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Jeanne R. a lu "Obscurité" de Jean-François Foulon

Publié le par christine brunet /aloys

Jeanne R. a lu "Obscurité" de Jean-François Foulon

Jean-François Foulon, en conducteur attentif, nous balade avec des mots dans un parcours initiatique, lequel fait agir les héros du roman afin de se libérer du réel. Après le temps perdu, perdu à s'aimer mal, c'est le temps retrouvé que ce petit monde cherche durant des jours et des jours en pays de France pour réparer les bleus à l’âme.



Dès les premières images du livre, dans le noir profond d'une cachette qui voit l’obscurité dessiner les ombres de la nuit, comment ne pas penser à "La caverne de Platon" ? Mais, chez J.F. Foulon, le noir est profond et les ombres sont des fantômes d'où émerge la réalité d'un no man's land tandis que nous, lecteurs/lectrices, restons sur le seuil de cette caverne en attendant que l'histoire se déroule...



Il s'agit bien d'un huis-clos avec quatre personnages en partance pour un voyage au bout de soi-même : "la mère", ses deux enfants et une voiture, cette dernière a un rôle à part entière, assurément celui du refuge utérin.



Par un jeu intéressant, J.F. Foulon choisit de ne pas s'encombrer de noms ou de prénoms - seule - la petite fille est prénommée (Pauline), vu que c’est elle la lueur d’espoir, semble-t-il, et elle n’aura de cesse d’être protégée par les siens proches.
Dans cette grande aventure faite de petites aventures, tout le monde tente de se reconstruire, du plus petit au plus grand, et l'autorité se trouve transposée comme un passeur de témoin. L'unique garçon de l'histoire, appelé simplement "L'enfant", se présente ici sous un schéma œdipien, sauf que le regard de cet enfant en devenir n'est rien d'autre que notre regard, celui que nous posons sur un monde moderne cabossé qui va à vive allure comme la voiture, la voiture de l'histoire, la même qui se doit d'éviter d'autres écueils...



Il sera donc dit que le féminin s’avère très important dans ce beau roman triste au titre bien porté : "Obscurité".



Entre parenthèses, si l'un des lieux le plus récurrent du récit se trouve être "le camping", nous pourrions définir l’intériorité rêvée de chacun des protagonistes, grâce à l'épisode situé au frontière de l'Espagne, ainsi : Château de sable pour "l'enfant" / Château de contes de fées pour "Pauline" / Château de cartes pour "la mère".



Ce drame de la solitude à trois met surtout en lumière la question des règles de vie, celles édictées par la Société. Mais si une loi est mal faite, peut-on la transgresser ? Auquel cas, ce n’est pas sans risque…



Je salue bien bas Jean-François parce que dans ce "road movie", à la française, on sent très fort l'amour de la France que porte l'auteur en son cœur.



Littérairement vôtre,



Jeanne R.

Publié dans Fiche de lecture

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Carine-Laure Desguin en invitée d'Aloys !

Publié le par christine brunet /aloys

Carine-Laure Desguin en invitée d'Aloys !

— Carine-Laure, quelle actu ces dernières semaines !

— Ça, tu peux le dire, Serge ! (Pour rappel, Serge, c’est le bibliothécaire super dynamique vissé au château Bilquin de Cartier, là où se trouve la bibliothèque Marguerite Yourcenar www.bourgeon.be).

— Tu interviewes, tu es interviewée, tu slames et le CD sur lequel on t’entend nasiller est, est, j’en oublie mes mots ! Et aussi ton dernier livre dont il est question dans cet article du journal Vers l’avenir ( dans l’édition du 14 juin, Vers L’Avenir de l’Entre-Sambre-et-Meuse)

— Nasiller ?

— Ne me fais pas rire, Carine-Laure. Je récapitule…Il y a ce slam « Contre tes murs, citadelle sans grillage », tu nous racontes ?

— En deux mots. Un slam qui se retrouve sur un CD enregistré avec d’autres slameurs. Une très belle expérience. La séquence est passée dans l’émission mensuelle Actutv.

— Ah oui, j’oubliais ! L’émission Actutv est une émission culturelle mensuelle, c’est ça ?

— C’est bien ça, une émission mensuelle qui donne la parole aux artistes dont on ne parle pas assez. C’est une émission lancée par quelques potes techniciens attachés aux éditions Chloé des Lys. Quelques fils entremêlés et hop, ces génies de l’informatique ont bousculé le monde du web. L’émission se regarde le dimanche soir en direct (et on peut chatter, c’est génial) et ensuite les podcats sont disponibles. Un de ces bandits du web, c’est Bob Boutique (http://www.actu-tv.net/)

Et voici le lien vers cette séquence : https://www.youtube.com/watch?v=YGqkpVaXR7g

Je ne remercierai jamais assez les éditions Chloé des Lys et leur équipe …

— Oui mais ton dernier livre « C’est le même décor » est édité chez Edilivre !

— J’ai deux livres en préparation chez Chloé des lys…

— Ok, on zappe. Belle séquence, ce slam, c’est bien, on continue ! Dans la séquence suivante, on te voit interviewer Pierre-Jean Foulon. Tu nous en dis plus ?

— Un très beau moment. Bob et moi sommes allés devant la stèle de Roger Foulon, à Thuin, juste à côté de la bibliothèque et nous avons remémoré en quelques secondes (hélas, le temps est limité) la vie littéraire de Roger Foulon qui rappelons-le fut (mais j’ai difficile de parler de Roger Foulon au passé, il est tellement présent dans toutes ces rues…) un écrivain très prolixe. Ce que j’ai apprécié aussi, toucher les anciennes presses, tous ces petits caractères et le nec plus ultra, avoir eu accès à la bibliothèque de Roger Foulon. Et aussi apprendre qu’Achille Chavée avait frôlé ces briques.

— Toujours ton petit côté révolutionnaire et surréaliste...

— Chuuut, Serge !

