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La clé, un texte de Patrick Beaucamps extrait du recueil poétique "Tant d'eau sous le pont" mis en musique

Publié le par christine brunet /aloys

La clé, un texte de Patrick Beaucamps extrait du recueil poétique "Tant d'eau sous le pont" mis en musique

Musique de Guillaume Bacart

Textes de Patrick Beaucamps

http://patrickbeaucamps.bandcamp.com/

La clé, un texte de Patrick Beaucamps extrait du recueil poétique "Tant d'eau sous le pont" mis en musique
La clé, un texte de Patrick Beaucamps extrait du recueil poétique "Tant d'eau sous le pont" mis en musique
La clé, un texte de Patrick Beaucamps extrait du recueil poétique "Tant d'eau sous le pont" mis en musique
La clé, un texte de Patrick Beaucamps extrait du recueil poétique "Tant d'eau sous le pont" mis en musique

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1953, DÉCOUVERTE DES CACHETS ACIDULÉS, un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

1953, DÉCOUVERTE DES CACHETS ACIDULÉS, un texte de Micheline Boland

1953, DÉCOUVERTE DES CACHETS ACIDULÉS

Il fallait les récréations pour que j'apprivoise l'école dans ce qu'elle avait de plus délectable. Mon amie Ginette ne venait jamais en classe sans quelques bonbons faits maison. Mais ce jour-là…

Dans le rang, après que la cloche a retenti, Ginette s'est penchée vers moi et elle m'a dit : "J'ai quelque chose en poche…" Elle n'a pas eu le temps de terminer sa phrase. Sœur Edwige avait l'oreille fine, si fine !

Je me souviens de ces moments d'attente… Qu'est-ce que Ginette pouvait avoir en poche ? Mon esprit était orienté vers ce quelque chose que je n'aurais pu encore nommer, que je parais des qualités liées aux surprises que nous offrent les êtres adorés. J'aimais déjà cette chose qui ne pourrait être que belle, délicate, rare, extravagante ou amusante.

Nous avions sept ans et nous aimions nous promener dans la grande cour de récréation en nous tenant par le bras. Serrées l'une contre l'autre, nous ne craignions ni les grandes ni les surveillantes. Pour manger notre collation de dix heures, nous avions un petit endroit à nous, près de la haie qui séparait l'école de la maison des religieuses.

Ce jour-là, Ginette m'entraîna vite vers cet endroit particulier. D'un sachet blanc, elle sortit un cachet acidulé qu'elle me tendit puis elle en prit un pour elle. Ces bonbons acidulés étaient le genre de confiserie banni par mes parents et par ceux de Ginette. Ce fruit défendu que j'avais vu à l'étalage du confiseur ou dans la vitrine du boulanger, jamais encore je n'y avais goûté. D'un coup de dent, Ginette a ouvert une minuscule brèche dans l'enveloppe puis elle a passé le bout de la langue jusqu'à atteindre la poudre qui se trouvait au fond ! "Allez, fais comme moi" fit-elle en me regardant. Je l'ai imitée lentement, avec application et curiosité. Une merveille que cette coque de pain azyme rosée, à la texture de papier ! Une merveille encore que cette poudre qui fondait sur la langue en y laissant d'agréables échos surets ! Tout cela était bien meilleur que les chocolats de Tante Maria, les caramels au beurre de la maman de Ginette ou encore les réglisses se trouvant au fond d'une bonbonnière chez ma grand-mère.

Cela avait duré un temps infini. Nous avons refait l'expérience plusieurs fois, en silence, avant qu'il ne nous reste que l'enveloppe entre les doigts. En trois fois, il ne subsista plus rien du bonbon mais un grand bonheur nous embrasa toutes les deux. Je vis dans le regard de Ginette toutes les étoiles qu'on peut voir dans les yeux des amoureux, des chercheurs, des passionnés.

