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Boire les ombres, un poème de Camille Delnoy

Publié le par christine brunet /aloys

Boire les ombres

siennes

aux douze circonférences de l’horloge

comme prisonnier

d’une éternité circulaire

j’avance la main.

Mais qu’est-ce qu’une main

pour l’ombre ?

Main affamée

par temps de son absence

tourne pareille

que tournent les aiguilles

d’une étrange folie solitaire.

Et déjà cette autrefois

qui germe entre les doigts

d’une douce infection

pour la mémoire.

Je lampe et suce les contours

me nourris de moments brûlés

à la moelle même des vestiges.

A l’heure où d’absence

tout s’écroule

la main – toujours la même –

se dessèche telle

silhouette suspendue

à une fissure d’espoir.

Camille Delnoy

Extrait de "Traversée de la main en solitaire"

Esquisses de ratures Camille K. Delnoy

Esquisses de ratures Camille K. Delnoy

Publié dans Poésie

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Limaginaria a lu "Nid de vipères" de Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

Limaginaria a lu "Nid de vipères" de Christine Brunet

Nid de Vipères, de Christine Brunet (one shot, éditions Chloé des Lys)

http://limaginaria.wordpress.com/2014/04/28/nid-de-viperes-de-christine-brunet/

Aloys Seigner est une jeune femme brillante, ambitieuse, et très forte. Lorsqu’elle est mutée au 36 Quai des Orfèvres, elle est loin de se douter de ce qui l’attend. Entre des meurtres sans suspect, un homme surgit de nul part aux desseins des plus mystérieux, et ses problèmes personnels, la jeune femme aura fort à faire.
Et si en plus ses jours sont comptés… cela ne change finalement rien à la donne.

Nid de vipères est le premier thriller de Christine Brunet. Présenté comme tel, l’ouvrage lorgne parfois du côté du fantastique grâce à des éléments scientifiques. C’est la raison pour laquelle j’en parle ici.


De ma lecture, je retiens le rythme rapide, orchestré par des chapitres courts et toujours riches en rebondissements. L’auteur a glissé beaucoup d’action dans son titre, lui donnant ainsi une épaisseur allant crescendo. Ce qui est sûr, c’est qu’avec Nid de vipères, on ne s’ennuie pas. Le roman est si dynamique qu’il m’a complètement happée, emportée avec lui jusqu’à la dernière ligne qui m’a soufflée, si je puis dire.


Je retiens également les personnages. Si ceux-ci ne sont pas tous attachants, ils ont au moins le mérite d’être forts et variés. Je n’ai pas aimé Nils, trop versatile, je ne savais pas non plus sur quel pied danser avec lui. Pour cette raison je ne pouvais pas en vouloir à Aloys de ne pas savoir non plus que faire à son sujet. Après tout en tant que lectrice, j’en savais plus qu’elle sur la personnalité de l’agent, mais même ainsi je n’ai pas su me faire une opinion positive, le jugeant fourbe et peu fiable. Aloys, en revanche, m’a totalement scotchée. C’est une héroïne féminine explosive, l’une de celles que l’on n’oublie pas. Si son caractère est parfois un peu poussé à l’extrême, et que le destin est incroyablement arrangeant avec elle, j’ai apprécié avoir affaire à une femme flic de cette trempe.

Je crois que Christine Brunet a mis beaucoup de coeur dans ce personnage et cela est communicatif. Bref, je crois que j’ai apprécié Aloys autant que j’ai détesté Nils. Je ne suis pourtant pas du genre féministe, mais cette héroïne poignante m’a convaincue, émue du début à la fin. Quand je ne la comprenais pas, elle avait toujours une bonne raison. Quand je la trouvais trop sèche ou trop dure, elle avait aussi une raison.


Néanmoins, je retiens aussi quelques écueils qui ont à mon sens un peu moins fonctionné. Mais cela reste personnel. Comme je l’ai dit plus haut le destin est souvent très arrangeant avec les protagonistes. Ces derniers sont aussi parfois très conciliants. J’ai trouvé ça "gros" qu’Aloys puisse trouver un inconnu caché dans son bateau et l’accueillir sans poser de question, le ramener chez elle, enfreindre la loi pour de faux papiers et même lui donner 1000 euros. Toujours sans poser de questions (ou presque, mais même cela m’a semblé un peu trop gros étant donné qu’à la toute base les personnages sont des inconnus l’un pour l’autre).


L’aspect fantastique du livre reste en surface. L’auteur m’a présenté l’ouvrage comme un thriller fantastique, mais j’ai surtout vu l’aspect thriller et moins le côté fantastique. Chacun est libre d’interpréter à sa guise les différents phénomènes racontés dans le roman et les trouveras plus ou moins fantastiques.


Pour ma part, j’ai apprécié l’idée (pourtant peu nouvelle) d’expérience scientifique hasardeuse. Et j’ai bien aimé son imbrication dans le scénario global. Toutefois la chose aurait peut-être mérité d’être un peu plus poussée pour véritablement prendre le parti d’aller dans le domaine fantastique. Peut-être que l’auteur a justement craint de s’éloigner trop du thriller au profit d’un énième ouvrage fantastique dans lequel on nous raconte une enquête ?


Autre détail qui m’a plu et que je tiens à souligner car c’est assez rare : le fait que l’histoire se déroule pour une bonne partie en France. Certes nous visitons aussi quelques villes étrangères mais le plus gros de l’intrigue se passe en France, à Paris. Rares sont les auteurs de thriller à faire ce choix, préférant généralement les pays anglo-saxons, et cela me fait toujours plaisir de voir que de bonnes histoires peuvent aussi se passer dans l’hexagone.


Nid de vipères est un ouvrage complexe où la plume rythmée de l’auteur se mêle à la profondeur émouvante d’une enquête que vous n’oublierez pas de si tôt.

Pour qui : Les lecteurs fans d’aventures profondes, complexes, et qui n’aiment pas s’ennuyer !

