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Les Louves de Silvana Minchella dans le Bibilothécaire

Publié le par christine brunet /aloys

Les Louves de Silvana Minchella dans le Bibilothécaire
Les Louves de Silvana Minchella dans le Bibilothécaire

LES LOUVES /
Silvana MINCHELLA.-
Barry : Chloé des Lys, 2013.- 135 p. ; 21 cm.-
Isbn : 978-2-87459-743-5.- 19,30 €.-


L'auteure :
Silvana Minchella est une auteure belge, d’origine italienne. Elle a publié à ce jour six ouvrages et a participé à deux livres collectifs. Des contes pour enfants, plusieurs recueils de nouvelles, un roman et un livre d’art. Deux nouveaux ouvrages paraîtront fin 2014 et un roman initiatique est prévu pour 2015.
Elle a crée et anime un atelier d’écriture, récit de vie, intitulé « Je déclare la paix en moi ».
Elle anime régulièrement des soirées littéraires à Bruxelles.
Vous la trouverez à la foire du livre belge à Uccle, à la foire du livre de Bruxelles, ainsi qu’à de nombreux événements littéraires.

L'ouvrage :
Qui sont ces louves? Quatre femmes différentes qui ont souffert dans leur chair, dans leur
coeur et dans leur âme. Chacune à leur façon, elles font appel à la louve qui vit en elles afin de refuser le destin qui leur est imposé. Elles se redressent, enlacent la Vie et mènent la danse.
En chaque femme vit une louve, une force sauvage indestructible, qui se manifeste selon le tempérament de chacune. Et tant pis pour les loups qui rôdent sur les bords de leur vie.

Il ne s’agit pas d’un livre féministe, mais d’un hymne à la Femme.
Un livre écrit par une louve, pour les louves.
Mais pas que.
Il plaira aussi aux hommes qui aiment les femmes.

Publié dans avis de blogs

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Rachel Colas et Anaïs Valente nous présentent "Histoires de mourir de vivre"

Publié le par christine brunet /aloys

Rachel Colas et Anaïs Valente nous présentent "Histoires de mourir de vivre"

Courte bio Rachel Colas et Anaïs Valente

« Rachel Colas et Anaïs Valente sont deux auteures belges publiées à de nombreuses reprises chez divers éditeurs français. Elles se sont connues via leurs blogs http://www.rachelcolas.be - http://plaisir-d-ecrire.skynetblogs.be/ et http://le-celibat-ne-passera-pas-par-moi.be/.

De leur amitié est né « Histoires à mourir de vivre ». Étonnantes, angoissantes, amusantes ou émoustillantes, leurs histoires ne vous laisseront pas indifférents ! »

Résumé

« Des tourments qui s’apaisent à la mort d’êtres chers, un attaché-case meurtrier, des cauchemars qui prennent vie, un gène qui tue, des fils d’or qui invitent la mort, cinq minutes qui s'octroient le droit de vie... ou pas, un robe de plumes de corbeau qui ravit son créateur, une fenêtre propre qui protège un meurtre, du sexe sans limites avec une célébrité, ou pire, Facebook qui assassine, plus rien ne sera comme avant lorsque vous aurez lu ces histoires !

Car quand l’heure a sonné, tout est dit.

Alors, autant mourir de … vivre. Maintenant ! »

*

DEUX EXTRAITS !

« VIERGE » de Rachel colas -
Pag
e 159

« Un instant de panique : elle se sent toute flétrie. Elle a attendu tellement de temps qu’elle ne se sent plus si fraîche. Rose d’automne. Et s’il ne la désirait pas ?

Trop tard : elle ne peut plus reculer. C’est son tour. Il va surgir comme un diable en boîte. Elle va sursauter : elle le sait. La porte s’ouvrira trop vite, d’un coup brusque. Cela aussi elle le sait.

Elle a peur. Elle est impatiente. Elle va mourir, c’est sûr ! Non pas tout de suite, d’abord, sa nuit de noces. Le reste ne compte pas. Il n’y a que lui. Rien que lui. Et elle. »

*******

« L’éponyme » d’Anaïs Valente -
Pag
e 45.

« Je te dirais bien que les flocons de neige tombent du ciel en même temps que les larmes tombent de mes yeux, mais ça te ferait trop rire. Tu as toujours détesté les mélodrames. En particulier les miens. Alors, on va dire que ce ne sont pas des larmes, que c’est la condensation de mes lunettes propulsée sur mes joues, because l’air co de ce grand hôtel avec vue sur rien. Vue sur rien. Mais pas n’importe quel rien. Ton rien. Alors, un peu le mien. Ça y est, je retombe dans le mélodrame. On va dire que ce ne sont pas des larmes alors. On va dire ça. »

Publié dans présentations

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Alexandra Coenraets nous propose "Gaza" 4e et dernière partie

Publié le par christine brunet /aloys

Alexandra Coenraets nous propose "Gaza" 4e et dernière partie

Mercredi 16 juillet 2014.

Deux jours après la tentative de médiation du président Egyptien, Israël s’engage au cessez-le-feu, immédiatement rejeté par le Hamas, s’agissant pour lui d’une reddition. Une trêve de courte durée. Les bombardements reprennent et devant le refus du mouvement palestinien, Israël se dit contraint de les intensifier.

« Folie des hommes », murmure Nethaly.

Jeudi 17 juillet, quatre enfants meurent sous les yeux des journalistes, qui, saisis d’effroi, saisissent également le scoop. Bouillonnants de colère, le sang glacé eux aussi, les internautes du web s’enflamment à nouveau, les commentaires s’écrivent les uns à la suite des autres, inondent les murs virtuels sous des publications relayant l’info.

Le symbole du « mur » est puissant et le constat s'impose toujours plus clairement: les appels envers l'Etat hébreu se heurtent à un mur symbolique, sûr de son bon droit, solidement édifié. On pense au Mur des Lamentations, à Jérusalem, on pense à la Barrière de Séparation, en Cisjordanie, construite pour empêcher que ses habitants ne pénètrent dans les colonies israéliennes.

Aveuglément.

Des voix américaines commencent à se faire entendre pour dénoncer le soutien inconditionnel qu'apportent les Etats-Unis à l'égard d'Israël. Les voix dissidentes se disent sur le ton de l’humour ou de la colère, dans des vidéos qui font le tour du net en moins de deux.

En attendant, une trêve qualifiée d’ « humanitaire » se met en place, pour la forme sans doute, car elle ne trompe personne.

