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Mâle en patience, une comédie de Vincent Knock

Publié le par christine brunet /aloys

Mâle en patience, une comédie de Vincent Knock

Une comédie très contemporaine et faussement désinvolte dans laquelle la gravité du sujet se dispute au sens du burlesque.

Extrait : « J’avais assez écoulé mes restes d’enfance. Vouloir entrer dans la normalité, me conformer à la vie de parents qui est celle des gens de mon âge m’occupait l’esprit la plupart du temps. Au moment du repas, je me suis décidé à mettre les pieds dans le plat. Quand j’ai annoncé à ma femme que je voulais avoir un bébé ensemble, elle m’a répondu de cesser de faire l’enfant ! Camille appartenait à cette race d’amazone qui ne souhaitait pas laisser une trace de son passage sur terre. Mes certitudes sur l’inéluctable désir de maternité féminine s’effritaient comme une peinture de HLM ».

L’auteur : Vincent Knock enseigne quelque part près de Lille. Après Le début de rien et Courant alternatif (éditions Edilivre), Mâle en patience est son troisième roman.

Publié dans présentations

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Carine-Laure Desguin préface un recueil de poésies... Mais où s'arrêtera-t-elle ?

Publié le par christine brunet /aloys

Carine-Laure Desguin préface un recueil de poésies... Mais où s'arrêtera-t-elle ?

— Carine-Laure Desguin, te revoici en invitée sur www.aloys.me!

— Merci Christine Brunet ( http://www.christine-brunet.com/ ) de m’accueillir sur ce blog !

— Tu vois, aux éditions Chloé des Lys, les portes sont grandes ouvertes…

— Oui, c’est vrai ça, les auteurs bénéficient de grandes libertés. J’en profite un maximum.

— Tu nous expliques ce qui t’amène ici de si bonne heure ? Pour nos lecteurs, je précise qu’il est six heures du mat et que Carine-Laure et moi sirotons un café italien, c’est pas du luxe vu le rythme effréné que nous menons.

— Ah oui, il nous faut du carburant. Ce qui m’amène ici ? Oh, une première pour moi. Voici quelques mois, lors d’une séance de dédicace, je croise Ayi Hillah, un écrivain que tout le monde connaît chez Chloé des lys puisqu’il a édité ici plusieurs livres. On papote, on se dit des trucs au sujet de nos activités littéraires et puis boum, Ayi Hillah me demande de préfacer son prochain recueil de poésies.

— Et c’est là que tu me surprends, Carine-Laure (quoique Carine-Laure n’en est plus à une surprise près), car je sais que tu aimes la poésie surréaliste et que tu détestes la poésie classique, cette poésie bien cadencée par des règles métriques précises, presque mathématiques. Toi et les règles, il y a quelque chose qui cloche…

— Chère Christine, j’aime les challenges et les défis, tu le sais ! Ayi Hillah connaissait mes textes surréalistes et c’est une des raisons pour lesquelles il m’a demandé de préfacer Vague à l’âme qui est un recueil de textes élégiaques dans lesquels toute la prosodie est respectée peut-être pas à chaque page mais presque. Je veux dire que si quelqu’un qui est peu habitué à lire ces textes a apprécié, c’est bon signe !

— Ok, je te comprends mieux….Tu nous en dis un peu plus au sujet de ce livre, Vague à l’âme ? Pas trop le cafard après avoir refermé cette belle centaine de pages ?

— Pas du tout ! Il est vrai que les élégies ne sont pas des textes réjouissants si on se tient à la définition première du terme mais Ayi Hillah ne lasse pas le lecteur. Il y a en filigrane, dans chaque texte, quelques substrats si pas d’enthousiasme au moins d’espoir. La tristesse n’est pas bien épaisse, si ça peut rassurer le futur lecteur. N’oublions pas que l’auteur est d’origine togolaise et tout l’exotisme africain se devine, j’ai presqu’envie de dire se divine car bien que certains textes soient à tendance érotiques, il y a quelque chose du divin là-dessous, un respect de la chair que je ressens très présente dans la tradition africaine.

— Ah ! Tu nous expliques tout ça ?

— Non, il faut lire le livre !

— Toujours aussi charmante, Carine-Laure ! Quelques lignes de ta préface alors ?

— Oui, mais quelques lignes seulement !

……. Au loin, des sonorités africaines rythment les syllabes et les courbes des tanagras se font alors sensuelles et voluptueuses. Pour cet amoureux de l’amour, ces appels sont d’ardents filets dans lesquels il aime caresser les chairs. Et ce serait donc une insulte que de compter des pieds qui aiment se frôler si charnellement…..

— C’est sensuel, dis-moi…Un extrait de texte ? Et puis non, laissons les lecteurs découvrir ces textes. Je viens d’en lire deux ou trois comme ça, au hasard. On entend une douce musique, je comprends que tu te sois laissé bercer, Carine-Laure.

— Oui, ce livre aura autant de succès que ces fameuses cinquante nuances ! Et voici donc le lien pour le commander :

http://editionslangloiscecile.fr/epages/081d8df6-b120-4948-a796-6cca906f735a.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/081d8df6-b120-4948-a796-6cca906f735a/Products/120

— Bien Carine-Laure ! C’est donc ta première préface et à mon avis, ce ne sera pas la dernière. Et toi, ton actu ?