"On mangera l'autre cet après-midi", murmura Ginette. Puis elle s'est penchée vers moi et m'a confié : "Hier, Bobonne est venue goûter chez nous. Elle m'a donné cinq pièces de un franc. Je suis allée chez Dehon ce matin…"

Dehon, c'était le nom de la boutique en face de l'école. On pouvait y acheter des friandises mais aussi du petit matériel scolaire.

Bientôt, la cloche a retenti sans que j'aie pu dire autre chose que : "Comme c'est bon !"

Le bonheur de la découverte m'avait laissée muette. Je m'étais contentée de rejoindre la classe en gardant en bouche les derniers arômes du précieux bonbon.

À peine assise, Sœur Edwige vint me houspiller un peu : "Alors, Monique, dissipée comme d'habitude. Même pas besoin d'une mouche !" Je devais sans doute avoir cet air béat que j'avais, paraît-il, lorsque j'écoutais la mélodie qui s'échappait d'un orgue de barbarie, que je regardais le train électrique de mon cousin ou que je recevais un nouveau livre de la Comtesse de Ségur !

L'après-midi vint. Une magie comparable à celle du matin se reproduisit. J'aurais voulu que cela recommence à chaque récréation ! Les galettes fines, les pâtes de fruits ou le massepain fait maison ne pouvaient plus me suffire puisque j'avais savouré un des trésors de la gastronomie ! Rien ne serait plus comme avant. Le potage au cerfeuil, les œufs à la coque, la mousse au chocolat, je n'y goûterais plus de la même façon. J'avais maintenant un point de référence. Je venais d'établir mon nouvel étalonnage gustatif.

Le lendemain et les jours suivants, il n'y eut point de cachet… Ginette avait consacré les quatre francs restant à l'achat d'un taille-crayon coloré.

Je pensais souvent aux cachets. Un jour, j'ai trouvé, deux timbres à cinquante centimes sous le bureau de Papa. Ce n'était pas de l'argent mais cela avait de la valeur et j'allais tenter ma chance… Maman me surveillait et il me fallut plus d'une semaine avant de pouvoir aller chez Dehon échanger les fameux timbres contre quatre bonbons acidulés. Cette fois, j'avais moi aussi un petit sachet blanc contenant quatre capsules et j'allais régaler Ginette !

C'était bizarre, mais près de la haie, le même rituel se reproduisit comme s'il était en nous depuis des mois. Petits coups de dent, petits coups de langue, dégustation, extase et long silence jusqu'à ce que la cloche sonne la fin de la récréation…

Cette expérience j'y pense souvent. Lorsque je me délecte d'un mets nouveau, lorsque je goûte une préparation culinaire que je viens de réaliser, lorsque je prends la première bouchée d'un plat que j'apprécie, me reviennent et la texture de l'enveloppe en pain azyme et la saveur aigrelette de la poudre.

Même si la maison Dehon a fermé ses portes depuis de nombreuses années, il m'arrive encore parfois d'acheter un sachet de ces bonbons et d'en parler avec des amis. Aussi bien Thomas, mon coach d'improvisation théâtrale, que mon époux ou ma marraine ont les yeux qui brillent quand j'évoque ce souvenir de mon enfance…

Micheline Boland

(Extrait du livre "Des bleus au cœur")

micheline-ecrit.blogspot.com

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Texte n°9 sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°9 sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

LE ROI DES CONS

«Dupont, Durand, Dubois, Duval, Dupuis, Duchêne,
À nos fusils la fleur poussait,
Toujours prêts à nous fair' descendre à la prochaine,
Dans mon rêve où le roi des cons était Français. » *

J’étais à nouveau militaire. Peut-être s’agissait-il d’une mobilisation ? Ou peut-être n’avais-je même jamais quitté l’armée ? Etions-nous seulement en guerre ? Je ne savais plus, tout était brouillé, confus, incohérent, terriblement angoissant. J’étais à la fois jeune et vieux, célibataire et marié, tout se mélangeait, ma vie civile bien tranquille paraissait à la fois proche et lointaine… Mais je portais bien derechef cet uniforme que j’exécrais.

