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Christine Brunet a lu "Nuageux à couvert" de Marcelle Dumont

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Nuageux à couvert" de Marcelle Dumont

Nuageux à couvert est un recueil étonnant... Des nouvelles de longueur inégale mais qui jouent avec brio sur deux couleurs complémentaires, le gris et le noir, d'où le titre, sans doute, même si la première de couverture montre de larges pans de ciel bleu. Et le ciel bleu, Marcelle ?

A cette question, Marcelle m'a répondu sans se démonter mais avec justesse : "Le ciel bleu je sais qu'il existe en dépit de tous les nuages sombres, les deux coexistent parfois, comme sur ma première de couverture. Mais on ne choisit pas ses sujets. Ils s'imposent à vous."

Comme tu as raison, Marcelle ! On n'est pas toujours maître des mots que nous couchons sur le papier !

L'écriture ? Un côté presque XIXe qui surprend mais apporte ce côté "différent" et décalé qui s'associe parfaitement au déroulé des textes au rythme qui s'accélère toujours à l'approche du dénouement.

Une approche psychologique des hommes et des femmes ballottés par la vie, tout simplement... Des personnages froids que l'on observe avec curiosité sans jamais s'associer à eux : trop torturés, trop différents de nous... enfin, c'est ce qu'on aimerait croire.

Un décorum presque intemporel : seuls ces "héros" de quelques pages priment dans leur cheminement et leur destin implacable dicté par "les autres".

L'amour, la mort... L'amour à mort...

J'ai reposé le livre de Marcelle Dumont un peu sonnée par l'ambiance puis j'ai tourné la tête vers un extérieur baigné de soleil avec surprise, presque soulagée.

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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Christine Brunet a lu "Villa Philadelphie d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Villa Philadelphie d'Edmée de Xhavée

Je souhaitais lire le nouveau roman d'Edmée de Xhavée depuis sa parution... Il a mis un certain temps à me parvenir et, entre temps, j'ai eu le plaisir de recevoir Edmée chez moi, à Marseille, pour un interview actu-tv... Je l'ai écoutée me parler de la trame de l'histoire, de ses héros avec une certaine frustration, sans doute parce que je préfère avoir une "emprise" directe sur l'univers de l'auteur au travers de la lecture.

Après réception du livre, je l'ai laissé de côté, histoire d'oublier les mots et de plonger sans a priori dans le texte.

J'ai eu raison : je me suis lancée dans la lecture l'esprit vide et je quitte "Villa Philadelphie" avec des images plein la tête, avec des sourires et un petit pincement au coeur.

Edmée de Xhavée a le don de "raconter les gens", de pénétrer dans leur univers et de le partager avec une générosité touchante. Le lecteur n'a d'autre choix que de faire partie de leur intimité, un peu comme un voyeur compatissant qui pourrait, ça et là, jeter un regard moralisateur sur le microcosme de la villa Philadelphie. J'ai adoré les personnages plus vrais que nature, poignants, agaçants, aveuglés par leur ego ou écrasé par les conventions.

Si l'action se déroule du début du 20e siècle jusqu'à l'après deuxième guerre mondiale et décrit une société codée mais en pleine mutation, l'écriture résolument moderne laisse le côté désuet à la porte et vous invite à remonter le temps l'espace de quelques heures.

Je ne vous en raconterai pas l'histoire : pour moi, la surprise fait partie du jeu de la lecture. Si, néanmoins, vous souhaitez en savoir plus, reportez-vous au reportage actu-tv qui lui est consacré...

Merci, Edmée, pour ce voyage passionnant et chatoyant au coeur de la "Villa Philadelphie" !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Le peuple, un texte de Marie-Noëlle FARGIER

Publié le par christine brunet /aloys

Le peuple, un texte de Marie-Noëlle FARGIER

Le peuple

Je commence ce texte (non exhaustif) par une définition pour ce mot, ce mot auquel nous appartenons. Le mot "peuple".

Peuple : "Le peuple est, avec le territoire et l'organisation politique, l'un des trois éléments constitutifs de l'État."

"...l'un des trois éléments constitutifs de l'état" Je crois rêver, ou ai-je bien lu ? Serait-ce une définition erronée ? Une erreur de frappe ?