Les + : Une écriture fluide, rapide, centrée sur l’action et qui vous transporte dès la première ligne. Des personnages aux psychologies très différentes et crédibles. Une enquête complexe dont le scénario est très carré, très pro. Une connaissance de la police française exemplaire. Une histoire dont une grande partie se passe en France.

Les – : Le destin parfois trop arrangeant, certaines actions des personnages qui ne sont pas toujours très réalistes, et, petit fait comique, les personnages (surtout Aloys) passent un nombre incalculable de fois sous la douche. Je ne sais pas si c’est parce que l’auteur nous le dit ou si c’est parce qu’elle en prend au moins 2 par jour que cela m’a sauté aux yeux mais… Ce n’est pas très écolo toutes ces douches !

Infos pratiques
Broc
hé: 407 pages
Editeur : Editions Chloé des Lys (28 avril 2011)
Langue : Français
ISBN-10: 2874595314
ISBN-13: 978-2874595318

LIMAGINARIA http://limaginaria.wordpress.com/

LIMAGINARIA http://limaginaria.wordpress.com/

Publié dans Fiche de lecture

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Christine Brunet a lu "Un mois" de Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Un mois" de Laurent Dumortier

Vite lu... Une minute pour un mois d'existence. Le carnet est sur la table. Impossible de le résumer. Juste y aller au ressenti immédiat... un peu comme le "je" du livre qui est seulement dans l'instant de sa pensée.

Amusant ? Pas vraiment, mais le concept est surprenant, étonnant, même. Un thriller en quelques centaines de mots.

Curieux...

Manipulation ?

Folie ?

Expérimentation ?

Où est le "Je" de ce journal mental ?

La couverture nous propose une autre réponse... Mais ne serait-ce pas un autre mirage pour tromper le lecteur ?

Ultra petit format pour un mois d'une vie... un mois de questions, un mois de doutes... un mois pour mettre entre parenthèses un être pensant mais quelques lignes seulement pour l'oblitérer de toute identité et de tout avenir même si une lueur d'espoir suinte au bout des mots.

"Un mois"... un texte qui aurait pu se résumer au seul "JE".

Intrigués ? Lisez !

Site de l'auteur : gsl.skynetblogs.be

Christine BRUNET

www.christine-brunet.com

Christine Brunet a lu "Un mois" de Laurent Dumortier

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"LA MARE EN MAI CERTES, MAIS..." un poème de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

LA MARE EN MAI CERTES, MAIS...

En ce printemps distant
La mare est verte, le ciel est blanc.
Boudeuse, Nature fait la moue ;
Attend-elle donc les chaleurs d'août ?

Voici, alignés, que passent puis repassent
Quatre jeunes colverts, laissant sur l'onde leur trace.

Patauds, ils vont quitter l'eau,
Grimpent, un à un, sur l'îlot
Où ils s'ébrouent, bien vifs.

Or , celui qui manquait, tardif,
Le grain, s'abat sur la place
où, un temps, je me délasse.
Le parapluie m'abrite un peu
Car voilà que soudain il pleut.

Paradoxe saisonnier,
Sous l'ondée le soleil a percé
Un instant, puis, vite, s'est rencogné.

Heureux, les canards cancanent,
Tandis que sur le bras d'eau, là-bas, le héron plane.

Claude Colson, copyright.

http://claude-colson.monsite-orange.fr

"LA MARE EN MAI CERTES, MAIS..." un poème de Claude Colson

Publié dans Poésie

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Livres & Co a chroniqué "Le chemin des Ormes" d'Isabelle Knuts

Publié le par christine brunet /aloys

Livres & Co a chroniqué "Le chemin des Ormes" d'Isabelle Knuts

http://livres.and.co.free.fr/index.php/2014/05/le-chemin-des-ormes/

Quand on est une lectrice assidue de polars comme je le suis, on a peu de chances de tomber sur Le Chemin des Ormes. Et pourtant, le livre est arrivé entre mes mains et j’en suis ravie!

Comment le décrire? Journal intime, roman épistolaire, journal épistolaire????

Pierre est mort à 18 ans, il y a 18 ans, le 18 mai.

Aujourd’hui, Isabelle, qui a connu ses premiers émois amoureux avec lui, lui écrit, pour exorciser ses souvenirs et pouvoir faire son deuil. Isabelle éprouve le besoin de partager ses souvenirs avec Pierre, de lui faire connaitre ses sentiments pour pouvoir « tirer un trait » et avancer dans sa vie car on sent que cette mort l’a empêchée de grandir sentimentalement, laissant derrière elle trop de questions irrésolues et de regrets.

Ce roman, assez court, et qu’on dévore d’une traite est à la fois très léger et très grave. Léger car il traite des souvenirs d’enfance (et de vacances!) d’une petite fille ou d’une jeune adolescente. Il est également grave car on sait que la conclusion de ses souvenirs sera la mort de Pierre et que ces mêmes souvenirs sont teintés de regrets éternels.

Le Chemin des Ormes, Isabelle Knuts

Ma note: 3/4

Livres & Co http://livres.and.co.free.fr

Livres & Co http://livres.and.co.free.fr

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A deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

A deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure Desguin

Episode 4 : Dans la galerie d’art…

— Monsieur Leclerc ? Ah oui, monsieur Leclerc a pris son repas très tôt ce matin, je suis désolé mademoiselle ! affirma le garçon de salle en s’affairant pour réassortir le buffet.

— Bien, bien…

— Déposez le livre à la réception ou attendez jusqu’à ce soir, monsieur Leclerc passera encore une nuit ou deux dans cet hôtel !

— Ah, très bien alors !

Une grosse pelote couverte d’aiguilles lui traversait la gorge. Son cœur était meurtri et un grand vide lui signalait qu’elle, Estelle Debierge, venait de sombrer dans un romantisme qui ne lui ressemblait guère, et c’est bien cela qui la tracassait. Le visage de Medhi Leclerc s’était imprimé devant ses yeux et son sourire ne cessait de la regarder. Il lui semblait qu’elle le voyait partout, sur les trottoirs, dans le métro, sur les façades des immeubles, partout.