Et à propos d’uniforme, je cherchais en vain le moyen de faire disparaître, sur le blanc de ma vareuse, une vilaine tache sombre qui me vaudrait à coup sûr d’être consigné à bord par mon capitaine de compagnie lors de l’imminente inspection des permissionnaires. Ah oui, c’est vrai, où avais-je la tête ? J’avais demandé à descendre à terre pour rejoindre mon épouse le temps d’un week-end…

Mon paquetage… Il me fallait y récupérer ce bout de craie qui permettait de dissimuler, pour peu que l’on n’y regarde pas de trop près, une salissure trahissant un uniforme trop longtemps porté. Où avais-je donc abandonné mon sac de marin aussitôt après avoir mis les pieds sur ce maudit rafiot ?

J’interpelais un collègue que j’apercevais au bout de la coursive, en bleu de travail, pour lui demander s’il ne disposait pas par hasard de ce qui me faisait si cruellement défaut. Et fut stupéfait de m’entendre répondre, sur un ton goguenard, que toutes les permissions étaient supprimées en raison d’une opération de débarquement à laquelle j’étais d’ailleurs supposé prendre part.

C’était donc bien la guerre. La guerre… Bon Dieu ! Mais comment se faisait-il alors… D’une voix que je voulais ferme, je posais quelques questions innocentes pour tenter d’en apprendre un peu plus sur une situation internationale que je n’étais pas censé ignorer. Avec un haussement d’épaules, le collègue se contenta de faire allusion au conflit qui venait d’éclater entre l’OTAN et la Russie, suite à une aggravation de la situation en Ukraine.

Voilà, nous y étions… Un nouveau conflit en Europe dans lequel nous nous étions bel et bien laissés entraîner, pris au piège entre la politique hégémoniste des Américains et la tendance expansionniste des Russes. J’allais connaître la guerre, la vraie, y participer, même…Celle dont j’avais tant entendu parler étant enfant, sur laquelle j’avais tant lu par la suite. Avec son cortège d’horreurs, ses villes écrasées sous les bombes, ses réfugiés…

Affolé, je tentais d’interroger encore le collègue qui me tournait déjà le dos. De lui demander s’il savait pourquoi nous n’avions pas réussi à rester en dehors de tout ça. Un vacarme soudain me cloua sur place… Une torpille ? Un obus ? J’ouvris brutalement les yeux et, les battements de mon cœur allant decrescendo, reconnaissait peu à peu le bruit caractéristique et rassurant d’un camion-benne procédant au ramassage des poubelles…

« Quand je sautai du lit, que j'entendis la somme
De balivernes qui florissaient,
J'eus comme l'impression d' êtr' pas sorti d' mon somme,
De mon rêve où le roi des cons était Français. » *

* « Le cauchemar », Georges Brassens.

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Texte n°8- concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°8- concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Tante Élisabeth et Oncle Alexandre

"Si tu continues ainsi, tu iras en enfer !". Combien de fois ai-je entendu cette phrase prononcée par Tante Élisabeth.

Tante Élisabeth, près de quatre-vingts ans, veuve depuis perpète et sœur de mon grand-père.

Je n'aimais guère aller chez elle. D'ailleurs, personne dans la famille ne lui rendait volontiers visite tant elle était acariâtre. Elle vivait dans un sombre et vieil appartement sentant le renfermé et décoré avec le plus mauvais goût qui soit. Malheur à l'enfant qui allait rentrer chez elle sans passer les semelles de ses chaussures sur le paillasson en coco ! Malheur à l'adulte qui s'asseyait dans un des fauteuils réservés à son chat ! Malheur à celui qui faisait le moindre bruit dans l'escalier : jeune ou vieux, homme ou femme, tous avaient droit à la même phrase piquante, signée Tante Élisabeth : "si tu continues ainsi…" !

Le premier janvier, nous allions, contraints et forcés, lui rendre visite et lui présenter nos vœux. Elle daignait alors nous embrasser sur le front du bout des lèvres. Je sentais les poils de son menton me chatouiller le nez et je me retirais très vite sans que la vieille dame n'y trouve à redire…

Ce jour-là, les enfants avaient droit à un verre de limonade "maison", un simple jus de citron mélangé à de l'eau du robinet qui traînait là depuis des heures. Les adultes recevaient un petit verre de quinquina. C'était, paraît-il, "bon pour la santé" !