"L'armée israélienne et le mouvement palestinien du Hamas avaient déjà pris la décision d'appliquer une trêve « humanitaire » dans la matinée de jeudi. Cette « fenêtre », prévue pour durer au moins cinq heures, devait avoir pour objectif de permettre aux habitants de se ravitailler, selon l'armée israélienne. Mais trois obus de mortier, tirés de la bande de Gaza, ont frappé le sud d'Israël, faisant voler en éclats le cessez-le-feu. Tsahal a imputé ces attaques au Hamas. Des accusations réfutées par le mouvement palestinien, qui a affirmé que tous les groupes concernés observaient la trêve." (Le Monde.Fr)

Nethaly songe à son cousin, là-bas, à Tel Aviv. Il a dix-neuf ans et refuse de s’engager dans l’armée. Il risque la prison, comme ceux et celles qui n'ont pas l'intention de se plier à l’ordre établi, ne courberont pas l’échine devant les uniformes et fusils. Les parents de Noah désapprouvent son choix. Il y a eu maintes et maintes discussions entre eux, des disputes, des clashes. Mais le jeune homme a campé sur ses positions. Nethaly le soutient. Ils sont en contact fréquent via le net, skype, les mails et Facebook. Noah s’est ouvert à Nethaly lors de ces affrontements familiaux d’une dureté qui lui était inconnue. Les deux cousins ont toujours été proches, Nethaly avait dix ans lorsqu’il est né, elle l’a materné comme un petit frère, elle, l’enfant unique. De ce maternage, jaillit une complicité toujours vivace, et Noah trouve auprès d'elle une oreille bienveillante ouverte à ses confidences, mêlées d'émotions parfois violentes, qu’elle apaise de ses mots, sa présence, son écoute.

Les combats se poursuivent à mesure que l'été avance, Tsahal tuant toujours plus de civils, sous les yeux du monde, bouleversés, indifférents ou complices, c’est selon, et le sommet de l'horreur semble donc atteint à l'instant où des journalistes filment la mort de ces quatre enfants, touchés par les bombes israéliennes sur une plage gazaouite. L’indignation de croître, la toile de prendre feu à nouveau, les opinions de se radicaliser, les manifestations de s'organiser. On relate quelques débordements çà et là, vite sujets à commentaires quant à leur origine, leur finalité, leur dangerosité, quelle qu’elle soit. Lorsque le gouvernement français décide d'interdire la tenue de l’un de ces rassemblements, à la suite d’incidents survenus devant une synagogue parisienne, les protestations se font jour. Les articles, chroniques, et autres points de vue exprimant la colère se multiplient comme des petits pains.

Peu à peu, d’aucuns se plaisent à nommer les responsabilités des deux camps dans l'histoire, s’alarment qu’on puisse prendre parti à l'aveuglette sans se donner la peine d'approfondir la problématique complexe propre à cette région du monde.

On parle de l'importation du conflit en Occident, on la réprouve, on la réfute, on argumente.

Or il y a bien domination incontestable de la part d’un Etat colon : Israël.

Elle lit.

Nethaly s’est ruée vers les livres sur l’Holocauste déjà lus, celui de Primo Levi, et d’autres. Elie Wiesel, Romain Gary. Elle a eu besoin de se replonger dans le passé pour comprendre le présent, du moins l'espère-t-elle; l’absurde actuel l'a submergée d’émotions chaudes et froides, elle s’est glacée d’effroi jusqu’à la limite du supportable, or de cet absurde actuel son atmosphère est imprégnée, malgré son désir soudain d'en ignorer l’odeur et d’en flouter la vision. Il lui faut concevoir les événements et tenter de saisir leur substance dans l’absurde d’autrefois, trouver un lien avec cette communauté qu’elle a du mal à cerner parfois, dont elle se sent éloignée, dont elle désapprouve le radicalisme, souvent. En l’occurrence, ici, c’est l’unique option à sa portée pour appréhender les massacres commis par l’armée d’Israël. Elle a honte. Honte de ce gouvernement, honte et peur d’être assimilée à ces exactions, peur que les antisémites mettent tout le monde dans le même sac, et mettent d'autres rues à sac, étouffent les justes protestations dans l'œuf, dégainent leurs stéréotypes nauséabonds et surannés, déchaînent les passions destructrices.

Certains s’y attelaient déjà depuis belle lurette.

Le temps passe, Nethaly s'oublie dans les livres, ou plutôt, non, elle se découvre au fil des œuvres de ces auteurs dont elle dévore les mots, en quête de sens. Elle ne lève plus guère le nez vers son écran d'ordinateur, excepté dans le cadre de son travail. Ne se perd plus à consulter le flot d'actualité, dont les images défilent à vive allure, trop vive pour elle, s'agglutinent en magma brut de décoffrage, au point de lui serrer la gorge, oppressée d'un dégoût inédit, plus grand qu'elle ne l'aurait cru, trop indigeste. Une nouvelle l'atteint malgé tout, au moment adéquat, par l'entremise de son cousin. Un selfie de Noah envoyé sur son portable, daté du 16 août, 21 heures locales, 22 heures en Belgique. Noah pose en gros plan, la main tendue vers son téléphone, l'oeil vif, déterminé, le sourire sincère et ravageur de sa jeunesse. Derrière lui, on distingue la foule des manifestants se détacher dans le ciel noir de la nuit tombée.

Salut, grande manif à Tel Aviv, pour la reprise des négociations, je t'embrasse !

Dans son appartement, un loft cosy, sixième étage, quartier calme, Nethaly s’informe. Ils sont environ dix mille à défiler pour que les négociations reprennent, et que la trêve ne soit plus trêve, qu'elle se prolonge définitivement, trêve de trêve dont on se borne à augmenter la durée; ils sont environ dix mille israéliens à demander la démission de Benjamin Netanyahou. A signaler l'échec de ses tentatives de résolution du conflit.

Enfin !

Une lueur nouvelle éclaire les yeux de la jeune femme.

Du côté de Bruxelles, le lendemain, on défile aussi, « en soutien au peuple palestinien ». C’est la troisième ou quatrième manifestation du genre. Le cortège de pancartes et drapeaux traverse en surplomb les tunnels de la petite ceinture à peu près à hauteur de la Librairie Filigranes. La rue de la Loi, qui abrite au n°16 le bureau du premier ministre, est une perpendiculaire à l’avenue des Arts. Le périmètre est souvent bouclé, sujet aux - ou sur le trajet des - revendications de la rue. La manifestation se déroule dans le calme, il n’y a pas de débordements. Le fils aîné de Zohra y participe.

