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"Toujours aussi jolie", dernier épisode du feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Episode IV : Rue Léon Bernus, numéro 68

Qui ? Qui a glissé ce courrier dans sa boîte aux lettres ? En quelques secondes, tout se confond dans sa tête, des images se chevauchent, le visage de l’inconnu, fantôme de Marcus, et ce carton sur lequel elle lit : Toujours aussi jolie. C’est vrai que cette ville n’est pas une mégapole, que Virginia traîne dans les rues plusieurs heures par jour et que les rumeurs roulent aussi vite que des billes sur un trottoir. Virginia relève la tête et observe tout ce qui bouge autour d’elle, comme si l’auteur de la missive (elle n’imagine pas un seul instant que ce soit une femme) attendait béatement, accoudé au bar, un verre de bière devant la tronche. Ensuite, son regard dévie du côté de la fenêtre. Dans la rue de Marcinelle, à cette heure, ça défile. Chacun déboule, un sandwich entre les dents. Personne ne tourne la tête vers la grande fenêtre de La quille…

— Hello, Virginia !

Virginia sursaute, elle qui croyait tout spéculer autour d’elle se laisse surprendre par l’arrivée de Piet.

— Oh Piet, j’étais perdue dans mes pensées !

— Virginia, dit-il tout en se penchant pour l’embrasser, tu es toujours aussi jolie…

Un silence, un blanc, un malaise.

Virginia ressasse les trois mots, les mêmes que ceux qu’elle vient de lire sur le carton. Elle décide de ne pas tergiverser et de trancher. À la minute.

— C’est donc toi, sacré coquin !

— Moi ? Moi ? dit Piet, l’air étonné, tout en s’asseyant en face de Virginia et en pointant son index en plein milieu de sa poitrine, sur un des grands boutons noirs de son manteau de cuir. Qu’est-ce qu’il a encore fait, ce drôle de Piet ? rétorque-t-il en ricanant.

— Arrête, c’est toi ! Tu m’as vue déambuler dans les rues il y a deux ou trois jours et tu m’as suivie. Tu as ensuite glissé ce carton dans ma boîte aux lettres…Mais si c’est toi, ce n’est pas grave…De toute façon, ce n’est pas grave, même si ce n’est pas toi…Disons que tout simplement, je voudrais connaître l’auteur de ces trois mots !

À ce moment, elle tend à Piet le carton aux lettres couleur rose bonbon.

Piet prend un air sérieux et ne voit même pas le garçon qui s’approche de la table.

— Bonjour, que prenez-vous ?

— Oh, excuse-moi, un déca, merci !

Piet retourne le carton, rien au verso, et pas de signature.

— Rien de mal à cela…Quelqu’un pense que depuis ces dernières années, tu n’as pas changé, tu es toujours aussi jolie, voilà tout ! Tu ne dois pas mener une enquête policière pour ces trois mots ! Qui disent la vérité…Tu es toujours aussi jolie ! Une jolie frimousse !

— Oui, tu as raison, je deviens parano…Mais il n’y a pas que ça !

— Oh la, du calme ! Tu débarques dans la ville après plusieurs années d’exil…Et il t’arrive déjà des trucs…C’est vrai que…

Et de grandes vagues de tristesse traversent le bleu de son regard. Piet a passé de longues soirées avec Marcus et Virginia, et il a aussi partagé leurs projets, toutes ces heures de folie…

— Je devine à qui tu penses…Moi aussi, je ne cesse de penser à Marcus ! Piet, Marcus est-il mort ?

— Tu rigoles ou quoi ?

— Non, je ne rigole pas, justement…

En deux secondes, Virginia flanque sous le nez cette fameuse photo, celle où le visage de Marcus est presque visible. Piet ne lâche pas l’appareil. Il pâlit et reste muet.

— Alors, troublant, pas vrai ?

— Ça ne veut rien dire, ce n’est qu’un visage aux traits vraiment très flous, parmi la foule...

— Je suis folle, c’est ça ?

— Non, je n’ai pas dit ça…Ecoute, Virginia…Tu veux venir chez moi, ce soir ? On sera plus à l’aise…

— Si tu veux, ce sera mieux qu’ici, oui. Tu habites toujours cette rue coupe-gorge, derrière le boulevard Tirou ?

— Non ! J’habite rue Léon Bernus, numéro 68 !

— Ok, je vois très bien…

A ces mots, Virginia sent son cœur chavirer. Depuis son retour au pays, rien ne lui sera épargné.

Ce soir-là, Virginia se rend au 68, rue Léon Bernus. Une ancienne maison de maître, juste à côté des maisons que Marcus et elle désiraient acheter afin de les aménager en salles d’expositions. La porte est entr’ouverte…

— Piet ?

— Piet n’est pas encore arrivé, mais rentre, première porte à gauche…

Virginia hésite, son cœur bat la chamade, cette voix…Non ! Ce n’est pas possible ! Virginia se sent paralysée, elle pousse doucement la porte…

— Oh, Marcus, j’en étais certaine !

Après de longues, de très longues embrassades, vient le temps des explications…

— Marcus, ta tombe, pourquoi ces mystères, pourquoi, pourquoi ne m’avoir rien dit ! Comment cela se peut-il ? J’ai tellement souffert !

