Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Martine Dillies-Snaet dans Traversées avec "Noël 1914"

Publié le par christine brunet /aloys

Martine Dillies-Snaet dans Traversées avec "Noël 1914"

Noël 1914

de Martine Dillies-Snaet

Show me slowly the limits of the ravaged fields

Ainsi que le toit de chaume de la petite ferme de mon enfance.

HO !

Au travers de mon manteau, un fusil-baïonnette

M’a transpercé le corps et je regarde, sans réagir,

Encore et encore, à n’en plus finir

Mon sang rouge couler et mon casque perdu.

Il fait presque noir déjà, nous sommes fin décembre.

Je scrute la nuit mais...maar…je ne me retrouve plus…

Waar zijn de graanvelden de mon adolescence ?

Les étoiles-bougies tremblotent dans ce ciel d’hiver

« Men » moeder maakt warme chocolade

Mon père a éteint la lumière de l’étable

Il n’y a plus de paille dans mes sabots, mes pieds sont gelés.

Maar waar is « men » moeder nu?

En “men” vad... waar ben…Où suis-je ?

C’est si calme. Pourquoi tout est-il si calme ?

Tout semble si loin

Je suis si fatigué aussi, je perds mes repères

Tout va et vient.

Des murmures de Noël montent des plaines d’hiver,

Franchissent les barricades de plaintes et de branchages écorchés

Et mes rêves dansent à nouveau dans les champs ravagés.

Peu à peu, en même temps que les nuages,

S’effacent les visages

Disparaissent les crevasses du froid et

S’adoucissent les brûlures des vieilles blessures…

Je voyage.

Dans le berceau des tranchées coulent et mon sang, et

Mes amitiés et s’écoulent mes amours

Sur la route des non-retours.

Elles coulent dans mes veines la chaleur des caresses des enfants.

Mais il fait à nouveau si froid ce soir. Et si noir aussi.

J’entends les notes des chants de Noël

Entonnés par les anges de Jérusalem.

Sur les flocons de la neige tombante,

Meine Träume tanzen in den verwüsteten Gebieten.

Show me slowly the no-limits of the Christmas’s love.

M.D-Sn. [texte retravaillé le 26/9/2015]

http://users.skynet.be/TheDillies/

Martine Dillies-Snaet dans Traversées avec "Noël 1914"Martine Dillies-Snaet dans Traversées avec "Noël 1914"Martine Dillies-Snaet dans Traversées avec "Noël 1914"

Publié dans articles

Partager cet article
Repost0

Nikos Leterrier propose un poème extrait de son recueil "Le temps d'exister avant le froid"

Publié le par christine brunet /aloys

Nikos Leterrier propose un poème extrait de son recueil "Le temps d'exister avant le froid"

Jenny


Dans la lumière incertaine
De ton maudit Soleil qui dort à peine
Je t’ai serrée très fort contre moi
Tu n’étais que du sable entre mes doigts.


Le souvenir de t’avoir caressée
Que je garde au creux de mes poings fermés
C’est tout ce qui me restera de toi
Car tu n’es que du sable entre mes doigts.


Si loin que je marche sous le ciel
Là où les idées se changent en sel
Je te retrouve, mais à chaque fois
Tu te changes en sable entre mes doigts.


Mes semblables, vous voilà déjà morts
Même si je me souviens encor
Du timbre familier de vos voix
Vous n’êtes que du sable entre mes doigts.


Je n’ai jamais appris la patience
Et je hais du monde son inconstance
Rien ne me restera où que je sois
Je n’aurai que du sable entre mes doigts.


Suis-je pauvre ou seulement cupide ?
Suis-je fou ou seulement lucide ?
Je l’ignore puisque même moi
Ne suis que du sable entre mes doigts.

