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Philippe De Riemaecker nous lit un extrait de son roman "Tant de silences"

Publié le par christine brunet /aloys

Philippe De Riemaecker nous lit un extrait de son roman "Tant de silences"

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Deux auteurs heureux au salon du livre de Blégny-Mine !!! et le reportage d'Actu-TV.net

Publié le par christine brunet /aloys

Est-ce que vous aimez les chocolats qui rendent amoureux ? Un samedi à la Foire du Livre de Blégny-Mine.

 

Samedi 15 octobre. C’est officiel, le lancement de la promotion de mon roman est enfin amorcé, et je me mets en route pour le premier d’une longue série de salons et séances de dédicaces. Adresse du jour : Blégny-Mine, lieu fort sympathique en région liégeoise où la Bruxelloise exilée londonienne que je suis n’avait jamais mis les pieds. 

 

Après une heure et demie de route nous arrivons sur le site de l’ancien charbonnage, et on s’installe sur le stand de Chloé des Lys. On déballe les livres, les affiches, les signets, et pour ma part, les chocolats. Car il faut savoir que mon roman, La Maison, regorge d’une série de personnages un peu magiques, dont une cuisinière qui ensorcelle les âmes à coup de chocolats qui rendent amoureux. Je décide donc de partager la recette avec la sympathique population de Blégny : les fameux chocolats les feront-ils tomber amoureux de mon roman ?

 

Malgré l’affluence mitigée en début de journée, l’accroche semble marcher : les passants sont attirés par mes chocolats, et cette mise en bouche semble les séduire, car ils restent pour discuter, et certains m’achètent un roman. A la fin de la journée, j’aurai vendu une dizaine d’exemplaires, pas mal pour une première fois. Qui plus est, je reprends la route la tête pleine de chouettes rencontres avec d’autres auteurs, et la promesse de se revoir au prochain salon : Tournai La Page ! 

 

Marie-Klimis

 

Blégny-Mine de sourires et d'émotions partagées...

 

Blégny-Mine, samedi 15 octobre, 10h20...
 
La fée qui m'a conduit depuis Bruxelles vers notre lieu de dédicaces déploie sa nappe, je l'ajuste de mon côté... C'est parti pour un premier salon pour "Auprès de ma blonde! Un 6ème roman, un suspense psychologique.
D'abord le calme, puis cela commence à venir, le compte-gouttes activé, Marie, Jules et moi suspendus au regard des accros de littérature nous fixant avec curiosité. Bon ou pas bon, ceux-là? La fée agite ses chocolats et ça démarre à notre table, petit à petit, sourires et partages entre auteurs de la partie, de la bonne humeur pour le trio de charme et de choc que nous formons, n'ayons pas peur des mots; quand on est positif et gonflé à bloc, cela se voit...
Soudain, sur le temps de midi, une dame d'âge moyen portant des lunettes d'inquisitrice entre, me fixant presque aussitôt, s'approchant de moi et de "ma blonde", touchant la couverture de mon roman. Je commence à peine à le présenter quand: "je prends...", me dit-elle. Très surpris mais bien sûr heureux, je m'exécute aussitôt à lui dédicacer mon roman. Son prénom était-ce Louise ou Véronique? J'ai un doute mais cet instant restera gravé en moi...

Magie du Salon...avec le M de Mystère ou de Marie? Blégny soit Chloé des Lys!

 

Thierry-Marie Delaunois

Publié dans articles, vidéo

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Delphine Schmitz, "Les morts marchent !"... Mon avis...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Cela fait des mois que j'ai ce livre sur ma table de chevet... J'ai eu envie de le lire dès sa sortie (2014 !) et je l'ai fait venir. Mais...

Parce qu'il y a un "mais" : on ne le dira jamais assez, la première de couverture est d'une importance absolue, un a priori à la lecture, comme un petit bout de l'univers à découvrir. Ben là... J'ai détesté... (et je déteste encore), ce qui fait que le livre est passé du dessus de la pile au dessous... manip renouvelée encore et encore. A chaque fois que j'arrivais à ce titre, à chaque fois je repoussais le moment où j'aurais à l'ouvrir... 

Et pourtant...

Enfin, je me suis décidée à en lire la première page, un peu à reculons, et... je ne l'ai plus lâché ! 

"Les morts marchent !" : un livre surprenant, superbement écrit, rempli d'humanité et d'inhumanité, une histoire où magie, sorcellerie, liens du sang, et esprits malins se côtoient pour le malheur de tous. 

Dès le départ, trois puis deux temporalités cohabitent et s'imbriquent, le passé s'invitant dans le présent sous différentes formes. 

Delphine Schmitz nous fait remonter le temps et nous propulse au coeur de la Roumanie passée. Va-t-on alors parler vampires ? Que nenni... L'auteur ne tombe pas dans la facilité mais tisse lentement, inexorablement un écheveau de causalités qui nous entraîne dans une fébrilité de lecture. 

Et si les esprits maléfiques existaient ? Brrrrr... 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

Publié dans Fiche de lecture

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Deux petites poésies signées Joël Godart, extraites de son recueil "A la fin de ces longues années"

Publié le par christine brunet /aloys

               

 

 

                Elle est dans la magie des mots

                Dans le bruissement des arbres aux matins bleus

                Dans le vent qui glisse sur nos visages

                Elle vibre et tire sur nos chaînes

                Passagère aux pas légers elle sait se faire ombre

                Se mêle à nos gestes et suit nos paroles

                Nous nous prêtons à sa folie et quand elle nous appelle

                De sa voix de reine

                Nous répondons à sa musique

               

                Elle est dans la magie des mots

 

                                

                      

                                      Amis

 

                     Je passe entre les anges

                     Je marche les yeux fermés

                     Mes amis souvenez-vous de moi

                     Mes mains vont vers vous comme ces feuilles

                     D'automne glissant sur les chemins

                     Je navigue entre vos ombres

 

                     Debout dans la rosée du matin

                     Je cueillerai la cendre de vos regards

 

 

Joël Godart

                      

Publié dans Poésie

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Bob Boutique interviewe Christine Brunet au sujet de son nouveau thriller "Vénus en Ré"

Publié le par christine brunet /aloys

 

www.christine-brunet.com

 

Avec « Vénus en Ré », c'est un huitième thriller que tu lances sur le  marché du polar ! Bon sang, ça commence à compter…  Ton nom devient familier et pas seulement en France. En Belgique aussi où beaucoup s’étonnent de constater que tu es en fait la présentatrice d’ACTU-tv ?

