces "retours inattendus" ?

Il ne s’agit pas de mettre en scène les émotions de mes lecteurs, il s’agit toujours de celles de mon protagoniste (Matt Princier, qui est au centre de tous mes ouvrages). La difficulté de la communication réside déjà dans la conceptualisation des choses (que tu appelles « images »). Nous n’avons pas tous ces mêmes « images » concernant une chose précise. Ce qui me paraît un carré parfait peut être discuté comme un losange chez un autre ou comme un rectangle chez un autre encore. Pourtant c’est une évidence pour moi : c’est carré. D’où l’émerveillement de se rendre compte qu’il n’y a pas une seule manière de voir les choses. Tiens, dans le deuxième chapitre de « Mon histoire avec eux », j’aborde un sujet fort sensible et risqué de l’amour d’un petit garçon de 11 ans pour son professeur de 25 ans. J’ai dû mettre une double couche de gants pour ne pas choquer le lecteur, j’ai avancé dans
le récit avec la plus grande prudence. Je craignais qu’on m’oblige simplement de retirer ce chapitre. Pourtant, les personnes à qui je fais lire habituellement mes ouvrages quand je les termine ont été unanimes : c’est dans ce chapitre qu’on trouve un condensé de sentiments partagés par la plupart des lecteurs.
Il est clair que les mots sont là, mais il faut en prendre les bons pour amener les autres à s’aligner sur votre logique. Après, l’interprétation de ces mots c’est aspect qui échappe totalement à l’auteur.

Si j'ai bien compris, tes nouvelles ont toutes, comme fil conducteur "l'amour" ? 
Toutes mes histoires ne parlent que de l’amour, sous toutes ses formes, allant d’une amitié classique à des amitiés amoureuses, en traversant les amours charnels, passionnels, et platoniques. 

Dans la mesure où tu "engages un dialogue" avec tes lecteurs, tu te mets en scène, non ? Dans ce contexte, n'est-il pas compliqué d'être lu puisque tes textes peuvent s'apparenter à de l'autobiographie (certes fictive mais beaucoup de lecteurs les prendront au premier degré...) 
C’est un piège, en particulier pour des lecteurs qui me connaissent dans la vie de tous les jours. Ils s’acharnent à établir des équivalences avec mon quotidien, même lorsque je leur aurais prescrit de faire abstraction de l’auteur. Je parle à la première personne du singulier, mais c’est Matt Princier qui se raconte en réalité. C’est lui qui fait intervenir les autres quand il est face à des choix difficiles. Il faut garder en tête une chose : Matt Princier est un garçon qui se pose beaucoup de questions. Il essaie de trouver des réponses dans ses propres expériences et dans ce qui tombe sous le sens commun. C’est dans ce contexte-là qu’il s’applique à faire réagir son lecteur avec qui il voudrait communiquer. C’est pour ça qu’il a souvent recours à des points d’interrogation dans son emploi de ponctuations. Tiens, voici en exemples quelques extraits tirés de « Mon histoire avec eux » :

« Devrions-nous à tout prix rester corrects ? J’aimerais que vous arriviez à répondre à cette question à la fin de ce récit. Et si quelqu’un y arrive, qu’il ne manque pas de me dire de quelle manière nous y parviendrons. J’ai passé minute après minute pendant huit heures aujourd’hui à essayer de trouver une réponse neutre à cette question. Devrais-je vous dire que mon activité cérébrale est restée improductive de résultat cohérent ? Alors, je crie ma révolte : au diable la bienséance ! Au profit de qui œuvrons-nous quand nous nous privons des choses à la fois basiques et vitales à notre existence ? »

« Croyez-moi, j’ai l’expérience de ce genre de choses. Les gens ne sont pas si différents les uns des autres qu’on semble se le présenter. On est faits de chair et de sang, on est un corps et un esprit. Cela ne connait ni différenciation raciale, ni tribale, ni même de genre. On est juste des êtres humains. Dans votre haute estime de vous-mêmes, vous refuserez très certainement de l’entendre, mais je vais vous le dire : à circonstances égales, vous seriez tout à fait capables de faire exactement la même chose que l’autre a faite. Je vais vous le répéter jusqu’à ce que le message percute bien vos oreilles : vous n’êtes pas si exceptionnels que vous vous êtes plu à le penser depuis des lustres. Et si vous en voulez la preuve, je vous en fournirai une qui cassera votre haute opinion de vous-mêmes : quand vous ne serez plus là demain, quelqu’un d’autre prendra votre femme, votre mari, votre maison et votre travail. Le
monde vous regrettera peut-être un jour, mais le jour d’après il oubliera jusqu’à votre existence. Alors, descendez tous de votre piédestal ! »