Voici le lien vers cette séquence qui ravira tous nos amis Thudiniens mais aussi tous les écrivains qui ont connu ce poète aux multiples prix. Je reparlerai dans quelques semaines de Pierre-Jean Foulon, je lis en ce moment sa dernière publication « Fresque baroque de mon désir ».

Ici le lien vers la séquence consacrée à Roger Foulon : https://www.youtube.com/watch?v=8qezVhLq3q0

— Ah oui, j’oubliais, tu as participé au recueil « Monstre 2015 ». J’ai lu ton texte. Pas mal. Un peu sot mais ça te ressemble.

http://carineldesguin.canalblog.com/archives/2015/06/17/32230542.html

— Merci, Serge.

— Ce matin, j’ouvre le journal Vers l’avenir et qui vois-je, Miss Caquette ! Courageux le journaliste qui t’a interviewée, il ne s’est pas mêlé les plumes et les objectifs dans toutes tes activités.

— Merci à Pierre Dejardin !

— Le slam, la séquence au sujet de Roger Foulon, le recueil Monstres 2015. Je n’oublie rien, voyons, voyons…Tu écris en ce moment ?

— Non, je bronze. Oui, j’écris ! Je prépare les maquettes de mes prochains livres qui seront édités chez Chloé des lys, une préface pour un recueil de poésies et…

— Une préface, tiens, c’est nouveau, ça !

— Oui, un très bel exercice. Décortiquer les textes et écrire une préface qui donnera aux futurs lecteurs l’envie de lire…Je n’en dis pas plus tant que je n’ai pas le feu vert de l’auteur concerné pour citer son nom et le titre de son livre. Chuut.

— Toi aussi, les poésies…

— Oui, je peux l’annoncer, mon recueil « Des lames et des lumières » sortira vers octobre. Aux éditions Le Coudrier et ça, c’est une belle promotion pour moi. Le Coudrier, c’est une maison d’édition qui n’édite que de la poésie. Je suis très fière de la confiance que Joëlle Aubevert m’accorde. Je ne sais pas vivre sans écrire des poésies, c’est primordial pour moi.

— Bonne nouvelle, tu ne fais pas que le gus sur scène.

— Non, Serge Budahazi…

— Et tu n’oublies pas la préparation de notre quatrième salon du livre au château Bilquin de Cartier, j’espère ?

— Pour le dimanche 29 novembre, déjà pas mal d’inscrits. J’assume, ne te bile pas comme ça.

— Merci, Carine-Laure. Tiens, voici ta boîte de vitamines. Et pour tes nouveaux lecteurs, voici press book et autres infos :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/press-book/32061526.html

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/carine-laure-sur-you-tube/32062119.html

Publié dans l'invité d'Aloys

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Fiche auteur d'Edwige Thomas pour son recueil "La greffe prendra"

Publié le par christine brunet /aloys

Fiche auteur d'Edwige Thomas pour son recueil "La greffe prendra"

Publié dans fiche auteur

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Carine-Laure Desguin dans la revue AURA 85

Publié le par christine brunet /aloys

Carine-Laure Desguin dans la revue AURA 85

— La revue Aura 85 est sortie, tu nous en parles, Carine-Laure ?

— Pfff, Bob, c’est l’été, la canicule, tu ne sais donc pas te débrouiller un peu ?

— Non, Carine-Laure, j’aime te faire parler afin de te contrarier, c’est mon droit, non ? Je suis quand même un membre officiel de l’équipe de Chloé des lys ! Toi, tu n’es pas un membre officiel, tu as refusé, c’est ton problème, Carine-Laure. Alors à présent, tu causes ou tu retournes dans tes bouquins…

— Tu as de la chance, Bob, que j’aime cette revue et que j’ai beaucoup de respect pour tous ceux qui la publient…Aura 85, c’est la revue publiée trimestriellement par…

— Pfff, la voilà encore avec ses belles phrases alambiquées ! Si tu continues, tu seras membre de l’A.E.B. hein toi, fais attention !

— Et payer une cotisation de plus ? Tu rigoles ou quoi ? Je disais donc, Aura 85, c’est la revue publiée par le Cercle Littéraire Hainuyer « Clair de Luth ». J’aime beaucoup ce groupe car il essaie de mettre en valeur une vraie revue littéraire, il y a une sélection des textes et ça, c’est vraiment important.

— Tu veux dire qu’il y a des écrivants qui ramassent une buse et qui retournent avec leur texte sous le bras…Et ça, ça te fait plaisir, mauvaise, je le savais que tu étais une mauvaise et je ne suis pas le seul à le dire, d’ailleurs.

— Je dis ce que je pense, Bob. Dans cette revue 85, de très bons textes. Le thème ? Les jardins ! Et dans cette revue, des jardins, il y en a de toutes les sortes ! Lisez celui de Gisèle Hanneuse, Colette Brohée, Gérard Lemaire, Norma Crivici, Laurence Amaury, Roseline Deback, Thierry Thirionet, Eric Sherkine, et bien d’autres…

— Je lis les noms de quelques auteurs édités chez Chloé des lys, Laurence Amaury, Thierry Thirionet, Nathalie Wargnies, Marie-Claire Georges, Marcelle Pâques…

— Et toi, bien sûr, toujours le nez fourré partout.

— Je ne te réponds plus, Bob (Bob, c’est un type génial qui essaie de déconner mais il n’y arrive pas vraiment, ce n’est que du plagiat. Mais il est un des gus qui ont lancé cette émission culturelle mensuelle, actutv, infos ici : www.actu-tv.net )

— Parle-nous de ton texte quand même, car j’ai lu quelques lignes et ça me paraît être un vrai foutoir ton jardin. T’as déjà vu ça, toi, on te demande de parler d’un jardin et on se retrouve avec une histoire d’ado qui prend l’avion vers une île qui n’existe que dans sa caboche et là, il rencontre un autre ado qui se prend pour Einstein et qui cultive des saumons dans une au tropicale. T’as déjà vu ça, toi, des saumons dans une eau tropicale ? Ah oui, il y a cette mystérieuse oxygène…Bref, une histoire à la Carine-Laure Desguin et il faut croire que c’est littéraire puisque ce texte, Secret’s garden a passé l’étape du comité de lecture. Ouais.