Le mois d’août s’achève.

Les journaux annoncent la fin des hostilités, il semble qu’un accord ait été trouvé. L'information est confirmée. Sur le net, des images mortifères, comme celle d’une salle de classe vide, le tableau criblé de balles, intitulée « la rentrée des classes à Gaza », sont suivies d’images plus joyeuses, reflets de la vie qui reprend, tels ces clichés pris au coucher du soleil: des dizaines d’enfants explosent de joie dans les vagues. Comme une délivrance.

L’automne doucement s’annonce, l’enfer a duré près de deux mois. Plus de deux mille morts au compteur.

Le carrousel du monde ne s'est pas arrêté, il tourne à grande vitesse, les médias se délectent de ces tours de manège, et tantôt suivent, tantôt précèdent, déforment et filtrent l’actualité bondissante. Gaza reprend sa place, en toile de fond, éternelle ombre en filigrane, éternelle bombe à retardement dont on craint qu'à tout moment elle n'explose encore. Sur les plages du minuscule territoire occupé, l'alternance des vagues tente de balayer le souvenir des combats. En vain. Subsistent les ruines et le coût des reconstructions.

Et des coûts humains inquantifiables, indélébiles, ancrés dans la chair de ces familles décimées, ancrés dans la terre de cette région dévastée. Il y reste des survivants condamnés à survivre ; peut-être un jour auront-ils la chance de tenter la vie, la vraie, à laquelle ils ont droit, là comme ailleurs. Partout des gens se battent pour une reconnaissance de l’Etat Palestinien.

Septembre 2014. Zohra conduit ses enfants à l'école et reprend les cours de français. Dans la librairie de l’avenue des Arts, c'est le rush, Nethaly s'active autour de la rentrée littéraire.

Alexandra Coenraets

Publié dans Nouvelle

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Alexandra Coenraets nous propose "Gaza" 3e partie

Publié le par christine brunet /aloys

Alexandra Coenraets nous propose "Gaza" 3e partie

Vendredi 11 juillet, voilà quatre jours que l’armée israélienne et le Hamas se font face, personne ne veut perdre la face, une frappe sur Gaza toutes les quatre minutes, martèle d’une voix neutre le présentateur du JT. Gaza, le territoire le plus peuplé au monde, bientôt cent morts - oubliés, écrasés, méprisés derrière les statistiques -, les gens se cachent, désertent les rues. Les tirs de roquettes du Hamas sur Israël se poursuivent et se heurtent au Dôme de Fer, son bouclier antimissiles.

Sur les réseaux sociaux, on se tire dessus à boulets rouges, les points de vue se radicalisent, les émotions vives transparaissent de part et d’autre.

L’Union des Progressistes Juifs de Belgique condamne les attaques d’Israël qu’elle accuse de vouloir perpétrer aux fins de maintenir la domination des territoires occupés, plutôt qu'en réaction à l’assassinat des trois adolescents. Simple prétexte leur semble-t-il, que d’invoquer la nécessité de garantir la « sécurité » des Israéliens.

Nethaly rejoint leur avis. Sait que ce n’est pas le cas de son entourage familial, plus conservateur. Peu importe, elle évitera d’en parler avec eux.

Une tribune publiée dans Libération circule sur le net, une tribune écrite par de jeunes Gazaouis, dans laquelle ils crient leur rage, leur désespoir d’être pris en étau, otages des deux camps.

Comment faire le tri parmi les infos ? Il y a risque et pas seulement risque, il y a bel et bien des espaces de désinformation çà et là, de gauche à droite, officiels et officieux. Reste que le nombre de morts augmente à Gaza et qu’Israël n’a pas l’intention de cesser le feu, annonce un communiqué du dimanche 13 juillet ; quant à la fameuse Communauté internationale, elle s’est mise en mode silencieux, toujours d’une prudence désespérément pusillanime.

Bêtement, Nethaly est pour la paix. Prôner la paix, dans ces cas-là, lui semble presqu'idiot en effet. La complexité d'une situation embourbée, enchevêtrée entre présent et passé confère une impression d'utopie au geste symbolique de la poignée de main. La colombe est usée, lassée, fatiguée. Le fameux processus est miné, saboté, jamais abouti, d’une lenteur infinie.

D’autres sont plus pragmatiques et préconisent le boycott.

Refuser de soutenir économie et culture israéliennes.

Les campagnes organisées par l’association BDS - Boycott, Désinvestissement, Sanctions – pour, entre autre, convaincre les citoyens de ne plus acheter les produits originaires d’Israël ont pris une ampleur internationale et obtiennent un réel succès en cet été 2014, surtout auprès des jeunes.

Flashback.

Lundi 26 mai 2014, huit heures du matin. Zohra dépose ses deux enfants devant la petite école communale, près de la place Bockstael, au nord de Bruxelles. Laeken. Pas dans le haut, fief du domaine royal, non, le bas de Laeken. Beaucoup de ses habitants sont issus de l’immigration, selon la formule consacrée.

C’est un quartier populaire et bigarré, au centre duquel s’étend donc une large place, aérée, dominée par l’ancienne maison communale, imposante bâtisse de style néo-classique où siège à présent la Bibliothèque. Tout autour, ça grouille, ça bouillonne, les voitures filent en trombe sur le boulevard, les piétons se hâtent de grimper dans le tram qui rugit, se traîne à faire trembler le sol de tout son poids, lourd véhicule dont le tintement résonne à plusieurs centaines de mètres à la ronde.

Ensuite, Zohra se rendra juste en face, dans l’une des maisons qui jouxtent la place, là où se donnent des cours d’alphabétisation pour femmes. Zohra parle à peine français. Elle vient du Maroc, a suivi son mari. N’a pas terminé ses études primaires.

Elle fait des efforts, mais son français ne progresse guère.

Guère assez à son goût.

Elle aime cette bulle de liberté partagée, un sas d’aération hors de chez elle, une rencontre avec d’autres femmes. Elle, plutôt discrète et timide, parfois s’étonne de prendre part à d’impromptus fous rires.

Spontanés, authentiques, ces éclats de joie agissent comme des essuie-glaces, auto-nettoyants provisoires des lourdeurs et douleurs quotidiennes. Ils font du bien.