« Il n’y avait pas de malice en lui. Les gentils comme Hugo ont du mal à concevoir que les gens agissent ou parlent par pure méchanceté. Ce sont les méchants qui, en plus de leur propre rosserie, attribuent une intention malveillante aux faits et gestes des autres. Hugo trouvait toujours une excuse pour disculper ceux qui ont manqué de correction envers lui. Vous voyez, vous avez du mal à croire qu’il existe des gens comme Hugo Lambermont dans le monde d’aujourd’hui. »

« Osez me dire que vous vous êtes toujours montrés magnanimes face à ces proches qui ont eu le malheur de vous révéler un jour un côté moins illustre de leur vie. Nous les avons rejetés, regardés comme des êtres impurs que les Juifs de l’Ancien Testament condamnaient à vivre en dehors des fortifications de leurs villes. Oseriez-vous prétendre que vous en êtes indemnes ? Enfin, je vais arrêter de vous harceler, ce n’est pas après vous que j’en ai. Ma désapprobation va à l’endroit de ces pseudo amis qui n’ont rien compris de moi et n’ont pas accepté que quelqu’un d’autre s’y lance. »

« Jacques Rouvrin rendit l’inimaginable possible et c’est précisément cela, sans aucun détour, que je vais vous raconter. Ne soyez pas dégoûtés par cette lecture. Soyez-en plutôt par ce que fit Jacques Rouvrin, mon beau-père. Je doute d’ailleurs qu’il y en ait, parmi mes lecteurs masculins, qui s’identifient à Jacques. Je n’aurais pu, moi non plus, me voir en lui, malgré la luxure que certains ont déjà attachée à mon personnage, allant jusqu’à évoquer le Marquis de Sade quand ils parlent de moi. »

Des projets d'écriture ?
Des projets d’écriture ne manquent pas. « Nos rêves et nos vies » que je viens de finir a pour vocation de boucler la trilogie commencée en 2005 lorsque j’ai écrit « Gaypard », et qui s’est poursuivie en 2009 à travers « Vers le Sud ». Mais vu que j’ai quelque peu évolué dans ma manière d’écrire, je vais devoir retravailler en profondeur les deux premiers pour atténuer la cassure entre les différents styles. 

À part ceux-là, j’ai aussi écrit « Crispin Sadelier, mon rêve d’amitié ». Il parle du voyage de Matt avec son ami Crispin à travers les Etats-Unis. C’est à nouveau une relation qui s’est vécue comme se joue de la musique. Elle a connu sa courbe ascendante qui est venue mourir dans un silence qui laisse Matt Princier avec ses éternelles interrogations. Le lecteur qui aime les romans de style récit de voyage ne manquerait pas de l’apprécier. Ah, « Nos rêves et nos vies » également. C’est une histoire d’amour qui se vit à travers villes et campagne irlandaises.

« La vie me l’a interdit ! » est un roman que j’ai écrit l’an dernier. Je craignais de le faire lire tant je le trouvais noir. Toutes les histoires se terminent dramatiquement. J’avais besoin de partager cet aspect de la vie, qu’on évite quand même souvent d’aborder.

J’ai envie de faire vivre à Matt Princier d’autres aventures. Mais pour l’instant, je préfère me concentrer sur des améliorations à apporter à ce qui existe avant de passer à autre chose.

Partager cet article
Repost0

Christine Brunet a lu "Et si c'était mieux là-bas ?" de Lionel Cieciura

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Et si c'était mieux là-bas ?" de Lionel Cieciura

J’ai lu « Et si c’était mieux là-bas ? » de Lionel Cieciura

Compliqué de parler de ce livre… Peut-être parce qu’il réveille des images et des sensations oubliées ? Ou peut-être parce qu’il propose au lecteur une richesse d’images difficile à restituer ? Je ne sais pas… Mais j’essaie parce que ce livre est passionnant !

Voilà une invitation au voyage. Pas le voyage conventionnel, pas celui organisé pour les tours operators où confort rime trop souvent avec images-clichés. Non, loin s’en faut !

