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Texte 4 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 4 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

Cauchemar

Vingt deux heures trente : the end

Vingt trois heures : musique, fleurs de tilleul

Vingt trois heures trente : il ne viendra pas, bonne journée aujourd’hui, hier, avant-hier.

Minuit : bon, faut dormir : dormir : lit ouvert, yeux clos, corps qui se relâche dans les draps de lavande : bien être. Non il ne viendra pas, il ne viendra plus…espoir mais crainte…

Sommeil bienfaiteur

Deux heures : sueurs, terreur.

Non : ne pas me rendormir, il est encore là, je le sens, prêt à bondir dans ma tête et devenir réel. Je me lève, allume la lumière pour qu’il fuit et se taise. Mais il est toujours là dans ma tête, dans mon corps. J’ouvre la fenêtre, regarde les belles étoiles dont une qui me rassure, la lune qui me sourit, la terre que je vénère. Quand va-t-il me lâcher ? Je bois un verre d’eau (peut être pour l’éliminer), demain boulot et je dois être en forme. Pourquoi est-il revenu ? Je « revis » ma journée dans les moindres détails. Si je comprends : il partira. Une rencontre, une conversation, un parfum, une image, un visage, une odeur, un mot peut être… oui c’est ça : ce mot qui a réveillé la mémoire que j’ai endormie pour ne pas oublier mais vivre. Oui, c’est ce mot que j’ai entendu et dont je ne me suis pas méfiée. Ce mot qui a réveillé ma petite fille, perdue ou interdite. Petit bébé dans mes bras, si doux, que je berce. Petit bébé dans mes bras, si doux, que je berce. Petit bébé dans mes bras, si doux, que je berce. Subitement une douleur lacère mon dos, je résiste, je ne lâcherai pas mon bébé. La douleur s’amplifie, devient insupportable, mes bras s’ankylosent, je résiste, je résiste si fort, mes bras me font mal, tant ils serrent l’enfant, ma chair, je résiste, je résiste, je résiste mais mes forces s’épuisent, je comprends l’inéluctable et je suis impuissante. D’un coup, sans plus de conscience : le bébé… tombe… de mes bras…assassins. Petit bébé, si doux, que je berce…

Trois heures : Ca va aller. Il doit s’exprimer, s’arracher des limbes de ma pensée : le jour il ne doit pas, le jour il ne peut pas, le jour est fait pour la vie. Il ne peut venir que la nuit. Pourtant il fait partie de moi, c’est moi qui l’ai inventé, crée. Peut être veut-il me donner la force de continuer à aimer le soleil, peut être est-il enfin la cicatrice en mon sein, peut être veut-il m’éviter le pire et puis s’il est possible un jour : accepter entièrement…peut être, alors, décidera t-il de s’en aller ?

Encore trois heures ...

Petit bébé si doux que je berce, près de son étoile.

Publié dans ANNONCES

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Texte n°3 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°3 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Prémonition ?

Chaque nuit, le même rêve : je cherche des escarpins en cuir vernis noir et une femme vêtue d'un ensemble à pois marine et blancs, me suit en ne cessant de répéter : "Si l'on cherche trop, l'on ne trouve pas". Jamais, je n'arrive à remettre la main sur les escarpins. Je me réveille en sueur, la respiration courte comme si j'avais réellement couru dans toute la ville et visité tous les recoins de la maison. Mais un rêve est un rêve. Une douche et un bon café suffisent à me rendre entrain et énergie.

Ce jour-là, une équipe d'inspection se présente au centre de guidance où j'occupe la fonction de psychologue. Un coup d'œil aux agendas de tous les membres de l'équipe et les deux cerbères de service décident que le dossier de Martial Denortin sera épluché ! Martial Denortin, un enfant de treize ans qui vit seul avec sa mère. Un gamin dépressif dont je m'occupe depuis de longs mois.

Pour discuter du dossier, il faut bien sûr l'avoir devant soi ! Je le cherche donc mais ne le trouve ni dans mon bureau ni dans celui de Claudia l'assistante sociale qui rencontre la mère une fois par trimestre ni dans le grand classeur du service. La panique me gagne. Je ne sais plus où donner de la tête. Je fais trois pas, je rebrousse chemin. Où aller ? Que faire ?

Je décide de jeter rapidement un coup d'œil sur les bureaux de collègues, puis je téléphone à ceux qui sont occupés avec des clients pour leur demander s'ils n'ont pas vu mon dossier… Chaque tentative infructueuse est un pas de plus vers l'angoisse. Mon cœur bat la chamade. Perdue, je suis perdue ! Au diable les bons conseils de rangement et d'ordre que je prodigue aux autres. Mon corps prend le dessus sur ma raison. Les larmes me montent aux yeux.

Le temps passe à la vitesse d'une formule 1 ! Virginie, notre secrétaire, apporte une deuxième cafetière dans le bureau du chef. Enfin, une bonne idée me vient et je file au secrétariat. Hélas le dossier y est tout aussi introuvable qu'ailleurs !

Comme je sors du bureau, une femme portant une robe à pois marine et blancs me bouscule. Je pense qu'il s'agit d'une cliente impatiente. Mais non, apparemment la femme est au courant de mon problème, mon très gros problème. Elle me dit : "S'il l'on cherche trop, l'on ne trouve pas." Comment ne pas penser à ce rêve qui hante mes nuits et me semble devenu prémonitoire ?

Les joues en feu, je rejoins enfin le bureau du chef. De guerre lasse, les deux cerbères se rabattent sur un autre de mes dossiers non sans m'avoir menacé : "On avisera de votre cas plus tard. Assez perdu de temps."