— Oh, je suis toujours dans la promo de mon dernier livre, Des lames et des lumières

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/des-lames-et-des-lumieres--editions-le-coudrier--2015/32978245.html

et je bosse sur la maquette de mes deux prochains livres qui seront édités chez Chloé des Lys. Il s’agit d’un recueil de textes en format A6 Album number one Cinéma magique et …

— Tout un programme !

— Oui, ce sont des textes destinés à être lus bien sûr mais s’ils étaient mis en musique, ce serait le top du top. J’ajoute que la cover est signée Derry Turla, un artiste de Charleroi.

— Avec toi, rien n’est impossible ! Et l’autre livre dont tu dis préparer la maquette ?

— C’est le fameux roman policier La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge.

— Depuis le temps que tu nous gonfles avec ce roman ! C’est corrigé et à présent tu es dans la maquette ?

— Oui.

— Je vois que tu en as marre de répondre aux questions.

— Oui, je voudrais retourner dans mes textes et maquettes et…

— Au revoir alors Carine-Laure et à bientôt !

Pour en savoir plus au sujet de Carine-Laure, voici son press book :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/press-book/32061526.html

et voici Carine-Laure sur You Tube :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/carine-laure-sur-you-tube/32062119.html

Publié dans l'invité d'Aloys

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La fille à la Mercédès, le nouveau recueil de poésies signé Laurent Dumortier et Geoffrey Baele

Publié le par christine brunet /aloys

La fille à la Mercédès, le nouveau recueil de poésies signé Laurent Dumortier et Geoffrey Baele

C'est de la poésie, mais pas seulement : c'est également une espèce de road-movie se déroulant à Tournai.

La trame : une jeune fille désirant fuir son pays, vole une Mercedes et finit par échouer à Tournai, une ancienne cité médiévale et l'une des plus anciennes de Belgique. C'est là que son histoire va s'achever sur une fin tragique.

L’auteur, membre de l’Association Royale des Ecrivains Wallons, a déjà publié plusieurs romans, recueils de nouvelles, ainsi que recueils de poésie. Il collabore en outre à diverses revues et forums littéraires. Plusieurs revues littéraires internationales ont en outre publié plusieurs de ses nouvelles...

*********

Extrait

Le fort rouge

Elle a garé sa mercedes non loin d'un hôtel, là où elle passera la nuit, avant de reprendre la route, jalonnée de souvenirs pesants et de tristes regrets...

Près du fort rouge,

Elle entend

Les murmures du vent

Près du fort rouge,

Elle écoute

Ses secrets chuchotés

Près du fort rouge,

Elle ferme ses yeux

Oubliant l'hiver d'un adieu

Près du fort rouge,

Elle s'étonne

De rêves presque possibles

Près du fort rouge,

Elle aperçoit cet homme

Qui semble pensif et triste

Près du fort rouge,

Elle se rappelle

Les promesses formelles

Près du fort rouge,

Elle a encore le goût

Amer de la trahison

Près du fort rouge,

Des larmes de tourbillon

S'écoulent comme l'Achéron

L'homme sur le banc s'approche et sèche ses larmes...

Près du fort rouge,

Elle croit encore

A la force du destin

Mais ça n'est qu'un mirage, une illusion

Près du fort rouge,

Elle espère

Rester pour mieux repartir

Elle ne sait pas encore que c'est juste une pause, un répit...

Près du fort rouge,

Un baiser elle lui donne

Avant de se donner

Il n'y aura plus d'abandon, seulement une disparition...

Près du fort rouge,

Elle se lie à lui

Jusqu'à la lie

Et il s'éloignent ensemble vers l'hôtel...

Publié dans présentations

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Alain Delestienne a lu "2401" le nouveau thriller de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

Alain Delestienne a lu "2401" le nouveau thriller de Bob Boutique

Je suis triste ... parce que je viens de terminer "2401" de Bob Boutique avec lequel j'ai passé une semaine intense de lecture. J'aurais bien voulu que ça continue pendant 450 autres pages. Seule la fatigue des yeux me faisait lâcher le livre jusqu'au lendemain. Outre un policier captivant à l'intrigue originale (quelle imagination!), c'est un grand roman dans lequel le style (l'art) de l'auteur crée et fait vivre réellement ses personnages, installe une atmosphère, nous emmène dans des lieux variés que l'on voit de ses propres yeux, ... L'ensemble est parsemé de touches humoristiques qui permettent de décompresser, un humour à la Bob Boutique, c'est-à-dire unique. Il ne cherche pas à faire littéraire, à imiter nos bons vieux classiques, il est lui-même. En waarom niet enkele woorden in (het?) nederlands, le Hollandais est plus hollandais, la Flamande est vraiment flamande. Les héros, on les aime, on les aime un peu moins, on les déteste. Oserais-je avouer une tendresse particulière pour "la petite"? Non, ça ne plairait pas à Johan, je n'en dis pas plus.
Après avoir lu "Contes Bizarres I et II", "Les dix petites négresses", je pressentais que cet auteur, unique à mes yeux, nous offrirait un grand roman. Par convention, par politesse, on dit souvent "A quand le prochain?", mais ici, je le dis et le pense vraiment.