Disons que j'ai surtout la chance incroyable d'avoir de supers lecteurs qui aiment ma prose et mes héros ! Je ne les remercierai jamais assez !

Pourquoi as-tu publié ces romans chez trois éditeurs différents ?

Trois ? Non, désormais plus que deux puisque De Pierregord a fait faillite.

Mais là encore, j’ai eu de la chance puisque Chloé des Lys a accepté de reprendre dans un seul volume les deux titres qu'ils m'avaient édités : Dégâts Collatéraux et Le dragon bleu.

OK, deux éditeurs alors ?

Oui, Nid de vipères, Dégâts Collatéraux, Le dragon bleu et E16 chez Chloé…

… dont tu es devenue entre-temps l’une des administratrices ?

Exact, et les Éditions Gascogne pour les quatre titres suivants : Non nobis domine, Poker menteur, Convergences et le petit dernier qui sort dès demain dans les bacs, 12 décembre 2016, Vénus en Ré.

Pourquoi es-tu passée chez Gascogne ?

Parce que Chloé, qui est une asbl, n’a pas les moyens d’assurer la diffusion et la distribution de ses livres. Or il faut être réaliste, un titre non diffusé a peu de chances d'être remarqué par les libraires. Jean-Paul Lafont, le patron des Editions Gascogne a opté pour une diffusion/distribution de ses ouvrages même si cela veut dire "beaucoup de retours".

Et quelques déboires comme il nous l’a expliqué dans l’émission ACTU-tv de novembre ?

Oui, la faillite du premier diffuseur/distributeur de France avec qui il travaillait. Il a subi une grosse perte financière mais c’est un battant, un vrai passionné : il continue et grâce à lui, mes livres sont en librairie. 

Deux éditeurs passionnés ?

Tout à fait, proches de leurs auteurs et à l'écoute : que demander de plus ? D'ailleurs, je dirais plus : deux équipes de passionnés au service de leurs auteurs.

Dans tes thrillers il  y a un fil rouge qui est la commissaire Axelle de Montfermy et sa famille pour le moins tourmentée. Mais depuis deux titres, tu as introduit une nouvelle héroïne Gwen, pourquoi ?

Il faut se renouveler.  Il faut surprendre le lecteur, l'amener ailleurs avec un nouveau rythme. Ce nouveau personnage est très différent, c’est une légiste décalée, atypique… Mes lecteurs ont eu un peu de mal à l’accepter (remplacer Aloys, pas simple) mais les retours sont positifs, tant mieux.

Décalée ? C’est le moins qu’on puisse dire. Elle ressemble à une punk, pleine de piercings, de tatouages et de mystères….

Punk ? Son look est certes décalé mais pas punk… Peu importe. En fait, dans le prochain thriller, elles enquêteront même ensemble... Ah là là... Que la vie d'un auteur est compliquée lorsqu'on vit 24h/24h avec des personnages qu’on n’a pas envie de quitter mais qu’il faut quand même renouveler !

Bon, ces héroïnes sont très différentes physiquement, je te l’accorde. Mais pour le reste, je les trouve toutes deux aussi noires et torturées ? Je me demande parfois si tu n’es pas toi-même noire et torturée ?

Boff…  Je doute comme tous les auteurs, je suppose, mais je ne suis ni torturée ni "noire". Le thriller correspond à un rythme de lecture que j'aime. Et puisque tu m’as lue, reconnais que je ne décris pas, ou très peu, de scènes gores, sanglantes ou ultra violentes… même si dans mes livres, les cadavres sont légions. Mais ça, c’est la signature du genre !

Alors j’ai dû lire une autre Christine Brunet car je trouve, au contraire, que tes livres sont remplis de scènes sanglantes et barbares. Mais soit…   

Ton univers d’écrivain est beaucoup moins noir que le mien, voilà pourquoi tu ressens ce décalage : tes héros sont moins torturés mais on ne peut pas dire que tu oublies de semer des cadavres en chemin : ton « Bouledogue » ne fait pas dans la dentelle et Lieve est du genre "je fonce et je réfléchis après" !

Autre chose : dans ton œuvre, tous les mecs sans exception sont des seconds couteaux, souvent des bouchers ou des summums d'hypocrisie et du mensonge. Et lorsqu'ils se trouvent du bon côté de la barrière légale,  ils sont souvent lâches ou quasi minables ! Je me sens tout petit, tout petit devant toi ?

Pas d'accord. Mes héros masculins sont essentiels au processus de l'enquête. Ils évoluent. Gwen vit dans le mensonge face à un Signac plus "cash". Mais il est vrai que le couple Axelle/Sheridan est, du moins dans les premières enquêtes, dans le schéma que tu décris. Pourtant, tout cela est appelé à basculer... Rien n'est figé et c'est ce qui apporte de l'humain à mes personnages. Et puis, voyons les choses en face : le mensonge, la mesquinerie et l'hypocrisie font partie de la nature de l'Homme, non ?

On est quand même très loin de « La petite maison dans la prairie » ? Re-soit.

Pas vraiment le même genre littéraire, tu en conviendras…

Es-tu féministe ? Pourrais-tu rejoindre les Femen ?

