Concours "Les petits papiers" n°3

Publié le par christine brunet /aloys

Si je gagnais le pactole ?

N’imaginez pas que ça changerait une autre vie que la mienne, en tout cas pour ce qui est de changer en bien.

Pour commencer, je ne devrais pas marchander sur le tarif du tueur à gage qui enfin me débarrasserait proprement de Fulbert, mon beau-frère. Proprement, j’entends par là sans traces de pas, gluantes et rouges, conduisant au manoir, car pour le reste… ça peut-être une boucherie pire que le massacre des dauphins aux îles Féroé. Et plus sonore qu’une rave party. Au moins sa voix ne dira pas comme d’habitude Mais je n’ai fait que vous l’annoncer, Oswald, que votre femme vous tromperait. Je vous avais prévenu dès que vous l’avez amenée à la maison… je vous ai dit qu’il y avait quelque chose de louche dans cette femme-glaçon, un peu comme une Grace Kelly distante qui devient une bayadère aux sens enflammés dès qu’on enlève ses lunettes et déboutonne son tailleur… souvenez-vous Oswald… Vous n’avez que ce que vous méritez, pauvre sot. Je vous avais averti ! Ce qui m’horripile le plus c’est ce pauvre sot dont il couronne régulièrement mon nom. Oswald, pauvre sot. Pauvre sot.

Car ma femme Drusilla… mais bien sûr qu’elle me trompe. Et finalement ça m’arrange plutôt. Qui m’avait prévenu qu’elle avait des seins plus velus que ceux d’une femelle orang-outang ? Regarder mais pas toucher, m’avait-on bien recommandé. C’est une jeune fille de très bonne famille, de ce genre de famille où on ne touche rien du tout avant le mariage. Un baiser sur la joue, éventuellement l’œil peut se poser plus longuement sur le genou, mais patience, après l’autel l’hôtel et les délices nocturnes. Sauf que là… j’ai compris qu’on ne pouvait m’avoir menti en me garantissant sa virginité. On pouvait faire des nattes sous ses aisselles, et un peigne à carder la laine aurait perdu ses dents dans les bouloches de son ventre. La rusée demoiselle avait attiré l’intérêt de ma mère par ses tenues modestes, ses chemisiers fermés à la base du cou, ses jupes au-dessus du mollet, ne révélant la pointe du genou qu’en position assise. En-dessous, je ne le compris que trop tard, le rasoir n’avait dénudé la chair que jusqu’à mi-cuisses. Ça coûte un pont en mousse à raser, m’expliqua-t-elle alors en souriant, et demandant si désormais on pourrait partager la mienne. Elle crût bon d’ajouter que cette pilosité hirsute et indomptable était un héritage génétique ayant traversé les âges qui ne touchait que les femmes, et qui leur avait mérité le surnom de peaux de velours. J’aurais trouvé Tapis-brosse mieux adapté…

Et donc si j’avais le pactole, eh bien le tueur à gage pourrait aussi me débarrasser de Drusilla. Je suppose qu’il me ferait un prix de gros. Car je pourrais très bien lui faciliter la tâche en organisant un rendez-vous clandestin entre mon beau-frère et Drusilla. Il ignore tout de l’effroyable secret pileux et comme les autres… se demande ce que cachent tailleurs, chemisiers boutonnés, bas opaques et le refus paisible d’aller à la plage en famille. Et comme les amants sont tétanisés après une seule rencontre et ne se représentent pas, la légende de la dévoreuse insatiable tient bon. Et oui… j’ai encore des cauchemars au sujet de ma nuit de noces, dont je suis sorti vierge, oui, mais pas indemne psychologiquement. Moi qui aimais tant les films d’horreur, je ne savais si je venais d’épouser la femme araignée, Queen Kong, ou un alien de la planète Pantène. Je me suis évanoui, tout comme mon érection, dieu merci, et elle a bien dû me libérer. Souriante. Je suis votre femme, Oswald. Pour la vie.

