Jean-Jacques Manicourt nous présente son dernier roman "Les Oublis Parfumés"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Biographie :

J'écris depuis mon premier chagrin d'amour, ce qui laisse à penser que l'écriture, pour le coup, était une sorte de travail de deuil. Ou, pour le dire autrement, parce que les femmes m'y conduisent. Il y a là un réel indicible, un roc incontournable.

Etre conduit en écriture par le désir, la beauté, la chair et le sang, c'est, je crois, ce qu'il y a de plus vivant dans l'existence. En somme, écrire c'est continuer à vivre, à désirer ; mais je pourrais très bien prétendre demain que les femmes n'y sont pour rien !

Résumé :

La fin du monde n’avait pas dit son dernier mot ; elle misait beaucoup sur un petit morveux de caporal allemand ; elle comptait aussi sur la bêtise qu’elle avait vue briller dans les états-majors des deux armées face à face, et sur la propension de l’homme à oublier l’horreur, le sordide, la pulsion de mort à l’œuvre. Restaient les oublis parfumés : les chairs calcinées, décomposées, suintantes, l’odeur de la pourriture, du sang versé pour rien, même la connerie des maréchaux puait. 

Extrait

 

La fin du monde avait raté son coup. La grande boucherie et la grippe espagnole n’avaient pu venir à bout de la race humaine, de peu certes, mais elle avait échoué. Les vivants étaient donc des survivants.

Apollinaire avait été épargné, gueule cassée au bois des buttes, puis trépanée ; mais Egon Schiele avait suivi dans la tombe celle qu’il aimait. Jules était revenu sans une égratignure, des tranchées, de la vermine, des éclats d’obus et de cette machine à mutiler les corps. Au village, personne ne pouvait croire qu’un poilu pût revenir de l’indicible avec tous ses membres, toute sa tête, indemne indûment. On suspectait le miraculé de 14/18 d’avoir été, dans son bel uniforme rouge garance, un soldat de derrière les lignes de front, un planqué.

Toutefois, la fin du monde n’avait pas dit son dernier mot ; elle misait beaucoup sur un petit morveux de caporal allemand ; elle comptait aussi sur la bêtise qu’elle avait vue briller dans les états-majors des deux armées face à face, et sur la propension de l’homme à oublier l’horreur, le sordide, la pulsion de mort à l’œuvre.

Restaient les oublis parfumés : les chairs calcinées, décomposées, suintantes, l’odeur de la pourriture, du sang versé pour rien, même la connerie des maréchaux puait.

Et pour ceux des générations à venir : les monuments à la mémoire des pères morts au combat. Les fils n’en auraient rien à foutre.

Publié dans présentations

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Séverine Baaziz 19/02/2019 12:04

La guerre et ses bouleversants versants !Des mots forts et une écriture remarquable ! Bravo à l'auteur !!!

Christian Eychloma 19/02/2019 09:23

Super présentation ! Quelle gifle !

Edmée De Xhavée 19/02/2019 09:22

Une période qui n'est pas encore détachée de nous parce que les grands-pères ou leurs pères l'ont connue, en ont parfois parlé ou ramené des terreurs et des récits d'avantures... C'est tout proche encore et oui, les odeurs sont encore dans nos mémoires, y amenées par le souvenir de ceux qui étaient à avant nous...