Absolument pas, je ne suis pas féministe : je crois qu'une femme doit pouvoir s'épanouir autant qu'un homme. Elle doit avoir les mêmes libertés. Pas toujours le cas dans nos sociétés évoluées... Et ça, ça m'agace. Mais passer dans l'extrême avec les Femen, non. Il y a d'autres façons de se démarquer et de gagner notre place dans la société, tu ne crois pas ? 

Autre observation, vraie ou fausse, tes bouquins ne sont jamais politiques et ne parlent pas ou n’évoquent jamais de grands principes : philo, religion, idéologies… C’est voulu ou ne t’intéresses-tu qu'au scénario policier ?

J'ai des idées politiques arrêtées et je suis capable de me battre pour elles MAIS pas question de placer mes enquêtes à ce niveau. Les lecteurs ont besoin de déconnecter en se plongeant dans une enquête policière : la politique est partout dans la vie quotidienne, alors exit de la vie fictionnelle de mes héros. Aucun intérêt pour développer un mystère, pour faire frémir les lecteurs, pour les faire rêver. Toi, la politique, ça te fait rêver ?

Joker.

Tu es une grande voyageuse, je pense que tu as parcouru presque tous les continents et pourtant à quelques rares exceptions près, tes histoires se confinent à la France ? Why ?

Lorsque j'écris, je ne sais jamais où mes héros vont m'entraîner. Nid de vipères propose un voyage entre Hong Kong, Malte, Hawaii, etc., Dégâts collatéraux (la réédition) amène Axelle à Naples, E16 se déroule à Londres…

Mais il est vrai que sur les enquêtes suivantes, mes héros n’ont plus voyagé sauf dans ce nouveau thriller, Vénus en Ré, où ils refont leurs valises. L’affaire propulse Gwen en Sierra Leone. Je reviens à l’instant d'Ethiopie et j'ai découvert à Lalibela le point de départ d'un autre thriller avec Gwen...

Ceci dit, le voyage doit être pertinent, aller de soi. Si mes personnages restent en France, c'est que le processus de l'enquête ne leur a pas permis de s'expatrier. Le voyage pour le voyage, aucun intérêt (sauf pour moi). 

L’Éthiopie, les femmes plateaux, les tignasses crépues, le Simien… voilà une autre enquête que je manquerai à aucun prix… après avoir lu Vénus en Ré, of course.

Pas pour tout de suite en librairie : l’année prochaine, Axelle revient et le voyage sera bien différent puisqu’il s’agit d’un thriller SF…


Bob Boutique

www.bob-boutique.com

www.actu-tv.net

Bob Boutique interviewe Christine Brunet au sujet de son nouveau thriller "Vénus en Ré"
Bob Boutique interviewe Christine Brunet au sujet de son nouveau thriller "Vénus en Ré"
Bob Boutique interviewe Christine Brunet au sujet de son nouveau thriller "Vénus en Ré"
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Bob Boutique interviewe Christine Brunet au sujet de son nouveau thriller "Vénus en Ré"
Bob Boutique interviewe Christine Brunet au sujet de son nouveau thriller "Vénus en Ré"

Publié dans interview

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Régine Laprade nous présente son nouveau roman, "Pour une symphonie"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le Livre :

Franck Müller de Richtenbourg, fils d’un ingénieur du Transcorrézien et d’Edmonde Ventadour, fille d’un grossiste d’Argentat, intègre l’École de Santé Navale de Bordeaux en septembre 1938. En juillet 1943, l’élève médecin militaire part, sur ordre de sa hiérarchie, comme « médecin volontaire accrédité » soigner les militaires français prisonniers en Allemagne. Affecté à Berlin mais libre de ses mouvements, il découvre son métier, la misère des camps, la guerre et, au détour d’un opéra, les beaux yeux d’une mystérieuse jeune fille : Ingrid Müller von Richtenbourg.

 

L’Auteur :

Régine Laprade est médecin et signe ici son sixième roman. Sa plume, d’une grande finesse, dévoile des personnages étonnants et attachants ainsi qu’une page méconnue de la grande Histoire.

 

Quelques mots... Un court extrait

Ingrid m'a rejoint quelques instants plus tard , dans ma chambre, à la pension des soeurs Wolf.

 

Nous nous sommes jetés l'un sur l'autre,sans un mot, sans retenue, débarrassés de tout ce qui nous gênait, nous empêchait de nous caresser, de nous découvrir, de nous aimer: vêtements ou tabous. Un corps à corps, presque une lutte, un combat.Nos désirs trop longtemps réfrénés exigeaient l'ivresse, jusqu'à l'épuisement des sens. Parfois, dans la clarté voilée de la lampe de chevet, nous nous regardions, étonnés, incrédules, le temps de reprendre notre souffle avant de nous étreindre de nouveau, avides comme des désespérés.

 

Elle était belle, rebelle aussi, sauvage même. Elle alternait sans cesse douceur et violence, tendresse et froideur, miel et aigreur.

 

Elle paraissait jeune et pourtant d'une maturité de vieille femme. Son visage commençait à s'emprisonner dans un mince filet de ridules qui reflétaient les épreuves du temps. Ingrid avait souffert.

Publié dans présentations

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Edmée de Xhavée nous fait découvrir "Les landes endormies" d'Yves Oliver

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

J’ai lu « Les landes endormies » d’Yves Oliver – Edmée De Xhavée


 

Embarquement pour le fantastique subtil du monde d’Yves Oliver. Non, pas le fantastique des studios Disney mais bien le tendre et dangereux fantastique des brouillards, de la mousse des bois, des illusions des rêves et souhaits, des guides invisibles aux formes pourtant mouvantes et aux humeurs qu’on ne sait apprivoiser… De la peur que l’on sait devoir affronter et que l’on redoute.

Sept nouvelles, sept promenades poétiques et intimes, sept rencontres insolites avec le monde de ce que nous ne connaissons pas de nous-mêmes.