Pieuse ou plutôt bigote, elle fréquentait l'église toute proche qui était aussi sombre et vieillotte que son appartement. Elle y récitait des prières comme une automate et rentrait chez elle la conscience tranquille, sûre qu'elle irait au paradis malgré les frasques de ses neveux et nièces.

Quand je fais un cauchemar, Tante Élisabeth n'est jamais bien loin ! Elle passe et repasse dans ma chambre en marmonnant : "Si tu continues ainsi, tu iras en enfer" !

Un matin, on l'a retrouvée morte dans son lit et comme sa vue s'était fortement détériorée avec l'âge, tout le monde a pensé qu'elle devait être en enfer en se croyant au paradis !

Le diable l'a accueillie avec joie et la vieille dame qui ne l'a pas reconnu a immédiatement apprécié la température du lieu et les odeurs qui lui rappelaient son appartement ! Depuis qu'elle est là-bas, elle cherche en vain son époux bien aimé. À chaque coin de rue, elle croit reconnaître l'oncle Alexandre mais ce ne sont de fait que des gangsters et des assassins qui la découragent bien vite.

Oncle Alexandre, lui, connaît les joies du paradis et je doute fort que malgré son grand âge, il essaye de retrouver son épouse !

De temps en temps, on l'autorise à revenir sur terre pour voir sa famille. Comme il m'apprécie particulièrement, il passe souvent me parler de son séjour là-haut. Il m'a dit avoir aperçu son Élisabeth aux prises avec un diablotin cornu et ventripotent qui l'obligeait à boire une boisson citronnée et à s'asseoir dans un fauteuil rempli de chats ! Inutile de vous dire qu'il a fait semblant de ne rien voir.

Je l'aime bien Oncle Alexandre, quel dommage que je ne l'ai pas connu de son vivant. Lui, le veuf parfait, seul digne d'aller au paradis !

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Texte 7- concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 7- concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Rêver à deux

Le chemin glisse, il pleut. Elle pousse une bicyclette et avance en perdant pied, c’est une confusion de marécages, fils barbelés, cailloux saillants, et puis cette détermination d’avancer. La maison qu’elle veut atteindre se dresse au bout d’une prairie, lugubre mais ensorcelante comme le chant de la Lorelei. Oh … arriver à ce seuil qu’elle ne voit pas… ce havre, ce refuge d’amour…qui contient la mort et hérisse le duvet de son cou.

Il a peur, tapi derrière une porte qu’il sait fragile. Il voit ses bottines d’enfant, et il y a du sang sur les lacets et l’empeigne. Il touche et c’est comme une ignoble gelée… une mèche de cheveux englués tremble sur la semelle…

Ils ont eu tous les deux un cri étouffé qui les a éveillés, la peau blême d’une sueur qui refroidit déjà. Leurs yeux se croisent, et puis s’apaisent. Un sourire un peu gêné. Ils se retournent en tirant le drap sur leurs épaules. Tout va bien, ce n’était qu’un mauvais rêve.

La maison est éclairée de l’intérieur, et les notes de Liebestraum volent alentour. Le soir est tombé, il fait chaud, un crapaud s’encourt alors qu’elle franchit le seuil sans porte. Les escaliers, recouverts d’un velours rouge braise, partent dans toutes les directions, mais elle sait qu’il faut monter, monter sans faire de bruit. Il y a la chose. La chose dangereuse, dans ce lieu qu’elle a tant fait pour atteindre. Malgré le tapis épais, si épais qu’elle vacille sur ses – quoi ? des combat boots ? – son cœur s’arrête au craquement que le plancher produit de temps à autre. Son cœur… il s’emballe, s’emballe, galope…

Il est invisible, dans une vieille malle de voyage. Accroupi, les lèvres serrées. Il sait qu’il ne doit pas bouger, qu’on ne peut le voir en entrant et que l’obscurité de la malle qui sent le moisi et est froide comme un tombeau (est-il dans un mausolée ?) le rend insaisissable. Il regarde sous le couvercle légèrement soulevé. Mais voici que la poignée de la porte danse de gauche à droite, dans un inquiétant ralenti sans aucun son.