Nikos Leterrier

Publié dans Poésie

Partager cet article
Repost0

Janna Réhault nous propose quelques extraits de son roman "La vie en jeu"

Publié le par christine brunet /aloys

Janna Réhault nous propose quelques extraits de son roman "La vie en jeu"

Chapitre : La rivale virtuelle

(…) Mes vieilles craintes se sont réalisées : j’ai eu une rivale. Je l’ai compris le jour où Max m’a informé solennellement qu’il avait enfin rencontré la femme de ses rêves. Certes, ce n’était pas la première fois que je l’entendais parler de ses petites copines virtuelles. Mais cette fois-ci, d’après lui tout était « différent ». Il avait enfin réussi à trouver et à programmer son idéal féminin.

Et moi dans tout cela ? Depuis quatre ans qu’on se connaît, je cherche sans cesse à attirer son attention d’homme... aucune réaction. Je vais bientôt finir par me sentir comme un être asexué à ses yeux. J’aurais beau faire un strip-tease devant lui, je ne serai jamais que sa « meilleure amie ». (…) A dire vrai, je ne sais même pas comment je dois le prendre : je ne peux pas en être jalouse quand même ? Rien n'est plus stupide que de jalouser une femme virtuelle.

(…)

Je me suis mise à fouiller dans les programmes personnels de Max. (…) Sans trop de peine, j’ai trouvé le fichier qui m’intéressait. Il contenait plusieurs dossiers : « Informations générales », « Physique », « Caractère », « Ressources vocales » et ainsi de suite. Je clique sur « Physique ». Quelques dizaines de mes photos en 3D apparaissent sur l’écran. De face, de profil, de dos, en pied, dans un angle, dans un autre, etc. Etape suivante : « Caractère ». Bien qu'il m’arrive de manquer d’objectivité dans mon auto-estime, je me suis reconnue dans le caractère programmé. Plus la peine de continuer l’enquête, tout était clair comme le jour : ma rivale était ma copie conforme.

Hum, ce serait drôle si ce n’était pas si triste… Et moi, j'étais quoi dans cette histoire ? Un matériel de base pour version numérique de la femme idéale ? Avant je voyais Max comme une espèce de Pygmalion. On pouvait reprocher à Pygmalion d’être un pervers incapable d’aimer d’autres choses que sa propre création, mais il y avait dans sa puissance créatrice quelque chose de sublime, de surhumain. Max on ne pouvait même pas se dire créateur, il m'avait seulement plagiée. C'était un pervers, c’est tout. (…)

Donc, les conclusions suivantes s’imposent. Primo : je dois être bien à son goût. Secundo : soit Max n’ose pas avoir de relations avec moi, soit il préfère ma version de synthèse. A supposer que la deuxième hypothèse soit juste, cela veut dire que Max est tout simplement incapable d’aimer une femme réelle. (…) Peut-être est-ce toujours cette peur de perdre alors ? Moi je peux bien le perdre, mais pas lui, il aura toujours avec lui mon duplicata. J’aurais beau partir à l’autre bout du monde, vivre avec un autre mec, devenir alcoolique ou nymphomane, peu importe. Il lui restera toujours mon autre… enfermée dans son ordinateur quoi qu’il arrive. La femme qui ne le quittera jamais et ne le trompera pas une seule fois. Copie fidèle doublée de copine fidèle.

Je me demande ce qu’en aurait dit Freud. Il a eu de la chance finalement, à son époque de tels cas n’existaient pas encore. Il se serait définitivement perdu dans ses théories et aurait muni la psychanalyse, déjà bien tarabiscotée, de notions supplémentaires du genre : « le moi et la copie du moi », « le sur-virtuel-sur-moi », « le ça virtuel », « complexe de réalité », « fixation au stade virtuel », « virtuel clivage du moi » et ainsi de suite.

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Fiche auteur, Petites tranches de vie, Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

Fiche auteur, Petites tranches de vie, Micheline Boland

Publié dans fiche auteur

Partager cet article
Repost0

La patate bouquine a chroniqué "Les deux portes" de Simon Andrieu

Publié le par christine brunet /aloys

http://lapatatebouquine.blogspot.fr

http://lapatatebouquine.blogspot.fr

La patate bouquine a chroniqué "Les deux portes" de Simon Andrieu
Les deux portes

http://lapatatebouquine.blogspot.fr/2015/11/les-deux-portes.html

Un livre époustouflant !

