Texte n°10 concours "les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Derrière la porte.


Derrière la porte, je vais entrer dans un autre univers. Je vais retrouver un regard affectueux que je sais troublant comme un bord de mer à l’eau limpide, profond comme un océan de connaissances et frétillant de vie, malgré des déferlements de vagues qui l’ont tourneboulé au cours des nombreuses tempêtes passées.
J’aimerais que le bonheur lové dans mon cœur transparaisse dans mes yeux, tel un souffle de caresses d’un vent de printemps tiède et délicat qui transporte de suaves parfums de tendresse.

Derrière la porte, que pense-t-il de moi ? Suis-je sa petite fée comme il m’appelle ? Son bouquet de gentillesse ?
Cette idée me fait rire. Je suis moi tout simplement. Je viens parce qu’elles sont là. Celles qui se sont incrustées. Celles qui coupent l’appétit quand un voile humide floute les aliments. Celles qui réveillent la nuit quand des cauchemars surgissent. Celles qui angoissent quand un pied bute contre un tapis ou à chaque pas incertain. Celles qui font haïr le téléphone silencieux ou la télévision trop bruyante.
Non ! Elles ne doivent pas occuper toute la place.
Non ! Elles ne doivent pas en faire à leur guise.
Si l’une se montre au grand jour, l’autre se devine sous la pudeur.
C’est à cette dernière que j’en veux.
Et celle-là, je peux la combattre.
Alors, derrière la porte, je m’incruste souvent.

D’ailleurs, j’ai ma place dans le fauteuil rouge. Il m’attend avec son plaid à carreaux qui cache son tissu élimé. Il m’offre deux coussins qui servent à combler le vide de l’usure. 
Près de la cheminée, je me love entre les deux imposants accoudoirs. 
Dans le crépitement du feu, je m’installe. 
Dés lors, je suis ailleurs, dans un espace proche, tout proche du mien mais pourtant si lointain pour beaucoup.
Me voilà prête à voyager dans le temps en chevauchant sur des mots et des phrases qui vont se bousculer dans une impatience contenue trop longtemps. Il me suffit de poser une question ou simplement de sourire pour que le tic-tac passé d’une vie résonne. 
Souvent, je me rappelle de certains passages. Je les redécouvre en savourant l’intonation qui image ces « avant » et ces « hier » lointains. 
Dans la musique des récits souvenirs, je suis à côté de lui.
Ces richesses d’une existence qui s’étire me plaisent.
Grâce aux photos encadrées de dorure, je l’imagine. Je le vois avec son charme d’antan.
En l’écoutant, j’apprends ce qu’il fut un jour, ce qu’il est toujours à l’intérieur.

Mon doigt sur la sonnette, je souris.
Derrière la porte, pépé Guy, mon cher voisin, va apprécier ma venue.
Sa vieillesse et sa solitude n’ont qu’à bien se tenir.
Ensemble, nous ferons un pied de nez à la première et nous éloignerons la seconde.

Publié dans concours

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Philippe D 11/03/2019 21:30

J'aime beaucoup le style de l'auteur(e).

Jean Louis Gillessen 11/03/2019 14:36

Je rejoins pleinement mes deux consœurs : oui, une écriture tout en finesse qui traduit joliment tant d'amour, de complicité, d'hardiesse et de tendresse. Un bel hymne au partage. Bravo.

Séverine Baaziz 11/03/2019 10:17

Un style tout en poésie pour servir un final bien ancré dans le concret. Bravo !

Edmée De Xhavée 11/03/2019 09:15

Bien de la tendresse à partager et du présent à construire derrière cette porte-là