Tour de France, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

Tour de France

 

Cette histoire date d'un temps très lointain où chaque année et à plusieurs occasions, la procession passait dans les rues du village.

 

Chaque fois que le cortège, curé en tête, défilait dans la rue où il habitait, Raymond, un homme par ailleurs assez paisible, manifestait sa mauvaise humeur en criant par la fenêtre grande ouverte de sa chambre : "Le Tour de France passe ! V'la le Tour de France qui passe !"

 

Croyez-moi, il hurlait plus fort que les maraîchers, le Raymond et il ne privait pas de le faire depuis le moment où le cortège était au coin de sa rue jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue.

 

Il faut dire que depuis que la jolie fille qu'il courtisait avait décidé d'entrer au couvent une cinquantaine d'années plus tôt, Raymond s'était mis à détester les curés, le clergé et toutes les manifestations religieuses. Alors, depuis ses vingt-deux ans et jusqu'à sa vieillesse, il garda cette habitude de s'en moquer.

 

Pour rien au monde, il ne se serait absenté du village un jour de procession. Tant il était excité, il passait une nuit blanche la veille de l'événement.

 

Et puis vint ce samedi de juillet où Raymond rendit le dernier soupir ! On fixa la date des funérailles au mardi suivant ! Ce mardi-là, Clémentine sa femme, malgré le chagrin, eut un petit sourire. En effet, pour conduire son époux jusqu'à dernière demeure, il fallut faire un long, très long détour à travers le village parce que ce mardi-là, eh bien, le Tour de France passait par les routes que devait emprunter le cortège funèbre pour rejoindre le cimetière !

 

Beaucoup de villageois virent là un signe du ciel, même une sorte de châtiment. Même Clémentine qui en voulait toujours à son époux d'avoir manifesté un si fidèle attachement à son premier amour, applaudit à cette soi-disant justice divine…

 

 

Micheline Boland

 

Publié dans Nouvelle

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Edmée De Xhavée 26/07/2011 13:29



Oh c'est bien bon comme "feinte du ciel"!


J'ai bien connu une femme dont l'amant - elle était mariée - avait eu autrefois eu une jeune épouse morte au bout d'un an. C'était un paysan tranquille, de peu de mots. Chaque année il se rendait
sur la tombe de son éphémère femme. Et sa maîtresse lui refusait ses faveurs en représailles!!!



Micheline Boland 26/07/2011 08:39



Cela est inspiré d'une histoire réelle que j'ai enjolivée à ma façon !


Merci à Marcelle et à Claude !



claude danze 25/07/2011 21:08



Quel personnage, ce Raymond! C'est vécu, c'truc-là, non? En tout cas, c'est joliment raconté. Merci pour ce bon moment.



Pâques 25/07/2011 20:06



Bravo Micheline!


Une nouvelle très savoureuse