« Et si c’était mieux là-bas ? » est une invitation à l’aventure, un parcours atypique d’une quinzaine d’années au sein de pays encore peu courus à l’époque (avant 2000) : Laos, Cambodge, Birmanie, Ladakh, Tibet, Indonésie… Des années de rencontres humaines, d’expériences extrêmes. Des images différentes, des réflexions personnelles sur les contextes, les coutumes, le caractère des peuples rencontrés…

Je voyage, une drogue depuis ma plus tendre enfance. Très souvent dans des conditions difficiles. J’ai retrouvé dans ce livre le plaisir de la découverte, de la surprise, de la joie d’une rencontre impromptue ou improbable qui restera gravée à tout jamais dans la mémoire, la frayeur lors d’un mouvement de foule ou lors d’un passage de col dans l’Himalaya, mes narines titillées à nouveau par les parfums exotiques (ou putrides) des marchés, la langue anesthésiée par le goût extrême d’un thé au beurre rance préparé par un moine retiré au fin fond d’une vallée oubliée.

Un voyage initiatique ? Non, pas vraiment. Une expérience vécue comme une volonté de vivre sa vie pleinement, de donner, peut-être, un sens différent à son existence.

Ecrit comme un journal de bord, nous vivons au rythme des rencontres (souvent récurrentes), au fil des paysages grandioses, des opportunités quotidiennes ou des choix de l’auteur. Voyage au cœur de l’humain, au cœur des images.

Le rythme de l’écriture se calque sur le rythme du voyage : parfois rapide, parfois plus posé, on s’attarde sur tel ou tel endroit, dans tel ou tel pays. Une plongée dans la vie besogneuse des uns, trépidante de certains, insouciante du voyageur curieux qu’on ne peut qu’envier.

Belles descriptions des êtres rencontrés, d’ethnies oubliées désormais effacées par la « civilisation », des militaires et autres personnages qui détiennent, à leur niveau, le pouvoir, de certains touristes au comportement ahurissant. Je me suis surprise à rire à certaines situations, à sourire à d’autres.

Ces quelques mots ne peuvent rendre compte pleinement de l’expérience que propose Lionel Cieciura, mais vous donneront, je l’espère, l’envie sinon d’aller là-bas, à défaut de vous plonger très vite dans ces 350 pages de pure évasion.

Son site auteur : conseils-de-voyage.com

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article
Repost0

Sophie Vuillemin a lu "Cactus Orchidée" d'Emma Casanove

Publié le par christine brunet /aloys

Sophie Vuillemin a lu "Cactus Orchidée" d'Emma Casanove

Un titre énigmatique....et une accroche qui m'interpelle : Ils entament un jeu qui n’en est pas vraiment un, un jeu qui leur est propre. Il lance une idée, elle y ajoute un élément, auquel il réagit à son tour. Ils jonglent avec leurs émotions, leurs ressentis, leurs rêves.

Et me voici avec le premier roman d'Emma Casanove entre les mains. Au bout des doigts, devrais-je dire, car je l'ai découvert en version numérique.

Zoé, enseignante d'espagnol à l'université, est promue directrice du département. Femme dynamique, engagée, ambitieuse, débordée, Zoé est une femme "moderne". Elle rencontre Thomas, un étudiant sensible. Ils vont tisser une relation complexe qui va devenir essentielle pour la jeune femme. Une amitié amoureuse très forte.

Emma livre un portrait de femme très fouillé. Elle sait analyser et décrire finement les caractères des personnages. Zoé incarne les contradictions des femmes qui veulent tout : mère-femme-amoureuse et plus si possible.

"Etre épouse et mère ne lui suffit pas. Elle veut plus. Toujours plus."

Zoé ne veut renoncer à rien. En cela, il me semble que l'auteur dépeint fidèlement une génération de femmes ( la mienne !) qui courent pour concilier carrière et vie familiale, tout en rêvant de quelque chose de plus. Ou peut être est-ce ma lecture personnelle du roman car Cactus Orchidée offre aussi une galerie de portraits, la description du développement lent des sentiments ou des mécanismes de l'attirance...

"Raphaël, Thomas. Où en est-elle ? Comment donner sa place à chacun? Comment être là pour les deux ? Elle se refuse à choisir."

Zoé ne choisira pas. La vie s'en chargera. Dans la deuxième partie, le roman prend un tour différent, plus sensuel, maitrisé avec virtuosité et sensibilité par l'auteur.