J’ai été surprise et parfois très émue de certaines phrases ou descriptions inattendues et qui trouvent pourtant exactement la place qui est la leur dans l’imaginaire du lecteur qui est enveloppé par la beauté de ces images :

Le vent passait dans les branches, son carillon s’alliant aux grincements des écorces les unes contre les autres.

Du bout d’un doigt je touchais la mousse sur le tronc d’un vieux chêne : le flux et reflux des marées se firent entendre dans le lointain. Je fermai les yeux : les légendes de l’histoire m’apparurent.

Dans les celliers des manoirs, les rats arrêtèrent leur course folle. L’eau des océans se mit à bouillonner, comme poussée par un formidable souffle venu des abysses.

Sur le mur de la maison, d’étranges fleurs se sont mises à pousser, exhalant le parfum, âcre et capiteux, du Royaume des Morts. A une distance proche, une rivière s’est remise à couler et, dans l’éclair d’un clignement de paupières, des rêves se sont perdus.

Il y avait des servantes aimables aux sourires de nénuphar. Les parents paisibles ne connaissaient pas la douleur.

Le brouillard, vicieux comme un loup humant sa proie, avait pris possession du front de mer ! Il était venu rapidement, se frayant un chemin dans les méandres de la nuit, sa complice.

Ce petit livre de 89 pages contient toute cette magique poésie, ces arrêts sur image d’un monde souvent menaçant, imprévisible, fort et mortel, dans un décor aux effrayantes beautés. Envoûtantes beautés. La mouvance des temps, de la réalité et de ses racines oniriques. Le cauchemar n’est jamais loin… l’engloutissement, le retour au néant. Le fantastique ici est bien celui que la nature nous sussurait dans l’enfance, avec ses troncs moussus et tordus comme des suppliciés, les pierres aux formes de légendes, le vent et les brumes, le bruit de la mer même loin de ses rives… Le battement du cœur de la vieille terre qui ne vieillit pas….

 

 

Edmée de Xhavée

Publié dans Fiche de lecture

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Philippe De Riemaecker nous propose de découvrir "Cape verte", le dernier roman de Patricia Fontaine

Publié le par christine brunet /aloys

 

Des plumes de talent, il en existe jusqu'au cœur du Brabant Wallon. Preuve en est, le roman écrit par la Jodoignoise Patricia Fontaine. Difficile de le rater, la presse avait souligné la qualité de l'ouvrage.

Soyons honnêtes, ce roman, "Cape Verte", ne se lit pas d'un simple regard distrait. Ce serait prendre le risque de se perdre au creux de l'intrigue

"Cape verte" fait partie de ces ouvrages qui nous saisissent la main pour un voyage peu ordinaire. Ce n'est plus une lecture, c'est un rebondissement, un moyen de remonter le temps, les siècles, pour suivre deux destins au féminin. Des chemins qui se tracent séparés par les ans et pourtant, sont ils si différents ? Histoire(s) de femmes écrite par une femme et : c'est bien réussi ! Ne me demandez pas de vous dévoiler l'intrigue, je m'y refuse pour préserver votre plaisir.

J'ai aimé me laisser porter par le courage de ces filles d'Ève. J'ai adoré percevoir ces sensibilités et parfois, pourquoi pas, une pointe de fantasmes distillée avec pudeur.

J'ai vibré, me laissant entraîner au cœur d'un lieu de distraction que l'on jugerait aujourd'hui d'un regard fripé par la bienséance.

Certes, autre époque, autres mœurs. Il était un temps ou ces établissements portaient enseigne sans que l'on ne parle de vice. Oui, je me suis laissé porter par les respirations d'une jeune fille perdue dans ce tumulte et qui découvre l'amour sans reconnaître le visage de ce bouleversement.

Mais de résumer ce livre serait vous mentir. Nous approchons les sectes, nous sommes amenés au cœur de réunions insolites. Manipulation et Machiavel se cachent entre les lignes. Une femme doctorante qui découvre que son entourage devient source de méfiance. Ce n'est pas qu'un roman, c'est une toile d'aranéide qui nous englue dans une sorte de labyrinthe démoniaque. Éternel combat entre le bien et le mal, à condition de pouvoir les différencier sans se tromper.

Patricia Fontaine, votre livre est beau, bien écrit, il mérite nos regards et notre admiration. Il est digne de notre concentration. Cape Verte, se l'offrir pour préparer l'automne, c'est peut-être ainsi que le printemps s'apprête.

Je gage qu'une suite ne saurait tarder... Si ce pressentiment venait à se vérifier, je serais probablement le premier à me précipiter.

 

Philippe De Riemaecker

Publié dans Fiche de lecture

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Thierry-Marie Delaunois nous propose la suite et fin de sa nouvelle "Etrange"

Publié le par christine brunet /aloys

 

-         Mon Arthur ? s’inquiète-t-elle tout à coup.

-         Qu’y a-t-il ? Tu as changé d’avis ? Nous retournons auprès de Gino ?

-         Non, non… Ma compagnie ne te dérange pas, j’espère ? D’accord pour un petit tête-à-tête récréatif ?

-         Je veux bien !

-         Je sens en toi le parfait interlocuteur, l’homme idéal sur ce point ; à toi on peut se confier, j’en suis certaine. Tu es un authentique, une personne intègre, sincère mais tu sembles vouloir le cacher. Pourquoi ? Je ne sais pas mais loin de moi l’idée de t’interroger ! Arthur, tu…

 

Soudain elle s’interrompt alors que nous sortons du supermarché. Un silence un peu plus inquiétant cette fois. Aurait-elle bu, la douce Maria ? Non, je l’aurais remarqué à son haleine, à ses yeux, au teint de ses joues. Quelle splendeur, je devrais être flatté et quelle étrange femme !

 

-         Oui, Maria ? Quelque chose te… chiffonne ?

-         Non, non, aucunement ! J’allais dire que tu dissimules en toi… Comment dire ? Un trésor !

-         Pardon ? Moi ?