Difficile d’éviter de parler ensemble la langue du pays, la langue du Rif, d’où proviennent la plupart d’entre elles. Cette région du Nord-Maroc, peu urbanisée, économiquement pauvre. Cette région dont la population massivement s’échappa pour trouver du travail en Europe, durant la première vague d’immigration, vers les années mille neuf cent soixante. On en fête le cinquantenaire d’ailleurs, et partout s’affiche le slogan « cinquante ans d’immigration marocaine en Belgique ».

La formatrice - toutes sont bénévoles - les rappelle à l’ordre souvent, on essaie de parler français uniquement, elles le savent. Elle est bien, cette jeune femme qui se donne à fond pour leur apprendre les bases de cette langue étrangère si étrange et complexe.

Zohra n’ancre pas.

Elle tente de faire les devoirs reçus en fin de leçon, après s’être occupée des enfants, de la maison, du repas, du mari, une fois toutes ces tâches rondement menées. Il est rare qu’elle puisse y consacrer un moment.

Zohra aime dessiner. Lors d'un cours, elle a dessiné une grande fleur, remplie de couleurs. Une fleur censée la représenter, une fleur perchée sur une montagne pour symboliser ses progrès en français. Chaque femme se représenterait de cette façon. Le groupe n'a pas compris tout de suite le but de la démarche, trop abstraite. Trop abstraits ces mots dans une langue qu’elles maîtrisent à peine. Et puis le dessin a pris sens.

La fleur, c’était elle.

Alors elle s’y est mise de plus belle, l'a dessinée grande et belle, colorée, s’est appliquée. Elle a oublié la montagne, c’est la fleur qui a retenu son attention.

Zorha.

Peau foncée, cheveux noirs, drus, bouclés par endroits. Yeux noirs, intenses, brillants. Un mètre soixante de corps déformé par trois grossesses. Les hanches généreuses qui l'ancrent au sol, les seins amples, les jambes fatiguées.

Chez eux, souvent, la télé est allumée, ils ont le satellite, les chaînes arabes, Al Jazeera. L’attentat au Musée Juif est commenté de toutes parts, ça y est l’Islam encore fustigé, on va reparler du voile sûrement, faire des amalgames, ce Hijab que Zohra porte, parce que c’est ainsi, parce que c’est écrit. Parce que c’est un espace de liberté dans sa communauté, un signe d’appartenance, et parce que c’est important pour elle. Zohra ne représente pas toutes les femmes voilées et ce bout de vêtement se trouve investi d’une pluralité de sens qui se rejoignent ou diffèrent. Ce dont elle est sûre, c'est qu'elle ne l'enlèvera pas.

De là, le propos dérive sur le conflit à Gaza, et la parole ricoche, traverse l’écran, s’invite dans le salon, au café, où les hommes se réunissent.

Tout le monde fustige Israël, tout le monde voudrait qu’enfin les Palestiniens aient leur terre, c’est légitime. Septante ans de domination insupportable, les plus jeunes s'engagent et militent, pas Zohra, en retrait. Zohra est mère de famille, elle s’occupe de ses enfants. Et apprend le français.

Certains sont plus impliqués que d’autres, certains se saisissent de la cause, la manipule, manipule les jeunes, oui. Durant cet été explosif, meurtrier, certains utilisent la colère des manifestants venus apporter leur soutien au peuple palestinien, l’amplifient au centuple et la transforment en violence aux ambitions destructrices. Zohra sait, Zohra n’a pas étudié beaucoup, mais elle observe, intuitive, et se rend compte des choses.

Zohra.

Nethaly.

Deux femmes, deux destinées.

Deux vies reliées sans qu'elles se rencontrent.

Détail cocasse: c'est à Laeken, là où vit Zohra, que le patron de Filigranes effectua son premier job d’étudiant…dans une petite librairie.

Zohra, elle, est bien loin de ça. Pas le temps de lire, pas de temps pour elle, sauf essentiellement lors des cours de français ou d’une balade accompagnée de quelques amies et leurs enfants, le dimanche, au parc, en bas de l’Atomium.

Alexandra Coenraets

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Alexandra Coenraets nous propose la 2e partie de "GAZA"

Publié le par christine brunet /aloys

Alexandra Coenraets nous propose la 2e partie de "GAZA"

Bruxelles, le samedi 24 mai 2014.

Veille des élections fédérales, régionales, et européennes.

Un autre homme pénètre dans l’enceinte du Musée Juif de Belgique, abat quatre personnes de sang-froid. Branle-bas de combat, nouvelle mobilisation, condamnation, hommages, arrestation à Marseille de Mehdi Nemmouche, tueur présumé, franco-algérien lui aussi.

Nethaly travaille avenue des Arts.

Cette grande artère bruxelloise longe la petite ceinture, sorte d’autoroute interurbaine à deux bandes, alternance de tunnels censés assurer la liaison rapide du nord au sud de la capitale. Concentré d’embouteillages aux heures de pointe, deux fois par jour au moins, en dehors des vacances scolaires.

Sur cet énorme boulevard uniforme et gris, repaire de banques et institutions, à peu près en face de l’ambassade des Etats-Unis, trône la librairie Filigranes : fière et conquérante, enseigne rouge immanquable déroulée comme une banderole, devanture imposante, conçue pour être parfaitement visible depuis l’intérieur de sa voiture, à l’entrée ou au sortir desdits tunnels.

La plus grande librairie de Bruxelles, de Belgique, même, l’une des plus connues, l’une de celles qui a pignon sur rue. Enfin sur avenue.

C’est là que travaille Nethaly.

Sous pression, les employés du magasin turbinent, les clients se succèdent, se suivent et se ressemblent. Ou pas.

Atmosphère littérairo-branchée, feutrée, urbaine, intellectuelle. Ou bien cosy, détendue à ses heures, faussement détachée. Elle est musicale par moments, lorsqu’un pianiste y diffuse ses notes en direct, égayant avec habileté cet espace gorgé de livres, orné d’un bar à champagne en son centre, lequel propose aussi, cerise sur le gâteau, une série de douceurs à déguster autour d'un thé ou d'un café.

Des mains de toutes sortes s’y croisent. Au choix : fines, maniérées, les doigts épais, burinés, ongles vernis ou non, l’annulaire avec ou sans alliance, rehaussées de bagues précieuses ou fantaisie, une montre au poignet gauche, chic et classe, solide et plate, bien implantée, à sa place sur la peau. Bracelet en cuir fermement attaché.

D’autres poignets sont animés de bijoux plus légers, argentés ou dorés, d’une exubérante mobilité, qui tintent au moindre geste…D’autres bras encore affichent le poignet nu, résistant à l’oppression de l’habillage - ou à sa tentation - et s'offrent au naturel, sans accessoires.