Il me resterait des sous… beaucoup de sous puisqu’il s’agirait d’un pactole. Je pourrais ensuite faire une croisière, peut-être. On y rencontre des femmes seules qui veulent se marier. Je serais veuf, on voudrait me consoler, je me ferais consoler le plus ardemment possible et puis le lendemain je dirais que non… je ne peux oublier ma Drusilla de velours. Et ce serait le tour d’une autre. Et d’une autre encore. Je pourrais d’ailleurs en faire deux ou trois, de ces croisières, puisque je ne devrais plus aller travailler. J’aurais quitté mon bureau avec superbe, marchant comme d’Artagnan vers la porte, sans épée bien entendu mais j’aurais sans doute pu faire tournoyer mon béret alpin dans un geste très élégant, pour marquer un petit temps d’arrêt plein de panache devant la porte. « Et maintenant, Monsieur Ducon, vous taillerez vos crayons vous-même, et vous alignerez les photos de votre hideuse femme et de vos enfants qui ressemblent à des gorets malades vous-même. Je me tire. Je suis riche. Adieu, Ducon ! ». Oh, je souris rien que d’y penser…

Maintenant, la première chose est de trouver un tueur à gages. Pas un de ces pauvres hères qui tuent pour 1000 € seulement par tête de pipe – et 500 € en période de soldes - mais qui ensuite vont les boire au premier café venu, se mettent à pleurer, à implorer le pardon de toute leur clique de saints et dieux, de leur mère surtout, qu’ils viennent de déshonorer, et pensent reblanchir la réputation maternelle en se ruant au poste de police. Je pourrai m’offrir la crème de la crème des tueurs, genre Robert Duvall ou Leonardo Di Caprio, en costard, discret, fignoleur… Je lui proposerais bien de violer Drusilla au passage mais là… je crains fort qu’il ne retourne son arme contre moi, ou ne soit pris de convulsions hallucinatoires.

Mais la première des premières choses à faire serait d’acheter un billet de loterie… si je veux mon pactole. Voyons…

Tiens, revoici l’abruti avec son béret alpin et son air ébahi. Je ne comprendrai jamais comment il a fait pour épouser cette sorte de Jessica Rabbit en tenue de pensionnaire… même si on dit qu’au château elle consomme tous les domestiques l’un après l’autre, qu’ils sont sur les rotules et rendent leur tablier en proie à des malaises étranges. Celui-ci n’est pas bien fringant mais bon… s’il la contente encore au bout de 5 ans… il doit avoir des ressources insoupçonnées. Sa sœur lui ressemble – moustache comprise - et on l’appelle Javotte dans le village. Comment ils ont réussi à la faire épouser par Fulbert… il faut bien qu’ils aient eu des arguments. Sonnants et trébuchants. Car oui, l’abruti ne sait même pas qu’ils sont riches à millions – d’Euros – et travaille comme range-bureau chez Ducon et Compagnie pour quelques sous. Javotte ignore tout elle aussi… les vieux parents ont toujours dit que l’argent polluait les âmes simples et ne faisait pas le bonheur…

Publié dans concours

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Christian Eychloma 19/10/2016 09:30

Délirant (dans le bon sens du mot) ! :D

marie noelle fargier 17/10/2016 17:37

On ne peut pas dire que ce soit rasant :) J'ai bien ri !

Micheline 17/10/2016 16:40

Un texte qui nous bouscule !

christine 17/10/2016 15:06

Tu peux parler, Séverine !! Tous les textes écrits pour ce concours sont décoiffants ! Je n'aimerais pas être à votre place pour en choisir un... Mais ouf, au fait, je ne suis pas à votre place !

Séverine Baaziz 19/10/2016 15:36

;))

Séverine Baaziz 17/10/2016 09:44

Ca, c'est de l'imagination ! Fallait oser.
Bravo à l'auteur(e) au chapeau pointu !

Pâques 17/10/2016 09:43

Et en plus il est déjà riche et il ne le sait pas ...
J'adore !

Philippe D 17/10/2016 08:33

J'ai eu quelques hallucinations cauchemardesques en lisant ce texte.
La description des personnages est très ... réelle !
De l'humour, en plus. Un melting-pot d'ingrédients...

SILVANA 17/10/2016 08:31

voilà un texte qui tombe pile poil pour Halloween

Christian Eychloma 19/10/2016 09:27

!!! :D

Edmée De Xhavée 17/10/2016 07:58

Que de poils, les amis... il lui faut donc un tueur eu poil!!! Et vite, encore!

Bob 17/10/2016 07:34

Ca ressemble un peu à du Magerotte, lais je ne crois pas que ce soit lui....

Carine-Laure Desguin 17/10/2016 07:09

Bien sûr depuis le texte, le gars a joué et il l'a eu, son pactole. Je connais le type qui a buté cette Drusilla de velours. Affreux je vous dis, affreux. Il en bouffe encore de ces poils. Pauv'p'tit gars...

Christian Eychloma 19/10/2016 09:26

!!! :D