Au cimetière de Montmartre, elle prit de nouveaux clichés mais ne découvrit plus rien de palpitant. Elle semblait porter moins d’intérêt à la tombe de « La Goulue », et à tous ces artistes que l’on enterrait la nuit. Est-ce vraiment ces balivernes qui attireraient l’attention des adolescents ? Toute la journée, elle traîna les pieds sur le boulevard de Clichy, et c’est avec toutes les peines du monde qu’elle grimpa vers le haut de la butte. Dans la rue Gabrielle, une rue assez calme, elle vit qu’on débarquait d’un camion de très grandes fresques et ce déménagement attira son regard. Elle s’approcha et, à travers une des larges fenêtres, elle s’aperçut qu’une nouvelle galerie d’art prenait ses quartiers. A l’intérieur, deux hommes s’affairaient, ils calculaient des hauteurs, se passaient des cimaises, discutaient en montrant les fenêtres, sans doute des discussions par rapport à la luminosité. Cela distrayait Estelle mais soudain, sa respiration se coupa net. Était-ce possible ? Là, entre les tableaux, les rouleaux de papiers et toutes sortes d’outils, l’étreinte d’un homme et d’une jeune femme. Cette chevelure, ce dos, cette silhouette…Le couple se retourna et elle ne pouvait se tromper ! Cet homme qui embrassait goulument cette gamine, c’était …Medhi Leclercq ! Elle vit les yeux de braise de l’homme qui lui avait fait la cour toute une soirée ! Elle ne reconnut pas sa veste de tweed mais qu’importe. C’était donc ça, les quelques jours à Paris, chaque mois ! Monsieur ouvrait une galerie d’art et monsieur n’était pas libre !

Estelle pleurait de rage. Au lieu de grimper jusqu’à la butte, elle dévala quatre à quatre les petites rues et tous leurs escaliers, elle ne voyait plus rien, sa vue se brouillait. Essoufflée et en pleurs, elle rentra au café des Deux Moulins. Et ne s’assit pas ! Sous le regard consterné des clients, elle s’éclipsa et déambula presque toute la nuit dans les rues de Montmartre, aveuglée par ses sanglots et toutes sortes d’autres sentiments qui lui passaient par la tête. Vers trois heures du matin, elle s’écroula sur son lit et prit l’oreiller à témoin. Elle pleurait encore et s’en voulait d’être tombée dans le panneau, dans cette fameuse comédie qu’était l’amour. Elle, une fille intelligente et carriériste, pourquoi avait-elle dérogé de sa ligne de conduite ? Elle regarda le stylo que ce malhonnête avait eut l’audace de lui rendre, la veille au soir. Elle se souvint que ce matin encore, elle avait embrassé le stylo, cet objet qui avait frôlé la main et sans doute une partie du corps de Medhi Leclerc. Elle passa de longues heures à pleurer de rage et le lendemain matin, le miroir lui renvoya l’image d’une fille au visage déconfit qui n’avait pas fermé l’œil de la nuit.

— Bonjour Estelle, je vous ai attendue, hier soir…

Estelle mordillait dans son croissant, buvait une gorgée de café, elle se demandait ce qu’elle allait pouvoir répondre à ce Medhi Leclerc. Elle avait envie de le gifler et d’envoyer valdinguer dans son visage café, lait et confiture. Mais il lui sembla tellement irrésistible, là, debout devant elle, dans son beau costume de tweed et elle vit une telle interrogation au fond de ses yeux – presque du désarroi –, qu’elle se décida :

— J’ai pensé qu’après une journée comme celle que vous avez subie hier, vous aviez bien mérité votre repos…

— Permettez-moi, dit-il d’un air consterné et en prenant place juste en face d’Estelle, je ne comprends pas….Hier….Hier…

— Oui, hier, interrompit-elle et, reprenant ses esprits, hier, vous étiez tellement occupé dans cette galerie d’art, rue Gabrielle, que…

— Oui, hier ! J’ai passé la journée à enlever d’un gigantesque camion des peintures de toutes les grandeurs afin d’accélérer la mise en place de la nouvelle galerie d’art de mon frère…

— Votre frère ?

— Oui, mon frère jumeau, Joachim ! Il est artiste peintre et le vernissage de sa nouvelle galerie aura lieu la semaine prochaine ! Et j’ai l’impression d’être le seul à travailler, je viens plusieurs jours par mois à Paris, pour l’aider ! J’en délaisse même ma propre galerie de Lille ! Et le gredin, pendant que je m’affole avec toutes ses toiles, il passe tout son temps à courtiser sa nouvelle compagne ! Sous mes yeux !

— Oh, je comprends tout à présent ! Si vous voulez, asseyez-vous donc ici… ….Nous avons pas mal de choses à nous raconter…

Medhi caressa la main d’Estelle pendant tout le temps que celle-ci lui raconta, soulagée, la vérité sur ce voyage à Paris.

Rue Gabrielle, quelques jours plus tard…

Dans la grande salle, les invités embrassaient de leurs regards émerveillés les peintures signées Joachim Leclerq, de grandes fresques aux paysages surnaturels. Les portes étaient ouvertes et s’infiltrait à travers la foule un léger et délicieux vent printanier.

— Et si on rentrait à l’hôtel ? murmura la voix sensuelle de Medhi.

— Oui, répondit Estelle, avec de jolies flammes très coquines au fond des yeux…

Ce soir-là, arrivés devant les portes de l’ascenseur, les amoureux se blottirent dans les bras l’un de l’autre. En espérant prolonger cet instant pour l’éternité.

