Béatrice Bertieaux : La poésie. Un jardin. Pas si grand. Un mouchoir de poche

Publié le par christine brunet /aloys

 

Béatrice Bertieaux était d'accord pour un interview... Je lui ai posé mes questions... J'étais loin de m'attendre à sa réponse...

 

Je vous livre son texte sans rien y ajouter... que le plaisir de le relire encore...

 

 

 

 

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Depuis quand écrivez-vous?

 

Ce pourrait tout aussi bien être hier comme pas encore.  Lorsque j'écris, je suis cette autre.

La Poésie. Un Jardin. Pas si grand. Tout juste. Un mouchoir de poche. Rattrapé au P'tit Bonheur d'un recueil. Au hasard d'allées et venues de paroles. De départs et de retours. De lits de fleurs. De baisers. Du lilas de la glycine. De chardons et d'orties.

 

De peines à en mourir.

 

Ce pourrait tout aussi bien être un cagibi. L'on est la page. Un froncement de sourcils. Des embruns sur la couverture d'un livre.

 

Un songe. Celui d'un autre.

 

Ce pourrait tout aussi bien être. Mon atelier. Des dizaines de carnets éparpillés sous une armoire. Dans quelques tiroirs. Collés au plafond. Derrière un masque. Sur le front de ma poupée. Une boîte de feutres colorés. Des monticules de brouillons surchargés.

 

Des fourmis travailleuses. Des cahiers qui se feront oublier.

 

 

 

Pourquoi?

 

La Poésie s'enlove par le vent rassurant d'hiver. Ces soirs si froids. Quand la rêverie est si pleine. Quand  l'on est décidément cette autre.

 

 

Ce pourrait tout aussi bien être ces p'tits papiers de comptoir. Le rinforzando des silences. Des lettres rouges écrites sur un poignet. Des p'tits bonshommes maigres dessinés à même la paume pour se souvenir. Se souvenir des petits cœurs. Tous ceux-là s'éclairent à la lueur des bougies, au feu dans l'âtre. Dans ma maison tout là-bas du bord du lac.

 

 

Tu la connais, dis? Cette intimité? C'est ici que je te reçois lorsque tu me lis.

 

 

 

Un déclencheur?

J'écris de long en large. Multitudes insectes de tracés. D'arabesques. De ratures pour ne garder que l'essentiel. Le silence intuitif. Une pensée. Qui déjà n'est plus tout à fait la même. Ni tout à fait une autre.

 

 

 

Des poèmes? Des romans? Des nouvelles?

Ce pourrait tout aussi bien être un souffle. La rive d'une larme. Le bord d'une ligne. Une illusion. Comme un enfant qui sait mais qui fait semblant. Et même qu'à force de faire semblant …


 

Que vous apporte l'écriture?

Une poignée de sourires. Une étreinte de cœurs. Un lien entre étranges étrangers. Ces toujours inconnus. Une ivresse. L'abandon dans sa nudité ardente.

 

 

 

Décrivez-moi votre univers littéraire …

CHRISTIAN BOBIN en grand, en majuscules !!!: "Il n'y a rien dans l'attente, que la vie seule, nue et pauvre. (…) Elle nous apprend que l'amour est impossible et que, devant l'impossible, on ne peut réussir ni échouer, seulement maintenir un désir assez pur pour n'être défait par rien.

 

(…) Et cependant l'on écrit: c'est bien qu'il y a encore quelque chose à donner, mais on ignore ce que c'est. On le donne pour savoir ce que c'est. "(Lettres d'Or)

 

René Char: "J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté: la tache pure au-delà de l’encre souillée."

"N’ayant rien à contempler (cela m’ennuie), je me tends et me détends dans l’encoignure des braises."

"Nous nous unirons sans avoir à nous aborder, à nous prévoir, comme deux pavots font en amour une anémone géante."

 

"Les enfants et les génies savent qu’il n’existe pas de pont. Seulement l’eau qui se laisse traverser."


Cioran: Le Livre des Leurres : "(…) On ne revient pas de la poésie, de la musique et de la mystique à la philosophie. Un poète, un compositeur ou un mystique philosophent seulement dans des moments de fatigue, qui les forcent à revenir à une condition inférieure. (…) "

 

Baudelaire: Les Fleurs du Mal:

"(…) J'entends le crâne à chaque bulle

Prier et gémir:

- Ce jeu féroce et ridicule,

Quand doit-il finir?"

 

Arthur Rimbaud et ses Illuminations

"Veillées – C'est le repos éclairé, ni fièvre, ni langueur, sur le lit ou sur le pré. C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami. C'est l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée. L'air et le monde point cherchés. La vie.

Etait-ce donc ceci?

Et le rêve fraichit."

 

"Angoisse – (…) Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer; aux supplices, par le silence des eaux et de l'air meurtriers; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux."

 

 

 

Et puis, tant et tant que je ne puis tous les citer … Le Livre du Saphir de Gilbert Sinoué, le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, …  Styron, Whitman, Fante,  …

 

 

 

A ce jour, rien ne nous permet de dire que l'univers soit, soit fini, soit infini ….

 

 


 

Béatrice BERTIEAUX

 

http://beillaboheme.blogspot.com/

 

 

Publié dans interview

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Philippe D 03/10/2011 20:05



Bon, ben, je croyais être en voie de guérison mais j'ai toujours autant de mal avec la poésie, moi!



Alain Delestienne 03/10/2011 12:31



" ......., elle est d'ailleurs." Ca bouillonne dans tout l'être de Béatrice Bertieaux et, c'est une intuition, elle doit être capable de fréquenter le plus noir de notre monde et de le
transformer en un sourire, en force et beauté. J'ai eu l'impression de lire une langue unique qui n'appartient qu'à elle. Un univers à pénétrer avec précaution sans penser trop vite qu'on y
est entré.



christine 03/10/2011 09:18



La découverte d'un auteur trop discrète qui mérite vraiment qu'on se rapproche de son univers poétique... Un blog super... merci, Béatrice, pour cet interview !