— Ouais. Pour les intéressés, j’ajoute que…

— N’ajoute rien, fifille, on en a ras la casquette, des saumons dans une eau tropicale, non mais ! Et ça s’appelle un jardin, ça ?

— Pour les intéressés, cliquez sur la photo et vous lirez toutes les infos. Bravo à Laurence Amaury et tous les membres actifs de Clair de Luth. Une revue trimestrielle éditée depuis 1987, c’est un succès ! Les textes sont lus par un comité sérieux et les auteurs sont invités parfois à corriger et revoir certains paragraphes. Rien que pour ça, moi, je dis « chapeau ».

Le site : www.clairdeluth.be (et sur Facebook)

— Si Miss Casquette le dit, hum, hum !

— Encore un mot, en couverture, le très beau…

— Tu vois que tu mens toujours. Tu dis « encore un mot » et tu en débites cinq ou six. Elle sait même pas compter ! C’est pour ça qu’elle écrit en vers libre, elle ne saurait pas compter jusque douze. Alors, les alexandrins, dans ce cas-là, c’est foutu !

— En couverture, donc, le très beau collage de Thierry Thirionnet.

— Une femme découpée par les croisillons d’une fenêtre. Tu trouves ça beau, toi ? Ah, oui, c’est de l’Art…Mademoiselle aime l’Art et la Littérature, avec trois L pour voler plus haut…

Des détails au sujet de Carine-Laure Desguin ? C’est ici :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/press-book/32061526.html

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/carine-laure-sur-you-tube/32062119.html

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La patate bouquine a chroniqué "Histoires à mourir de vivre" de Rachel Colas et Anaïs Valente

Publié le par christine brunet /aloys

La patate bouquine a chroniqué "Histoires à mourir de vivre" de Rachel Colas et Anaïs Valente
La patate bouquine a chroniqué "Histoires à mourir de vivre" de Rachel Colas et Anaïs Valente

Dans ce livre, on retrouve 27 nouvelles de 2 auteures différentes. Les petites histoires parlent de sujets tabous comme la mort, le suicide... Des histoires bien noires, qui, comme le résumé l'indique, vous feront voir les choses différemment après lecture. Je ne vais pas vous parler de toutes les histoires de ce livre, parce que ce serait vraiment lourd, mais je vais me concentrer sur trois des ces nouvelles.

Une heure à tuer page 79

Connaissez-vous l'expression une heure à tuer? Et bien Anaïs Valente va faire de cette expression une réalité. Une femme licenciée de son travail va faire un attentat dans ses anciens bureaux. Donc, tuer toutes les personnes qu'elle n'aimait pas...
Extrait: " 16 H 30. J'entre en scène. La blondasse de l'accueil est clairement étonnée de me voir. L'info a déjà dû faire le tour du bureau. Ma main droite caresse doucement le flingue..."

Strike! page 37

Dans cette nouvelle de Rachel Colas, on retrouve plusieurs personnes prenant le bus, le jeudi. A 10 h 20. On suit les personnages pendant une à deux pages, on nous explique leurs situations, et pourquoi ces personnes prennent le bus ce jour là, à cette heure précise. Pendant un instant, tout semble aller pour le mieux, des problèmes se règlent, et des décisions sont prises. Chacun se rend à l'arrêt de bus, puis celui-ci arrive et tout bascule...
Extrait: " Le conducteur eut une impression de ralentit. Pourtant, tout se passa à une vitesse folle. Il vit tous ces gens sous l'abribus. Ils semblaient figés sur place. Son cerveau lança un chiffre. Dix. "Strike" fut sa dernière pensée.

Writecrossing page 134

Malgré les histoires sombres, Anaïs Valente à réussi à placer une nouvelle belle et émouvante. C'est l'histoire d'une femme, qui a décidé de créer le Writecrossing. Le principe est vraiment très simple, et se serait une bonne idée de l'instaurer dans la vie de tous les jours. Elle a installé, tout près de chez elle, une table, des feuilles, une théière et un stylo. Le but est d'inviter les gens à écrire, dessiner quelque chose sur ces feuilles. Et chaque soir, en rentrant du travail, elle va rechercher sa récolte. L'histoire se termine sur une note tragique, mais belle aussi.
Extrait: " Et j'ai lu, sur la dernière page: "merci pour le thé". Alors, si vous passez chez moi un de ces jours, ça vous dit de venir prendre un petit thé froid? "



Les histoires qui se trouvent dans le recueil ont beau être tragiques et difficiles, j'ai beaucoup aimé les lire. J'ai appris des choses, j'en ai ressenti également. Mais attention si vous avez l'âme sensible, ce livre n'est pas fait pour vous.

A bientôt,

La patate

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Jean Destree vous propose un extrait de "Faux éloge de ?"

Publié le par christine brunet /aloys

Jean Destree vous propose un extrait de "Faux éloge de ?"

Faux éloge de ?

La cloche interrompit brusquement ce subtil échange. Chacun rangea ses affaires dans un calme qu’il ne connaissait plus depuis longtemps. C'est vrai que la classe de Couturier ne se passait presque jamais sans un petit chahut ou le bourdonnement des bavardages continus. Mais aujourd’hui, une sorte de silence presque respectueux s’était installé et personne ne voulait le trahir. Chacun sortit en saluant le prof qui se demanda ce qu’il lui arrivait. Et si cette classe de joyeux garnements ne lui réservait pas un mauvais tour. Comme il se trompait!