Le style d'Emma est fluide et précis. Les phrases courtes donnent un ton moderne et du rythme au texte.

Un premier roman prometteur.. Emma a déjà publié le deuxième aux Editions Assyelle: Maman, Papa, Louise et moi.

Sophie Vuillemin

sophievuillemin.over-blog.com

C'est quoi ton stage, Sophie Vuillemin, Ed. Chloé des Lys

C'est quoi ton stage, Sophie Vuillemin, Ed. Chloé des Lys

Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article
Repost0

Sur le fil du rasoir, une nouvelle de Philippe Wolfenberg

Publié le par christine brunet /aloys

 

Les états d'âme de la Lune et du Soleil

 

Sur le fil du rasoir

 

 

C’est un vingt-cinq décembre qui ne ressemble en rien à Noël : aucun flocon à l’horizon mais, en lieu et place, un crachin désagréable qui, au gré des caprices du vent, fouette le visage et une température de quelque dix degrés, passablement inhabituelle à pareille époque.

Je ne suis sorti que contraint et forcé ; le rottweiler qui marche à mes côtés ne m’aurait pas pardonné, c’est certain, d’annuler sa promenade quotidienne à cause d’un peu de pluie.

Nous retrouvons le « Range Rover Sport » avec un plaisir non dissimulé. Le molosse s’installe confortablement à l’arrière, sur la bâche qui protège les sièges en cuir foncé. Je mets le contact et, presque instantanément, le ronronnement du moteur est couvert par un solo de guitare de David Gilmour… « Comfortably numb » est une des meilleures chansons de « Pink Floyd »… Du moins, c’est mon avis (et je le partage).

Sans alcool ni substances illicites, je plane au milieu des notes de cette musique envoûtante et, finalement, ne dois qu’à un réflexe inespéré de freiner à temps lorsqu’une silhouette, sortie de nulle part, se jette devant la voiture.

Un grognement sourd m’avertit que mon passager n’a pas du tout apprécié être réveillé de cette manière.

* Du calme, mon vieux ! Ce n’est pas ma faute…

Je bondis de l’habitacle, bien décidé à passer mes nerfs sur l’inconscient qui a failli transformer cette journée déjà fort maussade en catastrophe monumentale. Je m’arrête net. Devant moi, figée par la peur rétrospective de la mort (à laquelle elle a échappé de peu), une jeune femme, très belle, me regarde avec l’air d’un animal aux abois.

* Vous n’êtes pas blessée ?

Au son de ma voix, elle émerge enfin de cet état de prostration qui commençait à m’inquiéter.

* Emmenez-moi avec vous… S’il vous plait !

Ce « S’il vous plait » ressemble davantage à une supplique qu’à une formule de politesse. Je délaisse ma méfiance et mon égoïsme coutumiers pour accéder à sa demande ; non pas par bonté d’âme mais plutôt parce qu’elle a des allures de Caterina Murino, cette actrice italienne qui représente, selon moi, la femme idéale.

 

*

 

La candidate au suicide n’a pas desserré les dents durant tout le trajet. C’est seulement quand nous nous sommes arrêtés dans la cour pavée d’une belle bâtisse en pierres du pays – prolongée par un immense jardin qui surplombe la vallée – qu’elle a retrouvé la parole.

* Vous possédez une bien belle demeure… Il doit faire bon y vivre…

* Oui ! Il ne manque qu’une présence féminine…

Je profite d’une éclaircie aussi soudaine qu’inattendue pour l’emmener faire le tour du parc. Arrivés à la limite de ce dernier, nous restons un long moment à regarder la rivière, en contrebas, dont les eaux, grossies par les averses des jours derniers, menacent d’envahir les prairies avoisinantes. Lorsque nous regagnons la maison, ma décision est prise.

* Si vous le désirez, vous pouvez passer la nuit ici…

* J’accepte… Merci ! Et…

* Oui ?

* J’ai très faim…

* Allons voir ce qu’il y a dans le frigo…

* Vous êtes gentil…

* Vous croyez ?

* Oui ! Du moins, vous en donnez l’impression…

* C’est que ça doit être le cas, alors…

 

*

 

Nous dînons des restes de la veille : saumon « Bellevue » et crudités, pain aux noix, le tout arrosé d’un Chardonnay du Chili, puis une part de bûche au chocolat noir de noir et un espresso.

