"L'enveloppe bleue", une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

L’ENVELOPPE  BLEUE

 

Il a plu à seaux toute la nuit. Ce déluge n’est cependant pas la cause de son insomnie : l’homme, patron d’un abattoir spécialisé dans la volaille, n’a pas trouvé le sommeil parce que l’épuisante journée qui l’attend, en cette avant-veille de fête de fin d’année, le perturbe.

«Ils se sont tous donné le mot pour attendre le dernier moment», ronchonne-t-il.

Après être passées entre ses mains, des dizaines de dindes et de poulets vont se transformer en mets plus sophistiqués les uns que les autres pour satisfaire de gourmands appétits.

Finissant de nouer le cordon de son tablier blanc, il appelle, irrité :

« Jacques ! Jacques, où es-tu ? Dépêche-toi, il y a beaucoup de travail aujourd’hui, je n’ai pas de temps à perdre. Je vais partir… »

La femme tempère l’impatience de son compagnon.

« Il ne va plus tarder, il m’a promis de ne pas traîner en allant chercher le pain. Attends-le, sinon il risque de piquer une colère, tu le connais… et puis, penses-tu que ce soit un spectacle pour un enfant ?

- J’estime agir pour son bien en l’emmenant chaque fois avec moi, son caractère s’aguerrit, il s’endurcit. D’autre part, il doit libérer la violence qui est en lui et il en a, crois-moi… on peut déjà être certain que, plus tard, Jacques ne sera pas une mauviette… »

Elle l’interroge du regard, pas vraiment convaincue mais n’insiste pas, s’inquiétant en silence pour son fils, si différent des gamins de son âge. Plutôt que de rechercher la compagnie des autres gosses, Jacques préfère passer d’interminables heures dans l’ambiance morbide de l’abattoir en prenant un plaisir malsain à la vue des exécutions perpétrées, à une cadence infernale, par son géniteur. Un géniteur qui exerce sur lui, une mainmise sans partage.

Dès son retour, Jacques enfile ses grandes bottes en caoutchouc. Le chemin est embourbé. Au dehors, père et fils s’empliront les poumons de cette odeur de terre mouillée qui répand un parfum revigorant qu’ils aspireront sans modération pour mieux supporter les exhalaisons respirées jusqu’à l’écoeurement tout au long d’une harassante journée de labeur… prouvant que les affaires, quant à elles, marchent plutôt bien. A un point tel que l’homme a l’intention d’engager deux nouveaux ouvriers au printemps prochain.

 

Trente ans ont passé.

Petit et ventru, Jacques Cordère aimerait tordre le cou à sa solitude. La perspective de l’avoir à ses côtés jusqu’à son dernier souffle pèse si fort, que ses larges épaules s’affaissent chaque jour un peu plus, lui conférant une silhouette voûtée, semblable à celle d’un vieillard.

Or, Jacques n’a pas encore atteint quarante ans. Un âge où, il l’a lu dans une revue spécialisée, l’homme atteint sa plénitude physique et mentale. Aussi, a-t-il décidé de mettre les bouchées doubles pour mettre un terme à sa vie de solitaire.

Ce soir, Jacques a rendez-vous. Il arpente, de long en large, le trottoir au pied d’un immeuble où se trouve le siège d’une compagnie d’assurances. Notre homme lutte contre une nervosité qu’accentuerait l’immobilisme.

Impatient mais surtout inquiet, il guette l’arrivée de cette femme contactée par l’intermédiaire d’une petite annonce trouvée dans le journal qu’il tient plié sous le bras :

Irma, 35 ans, veuve aisée, cherche homme seul entre 30 et 40 ans pour relations sérieuses. Situation stable, sympa, aimant les petits restaurants et la campagne.

Curieusement, aucun détail physique n’apparaît dans ces lignes.

«Bah ! Au diable le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse» se dit Jacques, conscient tout de même de ne pas se trouver dans les conditions pour faire le difficile.

La mention «aisée» ne le laisse, évidemment, pas indifférent. Parce que, tant qu’à faire, il préfère savourer un Pommerol au coin de l’âtre qu’un Château La Pompe auprès d’un vieux convecteur au gaz. Pour l’amour, on verra plus tard… avec le temps… 

Une chose l’embarrasse : le goût prononcé de la dame pour la campagne. Quelle horreur ! Avec son cortège de moustiques et de bestioles plus répugnantes les unes que les autres. Sans compter l’insupportable odeur de purin. Non, très peu pour lui. Quel plaisir peut-elle éprouver à la vue de prairies interminables remplies de vaches, de moutons et de cochons ?