NB: pour nos amis francophones non belges: "Et pourquoi pas quelques mots en néerlandais, "

Alain Delestienne

Alain Delestienne a lu "2401" le nouveau thriller de Bob Boutique

Publié dans Fiche de lecture

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Les larmes de Titus, le nouveau roman de Christian Eychloma

Publié le par christine brunet /aloys

Les larmes de Titus, le nouveau roman de Christian Eychloma

Le professeur Liévin a donné à ses contemporains la technologie permettant les transferts temporels. En dépit des incroyables conséquences qu’une découverte aussi révolutionnaire est susceptible d’entraîner, il est désormais tout simplement impossible pour le monde de l’ignorer. Il s’agit donc de bien réfléchir à ce que l’on va en faire, d’abord en s’assurant soigneusement que l’on sait la maîtriser.

Pendant que les sommités scientifiques et responsables politiques du 21e siècle se creusent sérieusement les méninges , le juge Roland Lévêque croit pouvoir filer le parfait amour avec Laetitia, en l’an 80 de notre ère, sous le règne de Titus, dans la capitale de l’empire romain.

Il ne va toutefois pas tarder à s’apercevoir qu’il n’est pas du tout évident de vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et les nuages noirs qui s’accumulent sur la Rome impériale vont le contraindre à rompre la loi du silence qu’on lui avait imposée.

Extrait :

Les deux hommes attendaient, dignement drapés dans leur toge bordée de mauve, au centre de la vaste salle pavée de marbre gris et ouverte sur trois côtés par de hautes fenêtres encadrées de lourdes tentures rouges.

L’un, assez grand et sec, la soixantaine, le visage profondément ridé, les cheveux blancs plaqués sur le front, laissait distraitement planer son regard vers la colline du Capitole dont on pouvait admirer les temples se teintant de rose sous les rayons du soleil levant.

L’autre, un peu plus âgé, petit et rond, une courte barbe frisée et des cheveux quelque peu bouclés autour d’un crâne légèrement dégarni, affichait en habitué des lieux une tranquille assurance que son compagnon paraissait pour l’heure loin d’éprouver.

Davantage pour distraire la nervosité de ce dernier que pour l’informer de ce qu’il savait déjà, il pointa l’index vers les quartiers populeux dont les constructions de briques à plusieurs étages se serraient sur les pentes de l’Aventin.

« Tu te souviens, tout ça avait été complètement détruit pendant le grand incendie, sous Néron. Il ne restait plus rien d’habitable, et ils ont dû achever de détruire les quelques isolae qui tenaient encore debout… »

Il l’attrapa jovialement par un pan de sa toge tout en désignant d’un geste ample le luxe qui les entourait.

« Mieux vaut résider sur le Palatin, mon ami ! »

L’homme à la toison blanche se rapprocha frileusement d’un des braseros réchauffant avec peine l’air encore vif de ce matin de mars. Il contempla, admiratif, l’impressionnant chandelier en or massif qui trônait parmi d’autres trophées tout aussi rutilants. Puis il jeta un bref coup d’œil sur les rangées de statues grecques, les tricliniums en bois précieux aux épais coussins brodés d’or et les trépieds aux pattes d’argent finement ouvragées.

« Pourtant, si nous en croyons ses révélations…

- Je n’ai pas oublié, Marius. D’après lui, même le Palatin serait touché…

- Sera, Caïus, sera… Les récents évènements devraient nous inciter à le croire sur parole, non ? »

Les deux visiteurs interrompirent brusquement leur conversation en voyant s’écarter un rideau à l’autre bout de la pièce. Un homme encore jeune mais au cheveu rare, costaud, trapu, et dont la riche tunique ne cachait pas l’embonpoint, s’avança vers eux à grandes enjambées, les bras levés en signe de bienvenue.

Caïus Plinius se précipita à sa rencontre.

« Bonjour, César ! » claironna-t-il avant de s’arrêter net lorsqu’il se trouva à deux pas de l’empereur.

« Caïus, mon ami ! » répliqua Titus en abattant ses énormes battoirs sur les épaules de l’amiral.

« Gloire à toi, César ! » répondit le vétéran, un peu gêné par ces marques d’affection.

Titus était certes un ami de longue date et, plus encore, un ancien compagnon d’armes. Mais il était difficile à Pline de faire abstraction du fait que celui-ci présidait désormais aux destinées de l’empire, avec d’ailleurs un sens inattendu de la mesure dans ses décisions de justice et une bienveillance envers tous qui forçait l’admiration.

« Merci de l’honneur que tu nous fais en acceptant de nous recevoir ici ! Mon ami Marius, ancien sénateur et conseiller de Néron, est stupéfait de la magnificence de ce palais… » ajouta-t-il en tendant le bras vers Marius Avis, demeuré prudemment en retrait.

- Magnificence ? » s’étonna Titus en adressant un bref signe de tête à ce dernier. « Caïus, essaierais-tu de me flatter, par hasard ? Je soupçonne Domitien, mon intrigant de frère, d’envisager la construction d’un palais autrement plus somptueux s’il devait me succéder un jour !

- Ce qu’à Jupiter ne plaise, César ! Tout Rome espère ardemment que tu régneras longtemps pour le plus grand bien de l’empire…

- J’y compte bien ! Et avec l’aide des dieux, achever la rénovation de cette ville qui a tant souffert… À commencer par le grand amphithéâtre que j’aimerais pouvoir inaugurer dès cet été par de grandioses festivités !

