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Concours "Les petits papiers de Chloé" : Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

L’amitié avant les liens du sang

Vengeance. C’était le seul mot qui me venait à l’idée. Si on reprenait depuis le début ? Ma meilleure amie Anabelle cherchait désespérément à séduire mon frère. Seulement voilà, Camille, la petite copine de Bastien (mon frère), faisait tout pour l’en empêcher. Jusque-là, c’est compréhensible. C’est la base, mais venons-en au fait. Un jour, j’étais au parc avec Anabelle et Bastien nous a surprises par derrière :

- Ana (belle) ! Je peux te parler ?

- Ben oui… B… Bien sûr ! dit Ana dont le teint virait au rouge écarlate.

Alors voilà que mon mon frère et ma meilleure amie se retrouvaient seuls dans l’endroit le plus romantique qui soit. En bonne amie qui se respecte, même si j’avais confiance en mon frère, je les suivis. Au bout d’une grosse demi-heure, ils s’embrassèrent langoureusement. Ainsi mon frère avait-il fini par craquer ? Il avait dû se passer quelque chose avec Camille.

Vous n’êtes pas encore au bout de vos surprises, une semaine après, je vis Anabelle s’effondrer en larmes devant moi. Il l’avait quittée. Une semaine pas plus. Quel imbécile ! Je lui en toucherai deux mots ce soir. Il ne s’agissait que d’un pari idiot avec trois copains mais ce pari idiot avait détruit ma meilleure amie.

Vengeance Bastien, vengeance. L’amitié avant les liens du sang.

Publié dans concours

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Concours "Les petits papiers de Chloé": texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

LE PARFUM DE CLAUDETTE

La chose qui m'irritait le plus quand je travaillais au centre de rééducation, c'était la voix haute perchée de Claudette, la secrétaire. Cette voix retentissait jusque dans les bureaux des orthophonistes et des kinés. Claudette était capable de propager une rumeur à une vitesse inouïe, comme un athlète l'aurait fait avec un javelot. De plus, elle avait le rire facile et inextinguible. Comment pouvait-elle s'amuser pareillement d'une banale faute d'orthographe dans un de nos rapports, du défaut de prononciation de l'un de nos petits patients ou de la démarche hésitante d'une mère intimidée ? Claudette aimait parler et rire, je veux dire parler pour ne rien dire de positif et rire pour seulement se moquer. Elle avait le don de claironner dans tout le service qu'un tel était arrivé en retard, qu'il avait oublié de rédiger un rapport ou avait commis en lapsus. Bref, Claudette ne ratait aucune occasion de persifler, de distiller son venin, bref, de toucher là où cela faisait mal.

Cette année-là, je sortais avec Stéphane R. le fils d'une de mes collègues. Stéphane et moi mettions tout en œuvre pour notre liaison ne s'ébruite pas. Hélas, un dimanche, Claudette nous surprit tendrement enlacés dans un bistrot situé à la Côte ! Dès le lundi, je l'entendis raconter que j'avais rougi comme une gamine et que nous paraissions gênés comme deux adolescents. Si je me hérissais souvent qu'elle s'amuse du comportement d'étrangers, qu'elle le fasse à mon détriment me fut insupportable et attisa en moi un désir de vengeance. Le temps passait. Un fond de rancune continuait d'encombrer mon cœur… Je réfléchissais, réfléchissais… Pour me venger, j'allais jouer sur l'un ou l'autre de ses points faibles ! Et elle en avait des points faibles !

Claudette était d'une coquetterie tapageuse, elle portait toujours des vêtements colorés, des bijoux en toc et se parfumait avec une eau de toilette bon marché qui, croyait-elle, fleurait bon la lavande. À l'évidence, elle attachait une grande importance aux apparences. Je remarquai deux de ses habitudes qu'il me semblait pouvoir exploiter pour assurer ma vengeance. Son bureau paraissait toujours en ordre, pourtant c'était loin d'être le cas des tiroirs ! Comme j'arrivais fréquemment la première, je pensai donc semer du désordre dans son bureau. Après analyse, je me dis que c'était là une attitude puérile. J'observai aussi qu'il lui arrivait souvent d'utiliser un vaporisateur de désodorisant dès qu'elle décelait un effluve de transpiration ou la moindre odeur de tabac froid dans la salle d'attente.

Une réflexion de ma mère : "Comment peux-tu aimer tous ces fromages qui puent et qui continuent à empester la maison après qu'on les ait mangés ?", fit naître en moi une idée… Un lundi matin, j'arrivai plus tôt encore et, à grand-peine, j'enlevai le tiroir de Claudette. Sous la planche inférieure, je fixai le papier d'emballage d'un Vieux Lille et je remis tout en place. Ni vu, ni connu…

Au fil des heures, mes efforts furent récompensés, car la mauvaise odeur envahit le secrétariat ! Et Claudette vaporisa, vaporisa de plus belle. Je riais sous cape ! "Ce sont tes chaussures, Claudette ?", demanda Corinne avec une pointe d'humour.

Claudette accusa la femme de ménage de mal faire son boulot. Elle nettoya elle-même sa poubelle ! Elle chercha la source du désagrément. Elle se mit en quête d'une éventuelle souris crevée… Cette mauvaise odeur lui gâchait littéralement la vie. Elle se mit à déprimer. Le rire et le bavardage qui lui étaient propres avaient quasiment disparu, mais le problème de Claudette devenait le problème de tous au centre de rééducation. J'y étais allée vraiment trop fort !