«Quoiqu’en ce qui concerne ces derniers...» songe-t-il en rougissant à cette pensée osée.

Jacques trouve le temps de plus en plus long et de plus en plus froid. Il décide alors de jeter un coup d’œil sur le journal dont la première page est consacrée au tueur de flics qui terrorise la ville; celui qui tue les «poulets» en leur tordant le cou… mais, voici qu’elle apparaît, soudain, dans toute sa grâce.

Une silhouette fine et élégante, mise en valeur par la lumière blafarde que diffusent les lampadaires alignés sur le trottoir.

«Putain le flacon, du first class» se pâme Jacques.

L’inconnue traverse la chaussée et se dirige d’une démarche souple vers lui. Il se recroqueville. Relevant le col de son imper, notre amoureux transi enfouirait volontiers toute sa tête s’il le pouvait. Le rouge lui monte aux joues. Il voudrait fuir cet endroit. De plus, donner rendez-vous devant une compagnie d’assurances quand on en manque à ce point-là. Ah, comme il les envie, ces héros de cinéma, sûrs d’eux, parce qu’ils n’ont pas… le physique ingrat de Jacques Cordère, voilà tout.

« Monsieur Cordère ? Jacques Cordère ? » questionne l’arrivante en le dévisageant de ses grands yeux verts.

« Euh... oui... madame... »

Cette réponse de petit garçon «pris en défaut» agace notre homme qui, impressionné, juge déjà cette jolie veuve trop bien pour lui.

«Une fois pour toutes, Jacques, arrête de te ravaler ainsi ! Accroche-toi, vieux et dis-toi surtout, même s’ils ne sont pas apparents, que cette charmante créature a aussi ses imperfections, ses craintes, ses doutes…»  

« Avez-vous un endroit de prédilection où l’on pourrait dîner et faire plus ample connaissance ? questionne-t-elle, en le tirant de ses réflexions.

- Euh… oui… »

Ce rendez-vous capital a obsédé Jacques dès l’aube. L’estomac noué, notre homme n’a rien mangé de la journée. Il est, ce soir, aussi affamé qu’un top model se préparant à un défilé relevant de la plus haute importance pour la suite de sa carrière.

« Vous êtes garé loin d’ici ?

-… En fait, oui… euh, je veux dire non… ma voiture est à l’entretien… nous allons prendre un taxi, à mes frais, bien entendu… »

Jacques Cordère ment, il n’a pas de voiture. Il le dira plus tard ou plutôt, non, il doit le dire maintenant pour ne pas entamer leur relation sur un mensonge. Il se ravise donc :

« En vérité, je n’ai pas de voiture, je…

- Il n’y a aucune honte à cela. Vous pensiez que j’étais une femme qui jugeait sur les apparences ? C’est vraiment cette impression que je donne ?

- Je… je n’en sais rien… je… je ne sais déjà pas parfois qui je suis…

- Intéressant ce que vous me dites.

- Ah oui ? Je… je vais héler un taxi, le premier qui passe… évidemment, suis-je bête… tiens, en voilà justement un qui arrive… »

En montant dans le véhicule, Cordère jette l’adresse d’un restaurant italien situé non loin de son lieu de travail.

Cet avantage psychologique du terrain connu apporte quelque assurance à notre homme. Une assurance renforcée par le «Bongiorno signor Jacques» de Santo, le garçon, lorsqu’ils pénètrent dans l’établissement. Si bien que, profitant de l’état de grâce du moment, Cordère choisit, sans hésitation, une table dans le fond, pour deux personnes, flanquée d’un gigantesque aquarium dans lequel dansent, en une sarabande harmonieuse, une vingtaine de poissons multicolores.

Mais, à peine installé face à Irma, voilà que le manque d’assurance rapplique au grand galop. Aussi, Jacques prie la jolie veuve de l’excuser un instant et s’engouffre dans les toilettes pour retarder un tête-à-tête qui le paralyse de peur. Dans ces conditions, comment établir un plan de séduction ? Déjà que l’imagination coince quand elle est intensément sollicitée dans un laps de temps trop court.

«Papa, je t’en supplie, aide-moi, que dois-je faire ?» 