Des mains de toutes sortes, donc, saisissent un ouvrage ou plusieurs, en tâtent la consistance, en hument l’odeur, ouvrent une page au hasard, au début, à la fin, au milieu, qu’importe ; les yeux brillent, curieux, scrutent la couverture, dénudent la quatrième, plongent à l’intérieur et lisent un bref instant ; les mines se font enjouées, perplexes, émues, graves, souriantes, sérieuses, déçues, ou consternées d’ennui. Le personnel donne de précieux conseils, chacun dans sa spécialité. Recherche un livre dans l’ordinateur, passe commande. Ou pas.

L’ambiance entre collègues varie selon les jours et les gens.

Les samedis et dimanches sont full, l’air devient irrespirable quand l’espace est bondé de bruxellois branchés, bobos, ou pas, venus bruncher, goûter, en famille, entre amis, en amoureux - question posée sur l’oreiller « qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? », lever, petit-déjeuner, « tiens, si on allait faire un tour chez Filigranes, the place-to-be, prendre un café, plus quelque chose de sucré ou salé, il y a toujours un pianiste jazz, le week-end, qu’en dis-tu ? ». On se bouscule entre les étals de livres, journaux, et autres gadgets, les enfants s’agitent, ça pleure, ça crie, Nethaly et les autres triment, la tension monte.

Que se passe-t-il dans la tête de certains collègues, certains jours, elle aimerait le savoir, est-ce le dépit, job de merde, on aurait voulu faire autre chose, mais non, on s’active, là, derrière le comptoir à faire payer des livres qu’on aurait rêvé d’écrire. Il y a de quoi se plaindre, on a l’air de sous-fifres, or il faut sourire, et se cacher pour souffrir, se dire qu’on aurait voulu être ailleurs, une autre vie, autre chose.

Il est possible qu’on ait des problèmes et pas envie d’en parler, mais pas non plus de se forcer à faire semblant, et d’affecter une mine heureuse quand l’intérieur régulièrement fond en larmes.

Nethaly n’en sait rien, mais Nethaly ne veut pas se prendre en pleine figure ce qui ne lui appartient pas. De toute façon, elle reste à l’écart, garde ses distances, c’est une solitaire, heureuse parmi les bouquins.

Parfois l’ambiance est bonne, plus calme, comme un après-midi de semaine, et les collègues plaisantent. On entend « Evidemment », de France Gall. Atmosphère douce-amère qui sied à l’endroit.

Elle est arrivée là par hasard.

Secondaires à l’Athénée Ganenou, dans la riche commune d’Uccle, les Romanes à l’ULB, puis sans trop se poser de questions, s’est vue propulser de plus belle au milieu des livres, en toute logique.

Evidemment.

Il y eut opportunité à saisir, elle ne s’en priva pas.

Elle est compétente dans son domaine, Nethaly, et s’y plaît. Les livres l’enivrent et l’apaisent.

Responsable du rayon littérature.

De temps à autre, elle jette un œil aux piles alignées à l’entrée, dont chacune reflète les préoccupations d’actualité mises côte-à-côte. De temps à autre, elle zieute les rayons Politique, Sociologie, Histoire…Jusqu'aux étals en vogue, ceux du « développement personnel », quand elle sent poindre une envie de zenitude, voire de plénitude. Un stress à calmer. Pioche un bouquin relaxant au hasard et s’accompagne d’une tasse de thé.

Si les Juifs de Belgique se caractérisent par une variété, une multiplicité de convictions et de pratiques, la majorité d’entre eux se reconnaît dans l’appartenance à une communauté unique, symbole d’une même identité collective. On les estime au nombre de 30 à 40 000, sans qu’il soit aisé de définir exactement qui se considère membre de la Communauté ou pas, Juif ou non. Pour de nombreuses personnes, l’héritage culturel a pris le pas sur l’affiliation religieuse, et certains se tiennent à l’écart de la vie communautaire organisée.

Nethaly est de ceux-là. Bien sûr, elle assiste aux fêtes traditionnelles, mais ne possède pas le sentiment de judéité très ancré.

Elle compte peu de Juifs parmi son cercle d’amis proches.

En fin d’adolescence, dans un désir d’ailleurs, fuir ce contexte dont les contours enfermants rendaient l’atmosphère invivable et l’air étouffant s’avéra pour elle l’unique planche de salut. Nethaly s’en évada sans concessions, pupilles brillantes, lèvres tremblantes, avide de nouveaux horizons. Et frisson d’absolu.

Elle avait voyagé un peu, de ci de là, s’était hâtée au retour de trouver un appartement dans sa ville, au centre de la capitale, loin de la banlieue cossue où vivaient les siens. Noyée dans la foule, anonyme parmi les anonymes, ça lui allait bien.

La librairie. Un vendredi.

Les clients errent, discutent, sirotent un café, les employés s’affairent, informent, servent ou encaissent. L’énergie circule, fluidité toute littéraire.

Parmi les livres miroirs de l’actualité qui bordent l’allée d’entrée, il y en a toujours au moins un qui traite du conflit en Israël.

Toujours au moins un pour rappeler à quiconque accepte d’y jeter un coup d'œil, même rapide, que la situation là-bas reste infiniment précaire, vacillante, chancelante, en déséquilibre permanent.

Toujours un pour confronter l’autre, le voisin, celui d’à-côté, qui le confronte à son tour, de points de vue en points de vue, de pages en pages.

En général, Nethaly fait mine de ne pas les voir.

Mais l’accélération brutale des hostilités ne lui autorise plus guère le luxe de l’indifférence. Fin de la politique de l’autruche. Ou du déni, fût-il de protection.

Elle ne s’est jamais rendue au pays.

Et tout d’un coup, se voit animée d’une impulsion soudaine, d’une envie profonde de parcourir le territoire que son peuple considère sacré. La Terre sainte, comme ils disent. Une partie de sa famille y habite toujours.

L’étincelle. Le lien s’est renforcé, l’émotion est née, s’infiltre, grandit en elle. Elle se sent concernée, intimement. Avec passion, elle suit l’actualité.

Vendredi 11 juillet 2014, Le Soir en ligne indique :

« Barack Obama a dit jeudi au Premier ministre Benjamin Netanyahu sa crainte d’une escalade de l’affrontement entre Israël et le Hamas, et proposé sa médiation pour l’instauration d’un cessez-le-feu. Peu de temps après cet échange téléphonique, l’aviation israélienne poursuivait son offensive au 4e jour de son épreuve de force avec le Hamas palestinien sans parvenir à stopper les roquettes de Gaza, tandis que la communauté internationale, inquiète, appelle à un cessez-le-feu rapide. ».[1]

Appelle à un cessez-le-feu rapide.