Titre: Le
s deux portes

Auteur: Simon Andrieu

Edition: Chloé des Lys

ISBN: 978-2-87459-816-6

Prix: 19,50

Oniro, 17 ans, étudiant en Terminal Scientifique. D'une nature timide et ayant tout le temps soif de connaissance, cet adolescent sans histoires n'aspire qu'à être différent. Depuis toujours, il rêve de faire ou de vivre quelque chose qui le fera sortir du commun des mortels. Un jour, lors d'un de ses joggings, il frôle la mort en se faisant attaquer par deux hommes. Heureusement, un bonhomme d'âge moyen va lui sauver la vie. Mais ce dernier n'est pas n'importe qui! C'est un mage, une personne capable de contrôler la malesthésia . L'homme ( Jean ) , va apprendre à Oniro
qu'il est l'élu, qu'il est celui qui va sauver le monde, en refermant la porte de l'enfer. Et que si il se défile, des démons envahirons notre monde pour le détruire. Oniro ne va pas hésiter longtemps,et va suivre cet inconnu. Le voilà enbaqué dans une quête fantastique qui pourrait bien lui coûter la vie.

Avis:

Je remercie infiniment les éditions CDL pour cet envoi. J'ai adoré ce livre et comme d'hab je l'ai laissé trop de temps dans ma Pal... Je me désespére!

La plume de l'auteur est très fluide ! Alternant le point de vue de l'un, puis de l'autre. Même si Oniro est le personnage principal, il ne délaisse en rien les autres et on a droit à un petit bout de vie de chacun. L'auteur a très bien travaillé ses personnages, n'oubliant aucun petit détail !

J'aimerais vous expliquer quelques points qui sont, il me semble, importants. A commencer par la Malesthésia. Selon le livre, chaque être humain en a un peu ( ou beaucoup ) dans son corps. Elle est différente pour chaque individu. Je l'ai plutôt perçue comme une force que l'on a en nous et très peu de personnes savent la contrôler.

Oniro est un personnage que j'ai énormément apprécié. Voir sa force mentale grandir. Sa maturité était génial. Ça m'a redonner aussi espoir.
Je me suis beaucoup reconnue en lui,car j'ai toujours rêvée de cette différence et je perds souvent mes moyens.

Ce que j'ai le "plus du plus" ( formule de patate ) apprécié, c'est que l'auteur a réussi à me faire croire à son histoire,et c'est selon moi la meilleure chose que l'on peux espérer d'un livre. Y croire !

A bientôt,

La patate


Extrait:

" Les deux hommes étaient à trois mètres de lui. Ils le regardaient sans ciller. Le regard angoissé d'Oniro était plongé dans le leur. Que lui voulaient-ils ? Cette attente parut éternelle au lycéen, mais elle ne dura en réalité pas plus que quelques secondes "

Publié dans avis de blogs

Partager cet article
Repost0

Christine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godart

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godart

Une fois n'est pas coutume, je me lance dans le recueil poétique de Joël Godart, sans doute poussée par la couverture colorée qui me rappelle Miro ou Kandinsky.

Une poésie, c'est à mon sens un voyage au fil des vers. Difficile d'en proposer autre chose qu'une sensation... C'est ce que je choisis de vous faire partager au fil des pages...

Je plonge dans une poésie tout en lumière, un univers éthéré au fil de vers en mouvement qui s'enroulent dans une atmosphère de douceur.

Je me laisse emmener par une poésie qui devient voyage, un chemin qui s'assombrit à chaque pas. L'ombre s'installe dans un ailleurs aux rivières lentes où le silence est roi.

Le rêve est omniprésent, parfois lumineux, parfois plus sombre puis le silence devient bruit, la douceur et la tiédeur deviennent feu, flots rouges, sang.

Enfin tout se termine, rêve, mort, tout se mêle sur le chemin de l'existence.