 

Je n’étais décidément pas au bout de mes surprises. Maria semblait digne de son cousin, c’était une intuitive mais un esprit… mercenaire ! C’était le bon mot. Oui, une bien étrange femme !

 

-         Excuse-moi d’être aussi franche avec toi ! Je ne te connais pas mais je suis certaine de ne pas me tromper : il y a quelque chose de délicieux en toi, de jouissif pour quiconque te côtoie. Ta compagne a énormément de chance, elle…

-         Je suis seul dans la vie, Maria !

 

Voilà ! C’est lâché ! L’une de ces choses qu’on ne déclare pas facilement par pudeur ou peur d’être jugé et catalogué de marginal ou d’asocial. Qu’est-ce qui m’a pris ? Mais elle a pris l’initiative, je ne passerai donc point pour un dragueur !

 

-         Tu es seul ? Moi de même ! Bienvenue au club ! Voilà ! Nous y sommes. Allons-nous placer dans la file !

 

Et la suite se déroule dans le silence le plus absolu jusqu’à ce que nous nous installions face à face dans un coin mais :

 

-         Viens t’asseoir près de moi, Arthur ! Tu veux bien ?

 

Son regard azur me quémande, presque une supplique ; je ne peux résister mais prends mon temps pour exaucer son vœu. Pieux ? Songeant à la Belle et le Clochard de Disney, j’ébauche un sourire. Depuis que je suis arrivé au supermarché une demi-heure plus tôt, quelque chose a changé. Comme si une fuite s’était produite en moi, me rendant plus léger, plus serein. Etrange changement !

 

-         Pourquoi souris-tu ainsi, Arthur ? Ah oui ! C’est probablement inattendu pour toi mais sache que ce l’est également pour moi. As-tu lu le livre de Gino ? Des forces invisibles nous guident, nous traquent, je crois en celles-ci !

 

Difficile de me concentrer à présent ! Me tenir aussi près d’une si belle femme relève en principe du tour de force en ce qui me concerne. Pourtant je ne rêve pas et quel maintien ! Est-ce que je touche là le ciel ? Au divin ? Maria a un corps sculpté dans le plus beau des moules, ce qui m’émoustille quelque peu. A quoi dois-je m’attendre ? Non, tout de même pas… Brusquement j’enchaîne :

 

-         Des forces invisibles de quel type ?

-         C’est très mystérieux, Arthur, je ne peux t’en apprendre davantage. C’est de l’ordre de… l’indicible !

-         Oui et vu qu’elles sont invisibles, c’est tout vu !

 

Son rire est frais, perlé ; d’un geste gracieux elle porte alors sa tasse aux lèvres, hume, goûte ; je l’imite puis nous reposons nos tasses de concert, ivresse de l’instant, à l’unisson ; soudain ses yeux plongent dans les miens, lumineux, limpides. Une mer aux eaux tranquilles mais, au-delà de l’horizon, comme une menace ou ne serait-ce pas plutôt son moi profond qui apparaît là teinté d’un léger vague à l’âme ? Etrange, ce contraste ! Insolite.

 

-         Merci, Arthur, pour ce moment ! C’est… magique !

-         Je ne suis pas Merlin mais Arthur, sais-tu ?

-         Oh ! Bien tourné ! s’exclame-t-elle, ravie.

 

Une vague de chaleur déferle en moi, accompagnée d’un léger tremblement. Que m’arrive-t-il ? Les forces invisibles seraient-elles à l’œuvre ? A n’en pas douter puisque le courant passe, un courant de sentiments partagés, je le sens. Quels types de sentiments ? De la sympathie, c’est sûr, une franche sympathie mêlée d’une reconnaissance mutuelle. Comme un écho. Cette journée sortait réellement de l’ordinaire ; nous formions là un bien curieux tableau tous les deux. Image d’Epinal ? Pour cela nous devrions refléter le parfait bonheur d’être deux mais ce n’était point le cas. Tout à coup Maria pousse un profond soupir :

 

-         Dis-moi, Arthur…

-         Quoi donc ?

-         J’ai une question un peu particulière à te poser. Je peux ?

 

Est-ce que je l’intimide, moi, le pauvre Arthur, le misérable Arthur, une coquille vide bien qu’elle semble avoir trouvé en moi un trésor ? Etrange, une fois de plus…

 

-         Bien sûr ! Je t’écoute, Maria !

-         Penses-tu que ce que tu vois et perçois de moi corresponde à la réalité, c’est-à-dire à mon vécu personnel et à mes pensées du moment ? Mon paraître est-il l’exact reflet de mon être intérieur ?

 

Stupéfaction, mais j’essaie de ne pas le laisser transparaître justement ! Quelle question ! Serais-je tombé sur une penseuse, une philosophe ? Maria bat alors des cils avant d’incliner la tête vers moi, ses cheveux dissimulant ses traits, me cachant ses yeux azur qui, je le devine, se sont embués. Elle a perdu de sa superbe. Que répondre ? Subitement je comprends la raison de cette question qui n’aurait pas de raison d’être si tout allait à merveille pour la belle ; je lui déclare ensuite, inspiré :

 

-         Je t’admire, Maria, tu es une femme de qualité courageuse, battante ! Tu montres une image très positive de toi. Bravo car moi je n’y parviens pas ! Oui, tu as face à toi un homme à la dérive, qui n’a plus aucun espoir ni goût à rien, un homme à bout, sur sa fin. Pardon de t’avoir trompée, je…

-         Mais tu ne m’as point trompée, Arthur, puisque je l’ai deviné. Compris. Et tu ne nies rien ! Tu es quelqu’un de droit, d’intègre et mieux vaut toujours un sacré silence qu’un gros mensonge ! Donc tu sais que je… je…

 