Appel en vain et dans le vide, appel pour la forme, dirait-on, pense-t-elle spontanément, soudain étonnée de n’être même pas en colère, constatant la chose, sans émotion particulière.

En dessous de l’entrefilet, d’autres liens à cliquer, et sur les homologues du Soir en ligne, belges ou étrangers, la forme change à peine, le concept reste identique: plusieurs papiers virtuels autour du même thème, nouvelles du front, articles de fond, chroniques ou tribunes, points de vue divers, témoignages en veux-tu en voilà, tous émouvants, tous nécessaires. Il y a tant et tant à dire, à lire sur le conflit, que Nethaly s’y perd.

Elle clique, reclique, lit, s’émeut, se prend d’empathie, vit le lien, liens humains contenus dans liens cliqués, qui transpirent au travers d’eux.

Reliée.

« Dans l’une des attaques les plus meurtrières, huit personnes sont mortes dans un café de la ville de Khan Younès qui diffusait la demi-finale de la Coupe du Monde entre l’Argentine et les Pays-Bas, et au moins 15 personnes ont été blessées, a indiqué le porte-parole des services d’urgences, Ashraf al-Qodra. » Le Soir du 11 juillet.

Eux aussi regardaient le match, se passionnaient, vivants, plongés pour un temps dans une bulle faussement guimauve mais salvatrice sûrement, exutoire temporaire à la terreur quotidienne.

Et puis...plus rien.

Trou noir, le néant, le vide.

Ceux qui restent.

Ceux-là, celles-là survivent jusqu'à la prochaine fois, la peur au ventre, des sanglots étouffés ou des larmes jetées à la face du monde comme autant de cris désespérés, gronde la colère, qu'elle les empêche de se noyer dans un fleuve d'impuissance.

La mort plane au-dessus de leurs têtes en permanence, a-t-on un désir de vivre plus grand dans un pays en guerre ?, se demande Nethaly.

Trou noir, le néant, le vide : exacte description de ce qu’elle ressent après lecture. Depuis le bas du ventre jusqu’à l’extrémité de ses lèvres, tout s’est figé.

Nethaly.

Grande et filiforme. Jolie jeune femme dans la vingtaine, au profil décidé.

Une épaisse chevelure blonde, compacte, lisse, lui couvre le haut du dos, ondule légèrement, et lui caresse la peau d’un mouvement sensuel quand elle marche; ses cheveux d'or se balancent d’un côté ou de l’autre en rythme, au rythme de ses pas qu’ils suivent en cadence. Elle les effleure d’une main parfois, une mèche vite remise en place. Par automatisme, pour se donner une contenance, peut-être pour sentir qu’elle est , dans son corps, vivante.

Naturel prolongement de son corps fin, elle a le visage fin, nez aquilin, lèvres ténues, yeux de chat bleu d’outremer. Les traits se font anguleux par endroits et s’arrondissent à d’autres.

Alexandra Coenraets

[1] http://www.lesoir.be/596593/article/actualite/monde/2014-07-11/obama-craint-l-escalade-gaza

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Alexandra Coenraets nous propose "Gaza", une nouvelle publée en plusieurs parties

Publié le par christine brunet /aloys

Alexandra Coenraets nous propose "Gaza", une nouvelle publée en plusieurs parties

GAZA.

Juillet 2014.

Entre deux inventaires, Nethaly profite d’une pause pour surfer sur le net.

Les sites d’info.

L’horreur, pour le moment, il n’y a que ça.

Les images de guerre, de corps déchirés, de villes éventrées ont remplacé celles des matches de foot, ceux-ci se faisant rares, la coupe du monde touche à sa fin.

Les bombardements sur Gaza.

Le conflit israélo-palestinien.

Encore lui.

« Opération bordure protectrice ».

L’Etat hébreu bombarde et l’on évoque la possibilité d’une troisième intifada – de l’arabe, « soulèvement » - suite au meurtre d’un jeune palestinien par des terroristes juifs, en réaction au meurtre de trois jeunes juifs par des terroristes palestiniens, du Hamas, présume-t-on. Plus tard, le Hamas réfutera. Certaines sources prétendront qu’Israël connaissait la non implication du mouvement, s’est bien gardé de l’ébruiter, devant l’opportunité de lancer une opération.

Cynical Politik.

Représailles sur représailles, sur représailles, sur lit de représailles, la violence et son cycle infernal. Il n’est guère surprenant que les choses partent en vrille, mais on ne devrait pas s’y habituer. Nous sommes tous reliés. Quoi qu’on en dise, raccordés les uns aux autres par le fil de notre humanité.

Nethaly suit le perpétuel conflit de loin en loin, parce que de près, ça suffit. On en parle tout le temps chez elle, en famille. Nethaly est de confession et d’origine juive, elle vit et travaille à Bruxelles. Elle y a grandi. Belge et Juive.

Depuis deux mois, la tension ne cesse de croître. Dans la communauté, la plupart sont sur les dents, les starting-blocks, prêts à bondir pour se défendre, encore plus que d’habitude. Bouillonnement perceptible sur les réseaux sociaux, qui s’agitent, s’animent, commentent, argumentent et contre-argumentent.

Ce qui se passe là-bas fait écho à ce qui se passe ici, et inversement. Les références récentes abondent, notamment celles de l’affaire Mohammed Merah, du nom de ce franco-algérien, meurtrier de sept personnes en 2012, à Toulouse et Montauban.

Dont trois enfants, devant et dans une école juive.

A l’époque, les réactions avaient fusé de toutes parts. En vrac, émotions exacerbées, condamnations immédiates, hommages unanimes. La Communauté s'était regroupée, sur la défensive, rassemblée comme un seul homme.

Mohammed Merah pris d’assaut et tué.

Justice rapidement rendue.

La classe politique mobilisée.

Les enfants, pleurés.

La douleur, vivace.

Les blessures du passé, rouvertes.

Les peurs, réelles.

La colère à son comble.

Alexandra Coenraets

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"Histoire d'Antoine, le SDF", une nouvelle de Claude Colson parue dans le recueil collectif, Rendez-vous

Publié le par christine brunet /aloys

"Histoire d'Antoine, le SDF", une nouvelle de Claude Colson parue dans le recueil collectif, Rendez-vous

Histoire d'Antoine, le SDF

Ecoutez-moi tous, écoutez bien ! Je suis le conteur, le raconteur, le lien vivant entre hier et aujourd’hui et je veux, là, maintenant, vous raconter...une histoire !