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

A deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure DesguinA deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure DesguinA deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure Desguin

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A deux pour la vie, le feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

A deux pour la vie, le feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Episode 3 : La déception

Dans le cimetière de Montmartre, Estelle n’eut aucune peine à renifler des idées pour son article. Elle se sentait pousser des ailes et l’inspiration précédait ses pas. Son appareil-photos lâchait des « clic clac clic clac » au coin de chaque allée. Elle rencontra même un employé fort bavard qui, entre la tombe de « La Goulue », cette danseuse de French cancan et celle de Francis Lopez, le compositeur d’opérettes, lui raconta l’époque où les artistes étaient enterrés durant la nuit, bien à l’abri de tous les regards ! Estelle était ravie, elle avait hâte de renter à l’hôtel et de laisser ses doigts parcourir son clavier, elle tenait son article ! Elle raconterait l’enterrement d’un comédien ou d’un musicien, en pleine nuit…Elle imaginait déjà la tête du boss lorsqu’il annoncerait que les ventes de ce nouveau magazine dépasseraient de loin les chiffres espérés et que, par la même occasion, les promotions pleuvraient parmi le personnel. Diable – un mot qu’il s’agissait d’utiliser à tort et à travers lorsqu’on dirigeait un mag qui s’appelle Gothics ados – que ce printemps était beau, grand et plein de promesses !

Elle passa la soirée dans le café des Deux Moulins, café dans lequel Amélie Poulain exerça le métier de serveuse et, durant deux ou trois heures, elle pianota sur son pc. Les mots se bousculaient et les idées s’enchaînaient les unes sur les autres. Elle se sentait tellement heureuse lorsque le visage de d’Artagnan s’infiltrait entre les allées parfois morbides de ce cimetière ! Elle s’aperçut alors que son cœur battait bien plus vite que de coutume et elle espérait que le lendemain matin, au petit déjeuner, elle pourrait croiser de nouveau ce prince charmant.

Le jour commençait à replier ses paupières. Estelle déambulait dans les rues de Montmartre, revenant parfois sur ses pas, et traversant deux ou trois fois la même rue. Place du Tertre, un peintre lui demanda pour poser. Ce qu’elle fit. Vous êtes lumineuse, lui dit-il, remontez le col de votre blouson bordeaux, voilà comme ça, et inclinez-vous de trois-quarts vers la gauche, en direction de ce restaurant… C’est vrai qu’Estelle était une jolie fille. Grande et brune. Des rondeurs, juste ce qu’il fallait pour que les hommes se retournent sur elle, et mises en valeur par des tenues très mode et colorées. Des yeux verts dans lesquels ondulait un bleu azur lorsque les reflets de la lumière le permettaient.

Il était tard lorsqu’Estelle rentra à l’hôtel et elle n’eut le temps d’appeler l’ascenseur que le réceptionniste lui signala qu’elle était attendue depuis une heure déjà, au bar.

La surprise n’en fut pas une. Ce moment, elle l’attendait. Oh, bien sûr, elle aurait préféré se doucher, se parfumer et liquider ce sac encombrant et cet ordinateur qui avait pesé lourd sur ses épaules…

D’Artagnan était là, relax et souriant, assis devant un verre, les yeux rivés vers Estelle qui s’approchait de lui.

— C’est vous qui m’attendez ? dit-elle en prenant un air dégagé, tout en se débarrassant de la large bandoulière de son sac.

— Vous voyez quelqu’un d’autre ici ? demanda Medhi Leclercq sur un ton badin, presque moqueur.

— Voyons, ce pourrait être cet homme, là, sur la peinture murale !

— Ah, ah, ah, et pleine d’humour avec ça ! Jeune, jolie, et pleine d’humour ! Je vous attendais…Ce matin, vous avez oublié ceci, dit-il en avançant sur la table un stylo doré d’une marque connue et en la priant de s’asseoir d’un geste de la main.

— Oh, ça alors, je pensais qu’il s’était perdu …dans mon sac !

— Jeune, jolie, pleine d’humour…et distraite ! Vous prendrez bien un verre avec moi, s’enquit-il d’une voix de velours.

— Volontiers, un jus d’oranges pressées s’il vous plaît, répondit-elle en s’asseyant sur le fauteuil en cuir noir juste en face de cet homme au regard de feu, tout en rangeant à côté d’elle sac et ordinateur.

Estelle rageait quand même. Elle aurait voulu se recoiffer, se maquiller un peu, se mettre au mieux. Le regard de braise ne la quittait pas, ça la rendait presque mal à l’aise. Un groupe de touristes débarqua, des chinois. Ça jacassait dans le hall de l’hôtel qui soudain se transforma en une fourmilière.

— Vous êtes ici pour quelques jours ? demanda d’Artagnan.

— Je suis ici pour affaires, répondit Estelle, d’un air sérieux, presqu’intellectuel.

En réalité, elle sentait un grand frisson lui parcourir tout le corps et pour lâcher cette phrase, elle avait rassemblé ses esprits au maximum. Elle ne voulait pas dévoiler au premier venu la raison réelle de ce voyage à Paris. Estelle sentait bien qu’il se passait quelque chose entre ce Medhi Leclerc et elle. Elle aurait voulu rester assise là toute la nuit. Dans le silence, dans le bruit, qu’importe. Ce type dégageait une sérénité peu commune tout en remplissant l’atmosphère d’une énergie envoûtante. Elle aurait voulu lutter, extirper de sa tête le visage et la silhouette de cet intrus. Sa volonté disait non et son cœur disait oui, lourd dilemme.

— Ça ne va pas ? Vous êtes contrariée ?

— Non, non, aucunement, je….Je réfléchissais !

— Oui, les affaires, toujours les affaires. C’est sérieux, n’est-ce pas ?

— Oui, je suis étudiante en architecture et je visite d’anciens sites industriels reconvertis en lofts. En lofts ou …tout autre logement.

— Ah, c’est donc cela, vos affaires…

Estelle aurait voulu reprendre ses paroles mais c’était trop tard. Ce mensonge était sorti tout de go. Pour Estelle, étudier l’architecture était plus glorieux que de chercher des sujets pour un article de presse dans un cimetière parisien, tout cela afin d’intéresser de jeunes glandeurs gothiques.

Medhi Leclerc était si élégant dans son veston de tweed qu’Estelle l’imaginait à un poste valorisant. Elle ne comprenait même pas comment, hier soir dans ce taxi, elle n’avait rien perçu du charisme de ce type. Dieu comme je suis bête, pensa-t-elle.