Jacques Cordère redevient subitement ce petit garçon tremblant devant un paternel dominateur qui n’imaginait pas le voir un jour devenir adulte et qui, dès lors, n’éprouva pas le besoin de l’entretenir des choses de la vie. Jacques n’a réussi à se soustraire de ce lourd héritage qu’à doses homéopathiques. Il est d’ailleurs toujours en traitement. Mais, ça va mieux, beaucoup mieux, hier encore, il n’aurait jamais osé répondre à une annonce…

Jacques se passe de l’eau sur le visage, réajuste sa cravate, remet de l’ordre dans sa chevelure clairsemée, cachée d’ordinaire sous une casquette à carreaux, et retourne prendre sa place en face d’Irma.

« Vous semblez connaître la maison, que me conseillez-vous ? interroge-t-elle.

- Des… ravioli à l’italienne, répond-t-il spontanément, ils sont succulents. Je peux vous donner la composition de la farce : 600 grammes de poulet cuit et désossé, 100 grammes de mortadelle, 100 grammes de jambon de Parme, 2 œufs, 1 oignon, 1 gousse d’ail…

-… Parfait, vous m’avez convaincue, sourit-elle, puis, elle ajoute d’un air ingénu : 600 grammes de poulet… vous aimez le poulet ?

- Oh oui, je l’adore… pourquoi ?

- Pour rien, fait-elle, pour rien… »

La langue de Cordère ne se délie qu’à l’énoncé de sa recette de cuisine favorite car, pour le reste, son imagination répond aux abonnés absents. Le dîner, en effet, s’apparente à un round d’observation pour l’une, à l’incapacité d’engager la conversation sur le sujet le plus futile soit-il, pour l’autre.

Les regards se croisent; le plus souvent, ils se fuient. C’est au dessert qu’Irma rompt la glace... au moyen de la petite cuillère argentée qu’elle tient avec une élégance raffinée. Les deux boules, vanille et chocolat, arrosées de crème fraîche, servent ainsi d’amorce à un échange de propos sur lequel le plus audacieux des bookmakers n’aurait osé miser le moindre franc quelques instants plus tôt.

« Monsieur Cordère... suis-je la première femme dans votre vie ? » Elle penche la tête de côté comme pour mieux sonder son âme.

Jacques est décontenancé. Que répondre ? Tout est si compliqué... et cela depuis toujours.

Il toussote pour s’éclaircir la gorge et, d’une voix qu’il s’efforce d’affermir, il ânonne un «oui» presque inaudible, agrémenté d’un sourire de crétin.

A quoi bon révéler les rares tentatives amoureuses qui ont lamentablement échoué… à faire rire de lui ? Il n’est pas conseillé non plus d’avouer l’amour secret qu’il éprouve pour cette jolie brunette dont les passages sont guettés, le soir, avant le J.T. de 20 heures.

Se trémoussant au son d’un rythme latino-américain, la jolie brunette en question vante les mérites d’une marque réputée pour la qualité de ses pâtes. Jacques enregistre chacune de ses apparitions sur son magnétoscope pour les mettre bout à bout. Il peut ainsi voir défiler la publicité en boucle durant plusieurs minutes.

Bien qu’il fréquente les plateaux de télévision en tant que machiniste, c’est lui qui, notamment, fait clap dans les clips, Cordère n’a jamais eu le bonheur de croiser cette créature de rêve. C’est peut-être mieux ainsi... que peut-il espérer et que… dirait-il ?

Jacques se sent mal à l’aise. Il évite le regard d’Irma face auquel il se sent nu comme un nouveau-né. Une Irma qui n’arrête pas de le dévisager. Elle le domine, sans aucun doute. Que cherche-t-elle au juste ? Car à présent, voilà qu’elle demande son avis sur le tueur en série, celui qui tord le cou aux poulets. D’après un portrait dressé par les experts, il s’agirait d’un homme victime d’un père dominateur, traumatisé dès son plus jeune âge par quelque chose qui reste encore à définir.

Un père dominateur… tiens donc, ça lui rappelle quelqu’un. Et si elle pensait que c’est lui, Jacques Cordère, le tueur ? Cette réflexion produit, chez «le mal dans sa peau» qu’il est, un ascendant qui s’estompe vite pour faire place à l’indignation. Comment penser une telle chose d’un être aussi respectueux de la vie ? D’accord, ils se connaissent à peine, mais elle voit bien qu’il n’a pas la gueule de l’emploi, ça saute aux yeux, non ?