"constitutifs" ne devrait-il pas être remplacé par "accessoires". Intuitivement, ce dernier terme me paraît plus approprié, plus proche de la réalité. Mais parce que j'ai aussi un esprit rationnel, je vérifie sur le dictionnaire et je trouve plusieurs définitions pour ce terme "accessoire" :

1ère définition :"Ce qui n'est pas l'essentiel ; chose secondaire : Laissons l'accessoire de côté".

Je ne sais pas pourquoi, mais intuitivement je vois des gens sans logement, des gens au chômage, des gens qui mendient. Je vois des gens handicapés sans que rien ne soit adapté pour eux, pour leurs gestes quotidiens, leurs déplacements (les villes fleurissent sur des trottoirs inaccessibles...mais les fleurs sont si belles et puis quel honneur que porter le label des villes fleuries !). Je vois des enfants, des adultes attendre des structures adaptées par manque de moyens financiers...

2ème définition : "Objet, instrument, appareil destiné à compléter un élément principal ou à aider au fonctionnement d'un appareil dans les diverses circonstances de son utilisation".

Je ne sais pas pourquoi, mais intuitivement je vois des gens qui travaillent, qui s'usent pour le bon fonctionnement d'une entreprise et qui s'adaptent aux changements de postes, aux mutations imposées, à leurs salaires de plus en plus bas, et parfois même utiliser leur voiture comme logement. Je vois des gens à la retraite, qui doivent travailler pour vivre, alors que des jeunes cherchent un travail. Je vois des petits artisans, se tuer au travail pour payer leurs impôts. Je vois...

3ème définition :"Élément variable qui complète la toilette (foulard, ceinture, sac, etc.)".

Je ne sais pas pourquoi, mais intuitivement je vois des gens qui possèdent des gadgets comme jets privés, palaces, voitures de luxe... et en même temps, intuitivement, je vois des gens qui, pour s'offrir un peu de rêve, s'achèteront à crédit une belle télévision, achat reproché par les gens sus- cités ("comme ils sont dépensiers!"). Mais pour eux, ils ne sont qu'un élément variable qui complète leur toilette, un vulgaire sac ou plutôt une ceinture qu'ils s'emploient à serrer.

4ème définition :"Objet complétant le décor d'un spectacle ou servant aux acteurs (meuble, arme, ustensile quelconque)".

Je ne sais pas pourquoi, mais intuitivement je vois notre société comme une scène de théâtre où effectivement le peuple est un accessoire, un ustensile quelconque, manipulé par les plus grands acteurs, quelques acteurs, toujours les mêmes, toujours plus puissants. Alors que les vrais artistes (nos petites fourmis qui s'ingénient à ouvrir notre esprit) et les professionnels qui les entourent, voient leur statut d'intermittent ("Enseignant de la Culture du plus petit au plus grand") bafoué, les aides de l'état attribuées au bon vouloir du politique, s'éparpillent sur certains chemins étroitement balisés. Et de ce fait des écoles , des lieux de spectacles POPULAIRES, bien que dynamiques, doivent fermer leurs portes. Je ne sais pas pourquoi, mais intuitivement je vois notre société amputée de culture, de connaissance. Mais après avoir serré notre ceinture abdominale, pourquoi ne pas comprimer notre cerveau pour sevrer son appétit de savoir, de se questionner, de discerner ?

Ce mot "intuitivement" peut surprendre. Il est adressé à ceux qui croient encore que la vie n'est pas si difficile, et qu'il est préférable de se taire encore, et surtout ne rien faire pour préserver les quelques miettes qu'il reste encore à ceux qui n'ont pas encore tout perdu.

Je choisis de rester debout. Et je rappelle : Le peuple est, avec le territoire et l'organisation politique, l'un des trois éléments constitutifs de l'État.

Marie-Noëlle FARGIER

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Christine Brunet a lu "Les chemins oubliés" de Bertrand Maindiaux

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Les chemins oubliés" de Bertrand Maindiaux

Un cadre original : les Balkan à un moment particulier, l' "immédiat après-guerre".

J'aime cette région que j'ai visitée à de nombreuses reprises AVANT la guerre : un environnement compliqué, déjà à l'époque où les tensions étaient palpables. J'avais envie de découvrir un roman dont l'action se déroule justement dans une société en ébullition. J'ai été servie.

Le héros, François Weber, investi dans une ONG, est invité à partir en ex-Yougoslavie pour reconnaître le terrain et poser son organisation dans un pays en mal de structures médicales et organisationnelles.