Un soir enfin, je profitai d'un problème de santé de la femme de ménage pour enlever le fameux papier d'emballage. Les relents s'estompèrent peu à peu et Claudette ne sut pas ce qui s'était passé. Pourtant, elle retrouva son bagout et son rire.

Il y a huit ans, Claudette a pris sa retraite. Stéphane et moi étions ensemble à la petite fête organisée pour l'occasion. Juste avant de la quitter, je lui révélai mon secret. Elle s'esclaffa de manière théâtrale. Bien entendu, cela me crispa et je dus me faire violence pour sourire…. "T'as gagné ! T'es plus rusée que moi !" finit-elle par dire. Aujourd'hui quand j'y repense, tout cela me semble tellement ridicule. Oui, les choses changent et le point de vue que l'on porte sur elles change aussi. Avec le recul et au fil du temps, les vieilles rancunes deviennent ainsi parfois d'innocents fantômes.

Publié dans concours

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

VINGT ANS PLUS TARD

J'avais onze ans. J'étais assez timide, mal dans mon corps et mal dans ma tête. J'étais moyenne dans la plupart des matières et n'excellais en rien. J'enviais mon cousin Claude, mon aîné de quatre mois. Claude réussissait ce qu'il entreprenait et s'en vantait. Impossible d'ignorer que c'était un as ! Le malheur voulut qu'il fréquentât la même classe que moi et que, nos parents travaillant ensemble dans l'entreprise familiale, nous nous côtoyions quasiment chaque jour.

Un grand concours de dessins "magnifique nature" fut organisé par le journal local. Je vis bientôt Claude, installé dans le bureau de la secrétaire. Il réalisait un superbe paysage représentant une forêt exotique et des animaux bizarres. Le premier prix ne pouvait être que pour lui, me semblait-il. Je l'enviais de plus belle… Cependant, au fil des minutes, par je ne sais quel miracle, je me dis qu'une compétition n'est jamais perdue d'avance et je me mis, moi aussi à la tâche. J'allai montrer mon œuvre à Bernard, mon voisin de quatorze ans que je savais amoureux de moi. Et sans que je le lui aie demandé, Bernard m'aida ! En quelques coups de crayon décisifs, il transforma mes arbres on ne peut plus banals en petits chefs d'œuvre d'originalité. Ma production avait vraiment de la gueule et je remportai le premier prix.

Désormais, forte de mon succès, j'eus recours à Bernard pour préparer mes rédactions et mes travaux de recherche, voire pour corriger certains devoirs. C'est ainsi que j'en vins à briller dans le domaine littéraire. "Le travail paie et les efforts de Bénédicte portent leurs fruits. Attention Claude, ta cousine va te dépasser…", annonça notre instituteur. C'était très maladroit, mais le résultat était là : Claude se renfrogna. Son ego accusait le coup !

À d'autres occasions, j'eus encore recours à Bernard. C'est ainsi que je terminai l'année scolaire avec un petit point de plus que mon cousin. Claude, qui était avide de succès, perdit de sa superbe. Je remarquai alors qu'il prenait de plus en plus de risques dans la pratique de sports… Durant les vacances d'hiver, Claude fit du ski hors-piste. Il s'aventura seul dans les bois avec son vélo tout terrain et comble de la désobéissance, il emprunta la mobylette de son frère alors qu'il n'avait même pas l'âge de la conduire !

Je n'étais finalement qu'une gamine quand j'avais commencé à tricher et cela était resté un secret entre Bernard et moi ! C'était de simples malices d'enfants, elles avaient pourtant eu un effet dévastateur sur Claude !

Vingt ans ont passé et un matin de juin, Claude est mort au volant de son coupé rouge. Il a raté un virage d'une petite route de campagne.

Le soir même de son décès, en rentrant du travail, j'ai découvert une petite photo de Claude dans ma boîte aux lettres. C'était une photo d'identité qui semblait récente. J'avais autre chose à faire que de me soucier de ce qui avait pu la déposer là. C'était la période d'examens et plus de cent copies attendaient que je les corrige.

Les jours suivants, j'ai trouvé des dizaines de photos identiques, un peu partout chez moi. Dans la poche de mon anorak, sous ma tasse, dans ma trousse de maquillage et même dans mon agenda !

Je ne me souviens pas souvent de mes rêves et pourtant depuis le décès de Claude, le même cauchemar revient chaque nuit et j'en revois chaque détail : Claude est au volant de son bolide rouge, il cherche à dépasser ma petite auto blanche. Je suis au volant, Bernard est à mes côtés. Il me presse : "Vas-y, accélère !" Et puis, il y a ce virage que Claude verra trop tard… Oui, chaque nuit, le même drame se reproduit. Oui, chaque jour, je trouve une photo. Et cette fois, toutes les belles paroles et tous les conseils de Bernard sont inefficaces.

Claude, dégage ! Fous-moi la paix ! Arrête de me harceler ! On n'est plus des gosses quand même !

Publié dans concours

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

La vengeance est un plat qui se mange froid.