Elle s’est levée pour aller prendre un verre d’eau. Elle frémit, se caresse les bras pour s’apaiser. « Tu veux un verre d’eau ou quelque chose ? » demande-t-elle, le voyant assis sur le bord du lit, qui se massae le front. Ils se sourient, se racontent des bribes des images qui restent. Rient et se chuchotent re bonne nuit !

Les escaliers sont de marbre bon marché, avec une rampe de fer forgé sans style, plus très fixée au sol. Elle se demande pourquoi elle a des sandales d’été, dorées avec une fausse turquoise enserrant le gros orteil. Quelle horreur. Elle transpire et décrète qu’elle sent comme un cheval : elle a peur. Il faut pourtant continuer de grimper, grimper… dans la tour. Les escaliers tournent, longeant les murs courbes, ils sont de pierre, des pierres qui se délogent parfois et font du bruit. Chuuuut… il faut passer devant la chambre sans le moindre déplacement d’air. La maison est amour… sauf ce lieu précis. Mais pourquoi ne peut-elle résister, pourquoi pousse-t-elle la porte ? Une ombre mortelle l’aveugle

Il a bondi en pleurant de frayeur, et a serré le cou de l’intrus. Son cœur a lâché de terreur…

Ils ne se sont pas réveillés. La police ne comprendra pas pourquoi ce jeune mari aimant a étranglé sa femme au lit… jeu amoureux à mauvaise fin ?

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Texte 6- concours sur le thème du cauchemar pour "les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 6- concours sur le thème du cauchemar pour "les petits papiers de Chloé"

Mon rêve malfamé

J'offre à présent ce rêve étrange et pénétrant :

— J'errais en ville, un soir, nu dessous mon peignoir,

Me demandant pourquoi, si loin de ma baignoire,

J'étais accoutré d'un costume si frustrant.

Personne n'eut voulu s'afficher de la sorte...

Face rouge, je ne souhaitais aucun contact,

Avec quiconque... Imaginais avoir le tact

De disparaître, incognito, tel un cloporte...

Il me fallait passer des pâtés de maisons

Par dizaines. J'étais un pitre, une vraie loque...

Impossible qu'on ne me prît pas pour un foc.

J'avais, d'aller chez moi, maintes bonnes raisons...

Je transpirais, déambulais, la tête vide.

Une solution s'offrit à moi : courir

À travers le grand parc et peut-être jouir

D'une tranquillité dont j'étais très avide.

Or — ciel, encore un coup du sort ! —, je ne pouvais

Me déplacer qu'en claudiquant, paralytique,

Les deux hanches en vrac. L'unique politique :

Vite ! Rentrer ! Mais, grand malheur, on me suivait.

Trois ou quatre loustics, des enfants de la balle

Qui jouaient là, se montrèrent désobligeants :

Ils me poussèrent, je heurtai le toboggan !

Pan ! Dans les dents ! J'étais vexé... Que j'avais mal !

Tout à coup je compris ! La résolution

De l'énigme ! Mais si ! Maintenant ! La mâchoire !

Le toboggan !

L'escalader !

Non, ne pas choir !

Oui ! Je savais !

Là ! Le brigand !

Solution !

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Texte 5- concours sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 5- concours sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

UNE HISTOIRE AFRICAINE

Ce rêve agréable, je le faisais souvent : voler très haut, libre comme l’air. L’air pur. Si pur. Pur comme le rire de maman, quand elle riait encore. Mais je suis triste, aujourd’hui, très triste, car le souvenir de son rire s’efface peu à peu. Devient moins clair. « Ne pleure pas », qu’elle murmurait toujours, quand j’avais du chagrin. Alors, non, je ne vais pas pleurer.

