L'appartement, une nouvelle de Claude Colson

Publié le par aloys.over-blog.com

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L'appartement

 



Désoeuvrée, elle s'approcha du balcon puis rentra  à l'intérieur de l'appartement.

 
Il n'était que 10 heures en ce  matin estival et le soleil cognait déjà bien fort par dessus la montagne. Elle resta là, assise devant la baie vitrée, contemplant le calme absolu de ce dimanche. D'où elle se trouvait, elle ne pouvait voir le bas des pentes et donc aucun humain. Étaient-ils déjà debout du reste ? On était au milieu des vacances. Les seuls mouvements perceptibles étaient ceux des hirondelles qui chassaient en bande, prenant soudain toutes ensemble des virages brusques.

 
Silencieux aussi, le lent mouvement des télécabines qui se croisaient, les unes partant à l'assaut de la plus proche cime, les autres rentrant sagement à la station. Le tout en boucle incessante.

 
Un éclair furtif attira son attention, derrière les baies du chalet situé en vis à vis.

 
Elle comprit immédiatement : quelqu'un l'observait avec une lunette et venait de la déplacer pour bénéficier d'un meilleur angle de vue.

 
Il était bien tôt et elle portait un simple déshabillé un peu vaporeux. Trentenaire encore,  à l'approche de la quarantaine elle était dans la pleine maturité de sa beauté.

 
Elle sourit intérieurement en rejetant de la main l'un de ses bandeaux noirs qui venait de lui tomber sur l'oeil. Il retomba ; elle résolut de les attacher en arrière d'un chouchou. Elle sourit à nouveau discrètement, s'avisant que le geste des mains jointes derrière la tête projetait avantageusement vers l'avant sa poitrine déjà un peu lourde.

 
Ah, l'indiscret ! Eh bien, il allait en avoir pour son argent, et elle, par la même occasion, allait se faire un petit plaisir.

 

Elle baissa la tête et, comme surprise du soleil qui lui chauffait le buste,  elle fit glisser lentement ses mains de son cou jusqu'à ses seins. Très doucement, feignant la rêverie, elle les entoura, les releva et entreprit de se caresser négligemment.


Ce faisant, elle se demandait qui pouvait bien être la personne qui l'observait ce matin-là. Un homme, sans nul doute. Peut-être un bel hidalgo, un peu oisif, comme elle, et qui la trouvait à son goût, jouant les voyeurs.


Surtout ne pas montrer qu'elle avait remarqué sa présence, le plaisir n'en serait que plus grand. Ah, quel bonheur de parfois titiller l'Interdit !


Tout en accentuant se caresses, elle l'imaginait lui, derrière l'oeilleton de visée, fantasmant tout comme elle, son souffle s'accélérant peu à peu, ses mains indécises, oui... ses mains... Et elle se mit à les penser sur elle, accomplissant ces mêmes gestes qui les portaient imperceptiblement de son torse à son ventre qu'elles frôleraient, passant alors doucement sur le voile délicat. Elle le fit à sa place. Comme pour être plus à l'aise, elle écarta un peu les cuisses. Que pensait-il à ce moment ? Cette interrogation porta son excitation à son comble. Ses mains remontaient centimètre par centimètre et elle frissonna de désir.


   Elle eut juste le temps d'ouvrir grand la bouche et d'écarquiller les yeux quand la balle l'atteignit en plein front, ornant celui-ci d'une petite étoile rouge, lui arrachant tout l'arrière du crâne.

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

 

Publié dans Nouvelle

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christine 13/06/2011 15:06



Que je me suis amusée à vous lire !!!!  En tout cas, Claude, une superbe nouvelle qui donne toute l'étendue de ton talent !



magerotte 11/06/2011 20:39



Bravo l'artiste, elle est parfaite !



Alain Delestienne 11/06/2011 11:48



Chapeau pour le coup de théâtre ! C'est triste, mais elle est morte heureuse.



Adam Gray 10/06/2011 23:14



Chapeau bas, Monsieur...



Philippe D 10/06/2011 20:44



Et voilà, j'ai la réponse. Je n'aurais pas pu trouver. J'aurais plutôt imaginer une femme, je ne sais pas trop pourquoi.


Bravo, Claude. La fin était vraiment inattendue.



Micheline 10/06/2011 20:15



Quelle surprise ! Bravo Claude !



Claude Colson 10/06/2011 18:49



J'avais déjà mis en ligne cette nouvelle sous le titre "Le balcon".



Claude Colson 10/06/2011 18:45



carine, méfie-toi du Claude qui dort !  :)



Pâques 10/06/2011 18:39



J'adore!


Une fin surprenante et radicale



carine-LAure Desguin 10/06/2011 18:38



Jamais jamais je n'aurais pensé que cette nouvelle fut écrite par Claude Colson, un homme que je pensais être inoffensif ! Et bien non, il tue aussi !