Le dialogue était entrecoupé de longs silences. Estelle Debierge ne savait où déposer son regard tandis que Medhi Leclerc, lui, n’hésitait aucunement. Il détaillait le corps de son invitée et il devait se rendre à l’évidence, Estelle Debierge était une fille vraiment bien roulée, dont il venait de tomber amoureux. Dans ses veines, il sentait crépiter mille feux et il aurait voulu passer la main dans ces jolies boucles brunes et puis déposer un baiser sur ces délicieuses lèvres. La veille, il avait tellement aimé partager ce taxi avec cette jeune femme sûre d’elle et armée d’une pareille répartie. Ça l’avait beaucoup amusé.

— Vous n’avez donc pas soif ?

— Oh oui bien sûr, je ne me souvenais même pas que j’avais commandé un jus d’oranges ! dit-elle en balayant d’un geste quelques mèches de cheveux.

— L’air de Paris, sans doute ! Cette ville-lumière est …est…

— Suffocante !

— Suffocante ? Vous étouffez ?

— Non, je voulais dire…énivrante, c’est ça, énivrante !

Et ils eurent tous deux un terrible fou rire.

— Excusez-moi mais je dois vous laisser, je…

— Oui, je comprends, vos affaires…

— C’est ça, des dossiers m’attendent encore et vous savez, l’architecture, c’est…c’est…

— C’est l’architecture !

— Oui, c’est bien ça !

Medhi Leclerc se sentit tellement malheureux lorsqu’il regarda s’éloigner la silhouette presque parfaite de cette jeune étudiante en architecture qu’il se demandait pourquoi il ne lui proposait pas, là, tout de suite, un peu plus si …affinités. Il essaya de deviner son âge et se dit que si Estelle Debierge était encore étudiante, elle ne devait avoir qu’une vingtaine d’années. Et lorsqu’il lui annoncerait que lui en avait une quinzaine de plus…

Estelle monta dans l’ascenseur et lorsqu’elle voulu appeler son étage, une main d’homme recouvrit la sienne. Les lèvres de Medhi se rapprochèrent de celles d’Estelle et ils échangèrent dans l’ascenseur un long et tendre baiser. Medhi appuya plusieurs fois sur les boutons afin de prolonger le voyage. Estelle se sentit saisie d’un vertige au fur et à mesure que l’étreinte se prolongeait. Quant à Medhi, l’enthousiasme de la jeune femme l’excitait de plus en plus et il imaginait très bien leurs deux corps, nus sur une couverture de velours, devant un feu ouvert dont les flammes rouges et jaunes crépiteraient et illumineraient leurs beaux visages aux lèvres gourmandes.

Cette nuit-là, Estelle ne dormit pas. Elle avait beau chasser de son esprit le profond regard de Medhi Leclerc et s’en vouloir de s’amouracher du premier venu, les battements de son cœur parlaient pour elle et ses joues en feu lui donnaient l’impression d’un volcan sur le point de cracher sa lave. Lutter contre sa volonté était vain et elle aurait aimé accélérer le temps et se retrouver, en un seul clic du doigt, le lendemain matin devant le buffet du petit déjeuner. Et, à proximité d’elle, Medhi Leclercq.

Mais le mercredi matin, personne. Estelle attendit et resta à table jusqu’à presque dix heures. En vain. A chaque claquement de portes, chaque éclat de voix, elle pensait apercevoir le chevalier d’Artagnan. Personne. Les chinois ne cessaient de la saluer en passant à côté d’elle et ça commençait à l’agacer. Elle se décida enfin :

— Excusez-moi mais hier, monsieur Leclerc m’a prêté un livre et je pensais lui remettre ce matin mais…

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

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A deux pour la vie, un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

A deux pour la vie, un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

 

Episode 2 : L’hôtel

 

Estelle, distraite, n’avait pas encore regardé toutes les fiches transmises par Claudine. Elle fouilla durant de longues minutes dans son sac, retira l’enveloppe grise et chercha le nom de son hôtel.

— Je ne vous entends pas, pesta le taximan d’une voix exaspérée, doublée d’un lourd accent maghrébin.

— Boulevard de Caulaincourt…..Hôtel Mercure, lança Estelle, soulagée de n’avoir pas cafouillé plus longtemps.

— Nous sommes donc dans le même hôtel vous et moi !

— Ah oui ? s’exclama Estelle.

— Oui, je viens de signaler au chauffeur le nom et l’adresse de mon hôtel…

— Excusez-moi, je suis dans les nuages, répondit-elle en regardant innocemment par la vitre de la voiture.

— Vous êtes deux étourdis, intervint le chauffeur de taxi, le monsieur ne m’avait pas donné l’adresse de son hôtel ! Dans mon pays on dit que de l’étourderie peut naître le grand amour !

— Et ici, interrompit Estelle, on dit que de l’étourderie peut naître de grandes catastrophes !

— Oui, c’est plus ou moins la même chose, continua le chauffeur de taxi, en pouffant de rire.

Tout en consultant la messagerie de son pc, l’inconnu écoutait d’une oreille attentive la conversation. Plusieurs fois, la sonnerie de son gsm retentit mais il ne répondit pas. A la première sonnerie déjà, Estelle sursauta car la musique ressemblait au bruit d’un bateau en train de couler, un « sploutch » qui n’en finissait pas. « Encore un drôle de gars », avait-elle pensé.

La jeune femme s’émerveillait de voir à cette heure les artères de la capitale grouillantes de vie. Paris, une ville qui ne s’éteignait jamais. Estelle aurait aimé visiter tellement de choses ! Pourquoi ce boss ne lui avait-t-il pas proposé de piétiner les ruelles souterraines des catacombes ? C’est un sujet original qui aurait bien collé avec le style de ce nouveau magazine !