Pendant qu’Amelia (elle m’a confié son prénom à la fin du repas) se relaxe dans un bain chaud, je débarrasse la table en écoutant distraitement la télé. Soudain, mon attention est attirée par un communiqué de la police judiciaire. La photo de mon invitée impromptue apparaît à l’écran et, d’après le commentaire, il s’agit de la responsable d’un quadruple assassinat qui, après avoir agressé une autre détenue, s’est évadée en fin de nuit. Elle serait toujours en cavale et extrêmement dangereuse. Cette information donne, ma foi, un tour plus intéressant à une anecdote, au départ, fort banale. Et ce n’est pas pour me déplaire.

 

*

 

Amelia me rejoint et, à la lueur apaisante du feu qui danse dans la cheminée en briques, nous discutons de tout et n’importe quoi. Lorsque le silence se fait plus présent, je lui propose d’aller nous coucher. Au moment d’entrer dans la chambre d’amis, elle se retourne et, dans ses magnifiques yeux marron, je perçois une expression qu’il m’est impossible de déchiffrer.

* Je peux dormir avec toi ?

Je n’ai jamais su dire non à une jolie brune (ni à une jolie blonde, d’ailleurs) qui m’invite – même à mots couverts – à passer la nuit avec elle.

 

*

 

La lumière du jour me réveille. Je suis content d’avoir gagné mon pari : je suis toujours vivant !

Amelia, ses cheveux noirs en désordre, m’observe en souriant d’une manière aussi énigmatique qu’hier soir.

* Bonjour, Phil…

* Bonjour, toi…

* J’aimerais te poser une question…

* Je t’écoute…

* Je sais que tu sais…

* Ah !

* Alors, pourquoi m’avoir hébergée au lieu de me dénoncer ?

* Parce que tu me plais… Et plus encore depuis nos ébats…

* Je suis une criminelle… Démente, de surcroît… J’aurais pu te tuer pendant ton sommeil…

* Rammstein, mon fidèle compagnon à quatre pattes, veille sur moi… Ses mâchoires sont la pire machine à broyer que je connaisse… Et je suis persuadé que l’attirance que j’éprouve pour toi est réciproque…

* Tu n’as pas tort !

Sa bouche effleure la mienne.

* Tu veux connaître mon histoire ?

* Bien sûr !

* J’ai été victime d’un viol collectif… Ils étaient quatre… Je les ai retrouvés, abattus et émasculés… Je voulais d’abord leur sectionner le sexe puis les achever mais je n’étais pas convaincue de pouvoir supporter leurs cris…

* Et ta « camarade » ?

* En prison, il y en a toujours qui veulent dominer… Je n’étais pas d’accord…

Elle se sert contre moi.

* Que vais-je devenir ?

* Et si tu allais te faire oublier au pays de tes ancêtres ?

* Tu viendrais avec moi ? La Ligurie est une des plus belles régions d’Italie…

* C’est une proposition séduisante…

* Mais sans papiers d’identité…

* Tu n’as sans doute pas été attentive au communiqué qui suivait celui te concernant… Il parlait d’un vol audacieux de diamants…

* Et ? Attends ! Tu veux dire que…

* Tout ce luxe autour de nous ne tombe pas du ciel… Et qui dit cambrioleur, dit aussi relations dans le milieu…

* Ti amo !

* Ce doit être une des seules choses que je comprenne dans ta langue, mon ange…

* Je t’en apprendrai d’autres…

Le soleil s’engouffre dans la pièce... Pareil à une promesse… La promesse que nous ne serons plus jamais seuls.

Philippe Wolfenberg

philippewolfenberg.skynetblogs.be

http://www.bandbsa.be/contes3/wolfenbergtete.jpg

Partager cet article
Repost0

Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND-Dernière partie

Publié le par christine brunet /aloys

grand-père va mourir

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Dernière partie

 

L’orage semblait ne vouloir jamais finir. Les coups de tonnerre étaient si violents qu’ils ébranlaient la petite chapelle. Les moutons s’étaient rapprochés des jeunes gens et, dans leur panique, les bousculaient sans ménagement. Yolande eut un faible sourire puis ferma tout à coup les yeux. Thibaut la sentit s’affaisser contre lui. Elle venait de perdre à nouveau connaissance.