Christine Brunet

www.christine-brunet;com

Christine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël GodartChristine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël GodartChristine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godart

Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article
Repost0

"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

Il était une fois une jeune fille que ses parents avaient appelé Cerise, car depuis sa naissance elle avait refusé toute nourriture à l'exception des cerises. Elle les aime tellement qu'elle engloutit des kilos de ce fruit sans prendre la peine de les dénoyauter. Un jour, en la coiffant, sa maman constate que quelque chose de vert pousse sur sa tête. "C'est un cerisier, j'en suis sûre ! Tu vois ce qui arrive à force de manger les noyaux !"

Au cours d'un jeu télévisé auquel elle participe, Cerise apprend qu'il existe un pays appelé le Royaume d'Anis où les cerisiers sont inconnus. "Quel dommage que ces pauvres gens ne connaissent pas ce fruit délicieux !" Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle prend la bateau avec pour seul bagage un gros cageot de cerises.

"Halte-là ! On n'entre pas ainsi chez le roi !

Le gardien est inflexible.

- J'ai un cadeau pour le roi.

- Et vous croyez qu'un cadeau va vous ouvrir la porte du palais ?

- Dites au roi que j'ai un cadeau extraordinaire pour lui.

- Le roi n'a pas le temps. Toute cette semaine, il reçoit des jeunes princesses pour choisir une compagne pour Ricard, le prince héritier. Et ce n'est pas vous avec cet arbre bizarre sur la tête qui risquez d'être choisie.

- Goûtez ceci et vous changerez d'avis."

Le gardien est conquis.

"Que c'est bon ! Je suis persuadé que notre prince Ricard appréciera."

Et c'est ainsi que Damoiselle Cerise est autorisée à rencontrer Pastis 51, le roi ! Dès qu'il goûte le fruit inconnu, il est enthousiasmé lui aussi et décide que Ricard, le prince héritier, épousera Cerise.

On fait venir des cerises de partout dans le monde et le repas de noce est somptueux. Pour être sûr de ne jamais en manquer, chaque sujet du roi doit avoir au moins un cerisier dans son jardin.

Des années plus tard, quand le roi Pastis 51 meurt, Ricard lui succède et Cerise devient reine. Hélas, la nouvelle souveraine n'arrive pas à porter dignement la couronne de diamants, héritage de la reine-mère Absinthe ! Cela est pourtant indispensable pour les cérémonies du couronnement.

"Ma Reine, acceptes-tu que je coupe ce petit cerisier qui couronne ton royal visage et qui n'est d'aucune utilité ?"

"Oui, mon roi !"

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Les festivités ont duré trois jours et trois nuits. Je le sais, j'y étais invité, moi, le jardinier du royal verger…

Un an plus tard, le roi a fait couper plusieurs fois le fameux cerisier qui repousse toujours avec vigueur. Pourtant, la couronne de la reine reste toujours de guingois…

Pour résoudre le royal problème, Ricard promet la main de sa sœur, la jolie princesse Anisette, à qui trouvera une solution.

On ne se bouscule guère car l'obstacle semble de taille. Seul un candidat se présente…

Quelques jours après, la reine Cerise arbore une superbe couronne faite de branches de cerisiers entrelacées.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Moi, le jardinier du royal verger, je suis devenu l'époux comblé de la princesse Anisette !

Conte écrit à quatre mains par Micheline Boland et Louis Delville

"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland
"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée 2e partie

Publié le par christine brunet /aloys

La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée 2e partie

Au retour elle est surprise de trouver Gérald qui l’attend dans leur appartement, le visage nimbé d’une agitation douloureuse, et si elle ne l’interroge pas, son expression tendue le fait pour elle.

  • Les nouveaux occupants du château viennent de m’appeler. Ils ont trouvé des restes humains dans la glacière…

Elle vacille et dissimule son vertige dans le geste de déposer sac et foulard au vestiaire. Elle va à la cuisine et y prend la bouteille d’eau de Spa Reine, s’en sert un grand verre qu’elle boit lentement, cherchant la fraicheur qui devrait se répandre en elle et ralentir le rythme inhabituel de son coeur. « Mais enfin, des restes humains… comment est-ce possible ? Qui donc serait allé là ? Et quand ? ». Voici cinq ans qu’ils ont vendu le château pour venir dans cette résidence pour séniors fortunés. Pas d’enfants et donc pas d’héritiers, la propriété était passée dans d’autres mains. De nouveaux riches, mais riches.