Mon pays, c’est l’Albanie, et à l’âge de vingt-cinq ans je n’avais encore jamais quitté mon petit village où je vivais parfaitement heureux. Il en a été ainsi jusqu’au jour où ma sœur Alasina a décidé d’épouser un chrétien. Vous vous rendez compte du scandale ? Non seulement ce gars n’était pas originaire de nos montagnes et il habitait à cinquante kilomètres d’ici, dans la plaine, mais en plus il était chrétien ! Si elle avait eu un peu de décence, ma sœur aurait renoncé d’elle-même à cet amour, mais elle s’est entêtée. Notre mère a bien fait une ou deux remarques, pour la forme, mais elle ne s’est pas vraiment opposée à ce mariage. Je la soupçonne au contraire d’avoir admiré Alasina pour son courage, comme si c’était un honneur pour une fille de braver l’opinion publique. De plus, en agissant ainsi, la mère semblait dire qu’elle n’avait pas été heureuse en se soumettant à nos traditions et en acceptant pour époux le garçon que ses parents avaient choisi pour elle. Ce n’était vraiment pas gentil pour mon père ! Lui, au contraire, il s’était montré beaucoup plus énergique et il avait crié et hurlé plusieurs fois, en frappant du poing sur la table. Il avait même crié si fort que dans sa colère il avait fini par gifler Alasina de toutes ses forces. Du coup, elle était partie sans se retourner, elle avait épousé son chrétien et on ne l’avait plus revue.

Pendant plus d’un an on n’a pas eu de nouvelles d’elle. La maison semblait morte maintenant, car Alasina était comme un petit oiseau plein de vie qui chantait tout le temps. La mère préparait seule les repas et je voyais de la tristesse dans ses yeux. Quant au père, du jour où sa fille était partie avec cet énergumène, il n’avait plus fréquenté le café où il aimait tant jouer aux dés ou aux échecs avec les autres hommes du village, après la prière à la mosquée. En été, il ne s’était plus assis sous le tilleul centenaire de la grande place, pour discuter tranquillement à l’ombre avec les voisins. Il n’osait plus se montrer, c’était clair. Moi-même, quand j’allais abattre les arbres dans la forêt et que je croisais les jeunes du village, ils me lançaient des méchancetés incroyables. Certains crachaient même par terre en me croisant. Fichue Alasina, elle avait bien gâché notre vie !

Puis un jour on a reçu une lettre d’elle. Elle annonçait qu’elle attendait un enfant et elle demandait la permission de nous rendre visite. La mère a regardé le père craintivement et lui, il lui a répondu qu’elle n’avait qu’à agir comme elle l’entendait puisqu’après tout c’était sa fille. Elle a vu dans cette réponse un accord tacite, alors que si elle avait analysé les paroles du père, elle aurait compris qu’il lui disait : « Fais ce que tu veux, c’est ta fille, ce n’est plus la mienne. »

Ils sont arrivés en calèche un dimanche, jour de repos des chrétiens. Alasina était enceinte de sept mois, ça ne pouvait pas se cacher, c’est sûr ! A table, (c’était un repas froid, avec des tranches de veau et de la salade au yoghourt, je m’en souviens très bien) tout le monde semblait heureux de se retrouver et de faire connaissance avec l’étranger, mais moi, à part quelques mots, je n’ai rien dit. Vers la fin de l’après-midi, comme tout cela me tapait sur les nerfs, j’ai attrapé mon fusil et j’ai dit que j’allais tirer quelques lapins, mais ce n’était qu’un prétexte pour pouvoir m’éclipser. J’en avais assez supporté ! La mère a semblé déçue à cause de mon attitude, mais le père m’a regardé longuement dans les yeux. J’en ai déduit que j’avais son accord.

J’ai manqué le premier lapin, car ma main tremblait, mais les deux autres, je les ai bien eus. Ensuite, je me suis assis sur une pierre au bord de la route, pour me reposer. C’est alors que la calèche est arrivée comme prévu. Aussitôt, j’ai bondi en brandissant les deux lapins par les oreilles. La calèche s’est arrêtée et le mari d’Alasina m’a souri : « Une belle prise, vraiment ! » « Oui, une belle prise, un coup double, même ! » ai-je répondu en riant aussi. Puis j’ai laissé tomber les lapins, j’ai saisi mon fusil qui était chargé et je lui ai tiré dessus en plein visage. Alasina a hurlé. Alors j’ai braqué le fusil sur son ventre de femme et j’ai tiré trois coups. Comme elle ouvrait la bouche de stupéfaction ou de douleur, je lui ai enfoncé le canon du fusil dans le gosier et j’ai encore tiré un coup. Ca lui apprendra à ne pas respecter les traditions et à se comporter comme une trainée ! Non, mais…

Depuis, je vis dans la montagne. On dit que les gendarmes me recherchent, c’est bien possible. Mais je les connais, ils ne vont pas faire beaucoup de zèle pour une histoire d’honneur vengé. Dans quelques mois l’affaire sera oubliée. En attendant, pour manger, je tire sur tous les lapins qui ont le malheur de croiser ma route.

Publié dans concours

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Comme un p’tit coqu’licot…

« Attends la fin, tu comprendras :
Un autr' l'aimait qu'elle n'aimait pas !