La promenade Georges Ulmer, éclairée par les enseignes fluorescentes du quartier de Pigalle, était encore envahie de promeneurs, d’étudiants, d’amoureux, et de vagabonds. C’est vrai que l’air était encore doux et que nous étions dans les premiers jours du printemps. Les gens avaient hâte de respirer et de caresser ces belles soirées aux couleurs lumineuses. Pour un peu, Estelle oublierait que c’était pour extirper de l’inédit d’un cimetière connu pour ses curiosités funéraires qu’elle se trouvait là, coincée contre cet inconnu qui l’aborda de façon si grossière dès son arrivée dans la ville-lumière.

— Voilà, nous sommes devant vos appartements, les tourtereaux !

Le chauffeur jeta un œil sur son compteur et demanda son dû :

— Vingt-deux euros, s’il vous plaît monsieur !

— Onze euros chacun, si je compte bien ! interrompit l’inconnu, sur un ton glacial.

Sans discuter, Estelle tendit de suite la somme exacte et s’empressa de quitter ce taxi, après avoir souhaité une bonne soirée aux deux hommes.

Derrière elle, le chauffeur de taxi grommelait, il n’avait pas de monnaie, et l’inconnu s’étonnait de ne pouvoir utiliser sa carte bancaire…

— Estelle Debierge, de la société Simon S.A., bonsoir monsieur, une chambre devrait être retenue à mon nom, dit-elle d’une voix lasse en donnant sa fiche de réservation et en lâchant, par mégarde, son sac.

Le réceptionniste pianota sur le pc, imprima un document qu’Estelle signa au plus vite, et donna à sa cliente la carte de la chambre 211. Ce n’est pas la première fois qu’Estelle débarquait dans cette chaîne d’hôtel. Elle s’y sentait comme chez elle, à l’aise.

 

Le lendemain matin, Estelle avait déjà entamé de dix minutes le petit déjeuner que l’inconnu entra dans la salle. Il balaya de son regard vif et profond les quelques tables déjà occupées malgré cette heure matinale. Entre un couple d’anglais qui devant une carte de la capitale cherchait la place Vendôme, et deux étudiantes belges qui discutaient des heures d’ouverture du Louvre. Estelle jouait à la femme d’affaires surbookée. A aucun prix elle ne désirait parler avec cet inconnu. Le premier contact de la veille au soir lui avait suffit, Dieu merci. Elle grignotait son croissant tout en rivant son regard sur le pc et ensuite elle fit semblant d’envoyer un sms. L’inconnu piétinait devant le buffet, il prenait son temps et remplissait sa corbeille au maximum : des viennoiseries, des croissants, des petits pains au chocolat, du beurre, du miel... Il s’assit un peu plus loin qu’Estelle et il ne lui fallut que quelques secondes pour que sa table ressemble plus à un capharnaüm qu’à autre chose. A tel point qu’autour de lui, les visages prenaient un air ébahi. De temps en temps il jetait un regard furtif en direction de cette jeune rebelle, détaillant une fois ses seins rebondis sous le corsage d’une robe girly et une autre fois son visage de poupée, maquillé juste ce qu’il fallait pour laisser son teint naturel s’exprimer. Tout à coup n’y tenant plus, il se leva d’un bond ou presque, et regarda Estelle d’une façon très intensive. Celle-ci ne releva pas la tête, elle feignait d’être absorbée par la messagerie de son gsm tout en s’enroulant les doigts dans les boucles brunes de sa chevelure. Néanmoins lorsque la silhouette de ce garçon frôla sa table, elle se sentit observée avec intensité.

— Bonjour monsieur Leclerc ! dit le garçon de salle, les bras chargé d’une corbeille débordante de petits pains au chocolat.

— Ah, bonjour, toujours fidèle au poste !

— Merci monsieur et bon séjour parmi nous ! répondit le jeune homme sur un ton enthousiaste.

— Aucun problème, je reviens ici tous les mois, comme vous voyez ! Tout est parfait ici, il manque quelque chose et hop, vous accourez ! Que demander de plus ? répondit-il, tout en se servant un grand verre de jus d’oranges, l’air faussement décontracté.

Estelle n’avait rien perdu de la conversation et fut surprise de comprendre que son inconnu n’était pas un inconnu du tout pour le personnel de cet hôtel. Tempérament de journaliste oblige, elle commença à se demander pourquoi ce monsieur Leclerc venait dans cet hôtel chaque mois. Le boulot sans doute conclut-elle, et elle s’aperçut de son erreur, elle venait d’envoyer un message à Hugo, son frère, au lieu de l’envoyer à son amie Marielle. Estelle pesta, elle se sentait troublée et ce, bien malgré elle. Lorsque l’inconnu qui n’en était vraiment plus un regagna sa table, Estelle ne put s’empêcher de le regarder s’installer. Il était grand, portait une veste chic en tweed gris et, même de dos, il dégageait une certaine élégance. Les cheveux châtains clairs mi-longs la firent sourire et de suite le visage de d’Artagnan lui apparut devant les yeux. Peut-être « belle gueule » se dit-elle en laissant son imagination s’emballer mais « sale caractère », c’est sûr à cent pour cent conclut-elle, en se remémorant les paroles autoritaires entendues la veille. Estelle ne détacha pas les yeux de ce monsieur Leclerc. Elle trouvait délicieux d’observer tous les gestes de cet homme qui lui tournait le dos. Sa façon de ranger ses petits pains était irrésistible et elle se prit à imaginer les mille et une raisons de cette visite mensuelle dans la ville-lumière. Un antiquaire ? Chaque mois, il venait aux puces, pêchant l’un ou l’autre objet rarissime. Un conférencier ? Elle voyait ce monsieur Leclerc devant un écran lumineux, étalant son savoir de mathématicien devant des universitaires binoclards. Et puis elle s’en voulut. Rêvasser au sujet de situations idiotes lui avait déjà joué des tours et les désillusions avaient cloué au sol de bien belles images.

Par la grande fenêtre juste à sa gauche, Paris s’étalait et, quoique son séjour avait une destination obligatoire – ce fameux cimetière de Montmartre –, les paroles de Claudine, la secrétaire sexy, refirent surface. Tout à coup, Paris lui paraissait immense et très belle, un peu comme une grande scène de théâtre sur laquelle des dizaines de comédiens et comédiennes tenaient un rôle. Un grand souffle de liberté lui parcourut le corps et elle avait à présent une envie folle de dévaler les rues de ce quartier que tant d’artistes avaient fréquenté et aimé. Et puis après tout, c’était à Montmartre qu’Amélie Poulain avait vécu son fabuleux destin !