  • Je ne sais pas. On saura. Ils sont bouleversés. La police vient de partir. Je vais y aller demain…
  • Mais que veux-tu y faire ? L’affolement lui ferme presque la luette, étouffant sa voix. « Nous n’avons rien à y voir, nous n’utilisions pas cette glacière, elle était même dangereuse, souviens-toi. Ce sera un clochard… un ivrogne venu cuver son vin…»
  • Sans doute. Mais j’irai demain.

Comme chaque jour il s’est levé le premier et elle l’a entendu sortir pour prendre son petit déjeuner dans l’élégante salle à manger commune. C’est ainsi qu’il l’évite. Il se couche tard, occupé par ses nombreux contacts et centres d’intérêt, et elle regarde la télévision depuis son lit. Il se lève tôt et mange sans elle, sort, vit fougueusement, tandis qu’elle étire ses rares activités pour qu’elles avalent les heures de la journée.

Il ne réapparaît qu’en fin d’après-midi, avec un regard qui, comme muni d’une tête chercheuse, se faufile en elle jusqu’à lui lacérer le ventre. Il respire difficilement, en saccades et ses épaules tremblent par rafales.

Elle l’entend sortir une valise de la penderie. Le visage inexpressif elle s’appuie sur le chambranle de la porte de leur chambre à coucher. Ses doigts osseux courent le long de son cou, comme pour calmer la veine qui y bat avec désespoir. Mais elle ne dit rien. Et lui non plus. Avec un dernier regard vers elle qui ne rencontre pas ses yeux, il soulève la petite valise contenant les urgences de demain et peut-être après-demain et, elle le sent, le reste s’en ira, tout aussi certainement que lui.

Il ouvre la porte et sans se retourner, le timbre sec comme un vent d’hiver, annonce : « Il te faudra expliquer à la police comment Caitlyn, qui n’est encore pour l’instant qu’une femme aux cheveux roux, a fini dans la glacière alors que j’étais, moi, en Allemagne ». Et elle sent les larmes dévaler sur ses joues, chargées d’une colère éternelle.

C’était pourtant sa faute, à cette fille, après tout.

C’est vrai, leur mariage avait toujours manqué d’amour, et il le lui rappelait inlassablement. Amoureuse folle, elle l’avait été. De l’avenir qu’elle imaginait avec lui : comtesse de Saint-Rupestre, riche, enviée, enfin casée… et dans quelle case ! Sertie d’une couronne de comtesse, avec vue sur jardins à la française. Une fois mariée, oui… au fond la réalité est rarement ce qu’on avait cru. Gérald aimait parler de tout, était sociable, enjoué. Elle désirait l’attention, mais celle de Gérald seulement. Un mari amoureux, voilà tout ce qu’elle demandait à la vie. Ce n’était pas sa faute si les recherches et conférences la noyaient, si ses amis ne l’intéressaient pas, si elle ne pouvait avoir d’enfant, si elle n’avait pas d’opinions, et surtout si elle n’aimait pas ça

Il avait alors lentement disparu. Déplacements, réunions tardives, amitiés de travail de plus en plus présentes… et des aventures, oui. Des intellectuelles, comme elle disait avec mépris. Des femmes modernes qui passaient des mille et une nuits avec des mille et un hommes. Elle en avait souffert et reconnaissait les signes lui indiquant le début puis la mort d’une liaison, et sa santé en suivait les courbes. Oh ces maux de dos, de ventre, de tête, ces problèmes respiratoires, chutes de tension… qui au moins lui amenaient un peu de l’attention tant espérée, et même son regard à lui. Tu vas mieux ? Qu’a dit le médecin ? Tu es allée chez ta kiné ? Et elle, heureuse jusque dans sa moelle, répondait Oh, ne parlons pas de ça ! Ça finira bien par aller un jour

Puis l’Irlandaise au pair était arrivée chez le frère cadet de Gérald. Vingt ans. Même pas belle, avec ces taches de rousseur et ces cheveux vulgairement flamboyants et trop bouclés. Une poitrine inexistante. Un accent qui massacrait les mots les plus simples, et cette pédanterie qui avait fait surface quand elle avait découvert que Gérald aimait Yeats, dont elle se mettait à réciter quelques vers quand ils rendaient visite aux neveux, exposant son sourire déformé par une vilaine canine protubérante. C’est tout son charme, au contraire, précisait Gérald, trop indulgent et pas encore amoureux alors.