- Sans aucun doute à la hauteur de cette prodigieuse réalisation ! J’ai remarqué que les ouvriers en étaient déjà au quatrième et dernier étage…

- Déjà, dis-tu ? Dois-je prendre ça pour une plaisanterie ? Tous les travaux ont pris du retard, comme d’habitude, et plus encore du fait de cette épouvantable catastrophe qui m’a tenu éloigné de Rome et a monopolisé et monopolise encore une bonne partie de mes ressources ! »

Titus, les yeux au plafond, secoua longuement la tête, comme pour prendre le ciel à témoin du malheur qui s’était abattu sur lui, deux mois à peine après le début de son règne. Puis il ramena sur Pline un regard où se lisait une inflexible volonté.

« J’examinais hier encore l’état de mes finances avec Tiberius, mon grand argentier, que tu connais bien pour avoir travaillé avec lui du temps de mon père. Ah ! Caïus… L’argent, l’argent… »

Il désigna du menton ce qui subsistait du somptueux butin de guerre.

« Tu peux constater que je n’ai pu me résoudre à faire fondre toutes les pièces du trésor ramené de Jérusalem, en dépit du besoin que j’en avais ! Et le fiscus judaicus, de plus en plus impopulaire dans la communauté juive, suffit à peine à payer les ouvriers… Mais je ne pense pas attendre que tout soit terminé pour y faire donner des jeux qui émerveilleront le peuple romain ! »

L’empereur fut sur le point d’ajouter quelque chose, puis y renonça avec un geste vague avant de désigner un des tricliniums alignés contre le mur.

« Mais nous aurons tout le reste de la journée pour parler de ça… Allons pour le moment tranquillement discuter de ce qui vous amène, toi et ton ami !

- Oui, César… Ce que nous avons à te dire est en effet de la plus haute importance !

- Ah, et puis, laisse tomber le « César », Caïus ! » proposa Titus, un peu agacé. « Nous nous connaissons depuis trop longtemps pour que je t’impose l’étiquette en privé… »

Les trois hommes s’installèrent sur les confortables coussins puis Titus battit plusieurs fois des mains. Quatre esclaves apparurent aussitôt avec des plateaux de pâtisseries et des boissons qu’ils disposèrent sur une table en acajou avant de s’éclipser discrètement.

L’empereur se saisit d’une coupe et, regardant tour à tour ses deux visiteurs, la maintint à hauteur des lèvres.

« Vobis hoc propino ! »

Ceux-ci l’imitèrent aussitôt.

« Prosit ! » répondit gaîment Pline. « Praebibo tibi hunc calicem ! »

Les trois convives vidèrent leur coupe avec un bel ensemble puis Titus, s’adossant contre un épais coussin, leur adressa un geste courtois pour les inviter à entrer dans le vif du sujet.

« Eh bien… » commença Pline, hésitant. « Comme tu sais, je n’ai pu sauver autant de monde en faisant évacuer les principales villes de Campanie que parce que j’ai fini par prendre au sérieux les incroyables prédictions de ce fameux astrologue…

- Oui, oui… » répondit pensivement Titus. « Par les dieux… Je dois bien reconnaître que ma méfiance à l’encontre de ces gens-là s’en est trouvée sérieusement remise en cause. Ils ne seraient donc pas tous de vulgaires charlatans… Et celui-ci aurait disparu juste après l’explosion de la montagne ?

- On ne sait pas exactement… Je n’avais jamais rencontré un tel personnage qui demeure pour moi un mystère complet. Il voulait absolument retourner à Pompéi tout en sachant que ce qu’il nous prédisait avec tant de détails était sur le point de se produire ! Bref, nul ne l’a revu depuis…

- Et tu confirmes ce que tu m’avais dit au cours de cette distribution de vivres, le mois dernier, à savoir qu’il avait prédit jusqu’à l’heure de l’éruption ? »

Pline hocha gravement la tête.

« Tout à fait. Mais ses prédictions ne s’arrêtent pas là… » répondit-il avant de se tourner vers Marius Avis.

« J’ai rencontré récemment Marius, tout à fait par hasard, dans le premier camp de regroupement installé immédiatement après ce désastre. Il m’a tout de suite reconnu, heureux m’a-t-il dit de me savoir encore en vie, et ce qu’il m’a aussitôt confié est d’une telle importance… »

Ce dernier s’éclaircit la voix avant de prendre la parole.

« Non, César… Ses prédictions ne s’arrêtent pas là, en effet. Car il a annoncé, de façon certes plus vague, mais bel et bien pour cette année, non seulement une grande épidémie, mais aussi un terrible incendie qui durera plusieurs jours. Et qui ravagera le Champ-de-Mars et le Capitole… »

Titus, d’abord sans réaction, fixa Marius avec, dans le regard, un mélange de reproche et d’incrédulité.

« Un terrible incendie ? Comme sous Néron ? »

L’ancien sénateur, la mine désolée, se contenta d’approuver silencieusement.

« Et ce serait pour cette année ?

- C’est en tout cas ce qu’il a affirmé, peu avant la catastrophe, chez des amis qui les hébergeaient, lui et la jeune fille qui l’accompagnait. Et qui a d’ailleurs disparu pratiquement en même temps que lui…

- Comme je le rappelais, ce devin est malheureusement à prendre très au sérieux… » intervint Pline. « Très au sérieux… Les destructions seront considérables. Le Capitole et les édifices du Champ-de-Mars, le Panthéon, la bibliothèque d’Auguste… Le Palatin lui-même sera selon lui en partie dévasté ! »

Titus, d’abord anéanti, se tassa sur lui-même. Puis il se redressa en lançant ses bras en l’air.

