Barbara Flamanden invitée d'Aloys avec un article dans Bruxelles culture signé Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

Barbara Flamand, une existence pleine… pour rien ! 

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Une vie entière avec l’impression de s’être trompée de A à  Z sur l’évolution de nos sociétés européennes (qui englobe les Etats-Unis), d’avoir perdu ses illusions politiques en chemin et de conclure par l’absurde, voilà à quoi ressemble ce livre magnifiquement écrit mais d’une vérité crue, celle d’un échec qui se résume à la fin de la vie de l’écrivaine par une profonde désillusion, qui confine à l’absurde : tout ça, pour ça ! 

Barbara Flamand a été de toutes les batailles de l’ultra gauche pour se rendre compte à l’heure du bilan qui approche qu’elle avait tout faux ! Ceci n’est qu’un avis bien sur, et je présume qu’elle ne voit pas les choses de cette façon, mais l’URSS a disparu, la Russie s’est effondrée avec le mur de Berlin et le communisme n’a plus d’adeptes sérieux en dehors de la Corée du Nord et de Cuba. Tout ça, pour ça !

« Snobée en Belgique, ignorée en France, il fallu qu’une éditrice praguoise réalise enfin la portée de ses textes  et fasse l’effort de les traduire en… tchèque, pour les faire paraître par la suite dans notre pays. » Il a fallu du temps, mais elle a  tenu bon et Barbara Flamand est devenue une écrivaine prolifique, respectée, controversée certes, mais d’une totale sincérité. Elle a publié 13 recueils de poèmes, deux romans, deux essais, et diverses pièces de théâtre pour clôturer en 2021 aux éditions Bernardiennes par ce livre étonnant qui raconte sa vie teintée de tristesse et de désillusion malgré son titre paradoxal « Il était une fois… le bonheur ». 

Très jeune, la petite Barbara s’est vite rendue compte (dès ses 12 ans) que la religion ne reposait sur rien de sérieux et que nous n’étions en fin de compte que des primates plus évolués que les singes, donc pas des bêtes à bon dieu. Elle prit alors le parti de l’espoir un peu fou, en se donnant aux sirènes de l’ultra gauche et de l’athéisme dont elle devint une ardente combattante. 

Elle a tout expérimenté, depuis la vente du drapeau rouge dans les rues de Prague, à diverses amours de passage jusqu’au jour ou elle rencontre enfin (c’est elle qui l’affirme) un homme qui venait de perdre sa femme depuis quelques mois (il fait 25 ans de plus qu’elle)  et trouve en elle, l’égérie qui réussira à combler ce vide, Marcel ! Elle vivra alors une passion complète jusqu’à son décès, même si elle reconnait avoir vécu entretemps diverses amours lesbiens. Dans la vie rien n’est jamais simple, surtout lorsqu’on parle de sentiments ! 

Une vie d’aventures bien remplies mais qui se clôture en fin de compte, vers la fin de son parcours, par une grande solitude, le constat décourageant sur le plan politique du triomphe de l’ultra libéralisme et d’un dernier décès, celui de sa chienne Laika sur qui elle avait reporté le trop plein d’amour qu’il lui restait. Une chienne, au lieu de l’homme ! 

Personnellement je retiendrai surtout de « Il était une fois… le bonheur » la première partie du livre où elle raconte avec une simplicité et une franchise désarmante, l’histoire de sa vie. Ça commence avec une gosse perte de temps, dieu, (je l’écris avec ostentation en lettres minuscules), jusqu’au jour où dans une nacelle, à la foire entre ciel et terre, elle se sentit libérée et capable de choisir. Elle venait d’avoir 12 ans ! « Je ne crois plus en Dieu, parce qu’il n’existe pas… je n’ai pas besoin d’aide, ma conscience me suffit. » explique t-elle au curé de sa paroisse, désemparé. Et tout était dit. 

Après quoi elle fit la connaissance de son premier grand amour qui l’emmena à Prague, mais ce n’était pas le bon (il était violant et un peu barjot) et divorça, puis rentrée en Belgique fit la connaissance de Marcel, un responsable du « Drapeau Rouge » beaucoup plus âgé qu’elle mais dont l’aura et l’intelligence firent  main basse sur son esprit partagé entre son engagement politique sans retenue et l’amour inconditionnel d’une amoureuse séduite par son aura politique… un amour total qui ne se démentira pas jusqu’ajour où intervint l’accident et le décès de l’ être aimé : « C’était un samedi fin d’après-midi, il sortit de la voiture et s’écroula. Les infirmiers de l’ambulance ne purent le ranimer. Il était bel et bien mort ! » 

Dans le même temps elle fait la connaissance de Simone, une jeune fille effrontée qui du jour au lendemain l’initie au monde lesbien ! Une expérience ravissante qui lui apprit qu’on pouvait aimer de plusieurs façons et qui dura plusieurs années. 

Et voilà ! Une vie qui se résume en quelque phrases, des amours compliquées, un parcours politique chaotique qui ne mène nulle part et fort heureusement pour nous, lecteurs, une existence consacrée à l’écriture (elle ne cessera jamais de coucher ses impressions sur papier) qui au fil des ans tissera l’histoire mouvementée mais décevante sinon absurde du communisme. 

« La jeunesse d’aujourd’hui n’est plus celle qui se voulait le fer de lance dans le futur. Il s’agit de se caser au mieux dans une société sans but !  Je la quitterai cette société en ayant perdu l’espoir des lendemains qui chantent. » 

Je pourrais évidemment vous parler des autres textes de cet ouvrage où elle raconte des histoires fortement influencées par ses convictions  politique (les ouvriers d’une part et les méchants ou minables patrons de l’autre) mais je les trouve à tort ou à raison trop engagés, parfois d’une façon simplistes,  pour être représentatifs. D’autant plus que ces « patrons » sont la plupart du temps des ouvriers qui ont réussi et travaillés dur pour y arriver.. Soit. 

« Il était une fois… le bonheur » est un très beau livre, remarquablement écrit, et témoin d’une époque où la gauche, on pourrait même ajouter l’ultra gauche, faisait rêver une partie de la jeunesse obnubilée par le rêve des lendemains qui changent, mais ne parvint jamais à concrétiser. » 

Ce qui m’a littéralement convaincu dans ce livre controversé mais passionnant, c’est le « ton », la finesse de l’écriture, et l’incroyable franchise d’une vie passée pour rien (ce n’est qu’un avis bien sur), et totalement consacrée à un idéal déchu. Au confins de l’absurde !

« Quel sens ? Question que beaucoup ne posent pas. Et d’ailleurs ils n’ont pas besoin d’un sens. C’est sage. Car la question posée, le mot qui saut dans la tête est l’absurdité… Vivre pour mourir ! Mourir: le gouffre. ? L’abime ? ». 

 

Bob Boutique

 

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C
Très rares sont les gens capables de reconnaître leurs erreurs, surtout quand ces erreurs sont admises sur le tard, après toute une vie de militantisme aveugle en faveur d'une illusion ! Bravo, il importait effectivement de lui en donner acte...
Plus de 100 millions d'assassinats perpétrés par les divers régimes communistes ayant ensanglanté la planète, et on ne s'étendra pas sur les souffrances endurées... Rien à envier en somme au nazisme de sinistre mémoire, "peste rouge" ou "peste brune", « génocide de classe » ou « génocide de race », un mort est un mort, peu importe l'habit du bourreau.
En conclusion : il est certes permis de rêver de progrès, mais attention aux utopies quelles qu'elles soient, feux rouge clignotant, danger !
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C
Merci Bob pour ces infos, j'ignorais tout de la vie de Barbara Flamand.
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