Marcus s’assoit sur le canapé et entraîne sa belle…

— Juste avant de te rejoindre, j’ai plongé dans la Sambre pour sauver un pauvre type, mais trop tard, il s’est noyé. Mon père s’est arrangé pour reconnaître le corps du type comme étant mon propre corps, afin que je disparaisse pour toujours…Cela l’arrangeait. Moi aussi… Je ne voulais pas que tu vives ta vie avec un con de ma trempe, tu méritais mieux. Mais tu vois, j’ai bossé dur, sous une autre identité… Piet m’a aidé ! On vient d’acheter cette baraque, ce sera une salle d’expos…La semaine dernière, je t’ai vue, tu sortais de ton immeuble. Voilà, tu sais tout.

Virginia reste silencieuse. Elle pose sa tête contre la poitrine de Marcus. Quelque chose vient cogner contre sa joue. De la poche de son mec à elle, elle sort un gros marqueur fluo. Couleur rose bonbon.

FIN

Carine-Laure Desguin

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"Toujours aussi jolie", épisode 3, un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Episode III : Trois mots, pas un de plus

Ses pas l’amènent jusqu’à la rue de Marcinelle et puis vers le quai de Brabant. Elle se demande alors pourquoi elle fait ce détour pour se retrouver là, à quelques pas de la place Buisset. Le hasard ? Croiser des gens, détecter des visages, revoir Marcus ? Inconsciemment, c’est ça, oui, c’est bien ça. Marcus revit en elle, minute après minute. Quai de Brabant, Virginia s’attarde devant la maison du Hainaut et puis, un peu plus loin, elle remarque un groupe de touristes, ce sont des Japonais, ils ont le regard braqué sur des travaux de démolition et leurs appareils-photos surchauffent à plein tube. Au milieu d’eux, un guide explique qu’ici même, une fois la banque nationale rénovée, un haut lieu culturel verra bientôt le jour. On sait déjà que Yolande Moreau sera la marraine de ce temple cinématographique, ce ne sont donc pas que des promesses ! Virginia reconnaît le guide. Oh oui, c’est lui, cette dégaine, cette gueule moqueuse et provoc, c’est bien le Piet. Piet, ex-taulard, ex-drogué, un pote avec qui Marcus et elle remodelaient le monde…Virginia ne peut s’empêcher de prendre des dizaines de clichés, elle matraque de son flash tous les visages qu’elle croise, même ceux des Japonais. On n’sait jamais…

Piet, elle s’en approche en ne désarmant pas son appareil. Dix ou douze clichés de Piet à chaque pas.

— Virginia ? Virginia ? répète la voix avec un accent flamand.

— Piet!

— Virginia ! Si je m’attendais ! continue-t-il, le sourire aux lèvres.

— Oh Piet ! Piet ! Tu n’as pas changé, ton long manteau de cuir noir...Dis-moi, quelle reconversion mon vieux ! Ça te change de faire la manche sur le pont Baudouin ! Te voilà guide pour la ville de Charleroi ! Tu vois, l’art mène à tout !

— C’est juste pour faire visiter les ruines ! Non, je rigole…Je m’occupe, tu vois…L’art ne paie pas, tu sais bien…Virginia, si tu es libre, on peut boire un verre ensemble, depuis tout ce temps…Mes japonais s’impatientent…Ils n’ont que deux heures à passer ici et ensuite, ils filent vers la capitale ! Dans une heure à La quille, ok ? Tu as le temps ?

— Bien sûre que j’ai le temps ! La quille, c’est rue de Marcinelle, si mes souvenirs sont bons ?

— Bongo !

— Bingo, Piet, bingo !

— Je dis ça exprès, tu te souviens pas de mes conneries à la flamande ?

Virginia est ravie et pour un peu, elle oublierait pourquoi ce petit vent printanier lui pique les yeux. Tout se bouscule tellement, son retour dans cette ville, le visage de cet inconnu qui se confond avec celui de Marcus, et à présent, voilà qu’elle rencontre par hasard ce Piet. La vie prend de ces tournants parfois, comme c’est étrange. Virginia ressent en elle de grands remous, elle pressent, comme si des milliers d’antennes plantées dans son corps faisaient écho avec l’univers en entier, que des changements surviendront bientôt dans sa vie. Un nouvel amour ? Qui sait ? Après tout, être fidèle à un fantôme comporte des avantages, mais aussi, hélas, des inconvénients. Parfois, le soir, la solitude est écrasante…Elle se dit que finalement, ces photos insolites viennent pimenter son destin, que rien n’arrive par hasard, que ce hasard n’existe pas, qu’il n’est que le reflet de nos pensées…

La silhouette de Virginia s’infiltre dans ces rues étroites, ce labyrinthe situé entre le quai de Brabant et le centre-ville, dans lequel viennent se perdre des individus à la recherche d’une fille ou l’autre. Elle tape un œil vers la rue François-Joseph Navez et, au fur et à mesure qu’elle respire les poussières de Charleroi, de grands projets viennent claquer dans son esprit.

— Un mazout, merci ! lance-t-elle au garçon derrière le comptoir.

