Jour de pluie, une nouvelle de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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Jour de pluie.


Comme elle se levait, elle alla à la fenêtre, tira le rideau et, bien qu’encore à demi endormie, elle ne sut réprimer une moue de dégoût. La pluie s’écrasait en larges gouttes qui, poussées par le vent, cinglaient la vitre en un bruit que modulait la violence des rafales. C’est ce qui l’avait réveillée.

 
La journée ne s’annonçait pas bien. Elle avait juste le temps de se préparer, de s’habiller et à dix heures le notaire l’attendait, elle et ses frères, pour la lecture du testament de leur père.


C’était incontournable et cela la révulsait. Elle n’avait que faire de ces formalités, de l’argent, tout comme du reste de sa famille.


Mais le vieux l’avait désignée exécutrice testamentaire et à ce titre le notaire lui avait fait savoir que sa présence était requise lors de l’ouverture.


Elle sortit donc, en maugréant contre son géniteur et sa dernière blague, douteuse à son goût.


La pluie diluvienne avait chassé toute âme des rues et tournoyait sa furie autour des bouches d’égout avant de s’y engouffrer. Le flot brunâtre dévalait les pentes, emportant de menus objets, et çà et là escaladait les trottoirs pour venir mourir aux marches des portes d’entrée. Parfois il parvenait à s’insinuer par les soupiraux et alors il envahissait
les caves.


Merde, se dit-elle, le taxi que j’ai commandé ne sera pas à l’heure. Ça va me faire rater le rendez-vous.


Le vent chargé d’eau lui mordait le visage et ses vêtements dégoulinaient, piteux ; de vraies loques. Elle commençait à songer qu’elle n’était plus guère présentable.


Il y a longtemps que son parapluie, retourné, s’était transformé en faisceau de ferraille inutile, et de rage elle le jeta derrière elle tout en essayant de préserver ses chaussures de l’eau omniprésente en restant tant bien que mal au plus haut du trottoir. Echevelée, elle devait avoir l’air d’une sorcière. Jamais elle n’aurait dû sortir.

« Mireille, mais que fais-tu dehors par un temps pareil ? »

Elle se retourna et vit avec délice Ronan, son premier amour, qui avait d’une main empêché le parapluie de le gifler et de l’autre lui offrait le secours, afin de la pousser dans le camion de pompiers tout proche et dont la tempête lui avait masqué l’approche.
Pleurant encore de rage, mais de moins en moins, elle se pelotonna contre la poitrine rassurante de Ronan, à présent bien à l’abri sur le siège.

Soudain et contre toute attente la vie devenait très belle.

Au diable le vieux et merde pour mes frères et cet abruti de notaire, pensa t’elle.

« C’est toi, Ronan, je ne t’avais pas reconnu. »……

 

 

Claude Colson

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Publié dans Nouvelle

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magerotte 20/07/2011 11:50



Ah, le coup du parapluie... très bon ! Bravo !



Alain Delestienne 16/07/2011 18:48



Bien écrite, cette histoire qui finit bien a été pour moi un petit moment de plaisir.



Micheline Boland 16/07/2011 09:03



Une atmosphère bien rendue et une super chute. Bravo Claude !



Edmée De Xhavée 16/07/2011 08:31



J'ai le souci de Philippe, la fin des lignes est avalée par je ne sais quoi... Mais le texte est court et son ambiance se retourne comme un parapluie!


Aaaaaah, le premier amour, voilà qui change tout!!!!



Philippe D 16/07/2011 06:59



Exercice bien difficile que de lire des lignes incomplètes (quel est le problème?) mais on comprend quand même l'ensemble de l'histoire.


Bravo Claude.



carine-LAure Desguin 16/07/2011 05:30



Et bien des textes de Claude Colson, on en redemande:D