Estelle rassemblait ses affaires quand elle sentit que l’atmosphère se chargeait d’un courant d’énergie, des ondes électriques excitaient l’air ambiant…

— Bonjour mademoiselle, je reprends un verre de jus d’orange… et vous, désirez-vous un verre également? Hier, j’étais un peu fatigué et énervé, je me suis comporté comme un goujat. Oh, je me présente, Medhi Leclerc.

Estelle resta muette quelques secondes. Elle sentit ses joues rougir et son regard s’enflammer. Cela la rendait encore plus confuse. Et plus jolie aussi. L’homme qui se tenait devant elle avait en plus de la chevelure de d’Artagnan, la moustache et la barbichette caractéristiques. C’était troublant…

— Heu, Estelle Debierge, bredouilla-t-elle, non merci, je terminais justement et je partais, non…

— Non ?

— Heu, non, je n’ai pas pensé que vous vous comportiez comme un goujat !

— Ah, vous êtes trop indulgente…Je vous souhaite une belle journée ! Et elle sera belle, regardez, Paris vous ouvre ses bras !

Estelle jeta un regard naïf par la fenêtre, comme si effectivement on pouvait voir Paris, avec de grands bras qui s’ouvraient…

Sûr de lui, Medhi Leclerc traversa la salle en direction du buffet, laissant derrière lui les effluves d’une eau de toilette musquée et énivrante. Estelle ressentit un grand frisson et ses tempes commencèrent à bourdonner. Le regard appuyé de ce d’Artagnan, sa voix dont elle cherchait encore l’adjectif pour la qualifier, tout cela lui sembla magique.

 

Carine-Laure-Desguin

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A deux pour la vie, le feuilleton signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

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A deux pour la vie

 

Episode 1 : Estelle reçoit une promotion

 

— Une bonne nouvelle pour toi, Estelle.

Le boss avait lâché ces mots avec de l’ironie dans la voix et Estelle s’attendait à un coup foireux, une fausse promotion, l’écriture d’un article à six mains ou une autre absurdité dont seul ce boss atterri de nulle part connaissait la recette. Depuis que ce macho dirigeait ce magazine –L’Il et l’Elle –, tout était chamboulé, le personnel avait perdu ses repères et les ventes chutaient de mois en mois.

Estelle décrocha les yeux de son pc et ne put s’empêcher de couler un regard vers la porte car le boss avait la désagréable manie d’entrer sans frapper. Elle voulait le lui rappeler, poliment.

— Bonjour monsieur, je vous écoute, dit-elle en rangeant quelques paperasses, après avoir chipoté le nœud de son foulard fushia, histoire de se donner une contenance.

Le boss, un type grand et maigre dont aucun trait ne reflétait une quelconque marque de sympathie, tout en lançant un regard circulaire dans la pièce qu’Estelle occupait depuis cinq années déjà, dit, sur un ton neutre :

— Comme tout le monde le sait maintenant depuis la dernière réunion, le président de notre société a donné le feu vert et libéré les fonds pour le lancement de ce nouveau magazine « Gothiques ados » et c’est toi qui pars à Paris.

— A Paris ! s’exclama Estelle qui s’arrêta net de fouiner dans ses dossiers, la bouche en accent circonflexe et le souffle quasi-coupé.

— Tu obtiens une rubrique que tu pourras gérer comme bon te semblera. Je t’accorde un an. Pour le premier numéro de ce magazine, je voudrais que tu files trois jours à Paris et que tu me pondes un article concernant le cimetière de Montmartre. Des lignes qui alimenteraient la curiosité de ces jeunes accrocs de lieux glauques tout en leur soufflant des miettes de culture générale, le principe même de notre ligne éditoriale.

Estelle venait de passer en quelques secondes d’un état de fébrilité intense à celui d’un glaçon dans le surgélateur. Elle avait humé l’air de Paris, ses beaux quartiers, ses nuits délirantes, et tout d’un coup, les gaz sulfureux des moribonds urbains lui chatouillaient les narines.

La sonnerie d’un gsm retentit et le boss s’éclipsa, en prenant au vol une feuille et un crayon. Une silhouette de fantôme, ce boss.

Estelle resta figée, recula son siège d’un geste brusque, secoua la tête et puis enfouit celle-ci entre ses mains. Ses beaux cheveux bruns et soyeux s’étalaient entre ses doigts comme un écran entre les désirs de la vie et les dures réalités du quotidien. Elle avait prévu une sortie sympa avec ses copines, Sophie et Marielle, et l’idée de se rendre à Paris, qui plus est, au beau milieu d’un cimetière, la rendit furieuse. Pourquoi bon Dieu venait-on systématiquement contrecarrer ses projets ? Bien sûr, la responsabilité d’un nouveau magazine restait une belle opportunité pour une carriériste comme elle mais…

A ce moment-là, Claudine, la secrétaire de Simon S.A. frappa et entra avec, entre les mains, une épaisse enveloppe grise.

— Voilà ma belle, tu prends le train dès ce soir pour Paris et tu nous reviens vendredi matin, avec dans la mémoire de ton joli pc, des photos inédites et un article décliné une dizaine de fois, pour les dix humeurs journalières du boss ! Dans l’enveloppe, les billets et l’adresse de ton hôtel ! N’oublie pas les justificatifs pour tes frais, comme d’hab ! Et crois-moi, avec ton dynamisme de jeune citadine et ta curiosité artistique, les ventes de ce nouveau magazine pour ados vampiriques flamberont !