L'auteur nous fait partager les premiers pas de son héros, nous amène sur le terrain au milieu des ruines et de réalités peu reluisantes issues de la guerre. La télé nous propose souvent des scènes d'après-guerre mais sentir les difficultés, les tensions, comprendre l'imbrications des forces impliquées sur le terrain, c'est évidemment autre chose.

Très documenté, ce roman se lit sans y penser. Le lecteur suit Weber et ses collègues en se demandant si ces humanitaires parviendront à mener à bien leur mission dans ce champ de ruines. Je vous laisse le découvrir...

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Christine Brunet a lu "La Maison" de Marie Klimis

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "La Maison" de Marie Klimis

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en choisissant de lire "La Maison" de Marie Klimis. La couverture m'a intriguée, tout simplement... Puis le synopsis a achevé de me convaincre et je me suis lancée...

Mais ensuite, impossible de m'arrêter ! Drôle de maison qui ensorcelle ses visiteurs ! Et telle Kaâ du livre de la jungle, elle hypnotise, elle se joue du temps et de ses visiteurs. La Maison est vivante... Elle invite avec un sourire le curieux à entrer et se repaît de sa vie, de son existence, de sa magie. Cette maison est différente parce que construite par amour. Elle est "magique" dans tous les sens du terme. Elle est à elle seule un voyage.

La Maison est un conte surréaliste nous dit le pitch de 4e de couverture. Elle est enchantement, enchanteresse.

Elle se peuple de personnages hauts en couleur comme Clovis qui retape la maison et qui devient, en quelque sorte son âme, Aurore, la petite fille venue de nulle part avec son mouton Bertrand si extraordinaire qu'il est capable de tout dévorer en un temps record... Il y a Jules et tous les autres qui nourrissent la Maison.

Je pourrais vous parler de tableaux vivants, de piano magique, de camelot voyageur, d'amours contrariés, de caves labyrinthiques... Mais ce serait forcément réducteur... La Maison a tant à vous raconter ! Alors, laissez-vous porter, écoutez-la vivre !

Ce livre, magnifiquement écrit, est un vrai coup de coeur. Merci à l'auteur pour cette rencontre étonnante avec son univers.

Christine Brunet

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Thierry-Marie Delaunois nous présente son ouvrage "Auprès de ma blonde"

Publié le par christine brunet /aloys

Thierry-Marie Delaunois nous présente son ouvrage "Auprès de ma blonde"

SYNOPSIS

Un grand parc verdoyant agrémenté d'un lac de sinistre réputation, où s'ébattent cygnes et canards; un écrivain quadragénaire esseulé, André, foncièrement seul; une époustouflante et mystérieuse blonde, Séréna, méditant sur un banc du parc; une jeune mère de famille, Hélène, avec trois jeunes enfants, fragilisée, même perdue, tel est le point de départ de notre histoire quand, brusquement, surgit l'éclat suivi d’un coup de colère, passion et haine se mêlant, le crescendo, puis, plus tard la plus terrible des épreuves... "Auprès de ma blonde"? Drame contemporain ponctué d'éléments de tragédie antique, ce sixième roman (septième publication) de Thierry-Marie Delaunois entraîne le lecteur au coeur de trois sensibilités à fleur de peau, un singulier mystère planant sur l'une d'elles. André, Séréna et Hélène s'en sortiront-ils indemnes? Et qui est Danton? Un compte à rebours vient pourtant de s’enclencher...avec un dénouement inattendu.

Extrait de “Auprès de ma blonde”

Il comprit soudain: la belle explorait l’intérieur d’elle-même comme si elle y cherchait un objet qu’elle aurait égaré, un objet rare, précieux sans doute, essentiel à sa survie, ses sourcils légèrement froncés semblaient en attester. Une recherche, une quête...d’absolu? Il l’ignorait mais ce ne devait pas être cela, lui semblait-il. A nouveau son intuition. L’absolu, qu’est-ce en fait? Du concret ou du flou? Et si elle avait fermé les yeux seulement pour ne croiser aucun regard, sachant qu’elle était probablement observée? Car on ne pouvait bien sûr que la contempler, la zieuter, la scruter, voire l’épier, ses regards et mouvements, ses attitudes, son physique hors pair, et elle était réellement hors norme: haute, massive, plantureuse à en défaillir, d’épaisses cuisses que ne dissimulait que pauvrement sa mini-jupe rouge vif, un buste de déesse antique, une généreuse chevelure d’une extrême blondeur cascadant sur de larges épaules, encerclant un visage de madone au bel ovale, d’infinies jambes à faire frémir, vibrer, voire davantage mais inutile d’entrer ici dans les détails. Ses yeux? Il les imaginait bleu azur mais légèrement voilés en raison de sa quête, il s’agissait bien de cela selon lui…