C‘est vrai enfin, pourquoi se chiner la santé à courir derrière des activités qui ne servaient qu’à enrichir quelques individus dans le monde dont le seul objectif est de se remplir les poches sur le dos de milliards de pauvres types qui ne peuvent faire autre chose que de travailler pour eux. Jean-Robert ruminait tout cela en rentrant chez lui. Son air maussade surprit sa mère qui s’en inquiéta.

- Tu n’es pas bien?

- Si.

- Pourquoi fais-tu cette tête?

- Je ne fais pas la tête. Je réfléchis.

- C’est bien la première fois que je t’entends dire que tu réfléchis. C‘est pourquoi tu m’inquiètes.

- Tu n’as pas à t’inquiéter.

- Alors je ne dis plus rien, mais quand même, tu n’as pas l’air d’être dans ton état normal.

- C’est quoi un état normal?

  • Oh ! tu m’horripiles avec ton habitude de toujours poser des questions auxquelles je ne sais pas répondre. Je n’ai pas fait des études comme tu as la chance d’en faire. A ton âge, il y avait longtemps que je faisais la servante dans une ferme. J’en ai bavé, tu sais parce que les patrons n’étaient pas toujours faciles. Quand la patronne voulait jouer à la madame, c’était encore pire. «Louise, les serviettes! Louise, les chaises! Louise, les couverts en argent! Louise ici, Louise là-bas!» Et il fallait toujours être impeccablement propre malgré qu’on me faisait ramasser les crottes, les bouses et le reste. Alors cherche toi-même ce qui est normal.

- Mais maman…

- Il n’y a pas de «mais maman» qui tienne. Tu pourrais quand même me répondre quand je te parle.

- Ben voilà, répondit Jean-Robert, devenu tout penaud. Je me suis fait piéger par Couturier.

- On dit Monsieur Couturier, quand on est poli.

  • Bon, par Monsieur Couturier. Figure-toi que pendant son cours, j’ai demandé pourquoi on n’avait jamais élevé une statue à l’inventeur du lit. D’abord, il m’a envoyé chez le proviseur qui m’a donné un travail. Par après, il nous a fait un vrai discours de militant de gauche qui nous a tous laissés pantois. Et pour finir, il nous a donné à préparer un dossier sur l’histoire du lit. J’aurais mieux fait de rester couché, cela m’aurait évité de me faire massacrer par mes copains.

- Et tu es bien avancé maintenant avec ta manie de toujours lancer des réflexions farfelues. Que cela te serve de leçon. La fois prochaine, tu te tairas, cela vaudra mieux.

Pauvre maman! Elle se donne bien du mal pour me faire admettre que le travail est quelque chose de sacré. Et pourtant… quand on sait comment est née l'idée de travail, l'homme devrait avoir honte d'utiliser ce mot synonyme de torture, de tourment, de calvaire, de punition.

Jean Destree vous propose un extrait de "Faux éloge de ?"Jean Destree vous propose un extrait de "Faux éloge de ?"

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Un article dans le Belvédère pour le recueil de Salvatore Gucciardo "Méandres"

Publié le par christine brunet /aloys

Un article dans le Belvédère pour le recueil de Salvatore Gucciardo "Méandres"

Belvedere n. 37 Juin – Juillet 2015 - France

Poésie

Salvatore Gucciardo

Zigzags en ziggurats

Chloé des Lys

Loin de la foule, les soldats de plomb dessinent des formes floues sur des cartes géographiques. Ces ombres sont des mouvances qui agissent en toute liberté sur la subjectivité. Colonisatrices, elles aiment conquérir les territoires inconnus. Enchaînées aux tentacules de la volute, elles sont aspirées par le souffle abyssal pour être figées sur l’étoffe du temps. Les vrilles se tortillent sous l’impulsion des flammes. Elles produisent un crépitement fougueux. Les somnambules errent sur les routes esseulées. Ils sont habités par des rêves cendrés.

Obsession

Gargantuesque

Enroulement du délire

Le cheval ailé

Au-dessus du chaos

Salvatore Gucciardo, né en 1947 en Sicile, dès l’âge de 8 ans est devenu belge et d’une quelque manière ses deux âmes coexistent dans ses 40 ans de vie artistique. Car il est peintre et poète de sa peinture, hantée par des références bibliques et mésopotamiennes, projetées dans un futur d’espaces immatériels. Il porte avec simplicité le poids de toute sa surréelle éducation figurative, De Chirico, Magritte et surtout les flamands revisités à travers ziggurats et tours de Babel inachevés. Sa poésie est enfiévrée du désespoir des bons sentiments. Dans ce mince volume, qui se double d’une version littérale des textes dans une traduction italienne de Maria Teresa Epifani Furno, des proses courtes et précipitées sont toujours suivies par des sortes d’haïkus mis en italique qui accentuent le mouvement initial. Le recueil, divisé en sections aux noms évocateurs (Alpha, Apocalypse, Omega…) est illustré par des reproductions de tableaux de l’auteur, où l’influence d’un Blake nous appelle à l’enfance et à l’innocence du monde.

(Salvatore Gucciardo, Méandres, Chloé des Lys)

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"PLURIEL ET MULTI-FACETTES: BOB BOUTIQUE AU SERVICE DE LA PASSION", un interview signé Sylvie Godefroid pour la SABAM

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.sabam.be/fr/sabam/pluriel-et-multi-facettes-bob-boutique-au-service-de-la-passion

http://www.sabam.be/fr/sabam/pluriel-et-multi-facettes-bob-boutique-au-service-de-la-passion

"PLURIEL ET MULTI-FACETTES: BOB BOUTIQUE AU SERVICE DE LA PASSION", un interview signé Sylvie Godefroid pour la SABAM

PLURIEL ET MULTI-FACETTES: BOB BOUTIQUE AU SERVICE DE LA PASSION

Bob Boutique est un touche-à-tout. Un homme multi-facettes dont le dénominateur commun n’est autre que la passion. L’auteur s’enflamme, s’anime, pousse des portes ouvertes, bouscule et bascule mais s’investit dans ce qu’il entreprend. Et si vous ne me croyez pas, il vous suffit de lire le résumé d’une rencontre où la langue de bois n’a pas sa place.