Et le lend'main, quand je l’ai r’vue,
Elle dormait, à moitié nue,
Dans la lumière de l'été
Au beau milieu du champ de blé... » *

Elle s’appelait Marguerite. La belle, la superbe Marguerite qui peuplait nos fantasmes d’adolescents. Lui, Maurice, un grand gaillard aux larges épaules et à la démarche conquérante, un « para » qui rentrait d’Algérie. À l’époque de mes treize ou quatorze ans, on ne disait pas « revenir de la guerre ». On « rentrait d’Algérie » comme, peu avant, on était « rentré d’Indochine ». Enfin, pour ceux qui en étaient revenus…

Avec son béret rouge et sa fourragère, tout auréolé du prestige dont jouissaient ces militaires auprès de la population, pour nous, il était un héro. Pas moins. Un modèle de virilité auquel nous rêvions de pouvoir un jour nous identifier.

Un an plus tôt, lors de sa seule et unique permission, nous les avions aperçus, Marguerite et lui. Étroitement enlacés, je les vois encore lentement s’éloigner sur le chemin de terre qui se perdait au milieu des blés dont la blondeur s’égayait de bleuets et de coquelicots.

Un an, ça peut paraître long ou ça peut paraître court. Tout dépend de la période de sa vie où l’on se trouve. Marguerite, elle, commençait à penser à son avenir et n’avait pas attendu son beau militaire. Elle était tombée, à ce que l’on disait, éperdument amoureuse d’un avocat parisien venu passer ses vacances dans ce coin de campagne. Ils s’étaient très vite fiancés et elle s’apprêtait à aller le rejoindre à Paris lorsque Maurice avait fait sa réapparition.

Lui aussi avait changé. D’une façon indéfinissable. Un regard plus dur, si je me souviens bien. Un peu inquiétant, même. Un demi-sourire narquois figé en permanence au coin des lèvres. Comme pour bien afficher le peu que nous représentions pour lui. Comme un avertissement muet destiné à faire comprendre que rien ni personne n’était plus en mesure de s’opposer à sa volonté.

Et surtout pas Marguerite qu’il considérait comme sa propriété. Ne lui avais-je pas entendu grincer « qu’elle ne l’emporterait pas au paradis » ?

Je ne sais plus combien de temps exactement après son retour le drame se produisit. C’était vers la fin d’une chaude journée d’été. Je rentrais à la maison, à vélo, la serviette de bain pliée sur le porte-bagages, accompagné de quelques copains avec qui j’avais passé l’après-midi à me baigner dans l’étang voisin. Un attroupement inattendu nous incita à nous arrêter et à abandonner nos bicyclettes sur le bord de la route. Des badauds, des gendarmes, des pompiers. Et une civière posée près du fossé.

Je n’oublierai jamais la pâleur de son visage, ses lèvres décolorées, son cou violacé. Ni son regard éteint, aux prunelles étrangement immobiles. Ses yeux grands ouverts sur une vision qu’elle seule avait contemplée et qu’elle avait emportée dans la mort.

Nous eûmes juste le temps d’entendre quelqu’un dire que le « salaud », encore en uniforme, s’était livré à la police. On nous fit prestement déguerpir en nous précisant sévèrement qu’il ne s’agissait pas là d’un spectacle pour des enfants. Pour les enfants que nous étions encore…

Oui, ce devait être l’année de mes quatorze ans. L’année où je perdis mon innocence.

« Mais sur le corsage blanc,
Juste à la place du cœur,

Y’avait trois gouttes de sang
Qui faisaient comme une fleur :
Comme un p'tit coqu'licot, mon âme !
Un tout p'tit coqu'licot... » *

* « Comme un p’tit coqu’licot », paroles de Raymond Asso, chanté par Mouloudji.

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Blues, un poème de Rolande Michel

Publié le par christine brunet /aloys

Blues, un poème de Rolande Michel

Blues

Parfum, tiédeur, évanescence,
Sur la palette de mes maux,
Mes pinceaux voguent en silence,
Au fil des mots,
Reflets de ma désespérance...
Rescapée de mille naufrages,
Encore ivre de chants d'oiseaux,
Je partirai dans leur sillage,
Au gré d'un voilier qui prend l'eau...
J'accosterai sur ce rivage
Où mes rêves devenus cendres
Mêleront aux nuits de décembre
Des vers inconnus de Rimbaud...
Les pieds dans les nuages,
Accrochée aux étoiles,
Terminés mes bagages,
Je bouclerai la malle.

Rolande Michel

Publié dans Poésie

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Christine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle Fargier

Curieux titre, n'est-ce pas ? Voilà pourquoi j'ai voulu lire ce roman.

Première page : l'auteur appâte son lecteur avec un poème et là, je me suis dit que je me suis trompée.

Et puis, je tourne la page et commence à lire... Tiens, d'ailleurs, à moi de vous "appâter" avec quelques lignes du tout début :

"Inanna s'accoude à la muraille, bouclier de paix, surplombant son village où la brume se lève sur les têtes ogivales, ces bâtisses vêtues de pierres sèches construites par ses ancêtres presqu'en forme de coeur, tapissées de mousses multicolores. La fraîcheur imprègne l'air de goutelettes, les feuilles mortes colorent la terre se délectant de ces perles rosées comme si elles allaient revivre."

Là je m'arrête, surprise à nouveau, et je lis la quatrième de couverture histoire de comprendre exactement où Marie-Noëlle a l'intention de m'emmener et... rien... Un court extrait qui ne m'en dit pas plus. Frustrée et un peu inquiète, je me résigne à poursuivre ma découverte sans plus de piste, à me laisser guider.