Virginia jette un œil sur son gsm et se dit que de toute façon, personne ne la contactera. Ses amis de New-York l’oublieront bien vite et ici, qui pourrait l’appeler ? A part le proprio …

Le visage de Marcus réapparaît devant ses yeux, elle sort de sa poche son appareil-photos et elle ne peut s’empêcher de fixer la troisième photo. Qu’elle zappe, se disant que tout cela devenait obsessionnel. L’enveloppe de tout à l’heure est sortie en même temps que l’appareil-photos. Elle l’ouvre. Stupeur ! Non timbrée, et…

Virginia reste bouche bée. Elle avale deux longues gorgées du mazout que le garçon vient de déposer sur la table. Est-ce possible ? Dans l’enveloppe, un carton sur lequel sont inscrits trois mots. Trois mots, pas un de plus. En lettres capitales et au marqueur fluo rose bonbon :

Toujours aussi jolie

Fin épisode 3

Carine-Laure Desguin

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"Toujours aussi jolie", épisode 2, un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Episode II : Marcus est partout, partout

Tout cela s’est passé si vite, si vite. Marcus est mort. Jamais elle n’aurait dû partir deux semaines à Londres cet été-là, jamais. Mais ses vieux avaient insisté, ses résultats en anglais étaient plus que désastreux, tout cela devait changer sinon…Sinon quoi ? La prison ? Le bagne ? La vérité, c’est qu’il fallait par n’importe quel moyen séparer les deux ados. Tout cela devenait infernal, et le petit cercle de bourges auquel appartenait leur parent respectif l’avait décidé. Tous, un soir, chacun le nez vissé dans une aristocratique partie de bridge, l’avaient décrété, il fallait une solution, plus personne ne couvrirait les conneries de ces deux morveux, ces imbéciles avaient dépassé les bornes. Cambrioler les maisons des joueurs de bridge, ceux qui se rassemblaient à la taverne du Prince Baudouin tous les mercredis soir, un comble ! Et de surcroît tous étaient des amis intimes de leur famille, non, c’était insupportable. Tout cela pour l’amour de l’art ! Pour acheter une rangée de maisons rue Léon Bernus et donner du mouvement aux arts graphiques et aux arts plastiques ! Parce que ces maisons étaient couronnées de sgraffites précieux et qu’il fallait préserver ce patrimoine ! Séparer ces deux utopistes, voilà, il fallait les séparer. Ils n’avaient dans leur tête que des idées saugrenues, à mille lieues d’une situation concrète et lucrative. Oh, les Uittebroek n’avaient qu’à envoyer Virginia à Londres durant l’été, ce n’était pas bien compliqué.

Virginia avait accepté car Marcus avait prévu de la rejoindre cinq jours plus tard. Il n’est jamais arrivé. Jamais. En ressassant toutes ses images, Virginia balance le pc de l’autre côté de ce vieux divan de récup, tape ses pieds sur la boîte à bananes qui lui sert de table de salon et elle fume clope sur clope, tout en sanglotant de plus en plus. Elle aurait tellement aimé être aux côtés de Marcus ce jour-là et mourir avec lui, oui, c’est ça, mourir avec lui. Mourir contre lui, comme dans les grandes histoires d’amour. Une fois revenue dans cette ville qui n’était plus pour elle qu’une ville fantôme, Virginia a préféré filer à New-York, une métropole où tout était permis et puis, Marcus et elle rêvaient souvent de cette grosse pomme, juteuse et croquante. Photographier New-York. Flâner dans Manhattan, survivre dans le Bronx. New-York et ses taxis jaunes. New-York qui ne dort jamais. Et aujourd’hui, une fois le rêve américain avorté, la voilà atterrie ici, sur la place Buisset, à Charleroi. Consolation, c’est à deux pas de l’endroit où se situait le Cabaret-Vert, celui-là même où Rimbaud s’installa pour grignoter son jambon-beurre. Un quartier que Marcus et elle fréquentaient, justement à cause de Rimbaud, de ses fantaisies, de son jambon-beurre et de ses longues marches, sous la Grande Ourse.

C’est le mal du pays, le besoin de respirer dans des endroits bien ancrés en elle qui l’ont ramenée ici. La Grande Ourse couvre la planète entière disait Marcus, il suffit de dévisager les ciels car les ciels, ce sont de longs corps qui ne demandent qu’à être caressés par la douceur de nos yeux. Pour mieux conjurer tout ça, tous ces souvenirs, voir plus clair en elle-même et espacer ces flashs d’hier qui lui barrent la route, Virginia s’approche de la grande fenêtre, celle qui s’ouvre sur l’esplanade de la gare. Durant quelques minutes, elle regarde les étoiles et puis son regard se rive sur le pont Baudouin. Elle aperçoit des silhouettes, elle devine des claudos qui font la manche devant les navetteurs, elle veut détailler leurs gestes, leurs mimiques...Marcus est partout, entre deux SDF, sur le pont, devant la gare, Marcus est partout.