Voler haut. Mille fois plus haut que le butor étoilé… Planer ! Je l’aimais, ce rêve. Pourquoi les beaux rêves se transforment-ils toujours en cauchemars ?

Je vole, mais la sensation de bien-être et de liberté est devenue un sentiment oppressant. Tout va vite, beaucoup trop vite… Je suis balayée, je tournoie. De plus en plus vite. Si bien que je ne distingue plus rien. Je ne vois que des couleurs qui se mélangent et la pluie, parfois, fouette mes yeux. Je ressens un poids, là, sur ma poitrine. Je manque d’air. J’ai peur de mourir. Mes poumons sont comme obstrués, tout gonflés. Ma trachée est douloureuse.

Pourquoi personne ne m’aide ? Je me sens si faible, si seule. Les vents me projettent en tous sens, comme si je n’étais qu’une feuille d’arbre misérable.

Il est vrai que je suis plutôt maigre. Je ne mange pas beaucoup…

Je tournoie, je suis effrayée. Par pitié, mais faites que ça s’arrête !

Ça s’arrête toujours… Toujours quand mes paupières s’ouvrent au lever du Soleil. C’est là que le cauchemar commence. Le véritable cauchemar.

Je suis une esclave.

Monsieur et madame disent que je suis leur domestique. C’est faux. Je suis une esclave. Monsieur leur fils m’appelle Cheeta. Je ne sais pas pourquoi, mais ça le fait rire aux larmes et il exige parfois que je pousse des cris.

Maman et papa étaient pauvres. Bien trop pauvres pour tous nous garder. Papa sculptait, maman tissait, mais cela ne suffisait pas pour nourrir quatre enfants. Alors, papa m’a vendue à ces gens de Cotonou. Et quand le train a démarré, j’ai vu maman arriver en courant dans son boubou bariolé. Elle hurlait, pleurait. Et puis, elle s’est mise à taper sur papa. J’ai été heureuse quand j’ai réalisé qu’elle ignorait ce que papa avait fait, serrant contre moi ma petite girafe en bois d’ébène. Mais il était trop tard. Et le train s’éloigna de Parakou. Je n’ai plus pleuré, après ça. J’avais promis. J’ai tout fait pour me souvenir du rire de maman et de rien d’autre. C’était ma force.

Je vis au sein d’une famille riche, dans une grande maison pleine d’objets qui me sont étrangers et dont j’ignore l’utilité. Je dois juste nettoyer et nettoyer encore, toute la journée. Mes mains et mes genoux sont usés, pauvre de moi.

Les vallons me manquent, et le marché, et les poules. J’ai gardé cette odeur de karité dans mes narines. Je me souviens des fortes pluies, également, et de la terrible sécheresse. C’est un peu pareil, à Cotonou… À Cotonou, cela dit, il y a aussi des plages. Je ne les verrai jamais, vraisemblablement.

Si je ne fais pas bien mon travail, monsieur me tape. « Sale négresse », qu’il m’appelle. Il tape aussi les garçons. Eux, il les appelle « Bamboula ».

Demain, il paraît que des hommes fortunés vont venir me voir. J’ai entendu monsieur dire au téléphone que j’étais « jolie ». Qu’est-ce que ça peut leur faire ?

Je m’appelle Fatimatou. J’ai neuf ans et demi.

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Texte 4 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 4 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "les petits papiers de Chloé"

Cauchemar

Vingt deux heures trente : the end

Vingt trois heures : musique, fleurs de tilleul

Vingt trois heures trente : il ne viendra pas, bonne journée aujourd’hui, hier, avant-hier.

Minuit : bon, faut dormir : dormir : lit ouvert, yeux clos, corps qui se relâche dans les draps de lavande : bien être. Non il ne viendra pas, il ne viendra plus…espoir mais crainte…

Sommeil bienfaiteur

Deux heures : sueurs, terreur.