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Jean-Claude Texier nous propose un extrait de son dernier roman, "Loozie Anna"

Publié le par christine brunet /aloys

Jean-Claude Texier nous propose un extrait de son dernier roman, "Loozie Anna"

CHEZ LE PROVISEUR

Adélaïde se crut à l’abri de toute critique étant donné les brillants résultats qu’elle obtenait dans ses classes et le profond respect qu’elle inspirait. La Puriste, comme on avait surnommé la pointilleuse linguiste, n’en fut que plus surprise de découvrir dans son casier une brève convocation qui la laissa perplexe.

Elle s’y rendit la mort dans l’âme, persuadée qu’une mauvaise nouvelle l’attendait. Ce présage s’accentua lorsqu’il la fit patienter une demi-heure, le traitement infligé à ceux qui lui avaient déplu.

Le visage grave, sans le moindre de ces signes d’approbation qu’il distribuait parcimonieusement à des individus choisis, il ne l’invita pas à s’asseoir, et elle prit place d’elle-même devant lui. Il attaqua brutalement, d’une manière si inhabituelle à son égard qu’elle en fut décontenancée.

— J’aimerais que vous éclaircissiez la nature de vos relations avec Madame Sébastienne Dulac.

Il avait prononcé ces mots du ton neutre d’un fonctionnaire remplissant un formulaire administratif. Elle reconnut intuitivement le coup de griffe de Charbois dont elle crut sentir sur elle le regard inquisiteur.

— Reste à savoir si les bruits qui circulent sont sans fondement et relèvent de la calomnie, auquel cas ils doivent être démentis, ou s’ils proviennent de faits avérés, donc déplorables.

Il la contemplait avec un vague dédain mêlé de son traditionnel mépris du genre humain, et les deux plis au coin de ses joues semblaient s’être creusés encore. Elle faiblit sous ce regard implacable imposant la distance entre eux, baissa les yeux et garda le silence. Lorsqu’elle les releva, il y vit la lueur farouche d’une bête sur la défensive.

— Vos mœurs, continua-t-il, vous en conviendrez, sont incompatibles avec une tâche éducative.

Brusquement elle perçut la lutte qui s’était livrée en lui : il avait longtemps douté de sa liaison, avant de se résoudre à la croire, presque à contrecœur. Il la regardait encore comme s’il était prêt à accepter une réfutation d’allégations mensongères. Il ne fut que plus déçu d’en recevoir confirmation.

— Ma vie privée ne concerne que moi, personne d’autre.

Ces paroles glissèrent sur un mur d’indifférence, retombèrent tristement sans l’émouvoir.

— Monsieur le Proviseur, reprit-elle d’une voix mal assurée, je n’ai de compte à vous rendre que sur mon travail. Pour le reste, c’est un domaine personnel où vous n’avez aucun droit de regard.

Il la toisa d’une morgue teintée de pitié condescendante :

— Détrompez-vous, Madame. Je suis en droit d’exiger de bonnes mœurs dans ce lycée, sinon des élèves, du moins de ceux qui prétendent les éduquer par l’exemple. Votre liaison est indigne d’un état de future mère. Elle ne vous procurera aucun bien durable. Votre enfant voudra un père et non deux mères. On ne joue pas ainsi impunément avec la parenté.

Le voilà qui lui faisait de la morale maintenant ! Elle riposta de biais, là où il ne s’y attendait pas, comme un tennisman lançant la balle au coin du filet pour surprendre son adversaire.

— Un lycée n’est pas un couvent. Je n’ai pas prononcé de vœu de chasteté. Quant au bien de mon enfant, deux mères valent mieux qu’une famille monoparentale si elles y trouvent leur bonheur. Faute de père, ma progéniture devra s’en contenter. Je ne suis pas responsable de l’égoïsme masculin.

Il ne s’attendait certes pas à ce qu’elle lui tînt tête. Il allait lui administrer la volée de bois vert qu’il avait mûrement préméditée, lorsqu’elle le devança.