« Mais à quoi nous sert-il de le savoir puisque, si je dois vous croire, ceci doit inéluctablement se produire ? » observa-t-il sur un ton exaspéré.

Marius leva timidement la main.

« Eh bien… Je me souviens d’une conversation qui s’est tenue à ce propos chez ces mêmes amis, après qu’il nous eût annoncé l’éruption du Vésuve. Il prétendait qu’en effet certaines choses se produiraient immanquablement et que rien ni personne ne pourrait les empêcher. Mais que les actions des hommes pouvaient modifier dans une certaine mesure ce que lui lisait dans les astres…

- Moi, par exemple, j’étais supposé trouver la mort à Stabies, en allant voir cette éruption de trop près… » renchérit Pline. « Et je suppose que c’est parce que j’ai finalement renoncé à y aller que tu me vois toujours bien vivant !

- Et tous ces réfugiés qui, certes dans une situation peu enviable, auraient péri sous les cendres de la montagne s’ils étaient restés chez eux… » poursuivit Marius.

L’empereur ferma brièvement les yeux, les rouvrit, puis regarda alternativement les deux patriciens.

« Vous n’allez tout de même pas me suggérer de faire évacuer Rome ? » gronda-t-il.

« Non, non, Titus… » le rassura Pline. « Cela n’aurait aucun sens, d’autant plus que nous ignorons quand, précisément, l’incendie est supposé se déclarer !

- Et pour en revenir à ces évènements que l’on ne peut empêcher, comme l’explosion d’une montagne, la bonne nouvelle est qu’un incendie est provoqué par des imprudents et non en principe par la volonté des dieux ! » reprit très vite Marius.

Titus demeura quelques secondes sans rien dire, le regard mal assuré. Puis il eut un sourire désabusé.

« Je comprends. Mais vous n’êtes pas sans savoir que les incendies sont malheureusement très fréquents à Rome, surtout évidemment dans les quartiers populeux, avec ces braseros qu’ils utilisent à tous les étages et qui ne demandent qu’à mettre le feu aux planchers en bois… »

Il se leva lentement et, mains dans le dos, soucieux, entreprit de marcher de long en large.

« Je peux évidemment augmenter le nombre des vigiles urbains, des pompes et des citernes, et la taille de celles-ci. Mais je doute que ceci soit suffisant pour garantir que l’on pourra toujours circonscrire un feu important. Quand je pense que l’aqueduc de Claude ne m’amène pas encore l’eau jusqu’au Palatin… »

Il s’arrêta, se tourna vers l’amiral Pline.

« Je dois par contre penser à protéger ma famille. Domitien, mon frère et éventuel successeur, et ma fille Julia dont je n’ai guère eu le temps de m’occuper depuis que je suis rentré de Palestine, à la fin de la guerre… »

Il demeura un instant songeur.

« Elle devait alors avoir six ou sept ans… Penses-tu qu’ils seraient en sécurité si je les faisais emménager dans la villa de mon père, sur le Quirinal ?

- Ceci me paraît être une excellente idée, Titus.

- Qui risque toutefois d’être moins facile avec Domitien que j’aurai du mal à convaincre d’aller loger ailleurs qu’ici… Et pour ce qui me concerne, il est exclu que je quitte le Palais où se trouve évidemment ma place !

- Je comprends et respecte ta décision courageuse…

- Courageuse ? Du courage, comme tu dois t’en douter, il m’a souvent été demandé d’en avoir bien davantage !

- Bien sûr… » répondit précipitamment Pline. « Ceci ne fait de doute pour personne et j’en ai moi-même été témoin !

- Mais dis-moi, Marius… Comme si cet incendie qu’il nous a prédit ne suffisait pas aux malheurs qui nous accableront, il était bien question aussi d’une épidémie ? »

Marius opina tristement.

- Oui… » répondit-il, horriblement gêné. « Et les victimes seront hélas nombreuses. Très nombreuses…

- Par les dieux ! Il n’a rien précisé de plus ? De quelle maladie pourrait-il donc s’agir ? Cette nouvelle calamité pourrait-elle nous être amenée par les cendres de la montagne ?

- Non, César… C’est ce que je m’étais moi-même imaginé lorsqu’il nous en a parlé. Mais il s’agirait selon lui d’une de ces maladies qui se développent lorsque les populations sont chassées par la guerre… »

Titus demeura silencieux pendant quelques secondes puis approuva d’un vigoureux signe de tête.

« Oui… J’ai pu observer ça bien souvent au cours de mes campagnes militaires. Et si j’en crois ce qu’il m’a récemment été donné de voir en Campanie, cette épidémie aurait même peut-être déjà commencé !

- Il est vrai que les malades sont de plus en plus nombreux dans ces camps… » renchérit Pline. « Les morts aussi… Et ceci en dépit de l’aide de nos meilleurs médecins et des secours si généreux que tu leur apportes depuis le début !

- Il faut donc s’attendre à bien pire encore… Il me faut comprendre que l’épidémie parviendra jusqu’à Rome ?

- Oui, Titus, jusqu’à Rome.