Les nuits suivantes, dans mon sommeil, je continue à chercher ces fichues chaussures… Rêve après rêve, une femme portant un vêtement à pois marine et blancs me met en garde avec la petite phrase que je ne connais que trop bien.

Deux semaines plus tard, Martial me ramène fièrement le dossier qu'il avait subtilisé pour en connaître les supposés secrets ! Évidemment, il a été déçu et regrette son geste ! En attendant, je suis la seule responsable !

Je viens de recevoir un avertissement du conseil d'administration du centre pour négligence grave ! Depuis peu, mon rêve a changé : chaque nuit, la femme avec sa robe à pois brandit le dossier avant d'y mettre le feu et chaque matin, je me réveille en sueur et le souffle court.

Publié dans ANNONCES

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Texte n°2 - Concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°2 - Concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Cauchemar enfantin

Jamais je n’avais cru qu’un jour je serais confronté à mon pire cauchemar et, pourtant, c’est arrivé en ce mois de juillet.

Quand j’étais minot, mon père travaillait dans une imprimerie et ma mère tenait une petite épicerie de village. Moi, je vivais heureux sans tous les soucis auxquels les gosses d’aujourd’hui sont confrontés. Il faisait vraiment bon vivre dans les années soixante !

Et pourtant, un rêve me poursuivait et me gâchait un peu la vie, un cauchemar récurent qui m’a, heureusement, abandonné au bout de quelques années.

Souvent, je rêvais, donc, qu’un type bien baraqué brisait la vitrine du magasin dans lequel nous vivions, s’emparait de ma mère et l’emmenait loin de moi. Moi, je la défendais bec et ongles mais j’étais bien impuissant face au kidnappeur. Je ne pouvais que hurler, hurler et pleurer toutes les larmes de mon corps.

Invariablement, je me réveillais, groggy, avec un sentiment de malaise qui ne me lâchait pas de la journée.

Pas besoin d’être psychanalyste pour décrypter ce songe : la peur de perdre l’unique personne que j’idolâtrais envoyait à mon cerveau des infos qu’il interprétait à sa manière.

Et, en juillet dernier, ce cauchemar est devenu réalité. Ma mère m’a été enlevée, non pas par un kidnappeur, mais par un médecin, un cardiologue, qui avait décidé de l’opérer à cœur ouvert.

Il me semblait impossible, en raison de son âge avancé, qu’elle résiste à cette opération.

Malgré mes réticences et mes mises en garde, ma mère a suivi l’avis du praticien et est entrée en clinique. Pour un voyage sans retour, j’en étais certain.

Le 3 juillet a été pour moi le jour le plus long. L’attente, l’angoisse, les pensées négatives se sont emparées de moi et la journée s’est étendue, longue, longue, longue.

Et puis, le coup de téléphone : tout s’est bien passé.

Le retour à mes terreurs enfantines s’est arrêté là ; le kidnappeur me rendait ma maman, ce n’était qu’un rêve, un cauchemar venu du plus profond de mon enfance.

Je venais de me réveiller et maman était toujours là !

Publié dans concours

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Nouvelle n°1 - Thème le Cauchemar, concours pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Maudite rivière

Je marchais depuis des heures et des heures. Sous un soleil de plomb qui m’abrutissait les membres. Et tous ces bruits, des bruits d’armes, des bruits sourds qui me transperçaient les tympans. L’impression que cette guerre pulvérisait, en même temps que les chairs humaines, tout ce que la nature avait de plus beau. Je me disais que c’était injuste, qu’on ne pouvait laisser errer de telle façon une si jeune fille. En haillons. J’en voulais au monde entier. Mes membres s’engourdissaient. Combien de kilomètres avais-je parcouru sous cette chaleur ? Dix, vingt, trente kilomètres ? Mon bien-aimé, où était-il ? Lui aussi, il languissait tout le long des routes. Sa dernière lettre me fut si cruelle à lire. Mais ses mots étaient si beaux. Je regardais le ciel et j’avais l’impression que tous les mots qu’il m’avait écrits étaient suspendus aux rares nuages qui défilaient. J’inventais des étoiles et j’essayais de les détailler. Je les nommais. Comme si accrocher mon regard à l’univers et ses galaxies me rapprocherait de mon bien-aimé. Que je sentais si loin et si près à la fois. Que je sentais tout à la fois mort et vivant. Assis entre deux mondes. Ne sachant qui combattre. Ne sachant qui même aimer. Dans sa dernière lettre, j’avais très bien compris ses dilemmes. Comme si l’avenir lui était déjà familier et que dans les poussières des routes qui le malmenaient, il savait lire avec certitude les desseins médiocres des heures à venir. Il n’était né ni au bon endroit ni à la bonne époque. Et il le savait. Ses élans pleins de contradictions en avait renversé plus d’un. On le montrait du doigt. Sur ses propres terres, il était l’incompris, celui qui, celui que. Oh, ces bruits de guerre tout autour de moi. Ces éclats de plomb qui foudroyaient des innocents. Parfois, à bout de force, je levais les yeux vers le ciel. Et je lisais ses mots, des chariots de mots tirés par des chevaux de bois. Et je me sentais bien, je n’entendais plus rien. C’est alors que je perçus, par miracle, le murmure d’une rivière. Dans la verdure, je fis quelques pas. Plus je m’approchais de cette rivière et plus je me sentais bien. Je n’entendais que son chant qui couvrait dès lors les bruits de la guerre. Au loin, je vis une montagne et des rayons de soleil illuminaient l’endroit. Que vous qui me lisez avez reconnu mais que je ne citerai. Je sentais le bonheur en moi et je me dis que peut-être aussi, quelque part sous la Grande Ourse, lui aussi ressentait, à la place de ses tourments habituels, l’image floue de quelque chose d’heureux. A mon réveil, je vis des glaïeuls, je vis des herbes folles et j’entendis encore les murmures de cette rivière. J’étais allongée auprès d’un soldat, endormi lui aussi. Cela me rassura. Je me sentis moins seule et je crus durant quelques secondes que le cauchemar prenait fin. Mais sa main était froide et lorsque je me rapprochai de lui, je vis que son sang se répandait sur l’herbe. Tout mon corps saignait aussi, mon corps était las, si las. Je regardai le ciel et ses chariots de mots. Des étoiles sur leurs balançoires de feux me souriaient de tous leurs éclats. Arthur était loin, bien loin. Mais les semelles d’Arthur Rimbaud ne combattaient pas les démons du poète révolté. C’est cette dernière image que le vent me souffla. Car l’instant d’après, je sombrai moi aussi dans un monde inconnu.