«Jacques, tu dis des bêtises, car si tous les tueurs avaient la gueule de l’emploi, le travail de la police serait grandement simplifié. La police ! Irma en fait-elle partie ?»

La sueur qui perle sur le front de Cordère le polit comme un miroir. Il a l’impression qu’au moyen de ce support, Irma prend connaissance de ses pensées… et qu’elle comprendra ainsi qu’il trouve regrettable d’aborder un thème aussi sordide dans le cadre enchanteur de leur première rencontre. Mais cela, il n’osera jamais le dire de vive voix.

Santo vole au secours de Jacques en proposant une grappa offerte par la maison. Voilà qui détend l’atmosphère. Notre homme l’avale d’un trait, en commande une seconde à laquelle il réserve un sort identique puis, une troisième.

Jacques n’a pas répondu à la question d’Irma au sujet du tueur. Par contre, les bienfaits de l’alcool commencent à agir et, comme cette femme lui plaît beaucoup, il fait preuve d’une audace dont il serait incapable dans son état normal :

« Je... je le reconnais, c’est… c’est moi l’assassin… et… et, pour mieux assouvir mes bas instincts, je… je vous propose de… de venir prendre un dernier verre... chez… chez moi… »

A son grand étonnement, Irma accepte sans sourciller.

L’homme se relâche à un point tel que, dans le taxi qui les ramène à son domicile, il prend quelques distances avec la bienséance en posant une main baladeuse sur le genou de la femme.

Prenant un faux air de reproche, celle-ci suggère à l’intrépide d’ôter sa grosse paluche de là.

Il obtempère non sans avoir mollement insisté. Mais, peu à peu, l’air frais, filtrant par la fenêtre entrouverte de la voiture, remet les idées en place et, Jacques voit sa témérité soudaine se dissiper avec les vapeurs de l’alcool.

Arrivé chez lui, il est tout à fait conscient. Conscient surtout qu’il ne peut tout de même pas boire chaque fois plus que de raison pour faire preuve d’initiative. Il doit bousculer sa nature s’il veut parvenir à ses fins. Jacques sait qu’une chance comme celle-là ne se présentera pas de sitôt. Il ne peut dès lors la gâcher.

Il prie Irma de s’asseoir dans un canapé confortable et actionne l’interrupteur d’une petite lampe posée sur un guéridon. Protégée par un abat-jour, cette récupération en provenance du décor d’un feuilleton populaire, apporte un bonus à l’ambiance. Et pour rendre celle-ci plus romantique encore, il met un CD, acheté la veille, qui diffuse les grands succès de Dean Martin.

« Madame Irma... que puis-je vous servir... vodka, porto, rhum, whisky ?...

- Je me contenterai d’une coupe de champagne...

- Ah, ça… je… manque de pot, je n’en ai pas... mais, attendez... je pense qu’il y a moyen de s’en procurer au night shop... en fait, c’est plutôt du mousseux... »

Ce contretemps le chavire, elle le rassure :

« Va pour le mousseux... je vais aller le chercher moi-même... un peu de marche après un copieux repas me fera le plus grand bien...

- Vous... vous n’avez pas peur... il fait nuit... le tueur...

-… mais non, puisqu’il est ici, en face de moi ! Et puis je ne suis pas flic, je n’ai donc rien à craindre » balance-t-elle, un brin moqueuse.

Sur ces paroles, elle plonge la main dans son sac pour en ressortir une enveloppe bleue fermée qu’elle tend à Cordère.

« Ne l’ouvrez que lorsque je serai sortie. Dites-moi, où se trouve le night shop ?

- Tout au bout de la rue, vous ne pouvez pas le manquer » bégaie l’homme, intrigué par le pli qu’il retourne sans cesse entre ses doigts nerveux. Une étrange sensation le gagne.

« N’oubliez pas… ne l’ouvrez que lorsque je serai sortie ! »

Il croit percevoir une pointe de regret dans la voix d’Irma qui pose un baiser sur sa joue.

Sitôt la jolie veuve partie, Jacques se précipite dans la cuisine et s’empare d’un couteau. Avant de décacheter l’enveloppe, il songe à la chance qui est sienne.