- Où elle fera de nombreuses victimes dans la population ?

- Oui, Titus, de terribles ravages… »

L’empereur parut s’enfermer dans ses pensées puis fixa soudain Marius.

« Mais j’y songe… Puisque cet astrologue savait tout, ne vous aurait-il pas par hasard révélé les noms de certaines victimes ?

- Eh bien… Oui, César, en effet… » répondit Marius en baissant la tête.

« Des gens importants ? De hauts personnages de l’état ? » insista l’empereur.

« Très importants… » répondit Marius sans oser regarder Titus dans les yeux.

Ce dernier s’immobilisa, soupira longuement, puis se laissa choir sur les épais coussins.

« Dois-je entendre que je pourrais moi-même être victime de cette épidémie ? C’est ça, Marius ?

- Oui, César… »

Christian Eychloma

Les larmes de Titus

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Salvatore Gucciardo à nouveau à l'honneur !

Publié le par christine brunet /aloys

Salvatore Gucciardo à nouveau à l'honneur !

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Jean-Claude Texier présente son nouveau roman "Loozie Anna"

Publié le par christine brunet /aloys

Jean-Claude Texier présente son nouveau roman "Loozie Anna"

Biographie :

Jean-Claude TEXIER passe sa jeunesse en France à Tours et fait ses études au Lycée Paul-Louis Courier.

Il réussit le Capes d’enseignement à Paris, puis une licence de Lettres, et l’Agrégation d’Anglais. Pendant trente ans, il enseigne dans les écoles et les lycées de la banlieue parisienne.

C’est de cette riche expérience qu’il tire l’inspiration de L’Elitiste dont Loozie Anna est le second volume, mais qui peut se lire indépendamment. Il est marié avec trois enfants.

*

Résumé :

NAISSANCE, ÉPANOUISSEMENT ET TRAHISON D’UN GRAND AMOUR

Loozie Anna dévoile le mythe personnel d’Adélaïde. Son séducteur exploite ce mythe, puis le détruit, et l’abandonne avec un enfant.

Consolée de ses déboires par son amie, courtisée par un musicien, désavouée par l’inflexible proviseur élitiste du lycée Edith Cavell, Adélaïde trouvera-t-elle sa vérité dans un monde enseignant en pleine mutation ?

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L'auteur de cette nouvelle ? Michel BEUVENS

Publié le par christine brunet /aloys

L'auteur de cette nouvelle ? Michel BEUVENS

MON VOISIN PASSE AU CONTRÔLE TECHNIQUE

Lorsqu’il revient de son travail, mon voisin se gare généralement devant l’entrée de son garage ; il ferme sa voiture à clé, puis soulève deux fois la poignée et fait un tour complet de son auto avant de rentrer chez lui. Peut-être est-ce un rite imposé par une secte ?

Depuis quelques jours, son comportement est devenu encore plus étrange, le cérémonial s’est compliqué : avant de quitter sa voiture, il se met soudainement à inspecter un morceau de la carrosserie, comme s ‘il y avait vu subitement une énorme griffe, il se penche sous les bas de caisse, il saisit l’extrémité du pot d’échappement et l’agite vigoureusement, il s’appuie tour à tour sur les quatre ailes pour les secouer de tout son poids. Avant-hier, il a soulevé le capot et ausculté le moteur pendant dix minutes, comme si on l’avait averti qu’un ouvrier y avait oublié sa montre en or lors du montage. Il a vérifié trois fois les phares, les clignotants, les feux arrière, appelant sa femme à la rescousse pour contrôler les stops (Ils vont ? Oui ! Tous les deux ? Oui ! Et comme ça, c’est éteint ? ).

Aujourd’hui, j’ai compris : mon voisin a reçu la convocation du Contrôle technique. Il me l’a montrée, pestant parce qu’on le convoque un mois avant que sa voiture ait atteint les quatre ans. Il a pris rendez-vous pour la faire vérifier par son garagiste. Celui-ci a poussé un gros soupir, car il sait que c’est inutile : l’auto de monsieur Dupneu (mon voisin s’appelle Dupneu) a 15.678 kilomètres, le dernier gros entretien a été fait à 15.053 kilomètres, et les phares ont déjà été réglés deux fois - sous garantie – parce que monsieur Dupneu avait mesuré une différence de deux millimètres entre les faisceaux sur le mur du fond de son garage.

Mon voisin a sorti tous ses papiers de sa pochette en cuir d’assureur : bon de commande, facture d’achat, carnet d’immatriculation, carte d’assurance, certificat de conformité, garantie de la radio, virement pour la redevance radio. Il a relu quatre fois, en soulevant ses lunettes, le numéro du châssis en se demandant pourquoi il est si long (on a vraiment construit autant d’exemplaires de ce modèle ?).

Durant la semaine, monsieur Dupneu est passé trois fois devant la station de contrôle, estimant la longueur des files en fonction de l’heure, réfléchissant à sa stratégie : c’est décidé, il passera pendant midi. Il y a moins de personnel, mais il y a aussi moins de clients, et on risque moins de se retrouver derrière une voiture au démarreur hésitant, tractant une caravane qu’il faut peser et mesurer, le tout présenté par un automobiliste qui a égaré le certificat de conformité et qui a oublié de signaler qu’il avait besoin d’une demande d’immatriculation.