La fenêtre de ma chambre s’ouvrit brusquement et les rideaux se déchirèrent. Les éclairs n’éclairaient qu’un seul livre, celui que je tenais entre les mains lorsque je m’endormis. Par delà les vengeances de la nature, j’entendais encore l’écho de bruits sourds, des bruits de guerre. Et sur le tapis poussiéreux sur lequel le livre était tombé, une tache de sang s’agrandissait, creusant des sillons, des tout petits ruisseaux. Rouges. Le cauchemar s’intensifia lorsque je m’aperçus que le corps du soldat avait disparu. D’Arthur Rimbaud, il ne me restait que cette dernière lettre. Et ce livre. Dans lequel ce magnifique sonnet en alexandrins pouvait encore se lire. « Le dormeur du Val » respirait encore. D’une certaine façon.

Publié dans concours

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Gauthier Hiernaux est l'invité d'Aloys pour son dernier roman à paraître "La fraternité des atomes"

Publié le par christine brunet /aloys

Gauthier Hiernaux est l'invité d'Aloys pour son dernier roman à paraître "La fraternité des atomes"
BIO :

Gauthier Hiernaux est un auteur belge francophone né à Mons en 1975. Il est licencié en langues et littératures romanes de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Après un bref passage dans l’enseignement, il déménage à Bruxelles pour devenir consultant informatique.
C’est au cours de l’année 94 qu’il commence à échafauder l’univers de sa saga « l’Empire de la Nouvelle Ere », une utopie qu’un grand bouleversement fait basculer vers un système totalitaire.
Les dix tomes qui constituent l’histoire racontent l’apogée puis la déchéance de l’Empire à travers les yeux de Gouverneur, d’artistes, de mercenaires, de soldats, de prostituées, de Grands d’Empire, de religieux ou encore, de l’un de ses Imperators. 
Dix tomes au parfum aigre-doux, qui nous font prendre conscience du fait que nos décisions d’aujourd’hui pourraient avoir de lourdes conséquences pour l’avenir.
En 2014, six tomes sont parus chez l’éditeur belge Chloé des Lys.  

Gauthier Hiernaux a également écrit un tryptique composé de trois mini-récits d’une petite centaine de pages.
Le premier tome, Tribu silencieuse, est paru début juin 2011, le second, Lucioles est sorti début 2013. Le dernier tome, « Une Pie dans le ciel de Saigon » a vu le jour la même année. 

En 2012, il a publié chez l’éditeur Cactus inébranlable, son premier thriller baptisé Mallaurig et a participé au recueil de nouvelles érotiques Assortiment de crudités (2013). Un second roman (policier, cette fois), La Fraternité des Atomes, est prévu pour le 22/11/2014.  

Il a également collaboré à 4 numéros de la revue littéraire « Les Petits Papiers de Chloé« . 

Gauthier Hiernaux  gère le site des auteurs de la maison d’édition Chloé des Lys.
Un extrait...

Il était à peine dix-neuf heures trente et Lester avait perdu connaissance.

Pendant qu’il s’enivrait, les derniers éléments de l’enquête avaient dansé devant ses yeux. Il espérait que l’analyse des données du PC permettrait d’en savoir davantage sur ce qui se préparait aux Jardins d’Agadir. Il savait qu’il avait eu raison de faire disparaître une crapule comme Jarat. La société se porterait bien mieux sans lui. Tout le monde

n’était naturellement pas de cet avis, à commencer par les services secrets anglais qui avaient demandé des comptes au gouvernement flamand. Une cellule de crise avait été mise sur pieds et Garrisson avait été prié de se tenir à carreau le temps nécessaire pour boucler l’enquête. La justice devait prouver que la New IRA préparait un attentat sur le sol flamand. Jusqu’à présent, l’équipe informatique de l’IS qui analysait le portable abandonné sur place n’avait obtenu aucun résultat. Jarat avait dû prendre le temps de vider la mémoire de l’ordinateur avant de quitter l’établissement. Cependant, Lester savait que le paranoïaque le plus pragmatique pouvait oublier parfois des informations. Il comptait là-dessus pour faire avancer son enquête.

La sonnerie du réveil vint se mêler à ses rêves. Même défoncé au whiskey, Lester se dit qu’il faisait beaucoup trop noir pour que le réveil sonne déjà.