Elle se cogne la tête contre la vitre. Et son regard voyage. Tous ces travaux de mégalo, un chantier titanesque, quelle horreur. Cette ville est vraiment devenue une caricature de je-ne-sais-quoi, se dit-elle, pour se ressaisir. A ce moment-là, l’envie de sortir la tiraille. Plus que tout elle veut arpenter les rues, toutes les rues. Elle jette un œil sur le tas de cendres qui s’accumulent dans la boîte de conserve vidée de ses sardines qui fait office de cendrier, enfile le premier sweat venu, passe la main dans ses cheveux roux coupés courts afin de leur donner un soupçon de convenance et en quelques minutes, elle se retrouve dans le hall de l’immeuble. Des publicités dépassent de sa boîte aux lettres, elle les attrape, glisse dans sa poche la seule lettre, déjà une facture se dit-elle, et la voilà dans la rue du Collège. Elle tape le tas de pubs inutiles dans la poubelle, devant la mine indignée d’une petite vieille qui réajuste son foulard couleur léopard. Le regard de Virginia se brouille, ses yeux rougis lui font mal, elle renifle encore et essuie ses morves avec la manche de son sweat bleu clair. Ça lui fait vachement plaisir d’acter dans la rue des petites saloperies comme ça. Pour un peu, et si ces maudites photos n’envahissaient pas ces neurones, elle pousserait sur le bouton de toutes les sonnettes des immeubles, le coup classique…

De ce côté de la ville basse, des dizaines de maisons sont abattues. Un giga centre commercial verra bientôt le jour. En attendant, le quartier ressemble à un ghetto, avec des courants d’air qui déboulent de partout, des graffitis de toutes les couleurs sur le peu de murs qui subsistent (Virginia trouve tout cela fort élégant), et des badauds qui s’extasient sur l’ampleur des dégâts. Sur la Place Albert 1er, le marché du jeudi matin replie ses boutiques. Virginia balaie du regard l’horizon, son sentiment est plus fort que tout et renaît à la vitesse de la lumière. Marcus est partout, partout. Dans les reflets des vitrines, aux terrasses des cafés, partout. Ce visage sur la photo, cet homme qui semblait se cacher derrière un autre ou fuir peut-être, c’était celui de Marcus. Pourquoi l’aurait-elle remarqué si ce n’était lui ?

Fin épisode 2

Carine-Laure Desguin

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"Toujours aussi jolie", un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Carine-Laure Desguin
Carine-Laure Desguin

Episode I : Ce visage, elle le reconnaît. Est-ce possible ?

Ses petits doigts nerveux clapotent sur le pc et, à mesure que les photos se dévoilent, elle sent monter en elle comme une fièvre, pire encore, sa tête est comme une fournaise ardente, que des pelletées de charbon, lancées à intervalles réguliers, empêcheraient de se refroidir. Ces photos prises hier soir, dans la salle des pas-perdus de la gare du sud, elle les agrandit, les renverse, les triture dans tous les sens. Ce visage, là, au milieu de la foule grouillante, juste derrière la tronche anguleuse d’un grand binoclard, ce visage, elle le reconnaît. Mais est-ce possible ? Non, c’est impossible, complètement impossible ! Et pourtant, ces yeux, qu’elle devine verts et frondeurs, ce regard provocateur…C’est une illusion, un rêve, un désir. Oui, c’est ça, un désir. C’est la projection de son désir qui débarque dans la vraie vie. On a tous été victimes de ce leurre un jour ou l’autre, c’est l’histoire de l’assoiffé qui fantasme devant une oasis, en plein désert…Mais ce visage, non, non, c’est impossible ! La quatrième dimension, les apparitions de spectres, basta ! Nous sommes en 2014, bordel ! La jeune femme se pince, se gifle. Elle visionne encore et encore ces photos, se colle les yeux sur l’écran.

Dans ce grand appart du dixième étage de la tour Centre-Europe, un appart plein de la lumière blanche de ce printemps précoce, Virginia scrute encore chaque millimètre carré de la troisième photo, celle où le grand binoclard courbe un peu le dos et laisse entrevoir l’image moins floue d’un visage, celui de l’homme campé juste derrière lui. A présent Virginia hésite, ses certitudes s’estompent, ses rêves s’effritent et, après ces longues minutes partagées entre exaltation et désespoir, elle se raisonne.

Marcus est mort. Mort. Il ne reviendra plus jamais traîner dans cette ville. Marcus est mort. C’est bien son nom qui est inscrit sur le grand caveau familial du cimetière de Charleroi-Nord, Marcus Stordeur. Un caveau énorme, imposant comme un mausolée, presqu’aussi grand que celui de ces hommes illustres qui ont donné du punch à cette ville, des hommes comme Jules Destrée, Joseph Tirou, et Emile Vandervelde, pour ne citer qu’eux. Les Stordeur n’avaient pas lésiné, comme d’habitude. On est notable ou on ne l’est pas. Marcus, avec ses idées d’anar et ses larcins dévoilés au grand jour leur avait jeté la honte et quelque part, Virginia le savait, ça les arrangeait tous que Marcus disparaisse.

D’ailleurs, quand elle a quitté la ville après la mort de Marcus, elle en mettrait sa main au feu, ils ont tous ressentis un réel soulagement, aussi bien les Stordeur que les Uittebroek, ses parents à elle. Virginia le savait, sa présence, même amputée de celle de Marcus, ça les aurait tous gêné, leur belle réputation aurait perdu de son aura. Des gosses qui crachent sur l’univ et qui postulent pour un art libre, un art pour tous, un art libérateur, ça doit s’éclipser, ça doit se fondre dans le néant ou alors ça doit courber l’échine et rentrer dans les modèles conformes aux idées de la bonne société.