— Mes mœurs, Monsieur, ne regardent que moi.

— Tiens donc !

Il se leva, posa ses mains sur le bureau où l’alliance d’or à son annulaire lança un reflet sur le noir luisant de l’ébène :

— Vous êtes éducatrice, Madame, et vous donnez un bien triste exemple à la jeunesse. Est-ce respectable de vous trouver, dans votre état, liée à une personne de votre sexe ? Vous suscitez la réprobation des parents d’élèves de notre ville, vous entachez notre réputation d’une marque de dépravation.

Et bien ! Il n’y allait pas de main morte ! Elle, une dépravée ! Elle voulut répondre, mais il continua :

— Vous n’enseignez pas seulement votre matière, mais la conduite d’une personnalité irréprochable.

— Vous-même, l’êtes-vous ?

— Pardon ?

— Irréprochable. Vous exigez des autres l’idéal, mais ce que vous faites subir à vos subalternes au nom de vos critères d’excellence vous trouble l’esprit. Vous êtes imbu de vous-même, vous vous prétendez infaillible dans vos décisions, vous n’écoutez aucun avis, votre religion perfectionniste est semée d’injustices. Vous prenez en grippe ceux qui heurtent votre susceptibilité et les mettez en disgrâce, comme un monarque dans sa cour. Vous jugez vos gens sans espoir de rédemption. Vous répandez la crainte, la peur, et pour plier les hommes à votre volonté, vous les brisez moralement. Vous leur rendez la vie infernale, indifférent à leur souffrance ; ils demandent leur mutation, comme Anne-Marie, appréciée de tous ici, surtout par ses élèves, et qui vient de partir, victime de votre méchanceté, privant le lycée d’un professeur de talent. Maintenant, vous prétendez me régenter, vous me traitez de dépravée. Vous doutez de ma moralité, de mon aptitude à m’occuper de jeunes.

Jean-Claude Texier Loozie Anna, copyrights Chloé des Lys (2015)

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Dominique Veyrier nous propose un extrait de son ouvrage, "Sous vos lacs endormis murmurent nos rivières"

Publié le par christine brunet /aloys

Dominique Veyrier nous propose un extrait de son ouvrage, "Sous vos lacs endormis murmurent nos rivières"

Elle le tenait nu entre ses jambes, couchés sur le côté des mots doux à l’oreille. Ils n’avaient pas d’enfant. Louise et Sébastien. Il était bon amant pourtant, dans le sens qu’on prête au verbe aimer dans un lit où les corps se mélangent, souvent quand ils rentraient d’une soirée ou d’un film il suffisait qu’elle pose sa main bien à plat sur son ventre, il suffisait d’une main et d’un ventre. Ou d’un dos au contraire, mais toujours d’une main fleur ouverte pour que leurs corps se mélangent. Il était bon amant, sur le côté, dans tous les sens. La soirée chez Victor et Giang s’était déroulée sans surprise.

Délicieuse comme souvent chez les amis de longue date. Victor Lalouette et Giang étaient les seuls amis qu’ils recevaient régulièrement à leur table. Ou le contraire, évidemment. Ce soir-là Sébastien avait longtemps regardé Sam, leur fils, empiler des cubes sur le tapis de sa chambre, Sébastien aimait entendre les enfants se raconter des histoires.

Avant que Giang ne les rappelle autour d’un plat succulent dont elle gardait le secret, petits cubes de viande parfumés aux morilles, Sam endormi devant le film qu’il connaissait par cœur. Ils n’avaient pas d’enfant mais deux amis pour leur conter des histoires, Louise parfois regardait Sébastien regarder Sam, lorsque celui-ci s’aventurait dans les parages. Ce soir-là au retour ils avaient fait l’amour sans histoire. Ses cuisses blondes ouvertes inoubliables, genoux parfumés aux épaules bouches mordues soubresauts délicieux Sébastien revoyait soudain les cubes, se demandait quand est-ce que les histoires on commence à y croire. — Après l’orphelinat, on pourrait prendre une semaine de plus pour marcher... Les contreforts de l’Himalaya, ça ne te dit pas ? — C’est haut, il avait dit tout bas. Couchés sur le côté, emboîtés l’un dans l’autre. Ou le contraire. Puis la nuit avait repris sa place, évidemment.