Plus il émergeait, plus il se rendait compte que le bruit qu’il entendait n’était pas son réveil matin, mais la sonnerie de son portable.

Il ouvrit les yeux et constata qu’il était affalé dans son divan, une bouteille de Red Label à la main. Pas de verre aux alentours.

Il avança lentement la main vers la source du bruit et s’empara de l’appareil. C’était Lou. Il paraissait hystérique.

— Mets ta télé ! brailla le métis qui raccrocha dans la seconde.

La télécommande était à moins de cinquante centimètres de son corps. Il pouvait l’atteindre sans trop d’efforts. Il pressa sur le 1, la NRT, le poste principal de la NV. L’appareil s’alluma sur l’apocalypse.

Sur l’écran du téléviseur, des images le renvoyant à un douloureux passé défilaient. Des corps déchiquetés, éparpillés parmi la tôle pliée et le verre pulvérisé. De la fumée, grise et âcre, de celle qui vous prend à la gorge. Des cris par centaines. De douleur, de surprise, d’horreur, de détresse. Un concentré d’apocalypse comme il avait espéré ne plus en voir.

Ce n’étaient pas des images d’archives.

Il entreprit de monter le son, bouche bée. Chacun des mots lui arrachait une partie du cerveau. L’envoyé spécial semblait bouleversé, il était échevelé et parlait beaucoup trop vite. Même si son néerlandais était extrêmement pauvre, le Britannique ne comprenait que trop bien la situation. Les images parlaient d’elles-mêmes.

— … fait état de quinze morts et quarante blessés, dont une dizaine dans un état jugé grave. Des images éprouvantes comme vous pouvez le constater. On pensait que personne n’arriverait à ces extrémités depuis les émeutes de Hal… il semblerait que cela ne soit pas le cas…

Le présentateur tentait d’intervenir, mais l’autre était fébrile. Il lançait ses phrases comme s’il participait à une italienne au théâtre. On aurait dit qu’il voulait délivrer son message et ficher le camp de là au plus vite. Cela se comprenait ; même un soldat de métier comme Lester Garrisson

avait le coeur qui flanchait devant des scènes pareilles.

— Combien de fois nous sommes-nous dit que cela n’arrivait qu’aux autres ? poursuivait le journaliste dont les larmes coulaient à présent sur des joues que la poussière rendait noires. Je ne comprends pas… je ne comprends pas ce qui a pu se passer dans leur tête…

Le visage du journaliste disparut et il y eut un travelling sur le cataclysme. La scène était tournée d’un hélicoptère et Garrisson put enfin voir l’étendue des dégâts.

De la fumée noire s’élevait de débris métalliques. Dans un premier temps, Lester pensa qu’un avion gigantesque s’était écrasé sur la ville pendant son sommeil. Sans détacher son regard des images, il reprit son téléphone et composa le numéro de Backeland. L’autre décrocha dans la seconde.

— Qu’est-ce que c’est Lou ? Qu’est-ce qu’ils ont foutu ?

— Nom de Dieu, Les’ ! C’est l’Atomium ! Quelqu’un a plastiqué l’Atomium !!!

Gauthier Hiernaux

grandeuretdecadence.wordpress.com

Publié dans l'invité d'Aloys

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Eux, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

Eux, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

Eux – Edmée De Xhavée

Elle était timide et embarrassée de ses vêtements usés par des années de guerre, de ses jambes teintes au thé, de la ligne qu’elle avait tracée au crayon au dos de ces mêmes jambes pour imiter d’élégants bas de soie : elle cafouillait toujours un peu en arrivant derrière les genoux. Assise face à ce bel officier américain, elle riait nerveusement de ces conversations laborieuses dans deux « anglais » qui ne trouvaient pas leur harmonie. « Que dit-il ? » interrogeait son père quand ils semblaient trop détendus pour son goût.

Et elle devait traduire. Il demande si on a aimé les chocolats, si maman a besoin de café. Il pense que si je venais au Texas je serais traitée comme une reine. Il trouve maman originale et toi très distingué.

Oh que son petit cœur solitaire aspirait à une incroyable aventure ! Partir en Amérique avec son bel officier, être une reine en exil, visiter New York et y recevoir un bijou de chez Tiffany. Monter à cheval comme dans un western. Boire des cocktails sophistiqués dans une belle robe aux lignes neuves. Etre fêtée pour son accent charmant, sa peau pâle et sa chevelure de Blanche-Neige.

Mais la double barrière du langage et du père-chaperon vint à bout de la romance. Peut-être aussi les lettres d’une maman américaine rappelant que Betsy – ou Daisy, Laurie, Molly – avait demandé des nouvelles et venait tous les soirs lui rendre visite. Le bel officier s’en alla avec un peu d’émerveillement dans la mémoire. Longtemps il parlerait de sa girl-friend in a Belgian castle.

Lui, il était sûr de son charme, avec ce visage rond au sourire parfait, la belle peau bistrée de sa mère, l’allure un peu arrogante de son père. Le bien-aimé de la famille, le bien aimant de ses cousines et de leurs amies. Toujours prêt à danser et à faire le pitre. Et c’est sa cousine qui lui vola le cœur. Une liane blonde et hardie, avec cette chevelure fluide comme une vague de soleil pâle, ce look fatal à la Veronica Lake, ce rire gourmand et cette faim de vie qui la faisait danser comme un coup de fouet.

Passion interdite, discutée, crainte. On n’épouse pas ses cousins ! Promets-moi que tu ne l’épouseras pas, lui fit jurer son père mourant. Oh que ces promesses-là sont acérées, et que l’honneur et la parole donnée écrasent le cœur de leur étreinte !