 

Il l’allongea sur le sol. Les mains de la jeune fille étaient glacées. Son visage avait la couleur de la cire. « Il faut absolument la réchauffer, pensa Thibaut. Mais comment ? » Lui-même claquait des dents. Un mouton se jeta contre lui. Il l’empoigna par le cou. « Viens là, toi, tu vas servir à quelque chose. » Il traîna vers Yolande la bestiole qui se débattait, leva la tête de la jeune châtelaine et obligea le mouton à s’allonger de façon à former un oreiller. Quelques caresses et paroles douces suffirent à calmer l’animal. Voyant cela, les autres moutons formèrent un cercle autour des deux jeunes gens puis l’un d’eux s’installa contre Yolande, imité bientôt par quelques autres. « Parfait, se dit Thibaut. Ils vont la réchauffer rapidement. Il me faut seulement les empêcher de se coucher sur elle et de l’étouffer. »

 

« Descends au village, ordonna soudain la même voix qu’il avait entendu dans la tempête. Laisse-là ici, elle ne risque rien. Va chercher du secours auprès de tes semblables. »

 

Et, comme la première fois, Thibaut se sentit incapable de résister à l’attrait de cette voix. Sans songer un instant qu’il était torse nu, vêtu de son seul pantalon, il quitta l’abri de la chapelle et, bravant les trombes d’eau et les éclairs, se dirigea vaille que vaille vers le village.

 

Vu le temps, tout le monde était cloîtré chez soi. Nulle lumière derrière les fenêtres. On eût dit un village fantôme. Thibaut s’arrêta, désorienté. Où aller ? A quelle porte frapper ? Il se souvenait de l’accueil qui lui avait été réservé lors de sa dernière visite. Pourquoi les paysans auraient-ils changé ? Ils étaient toujours sous le pouvoir de la bague. Quel secours attendre d’eux ? « Essaie, dit la voix.  Qu’un seul d’entre eux te regarde et tout redeviendra normal. »

 

Alors, il arpenta les ruelles les unes après les autres, frappant aux carreaux, aux portes ; nulle réponse. Comme s’ils étaient tous morts. Il parvint devant la demeure de son ami Guillaume. Lui, lui, peut-être…

 

Mais Guillaume ne se montra point, pas plus que ses frères et sœurs ou ses parents. La pluie avait redoublé de violence, comme si le ciel ayant décidé d’imposer à l’humanité un nouveau déluge, avait ouvert toutes ses écluses.

 

Longtemps, il parcourut le village. Il n’entendit personne, ne vit personne. A la fin, il renonça et, transi de froid, reprit le chemin du sanctuaire. Alors qu’il en discernait déjà les contours à travers le rideau de pluie, la voix s’éleva de nouveau. « Tu as fait ce que tu devais faire. Ferme les yeux, sors la bague de ta poche, et pose là sur le sol. Ne la regarde surtout pas. Tourne-toi et reviens dans la chapelle…»

 

« Je deviens fou, pensa Thibaut. Pourquoi continuer à obéir à ces ordres qui viennent de nulle part ? Je suis allé au village et rien ne s’est passé. »

 

« Obéis, reprit la voix avec une telle autorité que le jeune homme ne put retenir un tressaillement. Ne te pose pas de questions. Abandonne la bague comme je te l’ai dit. »

 

Pouvait-il résister à cette injonction ? Il n’essaya plus. Ayant fidèlement exécuté l’ordre de la voix, il rentra dans le sanctuaire. La porte se referma sur lui. Intrigué, il essaya en vain de la rouvrir. Elle était bloquée.

 

Il devait être midi passé et pourtant, l’obscurité était plus profonde que s’il avait été minuit. Le sanctuaire était plongé dans la pénombre. Seule une petite ouverture en haut d’un mur pouvait laisser pénétrer un peu de lumière.

 

Yolande était sortie de son évanouissement. Thibaut, assis près d’elle, le dos contre l’autel de la Vierge, sentit sa main qui cherchait la sienne et la lui abandonna sans restriction. Elle était chaude, douce.

 

« Pourquoi fait-il si noir ? demanda Yolande. Est-ce la nuit ? »

 

« Non. Mais il va se passer quelque chose de terrible et je ne sais pas quoi. »

 

A peine avait-il prononcé ces mots que la terre sembla soudain se gondoler sous eux. Pendant quelques secondes, ce fut l’épouvante absolue dans la chapelle, moutons et êtres humains mêlant en un chœur discordant bêlements et gémissements. Et puis, tout s’arrêta. La pluie cessa, le tonnerre se tut. Un silence de mort tomba sur la montagne. Thibaut tourna la tête vers la lucarne. Une étrange lueur verte, glauque, descendait lentement du ciel vers la terre. Elle semblait vouloir s’étendre sur la contrée entière.

