L'auteur de cette nouvelle ? Claude Colson !

Publié le par christine brunet /aloys

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Avoir de l'esprit ?

  

Elle venait de se dire ces fortes paroles.

Eh, oui. Ça faisait des jours qu’elle s’évertuait à retrouver en elle les réflexes premiers, l’animalité enfouie.

Avec une ligne de fortune elle attrapait des poissons dans un trou creusé à même la glace. Parfois elle parvenait à capturer un petit animal, le tuait rapidement au couteau, d’une main assurée.

Elle le faisait sans joie ni haine, juste pour calmer sa faim avant qu’elle soit trop forte et lui enlève ses dernières forces.

Survivre sans penser, voilà l’objectif qu’elle s’était assigné en se retirant volontairement sur la banquise.

Elle avait vite remarqué que les conditions extrêmes de la vie dans l’igloo, qu’elle avait dû construire, se supportaient mieux si elle parvenait à abolir tout ce qui n’était pas tendu vers cet unique objectif.

Pourtant, c’était « humain », elle n’avait pas joué le jeu totalement, emportant avec elle de l’eau en quantité, un brasero et des galettes d’alcool solidifié. Elle les enflammait de temps à autre, lorsque la température dans l’abri descendait au dessous de zéro.

Elle voulait retrouver cet état de l’âme, proche du nirvâna, quand l’être est débarrassé de tout désir non- satisfaisable, de toute tentation.

Le dénuement et l’isolement l’y aideraient, croyait-elle.

Aussi s’était-elle fait déposer en ce lieu désolé, sans âme humaine à la ronde. Elle dormait sur et dans les peaux d’animaux, mangeait et buvait sobrement, calmait de temps à autre ses désirs sexuels, qui du reste, comme tous les autres, s’espaçaient.

Sa vie s’écoulait comme au ralenti ; l’esprit s’engourdissait.

De jour en jour elle se montrait moins active et passait de plus en plus de temps étendue, à demi somnolente.

Elle ne le savait pas mais était en passe de bientôt gagner le défi qu’un peu absurdement elle s’était lancé ; …. faute de combattante.

Heureusement ou pas, ce jour-là, à la limite de l’Inexorable, le bruit saccadé des pales de l’hélico la tira de sa bienheureuse léthargie.

« Hé, ma p’tite Dame, c’est fini les vacances ! Votre mari a alerté la police qui m’a ordonné de vous ramener à la maison. »

Le pilote qui l’avait déposée cinq jours plus tôt la secouait, l’air inquiet.

Recouvrant à l’instant même la conscience et la pensée, elle se dit : « Je hais les gens qui ont de l’esprit ! »

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

Saisins d'une passion. Claude Colson

Publié dans auteur mystère

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Philippe D 23/06/2012 20:28


Ah ben, bravo Claude. Je n' aurais pas pensé à toi.

Claude Colson 23/06/2012 18:35


Je suis tellement paresseux que la plupart de mes textes sont courts ;)

carine-Laure Desguin 23/06/2012 18:13


Ah ben zut alors jamais je n'ai songé à Claude et je le croise chaque jour ....sur FB ! Bravo Claude pour ce texte court et très bien écrit!