Terreurs nocturnes, une nouvelle d'Adam Gray - partie 2

Publié le par christine brunet /aloys

 

PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)

 

 

 

Terreurs Nocturnes…

 

« Si l’œil pouvait voir les démons qui peuplent l’univers, l’existence serait impossible. »

 

(Le Talmud)

 

Part II

 

Deux yeux les guettaient, cruels, à une vingtaine de mètres à peine, entre deux trembles.

Deux yeux d’un jaune anormalement éclatant…

Ils étaient là, perçants, quand Élizabeth et Luke avaient franchi la porte de la cabane pour fuir l’enfer où ils étaient tombés.

 

La jeune femme, dont les cris eussent pu briser du verre, tira violemment son homme en arrière. Ce dernier referma si fort la porte qu’elle se fendît en son centre. Haletant, il resta accroché à la poignée. Son cœur eût pu jaillir de sa cage thoracique… comme arraché par la main de ce grand prêtre fanatique dans Indiana Jones et le Temple Maudit.

 

« Kalima !… Kalimaaa !… Kalimaaa…… Choptidééé !!!!!! »

 

Élizabeth se mit à sangloter.

Luke lâcha finalement le bouton de porte pour regarder par la fenêtre. Son épouse agrippée à un bras, il poussa, de l’autre, le vieux rideau en dentelle.

Les yeux, collés à la vitre, se fixèrent aussitôt sur lui…

– Nom de Dieu ! s’écria-t-il, se glaçant jusqu’aux os.

– Tire le rideau ! hurla Élizabeth à s’en faire exploser les cordes vocales. Tire le rideau !!!

– Mais qu’est-c’que tu es ?… marmotta Luke, le front perlant de sueur.

Et, d’une manière on ne peut plus brusque, il repoussa sa femme, dont les ongles étaient toujours plantés dans son muscle brachial.

Il sortit alors comme un fou…

– Tu veux quoi, espèce d’enculé !?! TU VEUX QUOI !!!???!!!

Les portières de leur Impala, précédemment disparues dans les cieux, ou ailleurs… fendirent la nuit et retombèrent à quelques centimètres de ses pieds, avec la force d’une météorite. Il eut juste le temps de se jeter sur le côté pour embrasser le sol. Il se retourna, non sans difficulté, et réussit à se mettre sur son séant.

Un brouillard dense surgit des arbres et vint lécher le bout de ses baskets, l’obligeant à reculer sur le cul et se barricader de nouveau.

Fébrile, Élizabeth regarda son mari se faire saigner à force de donner, furieux… frustré… de violents coups de poing sur les poutres horizontales.

 

– On va pas crever ici, Beth, affirma-t-il. Beth ? Tu m’écoutes ? Beth !!!

Il la gifla pour obtenir une réaction.

– On va s’en sortir, O.K. ? On va s’en sortir et…

– Non, le coupa-t-elle. C’est un démon… C’est le diable. Le DIABLE !!!

Et elle se remit à hurler…

– Élizabeth, tu vas la fermer, ta gueule, maintenant !?! Tu me gaves, là !

 

Il fronça les sourcils… Mit une main sur la bouche de sa femme.

– Qu’est-ce que c’est ?…

Ils se précipitèrent à la fenêtre, juste à temps pour voir leur Chevrolet disparaître dans les entrailles de la terre…

– Élizabeth, assieds-toi, supplia-t-il, et essaie de reprendre tes esprits. Sans quoi on va finir par péter un câble…

Élizabeth s’exécuta, mais la chaise, glissant sur le sol, fut projetée contre un mur, se brisant en mille morceaux. Luke se précipita. Élizabeth riait… Il commença à baliser sérieusement.

– Beth, me fais pas ça, Beth. On va sortir d’ici. Vivants ! ajouta-t-il.

– Mais non, bébé ! On va mourir ! rétorqua-t-elle, prise d’une crise de rire incongrue. Boo ! Une chaise qui fonce sur un mur… Boo ! Qu’est-c’que ça fait peur !

– Mais qu’est-ce qui te prend !?! déplora le mari, affligé. Ne baisse pas les bras, Beth. Pour l’amour de Dieu…

Elle se mit à tourner sur elle-même, telle une petite fille, les bras écartés et la tête penchée en arrière, complètement… hilare.

– Pour l’amour de Dieu ? Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! L’amour de Dieu !…

Luke fit un pas vers sa femme pour la secouer, l’extraire de cette folie ubuesque…

Il fut projeté dos au mur.

Une force le souleva vigoureusement et le stoppa net. Beth se figea, incapable – redevenue lucide –, de faire autre chose que crier : « Laissez-le ! Mais laissez-le !!! »

La force la souleva à son tour et la fit tournoyer comme une vulgaire toupie.

– Fils de pute ! vociféra Luke. T’as pas de couilles !

Ils retombèrent très lourdement sur le plancher, comme si la chose qui s’amusait avec eux s’était brusquement évaporée.

 

TOC ! TOC ! TOC !

 

TOC ! TOC ! TOC ! de nouveau.