 

Le coup de tonnerre qui éclata soudain était si épouvantable que le sanctuaire faillit voler en éclats. Les murs vacillèrent, la charpente craqua, comme si elle allait s’effondrer. Et puis, il y eut ce bruit. Cet autre bruit qui n’était pas celui du tonnerre. On eût dit un torrent en fureur qui dévalait les pentes de la montagne. « Une avalanche, pensa Thibaut. L’orage a déclenché une avalanche de rochers… » Le vacarme allait grandissant, il se rapprochait de seconde en seconde. La chapelle fut de nouveau secouée de tremblements insensés. Tout bougeait autour d’eux et les moutons clamaient leur panique avec des cris qui ressemblaient à ceux d’un être humain.

 

Yolande s’était redressée, s’était jetée dans les bras de Thibaut. Ils se serraient l’un contre l’autre, terrifiés, essayant de garder leur équilibre, malgré les soubresauts de la terre, devenue folle elle aussi. Ils s’accrochaient comme ils le pouvaient au rebord de l’autel mais ils savaient qu’ils n’allaient pas tenir bien longtemps si les secousses continuaient avec la même violence.

Yolande sentit une main s’emparer de la sienne, la tenir fermement. Au même moment, la main droite de Thibaut fut saisie à son tour dans une étreinte implacable. Et tout autour d’eux, c’était le chaos.

 

Enfin, tout cessa. Comme par magie, l’obscurité disparut en un instant, laissant place à  la lumière de midi. Thibaut redressa la tête. Ce qu’il vit le frappa de stupeur.

 

La statue de la Vierge Noire avait décroisé ses bras et c’était ses mains qui maintenaient fermement les deux jeunes gens contre l’autel. Thibaut ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, le prodige avait disparu et la statue avait repris son éternelle immobilité.

 

Tout danger semblait être écarté. Les moutons s’étaient calmés et se pressaient vers la porte, comme s’ils avaient compris eux aussi qu’ils pouvaient quitter leur abri.

 

Abandonnant Yolande, il se leva et essaya d’ouvrir la porte. Cette fois, il ne rencontra aucune résistance. Avec des bêlements de joie, les moutons se précipitèrent à l’extérieur et s’éparpillèrent autour de la chapelle.

 

Sur le seuil, Thibaut cligna des yeux, ébloui par la lumière du soleil. Lorsqu’il put enfin contempler le paysage qui s’étendait devant lui, il ne put retenir un sifflement d’étonnement et de terreur.

 

Tout avait disparu. Le village n’existait plus. Le promontoire rocheux sur lequel le château s’élevait autrefois s’était effondré. Il ne restait rien que la montagne, les pans vertigineux de la montagne. Il fit quelques pas en avant. A vingt mètres devant lui, c’était le précipice. Le chemin qui conduisait au village avait disparu, ce n’était plus qu’un amoncellement de rochers. Mais la gigantesque pierre sur laquelle, il s’en souvenait, il avait déposé la bague était toujours là. En son centre, il y avait un trou, bien rond ; et au fond, des cendres que le vent commençait à disperser ça et là.

 

L’avalanche avait tout emporté. Le tremblement de terre avait tout détruit. Et, chose incompréhensible, le torrent de pierres avait contourné la chapelle à droite et à gauche pour se précipiter vers le bas de la montagne. Il ne restait de la catastrophe que le sanctuaire de la Vierge Noire.

 

Il sentit un corps se presser contre le sien. Yolande venait à son tour de sortir et, très pâle, silencieuse, elle contemplait elle aussi ce qui restait de leur univers. Elle posa sa main sur le bras de Thibaut. « Qu’allons-nous devenir, toi et moi ? » murmura-t-elle. Il se tourna vers la jeune fille.

 

La plaie à la tête avait disparu. Celle de l’épaule s’était refermée. Elle était de nouveau Yolande, la fille de Sire Hugues, celle que tout le monde aimait et Thibaut plus encore que les autres.

 

 

« Nous allons tout recommencer, répondit-il doucement. Ensemble ».

 

 

Didier FOND

fonddetiroir.hautetfort.com


 

Publié dans Feuilleton

Partager cet article
Repost0