Caitlyn. Petite plante carnivore. Peu à peu Gérald avait vraiment changé. Sa coiffure, par exemple. Elle était plus ébouriffée et sportive. On dirait presque un gitan, l’avait-elle averti. Il portait la casquette. Allait rendre visite à Laure et Jean-François, les neveux, plus souvent qu’il ne l’avait jamais fait autrefois. Il instaura aussi le rituel de les avoir à goûter au château une fois par mois, avec Caitlyn naturellement, à laquelle il faisait visiter le parc après un négligent Tu rends un peu de tarte et chocolat chaud aux gosses, Hélène ?

Cette fois, c’était grave. Il lui échappait. Résistait à ses stratagèmes habituels. Il lui conseilla de voir un psychiatre au lieu d’aligner tous les maux du dictionnaire médical. De se distraire. Elle le confronta, et ce fut leur seule scène. Il reconnut les faits et la rassura : il ne la quitterait pas. Ah mais la petite fouine ne se contentera pas de n’être qu’une aventure ! avait-elle ri, d’un rire qui aboyait sa frayeur. Mais elle ne sera pas qu’une aventure, avait-il précisé. Elle aura son espace et toi le tien. Dans la discrétion. Le respect de toi, qui es mon épouse, et d’elle que j’aime. Tu comprends que toi et moi ne nous aimons pas ainsi, sois honnête et généreuse, tu ne perdras rien et tu le sais.

Oui, bien sûr. Elle ne perdrait rien qu’elle n’ait déjà perdu, pour autant qu’elle l’ait jamais eu. Mais voilà qu’elle découvrait la brûlure de la défaite, et rien n’avait jamais fait aussi mal. Leur mariage n’était qu’un édifice social, il n’y avait rien dans ses murs. Personne. Et maintenant l’occupante réelle en serait Caitlyn avec ses dents de carnassière. Caitlyn et ses insupportables poésies de Yeats.

Il prépara un avenir avec la jeune Irlandaise. Il ne lui en parlait pas, ayant répondu un jour que c’était son autre vie et ne la concernait pas. Froid, poli, terre à terre. Hélène n’aborda jamais le sujet avec son beau-frère et son épouse. Elle ne voulait pas y donner de consistance. L’ignorer l’empêchait un peu d’exister. Quand elle rencontrait Caitlyn, toujours au pair mais avec dans le regard une lueur inquiète et rayonnante à la fois, elle la maintenait au loin par des « la petite au pair, l’Irlandaise, la jeune fille de passage… » dans lesquels elle avait horreur d’entendre vibrer peur et haine.

Elle sentit quand les choses furent prêtes à se mettre en place. Elle avait entendu Gérald au téléphone avec une agence immobilière, discutant d’une fermette modernisée en vente à trois villages de là. Et sa belle-soeur, comme soulagée, avait annoncé la fin du séjour de l’au pair qui allait sans doute rentrer chez elle.

« Nous avons des choses à discuter, vous et moi » avait-elle envoyé sous enveloppe à la jeune fille, la priant de passer la voir le jour de la fin de sa fonction. « Soyez gentille et n’en parlez pas à Gérald avant notre rencontre ».

Et Gérald était à Cologne pour affaires, d’ailleurs. Il faisait chaud ce jour-là, moite et torride. Elle avait eu honte de la transpiration qui faisait luire sa peau et dégouliner ses cils. La jeune fille était arrivée en bus, sans bagage. Ses affaires sont déjà à la fermette, pensa-t-elle avec une obscure fureur. Mais elle se réjouit de voir que l’autre aussi transpirait, et que ses cheveux à la couleur si commune étaient collés sur le pourtour de sa tête, s’entortillant autour du cou comme des serpents morts. Elle est vraiment quelconque. Comment peut-il ?