Claudine s’était assise d’une façon décontractée sur un coin du bureau, la minijupe lie-de-vin de son tailleur s’ouvrait légèrement et laissait entrevoir un porte-jarretelles noir et rouge très affriolant. La secrétaire sexy compatissait et tentait de trouver les mots justes pour consoler sa jeune collègue, qu’elle pensait si inexpérimentée au sujet des choses de la vie. Elle se disait que quelques jours à Paris, en ce début de printemps, ça ne pouvait qu’émoustiller les humeurs d’une jeune femme et sublimer sa féminité. Et les dandys de la capitale feraient le reste. Estelle affichait un air désespéré et derrière son regard absent, on devinait que toutes sortes d’idées moroses traçaient leur chemin.

— Allons, allons, ma belle, ce n’est pas la fin du monde et puis c’est Paris, quand même ! Trois jours à Paris ! Tu penses bien qu’il te restera du temps pour te balader dans les Grands Magasins, tu ne passeras pas tes trois jours à arpenter les allées de ton cimetière, fussent-elles tellement verdoyantes en ce mois d’avril !

— Je n’y connais rien moi, au cimetière de Montmartre ! Je vais encore glander des heures sur Google tu veux dire, à la recherche d’informations débiles et…

— Oh, positive un peu, ma belle ! Je ne te reconnais pas ! Tu peux t’installer à la terrasse d’un bistro et tapoter sur ton pc ! On ne t’envoie pas dans un couvent ! lance-t-elle tout en se contorsionnant pour feuilleter le calendrier fixé sur le bureau de la journaliste, entre le dernier bouquin de Kate Milie, Noire Jonction, et une pile de cahiers étiquetés projet numéro un, projet numéro deux…

Estelle s’esclaffa et se détendit. Claudine avait l’art de résoudre les conflits intérieurs et d’envelopper les choses d’un optimisme déroutant. Et ça marchait !

— Allez, hop, tu peux filer pour préparer ton sac ! Pendant trois jours, laisse Lille ici, et pars respirer les effluves de ce printemps ! A Paris ! Tu rencontreras peut-être ton prince ! Qui sait ! N’oublie pas ton mascara et tes strings !

— Non mais, tu rêves ! Je suis bien comme je suis ! Je veux rester célibataire !

— Non, non, non, allez, allez, ne recommence pas tes sottises, tu as subi quelques déconvenues et à ton âge, c’est normal ! Attendons la suite ! Et la suite, c’est ce soir ! Et puis au fait, qui te parle de bague au doigt et de longue robe blanche ? Tu vois, tu es bien plus romantique et fleur bleue que tu nous laisses croire ! Tu es une femme, ma belle, une femme !

Paris, gare du Nord, vingt-trois heures. Estelle, sortit de la gare et héla un taxi. Elle traînait derrière elle son gros sac rouge foncé, celui dont les roulettes hurlaient à la mort tous les cinquante centimètres et dont la bandoulière risquait de craquer à un moment ou à un autre.

— Vous ne savez pas faire la file comme tout le monde ? revendiqua un jeune loup aux yeux fatigués, des dossiers épais sous le bras gauche et un trolley au bout de la main droite.

Estelle ne répondit pas et fit mine de traverser la rue.

— Et puis après tout, montez avec moi, vous n’allez pas lacérer la capitale toute seule et à cette heure, jeune provinciale!

— Lacérer ? Provinciale ? s’offusqua Estelle qui n’avait pas sa langue en poche pour répondre du tac au tac.

— Montons dans ce taxi !

Estelle comprit qu’elle n’aurait pas de réponse et obtempéra, bien contente au fond de ne devoir attendre plus longtemps. Après une journée remplie de rebondissements et de précipitations, ce voyage en train et toutes ces images dans la tête, elle se sentait très lasse. Un autre jour, elle se serait éclipsée, par esprit de contrariété et par plaisir de narguer, mais ce soir…

— Hôtel Mercure, à Montmartre, lança l’inconnu au taximan. Et vous ? demanda-t-il sans même daigner tourner la tête pour interpeller la jeune femme.

Fin épisode 1

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Le parachute oublié, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

Petites et grandes histoires

 

 

LE PARAPLUIE OUBLIÉ

 

 

Pourquoi la météo était-elle aussi mauvaise ce jour-là ? Pourquoi Pierre, mon propriétaire, avait-il  décidé de me prendre, moi son vieux parapluie, alors que depuis des mois, il ne faisait plus confiance qu'à son duffel-coat ?

 

Pourquoi surtout m'a-t-il pris pour aller voir Brigitte ?

 

Vous ne connaissez pas Brigitte ? Je vous explique… Brigitte, 1m70, soixante deux kilos, des mensurations à rendre jalouse une danseuse du Crazy Horse et un sourire ravageur. Brigitte une amie de vingt ans de Marie, la femme de Pierre !

 

Sitôt sur le seuil, Pierre m'a donc ouvert et s'est soigneusement abrité des hallebardes que le ciel faisait tomber. Heureusement, Brigitte habitait le même quartier et quelques minutes plus tard, je me retrouvais tout dégoulinant dans le porte-parapluie de la belle.

 

De là, je pouvais entendre, je pouvais deviner…

 

Les mots doux, le bruit des baisers, les cris de plaisir et même les grincements du lit !

 

Brigitte et Pierre, Pierre et Brigitte, un couple d'amoureux comme on n'en voit plus guère qu'au cinéma… Deux heures après, le soleil brillait, la rue était sèche et Pierre quittait les lieux en m'oubliant !

 

J'ai crié, j'ai appelé, en vain ! C'est vrai qu'un parapluie n'a guère la voix qui porte surtout quand il se trouve à l'écart.

 

Pierre parti, Brigitte a rejoint le salon et a décroché le téléphone… L'après-midi s'annonçait mouvementée puisque Marie venait prendre le thé chez Brigitte et que les nuages s'amoncelaient dans le ciel, signe d'orage imminent.

 

"Laissez-moi partir. Je veux sortir. Je ne veux pas voir ça !"

 

Je suis sûr que cette histoire finira mal ! Marie est bien capable de me casser sur le dos de son coquin de mari !

 

 

Louis Delville

 

http://louis-quenpensez-vous.blogspot.be/

delvilletete

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