Qui est Bob Boutique en quelques qualités et en quelques défauts ?
« Un petit libraire de Schaerbeek (Bruxelles) qui a décidé comme ça, sans raison particulière, qu’il pourrait lui aussi se mettre à écrire comme tous ces auteurs qu’il vendait dans les rayons de son magasin (inutile de commenter avec des jeux de mots sur mon nom qui n’est pas un pseudo, je les entends depuis des décennies...). A cette époque, je n’avais aucune idée de ce qu’était l’édition et mon entourage à qui j’avais annoncé ma décision s’est gentiment marré. Comme quoi, la persévérance finit toujours par payer. Donc : obstiné, têtu et bosseur. Côté défaut et je comprends que cela puisse parfois agaçer certains : passe son temps à enfoncer des portes ouvertes et à faire beaucoup de vent ! Pas très policé non plus. Peu mieux faire »

Après deux recueils de contes bizarres et un premier roman, tu te lances dans un thriller. 2401, c’est quoi ?
« « Les dix petites négresses » était déjà une sorte de thriller, mais limité à 150 pages. Ici, j’ai enfin osé publier un vrai grand thriller comme ceux qu’on voit en tête de gondole dans les grosses librairies, mais je ne pourrai pas te le résumer, hélas ! Le moindre mot, la moindre indication risquerait de déflorer l’histoire très très spéciale ! La seule question qu’on puisse poser « est-ce vraiment possible » ? Une seule réponse : « Oui, ce l’est ! » Faut lire. Vous verrez, c’est surprenant »

Quelles sont tes influences littéraires ? Comment et pourquoi te lances-tu dans un projet d’écriture ?
« Stephen King sans hésiter, mais aussi ma grande copine Christine Brunet qui devient, à mes yeux, une des rares femmes spécialisées dans le thriller en France. J’ai toujours aimé raconter des histoires, d’ailleurs mes textes ressemblent plus à du journalisme et du langage parlé qu’à ce qu’on considère généralement comme de la littérature »

Te considères-tu comme un écrivain ? Quand l’est-on vraiment ?
« Avec mes bientôt six années d’expérience dans le monde de l’édition, je puis te répondre oui, sans hésitation. Pour moi, un écrivain ou une écrivaine, c’est quelqu’un qui publie chez un vrai éditeur (donc qui a passé le cap d’un comité de lecture) et bosse, c'est-à-dire, publie un livre chaque année, comme un artisan. Le reste, qu’il soit connu ou reconnu, apprécié ou non des cénacles, vendeur ou pas, c’est moins important et de toute façon subjectif. Un seul critère ne ment jamais : celui du lecteur qui a aimé ou pas et recommande le livre suivant. Ou pas »

Libraire, administrateur des Editions Chloé des Lys et fondateur d’ACTU-tv, tu as une vie artistique chargée. Quelle est la casquette sous laquelle tu te sens le plus à l’aise ?
« Les trois, sauf que je ne vais plus tenir cette librairie très longtemps. Un, parce que ce n’est plus vraiment nécessaire et deux parce que cela me bloque dans la « boutique » six jours sur sept de sept à sept et que ça commence à bien faire. Mais bon, c’est elle qui nous a permis d’en sortir plus ou moins bien dans la vie et je ne regrette rien. Chloe des Lys est une expérience passionnante qui m’a permis de rencontrer des gens passionnants et je compte bien continuer, pas du genre à lâcher au premier ennui, quant à ACTU-tv, nous l’avons créé parce que personne à la télé (la grande) ne s’intéressait à nous, tout simplement. On s’est dit : « puisqu’ils n’ont pas envie de nous voir, on va la faire nous-même cette télé » ! Et là aussi, la persévérance finit par payer puisqu’on tourne désormais entre 12 et 15.000 podcasts par émission. Quand je pense qu’il y avait douze téléspectateurs pour notre première émission en février 2010 »

La SABAM vient d’ouvrir, en 2015, des bourses d’aide à la création et à l’édition. Quel regard portes-tu sur cette forme de soutien ?
« Franchement, je n’y crois pas trop, disons que c’est le mot « bourse » qui m’énerve. Chacun doit réussir avec ses propres forces, on peut être aidé bien sûr et prendre conseil, mais pas recevoir de l’argent. Je vais me faire des ennemis, mais je n’aime pas trop les subsides qu’ils viennent de l’état ou d’un organisme comme le vôtre. Il y a dans le monde artistique trop de glandeurs qui comptent sur ces aides pour créer des œuvres. Je suis de la vieille école : si tu veux obtenir quelque chose, commence par donner et si tu es un artiste, prouve-le. On coupe, on coupe pas ? »

Quel regard portes-tu sur l’édition professionnelle aujourd’hui ?
« Positif. Avec ACTU-tv j’ai rencontré des dizaines d’éditeurs belges. Une partie d’entre eux s’en sortent parce qu’ils sont retraités ou ont d’autres moyens de subsistance mais d’autres réussissent à en faire une profession, comme Luce Wilquin par exemple. Parce qu’ils sont prudents, savent gérer et ont une vraie exigence de qualité. C’est un monde qui change très vite ! Je sais que cela ne va pas plaire, mais je crois que l’édition numérique va finir par prendre le pas sur le livre papier et que l’avenir de l’écrit passera par un Amazone à la belge, avec des fichiers ou des livres imprimés à la commande. En clair, le livre n’existe pas encore avant qu’il ne soit commandé. La SABAM pourrait, selon moi, jouer un rôle important dans cette évolution, plutôt que d’offrir des bourses car les grandes librairies n’arriveront pas à travailler de concert pour arriver à un tel résultat. Enfin, c’est mon impression. Si vous êtes intéressés je suis prêt à vous offrir mes services ! Chez Chloe, nous sommes parvenus à créer le processus de A à Z, avec nos propres forces et sans l’aide de bureaux d’ingénieurs informatiques, donc pour 0 euro et 0 cent ! Actuellement on vend très peu par ce canal, mais l’outil est là et fonctionne. Un autre job que la SABAM devrait prendre en main, c’est la création d’une vraie présence littéraire belge à la Grande Foire de Bruxelles de Tour et Taxis. Les éditeurs belges sont trop indépendants et occupés pour le faire. Je ne parle pas d’un stand SABAM, à mon avis peu efficace, mais d’un véritable espace interprofessionnel. Bon, facile à dire ! »