Contre toute attente, éclatant en sanglots, Maria vient brusquement de se recroqueviller sur elle-même, plaçant une nouvelle fois ses mains devant son visage. Ainsi donc la belle connaît aussi la désillusion, le désespoir, la détresse. Touché, même bouleversé, je pose délicatement une main sur son épaule, sans mot dire et de manière à lui faire sentir qu’elle n’est pas seule au monde, qu’un homme se tient auprès d’elle prêt à l’écouter, à compatir, à la réconforter si nécessaire. Nous nous connaissons à peine, si peu ; pourtant, là, nous ne faisions qu’un. Une communion des âmes. Nous nous étions découverts semblables dans nos parcours respectifs. Soudain, elle m’attrape les mains, hoquetante :

 

-         Je suis désolée mais je ne pouvais plus me contenir. Tout contenir. J’ai ma dose, Arthur, tu peux le savoir. Une overdose même, tu peux me croire…

 

Et c’est elle qui me prend énergiquement dans ses bras alors que ce devrait être en toute logique l’inverse :

 

-         Pour mon plus grand malheur j’aime les femmes et il m’est difficile de le dissimuler. Il paraît que cela se sent. Il n’y a donc pas de perspective qu’il y ait entre nous un jour ne fût-ce que l’espoir d’une…

-         Allons, allons, Maria, s’il te plaît, ne t’inquiète pas !

-         Je t’en prie, ne me laisse pas…

-         Tomber ? Sûrement pas ! J’aimerais pouvoir t’aider !

-         Mais tu le fais déjà si bien ! Merci, Arthur ! Cadeau ! lance-t-elle tout à coup, avant de m’embrasser furtivement sur les lèvres. Comme si j’étais pour elle un ange.

 

Surpris, je ne réponds pas à son baiser mais ne me retire pas non plus. On est donc deux à pédaler dans la choucroute ? Clairement ! Que faire ? Mon esprit fonctionne à la vitesse de la lumière, cherchant une solution, la solution, non une parade ou une échappatoire, mais c’est mon cœur qui se jette soudain à l’eau :

 

-         Maria ?

-         Oui ?

-         On peut tenter d’affronter ensemble les problèmes si l’idée te plaît, la première étape serait d’apprendre à mieux nous connaître. Nous nous soutiendrions mutuellement. On peut conclure une sorte de pacte.

 

Puis tombe le silence ; j’en profite alors pour la prendre dans mes bras à mon tour, la berçant contre moi, nos cheveux mêlés, tous les deux ivres de chaleur humaine, de tendresse.

 

Bientôt je la sens revenir, retrouver son assurance et quand nous nous détachons, nous ne pouvons que nous contempler, les yeux dans les yeux ; dans cet échange une promesse, vraie, inaltérable car je me sens prêt à relever ce défi : la rendre plus heureuse. Une énergie nouvelle a envahi mon être, tout mon être, telle une renaissance, elle le sent, je le sais, sourit, elle aussi prête à s’ouvrir, cœur, âme et esprit. Je me sens ragaillardi, motivé et quoi qu’il faille accomplir, je…

 

-         Arthur, je ne t’ai pas encore révélé le pire. Cela ne se voit pas en ce moment, cela ne saurait tarder mais… j’ai une tumeur à vaincre au plus vite.

 

Pourquoi ne suis-je pas surpris, même sous le choc ? Bizarre ! Une vive émotion devrait m’envahir, me paralyser mais… rien comme si je savais déjà qu’un mal la rongeait.

 

-         Tu ne dis rien ? Etrange que tu restes aussi calme ! Aussi stoïque !

-         C’est parce que je suis ici, auprès de toi, autant pour le meilleur que pour le pire. Dès maintenant, ta tumeur te paraîtra plus légère : je la partage avec toi !

 

Qu’ajouter ? Une ivresse vient de céder le pas à une autre, nous le savions tous les deux, celle de pouvoir lutter côte à côte. Même si cela ne résout rien à brève échéance, le soutien et le réconfort seraient désormais nos armes à toute heure du jour comme de la nuit, nos pensées partagées, accrochés l’un à l’autre. Nos rires vaincraient nos larmes ; le partage, nos solitudes ; la clarté, nos ténèbres ; le positif, le négatif. Et si Maria ne devait pas s’en tirer ? Elle m’aurait malgré tout à ses côtés jusqu’au bout du chemin, le message, passé, était on ne peut plus clair. Ferme. Personne ne se mettrait en travers de notre ivresse. Etrange ? Nous seuls, Maria et moi-même, détenions les cartes. La réponse. La vie à tout prix ? Coûte que coûte et nous avions déjà pris la route !

Publié dans Nouvelle

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Thierry-Marie Delaunois nous propose "Etrange", une nouvelle en plusieurs épisodes...

Publié le par christine brunet /aloys

Mais comment fait-il ? Je n’y comprends rien : il m’a fixé des yeux, un regard intense, profond mais empreint d’une franche douceur, avant de m’affirmer que la vie que je mène n’est pas celle qui me colle le mieux, qui me corresponde le mieux. « Tu es fait pour communiquer, écouter, compatir, soutenir, non pour t’isoler à moins que ces périodes de solitude te servent ensuite à mieux repartir. Sur des bases plus sûres, plus saines et plus sereines. » Je n’ai en effet jamais été fort bien dans ma peau, je me suis toujours senti à côté de tout, comme dans un état second. Il a alors  ajouté : « Ta sensibilité n’est pas une fragilité mais bien une force et un nettoyage de l’intérieur n’augure que du bon. Pars quelques jours, change d’air, respire, change-toi surtout les idées. Sérénité et recentrage. »

 

     Stupéfait, je l’ai contemplé, le magicien ! Cela relevait du tour de force, non d’un banal tour de cartes. Il voyait juste, le bonhomme ! Brun, la coupe en brosse, les yeux émeraude, un pull-over au col roulé, une fière allure. Un être rare en quelque sorte ! Des soucis plein la tête à en remuer les neurones et sans classification possible, c’était moi en ce moment ! Limite dépressif à ne plus savoir que penser ni que faire. Proche de la saturation, l’épuisement physique et psychique garanti si je ne prenais pas garde ! La Berezina en vue…

 

-         Vous pouvez ainsi lire en moi ? Peu importe ! Un certain temps m’est nécessaire, remonter…

-         Le temps n’est pas important, seules les intentions comptent. Trois jours ou trois mois, c’est toi qui sais quand le moment vient. Tu es en cet instant tel un homme ivre qui ne peut que dessoûler, rassure-toi ! Pardon, je t’ai coupé. Tu allais dire ?