Et quelques années plus tard, c’est lui qui enlèvera la timide brune hors des murs du château décrépit. Elle l’aimait, il aimait qu’elle l’aime. Dans l’amour ils m’ont conçue.

Puis ils ont eu mon frère.

lls sont devenus parents, étendant la lumière de leurs vies vers des lieux dans le temps où la mousseuse chevelure noire, le menton ovale ou le sourire brise-larmes se retrouveront dans leur descendance.

Quelque part dans un endroit pourpre et sombre respiraient les souvenirs de la blonde en feu et du Texan en uniforme, leur soufflant sur le cœur un doux souviens-toi quand leur vie pleurait…

Eux, une nouvelle d'Edmée de XhavéeEux, une nouvelle d'Edmée de XhavéeEux, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

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La petite fée, troisième partie de la nouvelle de Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

La petite fée, troisième partie de la nouvelle de Noëlle Fargier

3ème partie et fin

La petite fée s'envole vers cette forêt qui cache tous les siens. Elle redoute ce qu'elle va découvrir et l'accueil qui lui sera réservé. Des arbres gigantesques ouvrent l'entrée de ce lieu magique et dès son arrivée, une multitude de petites fées l'entourent en se donnant la main et en lui chantant la bienvenue. La petite fée se reconnaît dans chacune d'elle. Elle est enfin chez elle. Les petites fées sont si bienveillantes, elles lui offrent un logis dissimulé dans le creux d'un arbre, tapissé de pétales de fleurs, elles lui font visiter chacun de leurs petits abris, tous plus douillets les uns que les autres et si jolis. La petite fée apprend son histoire, l'histoire des petites fées, elle apprend à les connaître et ainsi à « se » connaître. Les petites fées sont très gentilles avec elle, pourtant la petite fée se sent seule. Elle ne partage pas leurs souvenirs, et puis elles sont toujours tellement joyeuses, elles sont toujours ensemble et la petite fée est bouleversée, elle qui ne connaît que la solitude. Ne supportant plus cette morosité, elle décide de suivre l'exemple du lys et s'envole vers des horizons inconnus. Ses amies lui confient les endroits du monde où vivent encore d'autres petites fées. Elle part donc à la rencontre de nouvelles terres. La petite fée vit de voyages en voyages, et plus elle voyage, plus elle comprend les petites fées, mais aussi la flore, la faune, les êtres humains. Elle apprend à aller vers les autres, à leur parler, les écouter. Riche de son expérience, elle décide de retourner chez elle, maintenant elle se sent prête. Comme elle arrive dans sa forêt, elle voit une dame qui arpente le bois, l'air perdu. La petite fée s'approche et lui demande :

  • Puis-je vous aider ?
  • Oh oui, je me suis égarée, pouvez-vous m'indiquer la première maison afin que je demande de l'aide ?

La première maison est celle de l'homme, pense la petite fée, mais aujourd'hui la petite fée a disparu : elle est forte et a appris à dire « non ». Elle répond donc à cette dame :

  • La maison n'est pas très loin, je vous accompagne.

Sur le chemin, la petite fée, qui sait mettre les gens à l'aise, raconte à la dame ses différents voyages. Celle-ci est très intéressée car elle aussi parcourt le monde. Toutes deux arrivent enfin à la maison, que la petite fée reconnaît difficilement , tant elle a changé. Le jardin a disparu pour laisser place à une terre sèche : plus une seule fleur, plus un arbre, pas la moindre trace d'herbe. La petite fée remarque que même les oiseaux ont délaissé le ciel. Il n'y a plus... de vie. La petite fée et la dame s'approchent de la maison, la porte est ouverte et laisse apparaître un désordre complet dans une odeur nauséabonde. L'homme arrive, voûté, le visage pâle, les yeux éteints. A la vue de la petite fée, il s'écrie :

  • Petite fée !
  • Mais qu'est-ce qu'il est arrivé ici ? demande la petite fée d'une voix sûre.
  • Quand tu as disparu, j'ai chassé et tué beaucoup d'animaux, j'ai déraciné les plantes, les arbres, et tous ont décidé de ne plus revenir. Depuis je suis seul, comme tu l'étais quand tu vivais ici.

La dame qui assistait à la scène sans rien dire, prend la parole :

  • Monsieur, j'ai bien discuté avec la petite fée. Je voyage actuellement et je vous propose de partager ce voyage avec moi, voulez-vous ?
  • Je ne suis jamais parti d'ici, j'ai peur de ne pas en être capable.
  • Oui quand on part, on a toujours peur, mais on revient plus fort et la peur disparaît, intervient la petite fée.

Tous trois repartent, ferment la maison. La petite fée , elle, s'envole rejoindre sa famille dans sa forêt, et fait un signe d'adieu aux deux voyageurs.