C’était il y a fort longtemps... dans les années 2000. En ces temps-là les hommes vivaient un peu repliés sur eux-mêmes, chacun pour soi, pour ainsi dire. J’allais même dire, chacun chez soi.

Mais il y en a qui n’avaient, hélas, pas de « chez-soi ». On les appelait les S.D.F., les Sans... Domicile... Fixe ! …Ça voulait dire qu’ils dormaient où ils pouvaient. Pour certains, chez quelqu’un qui voulait bien les héberger.

La plupart, moins chanceux, dormaient dans la rue.

Vous imaginez ! Pas d’hygiène possible, devoir mendier pour manger, et l'hiver supporter la morsure du gel sous les débris de cartons utilisés comme couvertures sur leur lit de bitume, à même le sol.

Craché, juré ; je vous entends déjà : « Pas de la rigolade, tout ça ! »

Eh bien, c’est vrai ! Antoine était malheureusement dans la deuxième catégorie.

Cette année-là l’abbé Pierre venait de mourir. Après Coluche, il ne restait plus grand monde pour s’occuper de ces miséreux. Alors, un peu avant la Noël ils décidèrent de faire parler d’eux. Quelques bénévoles les aidèrent et ils se firent... voir ! Vous vous rendez compte ! En plein Paris,dans des tentes rouges, le long du canal St Martin !

Comme en plus on allait bientôt voter, des élections je ne sais plus pourquoi, ça rameuta les journalistes. Ça faisait un peu désordre. Les bonnes gens, qui quand même, plus ou moins, s’apprêtaient à s’empiffrer, s’indignèrent : « Mais que fait donc le gouvernement ! »

C’était assez pratique comme excuse. C’est toujours aux autres de faire, quoi ! On connaît.

Antoine, lui, se trouvait là ce mercredi. Il avait picolé pas mal la veille avec ses copains au bord du canal car ils n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent et il gelait sévère.

— Y’a pas à dire, le kilo de rouge en carton, c’est pas trop cher à la supérette et puis, ça réchauffe. Bon d’accord, il faut oser y entrer à la supérette et se fader les tronches écoeurées des Maadames et des Moonsieurs qui trouvent qu’on sent pas bon. J’voudrais les y voir, moi. On va quand même pas s’flinguer pour leur faire plaisir, non !

Bref, ce matin-là, vers midi, il était tout près de l’eau et ne voilà-t-il pas qu’il entend crier au secours. C’était un gamin de 7-8 ans qui était tombé à la flotte. " Qu’est-ce qu’il fout là, ce gamin ?", pensa Antoine.

Il n’eut pas l’occasion de s’le dire bien longtemps car il retrouva aussi sec ses réflexes de jeune homme. Avant sa dégringolade il avait été- ado - champion de natation. Et même que 10 ans après il détenait encore le record d’Île de France du 400 4 nages.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il était au jus. Vingt dieux ! Ça l’a dégrisé d’un coup. Elle devait être à 9 ou 10 degrés, au plus. Il avait juste enlevé, arraché plutôt, ce qui lui servait de godasses.

Ça été dur de faire les 10 mètres pour agripper l’marmot qui remontait déjà pour la deuxième fois, en se débattant. Enfin, il l’a fait, à temps, et il a ramené le petit Pierrot à moitié inconscient mais bien vivant sur la berge.

Les journalistes présents, et qui depuis huit jours commençaient à s’emmerder sec, avaient filmé la scène et l’Antoine, il passa en direct au 13 heures. Il savait pas trop quoi dire, il avait froid et tremblait de tout son corps. On ne lui avait même pas refilé une couverture, ... ça faisait mieux pour le scoop.

Bon, enfin, ça a servi quand même à quelque chose tout ce cirque car un"organisme non gouvernemental", comme on disait alors, a été ému par ce sauvetage et s'est occupé activement de reloger tous les sans abris du canal, sans exception. Antoine est devenu une vedette. Bon, allez... d’accord... pendant 10 jours...

Il s’en fichait d’ailleurs, mais ce qui lui a fait le plus plaisir, à lui qui vivait tout seul depuis que sa femme l’avait plaqué, emmenant le reste de la famille, dès que ça avait commencé à aller mal pour lui, ben c’est la lettre que lui a apportée le facteur 3 jours avant le Nouvel An.

C’était marqué, comme adresse :

À Monsieur Antoine, le héros

Tente rouge foncé

Canal St Martin – Paris

Et dedans, le gamin avait écrit : « Toinou, les pompiers m’ont dit ce que tu avais fait pour moi et j’ai envie de te connaître. Alors comme étrennes j’ai demandé au bon Dieu qu’il fasse que tu veuilles bien passer le réveillon avec moi, mon papa et ma maman. Tu voudras, dis ?

Il n'a pas pu lire jusqu’au bout, l’Antoine ; de grosses larmes qui lui coulaient du visage avaient rendu les derniers mots illisibles, mais... oui, ça... il en était sûr, et même si ça coûtait au pouilleux qu’il était devenu,il irait...

pour le gamin !!!

Claude COLSON

claude-colson.monsite-orange.fr

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Edmée de Xhavée nous présente son nouveau recueil "Les promesses de demain"

Publié le par christine brunet /aloys

Edmée de Xhavée nous présente son nouveau recueil "Les promesses de demain"

Un petit rappel : qui es-tu ?

Née en 1948 à Verviers dans une société et un contexte en déclin : les belles années de la laine touchent à leur fin, ainsi que le règne des industriels locaux. L’argent change de main, les courtisans et courtisés de visage, les grosses maisons de maître sont divisées en appartements ou s’effondrent sous les coups des démolisseurs, le chaos fauche un monde sous ses yeux – qui ne s’en effrayent guère. Mais quelle provende d’analyses humaines. L’arrogance, le courage, les arrangements mesquins, les chutes aux enfers et les revanches, les nouveaux riches et les nouveaux pauvres, la douceur du monde d’avant et celle du monde d’après.