On frappait maintenant à la porte…

 

– Foutez-nous la paiiiiiiiiiiiix !!! aboya Élizabeth, toute contusionnée.

Des lames de rasoir, comme des griffes, traversèrent le bois, et une voix caverneuse articula : « Tu vas crever, connasse… »

– Ce n’est pas possible ? demanda Élizabeth à son mari. Il n’exis… te pas ?…

Mais Luke, terrorisé, ne put répondre.

« IL », c’était Freddy Krueger, le tueur d’enfants brûlé vif appartenant à la saga horrifique initiée par le cinéaste Wes Craven, d’après, selon ses dires, ses propres cauchemars…

– Freddy ne tue que dans les rêves, murmura-t-il.

– Quoi ? fit l’épouse.

– Freddy ne tue que dans les rêves ! Or nous ne sommes pas endormis, Beth !

Les griffes se retirèrent aussitôt et Beth, excédée, s’élança à l’extérieur pour… rentrer aussitôt… C’était moins une : un Grand-duc fondit sur elle, manquant lui arracher un œil.

– On ne s’en sortira pas, dit-elle.

– Non, répondit Luke.

 

Le soleil revint.

De toute la journée, ils n’osèrent pas mettre le nez dehors.

Et la nuit revint… accompagnée d’une inquiétante lune rouge.

Rapidement, les TOC ! TOC ! TOC ! reprirent.

– Je n’en peux plus, Luke. Je n’en peux vraiment plus…

– Tiens bon, amour… Je suis là.

Le bruit, infernal, éprouvant rudement leurs nerfs, dura une bonne quinzaine de minutes, s’arrêta puis recommença. Ne cessa, finalement, qu’au bout d’une heure.

Découragé, Luke se mit à pleurer, sans tressaillement, aussi discrètement que possible. Sa femme, d’ailleurs, ne se rendit compte de rien.

– Les yeux… Ils sont là ? hésita-t-elle.

Luke alla jusqu’à la fenêtre, balayant ses larmes d’un revers de la main.

– Que Dieu Tout-Puissant nous vienne en aide, dit-il à mi-voix.

– Mais quoi !?! s’enquit Élizabeth.

– Des… Des…

– Des quoi !?! Mais dis-le !!!

– Des… cadavres !… Des cadavres de tous les côtés, Beth ! Des cadavres qui !… Qui marchent…

Élizabeth s’évanouit. Sa tête heurta très violemment le sol.

Luke s’efforça de bloquer la porte avec ce qu’il pouvait avant de déposer son épouse sur le lit, puis il retourna à la fenêtre. Il n’en croyait pas ses yeux. Et pourtant…

Les corps dégingandés marchaient sans but, très lentement, bras tendus. Par moments, même, ils s’entrechoquaient.

Un mort, peut-être pas tout à fait décérébré, fit pivoter son horrible tête, dépourvue de mâchoire inférieure, vers la cabane. Il renifla la vie…

Tous les cadavres, alors, tournèrent leur tête.

Quelques secondes plus tard, ils étaient tous à tambouriner sur les murs de la cabane.

– Cassez-vous !!! Mais, putain, cassez-vous, bande d’enculés !!! s’égosilla Luke, se remémorant ses terreurs nocturnes d’antan, quand le clip de Michael Jackson, Thriller, le traumatisait…

Élizabeth, peu à peu, revint à elle. Dodelinant de la tête, elle remarqua un tisonnier accroché à la cheminée.

Elle se leva, s’en saisit, et, l’arme à la main, se rua sur la porte.

Luke eut toutes les peines du monde pour l’empêcher de sortir se faire dévorer vivante.

Toute la nuit, émettant des grognements primitifs, les morts cognèrent contre les murs.

Quand un nouveau jour se leva, ils avaient disparu…

 

Le couple, somnolent, était lessivé. Si personne ne venait à leur secours, ils allaient sombrer dans la folie, s’ils n’étaient pas morts de peur avant.

Ou de faim.

Ou ne s’étaient entretués, l’un poursuivant l’autre au milieu des arbres…

 

Luke s’étira, tout ankylosé après cette nuit quasi blanche. Il se leva et, faisant le signe de croix, alla écarter le rideau en dentelle.

– Fais attention… murmura Élizabeth, prenant appui sur ses mains pour aller le rejoindre.

Ni zombies ni yeux jaunes. Rien de tout ça ; il faisait beau.

Alors, prudents, ils sortirent de la cabane. Explorèrent, accrochés l’un à l’autre, les environs.

Que des arbres… Des chemins de terre… Des arbres… Des chemins de terre… Un vrai dédale… Et des arbres.

Ils entendirent klaxonner. Se dévisagèrent, perplexes. Presque soulagés. Puis se précipitèrent dans la direction d’où venait  le bruit.

 

Mais les voilà finalement de retour à leur point de départ. À la cabane…

Des heures durant, ils avaient tourné en rond.

Sans fil d’Ariane, comment retrouver son chemin au milieu d’arbres et de chemins analogues ?