Quels sont tes projets à moyen et long terme ?
« Ben ça tombe sous le sens, continuer à écrire, essayer de le faire savoir et pousser, pousser et encore pousser, pour qu’ ACTU-tv s’installe sur la place médiatique littéraire du pays. Nos auteurs en ont vraiment besoin »

Un nouveau texte en préparation ?
« Evidement, un écrivain, ça doit écrire et si une année c’est un peu moins bon, on veillera à ce que l’année suivante ce soit au top. J’en suis la phase documentation en espérant que le comité de lecture de Chloe des Lys l’accepte, car jusqu’à présent tous mes manuscrits ont été refusés dans un premier temps pour fautes d’orthographes et je ne parle pas d’une coquille ci et là, non d’une catastrophe »

Et avec la SABAM ? Tout va bien ?
« Poser la question, c’est y répondre et je me demande vraiment pourquoi tous les écrivains du pays ne s’affilient pas, que ce soit chez vous ou chez vos concurrents moins importants mais tout aussi sérieux. Quand je pense que j’ai payé une seule fois voici quatre ou cinq ans trente-trois euros et que depuis je touche chaque année un chèque appréciable pour mes droits de reprographie… c’est renversant. La SABAM,, vu de l’ extérieur, ça ressemble à une grosse administration mais une fois les formalités passées, on y trouve de vraies personnes, pas des fonctionnaires qui parlent comme des répondeurs téléphoniques mais écoutent, proposent et dynamisent. Et là, je suis admiratif, car comme on dit dans les ministère : bien faire son boulot et même un peu plus, ça ne change rien à la paie de la fin du mois. Donc, oui, tout va bien. Merci »

- See more at: http://www.sabam.be/fr/sabam/pluriel-et-multi-facettes-bob-boutique-au-service-de-la-passion#sthash.Wt3wlj7j.dpuf

Publié dans interview

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Joel GODARD nous propose quelques extraits de son recueil "Ailleurs est un pays aux rivières lentes"

Publié le par christine brunet /aloys

Joel GODARD nous propose quelques extraits de son recueil "Ailleurs est un pays aux rivières lentes"

LXV

Aller loin dans les souvenirs

Le filet des rêves à bout de bras

Comme un nageur à contre-courant

Remonter le fil de la vie

Et tout au bout qui nous attend

Le doux secret de nos âmes

XXV

Mes mains sur ton corps avancent en arabesque

Sur ton flanc aux pentes douces mes mains sont en voyage

Au sel du désert je demande le repos

A ses nuits la fièvre

A son ciel le silence des âmes

Ciels de ma vie les paumes de mes mains

Ouvertes sont criblées d’étoiles

IX

Sous ta jupe

Tu chantes un chant d’étoiles

Fille bleue

La barque de nos corps glisse dans l’immensité

Laissons la suivre sa voie entre deux soleils

Main sur main portons notre regard vers l’avant

Dans l’attente

Dis Quel rayon de lune unira d’un ricochet

Le cœur des amants

XIX

Si un jour nos chemins devaient se séparer

Qu’une fleur de givre naisse dans nos cœurs

Et fasse s’y réunir et ton sang et mon sang

XXIII

L’herbe des années se posera sur nos lèvres

mon amour

De toi ou de moi qui le premier emportera

la flamme

Les jours passés s’engouffrent dans nos dos

ouverts comme des portes

Ailleurs est un pays aux rivières lentes

XXXI

C’est dire le temps que de ne pas décompter les heures

Dire l’amour que d’aller deux à deux bord à bord

Le temps de l’amour nous a enveloppés dans un seul geste

C’est être ensemble que respirer d’une seule haleine

oOo

Joel GODARD

Publié dans Poésie

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Secret's garden, une nouvelle de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Secret’s garden

Ces paroles de mon vieux, elles résonnent encore en moi. Comme si c’était hier. Un coup de pied au cul qui, voici une vingtaine d’années, envoya valdinguer tout ce qui me restait de mes sentiments filiaux et de ma putain de vie dans ce deux-pièces miteux.

— Fous l’camp pauv’ petit con, ça me fera une bouche en moins à nourrir ! gueula-t-il. Des paroles odieuses, vomies par un alcolo notoire. Une misère.

Sac au dos, j’ai dévalé les dix étages par l’escalier en colimaçon, l’ascenseur ne fonctionnait plus depuis des lustres. Je me revois encore, trébuchant sur les canettes vides et sur un ou deux mecs shootés à l’héro. En bas de mon HLM aux murs peinturlurés de graffitis de toutes les couleurs, la longue bagnole noire m’attendait, comme prévu. La veille, le juge avait sifflé devant les assistants sociaux et toute cette clique de bons à rien :

— Un an d’intérêt général ! Le soussigné Kévin Villard est tenu de seconder et d’aider le jeune Edouard Stern, atteint d’une pathologie mentale incurable, durant douze mois consécutifs, et ce dans toutes les tâches du quotidien. La délinquance se paiera dorénavant de cette manière ! On n’incendie pas impunément les véhicules des honnêtes citoyens !