En quelques mots, me voici plongée dans un environnement que je ne connais pas, un temps sans doute lointain, bercé par les Dieux. Même si leurs noms sont connus et indiquent une période de l'histoire plutôt précise, curieusement cette accroche n'agit pas, tout au contraire d'ailleurs, un peu comme un rêve qui amène l'imaginaire là où il ne s'y attend pas : en quelques mots, je suis propulsée dans un décor presque magique avec des sihouettes aériennes, des loups qui protègent les hommes, des forêts sombres et mystérieuses, des êtres maléfiques, des sacrifices humains...

Tout commence par une mort, un secret dans un environnement d'une douceur poétique. Je m'attache immédiatement au destin des trois soeurs et je vis le récit au fil de leur devenir. Au lecteur de choisir d'aller au-delà de l'histoire et de tenter de répondre à quelques questions sur le genre humain qui égrainent le récit... enfin, s'il choisit la réflexion plutôt que le rêve...

Je n'ai plus envie de vous en dire plus. A vous de lire et de vous faire une opinion !

Est-ce que j'ai aimé, au fait ? Ce texte très visuel, ces personnages, cette atmosphère m'ont touchée plus que je m'y attendais. Merci Marie-Noëlle pour le voyage !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Christine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle FargierChristine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle FargierChristine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle Fargier

Publié dans Fiche de lecture

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Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 2e partie

Publié le par christine brunet /aloys

Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 2e partie

Le randonneur- 2ème partie et fin

- Re-bonjour, nous sommes là depuis presqu'une heure mais le chemin était tellement difficile, comme vous nous l'avez dit d'ailleurs (ajoute t-il avec un petit sourire moqueur), que nous avons du mal à récupérer, me dit Casquette d'une voix presque éteinte d'où je perçois une volontaire exagération.

- Allez vous baigner, ça vous détendra ! répliqué-je.

- Non, j' ai eu trop chaud et la fraîcheur de l'eau pourrait me faire prendre froid. Un autre du groupe de Casquette rajoute : " et c'est dangereux de se baigner ainsi, nous risquons une hydrocution !"

- Mais vous me dîtes que vous êtes là depuis une heure ! Ce n'est plus dangereux, au contraire ! réponds-je, un peu agacée, je l'avoue.

- Ce Monsieur a raison, il faut être prudent après l'effort que nous avons fourni et toutes ces émotions ! intervient une femme du groupe au jogging bien repassé.

- "émotions" ? mais que vous est-il donc arrivé ? demandé-je en me disant que dès qu'ils seront repartis, j'en profiterai pour me baigner. Bob a déjà repris sa marche en nous saluant de la main.

- Si ce Monsieur n'avait pas été là (désignant Casquette), je ne serais plus de ce monde aujourd'hui !

- Une bête vous a attaquée ? demandé-je , étonnée qu'une telle fatalité puisse se produire sur des chemins salutaires. A ma question, Casquette ne peut dissimuler un sourire.

- Bien pire ! j'ai eu un malaise cardiaque mais ce Monsieur m'a sauvée ! me répond la dame au jogging bien repassé d'une voix catastrophée.

- N'exagérons rien, Madame, vous étiez simplement en train de faire une insolation et il m'a suffit de vous asperger d'eau.

Doutant qu'une personne puisse autant abuser, je lui demande si elle est soignée par un cardiologue. Elle me répond :

- Non pas jusque là. Mais je vais prendre un rendez-vous, puis s'adressant à Casquette, elle lui précise:

- Avec ce que nous venons de vivre, appelez moi par mon prénom, je m'appelle Hortense.

- Entendu, Hortense, mais je vous assure qu'il ne s'agissait que d'une insolation, lui répond Casquette de sa voix rassurante.

Un jeune couple s'approche de Casquette et s'introduit dans la conversation :

- Merci Monsieur, sans vous, nous aurions fait la bêtise de nous arrêter en plein soleil et nous aurions eu le même sort qu'Hortense.

- Je pratique la randonnée depuis longtemps et je connais ses pièges, (Casquette est tellement heureux de cette reconnaissance que je m'abstiens de lui parler du rectangle jaune sur le rocher) puis s'adressant à une petite dame, du nom d'Agathe, restée en retrait, il poursuit :

- Avez-vous récupéré ? Vous êtes encore un peu pâle. Je suis désolé de vous avoir rudoyé en vous ordonnant presque de ne pas faire de pause.

- Vous aviez sans doute raison mais n'êtes pas responsable. En fait, je sors juste d'une longue maladie qui m'a laissé quelques traces mais je récupère, le rassure Agathe.

- Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? lui demande Casquette.

- Vous étiez si préoccupé par... Hortense, ( répond gentiment Agathe en adressant un sourire à cette dernière, murée dans un visage fermé), que je n'ai pas voulu vous rajouter du tracas. Après un moment de réflexion, Agathe rajoute prudemment : Et puis en vous observant... je me suis revue avant ma maladie, toujours prête à aider les autres, certainement pour me sentir exister et lorsque je suis tombée malade , j'ai repensé à toutes ces mains tendues vers moi auxquelles j'avais répondu, tel un bon soldat, mais peu d'entre-elles ont été présentes pendant ce long combat que j'ai mené. Aujourd'hui, je continue à aider les autres, c'est ma nature, mais en leur apprenant à se responsabiliser eux-mêmes. Ils en ressortent plus forts, reconnaissants et je me sens plus légère. A ces mots, je ne peux m'empêcher d'intervenir tant ils me paraissent justes :

- Vous avez beaucoup de sagesse, Agathe (que j'appelle naturellement par son prénom).