Leur Chevrolet les attendait… jouant des phares dans la nuit tombante. Une nuit de plus. Le klaxon, c’était « elle »…

Luke et sa femme, résignés, ignorèrent totalement le véhicule, veiné de racines et débordant de terre et de vers.

Ils retournèrent à l’intérieur de leur geôle, puis s’allongèrent sur le lit, se remémorant quelques plaisants souvenirs aussi longtemps que leur résistance au sommeil le leur permît.

 

Minuit…

Ils dormaient profondément.

La jambe droite de Luke se déplaça tout doucement vers l’extérieur du lit… Il porta une main à son visage pour repousser la main qui lui caressait la joue…

– Hum, se plaint-il. Laisse-moi dormir, Beth.

La main insista. Descendit, tout doucement. Sur son torse. Son ventre. Son entrejambe…

– Mais qu’est-c’que tu fais ? demanda-t-il à Élizabeth en baillant aux corneilles.

Il obligea sa tête, affreusement lourde, à se redresser. Ouvrit péniblement les yeux, pensant voir sa femme et non…

 

– Les yeux jaunes… chuchota-t-il.

 

L’homme se raidit. Quelque chose d’invisible le caressait… Et les yeux jaunes le fixaient, sournoisement.

Il se mit à transpirer… Son cœur… à battre la chamade !… S’il réveillait Beth, il risquait de la mettre en danger de mort.

– Pourriture, marmotta-t-il, les lèvres retroussées.

 

Deux mains incroyablement puissantes enserrèrent alors son cou. Il tenta bien de se contorsionner mais… impossible de se libérer de ce serpent qui se contractait davantage à chaque tentative, veine, de respirer.

– Beth… Beth… suffoqua-t-il.

Il sentit alors ses chevilles attrapées par d’autres mains, qui le tirèrent hors du pieu.

Élizabeth se réveilla en sursaut et murmura le prénom de son mari, qui était maintenu au sol.

Le feu dans la cheminée s’embrasa tout d’un coup. Élizabeth se remit à trembler, contenant un cri de terreur – un autre –, et se pencha au-dessus du lit.

Sur le plancher, elle découvrir Luke qui luttait contre la mort.

Son visage était écarlate.

Il tendit une main désespérée vers sa femme.

 

Ça se passa très vite.

 

Luke fut trainé sur quelques mètres, tel un sac de patates, les jambes soulevées.

Tout près de la fenêtre, elles se soulevèrent un peu plus, puis les fesses, le dos… et le corps tout entier de Luke fut comme… aspiré de l’extérieur de la cabane à travers la vitre.

Éclats de verre…

Élizabeth hurla.

Luke s’agrippa de toutes ses forces à l’encadrement de la fenêtre malgré les à-coups d’une violence inouïe. Il y laissa un annulaire, tranché par le verre.

 

Quand il disparut, avalé par les ténèbres, il ne resta plus que trois ongles sanguinolents restés plantés dans ledit encadrement.

 

À suivre…

 

 

Adam Gray

Publié dans Nouvelle

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Adam Gray 15/09/2011 18:36



Merci infiniment Alain, et... mille excuses !



Alain Delestienne 15/09/2011 10:42



Magie d'une excellente écriture : je commence à avoir franchement peur. Comment vais-je dormir la nuit prochaine ? Un genre qui semble fait pour vous ou l'inverse. Chapeau !!!



Adam Gray 13/09/2011 12:00



Voilà qui met du baume à mon coeur, merci Carine-Laure. Merci Christine. Un jour qui sait ? Celle-là ou une autre... Et je vous le souhaite également, du fond du
coeur.



christine 12/09/2011 17:03



Oui, moi aussi !



carine-LAure Desguin 12/09/2011 15:32



Je vois bien cette histoire au cinéma!



Adam Gray 12/09/2011 09:43



Merci beaucoup Christine, et Edmée.


Tout d'abord, mille excuses car j'ai relevé une faute d'orthographe vers la fin ; il va falloir que je corrige ma copie !...


Et pour répondre directement à Edmée, parfois, oui  SI ce que j'écris réussit à
m'empêcher de fermer les yeux, alors je suis O.K. avec le résultat... J'ai mis un peu TOUT ce qui me traumatisait, enfant, dans cette nouvelle : les yeux mystérieux et la main dans la nuit
extraits d'un vieux film en N et B dont j'ai oublié le nom, la vieille cabane maudite et perdue extraite d'un vieux film d'épouvante pourtant complètement risible (avec des yeux d'adulte),
le tueur des cauchemars, les morts vivants de Michael Jackson, etc...


De gros bisous, je retourne à l'écriture de mon roman... Encore merci...



Edmée De Xhavée 12/09/2011 08:17



Heureusement que je lis ça le MATIN et pas le soir... c'est effrayant! Adam, tu n'as pas peur de te relire, dis?



christine 12/09/2011 07:57



brrr... Tout y est... hémoglobine, suspens, bruits,... 


Et la suite ? terrifiante, ça, je peux vous l'assurer ! Encore un très grand bravo, Adam !!!