Non : ne pas me rendormir, il est encore là, je le sens, prêt à bondir dans ma tête et devenir réel. Je me lève, allume la lumière pour qu’il fuit et se taise. Mais il est toujours là dans ma tête, dans mon corps. J’ouvre la fenêtre, regarde les belles étoiles dont une qui me rassure, la lune qui me sourit, la terre que je vénère. Quand va-t-il me lâcher ? Je bois un verre d’eau (peut être pour l’éliminer), demain boulot et je dois être en forme. Pourquoi est-il revenu ? Je « revis » ma journée dans les moindres détails. Si je comprends : il partira. Une rencontre, une conversation, un parfum, une image, un visage, une odeur, un mot peut être… oui c’est ça : ce mot qui a réveillé la mémoire que j’ai endormie pour ne pas oublier mais vivre. Oui, c’est ce mot que j’ai entendu et dont je ne me suis pas méfiée. Ce mot qui a réveillé ma petite fille, perdue ou interdite. Petit bébé dans mes bras, si doux, que je berce. Petit bébé dans mes bras, si doux, que je berce. Petit bébé dans mes bras, si doux, que je berce. Subitement une douleur lacère mon dos, je résiste, je ne lâcherai pas mon bébé. La douleur s’amplifie, devient insupportable, mes bras s’ankylosent, je résiste, je résiste si fort, mes bras me font mal, tant ils serrent l’enfant, ma chair, je résiste, je résiste, je résiste mais mes forces s’épuisent, je comprends l’inéluctable et je suis impuissante. D’un coup, sans plus de conscience : le bébé… tombe… de mes bras…assassins. Petit bébé, si doux, que je berce…

Trois heures : Ca va aller. Il doit s’exprimer, s’arracher des limbes de ma pensée : le jour il ne doit pas, le jour il ne peut pas, le jour est fait pour la vie. Il ne peut venir que la nuit. Pourtant il fait partie de moi, c’est moi qui l’ai inventé, crée. Peut être veut-il me donner la force de continuer à aimer le soleil, peut être est-il enfin la cicatrice en mon sein, peut être veut-il m’éviter le pire et puis s’il est possible un jour : accepter entièrement…peut être, alors, décidera t-il de s’en aller ?

Encore trois heures ...

Petit bébé si doux que je berce, près de son étoile.

Publié dans ANNONCES

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Texte n°3 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°3 - concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Prémonition ?

Chaque nuit, le même rêve : je cherche des escarpins en cuir vernis noir et une femme vêtue d'un ensemble à pois marine et blancs, me suit en ne cessant de répéter : "Si l'on cherche trop, l'on ne trouve pas". Jamais, je n'arrive à remettre la main sur les escarpins. Je me réveille en sueur, la respiration courte comme si j'avais réellement couru dans toute la ville et visité tous les recoins de la maison. Mais un rêve est un rêve. Une douche et un bon café suffisent à me rendre entrain et énergie.

Ce jour-là, une équipe d'inspection se présente au centre de guidance où j'occupe la fonction de psychologue. Un coup d'œil aux agendas de tous les membres de l'équipe et les deux cerbères de service décident que le dossier de Martial Denortin sera épluché ! Martial Denortin, un enfant de treize ans qui vit seul avec sa mère. Un gamin dépressif dont je m'occupe depuis de longs mois.

Pour discuter du dossier, il faut bien sûr l'avoir devant soi ! Je le cherche donc mais ne le trouve ni dans mon bureau ni dans celui de Claudia l'assistante sociale qui rencontre la mère une fois par trimestre ni dans le grand classeur du service. La panique me gagne. Je ne sais plus où donner de la tête. Je fais trois pas, je rebrousse chemin. Où aller ? Que faire ?

Je décide de jeter rapidement un coup d'œil sur les bureaux de collègues, puis je téléphone à ceux qui sont occupés avec des clients pour leur demander s'ils n'ont pas vu mon dossier… Chaque tentative infructueuse est un pas de plus vers l'angoisse. Mon cœur bat la chamade. Perdue, je suis perdue ! Au diable les bons conseils de rangement et d'ordre que je prodigue aux autres. Mon corps prend le dessus sur ma raison. Les larmes me montent aux yeux.