- Pas tant que ça, sinon je vous aurai fait confiance et j'aurai choisi votre chemin, me répond-t-elle.

- Vous n'êtes pas en cause. Je ne sais pas m'imposer et imposer aux autres mes choix car j'ai horreur d'empiéter sur la liberté d'autrui et puis je doutais un peu mais très peu, d'emprunter ce chemin non balisé, rétorqué-je.

- Pour être sincère, votre allure m'a également déroutée, me déclare Agathe.

- Mon allure ????

- Je veux dire votre chapeau bariolé, votre tee-shirt qui vous arrive presqu'aux chevilles..., votre air un peu rebelle.

- Mais, je ne suis pas rebelle, peut-être pas complètement dans "la norme", lui réponds-je en souriant.

- C'est une aventure qui va porter ses fruits car chacun d'entre nous peut en tirer une leçon, souligne la petite dame en me rendant mon sourire.

Casquette, qui nous écoute attentivement et observe mes réactions, déclare en riant :

- Je ne suis pas d'accord avec vous Agathe, ce chapeau lui va très bien !

- Peut-être, mais comme Agathe, vous n'avez pas fait confiance en....mon chapeau, répliqué-je en riant.

- J'ai dû sentir ce petit doute, me répond Casquette d'un ton très sérieux.

- Cet imperceptible doute sur lequel vous vous êtes volontiers jeté ! réponds-je en riant de plus belle. D'ailleurs, le reste du chemin est-il balisé ?

- Oui bien sûr, vous pouvez continuer avec nous si vous le souhaitez, car vous me semblez tout de même imprudente et peut-être même impulsive. En fait, rajoute t-il en riant : Vous m'avez fait penser à la chèvre de Monsieur Seguin, attirée par l'herbe grasse.

- "Imprudente" !!! Je pense avoir été la plus sage vu "l'état" de votre petit groupe même si les apparences étaient contre moi ! et je ne regrette pas ce que vous appelez "mon impulsivité" que je qualifie plutôt d'instinctivité car grâce à elle, j'ai passé un très agréable moment pendant ma balade. C'est vrai, j'ai eu la même attitude que cette petite chèvre mais n'a t'-elle pas été plus heureuse qu'attachée à son piquet ?

- Je vous rappelle qu'elle en est morte, mangée par le loup.

- Oui, mais même si sa vie a été plus courte, elle était LIBRE et HEUREUSE ! Elle n'a pas subi le temps en ayant peur de lui, elle l'a vécu ! Comme moi cette après-midi et... sans m'épuiser, ni m'insoler, n'est-ce-pas Hortense ?

- Nous devons partir tout de suite ! répond vivement Hortense au jogging bien repassé mais qui n'est plus le centre d'intérêt. Un silence lui répond. Aussitôt elle s'approche de Casquette, feignant une douleur à la jambe en lui demandant :

-Puis-je m'appuyer sur votre bras ? Je suis si fatiguée ! restes, certainement de cette insolation et j'ai hâte de retrouver le confort de ma voiture.

Très souriant, Casquette propose son bras à Hortense. Son air ravi, laisse penser qu'il est satisfait qu'Hortense lui donne raison en reconnaissant son insolation et rassuré qu'elle ait besoin de son soutien.

- Merci Monsieur, mais je ne vous accompagne pas, dis-je en ignorant la remarque de la dame au jogging bien repassé. Je compte profiter encore de cette belle après-midi et me baigner avant de repartir. Vous devriez en faire autant ?

Casquette, tête basse, regarde sa montre, puis la rivière avenante, il cogite. J'essaie d'imaginer sa pensée. Le parcours doit s'effectuer en trois heures, ils doivent repartir, ils ont perdu assez de temps à se reposer, les trois heures seront largement dépassées et Casquette se sent responsable de ce groupe, en particulier de la fragile Hortense. Agathe me regarde en haussant les épaules à la vue d'Hortense s'appuyant lourdement sur Casquette. Je souris, en me disant que Casquette doit avoir un problème d'audition car apparemment il n'a pas entendu le message de la petite dame mais qui sait ? peut-être un jour...

- Non ! me répond Casquette d'un ton sec, (je comprends alors que mon invitation à la baignade a été perçue comme une provocation chez cet homme, habitué à porter les autres et de ce fait à ce que les initiatives lui appartiennent, et puis peut être est-il un peu perturbé par les paroles d'Agathe...). Puis adoptant un ton plus jovial, il poursuit : Nous devons repartir, il reste encore une quarantaine de minutes de marche ! Bonne route à vous et bon... vent ! D'ailleurs, charmante dame, attention qu'il ne vous emporte pas votre adorable chapeau !

- Je vous rassure, je n'ai pas peur du vent, ni de l'eau, ni du soleil ! et vous Monsieur, de quoi n'avez vous pas peur ? demandé-je à Casquette d'un ton un peu ironique ?

- De l'habitude, Madame, de l'habitude seulement, me répond sobrement Casquette après un moment de réflexion.

- Je comprends, l'habitude vous ressemble, elle porte tant de monde ! Cependant, vous aimez faire des randonnées, et....comme c'est le cas aujourd'hui (rajouté-je en souriant), il y a des imprévus quand on part sur des chemins inconnus !

- Oui, mais le but final est de partir d'un point et de revenir à ce même point, ce que l'on fait toujours.