D’une voix hautaine elle lui exposa le mal qu’elle faisait. Lui demanda comment sa religion et son armée de saints s’en accommoderaient. Lui rappela la différence d’âge. Il a 43 ans… n’avez-vous aucune notion du ridicule ? Lui annonça que jamais Gérald ne la quitterait, que la comtesse, c’était elle, qu’elle ne serait que la femme de l’ombre qu’on finit naturellement par oublier. « Je suis désolée, madame… nous nous aimons. Nous n’y pouvons rien. Je suis désolée » avança timidement Caitlyn. Et alors qu’elle se penchait pour passer une paume humide sur son tibia pâle et constellé de taches de rousseur, dans un geste dont la langueur parlait de certitude et de volupté, Hélène avait senti s’emparer d’elle un être neuf et provisoire, dont la colère vrilla l’air chaud. Sans y penser elle s’était levée et lui avait enfoncé le pic à glace dans le cou. Caitlyn n’avait pas crié, s’affaissant comme avec soumission. A peine un soupir surpris. Il y avait eu très peu de sang, juste un peu sur les mosaïques de la terrasse et sur sa manche. La joie qu’elle avait ressentie, primitive comme un cri de mise à mort, était la plus intense de toute son existence, quelque chose de transfigurant.

Et la glacière, déjà désaffectée mais dont elle aimait la fraicheur souterraine malgré les injonctions de Gérald à ne jamais s’y rendre, la voute étant instable et traversée de racines de buddleias, cette glacière donc fut la cachette idéale. C’est là qu’elle délogea le pic à glace, et un peu de gélatine noire et épaisse comme des morceaux de foie y tremblait. Elle nettoya discrètement les traces du drame elle-même, et n’alla plus dans ce tombeau oublié. Aucune odeur ne s’en éleva. Gérald eut de nombreux échanges téléphoniques agités avec son frère et sa belle-sœur. Et en Irlande, où on répondait par des pleurs et des appels aux saints du ciel. Elle n’avait pas envie d’un vieux fou du travail comme toi, lui expliqua-t-elle, effleurant tendrement le dos de la tête avant qu’il ne stoppe net sa main de la sienne.

Il partit en Irlande, seul. Garda la fermette où il passa désormais le plus clair de son temps. De temps à autre il la regardait et semblait savoir. Un chagrin fou courait sur les cernes sous ses yeux. Mais il ne pouvait savoir. Elle l’avait perdu peut-être encore plus nettement que s’il avait vécu sa double vie : elle était désormais plus transparente que son haleine en hiver.

Il ne restait rien, ni de son mariage ni de Caitlyn. Rien qu’une abominable solitude.

Aujourd’hui, plus morte encore que Caitlyn - à jamais aimée - ne pourrait l’être, elle s’assied lentement dans le confortable Chesterfield, le cœur fou : je n’ai plus rien pour exister.

Edmée de Xhavée

https://edmeedexhavee.wordpress.com

edmee.de.xhavee.over-blog.com

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

La glacière – Edmée De Xhavée

  • Monsieur le comte viendra-t-il aussi, madame de Saint-Rupestre ?

Elle toise l’animatrice du home de son regard d’étang gelé puis, habituée à ce qu’on appelait chez les siens de la considération pour les gens de maison, sourit hâtivement avec un « non » de la tête, reportant son attention à la scène vide encore, bordée de paniers remplis de narcisses et tulipes. La fête du printemps. Le home haut de gamme Comme un séjour dans le Kent organise ses fêtes avec faste. Noël s’est honoré avec de la dinde bio de la ferme voisine, et un arrivage de chez un viticulteur de l’Yonne a assuré la bonne humeur. Le nouvel an s’est chanté avec une chorale professionnelle et bu avec du champagne en la présence des pensionnaires et leurs familles. Et ici, c’est le printemps qui est mis à l’honneur avec une troupe qui a donné plusieurs représentations de Riverdance dans le monde, puis un goûter avec de la Colomba italienne arrivée de chez un artisan piémontais, et de l’Asti spumante.

