Yaël vent des Hove présente son roman, "Jeu de pieds, jeu de curés"

Publié le par christine brunet /aloys

 

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L’action se déroule dans une Europe occupée par des intégristes catholiques qui au fur et à mesure des années ont pris insidieusement le pouvoir.

En revenant de l’école, Simiane, une fillette de huit ans, assiste à l’assassinat d’un cardinal. Elle est laissée pour morte sur le bord de la route. Après six mois de coma, elle revient à la vie en gardant de son « accident » une alogie et un léger déhanchement.

 Camille et Hugues Varnas, les parents de la petite décident de se laisser disparaître pour sauver Simiane et son frère d’accidents prémédités. Ils se réfugient dans un gigantesque décor de cinéma, où ils se font engager comme figurants-boulangers.

Les trois aînés de la fratrie ignorant le carcan qui était en train de s’abattre sur les plus jeunes, les croient décédés dans un accident de la route. Très vite, ils s’apercevront que la mort annoncée par les gendarmes n’est qu’une façade, et n’auront, dès lors, de cesse de les retrouver.

 

Extrait : 

 

 

Quand Yohann ouvre la porte, elle sait qu’ils ont tué son frère. C’est Basile Nardolé, la mine affligée, et Martine, un mouchoir contre son nez, qui se trouvent devant elle. Une sourde colère gronde en elle.

Monsieur ? demande-t-elle, glaciale.

Puis-je entrer ? dit-il sur un ton grave, en inclinant légèrement la tête. Nous avons une mauvaise nouvelle à vous annoncer.

Non, claque-t-elle, cinglante.

La soutane en est légèrement surprise. Il avait prévu les mots pour le communiquer, assis sur le bord d’un fauteuil, le dos droit, digne. Il s’imaginait consolant la pauvre sœur effondrée, et ne manquerait pas de jouer avec quelques versets judicieusement placés dont il a le secret. Cette femme est plantée dans le sol, son corps est debout, entier, tendu. Elle est comme sa mère, décidée, le regard dur, sans aucune compassion pour Martine qui pleure à ses côtés.

Bien, murmure-t-il. Je comprends.

Vous comprenez quoi ?

L’homme se tait, toussote et commence :

Voilà, votre frère Tanguy s’est tué hier d’une balle dans la tête, chez lui, dans son bureau. C’est un suicide.

Je n’en crois rien, Monsieur.

Je discerne votre difficulté à admettre l’inacceptable, Mademoiselle, reprend la soutane. Le décès d’un proche est toujours difficile à accepter.

Décidément, vous ne captez rien du tout. Je suis sûre qu’il est mort, vous ne seriez pas là ! Je n’avale pas le suicide. Vous êtes tous les deux responsables de sa mort.

Le suicide est indéniable, il faudra vous y faire, Mademoiselle. Cela pose un problème pour l’enterrement, vous n’êtes pas censée ignorer que se donner la mort est gravement puni par l’Église.

Oh ! C’est gravement puni par l’Église ! répète Yohann, sarcastique. Mais quelle va être la sanction si on lui a déjà pris la vie ?

Il ne pourra jamais passer les portes du paradis et sera condamné à errer dans les limbes. Aucun prêtre ne voudra célébrer d’eucharistie.

De toute façon, il n’y a plus de curé en France. Il ne reste que des vautours façonnés d’une mimique hypocrite qui essaient de régir nos vies et maintenant nos morts. Quand bien même vous seriez Dieu sur terre, souvenez-vous qu’au-delà du trépas, la vie des autres vous échappe immanquablement. Je confie à Dieu le soin de juger les actes de Tanguy, Monsieur.

On dit « Mon Père », intervint Martine d’une voix blanche.

Mais Martine, lui réplique Yohann, compatissante. Ce n’est pas mon père, et il n’a rien d’un prêtre. 

La robe noire est posée sur un poteau électrique. Aucun faux pli ne bouge, si ce n’est à la hauteur des poumons où elle se gonfle et se rétrécit à la vitesse d’un taureau prêt à foncer. Les souliers vernis ont de curieuses démangeaisons. Yohann laisse passer un temps. Nardolé la fixe fulminant. Elle reprend :

D’après ce que je comprends, vous vous en lavez les mains ? Ce n’est pas un problème, il sera enterré avec nos amis musulmans.

Quoi ? dit Martine, manquant de s’étouffer.

Tu n’as plus voix au chapitre, Martine. Tu lui as retiré la vie, aie au moins la pudeur de lui laisser la mort.

 

Yaël vent des Hove

http://www.ricochet-jeunes.org/illustrateurs/recherche/4182-yael-vent-des-hove 

Publié dans présentations

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Philippe D 05/11/2011 21:45



Un titre qui me fait sourire, un livre à découvrir.


Bon dimanche.



Edmée De Xhavée 05/11/2011 19:04



Ah là!!! Oui, c'est original, tu l'as dit!!!!



carine-LAure Desguin 05/11/2011 18:55



Un texte original, un auteur à découvrir...