- C'est une façon de voir les choses. En fait, si je suis votre raisonnement, pour vous, la randonnée n'est qu'une boucle ?

- Oui, une toute petite boucle, Madame.

- Bon retour, Monsieur ! lancé-je en regrettant déjà de devoir retrouver ma voiture.

- A vous aussi, Madame ! me répond t-il en souriant.

Je m'apprête à lui dire "bonne chance !" puis me ravise, pas la peine, Casquette ne doit pas croire en la chance...

La dame au jogging bien repassé, affiche un air comblé. Le groupe se remet en route. Casquette m'adresse un dernier regard où se lit peut-être un certain regret mais il repart d'une allure sûre et sportive comme lors de son arrivée à "la croisée des croix" avec en plus, Hortense à son bras. Quant à moi, je glisse délicieusement dans l'onde, mon amie fidèle, avant de reprendre le chemin balisé comme une vraie écolière de la randonnée buissonnière.

Je compris plus tard que le rectangle jaune que Casquette avait cru reconnaître était bien en fait un rectangle mais avec en dessous de ce dernier, une flèche presque invisible, délavée par le temps, indiquait un changement de direction, nouvelle codification que j'avais prise pour la croix habituelle et Casquette pour le rectangle à suivre absolument....Comme quoi, nous sommes vite perdus dès que nos repères changent....même si les nouveaux nous indiquent un meilleur chemin :)

PS : Si vous trouvez un chapeau bariolé sur un chemin, merci de me le ramener. Un jour de grand vent, il s'est envolé, mon chapeau arc en ciel...

Marie-Noëlle Fargier

Publié dans Nouvelle

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Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 1ere partie

Publié le par christine brunet /aloys

Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 1ere partie

Le randonneur - 1ère partie

Qui n'a pas chaussé des baskets pour partir faire une randonnée sur nos chemins ?

Aujourd'hui nous avons tellement besoin d'air, de retrouver notre campagne pour évacuer ce qu'on appelle "le stress" et puis, en plus, c'est gratuit ! Ce besoin est d'ailleurs tellement fort que les "autorités" ont même décidé de nous aider à assouvir cette soif de marche et c'est ainsi que nous voyons nos chemins agrémentés de croix, de rectangles, de flèches, jaunes, rouges, blanches et rouges.. Toutes ces petites formes géométriques nous indiquent de continuer si nous sommes sur la bonne voie ou de "stopper"... Mais respecter ces indices nous oblige à rester sur nos gardes, tête en l'air car l'un d'entre eux peut être sur l'écorce d'un arbre ou tête baissée car il peut se dissimuler sur une pierre. Il suffit qu'un seul de ces indices vous échappe et là, c'est "la cata", vous êtes perdu ! Mais pour quelqu'un qui n'a aucun sens de l'orientation (comme moi), Je reconnais que ce périple peut-être une véritable croisière en suivant bien sûr à la lettre ce "protocole géométrique". Enfin... une croisière...j'exagère, l'effort est considérable et il n'y a pas de commandant de navire, alors comment ne pas douter certains moments sur la direction à prendre, en se posant la question fatale : n'ai-je pas raté un indice ? C'est ainsi, et pour avoir eu le même réflexe, que j'ai pu remarquer des gens, stoppés, comme à un feu rouge devant la croix de la même couleur, s'interrogeant entre eux, jusqu'à ce qu'un, plus initié, ou muni d'une carte, décide pour le groupe de franchir ou non cette croix qui ne leur est peut-être pas destinée...Le choix du chemin n'est pas toujours si facile qu'on pourrait le croire...

Vous devez vous dire "hou ! ça sent le vécu tout ça" eh bien oui, vous avez raison ! Mais pour ne pas vous laisser sur le bord de la route, je vais vous raconter.

C'était un après-midi d'été, après avoir déjeuné copieusement, la chaleur est telle qu'elle est plus un appel à la sieste qu'à un concours d'orientation spatiale avec pour navette deux jambes lourdes à faire avancer...Mais bon, je me dis que la fraîcheur des bois sera bienfaitrice, que ma circulation sanguine circulera mieux :), que mes mollets vont se raffermir et que mes yeux vont déguster toutes les merveilles de la nature.