-         Moi ivre ?

 

     Le choc, mais je mets peu de temps à me ressaisir. Je connaissais sa réputation : Gino perçait sans grande difficulté les cœurs et les âmes égarées, dont les défenses s’étaient amenuisées, et comme mes expressions sont, paraît-il le parfait reflet de mes pensées, ce n’était pour lui pas bien difficile de me décrypter, moi et ma piètre condition d’être fragilisé, secoué par la vie. Une plume au vent. Etrange…

 

Comment en étais-je arrivé là, à cet état que seul Olivier Adam, l’auteur ténébreux, décrirait le mieux ? Où était passée mon assurance ? Ma fierté ? Evanouie avec les épreuves, volatilisée tant les vents contraires ont soufflé. Le Cap Horn, mais j’étais malgré tout toujours là, bien vivant, debout face à Gino qui me considérait avec sympathie. Qu’il était rassurant malgré ses étranges pouvoirs ! De la lumière émanait de lui, également de la chaleur, je la ressentais. Il donnait sans compter, c’en était touchant, même bouleversant.

 

-         D’une certaine manière ! Je sais à présent ce que tu allais me dire : un certain temps m’est nécessaire, remonter la pente ne se fait pas du jour au lendemain. D’un claquement de doigts. En un jour ou en une courte semaine ! Le principal, c’est la volonté, la détermination, mais un autre élément, capital, entre en considération.

 

Et il se tait, un sourire énigmatique aux lèvres, laissant planer les pensées et les sentiments qui nous animent chacun. En musique, la pause ou le soupir, avant la reprise, allegro ou adagio. De quel élément parle-t-il ? Mystère ! Je me creuse les méninges, pense trouver ; il le remarque et son sourire s’élargit.

 

-         Cet élément, une des clés du bonheur, c’est de ne pas rester seul dans son coin !

-         Bingo, Arthur ! Ouvre les bras, ton cœur, ton esprit, laisse venir l’autre, accueille-le en toi et tu reverras la lumière. Tu retrouveras ta vigueur. Si la vie ne t’avait pas conduit à t’isoler, tu aurais déjà trouvé ta voie. Tâche de positiver ! Tu es fait pour aimer, donner, offrir.

-         Ce n’est pas si simple ! D’ailleurs, qui voudrait de moi ? De ma compagnie ? Plus de situation, un capital en péril, une solitude innommable, une santé pas terrible, un look de zombie à faire gémir toute…

-         … mais un cœur d’or et une générosité incomparable, je le sens. Je le sais !

 

Gino et moi sommes seuls autour de la table où il est en dédicaces, son œuvre trônant encore en une petite dizaine d’exemplaires devant lui. « Ces forces que l’on occulte », tel en est le titre. Il a raison, le gars : c’est à moi à me démener pour m’extirper de mon état d’ivresse mais, seul, impossible ! Me faire aider par un psy pour parvenir à « dessoûler » ? Un spécialiste me disséquerait, ce n’est pas la meilleure solution. Je suis et compte rester une entité à part entière, personne ne me découpera, la table d’autopsie attendra. Moi, un cœur d’or ? Je retiens malheureusement tout, accumulant en moi frustrations, déceptions, douleurs et j’en passe, ne libérant rien, n’exprimant rien de crainte d’être taxé de sentimental, d’émotif. Moi, d’une générosité incomparable ? A d’autres ! Pourquoi me tournerais-je vers autrui avec un tel plein en moi à filer le vertige ou le bourdon ? Et la pression est si forte qu’un rien suffirait pour que j’éclate. Je craque. Je m’effondre ; apparaîtrait alors un tel vide, semblable au néant que c’en serait fini de moi. Réellement fini ? Un étrange sentiment vient de m’envahir.

 

-         Moi ? Tout ça ?

-         C’est justement ton vrai moi mais tu as érigé autour un mur que nul ne pourrait franchir et qui t’emprisonne, te coupant des sentiments, de l’affection des autres…

-         Qui pourrait aimer un type comme moi, nul et alcoolique ?

 

Là je me rabaisse. Pourquoi ? Parce que j’ai cette affreuse sensation de ne valoir que dalle ? De n’être qu’un moins-que-rien ? Je songe subitement que j’ai pourtant des diplômes, que je suis un créatif, puisque j’ai été publié, que j’ai un jour été à la hauteur de mes propres espérances. Mais à présent… Que s’était-il passé ?

 

Attentif, Gino me scrute ; il paraît suivre le cheminement de mes pensées quand soudain apparaît auprès de lui une femme, belle, grande, élégante, qu’il connaît puisqu’il se redresse pour l’embrasser avec tendresse. Des amis de longue date probablement ! Alors l’arrivante fixe les yeux sur moi, des yeux d’un bleu azur, mon cœur se mettant à jouer du tambour. Etrange…

 

-         Maria, voici Arthur, un homme de qualité ! Arthur, voici Maria, ma cousine !

-         Enchanté, Arthur !

-         Moi de même, Madame !

-         Madame ? fait-elle, surprise et rougissante. Gino tu entends ça ? Ton Arthur me prend pour une dame ?

-         Il s’agit là d’un compliment, ma douce Maria !