Le temps passe à la vitesse d'une formule 1 ! Virginie, notre secrétaire, apporte une deuxième cafetière dans le bureau du chef. Enfin, une bonne idée me vient et je file au secrétariat. Hélas le dossier y est tout aussi introuvable qu'ailleurs !

Comme je sors du bureau, une femme portant une robe à pois marine et blancs me bouscule. Je pense qu'il s'agit d'une cliente impatiente. Mais non, apparemment la femme est au courant de mon problème, mon très gros problème. Elle me dit : "S'il l'on cherche trop, l'on ne trouve pas." Comment ne pas penser à ce rêve qui hante mes nuits et me semble devenu prémonitoire ?

Les joues en feu, je rejoins enfin le bureau du chef. De guerre lasse, les deux cerbères se rabattent sur un autre de mes dossiers non sans m'avoir menacé : "On avisera de votre cas plus tard. Assez perdu de temps."

Les nuits suivantes, dans mon sommeil, je continue à chercher ces fichues chaussures… Rêve après rêve, une femme portant un vêtement à pois marine et blancs me met en garde avec la petite phrase que je ne connais que trop bien.

Deux semaines plus tard, Martial me ramène fièrement le dossier qu'il avait subtilisé pour en connaître les supposés secrets ! Évidemment, il a été déçu et regrette son geste ! En attendant, je suis la seule responsable !

Je viens de recevoir un avertissement du conseil d'administration du centre pour négligence grave ! Depuis peu, mon rêve a changé : chaque nuit, la femme avec sa robe à pois brandit le dossier avant d'y mettre le feu et chaque matin, je me réveille en sueur et le souffle court.

Publié dans ANNONCES

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Texte n°2 - Concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°2 - Concours sur le thème du cauchemar pour la revue "Les petits papiers de Chloé"

Cauchemar enfantin

Jamais je n’avais cru qu’un jour je serais confronté à mon pire cauchemar et, pourtant, c’est arrivé en ce mois de juillet.

Quand j’étais minot, mon père travaillait dans une imprimerie et ma mère tenait une petite épicerie de village. Moi, je vivais heureux sans tous les soucis auxquels les gosses d’aujourd’hui sont confrontés. Il faisait vraiment bon vivre dans les années soixante !

Et pourtant, un rêve me poursuivait et me gâchait un peu la vie, un cauchemar récurent qui m’a, heureusement, abandonné au bout de quelques années.

Souvent, je rêvais, donc, qu’un type bien baraqué brisait la vitrine du magasin dans lequel nous vivions, s’emparait de ma mère et l’emmenait loin de moi. Moi, je la défendais bec et ongles mais j’étais bien impuissant face au kidnappeur. Je ne pouvais que hurler, hurler et pleurer toutes les larmes de mon corps.

Invariablement, je me réveillais, groggy, avec un sentiment de malaise qui ne me lâchait pas de la journée.

Pas besoin d’être psychanalyste pour décrypter ce songe : la peur de perdre l’unique personne que j’idolâtrais envoyait à mon cerveau des infos qu’il interprétait à sa manière.

Et, en juillet dernier, ce cauchemar est devenu réalité. Ma mère m’a été enlevée, non pas par un kidnappeur, mais par un médecin, un cardiologue, qui avait décidé de l’opérer à cœur ouvert.

Il me semblait impossible, en raison de son âge avancé, qu’elle résiste à cette opération.

Malgré mes réticences et mes mises en garde, ma mère a suivi l’avis du praticien et est entrée en clinique. Pour un voyage sans retour, j’en étais certain.

Le 3 juillet a été pour moi le jour le plus long. L’attente, l’angoisse, les pensées négatives se sont emparées de moi et la journée s’est étendue, longue, longue, longue.

Et puis, le coup de téléphone : tout s’est bien passé.

Le retour à mes terreurs enfantines s’est arrêté là ; le kidnappeur me rendait ma maman, ce n’était qu’un rêve, un cauchemar venu du plus profond de mon enfance.

Je venais de me réveiller et maman était toujours là !

Publié dans concours

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