Un texte signé Edmée de Xhavée sur le thème de "terreurs nocturnes"... Thème proposé pour la revue !

Publié le par christine brunet /aloys


 

C’est qu’avec mon nœud pap ‘, je sais que j’ai l’air con. Elle tient absolument à ce que je le mette pour me différencier des autres, les braillards du quartier comme elle dit. Alors bon, le soir ils me voient tous avec mon nœud pap’ et se fichent de moi. « Quel minet ! » « Et le frac, tu l’as laissé chez le teinturier ? » « T’as l’air trop con ! » (et la… je suis bien d’accord…) « La nuit, tous les chats sont gris, sauf ceux qui ont un nœud pap’ fluo, hahahaha ! ». Car oui, il est fuschia et fluo. J’ai de la chance qu’en plus il ne joue pas jingle bells, ça ne doit pas encore exister…

 

Ceci dit, elle m’adore et j’aurais du mal à supporter qu’elle m’adore moins. Son lit est chaud et paisible, sent bon le frais – même si hier je dois admettre qu’il y avait une petite odeur de pieds, elle était restée en tenue cocooning toute la journée avec des chaussettes anti-dérapantes. Mais d’habitude ça va, c’est plaisant, et je me colle avec tant de passion contre son dos qu’il lui est arrivé de se retrouver sur la carpette. Ce sont des choses qui arrivent…

 

Mais pour en revenir à la nuit et ses effrois, il faut quand même que dans le quartier, on sache que ce jardin, cette femme et ces parterres… c’est sous ma surveillance. À moi, en somme. Alors je sors, je m’arrête sur le seuil de la porte de la cuisine, je bombe le torse (que j’ai assez velu, qu’on se le dise…) et je pars d’un pas de crocodile, le nœud pap’ se dandinant un peu, vers la troupe de va-nu-pieds du quartier. Sac-à-puces a une oreille déchirée et pue du bec que c’est pas possible (oui, pire que les pieds sous la couette…), Pisse-partout a perdu une dent devant et a vraiment une tête de gargouille quand il retrousse les babines pour me faire peur. 

 

Peur… j’ai, et comment ! mais n’en dis-rien, cher journal, car ce n’est pas la peine qu’ils aient un autre motif de rire de moi. 

 

Je prends donc l’air insouciant, gratte sous les rosiers pour y déposer un cadeau de plus - le jardinier crie toujours bien fort en les trouvant, mes hommages, je pense qu’il est ravi – et puis je m’assieds bien en vue pour me toiletter. Hop la patte arrière levée à la Rudolf Nureyev, gracieux et distant, je les guette de sous mes paupières. 

 

Sac-à-puces est toujours le premier à être vulgaire. Il pousse un grondement effroyable comme le bébé de la voisine, qui m’avait fait sursauter et sautiller de côté comme un crabe la première fois que je l’ai entendu… Il me regarde, aussi, bombant le torse – un peu pelé et croûteux, car dans sa cour des miracles il donne et prend des raclées quotidiennes, raison de ses oreilles frangées – et fouettant l’air de sa queue maigrichonne. Alors son second, Pisse-partout, fait le blanc-bec et se met aussi à couiner d’une voix de fausset, faisant mine de vouloir me sauter dessus et me dépouiller de mon nœud pap‘ probablement. 

 

Je continue mes soins de beauté, et comme je ne suis pas encore castré – elle me l’annonce comme un grand jour merveilleux assez proche, soi-disant mes pipis sentiront l’eau de rose et je deviendrai gras à lard, qu’elle dit – j’envoie un jet qui transformerait en statue de sel le premier qui s’approcherait, et de fait les rosiers commencent à avoir le teint jaune. 

 

Ensuite, dans les hurlements réunis des deux minables palaces à tiques et puces, je m’avance en roulant des mécaniques et m’arrête sous le mur où ils font tout leur cinéma, et puis j’utilise mon arme secrète. Les plus tendres des miaou miaou sortent, stridents, déchirants, de ma petite bouche innocente, et elle surgit à la porte : Ludovic, où es-tu ? Encore ces deux horribles matous nauséabonds ? Brave, mon Ludovic, tu défends bien ton territoire, viens maintenant ! Croquettes time !

 

Et comme souvent, elle a pris dans sa réserve de pommes de pin ce qu’il faut pour canarder les deux nigauds qui s’enfuient de mes terres, indignés. 

 

La terreur du quartier, c’est moi !

 

Publié dans Textes

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Commenter cet article

Marguerite Debois 28/04/2021 11:26

Plein d'énergie, de bravade et d'humour

Christian Eychloma 28/04/2021 11:24

Désopilant !!!! :))

Edmée De Xhavée 28/04/2021 10:45

Merci à tous, oui mon minet est charmant il faut le dire....

Brigitte Hanappe 28/04/2021 10:02

C'est absolument craquant! Peut-être parce j'ai retrouvé dans les descriptions les mimiques de mon gros matou mais surtout par le style des phrases.

Micheline Boland 28/04/2021 09:58

Excellente histoire !

C.-L.Desguin 28/04/2021 08:43

A lire ce texte j'ai envie de caresser un chat, tiens. Merci Edmée!

Philippe D 28/04/2021 07:36

Retrouver les mots d'Edmée, le matin, c'est... c'est le soleil qui se lève !