 

Nous nous observons tous les trois, comme dans l’expectative. Un carrefour de sentiments, de perspectives, de destinées. Flotte une certaine incertitude mais elle est exempte de malaise, nous le sentons. Le savons tous. L’empreinte de l’invisible sur les cœurs, les âmes, avant même que le cerveau, l’esprit, n’imprègne l’information. Un temps mort mais sacré, où ne vivent que les regards. Les expressions. Maria me contemple, reconnaissante ; touché, je ressens un curieux frisson. Un étrange frisson. Le regard de Gino voyage d’elle à moi, nous pénétrant, nous violant d’une certaine manière mais sans réel dommage.

 

-         Merci infiniment, Arthur ! C’est la première fois que…

-         Arthur est un intuitif, un sensitif, intervient Gino, un être de qualité qui sait reconnaître de manière instantanée le beau et le pur en toute personne, d’où ce compliment justifié. Merci pour elle, Arthur !

-         Merci à toi, Gino ! Où en étais-je ? J’ai perdu le fil !

 

En fait je ne l’ai pas perdu mais parler en présence d’une inconnue de ce qui me préoccupe ? Au grand jamais ! Pourtant Maria me semblait d’une nature réceptive et compatissante.

 

-         « Emporte dans ta mémoire, pour le reste de ton existence, les choses positives qui ont surgi au milieu des difficultés. Elles seront une preuve de tes capacités et te redonneront confiance devant tous les obstacles. » C’est de Paulo Coelho, précise ensuite Gino, serein.

 

Je ne peux m’empêcher de rougir, intensément, je le sens ; pudique, Gino détourne aussitôt le regard tandis que Maria me prend doucement par la main. Magie…

 

-         Je…

-         Ne t’explique pas, Arthur ! C’est inutile ! coupe-t-elle, émue.

 

Elle a deviné, je le sais ; quelque chose passe, d’indéfinissable. Nos yeux s’accrochent. Je suis dans une mauvaise passe, je vis ma traversée du désert avec l’espoir d’atteindre une belle oasis où me poser, elle l’a compris. Dans ce supermarché Carrefour, au rayon librairie, malgré une forte affluence nous sommes à présent seuls au monde. En un monde parallèle. Tous les trois car Gino est avec nous, c’est pour moi l’évidence. Autour de nous, la cohue, des cris étouffés, des grincements de chariot que l’on pousse, une société qui consomme et consomme ; au centre, trois êtres réunis par la destinée. Existerait-il un grand plan astral, divin, qui nous aurait menés ici tous les trois ? Je sais que, pour Gino, il n’y a pas de hasard, ce qu’il tente à démontrer dans son ouvrage en dédicaces. Maria, Gino et moi, une rencontre qui a sa raison d’être ou même plusieurs ? Etrange…

 

-         D’accord, Maria ! Puis-je te tutoyer ?

-         Gino, le roi Arthur peut-il tutoyer une princesse de sang ?

 

On éclate alors de rire tous les trois, ce qui nous reprojette dans le réel et attire l’attention. Que va-t-on penser de nous ? Peu importe car je viens de découvrir que je suis toujours capable de rire. Je ne suis donc pas complètement éteint. Souhaitant essuyer mes larmes - oui, j’ai ri aux larmes !-, j’ôte mes lunettes à l’instant où Maria me fixe une nouvelle fois :

 

-         Tu es bel homme, Arthur, et ton visage est très expressif. N’as-tu jamais songé à porter des lentilles ? Je suis certaine que tu ferais des ravages auprès des femmes…

-         Ma douce Maria, tu vas déstabiliser notre ami. Arthur, ne…

-         C’est moi qui suis déstabilisée, mon cousin ! Arthur possède un charme fou.

 

Nouveau choc. Je reste sans voix. Quel franc-parler ou se moque-t-elle ? Je réagis enfin :

 

-         Je vais vous quitter, je vous laisse entre vous. Je pense avoir suffisamment abusé de…

-         Non, reste ! lancent-ils simultanément comme si j’étais pour eux tel une bouée de sauvetage. Que se passe-t-il donc ici ? Etrange situation ! Immobile, je les dévisage. Enfin une oasis, un point d’eau où me désaltérer ? Me ressourcer ? Curieux, cette chaleur qui vient à présent de m’envahir. De m’investir totalement. Une autre ivresse ? Nouvelle, d’un autre type ? Je ne sais point ce qui me prend subitement - la magie de l’instant peut-être ? - mais je commence à fredonner sans peur - croyez-moi ! - ce fameux air de West Side Story qui s’adresse à Maria mais de manière douce, feutrée, les laissant tous les deux bouche bée, quelques clients du supermarché s’approchant de nous trois, curieux, m’obligeant bientôt à m’interrompre, intimidé.

-         Et il a une belle voix, notre Arthur ! J’applaudis ! s’écrie Maria qui aussitôt bat des mains. Et il n’a pas bu, j’en suis sûre !

 

Bu ? Moi ? Juste euphorique une once car je passe là un agréable moment ! Un couple abordant Gino au sujet de son œuvre, Maria lance à son cousin :

 

-         Gino, Arthur et moi allons au Lunch Garden boire un café ! Nous revenons dans une demi-heure, d’accord ?

-         D’accord mais soyez sages tous les deux !

-         Tu me connais, mon cousin !

-         Oui, je te connais !

 

Et moi ? On ne me demande pas mon avis, belle Maria ? La trentaine accomplie, la démarche gracieuse, le port altier, elle m’entraîne rapidement par le bras, menant la barque mais quelque chose clochait. Son assurance ne serait-elle pas feinte ? Le cœur net, je n’oppose aucune résistance, suivant le mouvement sans mot dire. Ils ont du pouvoir, les mots ; répétés, ils se glissent, s’insinuent, nous convainquent mais le silence, comme l’on sait, est d’or, valant parfois mille discours. Tout le monde se tourne sur notre passage ;  l’on sourit ; avec sa chevelure d’un blond doré et son tailleur d’un rouge flamboyant, Maria est telle Carmen entraînant Don José vers l’aventure, une aventure épique mais l’histoire s’était mal terminée ! Prosper Mérimée n’avait sans doute été que peu heureux en amour !

 

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