Le grand moment est arrivé : mon voisin est dans la file qu’il estime être la plus rapide

(comme il a pris congé pour toute la journée, la rapidité n’a pas vraiment d’importance, mais enfin…). Aucun autre automobiliste n’a l’air franchement joyeux, seul le préposé sifflote en venant s’emparer des documents (monsieur Dupneu soupçonne qu’il est payé pour siffloter, afin de rendre cette station plus accueillante que les autres).

Suspense : le contrôleur regarde fixement le carnet d’immatriculation : y-a-t-il une erreur ? Est-ce que le numéro de châssis serait identique à celui d’un véhicule volé ? Ouf : l’employé réintègre sa cabine de verre pour remplir son formulaire : mon voisin a eu chaud !

Le test des freins met monsieur Dupneu mal à l’aise : d’abord, il faut confier le volant au contrôleur (Sait-il où se trouve la première ? Ne va-t-il pas salir les sièges ? ). Et puis, est-ce que cela n’abîme pas la boîte de vitesses d’entraîner les roues par ces rouleaux si violents ?

Bon, le test est OK, et il a permis à monsieur Dupneu de vérifier que son épouse ne lui a pas menti : il a vu lui-même ses stops fonctionner.

Dernière épreuve : la fosse. Déjà, le nom ! Et ces appareils barbares qui secouent la voiture dans tous les sens ! La tension de mon voisin a grimpé de deux unités. Et lorsque le fossoyeur - pardon, le contrôleur - lui fait signe de s’approcher, c’est le cœur battant qu’il se penche pour entendre le verdict : il voit déjà son auto interdite à la circulation à cause d’un monstrueux défaut de construction que personne n’a vu jusqu’à maintenant, il se voit hurlant chez son garagiste, interpellant le service technique de l’importateur, il écrira à Test Achats !

Mais non : l’employé lui signale simplement que les disques de frein sont très légèrement rouillés (il faut dire que monsieur Dupneu freine surtout sur le moteur, comme on lui a appris au service militaire). Après que le contrôleur ait juré formellement que ce n’était pas grave, qu’il n’y aurait même pas de remarque sur le certificat de visite, mon voisin peut enfin se rendre à la caisse. Dernière appréhension : ne va-t-on pas égarer ses documents ?

Impassibles, avec le détachement qui sied à tout fonctionnaire ayant la retraite comme seul point de mire, les employés de la caisse se racontent leur dernier week-end, mettant la foule inquiète qui s’agglutine devant le guichet au courant de leurs préférences en matière de viandes pour barbecue.

Finalement, monsieur Dupneu reçoit ses papiers en échange d’un paquet de billets et de pièces de monnaie, car il a préparé une réserve de billets de cinq euros et de pièces de dix centimes pour être certain d’avoir le compte juste. Et lorsqu’il traverse la foule envieuse, on croirait voir clignoter sur son visage rayonnant l’inscription « Tranquille pour un an ».

Et c’est enfin le retour glorieux à la maison. Madame Dupneu, qui guettait derrière la vitre, sort dès qu’elle voit arriver son mari : à son sourire fourbu mais triomphal, elle comprend. Une fois de plus, le Contrôle technique a rendu des gens heureux !

Michel BEUVENS

"La Posologie des sentiments"

Publié dans auteur mystère

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QUI EST L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE ?

Publié le par christine brunet /aloys

QUI EST L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE ?

MON VOISIN PASSE AU CONTRÔLE TECHNIQUE

Lorsqu’il revient de son travail, mon voisin se gare généralement devant l’entrée de son garage ; il ferme sa voiture à clé, puis soulève deux fois la poignée et fait un tour complet de son auto avant de rentrer chez lui. Peut-être est-ce un rite imposé par une secte ?

Depuis quelques jours, son comportement est devenu encore plus étrange, le cérémonial s’est compliqué : avant de quitter sa voiture, il se met soudainement à inspecter un morceau de la carrosserie, comme s ‘il y avait vu subitement une énorme griffe, il se penche sous les bas de caisse, il saisit l’extrémité du pot d’échappement et l’agite vigoureusement, il s’appuie tour à tour sur les quatre ailes pour les secouer de tout son poids. Avant-hier, il a soulevé le capot et ausculté le moteur pendant dix minutes, comme si on l’avait averti qu’un ouvrier y avait oublié sa montre en or lors du montage. Il a vérifié trois fois les phares, les clignotants, les feux arrière, appelant sa femme à la rescousse pour contrôler les stops (Ils vont ? Oui ! Tous les deux ? Oui ! Et comme ça, c’est éteint ? ).

Aujourd’hui, j’ai compris : mon voisin a reçu la convocation du Contrôle technique. Il me l’a montrée, pestant parce qu’on le convoque un mois avant que sa voiture ait atteint les quatre ans. Il a pris rendez-vous pour la faire vérifier par son garagiste. Celui-ci a poussé un gros soupir, car il sait que c’est inutile : l’auto de monsieur Dupneu (mon voisin s’appelle Dupneu) a 15.678 kilomètres, le dernier gros entretien a été fait à 15.053 kilomètres, et les phares ont déjà été réglés deux fois - sous garantie – parce que monsieur Dupneu avait mesuré une différence de deux millimètres entre les faisceaux sur le mur du fond de son garage.