Marcus est mort. Elle se répète cette phrase des centaines de fois. Et des sanglots commencent à l’étrangler. Qu’elle ne peut réprimer. Alors, à la fois furieuse après elle-même et dépitée, elle sort de la poche de son jeans, à la façon d’un mec, son paquet de Marlboro, celui acheté la semaine dernière à l’aéroport. C’est sa première clope depuis son retour sur les lieux de son enfance, trop occupée à déballer ses cartons. Et de plus, s’installer dans cet appart, cela entraîne les sacro-saintes formalités, tous ces papelards inutiles, l’attente dans les bureaux de la maison communale, les mines excédées des employées lorsqu’elles lisent les documents des expatriés…

Presque dix ans que Virginia a quitté le Pays Noir, the Black Country comme lançait Marcus, juste pour agacer ses vieux, pendant le repas dominical. Après la disparition de Marcus, Virginia est partie comme ça, sur un coup de tête, pour en faire baver à ses vieux qui, de toute façon l’auraient enfermée dans ces espèces de maisons de jeunesse pour gosses turbulents. Virginia a préféré trancher elle-même. Elle n’en pouvait plus, elle étouffait. Tous ces endroits qui lui rappelaient les heures passées avec Marcus, ça devenait intolérable. Alors elle s’est tirée, en prenant bien soin de piquer du pognon sur les comptes de ses vieux. Le pire, c’est qu’ils ne l’ont même pas recherchée, cette fille rebelle.

Fin du premier épisode.

Carine-Laure Desguin

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Alain Delestienne : Ecrire, pour moi, c’est jouer et travailler avec des mots et des phrases pour « fabriquer » du sens, de la beauté...

Publié le par christine brunet /aloys

Alain Delestienne : Ecrire, pour moi, c’est jouer et travailler avec des mots et des phrases pour « fabriquer » du sens, de la beauté...

Alain Delestienne, c'est d'abord un nom, sur facebook et des commentaires pertinents sur tel ou tel titre présenté... et cela, c'était bien avant que je n'apprenne qu'il allait faire partie de la grande famille Chloé des lys ! Le projet se concrétisant peu à peu, je lui ai demandé de présenter son livre et son approche de l'écriture. Et voilà ce que ça a donné !!!!

Qui es-tu ? Je suis né en 1949 à Virginal (Brabant, Belgique) dans une famille nombreuse. Maman nous faisait la lecture avant que nous ne sachions lire, papa avait un grand coffre bourré de livres. J’ai, très jeune, aimé l’écriture et les livres. J’ai donc fait des études secondaires littéraires. A défaut d’être professeur de français, j’ai été successivement instituteur, employé de bureau et fonctionnaire.

Qu’as-tu écrit ? J’ai écrit une autofiction au départ de mon quotidien des années 2008, 2009. Je me suis vite écarté de la stricte réalité pour reconstruire en quelque sorte aussi bien l’environnement que les personnages en allant même jusqu’à une timide incursion dans le fantastique.

Tu en dis quelques mots ? Un sexagénaire assez isolé se sent vieux à cause de la fatigue qui lui colle à la peau. Il rencontre sur internet une jeune-femme avec qui il prend plaisir à parler et commence à lui raconter sa vie par écrit sur un blog. Le fait d’écrire va lui faire prendre du recul et il va se rendre compte qu’il y a plein de belles choses dans sa vie. La contemplation de la nature, des rencontres et des conversations agréables, de beaux souvenirs d’enfance, des tranches de vie enrichissantes avec ses quelques amis, … Et surtout, les vacances à la mer avec ses deux filles avec qui il connaîtra des aventures, du rire, du bonheur.

Depuis quand écris-tu ? De façon tout à fait confidentielle, depuis les années 1990 où j’ai entamé une correspondance presque quotidienne avec ma fille cadette alors que nous vivions sous le même toit ! Les nombreux carnets que nous avons noircis n’ont jamais quitté la maison.

Un déclencheur ? Oui, le déclencheur, qui a un rapport avec mon intérêt pour les branches de la linguistique, est une orthographe 100% phonétique que je « m’étais inventée » et que j’avais envie d’utiliser après l’avoir apprise à mes deux filles.

Cela veut-il dire que ton roman utilise cette orthographe ? Non, pas du tout, il ne serait pas lisible parce que cette orthographe demande quand même un tout petit apprentissage et, pour la lire et l’écrire aussi vite que l’orthographe normale, il faudrait l’avoir pratiquée depuis l’école maternelle. Cela ne m’a pas empêché d’écrire tout mon récit une première fois avec « mon » orthographe et de le retranscrire ensuite en orthographe traditionnelle. Je l’utilise encore actuellement pour ma liste de courses ou pour envoyer un texto à mes filles. N’étant pas linguiste, je précise que je confonds peut-être les mots phonétique et phonologique. Le principe est « un phonème – une lettre » en partant des 26 lettres de l’alphabet du français. Quelques lettres ont disparu, mais surtout 3 accents ont été ajoutés qui malheureusement n’existent pas sur un clavier d’ordinateur. Par exemple, un trait horizontal pour un son long, un petit serpent pour nasaliser une voyelle (a – an, u bri – un brin), un petit v pour transformer un phonème en un phonème parent ( u – ou, lu – loup ; le w de joie ou de juin ; le o de pot ou de peau). J’ai résolu entre autres la fermeture du a pour passer de patte à pâte en allongeant le a de pâte.

Afi, je ne vè pas m étèrnizé, j é déja été tro lo. S’il y avait les accents magiques, 10 pages de texte te suffiraient amplement pour avoir tout assimilé sans aucune explication de ma part. Espérons que l’Académie française ne tombe pas sur une copie de l’interview ou nous allons nous faire excommunier !