Quelques années plus tard, l'homme et la dame, après avoir traversé beaucoup de pays, rentrent à la maison. Arrivés à sa proximité, l'homme est surpris de voir sa demeure bariolée de toutes les couleurs. Autour de cette dernière : des lys, des roses, des coquelicots recouvrent le sol, les arbres ont repris leur place, le ciel est zébré d'oiseaux. La mésange, fière, perchée sur le rebord de la lucarne, fait son concert, entourée de petites fées qui chantent et dansent, barbouillées de peinture. L'homme et la dame entrent dans la maison, la porte ne grince plus, l'homme ne porte plus de chapeau. Il a envie de retrouver son jardin, il s'assoit dans l'herbe en faisant attention de ne pas écraser une seule fleur. La petite fée vient le rejoindre. L'homme la regarde d'un air solennel et d'une voix posée lui déclare :

  • Tu sais petite fée, j'ai beaucoup appris lors de mon voyage. J'ai rencontré des animaux, des fleurs, des arbres, des hommes, des femmes, des enfants, des petites fées et je les ai regardés, puis écoutés, puis j'ai parlé avec chacun d'eux. Certains d'entre eux étaient libres, d'autres se croyaient libres, d'autres étaient esclaves. J'ai rencontré une famille de petites fées, sans ailes : l'homme les avait coupées afin qu'elles ne s'enfuient pas, et j'ai pensé à toi, petite fée. Moi, je ne t'ai pas coupé les ailes, peut être ai-je fait pire : je t'ai amputé de ta confiance, je t'ai inculqué la peur des autres....
  • NON, tu n'es pas le seul responsable. Moi aussi, j'ai voyagé, moi aussi j'ai vu tous ces êtres, j'ai vu aussi des petites fées qui se sont révoltées, qui n'ont pas cédé et sont parvenues à être libres. Je t'ai laissé me dire les pires mots, je t'ai laissé m'emprisonner, j'aurais dû parler plus fort, j'aurais dû m'envoler dès le premier jour, mais j'avais peur...
  • Moi aussi j'avais peur, j'avais peur … de la VIE, si belle, si magique. J'avais peur que si tu la connaissais, si tu la rencontrais, tu ne me quittes. OUI, petite fée j'avais peur.
  • La peur, la peur... moi j'avais peur de la mort...
  • Tu sais petite fée, en voyant ces peuples heureux, je me suis interrogé. Je crois qu'ils ont accepté dès leur naissance qu'un jour ils partiraient, ou devraient partir.. De cette fatalité, ils en ont fait leur force. Ils vivent, sans cette peur, se disant qu'on doit profiter au maximum de chaque moment passé. Vivre dans l'ici et le maintenant . Le temps n'a plus d'importance. Ils vivent chaque jour simplement, sans se projeter dans le futur, sans s'empoisonner par un passé douloureux. Ils profitent de la différence de chacun, faisant de cette différence une complémentarité et non une adversité. La mort n'est pas omniprésente puisqu'ils vivent.
  • Merci, tes pensées sont tellement vraies et me parlent , t'ont-elles appris à aimer la vie ?
  • OUI petite fée, mes pensées ont fait écho puisqu'en arrivant ici, le retour des fleurs, des arbres, et le tien m'ont fait comprendre que j'avais une autre chance. Mais ne m'en veux- tu pas trop pour le mal que je t'ai fait ?
  • NON. Nous nous sommes fait du mal tous les deux puisque ni l'un ni l'autre n'étions heureux. Crois-tu que nous pouvons l'être maintenant et faire partager ce bonheur ?
  • OUI, car je n'ai plus peur de la vie et toi, tu n'as plus peur de la mort.
  • Nous allons être heureux, nous allons vivre avec tous nos amis, la terre, les animaux, le ciel, la lune, le soleil, le vent, la pluie, nous n'avons pas besoin d'autre chose et nous vivronsnos rêves.
  • C'est cela petite fée, nous allons VIVRE nos rêves, dit l'homme regardant d'un air tendre la petite fée aux yeux couleur d'émeraude, sa meilleure amie.

La dame qui les écoutait leur sourit d'un beau sourire plein, heureux, sage, …

… avant de repartir vers un autre voyage...

Noëlle Fargier

La petite fée, troisième partie de la nouvelle de Noëlle Fargier

Publié dans Feuilleton

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La petite fée, un conte signé Noëlle Fargier, 2e partie

Publié le par christine brunet /aloys

La petite fée, un conte signé Noëlle Fargier, 2e partie

Deuxième partie

Le quotidien reprend sa place, la petite fée reste clouée à ses tâches ménagères et lui, dehors, prend l'air dans son jardin. Elle pense de plus en plus à la petite mésange, à sa proposition, à cette après-midi magnifique.... Un soir, alors qu'ils dînent, elle et lui, la petite fée ose lui demander prudemment :

  • Dis moi, pourquoi ai-je des ailes ? Peut être puis-je voler ?
  • Ah, ah ! tu as des ailes complètement ratatinées et tu n'es pas un oiseau ! lui répond t-il en ricanant.
  • Alors qu'est-ce que je suis ?
  • Tu es une p'tite chose, sans grande importance.
  • Tu veux dire que je ne sers à rien, répond la petite fée d'une voix triste.
  • Tu sers à faire le ménage, c'est sans grande importance, d'ailleurs je préférais ma maison avant ta venue !
  • Je suis donc inutile ... puis, reprenant espoir : mais tout le monde sur terre sert à quelque chose : les oiseaux, les lapins, les fleurs, les arbres...
  • Tu as raison : ils servent à nourrir les hommes ! Et toi tu sers à me servir !
  • Et toutes les fées servent à cela ?
  • Y' a pas d'autres fées : tu es seule sur cette terre et si je n'avais pas été là, tu serais morte ou mourante. D'ailleurs, ton teint est cadavérique, demain tu pourras aller dans le jardin.
  • Je pourrais ...aller dans le jardin ?
  • Oui, répond l'homme d'une voix bourrue, comme s'il regrettait déjà sa proposition.

La petite fée saute de joie, elle est prête à s'envoler vers la lucarne mais une petite voix la retient. Elle est si reconnaissante à l'homme :

  • Oh merci que tu es bon, que tu es gentil !!!!!!