Mais ce fut un écolage long et souvent douloureux, qui lui fit prendre la route au loin plusieurs fois : des années passées à Aix-en-Provence où elle fit des santons et puis fut étalagiste dans un magasin, d’autres en Italie sous le déguisement d’enseignante de français dans une école de traducteurs, et un bon morceau de vie vécu aux USA dans le rôle de gérante d’imprimerie et puis d’assistante d’un conseiller financier ont complété le tiroir aux inspirations et souvenirs…

C’est aux USA qu’elle a vraiment commencé à écrire. Elle tient également un blog depuis 2007 à raison d’un article par semaine.

Résumé du livre :

Douze nouvelles qui conjuguent l’amour sous toutes ses couleurs et dans tous ses états. Un mariage de raison que l’amour illumine, un mariage de lassitude qui révèle son hideux secret, un mariage scellé sans un mot dont la vérité explose lors d’une célébration du solstice des décennies plus tard, un mariage-prison, un long amour insoupçonné, une vengeance mangée froide, comme il se doit, les forces de la nature unies pour organiser une rencontre…

Un extrait ?

Henriette, avec tact, suggéra un mariage simple et discret. Le tapage créerait d’inévitables commentaires de ceux qui avaient pu avoir vent de la liaison d’Agnès, et ce n’était pas utile de gâcher ce jour de joie, d’autant qu’Antoine n’aimait guère se trouver au centre des attentions lui non plus. Agnès fut soulagée. Et la simplicité fut à l’ordre du jour. Elle invita deux amies et leurs conjoints, un peu de famille, et de leur côté ils limitèrent aussi. Une cérémonie gentiment sobre à l’hôtel de ville, et une chapelle de campagne, suivie d’un bon restaurant et d’un menu adroitement choisi par Henriette. Agnès se sentait même presque amoureuse, tout en sachant que non… on était loin du compte, mais désormais, c’était la sécurité et l’affection qu’elle embrassait. Antoine lui tenait les épaules qu’il caressait un peu, l’avait complimentée sur sa robe, très élégante et d’une subtile teinte champagne, qu’elle pourrait reporter pour un cocktail, en supprimant le voile qui saupoudrait son décolleté de fleurs en dentelle.

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Simon Andrieu nous reparle de son roman fantastique "Les deux portes"

Publié le par christine brunet /aloys

Simon Andrieu nous reparle de son roman fantastique "Les deux portes"

Né le 18 mai 1990, Simon Andrieu s’est dès ses premières années découvert une passion pour les histoires : celles que lui racontaient son frère et ses parents, puis qu’il répétait ensuite à ses propres amis. Aujourd’hui, il effectue un doctorat en géologie et entretient donc cette passion en étudiant l’Histoire de la Terre, mais aussi en écrivant. Les Deux Portes est son premier roman.

Résumé du livre :

Oniro a dix-sept ans. En ce cinq septembre 2007, il s'apprête à rentrer en terminale scientifique. Ce lycéen timide et pusillanime craint une chose par dessus tout : être et rester banal, ne pas se démarquer des sept milliards d'êtres humains qui peuplent la Terre. Au premier abord, son existence n’a d’ailleurs rien d’extraordinaire. Cependant, Oniro ignore bien des choses sur le monde, et encore plus sur sa propre personne.

L'Assemblée des Mages existe dans le secret depuis maintenant huit siècles. Elle n'a qu'un seul et unique but : l'accomplissement de la Prophétie et la protection du monde face à la destruction qui le guette. Les Mages sont des derniers Maîtres de la malesthésia, incroyable énergie à l'origine de la vie et offrant à ceux qui la contrôlent des pouvoirs hors du commun. Toutefois, ils ne pourront pas accomplir seuls leur quête.

Extrait du livre :

Tandis qu'il s'acclimatait à cette incroyable lumière, il écarta lentement les doigts et vit se dessiner de plus en plus clairement une structure, encore plus blanche, plus rutilante et plus rayonnante que la neige alentour sous le soleil.

La Porte Céleste se trouvait à près d'un demi-kilomètre de là. Pourtant, on aurait dit qu'elle était toute proche tant elle se dressait devant l'Assemblée de toute sa démesure et sa majesté. À vue d'œil, elle faisait une bonne centaine de mètres de haut, pour la moitié de large. C'était une immense arche, si blanche qu'elle en était aveuglante. Elle émettait une lumière d'une telle pureté qu'elle paraissait éclairer jusqu'au tréfonds du cœur des hommes pour y découvrir leurs secrets les plus ensevelis, dissimulés parfois à leurs propres yeux. Devant ces rayons divins, chacun se sentait mis à nu.

L'intérieur de la voûte était très flou et paraissait en constant mouvement, comme la surface d'un lac sur laquelle planerait une brise légère. Elle était constamment zébrée de traits blancs semblables à des éclairs par leur rapidité et leur brillance. En arrière-plan de cette étendue tourmentée, on devinait la neige ainsi que les tertres et escarpements plus lointains de l'Antarctique. À ce froid et triste panorama se mêlaient des touches ponctuelles souvent éphémères, mais radieuses par leurs couleurs et pétillantes de vie: vertes, bleues, rouges parfois, comme des fleurs d'espoir dans un glacial océan d'ennui et de mort.

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Marie France Adnet présente son roman "Harceleuse"

Publié le par christine brunet /aloys

Marie France Adnet présente son roman "Harceleuse"

Marie-France Adnet, diplômée en journalisme et communication sociale de l’Université Libre de Bruxelles, a travaillé pour de nombreux magazines de la presse écrite, en qualité de journaliste puis de rédactrice en chef adjointe. Cette Bruxelloise, également chargée de communication pour diverses sociétés, a aussi été chroniqueuse des émissions de télévision « Clé sur Porte » (RTL-TVi) et « Sans Chichis » (RTBF). Après avoir écrit l’ouvrage « Toute la déco en 150 conseils », paru chez Racine en 2011, elle signe ici son premier roman.

Les apparences sont souvent trompeuses... est la phrase d'accroche du roman.

Un extrait ?

Fleur n’est pas très à l’aise depuis l’incident de la lettre de menace. Elle craint qu’elle ne porte préjudice à sa carrière ou serve d’excuse à Delamallette pour agir contre elle. Les regards qui se posent sur elle, lors de ses allées et venues dans la rédaction, lui paraissent plus lourds. L’œil noir de Dinosaurus à chacun de ses déplacements la fait transpirer, paniquer. Aucun élément signifiant ne peut confirmer cette peur envahissante, mais elle se sent plus que jamais victime.

« Pour un peu, je vais devenir complètement parano », se dit-elle.

Une semaine plus tard, alors que rien ne l’annonce, sauf un pressentiment, le directeur l’appelle dans son bureau…

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