Par ailleurs, n’est-il pas compliqué (si ce n’est pas le cas) de revenir à un style « classique » après avoir titillé la simplicité ? Pour le style proprement dit, cette fantaisie orthographique n’a rien changé. Ce qui a changé pour moi, c’est une dégradation de mon orthographe d’usage due au fait que pendant des années, je n’ai plus dû faire attention aux difficultés de notre orthographe française. J’utilise désormais très régulièrement l’un ou l’autre dictionnaire.

Et puis comme je suis curieuse, tu me proposes un exemple ???? Le premier paragraphe de mon livre ??? Attention, tiens-toi bien !

Sa fezè déja pa mal d ané mitena c il pasè sè matiné a regardé par la fenètre de la cwizin, asi sur u taburè dur é icofortabl. Il s évèyè latma a n écuta la radyo é a parla de ta z a ta avèc sè hyi. Ivèr com été, il uvrè tut grad la port pur profité de l èr frè é sortir pe a pe de sa torper. Le café é lè sigarèt fezè le rest. Il è vrè c il n étè plu tu jen é ce sè fors l avè t abadoné.

Je précise enfin qu’il ne s’agit pas de sténographie. Il suffirait que je t’écrive le même paragraphe à la main en plaçant « mes » accents magiques pour le montrer.

Définis le mot « écriture ». Ecrire, pour moi, c’est jouer et travailler avec des mots et des phrases pour « fabriquer » du sens, de la beauté, de la force pour la pensée, de la joie, de l’humour, du bonheur,… pour moi-même et, bien sûr, pour l’autre.

Définis ton style. Influencé principalement par les classiques des 19e et 20e siècles, je pense que mon style est classique avec quelques libertés et fantaisies personnelles. Débarrassé, j’espère, d’éléments qui, en ce 21e siècle, pourraient être ressentis comme lourds et désuets.

Allez… Je ne peux m’empêcher de t’en demander un échantillon… de ces libertés, hein… « C’eût été la république des arbres, mais une république vraiment « arbrocratique ». » « … et où accrocherait-il les mangeoires quand l’hiver reviendrait ? (C’est ce que vous saurez …) « Patience, patience (on est en vacances, non ?), … » « il ne pouvait s’empêcher de chercher … quoi ? » « Pour ne pas attrister ses lecteurs par ses propres propos profonds, … »

Facile ou compliqué d’être lu ? Ce sera probablement assez compliqué. Un nombre important de lecteurs potentiels se sont délocalisés vers le tout audio-visuel. La multiplication des loisirs laisse moins de temps pour la lecture. Ce n’est pas nouveau, mais des élèves ou étudiants d’aujourd’hui lisent avec trop de difficulté, ont trop peu de vocabulaire pour aimer lire. Enfin, un indice qui n’a pas de valeur statistique : sur un échantillon de 25 personnes proches, 10 seulement ont diffusé le texte de l’interview réalisée avec Bob Boutique.

Là, je vois ce que tu veux dire. Mais ce n’est pas là que je voulais t’emmener mais vers un aspect compliqué de l’écriture, et même de la production artistique en général : l’écrivain (l’artiste) met pas mal de lui-même dans son œuvre. N’est-il pas compliqué de se livrer ainsi aux yeux de parfaits inconnus… et même de son entourage ? Oui, tout à fait, et encore plus pour les timides, dont je fais partie, qui ont très peur de donner une mauvaise image d’eux-mêmes et d’être méprisés. Mais après des années de réflexion et de travail sur moi-même, je me suis senti capable au moment où j’ai commencé mon récit (59 ans) de montrer une partie de moi-même au public et à mon entourage sans crainte du jugement de l’autre. Je n’ai toutefois pas osé, comme en sont capables certains écrivains, exposer des aspects trop intimes et j’ai également filtré ce qui concernait mes personnages qui ont un alter ego dans la vie réelle, par respect pour leur vie privée. De toute façon, le personnage d’Henri dans le récit n’est pas exactement le Alain qui te parle pas plus qu’il n’est le Alain qui se regarde dans le miroir le matin. Et le Alain qu’on découvrirait après 20 ans de psychanalyse serait encore différent. Enfin, mon profil est de toute façon partagé par de très nombreuses personnes et n’a rien d’extraordinaire.

Tu dis que certains personnages ont leur alter ego dans la réalité. Comment crées-tu tes personnages ? Au départ, il n’y a pas eu de création dans la mesure où la plupart de mes personnages sont réels. Mais très vite, je me suis aperçu que je les modifiais partiellement afin qu’eux-mêmes et un lectorat éventuel sentent surtout le regard positif réel que je porte sur eux. En d’autres mots, je les ai construits pour faire ressortir leurs qualités, leur valeur. A contrario, le personnage d’Henri, ton serviteur, a peut-être parfois été noirci pour mieux montrer son évolution vers un état plus heureux. J’ai fait de même avec l’environnement, les événements et les actions du récit. Pour conclure, sans fausse modestie, je dirais que j’ai fait un travail de construction plutôt que de création.