Non, Gérald ne viendra pas, comme d’habitude. Elle serre la bouche et relâche prise, sachant que ça lui donne le profil d’un casse-noix, avec son nez qui désormais plonge en se courbant vers le bas. Gérald est toujours ailleurs qu’où je suis... Elle se crispe à nouveau et dissimule son profil en toussotant derrière sa main baguée de pierres qui tournoient autour de ses phalanges maigres. Les autres arrivent, prennent place en chuchotant dans les fauteuils de velours turquoise. On lui sourit par politesse mais en prenant soin, toujours, d’ériger la barrière de son nom, et souvent de son titre : Bonjour Madame de Saint-Rupestre. Il y a si longtemps qu’elle n’a été saluée d’un Bonjour Hélène

Mais au fond… perdre son temps à énumérer les gens connus et rappeler de quoi et quand ils sont morts… c’est si trivial. Elle n’a jamais eu besoin de ce genre de relations, ou de ce type de néant conversationnel. Le bavardage ne l’a jamais attirée. Donner son avis aux autres … à quoi bon, puisque le leur ne l’intéresse pas ?

Indifférente si ce n’est au fait qu’on la voit, qu’on la salue, que les heures passent, elle assiste – en apparence – au spectacle printanier. Toutes ces filles galopant sur place dans un bruit de monstrueux grêlons, cette musique trop rapide… oh que c’est donc long. Et incompréhensible pour ses goûts. Mais rester dans le salon ou sur le balcon, sans attente, sans qu’aucune heure soit plus importante que l’autre, sans qu’un jour de la semaine soit à espérer, consciente que si Gérald est là en chair et en os, il l’a quittée sans en parler il y a longtemps déjà… c’est un abîme.

Le spectacle terminé, elle participe au vin d’honneur avec les pensionnaires, la troupe et la direction. La Colomba est moelleuse et plaisante, l’Asti spumante raffiné – pas un de ces faux champagnes à petit prix qui vous saoulent sans aucune élégance et vous sucrent le palais comme de mauvais bonbons de Saint Nicolas. Debout dans sa robe grise à parements blancs – elle a toujours opté pour les valeurs sûres -, le sac Delvaux serré par son avant-bras ridé, elle tient sa coupe et contemple les bulles explosant de joie, lui rappelant que la fête se termine, qu’il faudra attendre Pâques pour avoir encore quatre heures qui fileront sans qu’elle doive trouver où les faire passer. Animés, les petits groupes alentour commentent le spectacle, se laissent séduire par Colomba et Asti. Les yeux brillent, des rires cascadent, et quand on rencontre son regard on a un sourire si heureux qu’on se détourne aussitôt, comme pour ne pas être grillé par son humeur hermétique.

Fin première partie...

Edmée de Xhavée

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Mâle en patience, une comédie de Vincent Knock

Publié le par christine brunet /aloys

Mâle en patience, une comédie de Vincent Knock

Une comédie très contemporaine et faussement désinvolte dans laquelle la gravité du sujet se dispute au sens du burlesque.

Extrait : « J’avais assez écoulé mes restes d’enfance. Vouloir entrer dans la normalité, me conformer à la vie de parents qui est celle des gens de mon âge m’occupait l’esprit la plupart du temps. Au moment du repas, je me suis décidé à mettre les pieds dans le plat. Quand j’ai annoncé à ma femme que je voulais avoir un bébé ensemble, elle m’a répondu de cesser de faire l’enfant ! Camille appartenait à cette race d’amazone qui ne souhaitait pas laisser une trace de son passage sur terre. Mes certitudes sur l’inéluctable désir de maternité féminine s’effritaient comme une peinture de HLM ».

L’auteur : Vincent Knock enseigne quelque part près de Lille. Après Le début de rien et Courant alternatif (éditions Edilivre), Mâle en patience est son troisième roman.

Publié dans présentations

Partager cet article
Repost0