Baskets, chapeau arc en ciel, sac à dos léger et me voilà partie ! (sans oublier l'eau indispensable, hé ! je commence à devenir une pro !). J'abandonne ma voiture, emprunte le chemin où seul le rectangle jaune apparaît, je marche, je marche, tranquille, remplis mes yeux et mon cœur en vidant ma tête. Tout va bien, pas de croix en vue, mais les bonnes choses ont toujours une fin...Cependant, les rêveurs comme moi ne s'en rendent compte qu'une fois devant l'obstacle, et c'est ainsi que perdue dans mes pensées, brutalement, une méchante croix rouge qui dessert un chemin herbeux (abrité par des arbres), m'arrête (je dois avouer que c'est le chemin herbeux qui m'a réveillée, sinon comme à mon habitude, je ne voyais pas la provocante couleur). Le rectangle jaune quant à lui, (mais était-ce réellement un rectangle ? car en regardant de plus près il ressemble plutôt à une croix...autrement dit un piège...)m' invite sur un chemin caillouteux sans une moindre trace d'ombre et mon front commence à dégouliner. Que choisir ? Je scrute chaque arbre pour retrouver mon bienveillant rectangle jaune bien net, mais rien, il n'est nulle part. J'attends un peu, me disant que la prochaine personne qui passe, je lui demande conseil. Et puis c'est plus facile sur les chemins car là, tout le monde se dit "bonjour", sans se connaître bien sûr. Il arrive même que les randonneurs qui vous croisent en position "stationnement", vous demandent si vous avez besoin d'aide (imaginez une telle situation en ville...). Je suis donc en position "stationnement", j'en profite pour boire une gorgée d'eau quand deux hommes arrivent mais apparemment ils ne font pas la randonnée ensemble. Facile à deviner, ils ne sont pas côte à côte et ont un style complètement différent. Souvent les gens d'un même groupe se ressemblent...Mais vous devez vous dire, comment peut-on avoir des styles différents pour faire de la randonnée ? Eh bien c'est possible, je m'explique. L'un deux est chaussé de gros godillots de montagne, un jogging, un imposant sac à dos, des lunettes de soleil, une casquette et il tient dans ses mains une carte. Je le soupçonne même d'avoir une boussole et des jumelles. L'autre en short long, baskets, un bob sur la tête et un sac à dos d'allure légère (enfin pas autant que le mien). Je me dis que je vais demander conseil à ce dernier mais le premier est déjà devant moi, je remarque son allure sportive. Il m'adresse un sourire et me gratifie d'un chaleureux "bonjour" et spontanément je lui demande :

- Bonjour ! Vous faîtes quelle randonnée ?

- Le chemin de la louve, me répond t-il poliment.

- C'est aussi ma randonnée mais j'hésite entre ces deux chemins, je n'arrive pas à discerner s'il s'agit d'un rectangle ou d'une croix ?

Comme je finis ma phrase, le deuxième homme arrive, s'arrête :

- Salut, vous êtes perdus ?

- Non, répond l'homme sportif, nous faisons le chemin de la louve et Madame, ne sait quel chemin prendre. J'étais en train de lui indiquer le bon, répond l'homme (que j'appellerai "Casquette") en indiquant le chemin caillouteux.

- Je fais le même ! mais j'emprunte le chemin herbeux, il est plus agréable dit l'autre (que j'appellerai "Bob" )

- Vous pouvez ! mais il est beaucoup plus long et risqué car il n' est pas signalisé, réplique Casquette en lisant sa carte avant de rajouter : et je vous assure, Madame, il s'agit bien du rectangle jaune, le temps a simplement modifié la peinture.

- Tant pis ! je prends le risque, il fait beaucoup trop chaud et puis si je me perds, je finirai bien par me retrouver et puis qui peut dire ce qui arrivera demain ? répond Bob en riant.

Et moi, je suis là, Casquette est sûr de lui et comme je réfléchis à quel chemin choisir, je remarque sur une petite colline une maison. Mais oui, bien sûr, j'ai déjà fait cette randonnée, pour m'en assurer, j'avance vers le chemin caillouteux et là spontanément, empruntant une voix chargée de ma plus belle assurance, j'annonce :

- J'ai déjà fait cette randonnée il y a quelques années ! et je me souviens parfaitement de ce chemin, il est très dur, pas un brin d'ombre, presque pas de végétation. D'ailleurs je m'étais promise de ne jamais la refaire tellement j'avais souffert ! lancé-je, persuadée de faire changer d'avis Casquette.

Les deux hommes me regardent, et je sens Casquette, indécis, et prêt à emprunter le chemin hospitalier mais au même moment un groupe qui ressemble étrangement à Casquette, nous rejoint. Ils font, eux aussi, la randonnée du "chemin de la louve" et soutiennent Casquette dans sa décision. Ensemble, ils partent donc sur le chemin de la croix ou rectangle jaune et j'ai un peu de remords de n'avoir pu convaincre Casquette, sachant ce qui l'attend.

Bob passe devant, d'une marche rapide et je le vois s'enfoncer sous les arbres. J'adopte mon rythme qui ferait sourire la gente sportive mais auquel je tiens, pour profiter de chaque arbre, chaque rocher, chaque fleur, chaque chant...Le parcours est magnifique et je ne suis pas encombrée par la quête des croix , rectangles....également rassurée, je l'avoue, de savoir Bob à quelques mètres (ou kilomètres) devant. Je profite de chaque instant. La marche, même si elle est longue, m'est tellement agréable. Je m'assois sur un rocher qui a l'air de m'attendre pour arrêter le temps et savourer longuement ce moment. J'aime profiter du présent surtout quand il s'invite de cette manière. Je me sens légère. Les arbres commencent à s'étirer, à s'espacer, le soleil me fait un clin d'oeil pour m'inviter à le rejoindre. Je décide de reprendre ma balade et comme je me relève, je remarque le magique rectangle jaune, dessiné sur le rocher. Je pense à ces pauvres malheureux qui n'ont pas pris le bon chemin ! J'arrive à une clairière où un ruisseau généreux semble me tendre les bras.

Et là, j'aperçois Bob qui nage sereinement. Sur la rive, quelle n'est pas ma surprise de remarquer Casquette, épuisé, avachi sur l'herbe, avec son petit groupe qui revêt la même apparence. Inquiète, je m'approche d'eux. Casquette me sourit, je regrette encore plus de n'avoir su être persuasive mais m'aurait-il crue ?

Publié dans Nouvelle

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La patate bouquine, le blog d'une passionnée !

Publié le par christine brunet /aloys

Supprimé pour causes techniques

Publié dans interview

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