Comment s’est imposée ton histoire au point de devoir la coucher sur le papier ? Vers 2005, j’ai rencontré sur internet quelques personnes avec qui j’ai sympathisé. Deux plus particulièrement, une jeune-femme de 25 ans et une femme de mon âge, avec qui j’ai très vite eu des conversations presque quotidiennes. Je me suis rapidement demandé si je parlais vrai ou si je présentais un personnage susceptible de conserver leur amitié. Je me suis posé la même question sur la manière dont je me voyais moi-même. « Ai-je vraiment raté ma carrière professionnelle ? Suis-je vraiment condamné à rester timide et isolé jusqu’à la fin de mes jours ? Suis-je réellement altruiste ? Ai-je raté mon mariage parce qu’il n’a duré que 20 ans ? Est-ce bien exact ce que je pense avoir fait pour mes filles ? … ». Pendant ce temps, j’avais redécouvert le plaisir d’écrire et aussi le fait que le temps mis à écrire une phrase est propice à une meilleure réflexion et permet d’éviter les pensées qui tournent en rond. Les éléments étaient réunis pour que j’entame mon petit récit qui m’a apporté beaucoup de plaisir et même des moments d’enthousiasme.

Facile ou compliqué de mettre le point final à un livre ? Dans mon cas, j’ai un peu précipité la fin parce que, diffusé sur un blog (effacé depuis), mon récit amenait tellement peu de réactions que j’avais l’impression de parler dans le désert. J’ai dès lors travaillé le dernier chapitre pour ne pas donner l’impression d’un récit inachevé. Par contre, si j’avais l’imagination de certains auteurs de ma connaissance, ce serait beaucoup plus difficile d’écrire le mot « fin ».

Comment voit-on ton travail d’écriture autour de toi ? Dans un premier temps, un peu de crainte chez quelques personnes qui redoutaient d’être exposées sur la place publique dans la mesure où il s’agit d’une autofiction. Je les ai rassurées. Beaucoup d’encouragements de quelques proches et amis de proches. Une part de subjectivité bien sûr, mais aussi des avis positifs émanant de professionnels de la lecture et de l’écriture. Quant à mes deux filles, elles partagent pleinement mon bonheur d’avoir écrit ce livre.

Une toute dernière question, si tu veux bien? A la lecture de ta 4e de couverture, une question s'impose... Ton livre "Par la fenêtre", en fin de compte... Quel genre ? Comment le qualifierais-tu ? Un roman ?

Le plus concis serait de dire que mon texte est une autofiction. Pour détailler et nuancer un peu, je dirais qu'il s'agit d'un RECIT d'inspiration autobiographique avec les libertés par rapport à la stricte réalité qu'autorise le genre. Le temps de l'écriture a permis une réflexion sur le monde, les hommes, ma vie et, partant, un peu d'introspection ainsi que, de temps à autre, des messages sur le comportement de la société, voire des messages un tantinet philosophiques ("Henri savourait prudemment ce qui doit être le bonheur." "La recherche était peut-être plus importante que l'objet. Et que peut-on faire d'autre quand on a peur qu'il n'y ait rien?")
Pas un roman: il n'y a pas de création de personnages, d'atmosphères,...
Pratiquement pas de dialogues si ce n'est Henri qui implicitement se parle à lui-même.

Une couverture qui interpelle, une approche des mots ludique et surprenante, et un sujet de bouquin qui ne peut que trouver, en chacun de nous, un écho ! J'ai hâte d'en découvrir plus... Pas vous ?

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans interview

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Un extrait du recueil "Traversée de la main en solitaire" de Camille Delnoy

Publié le par christine brunet /aloys

6.

A les regarder s’embraser

- eux !

une lave d’amertume me monte

à la bouche désertée.

Tant d’aimes d’eux

me rendent fou à fuir tout

que j’en désire

un silence

de mies mots.

Elle veut jalouse

- la main

effacer cette violence.

Elle désire

être

la page à naître d’avant

le départ

d’avant la déchirure

là où

l’horizon englobe

l’ombre débordante

des mots tus.

Ils sèment en moi

le geste trouble

qui

écorche les nuages.

Et

cette main – toujours la même -

tendue

divague et divulgue

sa désolation

puis mesure l’univers

et définit l’amplitude

du miroir orphelin.

Un extrait du recueil "Traversée de la main en solitaire" de Camille Delnoy

Publié dans Poésie

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Christine Brunet a lu Gibert et autres récits de Bichel de Ville" de Jean-Claude Slyper

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu Gibert et autres récits de Bichel de Ville" de Jean-Claude Slyper

Première fois que je lis cet auteur et pour cause, Gibert et autres récits de Bichel de Ville est son premier ouvrage.

Un recueil de nouvelles. des héros récurrents comme trame. Leur vie, les avatars qui la ponctuent. Ce pourrait être banal... et ben, n'en croyez rien, c'est étonnant, voire détonant et étrange comme le quotidien dans un mode parallèle, un univers à la fois différent et familier.

D'abord le titre... Quelle drôle d'idée de s'appeler Gibert ou Bichel ! D'ailleurs, pourquoi Bichel s'est-il vu affubler de pareil prénom ? Ah, ah !!! surprenant et clin d'oeil humoristique comme il y en a tout le long du livre.

Des textes qui ne font pas toujours sourire, mais qui peuvent tout autant vous faire grincer des dents, vous interpeller, vous titiller. Parfois un brin de fantaisie, fantastique ou de réalité transposée, dirons-nous.