Dans sa quête de trouver l’âme soeur, il vient de faire mouche. Bon sang, il y a des signes révélateurs : les regards incessants décochés dans sa direction au restaurant... la main qu’on demande, sans trop de conviction, d’ôter du genou... et puis surtout... Irma a émis le désir de boire du champagne. Ce délicieux nectar n’est-il pas approprié à la célébration d’un heureux événement ?

Enivré par les émanations d’un bonheur tout neuf, l’homme éventre l’enveloppe bleue d’un coup sec et découvre un texte impersonnel dactylographié sur une feuille A4 :

Cher Monsieur,

Je vous remercie pour l’excellente soirée passée en votre compagnie. Après un examen approfondi de votre charmante personne, j’ai le regret de vous annoncer que vous ne correspondez pas aux critères recherchés.

Veuillez dès lors me chasser de vos projets.

Bien cordialement. Irma.

La sanction est impitoyable. Hébété, l’homme flotte en apesanteur dans les brumes d’une infinie désolation.

 

La police piétinait dans l’affaire du tueur de flics. Un personnel, par la force des événements, de plus en plus limité, une infrastructure insuffisante, ont alors insufflé au commissaire Albert Grosbon l’idée de lancer dans l’arène des voyantes extralucides. Ces dames joueraient le rôle de chèvres pour confondre un dangereux psychopathe qui terrorisait toute une population et, particulièrement, ceux qui étaient garants de la sécurité de celle-ci.

Madame Irma, une épée dans le domaine de la voyance, toujours munie d’une enveloppe bleue, a jugulé l’hémorragie au terme d’une dixième rencontre avec un homme seul qui, lorsqu’elle a commandé un poulet au curry, a été pris d’une colère subite, incontrôlable.

Le coupable, un dénommé Jacques Larder, était le fils du propriétaire d’un petit abattoir spécialisé dans la volaille. Dès son plus jeune âge, le jeune homme a été amené sur le terrain des exploits d’un paternel détenteur d’une autorité sans partage. Là, durant des journées entières, il voyait son géniteur tordre le cou aux poulets. Atteint d’un syndrome gallinacéen irréversible, caractérisé par une déviance lexicale étroitement liée au port de l’uniforme qui représente la discipline, donc l’autorité paternelle, il en a conçu une haine féroce, meurtrière, à l’égard de la police.

Quant à Jacques Cordère, il s’en est retourné à son amour chimérique. Il épie, chaque jour, juste avant le J.T., la jolie brunette qui vante les mérites d’une marque réputée pour la qualité de ses pâtes et compense sa solitude en se régalant de ravioli dont la dégustation l’a, un soir, sauvé de la suspicion qui planait sur sa personne.

 

 

Alain Magerotte

Nouvelle extraite de "Crimes et boniments"

A Magerotte Crimes et boniments

Publié dans Nouvelle

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magerotte 23/04/2012 09:30


Merci Carine-Laure

carine-Laure Desguin 22/04/2012 16:51


Miam miam on se délecte à l'avance on se demande où cela va nous emmener et puis plops on tombe dans le panneau; bien bien! 

magerotte 22/04/2012 13:36


Merci Philippe, merci Christine, merci Silvana, merci Edmée, merci Jean-Michel, merci Georges.

Georges Roland 22/04/2012 10:09


Avec les récits d'Alain, on lit, on part, on gobe, on sourit, on s'esclaffe. Puis on se rend compte à quel point on a gobé! J'adore ces petits voyages dans le surréalisme humoristique.


En quatre lettres:BRAVO!


Euh, non, là il y en a cinq...

Jean-Michel BERNOS 22/04/2012 09:38


Quand un auteur est capable de créer une atmosphère, il rend l'histoire crédible... et, quand de plus c'est bien écrit, le lecteur est ravi !

silvana 22/04/2012 08:45


dans un état second, j'ai même fait une faute d'orthographe dans mon


commentaire : "  piéger "  of course !

Edmée De Xhavée 22/04/2012 08:40


Bravo! Tu nous mènes en bateau avec maestria... Et toujours ce style parfait!

silvana 22/04/2012 08:38


me suis laissée piégée,  j'ai dû relire pour comprendre... lol  !

christine 22/04/2012 08:26


Tu as raiso, Philippe, c'est trop court ! j'ai adoré le bouquin !

Philippe D 22/04/2012 06:18


Voilà une nouvelle superbement bien écrite qui fait passer un bon moment ... trop court.


Bravo Alain.