Le lendemain, la petite fée se lève aux aurores, elle a tellement hâte de sortir de cette maison !

Elle prépare le petit déjeuner, et elle attend patiemment qu'il ait fini son bol. Lui boit lentement, ignorant son regard suppliant. Enfin il pose le bol sur la table, elle s'empresse de le laver, de le ranger, puis, n'y tenant plus :

  • Je peux sortir ?
  • Va, mais ne sors pas du jardin et surtout ne reste pas, tu as du travail !

La petite fée n'entend pas ces dernières paroles. Dans sa tête, elle est déjà dehors. Dès qu'elle ouvre la porte, le soleil l'éblouit, elle doit fermer les yeux, mille senteurs alors l'enveloppent, elle touche l'herbe, respire chaque fleur, court d'une découverte à l'autre, un arbre, une fourmi, un ver de terre, une souris ... Elle sent ses ailes palpiter quand la grosse voix la rappelle à l'ordre :

  • Cela suffit ! Entre maintenant !
  • Je ressortirai demain ?
  • On verra, peut-être...

La petite fée reprend sa vie de recluse. Le lendemain il refuse de la laisser sortir, le surlendemain aussi, et ainsi de suite pendant des semaines . A chaque demande quotidienne de la petite fée, il répond « non ». La petite fée s'épuise à la tâche, espérant ainsi attirer les bonnes grâces de l'homme, mais en vain. Elle pense souvent à la visite de la mésange pour trouver un peu de réconfort, hélas celle-ci ne vient plus. La petite fée caresse ses ailes, s'imaginant voler au-dessus des arbres. Elle rêve en se voyant survoler les montagnes, les lacs, les vallées comme si elle les avait toujours connus.

Puis un jour, seule dans la maison, elle s'autorise à voler jusqu'au rebord de lucarne. Le soleil l'éblouit mais elle décide de s'y habituer. Les couleurs du dehors l'appellent, aussitôt la petite fée prend son élan pour s'envoler. Elle se sent vivre, elle vit. Puis elle l'aperçoit qui rentre chez lui, vite elle fait demi-tour, rentre par la lucarne et reprend sa place habituelle.

Sa première sortie lui a donné du courage et ainsi chaque jour, elle sort, osant aller de plus en plus loin. Ses ailes qui ont retrouvé l'air, deviennent de plus en plus belles. Le teint de la petite fée rosit et fait ressortir le vert de ses yeux qui pétillent. L'homme remarque ce changement et lui donne encore plus de travail. La petite fée continue à lui obéir mais elle sait qu'un jour elle le quittera. Plus le temps passe, plus la petite fée s'embellit, l'homme semble devenir tolérant mais refuse encore qu'elle sorte. Elle accepte … jusqu'à ce matin de printemps.

Comme d'habitude, l'homme est parti, elle vole jusqu'à la lucarne, se retourne pour jeter un dernier regard à sa prison, puis s'enfuit. Elle est libre, libre, libre, légère, légère, légère. Elle a envie de revoir l'endroit où elle est née, ce si bel endroit ! Le lys est toujours là, il lui offre un accueil chaleureux. La petite fée lui propose de rester près de lui, en échange elle l'aidera dans son quotidien, mais le lys refuse :

  • Non petite fée, tu dois rejoindre les tiens, pars vite.
  • Les miens ? Mais je suis seule ! L'homme me l'a dit.
  • Crois moi, il y a d'autres petites fées, elles habitent là, répond le lys en désignant une luxuriante forêt.

La petite fée n'en revient pas, elle est heureuse et en même temps a peur.

  • Je peux revenir te voir ?
  • Tu sais, je change souvent de prairies et peut-être l'année prochaine je serai ailleurs. Tu as eu de la chance de me retrouver car je me déplace souvent, j'aime bien connaître d'autres endroits, d'autres fleurs, d'autres abeilles, d'autres arbres......
  • Mais tu n'as pas peur ?
  • De quoi aurais-je peur ? , répond le lys en riant, … maintenant va, va vite ! Tu as perdu assez de temps !
La petite fée, un conte signé Noëlle Fargier, 2e partie

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La petite fée, une nouvelle en trois parties signée Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

La petite fée, une nouvelle en trois parties signée Noëlle Fargier

Première partie

Il était une fois une petite fée qui venait juste de naître.

Elle était là, tapie derrière un lys, perdue, seule, se demandant ce qu'elle faisait sur cette terre. Soudain, elle entend un son agréable, mais pour elle, inconnu, émanant de la terre. Curieuse, elle baisse les yeux pour identifier ce chant surprenant. A ses pieds, une étrange petite bête, toute verte, dotée de longues pattes, sautille dans l'herbe. La petite fée remarque que, comme elle, la petite bête est pourvue d'ailes et que chaque fois qu'elle les active, le son s'intensifie. La petite fée décide alors de mimer cette petite sauterelle. A son tour, elle remue ses ailes mais celles-ci restent muettes. Réconfortée par la présence de sa première amie, elle relève la tête, une multitude de couleurs toutes plus belles les unes que les autres, allant du rouge des coquelicots, du vert des sapins, du jaune des jonquilles tapissant les prés, au bleu du ciel, lui souhaitent la bienvenue. Elle aperçoit une petite mésange, posée sur une branche, qui la regarde en chantant. Elle voit un oiseau tout blanc qui sillonne légèrement le ciel azur. Elle se lève, émerveillée jusqu'à ce qu'un parfum lui chatouille les narines et envahisse tout son être d'une senteur divine. Elle distingue alors le lys, qui lui dit :

  • Mais que fais-tu, petite fée, pourquoi ne t'envoles-tu pas ?