Le style imagé de l'auteur vous transporte sans même que vous vous y soyez préparé dans ce doublon de réalité et vous laisse pantois à la fin d'une histoire. Vous vous arrêtez alors une seconde, vous laissez l'histoire reprendre sa place dans votre imaginaire ébranlé et vous y retournez en vous demandant ce qu'il va bien se passer ensuite !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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Au fil des pages a lu "Les dix petites négresses" de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

Blog "Au fil des pages" http://au-fil-des-pages477.blogspot.be/2014/07/les-dix-petites-negresses-de-bob.html

Blog "Au fil des pages" http://au-fil-des-pages477.blogspot.be/2014/07/les-dix-petites-negresses-de-bob.html

Au fil des pages a lu "Les dix petites négresses" de Bob Boutique

Résumé: Le titre de ce livre est bien entendu un pastiche des « 10 petits nègres » d’Agatha Christie, auquel il se réfère pour la forme du récit : identité de lieu et des personnages qui vous sont proposés comme des cartes à jouer d’un Cluedo.

Mais la suite n’a plus rien à voir avec ce roman policier magistral qui a scotché des générations d’amateur du genre.

Dix auteures de réputation internationale ( en fait elles sont blanches et francophones ) sont réunies par leur éditeur dans un gîte majestueux, sur une île de la Mer Noire, en vue d’y participer à une espèce de jeu machiavélique à l’ issue duquel l’une d’entre elles sera choisie pour obtenir le fabuleux prix Concours.

Le reste ne se raconte pas, il se lit et se vit avec terreur, car le séjour paradisiaque qui leur était promis va rapidement se transformer en cauchemar…

Interdiction formelle de tricher et de courir voir à la dernière page, la chute inattendue et bluffante de ce huis-clôs.

Sachez simplement qu’à ce jour, personne n’a deviné avant la fin.

Mon avis: J'ai fermé ce livre le sourire aux lèvres.

La parodie du célèbre livre d'Agatha Christie, c'était un pari risqué. Car après tout, c'est s'attaquer à un monstre de la littérature. Bon, je reste honnête, je ne raffole pas des écrits d'Agatha. Même si ses livres ne sont jamais très longs, ils m'ont par contre toujours semblé très lourds.

Mais dans le livre, que je viens de lire, la jovialité de l'écriture m'a happée dès les premiers mots.

Tout va vite, pas de temps mort, et la description des différentes protagonistes était géniale. j'ai adoré! Hautes en couleurs, avec évidemment un caractère bien différent pour chacune, et un surnom bien trouvé, elles sont présentées très vite, et de façon à susciter la curiosité.

Le décor planté, une île déserte, et un ultimatum prenant pratiquement dès leur arrivée, il ne reste plus qu'à laisser jouer la pièce. Qui, de nouveau, se joue vite! Tout s'enchaîne, ne laissant pas le temps de reprendre haleine. Une seule solution: foncer à la page suivante! Evidemment, du coup, ça ne pouvait que me plaire!!

L'humour, présent partout, m'a vraiment plu. Et du coup, tout comme la formule originale, il soit question de crimes et de morts, tout passe bien.

La fin est totalement inattendue!! Evidemment, ayant lu dans le résumé que jusqu'ici, personne n'avait trouvé, je m'étais attachée à tenter de reconstituer l'emploi du temps de chacune... Peine perdue, je me suis fait avoir!! hihi

Non non, je ne vous lâcherai rien quant à la solution, vous n'aurez plus qu'à essayer vous-même hihi

Points attribués: 7/10

Je remercie son auteur, Bob BOUTIQUE, publié à l'édition Chloé des Lys, pour m'avoir offert cette intrigue essouflante

Publié dans avis de blogs

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Une article sur Alexandra Coenraets dans Axelle Magazine

Publié le par christine brunet /aloys

Une article sur Alexandra Coenraets dans Axelle Magazine

http://www.axellemag.be/

N° Juillet/août

Une article sur Alexandra Coenraets dans Axelle Magazine
Une article sur Alexandra Coenraets dans Axelle Magazine

Publié dans articles

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Christine Brunet a lu "Elles" d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Elles" d'Alain Magerotte

Un roman ? Non.

​Un ouvrage à la gloire des femmes ? Non

​Un texte à la gloire des hommes ? Non plus.

​Du policier ? Non, pas cette fois.

Alors, "Elles", c'est quoi ?

J​e vous donne quelques indices : il s'agit d'un recueil de nouvelles, une sorte de face à face entre masculin et féminin.

La figure féminine est toujours étrange, voire bizarre ou hors norme.

Son contre pied masculin est plutôt la victime, malgré lui.

​Bon, j'ai utilisé les mots d'"étrange"; "bizarre"... En fait, elles sont décalées.

​Pas vraiment de mystère comme dans "Crimes et Boniments" ou "Tous les crimes sont dans la nature", quoique... On sent que l'auteur n'a pas pu s'empêcher de mettre un petit "?" à la fin.

​Du coup, le lecteur s'amuse, se lâche et laisse l'auteur à la barre. Les nouvelles sont courtes avec des récurrences de personnages. Chacune a son atmosphère, ses odeurs, ses sensations.

​Pour moi un recueil en marge de (non, des) univers de l'Alain Magerotte que je connais mais cet écart lui réussit bien et lui permet de jouer avec son lecteur, de s'amuser de son étonnement... d'où une certaine complicité qui s'établit au fil des pages.

V​ous ne connaissez pas cet auteur ? Plongez avec ses héroïnes ! Vous ne le regretterez pas !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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