Dominique Veyrier

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Philippe De Riemaecker nous propose de courts extraits de son roman, "Tant de silences"

Publié le par christine brunet /aloys

Philippe De Riemaecker nous propose de courts extraits de son roman, "Tant de silences"

Extraits :

Cette oasis de prières est, comme nous l’avons déjà écrit, isolée dans une immensité sur laquelle, de loin en loin, un tracteur se matérialise pour y blesser la terre. Les oiseaux sont nombreux et peu farouches puisque toujours les bienvenus. Quelquefois, en plein cœur de l’hiver, quand la neige prend la relève et que le gel fait sa colère, le regard peut être surpris par le déplacement de quelque chevreuil qui prend la ligne d’horizon comme un chemin joliment coloré par l’embrasement d’un soleil assoupi. C’est cela que j’appelle La Ramée ; ce ne sont pas les écuries, ce ne sont pas les granges gigantesques, ce ne sont pas non plus les bâtiments anciens ni même le couvent, et encore moins ce qui l’entoure, non, ce n’est rien de ces détails qui, pris chacun séparément, ne représentent que peu de chose. La Ramée, c’est tout cela réuni, c’est un ensemble et c’est d’une incommensurable beauté.

*-*

Pourtant, malgré notre désir de fuir, inévitablement notre destination se matérialise. Une profonde respiration, un regard échangé, nous plongeons dans le froid de la nuit pour franchir les quelques mètres qui nous séparent de l’adieu. J’ignorais que « Le Père » avait déjà fermé les yeux.

Les portes sont verrouillées. Ici, la nuit on n’entre pas, il faut montrer patte blanche, sécurité oblige. Alors on sonne, et une femme surgit comme si nous étions attendus.

Elle ne dit pas bonjour, elle ne dit pas bonsoir… mais les mots qu’elle prononce nous figent le sang.

- Mes sincères condoléances.

Pour être honnête, j’ai du mal à comprendre. Je nie l’évidence, je méprise ceux qui enterrent déjà alors que la vie, certainement, est faite d’éternité.

Je regarde ma sœur, l’interroge du regard… Elle se rend compte que je ne savais pas.

*-*

Le silence est assourdissant. Le paysage l’est tout autant. Un village, ou plutôt quelques maisons perchées au sommet d’une colline et qui semblent dominer tout ce qui peut approcher. De loin, cela semblait joli, ce devait l’être certainement lorsque les doigts des êtres donnaient encore du temps et du travail à l’entretien des bâtiments. Mais quand le berger finit par s’arrêter, Shannaz et Jahangir ne découvrirent que quelques ruines et des relents de cendre froide. Les murs blanchis à la chaux laissent percevoir d'obscènes cicatrices de suie cependant, de l’extérieur, il faut s’en approcher pour qu'elles se découvrent à la vue. Quelle tragédie a pu se jouer dans ce coin de ciel bleu ? Personne pour les accueillir, pas un bruit, pas une respiration, pas un claquement de volet. Rien, absolument rien qui laisse deviner la présence de l’humain. Même les chèvres, par respect peut-être, ont arrêté leurs bêlements. Elles hésitent à avancer, mais le font tout de même, poussées par la gamine et l’habitude contre laquelle on ne peut rien. Le bruit de la nature est ce qui existe de plus beau. Les pépiements d’oiseaux donnent du baume au cœur, mais parfois ils vous abîment les oreilles parce que le silence devrait être présent. C’est ce que le couple pense, c’est ce à quoi il aspire, c’est ce qu’il perçoit en regardant l’enfant et les ruines que la fillette semble ignorer.

Philippe De Riemaecker

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Brune SAPIN nous propose un poème...

Publié le par christine brunet /aloys

Brune SAPIN nous propose un poème...

J'entends sa voix dans l'étagère
Tous mes livres chuchotent son nom
Il hurle dans mes rêves
Il sanglote dans mes insomnies
Je le vois des murs au plafond
Mais il ne revient pas encore
Le temps de quoi ?
Le temps, le temps
Il passe et rejoue sans cesse
La même tragédie romantique
C'est pitoyable le manque
C'est c?ur perdu la solitude
Je brûle et redevient poussière
Sur laquelle il marche souffrant
Sans savoir qu'à ses pieds
Il y a mon monde entier.

BRUNE SAPIN

Publié dans Poésie

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