Mon voisin a sorti tous ses papiers de sa pochette en cuir d’assureur : bon de commande, facture d’achat, carnet d’immatriculation, carte d’assurance, certificat de conformité, garantie de la radio, virement pour la redevance radio. Il a relu quatre fois, en soulevant ses lunettes, le numéro du châssis en se demandant pourquoi il est si long (on a vraiment construit autant d’exemplaires de ce modèle ?).

Durant la semaine, monsieur Dupneu est passé trois fois devant la station de contrôle, estimant la longueur des files en fonction de l’heure, réfléchissant à sa stratégie : c’est décidé, il passera pendant midi. Il y a moins de personnel, mais il y a aussi moins de clients, et on risque moins de se retrouver derrière une voiture au démarreur hésitant, tractant une caravane qu’il faut peser et mesurer, le tout présenté par un automobiliste qui a égaré le certificat de conformité et qui a oublié de signaler qu’il avait besoin d’une demande d’immatriculation.

Le grand moment est arrivé : mon voisin est dans la file qu’il estime être la plus rapide

(comme il a pris congé pour toute la journée, la rapidité n’a pas vraiment d’importance, mais enfin…). Aucun autre automobiliste n’a l’air franchement joyeux, seul le préposé sifflote en venant s’emparer des documents (monsieur Dupneu soupçonne qu’il est payé pour siffloter, afin de rendre cette station plus accueillante que les autres).

Suspense : le contrôleur regarde fixement le carnet d’immatriculation : y-a-t-il une erreur ? Est-ce que le numéro de châssis serait identique à celui d’un véhicule volé ? Ouf : l’employé réintègre sa cabine de verre pour remplir son formulaire : mon voisin a eu chaud !

Le test des freins met monsieur Dupneu mal à l’aise : d’abord, il faut confier le volant au contrôleur (Sait-il où se trouve la première ? Ne va-t-il pas salir les sièges ? ). Et puis, est-ce que cela n’abîme pas la boîte de vitesses d’entraîner les roues par ces rouleaux si violents ?

Bon, le test est OK, et il a permis à monsieur Dupneu de vérifier que son épouse ne lui a pas menti : il a vu lui-même ses stops fonctionner.

Dernière épreuve : la fosse. Déjà, le nom ! Et ces appareils barbares qui secouent la voiture dans tous les sens ! La tension de mon voisin a grimpé de deux unités. Et lorsque le fossoyeur - pardon, le contrôleur - lui fait signe de s’approcher, c’est le cœur battant qu’il se penche pour entendre le verdict : il voit déjà son auto interdite à la circulation à cause d’un monstrueux défaut de construction que personne n’a vu jusqu’à maintenant, il se voit hurlant chez son garagiste, interpellant le service technique de l’importateur, il écrira à Test Achats !

Mais non : l’employé lui signale simplement que les disques de frein sont très légèrement rouillés (il faut dire que monsieur Dupneu freine surtout sur le moteur, comme on lui a appris au service militaire). Après que le contrôleur ait juré formellement que ce n’était pas grave, qu’il n’y aurait même pas de remarque sur le certificat de visite, mon voisin peut enfin se rendre à la caisse. Dernière appréhension : ne va-t-on pas égarer ses documents ?

Impassibles, avec le détachement qui sied à tout fonctionnaire ayant la retraite comme seul point de mire, les employés de la caisse se racontent leur dernier week-end, mettant la foule inquiète qui s’agglutine devant le guichet au courant de leurs préférences en matière de viandes pour barbecue.

Finalement, monsieur Dupneu reçoit ses papiers en échange d’un paquet de billets et de pièces de monnaie, car il a préparé une réserve de billets de cinq euros et de pièces de dix centimes pour être certain d’avoir le compte juste. Et lorsqu’il traverse la foule envieuse, on croirait voir clignoter sur son visage rayonnant l’inscription « Tranquille pour un an ».

Et c’est enfin le retour glorieux à la maison. Madame Dupneu, qui guettait derrière la vitre, sort dès qu’elle voit arriver son mari : à son sourire fourbu mais triomphal, elle comprend. Une fois de plus, le Contrôle technique a rendu des gens heureux !

Publié dans auteur mystère

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Christine Brunet a lu "Sables", le nouveau recueil de nouvelles de Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Sables", le nouveau recueil de nouvelles de Laurent Dumortier

" Chaque grain du sablier qui s'écoule est un morceau de vie qui tombe, une chute dans le néant du passé. Le futur est là, sous nos yeux, mais il est irrémédiablement condamné..."

Du sable... sous toutes ses formes... C'est le titre et un fil qui lie chacune des 14 micro-nouvelles de ce recueil.

Mais au-delà, un seul liant : le frisson.

Oscillant entre humour macabre et images décalées, ces histoires nous propulsent dans un univers sombre, d'un fantastique pessimiste.

Le lecteur ne peut que se prendre au jeu diabolique des images chocs qui le ramènent insensiblement à ses cauchemars les plus intimes.

Qu'évoque le sable pour vous ? La mer et le soleil ? Oubliez l'insouciance des vacances... Pénétrez sur la pointe des pieds dans un envers du décor troublant, grinçant et fuyant.

Que vous le vouliez ou non, une fois que vous aurez mis le doigt dans l'engrenage, comme les personnages, plus de marche arrière !

Des nouvelles qui se lisent à cent à l'heure et qui ne vous laisseront pas indifférents ! Osez !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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