La petite fée, abasourdie par ce spectacle magnifique, lui répond :

  • Je n'y arrive pas, mes ailes ne sont pas encore prêtes !
  • Bien sûr que si ! tu......

Le lys est interrompu, la petite fée le voit se plier pour se faire tout petit, le ciel s'assombrit, elle n'entend plus la petite sauterelle ... et la jolie mésange a disparu. Les mains sur les hanches, elle imagine qu'elle va découvrir un autre spectacle, cette terre est tellement belle, généreuse, et déjà elle a rencontré des amis ! Elle décide de rester là, confiante et heureuse, et d'attendre sa prochaine surprise. Soudain, une grosse chose, toute noire, s'apprête à l'écraser. D'un bond, elle l'évite, et, d'une voix colérique lui crie de toutes ses forces :

  • EH ATTENTION JE SUIS LA !

Une grosse voix lui répond :

  • Oui, je t'ai vue, petite imprudente !

Elle lève les yeux : un homme très grand, fort, la toise de toute sa hauteur. Il s'accroupit pour être à la portée de la petite fée. Ses yeux noirs plongent dans les yeux émeraudes de la petite fée.

  • Que fais-tu là ? lui demande le colosse.
  • J'allais partir, puis, désignant ses ailes toutes neuves, translucides, elle rajoute : je vais m'envoler, le lys m'a dit que c'est ce que je devais faire .
  • Tes ailes sont bien trop petites pour pouvoir t'envoler. Le lys t'a dit des mensonges, il souhaitait juste pouvoir t'attraper pour t'empoisonner.
  • Le lys, « m'empoisonner ? » ! « M'em-poi-so-nner ! » . Sûrement pas ! D'ailleurs son parfum est crô délicieux !
  • D'abord on dit « trop » délicieux, et justement petite imbécile, c'est un piège pour les naïves comme toi ! Je te propose de venir avec moi. Ainsi tu n'auras pas d'ennuis.

La petite fée est désorientée. C'est vrai, elle ne connaît pas la vie. Ce géant aurait pu l'écraser mais il ne l'a pas fait. Alors, baissant les yeux devant ce protecteur, elle se décide et lui dit :

  • Oui, je te suis.

Le géant saisit la petite fée dans sa main, la fait valdinguer sur sa tête et la recouvre de son chapeau. La petite fée se retrouve complètement dans le noir, elle glisse sur la chevelure du géant comme sur un toboggan tant il marche vite, se cogne aux bords du chapeau qui, heureusement bien calé, l'empêche de tomber. Enfin le géant s'arrête. Elle entend une lourde porte grincer en s'ouvrant puis se refermer. L'homme enlève son chapeau, attrape la petite fée pour la poser sur une grande table en bois. La petite fée regarde alentour, les couleurs ont disparu, seule une petite lumière donnée par une lucarne éclaire l'unique pièce.

  • Te voilà chez toi, tu n'as plus qu'à préparer le repas car tu dois manger et ensuite faire le ménage, ordonne l'homme.
  • Je préférerais aller dehors, je crois qu'il y a un jardin ?, dit la petite fée d'une voix légère.
  • Tu préfères te faire empoisonner ou ECRASER ? Tu dois faire comme moi : travailler, travailler, travailler, ainsi tu n'auras plus le temps de faire des bêtises et prendre des risques. Tu comprends ?
  • Oui, répond doucement la petite fée.

Les jours passent, la petite fée s'affaire sans cesse entre les casseroles et la serpillière, donnant à la maison une propreté irréprochable. La petite fée met toute son énergie à cette tâche, son unique fierté. Lui revient du jardin, les pieds crottés, les mains sales, obligeant la petite fée à répéter sans cesse sa besogne. Une après-midi, la petite fée vient de finir son travail, lui est sorti. Soudain elle entend un chant qu'elle reconnaît, elle s'approche de la lucarne et là, … elle découvre la jolie mésange. La petite fée est si heureuse qu'elle se met également à chanter. Toutes deux offrent à la chaumière un concert extraordinaire. La petite fée chante à tue-tête et se met à danser, à tourner, à virevolter au rythme de la mésange, elle danse, danse, danse … et subitement, sans comprendre, elle se retrouve près de la mésange au bord de la lucarne. Elle réalise alors qu'elle vient de voler : elle SAIT voler ! La petite mésange lui propose :

  • Viens petite fée, allons voler dans le ciel, tu verras : c'est merveilleux !
  • Mais, je n'ai pas le droit ! Et puis c'est ...dangereux.
  • Bien sûr que non ! Mais devant l'air catastrophé de la petite fée, elle rajoute : ce n'est pas grave, continue à danser !

La mésange reprend donc son chant avec la petite fée qui, à nouveau les pieds sur terre, danse, toute heureuse en songeant à son nouveau pouvoir. Perdue dans ses pensées, elle ne l'entend pas, lui, arriver ! La porte s'ouvre brusquement. L'homme est face à elle, le visage fermé, il a l'air en colère. D'une voix sèche il ordonne :

  • Ferme cette lucarne ! Cette maison est pleine de courants d'air et tu vas tomber malade !
  • Oui, répond la petite fée.

Noëlle Fargier

La petite fée, une nouvelle en trois parties signée Noëlle Fargier

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Avis de lecteur dans "Plaisirs et Découvertes"

Publié le par christine brunet /aloys

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