Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

 

point d'interrogation

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

 

 

 

 


 

Publié dans auteur mystère

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carine-Laure Desguin 23/03/2012 18:25


Merci Claude, toutes les femmes sont des comédiennes ...


Et puis quend je veux j'écris pas mal du tout 

Claude Colson 23/03/2012 18:07


Eh bien, tu pastiches pas mal !!!

Claude Colson 23/03/2012 18:05


Bravo, carine : je ne savais pas que les premières phrase étaient de Duras elle-même, mais c'était son style !! Chapeau (j'adore Duras).


 

carine-Laure Desguin 23/03/2012 18:02


Bonsoir tout l'monde ! Christine est absente et donc elle me demande de vous dévoiler le nom de l'auteur ....


Alors, qui c'est ? qui sait ? 


Et bien, l'auteur de ce texte, c'est :


 


CARINE-LAURE DESGUIN !!!!!!!!!!!!!


Hé oui! Ce texte a été écrit pour un concours. On nous donnait les deux ou trois premières phrases tirées d'un roman de Marguerite
Duras. Et on devait continuer une histoire ....Et à part draguer, sur les bords du Mékong, que vouliez-vous que je fasse ?? J'allais quand même pas ramer n'est-ce pas les amis ! Alors,
surpris??? 


Hi hi hi! 

silvana 23/03/2012 15:20


je pense aussi à une écriture féminine .  qui ?  il y a le choix chez CDL !

christine 23/03/2012 13:56


A part Nadine, tous pensent à une femme... hummm ! ben si vous le dites, pas vrai... Résultat des courses un peu après 18h. 

carine-Laure Desguin 23/03/2012 13:36


Ben oui maintenant que j'y pense, c'est peut-être Edmée de Xhavée ? Non, je garde Anne Renault. C'est pas bob boutique ça c'est certain. 

Edmée De Xhavée 23/03/2012 13:22


Pour une fois on ne me soupçonne pas et au fond c'est dommage car c'est un texte vraiment fort... Et je n'ai aucune idée de qui ça peut être.... mais c'est vrai qu'Anne Renault a une écriture
assez voluptueuse pour en être l'auteur!

carine-Laure Desguin 23/03/2012 13:07


Très beau texte; je ne vois pas ...Ecrit par une femme, je pene. Une femme aux sentiments raffinés. Sans doute un nouvel auteur ? Je ne reconnais pas le style de Nadine Groenecke, ni celui de
Micheline Boland. Je penserais à Christel MArchal ou Anne Renault car je viens de lire leur livre. Ou Sylvana Minchella ? Une astuce car cela lui ferait deux textes coup sur coup...Je conclus :
Anne Renault ! NA ! Un très beau texte de toute façon! 

Pâques 23/03/2012 11:22


Kate Millies?


 

Micheline Boland 23/03/2012 11:16


Un superbe texte. Je n'en dirai pas plus... 

christine 23/03/2012 09:23


je note : Maurice Stencel ou Anne Renault... Quelqu'un a-t-il une autre idée ?

Claude Colson 23/03/2012 08:54


Magnifique, je pense à Duras, à l'Amant, à Catherine Deneuve dans Indochine, de Régis Wargnier.


Eternité des sentiments, nostalgie poignante.


 Anne Renault ??? 

Nadine 23/03/2012 08:24


Je songe à Maurice Stencel, ça m'a l'air de correspondre à son style d'écriture. Et les histoires d'amour, c'est un thème qu'il affectionne. Un beau texte en tout cas.

christine 23/03/2012 06:16


Nouveau jeun, autre style... Alors qui découvra l'auteur mystère ? Cette fois, pas d'indice ! Et toc !