Ensuite, en aparté comme si j’étais un vieux pote du lycée, il me remit une enveloppe grise, dans laquelle je lirais les formalités pour le voyage, et aussi toutes les consignes d’usage. J’ai entendu le mot « secret » et ça m’a foutu les boules. Je ne savais pas ce qui m’arrivait, mais je pressentais qu’une bascule de mes pôles était imminente, question d’instinct.

Je me suis écroulé sur la banquette arrière de la bagnole et un type tout de noir vêtu, avec une tronche d’enterrement et des mots qui sortaient de sa bouche froids comme des glaçons, me tendit une bouteille bien fraîche de coca et un sandwich au jambon garni de lamelles épaisses de cornichons. Ça m’a fait tout bizarre, cette gentillesse. J’ai englouti tout ça, je crevais de faim, je n’avais plus rien bouffé depuis deux jours. Quant au type, il s’appelait Fred, me dit-il entre deux recommandations. Il m’énonça comme une récitation de sa voix stéréotypée les étapes de ce long voyage qui devait m’emmener vers une île paradisiaque. Là où résidaient le jeune Edouard Stern et son père, le richissime Alexander Stern. J’en n’avais rien à cirer, je voulais décamper le plus loin possible de tout ce merdier familial, même si le mot « secret » restait accroché au plafond de ma mémoire. Après, tout s’est enchaîné à une folle allure. L’aéroport, l’avion, l’atterrissage et puis encore un avion, un atterrissage plusieurs heures plus tard et encore un avion. Mes souvenirs sont flous, perdus dans les flots et les ciels azurés. Ensuite, Fred me conduisit vers un bungalow de planches, pareils à ceux des films américains. C’était la nuit, je ne voyais pas grand chose. Au loin, j’entendais les bruits de l’océan et les vents qui soufflaient. Mes pas frôlaient du sable chaud, la chaleur accablante de la journée ne s’était pas encore éclipsée malgré la tombée de la nuit. J’étais crevé et lorsque Fred me présenta d’une façon très solennelle ma nouvelle chambre, je n’ai même pas ouvert le lit, ni enfilé le pyjama bleu et blanc replié à côté de l’oreiller. Je me suis écroulé, presque évanoui, sur ce velours ocre du couvre-lit si doux sous mes mains crevassées et mon visage plein de sueurs.

— Cé l’heureeeee, cé l’heureeeee ! hurla une voix qui hachait ses mots. Je pensais que je rêvais. La voix recommença à jouer à l’horloge parlante et je rassemblai ce qu’il me restait de neurones. Tout me revenait, le juge, les avions, l’océan, le pyjama bleu et blanc. J’ouvris un œil et c’est comme ça que je le vis pour la première fois, lui, Edouard Stern. C’est vrai qu’il avait une tronche de demeuré. Des cheveux roux, hirsutes comme s’ils venaient de recevoir une décharge électrique de mille volts, une bouche tordue et de grands yeux bleus. Si bleus. J’ai eu peur ! Ce gars ressemblait à un extra-terrestre ! Ses yeux étaient d’un bleu transparent avec d’étranges fines paillettes argentées, tout autour de la pupille.

— Cé l’heureeeeee, recommença-t-il à rengainer, tu t’appelleuuuuus Kééévin, moi cé….

— Edouard Stern fils du richissime Alexander Stern, lui lançai-je, en essayant de me redresser, tout en me dépatouillant des oreillers et du pyjama.

— Oui, me dit-il, en élargissant son horrible bouche.

Je me dis que ce gars n’avait vraiment pas été gâté par la nature mais tout en examinant ses yeux, je conclus qu’il se dégageait de cet E.T. un truc attendrissant, un je-ne-sais-quoi qui me rassura.

— Tuuuu saiiiis, eeeeu cé égaaal à quoua ?

— Salut Edouard, je te comprends pas ! Articule moins fort !

Edouard s’était assis sur le lit et ses doigts trituraient les franges du couvre-lit, il donnait l’impression de les compter.

— Euuuu, céééé ééégal à quoua ?

— Ecoute, cher Edouard Stern, toi et moi, on vivra ensemble pendant un an, c’est comme ça. Ne t’excite pas quand tu me parles, on a le temps !

— Eeeeeeeu, cé égal au produit de la masse par le carré de la lumière ! débita-t-il tout de go, ou presque !

J’étais sidéré et me demandai sur quelle planète je venais de débarquer. J’ignorais encore que les prochains jours, j’irais de découvertes en découvertes.

— E= mc2 ! dit-il d’un seul souffle, tout en gribouillant la formule sur un petit carnet qu’il sortit de la poche de son jeans jaune.

— Oh mon gars, tu crois pas que je suis venu jusqu’ici pour m’exploser la cervelle !

— Siiiiii ! Vi-ens a-vec mou-a !

Edouard Stern était un drôle de bonhomme. Il devait avoir une quinzaine d’années, tout comme moi. Une silhouette longiligne, une démarche saccadée, comme robotisée.

Nous traversâmes un sentier recouvert de petits cailloux blancs et au loin, les vagues de l’océan grondaient. De temps en temps, Einstein – c’est ainsi que je le surnommai – se retournait et m’envoyait un clin d’œil. Rassurant!

Arrivés sur une plage déserte, nous montâmes dans une barque branlante.

— Oh ! Tu crois pas que je vais grimper dans ton espèce de truc foireux !

— Siiiiii !

