Pierre Koole Paulus nous présente son ouvrage "Dans les yeux d'une jumelle"

Publié le par christine brunet /aloys

À propos de l’auteur

 

Politologue de formation, c'est grâce au journalisme que Pierre Paulus, né en 1989, parvient à vivre de ses vocations : être le messager d’autres passionnés et valoriser des initiatives trop souvent ignorées.

« Dans les yeux d'une jumelle » est son premier ouvrage.

 

En quelques mots

 

Stéphanie, 28 ans, se bat contre un cancer. Une fois de plus. La cinquième en à peine quatre années. Malgré les épreuves, elle garde un moral d'acier et une étonnante légèreté. 

Pour sa jumelle, Hélène, c'est une autre paire de manches. Frustration, impuissance et injustice la hantent. « Pourquoi elle ? Pourquoi pas moi ? », ressasse-t-elle. « Si seulement je pouvais être malade à sa place. Au moins une fois. »

Et l'auteur de fondre le lecteur dans le corps et l'esprit d'Hélène tandis que Stéphanie est hospitalisée. Le temps d'un récit de vie intense, aux regards croisés et à la complicité sororelle, sinon fusionnelle.

 

Extrait

 

Stromae résonne dans la bagnole. Assise à la place du mort, Stéphanie chante, danse et sourit malgré sa maladie. Je feins de dormir sur la banquette arrière, assise vaille que vaille entre le brol et les jambes de Mummy, notre mère. La route nous emmène de notre maison, à Enghien, jusqu’à l’hôpital de Louvain. Elle me paraît courte. Peut-être parce que je la connais bien ? Comme si nous l’empruntions pour la millième fois. Et cette fois, qui plus est, ça roule. Pas de bouchons. La bagnole fend les paysages à une vitesse folle. Le soleil donne malgré l’hiver. Les chants claironnent malgré l’itinéraire.

- Hélène, tu connais celle-ci ?, me demande Stéphanie.

- Non, dis-je, ce n’est plus Stromae. Si ?

- Non non… C’est qui encore ça Pierre ?, demande-t-elle à son copain qui nous conduit.

- CharlElie Couture, répond-t-il, enthousiaste.

- Écoute Hélène, le texte est comique, reprend Stéphanie.

La mauvaise sono crache ces paroles : « L'amour est solide comme la glace. Mais au fond, l'amour fond. Comme les petites marionnettes, ainsi font, font, font… » Je demande à Stéphanie de mettre moins fort. J’apprécie les paroles, mais la piètre qualité de la sono atteint mon cerveau. Ça bourdonne dans ma tête. Je retiens mes larmes, ce qui accentue mon mal de crâne. Stéphanie comprend. Elle ne se vexe pas et baisse le volume. Pierre fredonne le texte. Un mot sur deux, parfois à côté. Stéphanie continue à dodeliner. Je l’admire et lui réclame sa main par-dessus le siège. Elle me la tend, je la tiens. Je ne la lâcherai plus jusqu’à la fin de notre chemin, enfouissant mon chagrin dans l’appui-tête qui la soutient. Pendant ce temps, Mummy tapote sur le clavier de son smartphone. Ça m’énerve un peu.

- Mummy, tu peux arrêter s’il te plaît ? Tu n’as pas déconnecté plus d’une minute depuis qu’on a démarré.

- Mais je dois répondre à des messages, justifie Mummy qui, ce jour-là, fête ses 65 ans.

- Et alors ? Tu peux débrancher Facebook.

- Il n’y a pas que sur Facebook que je reçois des messages… Je ne suis même pas sur Facebook, là.

Je ris. Qu’est-ce qu’elle peut être de mauvaise foi celle-là parfois ! Je vois à travers le reflet de ses lunettes pendues à son nez son fil d’actualités Facebook défiler. Elle zappe illico et sélectionne l’appli photos. Elle prend quelques images que je juge inutiles.

- Mummy, please… Coupe au moins le son de ton smartphone.

- Mais je ne sais pas comment on fait.

- Je vais te montrer.

Nous nous approchons de l’hôpital de Louvain, ma main toujours serrée à celle de Stéphanie. Aussi fortement que mon ventre est noué. Stéphanie, elle, garde sa légèreté. Elle remonte le son. Je ne connais toujours pas l’artiste, mais la mélodie me file des frissons. Des violons portent ce refrain : « Après la nuit, avant le jour et à travers les roselières. Après la nuit, avant le jour, j'irai chercher les hautes lumières. » Stéphanie chante en chœur avec Pierre. Je partage leur message. Voilà ce que nous venons chercher à l’hôpital pour la millième fois : de l’espoir par-delà toutes formes de barrières.

 

Publié dans Présentation

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Commenter cet article

Philippe D 20/02/2021 20:43

Un sujet un peu épineux, mais un récit certainement très intéressant...