Nous longeâmes la côte durant quelques minutes. Des centaines de mètres de plage et pas une âme qui vive. Je levai la tête pour m’assurer qu’un seul soleil était là-haut et que je n’étais pas sur une de ces planètes à deux ou trois soleils…

Einstein déployait une force de dix hommes, je ne ramais presque pas. La barque s’engouffra dans une crique, d’énormes rochers au-dessus de nous assombrissaient notre embarcation. C’était une espèce de long tunnel mais au bout, on distinguait des faisceaux d’une fine lumière qui s’élargissaient au fur et à mesure que nous avancions. Quelques coups de rames plus tard, Einstein m’avisa, en se retournant d’un geste brusque, de regarder vers la droite. Là, le tunnel se creusait et un passage latéral était surélevé et donc à sec. Nous continuâmes encore dans le long tunnel et au bout, une plage sur laquelle des dizaines de touristes se doraient sous le soleil nous dévoilait la perspective d’un paradis terrestre. Sur lequel des enfants jouaient au ballon, et criaient à tue-tête. Tous ces gens rayonnaient, ils étaient heureux. Einstein amarra la barque et je mis les pieds le premier sur cette plage. L’océan était calme et en projetant mon regard au loin, je m’aperçus que devant moi s’étendait un immense lac. Ce n’était pas l’océan. Des pêcheurs remontaient des filets remplis de poissons de toutes les espèces et de toutes les tailles. Un instant, je crus voir des saumons qui s’agitaient. Dans un lac, sous ce soleil de plomb, cela me parut étrange, non-conforme à tout ce que je savais de la nature. Et pourtant, c’étaient bien des bans de saumons…

Einstein s’assit sur un fauteuil de plage. Il sondait mon regard jusqu’à mes cellules les plus profondes, il me scannait. Il scrutait chacune de mes mimiques et je ne percevais aucune interrogation sur son visage, ce garçon n’était habité que de certitudes. Ses grands yeux bleus semblaient renfermer tous les secrets de l’univers, de la naissance des planètes jusqu’aux musiques des fonds sismiques qui prévoyaient les éruptions volcaniques. J’étais étonné de tout ce que je voyais. Ce lac au bout de ce tunnel creusé dans les roches, c’était étrange. Était-ce cela, le « secret » ?

Des heures s’écoulèrent et nous restions là, tantôt nous étions affalés sur les fauteuils de plage, tantôt nous nagions dans cette eau si transparente que les coraux et le plancton semblaient juste immergés sous la surface des petites vagues. L’eau était si chaude, si chaude. Jamais je ne m’étais baigné dans une eau si chaude et si pure à la fois. Sortir de ce lac me peinait, j’aurais aimé dormir et manger et vivre au milieu de ce lac. De temps en temps, Fred, toujours tout de noir vêtu nous apportait des victuailles, des fruits, des salades d’algues et des sardines grillées. Un délice. Sur le visage d’Einstein, je lisais de la joie. C’est étrange mais aucun de ces dizaines de touristes à la peau toute bronzée ne nous parlait. On aurait dit qu’ils nous traversaient le corps, qu’ils ne nous voyaient pas. L’air sentait bon le frais et pourtant nos pieds brûlaient, qui piétinaient le sable. Etrange.

Einstein me fit signe que la récré était terminée, il faisait de grands gestes, il économisait ses paroles. On remonta dans cette embarcation et à peine avions-nous ramé que mon nouveau pote me signala que le voyage s’arrêtait ici. Nous passâmes la porte latérale et nous fîmes une centaine de mètres à pied. Einstein restait muet. Il s’assurait que je le suivais et me mimait une gestuelle que je comprenais : attention à tes pieds ! Après des minutes qui s’allongeaient en éternité, nous arrivâmes dans une immense salle, avec des machines électriques, des cylindres, des turbines, des manomètres. On entendait des sons bizarres, comme ceux que l’on perçoit à l’intérieur des sous-marins. Le corps d’Einstein acquit alors une souplesse singulière, il ne se déplaçait plus comme un robot.

— Tu vois, Kévin, ici, c’est vraiment mon domaine ! C’est ici que j’expérimente tout sur tout !

Edouard Stern ne bafouillait plus ! C’était aussi hallucinant que tout ce matos autour de moi !

— Tu veux que je t’explique ?

— Waouwh, c’est trop fort!

— Il me semblait que tu avais remarqué les saumons, et cette eau si chaude ….

— Ben ouais et alors, heuuuu ! balbutiai-je…

— L’oxygène se dissout dans l’eau et plus la température augmente, plus l’oxygène se dissout et donc moins il y a de poissons !

— Ouais, et alors ? répondis-je, tout en tournant autour d’un gros cylindre tout blinquant.

— Et bien moi, j’ai inventé un système tout autre ! Je chauffe le lac en récupérant les gaz carboniques de la planète entière, par des pipelines qui passent dessous le lac. Ces gaz sont plus légers que les fluides environnants. La température des eaux monte, le lac se réchauffe et contrairement à la loi bien connue, l’oxygène ne se dissout pas. L’oxygène de mon lac se multiplie, ce qui fait que toutes sortes de poissons naissent et renaissent encore ! Tu te rends compte ? Plus l’eau est chaude et plus le taux d’oxygène s’élève ! Dingue !

— Waouwh ! Ce qui explique les saumons dans cette eau si chaude !

— Tu as tout compris ! Et plein d’autres poissons ! Et ces plantes aquatiques, une merveille !

— Tous ces cylindres….

— Presque rien, je recherche des univers parallèles. Alors je recrée dans mon laboratoire l’origine de l’univers, le grand bing bang. J’emboîte des cylindres les uns dans les autres et la rotation s’accélère…J’observe les tourbillons des liquides concentrés à l’intérieur mais ça, c’est une autre histoire.

L’année se passa comme ça, comme ce premier jour. La plage, le soleil, les cylindres. Et mon copain. Un matin, je me réveillai. J’étais dans une nouvelle école. Pour une vie nouvelle.

Jamais plus au cours de ces dernières années je ne croisai un personnage aussi troublant, sensible et intéressant que cet Edouard Stern.

Aujourd’hui, je suis pilote d’avion. J’ai atterri mille fois, dans tous les pays de la planète. Je n’ai jamais revu cette île. Jamais. C’est étrange, aux States, on récupère à présent les gaz carboniques. Dans des pipelines.

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

Secret's garden, une nouvelle de Carine-Laure DesguinSecret's garden, une nouvelle de Carine-Laure DesguinSecret's garden, une nouvelle de Carine-Laure Desguin

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